Il y a 30 ans...

Luttes de classes en Pologne



Pologne: Les ouvriers contre l'Etat capitaliste

(in Le Communiste N°7 - Juillet 1980)

Gdansk!, Gdynia!, Wroclaw!, Varsovie!, Lublin!,… sont à nouveau autant de bastions à l'avant-garde de la lutte internationale du prolétariat. 1956, 1970-1971, 1976, 1980, depuis plus de vingt ans, les grèves sauvages, les insurrections armées des ouvriers polonais rythment l'effondrement du capitalisme dans le monde entier!

Le déclenchement

C'est début juillet que le mouvement se déclenche, en réaction à l'annonce des hausses de prix de la viande (de 15 à 20 %) et de l'accélération des cadences de travail. C'est par centaines que les usines débraient dans tout le pays. Les 18 et 19 juillet, le mouvement paralyse presque entièrement la ville de Lublin (bassin sidérurgique et métallurgique distant de plus ou moins 120 kilomètres de Varsovie). "Les chemins de fer ont été paralysés, les services d'autobus perturbés, les livraisons de lait interrompues, la distribution du pain a été faite par l'armée et des débrayages ont eu lieu dans les entreprises de construction et les services de fournitures d'eau (…); des locomotives ont été abandonnées sur les voies, la vente des billets interrompue, …" (Le Monde, 19/7/1980) Les 29 et 30 juillet, ce sont quelques 2.000 débardeurs qui ont cessé le travail dans le port de Gdynia, rejoints, le 31, par les ouvriers de trois ateliers mécaniques.

Les revendications sont partout les mêmes: augmentations des salaires pour compenser l'augmentation du coût de la vie (principalement la hausse du prix de la viande) et diminution des cadences de travail. C'est sur ces bases que la grève se généralise à l'ensemble des centres industriels du pays, des dockers et métallurgistes des ports de la Baltique aux éboueurs et transporteurs municipaux de Varsovie, des cheminots de Lublin, aux ouvriers des turbines électriques de Wroclaw,… partout se déclenchent des grèves spontanées.

Pas de socialisme sans abolition du salariat

Encore une fois, les "trublions", les "bandits", les "fomentateurs", les "houligans", les "anarchistes",… bref les ouvriers révoltés, ont démontré pratiquement le caractère exclusivement capitaliste de la domination de classe en Pologne, comme dans tous les pays prétendus "socialistes". Leur lutte anéantit tous les mythes staliniens sur l'élimination à tout jamais, dans les "pays socialistes", des crises, du chômage, de l'inflation,… sur l'inexistence des classes: d'une classe bourgeoise et d'une classe exploitée par le salariat. Toutes ces catégories incamouflables aujourd'hui ne sont, en effet, que les caractéristiques historiques d'un seul mode de production: le capitalisme.

Comme le marxisme révolutionnaire l'a démontré depuis plus d'un siècle, l'existence même d'une classe ouvrière, d'une classe qui doit vendre chaque jour sa force de travail contre un salaire, implique l'existence du capitalisme: "Le salaire est une conséquence directe du travail aliéné et le travail aliéné est la cause directe de la propriété privée. En conséquence la disparition d'un des termes entraîne aussi celle de l'autre". (K. Marx, "Manuscrits de 1844") "Le capital suppose XXX donc le travail salarié, le travail salarié suppose le capital. Ils sont la condition l'un de l'autre. Ils se créent mutuellement". (K. Marx, "Travail salarié et capital", 1847)

C'est pourquoi notre communisme, lui, implique l'abolition du salariat, la destruction de la loi de la valeur, l'élimination de toute caractéristique mercantile. Le communisme n'a rien à voir avec ce capitalisme de Russie, de Chine ou d'ailleurs, peint en rouge pour camoufler aux yeux crédules l'infâme exploitation de l 'homme par l'homme, l'esclavage salarié, l'existence de l'argent. "Nous en avons tiré la thèse incontestable selon laquelle là où il y a argent, il n'y a pas de socialisme, ni de communisme". (A. Bordiga, "Tables immuables de la théorie communiste de parti", 1959)

La généralisation

Dès le déclenchement des premiers mouvements, début juillet, la bourgeoisie polonaise, se souvenant des vagues de grèves et d'insurrections passées, "lâche du lest", "louvoie pour atténuer la tension sociale". En fait, les autorités ont octroyé de 20 à 30 % d'augmentation salariale essayant par là, d'endiguer le mouvement par de rapides concessions. Mais cette précipitation à "accorder" des augmentations n'a fait que contribuer à généraliser les vagues de grèves. "Chaque fois que les ouvriers marquent avec quelque vigueur leur mécontentement, les entreprises sont en effet autorisées à céder aux revendications de salaires, et l'agitation fait tache d'huile" (Le Monde, 26/7/1980)

Pour la bourgeoisie, cette "solution" n'en est donc pas une, car comme nous venons de le voir, " lâcher du lest" ne fait que susciter de nouvelles luttes et d'autre part, les augmentations ''octroyées" développeront inévitablement l'inflation déjà galopante. Or qui dit développement de l'inflation dit baisse du pouvoir d'achat, diminution réelle des salaires et donc pour la bourgeoisie, réapparition d'autant plus forte du "problème ouvrier". Celle-ci est en effet confrontée, comme ses acolytes du monde entier, à devoir prendre des mesures d'austérité, des mesures anti-ouvrières. "Le pouvoir est obligé, pour assainir l'économie, d'imposer l'austérité. Il vient de constater qu'il ne pouvait même pas faire un premier pas limité dans cette voie, sans se heurter à de très vives résistances ouvrières." (Le Monde, 26/7/1980)

Pour les ouvriers non plus, des augmentations vite récupérées par l'infla­tion ne résolvent pas la pénurie de marchandises dans les magasins et les usines, les files d'attente interminables, la hausse du coût de la vie, le chômage,... C'est pourquoi, après une légère accalmie, le mouvement de grèves sauvages a repris avec plus de vigueur et plus d'ampleur dans toute la Pologne. "Après le déclenchement de la grève, jeudi, parmi les 17.000 ouvriers des chantiers navals de Gdansk, tout le secteur de construction navale est touché en Pologne: arrêts de travail à "Elmor" (installations électriques), "Klimo" (climatisation), "Techmet" (installations diverses) et "Opakomet" (emballages métalliques). Mouvement de grève également à Wroclaw dans une usine d'installations industrielles, à Varsovie dans les transports en commun, à Alexandrow, dans la région de Lodz (textile) aux usines "Sandra" et "Stomil". A Gdansk, paralysée par la grève des transports en commun, les ménagères font des provisions et les grévistes laconiques ne répondent qu'une chose: "NOUS TIENDRONS BON". (Libération, 16/8/1980)

En plus, outre l'érection d'un monument aux morts victimes de la répression de 1970 et la réintégration de tous les grévistes licenciés aujourd'hui, les ouvriers exigent: "La dissolution du Conseil central des syndicats et la création d'un syndicat libre; une augmentation des salaires de 2.000 zlotys par mois, celle des allocations familiales, de retraite; la vente de la viande au prix antérieur à la hausse du 1er juillet; la publication de ces revendications par la presse écrite et parlée." (Le Monde, 16/8/1980)

Ces revendications marquent bien le caractère contradictoire, encore imprégné d'illusions démocratiques, propres à ce type de mouvement spontané; des revendications essentiellement prolétariennes (comme par exemple "la dissolution du Conseil central des syndicats") mêlées à d'autres plus ambiguës telles que "la création de syndicats libres". Ceux-ci peuvent en effet être de réels organismes ouvriers, larges, ouverts à tous les prolétaires en lutte, la coordination, centralisation des comités de grève, mais également sous pression conjointe des autorités et des "dissidents", se transformer en organismes de l'Etat bourgeois (autogestionnaires comme en Hongrie) dont la base constitutive serait moins "bureaucratique", plus populaire et plus démocratique. Cette dernière tendance est évidemment un des dangers les plus sérieux qui pèsent actuellement sur les luttes en cours.

Le dimanche 17 août, on apprenait que 24 comités de grève s'étaient centralisés en un comité inter-entreprises, dans la région des ports de la Baltique, que des piquets armés de gourdins bloquaient presque toutes les usines importantes. Les autorités, tout en "restant calmes", n'en ont pas moins coupé les communications de la ville de Gdansk, isolant ainsi le bas­tion historiquement le plus dur. Des bruits alarmants circulent également sur l'arrivée à Gdansk des élèves de l'école de police de Slupsk, massacreuse de la révolte de 1970… Si la "carotte" des réformes ne suffit pas, il y a toujours le "bâton" de la répression ouverte,…

Le mardi 19 août, ce sont 88 entreprises de la région de Gdansk, Gdynia, Sopot qui se sont coordonnées dans le comité inter-entreprises. Les grèves s'étendent dans les régions de Elblag, Malbork, Szcecin (centre de l'insurrection de 1970) et Tarnow.

Les plus influents pour essayer d'entraver cette généralisation fondamentale de la lutte, sont les "dissidents" du KOR qui insistent pour laisser au gouvernement "des portes de sortie"; à quoi des ouvriers ont répondu: "on leur laisse une porte de sortie puisqu'on les laisse gouverner". (cité par Libération, 20/8/1980) Il faudrait ajouter: pour l'instant!

L'on apprend encore dernièrement que ce sont 191 entreprises en grève qui se sont centralisées dans le "MKS" (comité inter-entreprises).

Gierek, lui-même, a dû intervenir dans le conflit pour, vieille tactique bourgeoise, séparer "le bon grain de l'ivraie", "les travailleurs honnêtes" des "incitateurs à l'anarchie, à  l'anti-socialisme" (Le Monde, 20/8/1980). "Oui aux revendications salariales", non, non et non aux revendications "politiques", voilà, en résumé la politique du gouvernement. Cela signifie, oui aux réformes (salariales mais également ouverture à la collaboration, à la "débureaucratisation" des syndicats) et non à tout ce qui pourrait mettre le système capitaliste en péril. Mais comme les ouvriers l'ont immédiatement fait remarquer: "Nous avons déjà entendu les mêmes promesses après les émeutes de 1970". Et visiblement, Gierek n'est pas parvenu, avec son discours, à désamorcer le mouvement.

Pour tous les bourgeois, le danger est que le mouvement échappe au contrôle de ses "responsables" et "dégénère" dans la violence et l'insurrection. Il est clair aujourd'hui que la combativité exemplaire dont font preuve les grévistes se manifeste par le caractère de plus en plus massif de la lutte, tandis que le mouvement de 1970-1971 et celui de 1976 étaient principalement remarquables par leur aspect directement insurrectionnel, l'attaque frontale contre l'Etat (comme par exemple la mise à sac des sièges du parti "ouvrier" en 1970 à Szczecin et en 1976 à Radom) Cette différence trouve sa principale raison dans l'attitude de l'Etat qui, contrairement à ce qu'il a fait dans le passé, a immédiatement réagi par la conciliation, les compromis et pas encore, par la répression ouverte. Mais jusqu'où la bourgeoisie pourra-t-elle composer, alors que le mouvement se développe de plus en plus?

"Les dernières chances de sauver le capitalisme en Pologne"

Face aux tentatives d'organiser et de généraliser le mouvement (notamment par l'exigence de publier les revendications des grévistes dans la presse écrite et parlée), la bourgeoisie joue la carte de la démocratisation, de la reconnaissance de l'existence de "frustrations réelles". "Tribuna ludu" organe du parti "ouvrier" unifié, reconnaît des "frustrations réelles", mais estime que "les arrêts de travail ne sont pas de nature à remédier à cette situation"!

A la question angoissée de la bourgeoisie "comment sortir de l'impasse", son aile démocratique répond qu'il faudrait "prendre sans tarder l'initiative de profondes réformes de structure qui permettraient de créer le climat de confiance indispensable à la mobilisation des énergies et à l'acceptation des sacrifices" (M. Rakovski, membre du comité central du POUP cité par Le Monde). En clair, il s'agit de, sans tarder, réformer la dictature du capital dans le sens de son renforcement démocratique; d'échanger quelques aménagements (comme par exemple le "droit" de célébrer la messe à la télévision), quelques oripeaux  libéraux, contre la réalité du durcissement de l'exploitation capitaliste. Camoufler le  poing de fer de sa dictature dans le gant de velours de la démocratie!

Depuis toujours les dictatures les plus féroces ont fait très bon ménage avec les églises. Sabre et goupillon sont les meilleurs emblèmes de la domination capitaliste. Pour "adoucir" la sinistre réalité de la survie terrestre même dans les "paradis socialistes" rien de tel que les mirages et promesses d'une vie dans un au-delà mirifique. A la suite de Staline qui fit rouvrir les églises, les dirigeants polonais ont compris qu'il ne leur coûterait pas grand-chose de libéraliser l'opium religieux. Pour ceux-ci, il vaut mieux prier que faire la grève, il vaut mieux espérer platoniquement que transformer le monde.

Dans la même tendance réformatrice, un autre membre du comité central du POUP, J. Lukaszewicz "a reconnu que les syndicats officiels et les comités d'autogestion ouvrière avaient failli dans certains cas à leur devoir de représenter les intérêts authentiques des travailleurs". Il a également préconisé de "nouvelles formes" d'action syndicales et s'est prononcé en faveur de l'incorporation dans les comités d'entreprises de représentants des "comités de grève" élus par les grévistes lors des arrêts de travail." (Libération, 14/8/1980)

Peut-on être plus clair dans la manœuvre? Encore une fois, après les syndicats, les soviets, les commissions ouvrières,... la bourgeoisie ressort sa vieille et efficace tactique: reconnaître, légaliser, intégrer,... vider de leur contenu les organes de la lutte prolétarienne, pour en faire de simples régulateurs de l'exploitation capitaliste, de simples organes de la gestion.

Evidemment, les "dissidents" du KOR (comité d'auto-défense sociale) ou d'autres s'entendent à merveille pour souffler dans la même petite trompette bourgeoise. A coup d'offices religieux, de grands discours sur "les droits de l'homme", sur "la liberté", " l'indépendance",… au son de l'hymne national… ils ne font qu'essayer de dénaturer le mouvement ouvrier, de la détourner vers les voies réformistes et nationalistes. Ces "dissidents" ne sont en effet rien d'autre qu'une des expressions de la nécessité pour la bourgeoisie de temporiser, d'introduire dans l'arsenal répressif de l'Etat les mystifications religieuses, voire parlementaires et électorales. Ils ne sont que le complément libéral du mythe des "pays socialistes".

Ce n'est évidemment pas par hasard que le fameux KOR-KSS détient le monopole (presque la propriété!) des informations journalistiques concernant les mouvements de grève depuis leur déclenchement, y renforçant dans "leur interprétation", sans nul doute, les tendances chauvines, conciliatrices et légalistes que tout mouvement de classe, dans un tel contexte, charrie inévitablement.

Le KOR déclare sans détours: "agir dans un cadre légal et non-clandestin (…), pour le respect des droits des travailleurs définis par la constitution polonaise" (…) et ce dans la perspective "d'améliorer la situation économique du pays par des réformes à petit pas" et tout cela pour "l'indépendance nationale et la démocratie". Il déclare en outre (déclaration du 2/7/1980 parue dans Imprécor) que "la forme de lutte ouvrière la plus efficace pour les intérêts des travailleurs et de toute la société, et surtout la moins dangereuse pour la nation, est l'auto-organisation au sein des entreprises, l'élection démocratique de représentants ouvriers indépendants pour qu'ils présentent au nom de tous les travailleurs, les revendications, mènent les négociations avec les autorités, dirigent l'action ouvrière de façon responsable mais résolue" (nous soulignons). Quelles limpides tentatives pour saboter un  mouvement, pour le limiter dans le cadre légal, dans celui corporatiste de l'usine et cela pour le plus grand bien, non pas des ouvriers, mais de la nation! Qui parmi les bourgeois du monde pourrait ne pas applaudir un tel discours, plein de cette responsabilité puante que tous les gouvernements préfèrent évidemment à l'"irresponsabilité" de l'insurrection prolétarienne, à l'"infantilisme" de la violence ouvrière, exemplaires pour tous les prolétaires lors des émeutes de 1970 et 1976?

Mais si ces réformes et les appels au calme ne suffisent pas, l'Etat est prêt à "compléter" la démocratisation par les massacres, les emprisonnements, les camps de travail,… Celui-ci dispose d'ailleurs d'encore une arme: le chantage à l'intervention armée soviétique. Mr Babiuch, premier ministre a, en effet, lors de son discours radio-télévisé, fait des allusions à "nos amis fidèles qui pourraient se montrer inquiets" et à "des amis sûrs qui se soucient de nos difficultés…" Menaces à peine voilées, mais qui s'adressent à une classe ouvrière mobilisée et qui a déjà démontré par le passé sa volonté combative. Il est clair que si le chantage à l'invasion est déjà largement utilisé, celle-ci ne verra le jour qu'en dernière instance, dans le cas où les cartes démocratiques ne parviennent pas à endiguer les luttes ouvrières.

Tous les mouvements du passé ont en effet été liquidés par la réforme et la répression policière, comme en 1971, par le remplacement du trop stalinien Gomulka par le libéral Gierek, accompagné de quelques promesses salariales, assurant ainsi l'essentiel: la continuité du régime capitaliste.

D'autant plus que les répercussions d'une invasion militaire soviétique contre les ouvriers insurgés, tant en Pologne qu'en URSS même, risquent fort d'être l'étincelle mettant le feu aux poudres, entraînant plusieurs pays dans le brasier incandescent de l'insurrection prolétarienne. N'oublions pas qu'à peu près au même moment (mai 1980) se déroulaient en URSS d'importantes grèves dans les plus grandes usines d'automobiles, à Togliattigrad et à Gorki.

Il nous faut encore replacer le développement de l'agitation sociale en Pologne dans le contexte de l'antagonisme croissant entre les deux grandes constellations impérialistes, poussées de plus en plus, par la crise, l'une contre l'autre. L'affaiblissement actuel du camp soviétique provoqué par le développement de la lutte de classe dans plusieurs pays, URSS y compris, est une "bonne" raison, dans le camp américain pour intensifier et développer les préparatifs guerriers tant idéologiques que matériels.

Ce n'est évidemment pas par hasard que l'ensemble de la presse ouest-européenne (stalinienne comprise) salue les mouvements ouvriers, non pas dans ce qu'ils ont de prolétariens, mais salue en eux, leurs altérations bourgeoises, nationalistes (anti-russe), réformistes et démocratiques. Cet empressement et la publicité disproportionnée faite aux "dissidents", de plus en plus présentés comme la direction "spirituelle" des grèves, rentrent parfaitement dans les campagnes pour les droits de l'homme, anti-russe (cf. la question ultra-spectaculaire des "jeux" olympiques)… de préparation idéologique -l'idéologie devenant de plus en plus force matérielle- à la guerre impérialiste.

Et il est clair que les événements d'aujourd'hui qui matérialisent la force historique de notre classe, renforcent dialectiquement l'intensification de la marche forcée de la bourgeoisie mondiale vers "sa solution" à la crise: la guerre généralisée. Le développement de la lutte prolétarienne est aussi le développement des mesures et des mystifications anti-ouvrières, renforçant ainsi la lutte entre les classes, l'antagonisme irréconciliable entre prolétariat et bourgeoisie. Le spectre de la lutte ouvrière, ne fait que recommencer à hanter les cerveaux de la bourgeoisie.

Conclusion provisoire

Si à l'heure où nous imprimons cette revue, nous ne pouvons pas prévoir exactement la manière dont les grèves évolueront, ce que la prévision marxiste nous permet d'affirmer, c'est que ces luttes, comme celles de Bolivie ou de Corée, ne sont que l'avant-garde d'une vague de fond qui touchera non seulement les pays capitalistes de l'est mais aussi ceux de l'ouest, du nord  et du sud! S'il est probable que les grèves cesseront après une série de compromis et de promesses lâchées par la bourgeoisie, accompagnées ou non d'une répression ouverte (cela dépend du rapport de force entre ouvriers et l'Etat après les conflits), cette "solution" ne fait que déplacer le problème un peu plus loin et le rend plus aigu. La crise ne peut que s'aggraver de plus en plus et donc reprendre, par le biais de l'inflation, toutes les concessions salariales, ne laissant aux ouvriers qu'une plus grande volonté de combattre et la reconnaissance de plus en plus consciente de leurs ennemis "communistes" et démocrates.

Mais il est tout aussi important de constater le poids encore excessivement lourd des préjugés chauvins, des illusions démocratiques et de l'opium religieux qui pèse sur notre mouvement. Dramatiquement, ces tares bourgeoises ne sont pas encore contrées par une puissante théorie révolutionnaire, mise en action par un parti vraiment communiste. Mais les communistes et les ouvriers du monde n'en restent pas moins actifs. Devant d'aussi importantes actions de leur classe, ils travaillent activement à la solidarité de classe, non pas en envoyant des télégrammes ou autres voeux de bonne santé, mais en intensifiant leur lutte dans tous les pays.

Telle est la seule façon de se solidariser réellement avec la lutte des ouvriers en Pologne. Et c'est au travers de ces luttes internationalistes, que pourra se forger l'arme de la révolution communiste, son parti.

Le 20/8/1980

"La guerre civile c'est la guerre des classes: prolétariat contre bourgeoisie. Formule simple, trop simple pour ceux qui prennent prétexte de la complexité que revêtent les situations actuelles, pour compliquer les vérités essentielles de l'action prolétarienne, les défigurer, les falsifier Mais ils effectuent cette complica­tion en enlevant l'objectif sans lequel la guerre civile est inconcevable: celui de la destruction violente de l'Etat capitaliste, la construction d'un Etat opposé: l'Etat prolétarien."
Bilan n°38 - janvier 1937


Les syndicats en Pologne: "Solidarité"... avec l'économie nationale

(in Le Communiste N°8 - Novembre 1980)

La signature des accords de Gdansk à la fin du mois d ‘août, en donnant le signal officiel de la reprise du travail, était censée apaiser les conflits de classes en Pologne. Parce que la plupart de ses fractions (un peu partout dans le monde) n’ont pas hésité à appeler une grande" victoire » prolétarienne, la bourgeoisie espérait en finir avec une vague de grèves qui l’avait fait trembler deux mois durant.

Mais la réalité d’aujourd’hui montre bien qu’il n’y a pas eu de «victoire »ouvrière le 31 août : l ‘Etat du capital a fait peu de concessions et beaucoup de promesses qui déjà ne sont pas tenues. Quant aux fameux syndicats «indépendants et autogérés », ils affrontent une tendance générale au débordement. Celle-ci apporte la meilleure preuve qu’ils ne sont pas des organes de lutte de classe, mais au contraire de collaboration de classes, c’est-à-dire de subordination du prolétariat à la bourgeoisie. Des représentants de «Solidarité » ont d’ailleurs déclaré on ne peut plus nettement : "Nous voulons organiser un mouvement syndical en collaboration avec les autorités locales et l’Eglise. Nous voulons être cogestionnaires du pays." (Le monde du 18/10/ 1980)

Contrairement à ce qu’affirment avec cynisme ceux qui ont fait grand tapage sur le prétendu « triomphe » de Gdansk, et qui se sont livrés à une apologie des «syndicats libres », le rôle de briseur de grèves de la clique de Walesa n’est pas l’expression de «considérations tactiques » émises par la classe ouvrière. Le syndicat «Solidarité » ne se trouve pas non plus à une quelconque « croisée des chemins » comme l’affirment d’autres, toujours soucieux d’entrisme dans les syndicats bourgeois (cf. les déclarations des différentes sectes gauchistes et néo-gauchistes). Que les « nouveaux syndicats » n’ont jamais représenté qu’une tentative de replâtrer le vieux syndicat officiel, qu’ils ne se sont jamais distingués des "anciens syndicats" que sur des questions de forme et non de contenu, apparaissait déjà clairement dans ce que leurs promoteurs en disaient au cours des négociations de Gdansk.

Les accords de Gdansk: un compromis sur le dos des ouvriers

A Gdansk, l’Etat et la fraction syndicaliste de la direction du MKS se sont entendus pour mettre un terme à la longue grève de masse de l’été 1980. Que ces accords n’ont matérialisé aucun «acquis » des ouvriers, qu’ils se sont même réalisés à leur encontre, est attesté par la nature du «protocole » signé le 31 août. Il nous paraît utile d’y revenir pour montrer à quel point les «qualités prolétariennes » prêtées aux nouveaux syndicats sont un non-sens et une mystification.

Les ouvriers de Gdansk ont commencé par devoir abandonner la moitié de leurs revendications salariales. Pire, ils ont dû renoncer à ce qu’ils avaient déjà arraché le 16 août (juste avant de décider la continuation de la grève pour d’autres revendications): 1500 zlotys d’augmentation pour tous. Ceux-ci, comme «l'augmentation du salaire de base de 2000 zlotys pour chaque travailleur» mentionnée dans la plate-forme revendicative des grévistes, ont dû céder la place à 800 zlotys seulement.

Encore n'était-ce qu'une concession verbale du gouvernement, à concrétiser graduellement, et comme on le sait aujourd'hui, les augmentations prévues pour septembre 1980 se font toujours attendre. Il dépendait du maintien d'un rapport de force favorable aux ouvriers que les promesses soient au moins tenues. Mais chaque fois que des groupes de prolétaires se sont efforcés de relancer la lutte, les «nouveaux» syndicalistes ont effectué à fond leur travail d'amortisseurs sociaux.

Ainsi, lorsque la grève a redémarré dans trois départements du chantier «Lénine» à Gdansk le 11 septembre («pour les 1500 zlotys qu'on nous avait proposés le 16 août» clamaient les grévistes), il a fallu que les dirigeants syndicaux descendent sur place, expliquer qu'il fallait attendre, qu'un accord avait été signé avec un calendrier, etc. L'argumentation était que les conditions économiques du pays ne permettaient pas une satisfaction immédiate des revendications salariales, surtout pas d'une ampleur dépassant ce qui avait été «mutuellement négocié» le 31 août.

En même temps, ressortaient les fameuses «considérations tactiques» qu'à l'ouest exaltent les trotskistes: «... ne pas partir trop tôt de peur de n'être pas compris et d'ouvrir la voie à une contre - offensive en règle de la bureaucratie» (Inprecor du 25/8/ 1980). Comme si l'absence de lutte, la renonciation à utiliser l'arme de la grève (une méthode de lutte qui n'a rien à voir avec les arrêts de travail, leur cortège de préavis et de limitations préalables de durée, que proposent les syndicats), n'étaient pas les meilleures incitations à une «contre-offensive en règle» de l'Etat! Celui-ci ne se sent jamais les mains aussi libres de frapper que lorsqu'il voit s'affaiblir la détermination des travailleurs.

L'adhésion aux intérêts de la patrie a toujours été une question de principe pour les syndicats. Le 31 août, Walesa affirmait:

"Nous avons pensé durant toute la grève aux intérêts de la patrie et c'est à cela que nous penserons en reprenant le travail demain (...). Avons-nous tout obtenu? Non, mais nous avons obtenu tout ce qui était possible dans cette situation. Le reste, nous pourrons le gagner tous ensemble par ce que nous avons maintenant notre syndicat. Nous avons lutté pour l'avoir, non seulement pour nous, mais pour tout le pays." (le Monde du 1/8/ 1980).

Un syndicat qui se présente d'emblée comme une institution patriotique ne peut être qu'un syndicat anti-ouvrier. Le prolétariat a pu en avoir une première illustration le 28 août. Sous l'impulsion des syndicalistes, le MKS de Gdansk s'apprêtait à lancer un appel télévisé à travers la Pologne pour éviter une extension des grèves «poussant le pays à la limite de l'effondrement». Il proposait au gouvernement de s'y associer. Celui-ci refusa parce que l'Etat n'était pas encore prêt à reconnaître une fonction officielle et durable au «nouveau syndicalisme». Il n'empêche qu'il s'agissait d'une tentative de coup de poignard dans le dos des grévistes qui étaient en train de parvenir à organiser une véritable grève générale à l'échelle du pays entier.

Deux jours plus tard, pour empêcher la paralysie totale de l'appareil productif, survenait l'accord de Gdansk. Mais autant la classe ouvrière avait rompu dans les faits, sinon en conscience, avec le nationalisme (en formulant des exigences d'augmentation salariale qui allaient jusqu'à 60% alors que l'économie encaissait la crise de plein fouet), autant l'accord de Gdansk  consacrait  la volonté de liquider cette rupture. Walesa déclarait: «Nous sommes tombés d'accord comme peut le faire un Polonais avec un autre Polonais, sans le recours à la force, seulement et uniquement par les négociations, les discussions , avec de petites concessions . Et il devrait toujours en être ainsi. » (Libre Belgique du 2/9/ 1980)

Il en sera toujours ainsi entre « Polonais responsables ». Un point clé du protocole garantit l’adhésion des syndicats au principe de sauvegarde de l’économie nationale. C’est ce point qui oriente en fait l’ensemble de l’accord et c’est sur l’autel de la patrie que les ouvriers sont invités à sacrifier leurs exigences. A la base de cette façon de vendre à la classe ouvrière une « auto- restriction volontaire », se trouve un argument fallacieux, mais qui conserve un certain poids parmi les prolétaires: « on ne peut distribuer plus qu’on ne produit » et donc, comme le dit si bien Kuron (dirigeant du KOR), « une augmentation massive des salaires ne peut aboutir à rien, car, si on tire le drap d’un côté pour se couvrir, on découvre fatalement l’autre côté .»

Cet argument est juste, mais uniquement du point de vue capitaliste. Toute hausse de la masse des salaires correspond évidemment à une baisse de la masse des profits (étant donné que salaire et profit sont en rapport inverse l’un de l’autre). En ce sens, toute augmentation massive des salaires, surtout en temps de crise où la marge de manœuvre de la bourgeoisie se rétrécit, est susceptible d’entraîner un freinage de l’accumulation du capital, et par conséquent de la production de biens matériels qui en dépend.

Mais seul un bourgeois réformiste peut en tirer la conclusion que les ouvriers doivent accepter des sacrifices pour que ce mécanisme continue à fonctionner. La subordination de la production aux exigences du taux de profit n’est pas une nécessité technique, mais un résultat social.

Une production fondée, non sur la valeur d’échange, mais sur la valeur d’usage, ne connaîtrait pas cette limitation des forces productives inhérente au capitalisme. Elle ne connaîtrait pas cette logique infernale qui veut que les producteurs reçoivent des miettes lorsque leur maître est prospère, et doivent se serrer la ceinture lorsque le seigneur capital est malade de la crise.

Si la classe ouvrière ne peut défendre ses intérêts qu’en compromettant ceux du capital, cela montre que les intérêts des deux classes sont inconciliables. Du point de vue ouvrier, la conclusion est donc exactement l’inverse de celle que tirent les Kuron, Walesa et Cie. Une position de lutte prolétarienne est antagonique, non seulement avec l'acceptation des sacrifices ouvertement demandés, mais même avec une option de conciliation entre les classes qui ne représente, dans le meilleur des cas, qu’une acceptation déguisée de sacrifices un peu moindres.

Dans le protocole de Gdansk, on voit clairement où conduit la collaboration de classes:

"Le MKS demande aux ouvriers qui en sont membres d'entreprendre -après la fin de la grève et en coopération avec la direction des entreprises et des usines- des actions visant à une augmentation du rendement du travail, à l'économie des matières premières et de l 'énergie et à une plus grande discipline dans le travail." (Le monde du 3/9/ 1980)

Quand on sait que le motif principal des grèves de l’été, avec les exigences salariales, était la réduction des cadences dans les bagnes industriels, on mesure le fossé de classe qui sépare les accords de Gdansk des besoins fondamentaux des ouvriers. Ici ce n’est pas sur du vide qu’ont porté les négociations, mais sur une intensification immédiate de l’exploitation que les syndicats se sont engagés à faire appliquer!

A défaut d’être transformées en leur contraire, les principales revendications  restantes ne donnent lieu à aucune "concession réelle" de la bourgeoisie. Pour résoudre le problème de la pénurie, on parle... de cartes de rationnement! Pour contrer la hausse faramineuse des prix dans les magasins dits «commerciaux» (qui sont mieux approvisionnés que les «magasins d'Etat», mais on paie des surtaxes de 50 à 100%: manière détournée d'augmenter les prix), on parle... d'unifier les prix à un niveau moyen! Pour supprimer les privilèges, on parle... de les attribuer uniquement sur base des «qualifications» et des «compétences»!

Sur le plan économique, les accords de Gdansk ne peuvent matérialiser aucune «victoire» même partielle, même temporaire des ouvriers. On leur a au contraire sciemment tiré dans le dos, en prétextant une prétendue «victoire politique».

Ce que valent les "concessions politiques" de l'Etat capitaliste

Selon la presse occidentale, les ouvriers ont triomphé en Pologne en imposant des embryons de «démocratie économique» à un gouvernement qui bafoue les principes élémentaires des "droits de l'homme». Ce n'est pas seulement la «droite», mais la «gauche» et jusqu'à «l'extrême-gauche» qui ont salué (avec seulement des nuances idéologiques) les progrès de la démocratie syndicale dans un bastion du bloc de l'est.

Les principaux «acquis» seraient les syndicats indépendants et autogérés ainsi que l'obtention du droit de grève. Mais dès le point 2 du protocole des accords de Gdansk, il est souligné:

«En créant des syndicats nouveaux, indépendants et autogérés, le MKS déclare que ces derniers respecteront les principes définis dans la constitution de la Pologne populaire. Les nouveaux syndicats défendront les intérêts sociaux et matériels des ouvriers et n'ont pas l'intention de jouer un rôle de parti politique. Il se fondent sur le principe de la propriété sociale des moyens de production, base du système socialiste en Pologne; ils reconnaissent que le POUP (parti ouvrier unifié) joue un rôle dirigeant dans l'Etat et ne s'opposent pas au système existant des alliances internationales. Ils veulent assurer aux travailleurs les moyens convenables de contrôle, d'expression et de défense de leurs intérêts.» (Le Monde du 2/9/1980)

À la lumière de cette déclaration programmatique (les statuts de "Solidarité" disent la même chose), que vaut la dernière phrase, sinon son pesant de démagogie! Comme toutes les constitutions du monde, celle de Pologne proscrit les mouvements syndicaux sociaux qui portent atteinte à l'économie du pays. Reconnaître la constitution n'est donc rien d'autre que reconnaître le bien-fondé de l'austérité, qui est la seule politique conforme aux intérêts de l'économie nationale.

S'abstenir à l'avance de «jouer un rôle de parti politique» est bien dans la lignée de l'idéologie syndicaliste chère à Walesa, mais représente une véritable négation des exigences de la lutte prolétarienne. Il n'existe pas de mouvement social qui ne soit politique en même temps (et ce n'est pas la lutte des ouvriers en Pologne qui est venu le démentir!). Renoncer à l'action politique dans le combat entre les classes (condamner toute remise en question d'ensemble du pouvoir capitaliste, refuser de faire prévaloir la force ouvrière contre l ' Etat, etc.), ce n'est pas inventer une nouvelle forme de lutte qui ne soit pas «politique», mais renoncer à la lutte tout court.

Toute l'absurdité (et l'hypocrisie!) de «l'apolitisme» éclate d'ailleurs dans l'extrait que nous venons de citer. Est-ce qu'une organisation qui se fonde sur «le principe de la propriété sociale et des moyens de production» - la propriété privée telle qu'elle se maintient en Pologne (1) -, ne fait pas de politique, la pire, celle de l'ennemi de classe! Est-ce que reconnaître au parti un «rôle dirigeant dans l ' Etat» tout en aspirant à gérer avec lui une partie des affaires publiques, ce n'est pas faire de la politique, la plus réactionnaire, celle du front unique à la barre de l'Etat capitaliste!

En légalisant des syndicats basés sur un tel programme, la bourgeoisie n'accorde aucune «concession politique» au prolétariat. Elle ne fait qu'ennoblir de nouveaux larbins qui travaillent pour elle au sein de la classe ouvrière, alors que les anciens ont été totalement déconsidérés et rejetés des rangs ouvriers.

La reconnaissance du droit de grève est le complément de cette opération de replâtrage syndical. A des ouvriers qui viennent de faire la grève pendant deux mois à l'échelle de tout un pays, on accorde aujourd'hui un «droit» dont ils n'ont vraiment pas eu besoin pour déclencher, renforcer et généraliser la lutte. Mais encore une fois la bourgeoisie ne se contente pas d'agir de manière cynique: elle protège ses intérêts à long terme. Avec le droit de grève (le droit aux arrêts de travail syndicaux!) apparaît aussi ce qui  devrait s'appeler le devoir des grévistes: entre les lignes du protocole, on parle de «négociations collectives», de «recours devant les tribunaux», de méthodes de lutte «responsables», etc., bref toute la panoplie des entraves systématiques à la grève dont disposent déjà les syndicats en occident.

Ceux qui affirment que dire cela, c'est mépriser un «véritable acquis» du mouvement, n'ont qu'à écouter Walesa:

«Il ne devrait pas y avoir de grève du tout. Il faut que nous apprenions à résoudre tous les problèmes autour d'une table de conférence. Ce n'est qu'après avoir épuisé tous les autres moyens d'action que l'on peut entreprendre une action de grève. Quand les circonstances le permettent, la grève doit être précédée d'une grève d'avertissement qui ne devrait cependant pas durer plus d'une demi - journée de travail. Un exemple d'une telle action conséquente (!) peut être celui de la dernière grève d'avertissement d'une heure qui constituait l'expression de notre protestation contre le non- respect en partie de certains points de l'accord intervenu mettant fin à la grève d'août.» (La Libre Belgique du 21/10/1980)

«Solidarité» ne fait pas que parler, il agit en conformité avec son baratin réactionnaire. Rien ne manquait à "l'heure nationale de grève" du 3 octobre: dépôt de préavis, durée symbolique, maintien du travail dans les secteurs vitaux de l'économie nationale, négociations autour du «tapis vert», plainte devant la justice, etc.. Depuis, les syndicats ont eu l'occasion d'expérimenter à deux reprises les mobilisations pour des arrêts de travail suspendus in extremis, pour lesquels ils prévoyaient des actions «tournantes» et divisées par régions (chaque secteur après l'autre, mais jamais tous ensemble) et qui n'ont finalement pas eu lieu parce que les syndicats avaient déjà «résolu le problème» en concertation secrète avec le gouvernement.

Toutes ces manœuvres sont bien connues des ouvriers d'Europe de l'ouest: c'est la pratique courante des bonzes rattachés par mille liens aux intérêts du capital et qui n'ont qu'un seul but avec ces simulacres de lutte: ouvrir une soupape de sécurité à la méfiance croissante des prolétaires, afin de prévenir tout débordement.

Les réactions ouvrières depuis les "Accords de Gdansk"

Dès avant leur acte formel de naissance, les «nouveaux» syndicats ont eu fort à faire pour assurer l'ordre social. On sait que les ouvriers les plus combatifs ont commencé par huer les accords de Gdansk. Le 30 août, les négociateurs n'en menaient pas large devant les travailleurs assemblés sur le lieu des négociations. Le point «reconnaissant le rôle dirigeant du parti», ainsi que l'invitation à laisser tomber leurs frères des autres régions de Pologne, étaient difficiles à faire avaler aux ouvriers dont la détermination n'avait pas fléchi: ceux qui avaient toujours maintenu la perspective d'un syndicat de classe indépendant de tout lien avec l'Etat bourgeois (2). Il a fallu que Walesa use de tout son prestige et de toutes ses ressources démagogiques pour faire passer l'accord le jour suivant (à majorité des 2/3 et bien qu'une fraction des délégués et de l'assemblée des grévistes continuait à exprimer son opposition).

Tout au long des mois de septembre et d'octobre, le mouvement provisoirement stoppé à Gdansk (malgré diverses tentatives de reprise aux chantiers «Lénine»), n'a pas cessé de gagner de nouvelles couches de la classe ouvrière. A la mi-septembre, le vice-premier ministre devait lancer des appels répétés à la modération, en déplorant la «baisse du rendement et de la discipline», les grèves qui éclataient aux quatre coins de la Pologne et les revendications «irréalistes» des grévistes. À titre d'exemple, la télévision citait le cas d'une usine où les ouvriers avaient formulé 170 revendications. Dans d'autres entreprises, des hausses de salaire de 2000 à 3000 zlotys et «parfois davantage» étaient réclamées. Au même moment, le mouvement s'étendait aux ouvriers agricoles qui officiellement sont en très petit nombre, mais représentent en réalité une partie significative du prolétariat en Pologne (Il existe une couche sociale très importante de dits «paysans» qui travaillent également en usines, pour lesquels le travail de la terre est un simple apport au salaire, et qui sont donc des salariés partiellement déguisés).

En octobre, on reparlait «d'agitation sociale» à Gdansk. Le 27, les ouvriers des chantiers navals adoptaient par acclamation la résolution de repartir en grève le lendemain «si le premier ministre ne venait pas au chantier confirmer les promesses du 31 août». C'est Walesa  lui-même qui a demandé aux ouvriers de ne pas mettre leur menace à exécution, car, a-t-il dit, «Gdansk n'a pas le droit de prendre des décisions qui engagent tout le pays» (Libre Belgique du 28/10/1980).

Le 28, trente-huit permanents de Solidarité se réunissaient à Gdansk. La plupart rapportaient que «la base est ulcérée», que «le mécontentement provoqué par l'imbroglio des négociations salariales est énorme", et beaucoup d'entre eux parlaient même «de la grève qu'il faudrait commencer à organiser comme d'une nécessité évidente relevant de l'auto- défense» (le Monde du 29/10/1980).

Ils ne parlaient pas d'auto-défense ouvrière, mais d'auto-défense syndicale face aux ouvriers. Le motif de «l'action»  avortée du 12 novembre était très clair à ce sujet. Si une ligne d'apparence «dure» avait fini par s'imposer dans les syndicats, c'était seulement pour une bataille de prestige avec une fraction des bureaucrates du parti. Jamais «Solidarité» n'a eu l'intention de s'affronter si peu que ce soit au POUP et à l'Etat (cf. les accords de Gdansk). En cassant leur première décision -en acceptant que «le rôle dirrigeant du parti» soit déplacé en annexe des statuts de «Solidarité»- les tribunaux n'ont d'ailleurs fait qu'exprimer l'intérêt réel de la bourgeoisie: préserver le plus longtemps possible le mythe de «l'indépendance syndicale».

Alors que les luttes pour des hausses de salaire continuent à éclater (cf. l'occupation de la préfecture à Gdansk par les prolétaires des services de santé, etc.), la classe dominante ne pourrait se passer de ce mythe sans courir le risque d'une nouvelle explosion sociale.

Par la négative, cela montre bien que la perspective d'une reprise de classe ne passe pas par les «nouveaux» syndicats, mais en dehors d'eux et contre eux; non par l'application des «accords de Gdansk» dont ils sont une fidèle émanation, mais par la dénonciation de ces accords et le refus d'accepter le programme d'austérité que syndicats et gouvernement comptent faire avaler à la classe ouvrière.

10/11/1980

"Nous savons fort bien que, presque toujours, les masses se mettent en lutte derrière des chefs qui ne portent pas le drapeau de leurs revendications immédiates et historiques et que c'est par la suite, au cours même du mouvement, que l'élimination s'opère, que le prolétariat parvient à se regrouper autour de l'avant-garde consciente qui peut brandir le programme de la révolution communiste uniquement parce que les travailleurs ont été portés, par la situation, à acquérir la conscience de leur rôle historique."
BILAN n°33, 1936

Notes

(1) Les moyens de production sont juridiquement «propriété d'Etat», alors que la grande masse de la population reste dépossédée de toute propriété, de toute possibilité d'employer les moyens de production à satisfaire ses propres besoins sociaux.
(2) cf. l'article: «Pologne: quelle victoire?» (page 22 de cette revue).



Pologne: Quelle victoire?

(in Le Communiste N°8 - Novembre 1980)

A la lumière du mouvement de grèves de l'été 1980, personne ne peut douter que la classe ouvrière a pris une initiative qui orientera, non seulement son propre avenir, mais l'ensemble de la situation internationale. Comme toujours, lorsqu'il se réalise une percée de classe exemplaire, les problèmes qui sont posés dépassent forcément le cadre national. Ils concernent les deux classes de la société dont l'essence n'est pas «nationale», mais mondiale.

Pour le prolétariat comme pour la bourgeoisie, la solution aux antagonismes qui ont une nouvelle fois explosé en Pologne est à l'échelle du monde et de l'histoire. La lutte des ouvriers «polonais» et ses conséquences ne prennent et ne prendront leur signification de classe qu'à ce niveau. C'est pourquoi il importe avant tout de resituer cette lutte dans le contexte des affrontements généraux entre ouvriers et capital (1). L'issue de ces affrontements, comme déjà leur contenu actuel, sont dictés par l'alternative: révolution ou contre - révolution.

Nécessité d'une bataille d'orientation

Les ouvriers du monde entier ont senti leur propre force se frayer un chemin en Pologne et ont cherché dans les luttes de l'été 1980 des indications pour l'organisation des luttes de même nature qu'ils mènent quotidiennement. Mais au même moment, la bourgeoisie n'a pas manqué de vendre sa vision des événements de Pologne à de larges masses ouvrières, en exploitant une situation même contraire à ses intérêts, pour essayer de fortifier l'ensemble de ses mystifications antiprolétariennes.

La classe dominante doit s'efforcer d'occulter la réalité de la situation en Pologne, elle doit répandre des fables pour obscurcir la conscience des prolétaires. La fonction de tout le battage idéologique orchestré depuis juillet - août n'est pas seulement défensive, elle est surtout offensive. Les campagnes autour des événements de Pologne ne visent pas uniquement à détourner les prolétaires de leurs perspectives de classe: elles visent aussi à les faire adhérer à la perspective contraire.

La bourgeoisie utilise et utilisera l'évolution des contradictions de classes en Pologne:
- à l'Est, pour montrer sa détermination à réprimer par la force brutale toute résistance à l'austérité, tout en reconnaissant la nécessité de «réformes» pour améliorer un «socialisme qui n'est pas encore parfait»;
- à l'Ouest, pour prouver que le mouvement prolétarien a une vocation «anti - totalitaire», que les ouvriers qui «jouissent de la démocratie» sont des privilégiés et que tous les sacrifices sont bons pour préserver les «libertés».

Le point culminant de ces campagnes est et sera  l'invitation à la croisade belliciste pour la défense de la démocratie occidentale ou du «socialisme» oriental, toutes classes confondues derrière les machines guerrières des deux constellations impérialistes.

C'est cette orientation que la bourgeoisie veut donner en exploitant les luttes de classes en Pologne; c'est la perspective de la contre - révolution qui se nourrit de tous les événements pour se renforcer et qui dispose à son service de gigantesques moyens de propagande et de contre - information.

En l'absence de solides liaisons internationales entre avant - gardes ouvrières, le prolétariat n'a pas les mêmes moyens. Les informations dont il peut disposer sont fragmentaires; les processus réels du mûrissement de la lutte ouvrière dans une partie du monde lui sont inconnus dans une autre partie du monde, parce qu'ils ne parviennent pas encore à percer l'énorme chape idéologique mise en place par le capital.

Malgré cet énorme obstacle, mener un travail de propagande et d'agitation révolutionnaires à partir de la lutte des ouvriers polonais est une nécessité impérative pour toutes les forces se situant sur un terrain de classe. Les événements de Pologne sont devenus un maillon important dans le processus qui voit chacune des deux classes de la société se renforcer à sa manière.

La marche en avant de la révolution

Même si les ouvriers de Gdansk, de Gdynia, de Sczczecin, etc. n'en ont pas eu clairement conscience, leur mouvement de grève a fait partie de la reprise internationale du combat prolétarien. Déjà dans la vague de lutte précédente (celle entamée dans les pays du dit «Tiers-monde», relayée en 1968 - 1969 par les mouvements en France et en Italie, etc.), la classe ouvrière de Pologne avait joué un rôle d'avant - garde. Il en est de même pour la nouvelle vague de lutte qui s'annonce à l'échelle internationale.

En ce qui concerne les luttes de classe en Europe, la grève de masse en Pologne (par son ampleur, par la dimension résolument classiste de sa généralisation et de sa centralisation) rejoint les plus grands épisodes de lutte de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Mais si à l'époque avait encore un poids le mythe de «l'intégration» de la classe ouvrière, de sa disparition définitive comme force politique – à l'Est comme à l'Ouest - aujourd'hui les choses ont changé. A cette époque, malgré le nombre important de signes d'une reprise prolétarienne, ce mythe trouvait un support pour se perpétuer dans l'occupation fréquente de l'avant - scène par le «mouvement &eaacute;tudiant» (mouvement qui fut à prédominance inter - classiste et orienté vers d'utopiques réformes petites - bourgeoises), alors que la «représentation» du prolétariat restait dans les mains des syndicats officiels.

Cette fois, c'est directement la classe ouvrière qui a parlé pendant deux mois en son propre nom et qui a imposé son organisation - les comités de grèves iinter - entreprises - comme seul représentant approprié à défendre ses intérêts face à l ' Etat. Les capacités de lutte, de mobilisation et d'auto - organisation du prolétariat en Pologne ont clairement confirmé, pour qui n'est pas définitivement sourd et aveugle, que «l ' intégration de la classe ouvrière» au capital n'est qu'une légende (reflétant soit une démoralisation extrême, soit une attaque idéologique directe lancée par la bourgeoisie).

En ce qui concerne les luttes de classes en Europe de l'Est, le mouvement de Pologne en 1970, malgré sa grande détermination, n'avait retenu l'attention que d'une très petite minorité du prolétariat mondial. C'était plutôt la Tchécoslovaquie et le «Printemps de Prague» qui s'imprimaient dans les consciences (mêmes prolétariennes) avec son mouvement nationaliste anti - russe dans lequel était noyée la classe ouvrière. Le fait nouveau obtenu par la lutte des ouvriers «Polonais» est d'avoir donné à leur grève un tel caractère de masse qu'elles ont immédiatement reçu un écho international. En Italie, un des mots d'ordre de la lutte à Fiat était: «comme à Gdansk!»

Contrairement au «Printemps de Prague», la remise en question du «modèle stalinien» est venue d'une action de masse centralisée du prolétariat et non d'une aile national - démocratique de la bourgeoisie tentée par un réalignement des alliances impérialistes et se servant de la pression des ouvriers comme d'un levier. Si le bouleversement manqué de 1968 en Tchécoslovaquie reflétait d'abord et avant tout les conflits inter - bourgeois dans cette partie du monde, le bouleversement amorcé en 1980 en Pologne est au contraire directement fonction de l'émergence d'un mouvement prolétarien tendant à l'autonomie.

La lutte des ouvriers en Pologne apporte la meilleure confirmation qu'il n'y a pas la moindre trace de «socialisme» à l'Est, mais qu'au contraire un capitalisme mondial unique règne des deux côtés du rideau de fer, subissant la même crise économique et déclenchant les mêmes ripostes ouvrières aux mesures d'austérité qui sont prises par toute la bourgeoisie internationale.

Une grande leçon de lutte

Le vaste ébranlement de la classe ouvrière en Pologne n'a pas éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Il s'est inscrit dans la continuité d'une déjà très longue tradition d'affrontements de classes, qui eurent pour  principaux centres: Poznan en 1956, Gdansk et Sczczecin en 1970, Ursus et Radom en 1976.

Comme en 1976 et en 1970, le mouvement a démarré pour s'opposer à la hausse du prix de la viande et aux augmentations de l'intensité du travail. Au moment le plus élevé, la vague de grèves a entraîné près d'un million de prolétaires et a menacé de prendre la forme d'une grève générale unifiée.

Outre son caractère de masse, ce mouvement a représenté un pas en avant par les préoccupations qui furent très vite les siennes. En 1976, comme en 1970 et en 1956, la bourgeoisie avait récupéré les organisations ouvrières en les incorporant dans les syndicats officiels. Cette fois, tirant les leçons des luttes antérieures, la permanence de l'organisation ouvrière, le maintien de son indépendance totale vis-à-vis de l ' Etat, le sentiment que cela seul peut représenter une garantie pour l'application des promesses que la bourgeoisie a dû faire, comme pour éviter d'avoir à subir une nouvelle vague de répression, ces préoccupations furent rapidement posées comme mots d'ordre centraux de la lutte.

La grande leçon qui nous vient de Pologne est la suivante: sans les grandes «organisations représentatives» bien installées et en l'absence de «droits démocratiques» - deux choses qui en Europe de l'Ouest sont présentées comme les conditions nécessaires du combat - le mouvement ouvrier a pu trouver en lui-même toutes les armes de sa lutte (la suite des événements a d'ailleurs prouvé que syndicats de concertation sociale et droits de grève sont des obstacles supplémentaires à l'expression de cette potentialité).

Les ouvriers ont entamé la lutte par la méthode classiste de la grève sans préavis et sans limitation préalable de durée , se dotant de groupes d'auto - défense, et ont étendu le mouvement par des grèves de solidarité, en centralisant leur force par la mise sur pied de comités unitaires de grève agissant sur la base d'une plate - forme revendicative commune.

Même si des tendances nationalistes, religieuses, libérales, etc., se sont manifestées parmi les travailleurs, ceux-ci ont donc fait preuve d'une détermination et d'un sens de classe fortifiés par rapport à leurs luttes antérieures. Pour nous, c'est cela et cela seul qui représente une victoire ouvrière.

Une contradiction interne au mouvement

Si le mouvement de grève de l'été 1980 a illustré la force renaissante de la classe ouvrière, il n'a pas  constitué pour autant l'amorce d'une phase pré révolutionnaire. On ne peut sous - estimer (sans sombrer dans l'opportunisme) les profonds dégâts causés dans le prolétariat par cinquante années d'une période contre - révolutionnaire qui commence seulement à se fermer. En même temps que se dessine la perspective d'une nouvelle révolution, s'organisent aussi les forces d'une nouvelle contre - révolution. Enfin toute bataille sociale, ou qu'elle se produise, ne peut pas être autre chose que l'explosion des opprimés et des mécontents de toutes sortes. Des éléments de la petite - bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participent inévitablement et,  tout aussi inévitablement, ils apportent au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs terreurs. C'est sur l'ensemble de ces facteurs que s'appuient les «faux amis» des ouvriers, les agents de la bourgeoisie. infiltrés dans le mouvement prolétarien.

L'évolution de la situation a montré qu'il subsiste un profond écart entre l'instinct, la conscience de classe élémentaire des grévistes, et la conscience de classe générale qu'il sera nécessaire au prolétariat d'acquérir pour triompher. Même lorsque le mouvement atteignait son apogée, les ouvriers continuaient à souscrire aux mystifications de «l 'intérêt national», des «réformes démocratiques», de l'opium religieux, etc.. Si les grèves en Pologne ont eu un caractère authentiquement prolétarien malgré les drapeaux que brandissait le mouvement, ceux-ci n'en étaient pas moins des forces matérielles qui entravaient la lutte (2).

Les comités de grève inter - entreprises et les «21 points» de Gdansk (la plate - forme commune à  tous les grévistes) cristallisaient au plus haut niveau cette contradiction interne au mouvement. A côté de revendications essentiellement prolétariennes (comme l ' exigence de la dissolution du «Conseil central des syndicats», étaient formulées des revendications ambiguës comme «la création de syndicats libres indépendants du parti et des employeurs». En effet, dans cette revendication se reflétaient deux orientations totalement distinctes:

- le mot d'ordre central du prolétariat: constituer des syndicats classistes, ouverts à tous les prolétaires en lutte, capables de centraliser les comités de grève, indépendants et opposés aux partis, aux syndicats officiels, au gouvernement, etc.
- la pression conjointe des autorités et des «dissidents» pour détruire l'associationnisme ouvrier, pour  ramener les ouvriers dans la légalité, pour remettre à neuf les courroies de transmission de l ' Etat bourgeois: les «syndicats libres» (formellement indépendants, réellement syndicats d 'Etat).

A part les revendications ambiguës de ce genre, le mouvement exprimait des revendications ouvertement réactionnaires comme celle de «liberté de religion» (non présente dans les 21 points) ou celles de mesures cogestionnaires pour «sauver l'économie nationale et sortir le pays de la crise» (point 6 de la plate - forme revendicative).

Seule l'ambiguïté d ' ensemble de la plate - forme des grévistes permet d'expliquer qu'elle ait impulsé le mouvement lorsqu'il tendait vers la grève générale, et permis en même temps à la bourgeoisie de reprendre en partie la situation en mains.

La dynamique contradictoire de la lutte

Les événements de Pologne matérialisent le développement dialectique des forces des deux classes de la société. Au moment même où le prolétariat tente de réarmer sa lutte contre tous les Etats et contre la «solution» bourgeoise à la crise: la guerre impérialiste, la bourgeoisie ne manque pas de rénover son vieil arsenal de mystifications syndicalistes, démocratico - religieuses et nationalistes.

Pour cette raison, il est aussi faux qu'imbécile d'affirmer que les événements de Pologne, par le simple fait de constituer une importante lutte ouvrière, éloignent la perspective de la guerre impérialiste ou dressent une barrière contre elle. Cela ne sera une chose acquise, un résultat certain de la lutte que si le prolétariat continue son processus d ' autonomisation  comme classe, se préparant dans les faits à la lutte civile révolutionnaire.

Dans le cas contraire, si le prolétariat en arrive à être durablement réencadré par cette «nouvelle» fraction bourgeoise qui s'est groupée autour du mot d'ordre de «réformes démocratiques», comme de nombreuses fois dans l'histoire, la bourgeoisie aura fait un pas de plus dans la préparation de la boucherie impérialiste. Pour le moment, on ne peut douter un seul instant que la bourgeoisie s'est fortifiée en poussant cette fraction  discréditée à assumer une fonction plus importante dans la vie nationale.

Avec les «nouveaux» syndicats, se rejoue, sous une forme plus radicale et plus sophistiquée qu'en 1956 - 1970 - 1976, la même entreprise de desstruction des tendances ouvrières à l'association. Le caractère extrême des réformes adoptées par l'État bourgeois et la réponse à un mouvement qui, à la différence du passé, exprime ouvertement son besoin d'une organisation autonome et permanente pour approfondir la lutte.

Est clairement mis en évidence un processus contradictoire:
- en se renforçant, l'action révolutionnaire du prolétariat pousse la domination de la bourgeoisie à s'organiser complètement, à tendre vers son expression politique pure, à aller jusqu'au bout de ses possibilités (qu'il serait naïf de sous - estimer)
- en se perfectionnant, en se centralisant à tour de bras, la contre - révolution impulse à son tour le mécanisme de la révolution
- il est clair que cet  aiguisement général de tous les antagonismes, cette course accélérée au renforcement des deux classes de la société, ne peut connaître qu'une seule issue: une victoire décisive de l'une ou l'autre des deux classes, du prolétariat ou de la bourgeoisie, ouvrant la perspective soit d'une généralisationinsurrectionnelle, soit d'une généralisation de la guerre impérialiste à l'échelle mondiale (3).

3) Nous nous rapportons à la situation actuelle, sans préjuger des effets d'une guerre impérialiste généralisée sur le prolétariat (cf. 1917 et 1945 pour des situations entièrement opposées).

Le cours contrasté, non linéaire, du rapport de forces entre les classes à l'échelle internationale est le reflet de ce qu'une victoire décisive n'a encore été arrachée, ni par la bourgeoisie, ni par le prolétariat. C'est dans ce cadre instable, d'accumulation des forces dans les deux camps, qu'il faut replacer toute évolution des rapports de forces conjoncturels et partiels dans n'importe quelle partie du monde.

En Pologne: préparation de la répression

Comme il était prévisible (cf. «Le Communiste» n° 7), le mouvement de grève s'est arrêté pour le moment dans les principaux centres industriels, après les concessions verbales et les réformes du syndicalisme lâchées par l ' Etat bourgeois. Mais la stabilisation sociale recherchée par la classe dominante n'est toujours pas en vue. La crise économique s'approfondit continuellement. La bourgeoisie ne peut différer à l'infini les mesures d'austérité dont l'urgence lui apparaît tous les jours dans le déclin de son taux de profit. Les «nouveaux» syndicats ne pourront que s'associer à ces mesures. Cela ne fera qu'accroître la perte de confiance des ouvriers dans leur prétendue «direction».

À court terme, ce qui se joue en Pologne est la préparation de la répression contre les minorités les plus actives et les plus conscientes du prolétariat. À travers le filtrage de la presse bourgeoise, le mouvement de grève de l'été 1980 est apparu tantôt comme un mouvement «politique parce que libéral» (son caractère politique n'aurait pas résidé dans son affrontement à l ' Etat, mais seulement dans ses illusions démocratiques!), tantôt comme un produit de la «spontanéité pure».

Mais si le mouvement fut spontané, il ne le fut qu'au sens matérialiste du terme: toute lutte prolétarienne est spontanée parce qu'elle est déterminée par les besoins matériels des ouvriers, et non par un décret ou par une «bonne propagande». Cela n'est pas contradictoire avec le fait que toute spontanéité se prépare. Les grands bouleversements sociaux sont toujours précédés par une agitation générale qui s'empare du prolétariat - d'où surgissent discussions et propositions d'action - et par l'apparition de minorités d'avant - garde qui réalisent les condiitions minimales pour la pulsion et l'organisation de la lutte.

À propos de grèves comme celles de Pologne, avec leur haut niveau de coordination et de circulation des informations (qui furent à l'origine de l'unification rapide des revendications et des méthodes de lutte), on ne peut accréditer un seul instant la thèse de la «spontanéité pure» (thèse défendue le plus souvent par ceux qui, comme Walesa, fondent leur politique sur une sordide démagogie ouvriériste). On doit au contraire affirmer (même à défaut d ' informations détaillées) que l'avancée du mouvement, comme son recul, furent préparés surbase de deux minorités: une agissant pour fortifier la lutte, l'autre pour la désagréger (les militants du KOR, Walesa, etc.).

La presse bourgeoise n'a fait état de l'existence d'une minorité ouvrière d'avant - garde (bien sûr pas avec ces mots) qu'au moment des plus importantes luttes de tendances au sein des MKS et lorsqu'un «noyau dur» s'opposait énergiquement à la ratification des "accords de Gdansk». Dans ce dernier cas, c'était pour opposer les prolétaires qu'elle traitait «d ' aventuristes» à ceux qu'elle qualifiait de «raisonnables».

À Gdansk, le 31 août, la minorité avancée ne faisait que défendre les intérêts réels de toute la classe. Si une dissociation durable devait s'établir entre cette avant - garde et les masses ouvrières en Pologne, apparaîtrait le plus grand danger pour le prolétariat.  Comme chaque fois dans des situations semblables, la politique de la bourgeoisie est de diviser d'abord, pour réprimer ensuite. En effet, contre cette fraction de la classe ouvrière qui exprime sa défiance envers l'orientation syndicale, qui comprend que la bourgeoisie n'a pas vraiment reculé, qui appelle à recommencer la lutte, la bourgeoisie n'a pas d'autre solution que la répression. Pour préparer la répression, elle commencera par jouer la carte de la scission du mouvement ouvrier.

A l'intérieur des frontières de Pologne, ce sera la tâche centrale des «nouveaux» syndicats: organiser les ouvriers qui se considèrent satisfaits par la prétendue «victoire de Gdansk»; renforcer leur désorientation par d'inoffensives promenades et par de pseudo- luttes qui seront appelées «manifestations» ou «grèves» selon le cas (pour préserver l'illusion d'une continuité avec le passé); repérer les éléments qui refuseront de souscrire à de telles mascarades et les isoler, en les désignant comme «provocateurs» aux yeux de leurs frères de classe.

A l'extérieur de la Pologne, la même tâche sera prise en charge par les démocrates du monde entier qui prôneront la «solidarité avec Solidarité», l'envoi de fonds aux adjoints des bourreaux, etc.. Le moins que nous puissions faire est de dénoncer ces défenseurs des «grandes victoires des travailleurs polonais», des «syndicats libres» et du «droit de grève»; de les démasquer en montrant qu'ils contribuent à installer l'état de siège autour de l'avant - garde prolétarienne en Pologne, collaborant par là  à la répression future.

Il y a une autre tâche de solidarité internationaliste dont le déroulement des événements en Pologne n'a fait que souligner le besoin de plus en plus pressant. La lutte n'a pas manqué de combativité, mais de clarté politique sur les intérêts tant immédiats qu'historiques du prolétariat et sur l'orientation qu'il lui fallait prendre pour triompher. Les prolétaires ont été forcés de refaire l'expérience de voies qui ne conduisent qu'à affaiblir leur combat, bien que cette expérience ait déjà été faite à de multiples reprises par les ouvriers en d'autres temps et d'autres lieux. Ce qui a manqué le plus au prolétariat en Pologne est donc une organisation politique ayant tiré les leçons de l'ensemble des défaites passées, capable de les réintroduire dans le mouvement présent sous forme de claires orientations révolutionnaires.

La tâche primordiale de solidarité internationaliste - avec nos frères de Pologne comme des autres pays - est aujourd'hui de contribuer à la construction d'une telle organisation, d'unparti, à l'aide duquel le prolétariat pourra éviter de recommencer toujours son histoire: ses hésitations, son manque de décision et ses erreurs.

Notes

(1) Pour la description du mouvement de grèves de l'été 1980, cf. "Le Communiste" n°7 (pages 2 et  suivantes).
(2) Au contraire de ce que veulent croire tous les groupes toujours prêts à flatter le mouvement tel qu'il est, cela montre que les prolétaires ne sont pas des dieux, qu ' ils ne sont pas séparés par une muraille de Chine de la merde  idéologique capitaliste.



Pologne: des accords de Gdansk au massacre

(in Le Communiste N°12 - Décembre 1981)


Dizaines de milliers d'arrestations, couvre-feu, utilisation de la torture, prolétaires assassinés, l'armée qui patrouille... C'est par l'état d'exception que la bourgeoisie tente de terroriser le prolétariat de Pologne. "Solidarité", l’Eglise et le gouvernement n'y sont pas parvenus; alors intervient le pilier de tous les états du monde: l'armée.

"Comment en est-on arrivé là ?" Telle est la question que se posent non seulement la presse bourgeoise mais aussi tous les prolétaires pour qui les grèves de l'été 80 sont un exemple de la force dé classe du prolétariat en lutte. Les mass- médias nous présentent "Solidarité" comme la victime principale de la répression, alors que c'est la classe ouvrière en tant que telle qui est visée. Ce que les mass- médias ne disent pas, c'est que tout au long de son existence "Solidarité" a préparé l'intervention militaire, et ce NON comme le disent les démocrates, parce que "Solidarité" aurait été trop radical ou se serait trop mêlé de politique, mais parce que Walesa et Cie n'ont cessé de désarmer politiquement la classe ouvrière de Pologne.

Constitué sur la base des "accords de Gdansk" qui mettaient un coup d'arrêt à la grève générale, le syndicat Solidarité ne s'est renforcé dans sa structure, dans son caractère d'interlocuteur valable pour le POUP et le gouvernement , dans ses prises de position, qu'au détriment du prolétariat. Sa légalisation a constitué sa consécration comme organisation réformiste, S'inscrivant dans le cadre de l'Etat bourgeois qu'il entend respecter (évidemment en l'appelant "Etat socialiste" ). Le renforcement de sa structure correspond à la récupération des anciens comités de grève (sans développer ici, rappelons, que le mécanisme démocratique , toujours lié à des phénomènes de bureaucratie, peut parfaitement convenir à ce processus d'étouffement de la lutte de la classe ouvrière par la récupération de ses organisations).

Sans cesse Solidarité a repoussé les conflits de classe à classe au nom de la négociation, de la modération et avec la volonté clairement affirmée de veiller à ce que l'économie nationale tourne et "que nos engagements financiers soient respectés dans les délais fixés" (discours de Walesa cité dans la Libre Belgique du 21 et 22 novembre 1981) . EN CELA. SOLIDARITE NE SE DISTINGUE PAS DU GOUVERNEMENT NATIONAL, DE L'EGLISE NI DES BANQUES OCCIDENTALES qui tremblent de ne pas voir leurs crédits remboursés. L'objectif commun à toutes ces forces politiques et financières est de faire rentrer les ouvriers au travail, et dans des conditions qui permettent la production de profits.

L'affrontement. Pressée par les barques occidentales soucieuses de leurs investissements d'une part, par l'URSS décidée à maintenir la Pologne sous son orbite d'autre part, et par les gouvernements du monde pour qui la lutte du prolétariat représente une menace, la contre- révolution a décidé de frapper un grand coup pour mettre fin à une guerre de classes larvée.

La bourgeoisie ne peut JAMAIS supporter que les prolétaires se manifestent comme classe luttant pour ses propres intérêts égoïstes : diminution du temps de travail et des cadences, augmentation des salaires, libération des camarades emprisonnés, approvisionnement insuffisant, ... Ces revendications et la lutte pour les faire aboutir se heurtent non seulement aux impératifs de rentabilité de l'économie nationale mais aussi à un Etat, sa police, son armée, ... une classe qui tire précisément son existence du fonctionnement de l’économie capitaliste. L'affrontement entre classes est inévitable. Se préparer à l'emporter, c'est préparer l'insurrection prolétarienne pour l'instauration de la dictature du prolétariat.

C'est cette leçon de l'histoire du prolétariat que la phase d'ouverture démocratique était destinée à faire oublier aux ouvriers de Pologne, pour préparer le terrain à une répression sans résistance. La contre- révolution ne réussit pas à démobiliser entièrement les ouvriers. Ceux-ci bien qu'inorganisés parce que trompés par Solidarité qu'ils croyaient de leur côté, opposent de la résistance; grèves, manifestations, ils s'arment tant bien que mal contre la répression, distribuent des tracts parmi les soldats pour les appeler à fraterniser... Malgré la férocité de la répression (dizaines de milliers d'arrestations, prisonniers maintenus dehors pendant des nuits à -15°c, grévistes et soldats insubordonnés tués, les forces de l'ordre auraient utilisé des gaz dans une mine, les mineurs grévistes auraient de la sorte été ramenés en surface, ranimés et renvoyés au fond pour reprendre le travail sous la menace des armes. Les récalcitrants ont été arrêtés et ce n'est là qu'un exemple), la détermination à ne pas courber l'échine est à Gdansk, les prolétaires affrontent la milice armée avec des haches et des pierres, à la mine Manifest Lipcowy, la grève se poursuit et les mineurs menacent de tout faire sauter au cas où les forces de l'ordre donneraient l'assaut, à l'aciérie de Katowice, les ouvriers ont laissé les hauts fourneaux s'éteindre, "à Cracovic, 1000 personnes ont manifesté le 17 sur la place du marché. Elles ont été dispersées par les unités spéciales de la milice (« zonno ») mais les soldats laissaient fuir les gens", en Silésie, les soldats transmettent de la nourriture aux grévistes, …
Ce que la contre- révolution a en revanche réussi, c'est que la résistance à la répression soit inorganisée, non préparée, que la lutte de classes qui se déroule en Pologne soit utilisée à fond par les impérialistes pour leur propagande belliciste et que les prolétaires en Pologne restent isolés.

Au nom de « Solidarité avec Solidarité » tous les démocrates veulent cacher au prolétariat mondial le caractère de classe et donc internationaliste de la lutte en Pologne. De Reagan aux trotskistes en passant par les bourgeois philanthropes et la gauche bien pensante, tous tirent la leçon que seule la démocratie et la « lutte » pour la défendre, peut empêcher l'état de, siège et la militarisation de la société. Les centrales syndicales occidentales (sauf la CGT et pour cause !) mobilisent, leurs troupes pour montrer l'impérialisme russe du doigt et lui opposer la démocratie qu'il faudrait se préparer à défendre. Préparer ici la classe ouvrière à accepter la nécessité des missiles, des budgets d'armement de l’OTAN pour résister à l'impérialisme "communiste", renforcer la cohésion nationale; telle est le but des campagnes de défense de la démocratie contre le totalitarisme "communiste".
C'est au nom de la conquête du droit de grève que "Solidarité" prêchait Le retour au travail.
C'est au nom des quelques conquêtes démocratiques que « Solidarité » prêchait la modération, "l'utilisation responsable" (entendez "'responsable" vis-à-vis des impératifs de l'économie capitaliste) des droits acquis.
Et face à la répression violente qui se préparait', "Solidarité" ne cessait de répéter la nécessité de la modération, de la non- violence, au lieu de préparer les ouvriers à l'auto- défense.
Malgré toutes ces belles proclamations radicales, "Solidarité" n'a pas bronché lorsque, signes avant coureurs, des unités de l'armée ont quadrillé le pays "pour aider à la gestion au niveau local" ou que l'école des sapeurs pompiers en grève a été évacuée violemment et avec un déploiement de forcés hors proportion.
En Pologne c'est le schéma de la contre- révolution qui s’est déroulé.

1) Face à un fort mouvement de classe, la bourgeoisie cède quelques miettes (par exemple 1 samedis libre sur 4) accompagnées dé réformes qui ne touchent donc pas au capital lui- même ainsi la fondation puis la légalisation du syndicat "Solidarité" , la messe à la TV, une ouverture démocratique limitée.

2) Suit une période où se joue: quelle classe parvient à profiter de la première vague de lutte ? La bourgeoisie, face à l'ampleur du mouvement de l’été 80, ne pouvait réprimer directement le prolétariat par la violence car dans une situation où le prolétariat montre sa force de classe, toutes les structures de l'Etat bourgeois et particulièrement l'armée, tendent à se désagréger et une partie à rejoindre les rangs des prolétaires en lutte. La bourgeoisie doit donc désarmer et isoler le prolétariat avant dé pouvoir l'écraser physiquement. Telle est la politique appliquée par le gouvernement, l’Eglise et Solidarité pendant un an et demi. Nationalisme, religion, enfermement dans l'usine, respect de la légalité ont hélas trouvé un large écho parmis les prolétaires, ce qui a permis à la bourgeoisie de prendre l'initiative de l'affrontement contre un prolétariat non préparé à riposter.

Pour les prolétaires il s'agit de renforcer LEUR organisation, leurs positions politiques, leur préparation à l'affrontement INÉVITABLE, l'extension de leur lutte au-delà des frontières. Ces tâches ne sont pas celles des seuls prolétaires polonais, maïs de toute la classe ouvrière mondiale. Car un prolétariat très fort politiquement et préparé à l'attaque, mais isolé dans le cadré des frontières nationales, ne pourra jamais vaincre.

La crise renforce les contradictions du capital. Elle met les antagonismes de classe à nu. Alors qu'en période de prospérité la bourgeoisie s'est montrée prête à payer le prix de la paix sociale, en période de crise elle est forcée de prendre des mesures d'austérité draconiennes. Contrairement aux illusions entretenues dans un climat de négociation et d'apaisement par les forces conjuguées du gouvernement, de l’Eglise et de "Solidarité", la bourgeoisie polonaise ne pourrait ni ne peut accorder une diminution substantielle du temps de travail et des cadences, ni assurer un approvisionnement suffisant, des augmentations de salaires et la non- répression des ouvriers combatifs, Durant un an et demi, les conditions de vie des prolétaires n'ont cessé de se dégrader. Ainsi les quelques réformes démocratiques ne sont pas parvenues à étouffer la combativité d'une classe ouvrière «qui n’a que ses chaînes à perdre et un monde à gagner». Depuis un an et demi l'ordre ne'' règne pas en Pologne.

Ces campagnes redoubleront si, par suite de l'échec du gouvernement polonais à restaurer l'ordre capitaliste et la discipline de fabrique, les forces de répression soviétiques doivent lui donner un coup de main.

Contre ces campagnes, manifestons le caractère internationaliste des luttes qui se mènent ici contre l'Etat national et de la lutte des prolétaires polonais contre la coalition des démocrates et des staliniens. La solidarité avec les combattants ouvriers de Pologne passe par la dénonciation des campagnes pour l'armement des états occidentaux, pour la défense de la nation et de l'Etat démocratique, par la dénonciation publique des campagnes démocrates de "Solidarité avec Solidarité" . L'antagonisme n'est pas Pologne contre Russie, ni bloc de l'Est contre bloc de l'ouest, mais prolétariat mondial contre bourgeoisie mondiale.

Se solidariser avec les prolétaires de Pologne, c'est tirer les leçons de leur lutte, de ses faiblesses; c'est comprendre que les illusions des prolétaires eux-mêmes sur l'Etat, la légalité, la nation, les réformes graduelles et successives, le passage pacifique à une meilleure société, ont permis à la classe capitaliste mondiale de déployer ses barbaries. Car la bourgeoisie mondiale a peur de voir la lutte des prolétaires de Pologne faire traînée de poudre 'et embraser non seulement les pays voisins de l'Est mais, aussi ceux de l'Ouest; elle a peur de voir les prolétaires des deux blocs fraterniser CHACUN CONTRE LEUR PROPRE BOURGEOISIE, TOUS CONTRE LE CAPITAL MONDIAL.

Les événements de Pologne ont une nouvelle fois montré que la seule perpective pour le prolétariat est de renforcer ses luttes, son organisation, ses, positions politiques, en vue de l'insurrection prolétarienne et de la dictature mondiale du prolétariat.
Le 30 Décembre 1981.

« Appelant les ouvriers et les syndicalistes polonais à se rassembler autour du programme du général Jaruzelski, Tadeusz Lipiec affirme avoir pesé le pour et le contre et déclare que l'instauration de l'état de siège était nécessaire car elle donne à espérer en des lendemains meilleurs."

Déclaration du président de Solidarité de l'usine Walter de Radom, synthétisée par Libération. 18 décembre1981 .

"Ce que je dis peut sembler un peu brutal, mais je pense que le gouvernement polonais n'était plus en mesure de gouverner le pays. La production de charbon avait baissé énormément. Le pays était démobilisé. Je vois maintenant une chance pour la Pologne de retourner à un mode de travail plus normal, et ceci, doit être une bonne chose pour les banques."...
Citation d'un banquier allemand de Francfort transmise par le Financial Times. 14 décembre 1981.


Leçons des événements de Pologne

(in Le Communiste N° 13 - Mars 1982)

"Les ouvriers n'avaient plus le choix: il leur fallait ou mourir de faim ou engager la lutte."

K. Marx - Luttes de classes en France

1. La vague de grèves de l'été 1980 en Pologne s'inscrit pleinement dans la lente mais profonde réémergence des luttes ouvrières dans le monde entier et particulièrement en Europe où ces dix dernières années ont été marquées (excepté quelques explosions locales) par une domination quasi totale de la contre-révolution bourgeoise. Cette vague de grèves et le mouvement qu'elle entraîna se différencie par sa massivité et son haut degré de centralisation, particulièrement dans les comités inter-entreprises -MKS- (1). Par contre, le mouvement en Pologne reproduit pleinement la caractéristique générale des luttes actuelles : la spontanéité. Cette spontanéité, comme l'a toujours expliqué le marxisme révolutionnaire, exprime une double tendance, à la fois positive: la perte de contrôle total de la contre-révolution stalino-démocrate, le manque de prise des syndicats et de l'ensemble de l'appareil répressif de l'Etat sur un prolétariat jeune qui n'a pas connu les périodes les plus noires de la désagrégation du prolétariat en tant que classe; et à la fois négative : la rupture avec les expériences passées de la classe, le manque quasi total de réappropriation par les mouvements actuels des leçons des vagues révolutionnaires passées tirées par les fractions communistes, carence se matérialisant par l'inexistence d'une direction communiste, par l'inexistence d'une perspective permettant aux mouvements de se développer et d'embraser le monde entier. Cette constante générale se retrouve dans tous les mouvements qui se sont développés sous pression de la crise capitaliste mondiale, du Salvador à l'Iran, de la Turquie au Maroc, de la Bolivie à la Corée du sud, de l'Italie à la Pologne,… La faiblesse de la spontanéité ouvrière ne s'exprime jamais par le manque d'énergie, de volonté ou de créativité des masses qui entrent en lutte, mais s'exprime par contre toujours par la faiblesse de la direction, par l'incapacité d'orienter le mouvement vers ses propres buts révolutionnaires, par l'incapacité du mouvement à se doter du parti de classe. Historique­ment aussi, ça n'a jamais été la massivité, la spontanéité qui ont fait défaut à la victoire de la révolution communiste; c'est toujours la claire vision des buts et des moyens du mouvement, la direction pleinement communiste, le Parti Communiste Mondial qui, de la Commune de Paris en 1871 à l'Allemagne en 1919, des insurrections chinoises en 1926-1927 aux événements d'Espagne en 1936, ont manqué au parachèvement de l’œuvre des masses, à la victoire définitive de la révolution communiste mondiale. Et, aujourd'hui plus encore qu'hier, la globalité des mouvements de classe est marquée du sceau de la spontanéité, du sceau de leur immaturité politique. Les événements de Pologne n'échappent nullement à cette constatation: sans direction communiste, pas de victoire prolétarienne.

2. L'importance des mouvements en Pologne, tant du point de vue de leur force de classe -durée et massivité du mouvement- que du point de vue de la situation géo-politique particulière -pays charnière entre les deeux constellations impérialistes- était un danger permanent pour la bourgeoisie mondiale. Que cela soient l'Etat russe ou les banques occidentales (2), tous les bourgeois avaient de plus en plus un intérêt direct à ce que l'ordre capitaliste, l'ordre du travail, règne à nouveau en Pologne et à ce que l'exemple de ces luttes ne fasse pas traîner de poudre et n'embrase pas non seulement les pays voisins de l'Est, mais aussi ceux de l'Ouest. Pour la bourgeoisie du monde entier, il fallait, tant socialement qu'économiquement, trouver une solution capitaliste aux événements de Pologne; cette solution était et est l'écrasement.

C'est cette situation de lutte de classes exacerbée et larvée, liée à une situation économique de plus en plus catastrophique (3) qui poussa de plus en plus en avant les tendances les plus bellicistes tant à l'Est qu'à l'Ouest de la bourgeoisie, celles qui voulaient prendre l'initiative de l'affrontement afin de transformer au plus vite le danger de la guerre civile en la réalité de la préparation matérielle et idéologique à la guerre impérialiste. En ce sens, les événements en Pologne marquent tant l'avenir du développement de la lutte de classes que le développement important des campagnes bourgeoises de préparation à la guerre impérialiste généralisée. Ainsi, aux campagnes pacifistes de "désarmement en Europe" -pôle soi-disant non-belliciste, de fait pro-URSS- (4) ont pu succéder les campagnes de "liberté pour la Pologne" et de "solidarité avec Solidarité" (mots d'ordre communs de Reagan aux gauchistes), de réarmement de l'Europe en défense du "monde libre" -pôle soi-disant plus belliciste, de fait pro-USA-. Et, tel un métronome, ces campagnes successives battent le rythme de la préparation à la guerre impérialiste généralisée.

3. Si, comme nous l'avons vu, les aspects positifs du mouvement en Pologne étaient sa massivité et sa tendance spontanée à se centraliser, la forma­lisation des tendances d'organisation ouvrière en "le syndicat libre Solidarité" et la reconnaissance légale de ce syndicat, son intégration dans l'appareil d'Etat dont le corollaire était la signature des accords de Gdansk (5), c'est-à-dire la transformation des organes de la lutte ouvrière en leur con­traire, ont pu être opérés à cause des graves faiblesses que portait en lui ce type de mouvement jeune et spontané. Ces faiblesses, les plus importantes, ne sont évidemment pas de simples "mystifications" ou "fausses consciences" trompant les ouvriers, mais trouvent leurs racines matérielles dans l'immatu­rité politique du mouvement qui a permis que se perpétuent en son sein, des idéologies bourgeoises qui, dans la pratique, sont autant de forces matériel­les agissant contre la lutte ouvrière.

A) La croyance en la "non-inévitabilité" de l'affrontement direct et armé avec l'Etat bourgeois: le légalisme, a entraîné le désarmement matériel et politique progressif des bastions combatifs. Le fait de ne pas se préparer (ou de manière totalement insuffisante) à l'affrontement direct, de ne pas mettre en place les mesures élémentaires d'auto-défense, d'armement même limité des prolétaires, de ne pas maintenir, au-delà de la structure bourgeoise de "Solidarité", les liens entre les secteurs en lutte, de ne pas tisser les milles liens clandestins qui seuls peuvent préparer la victoire du prolétariat,... a laissé presque entièrement ce terrain fondamental de l'af­frontement à l'initiative de l'ennemi de classe.

Dès les événements de Bydgoszcz (6) jusqu'au "test" de l'occupation de l'école des pompiers de Varsovie, l'Etat, lui, n'a fait qu'avancer, occupant tout le terrain de la préparation à l'affrontement, détenant ainsi de plus en plus le monopole de la violence. D'abord par une répression sélective (cau­tionnée dans les faits par "Solidarité") contre les éléments "incontrôlés", les "hooligans", les "anarchistes", les "provocateurs",… puis touchant de plus en plus les points chauds, les bastions combatifs, la répression culmina dans "l'état de siège". L'Etat put ainsi battre militairement et politiquement le prolétariat car, pendant plus d'un an, tous les affrontements partiels, toutes les escarmouches préparatoires, ont toujours tourné à son avantage... L'Etat bourgeois en Pologne, contrairement aux prolétaires, s'est préparé dans tous les domaines à ce combat inévitable ; au plus il remportait de victoires partielles, au plus il renforçait sa capacité à passer à une offensive de grande envergure, à la répression généralisée. Lâcher pied dans les combats partiels, c'est, comme le disait Marx, se priver de la possibilité d'entreprendre des mouvements de plus grande envergure. (7)

B) Autre faiblesse souvent sous-estimée dans les rangs révolutionnaires, le poids de la religion comme force matérielle, l'Eglise et ses structures comme ennemi direct à détruire. Trop souvent, les marxistes (ou prétendument tels) ont considéré uniquement la destruction de la religion com­me une simple conséquence de la destruction des rapports de production capitaliste. Or, la destruction de toutes les idéologies ne sera pleinement réali­sable que si, dès aujourd'hui, les prolétaires attaquent la globalité que constitue la société bourgeoise, tant sa base matérielle -le rapport social capitaliste- que l'enseemble de l'appareil superstructurel. La religion, tout comme toutes les idéologies, se doit d'être dès maintenant combattue, non en tant que "religion" (cela reviendrait à l'idéaliste "lutte d'idées"), mais sur le terrain même de la lutte de classes, en tant qu'arme utilisée par la bourgeoisie pour détruire pratiquement le prolétariat (8).

Les événements de Pologne nous ont clairement montré la force que peut constituer la conjonction entre un "parti ouvrier matérialiste" (on ne peut plus vulgaire) et l'église catholique, comme piliers essentiels (dont l'armée est le principal) de l'Etat bourgeois. Non seulement "Solidarité" assumait les fonctions de "tampon" social mais encore l'église qui, même après le "coup d'Etat", a joué à fond sa fonction de temporisateur, de pompier social, pour empêcher toute réaction classiste à l'attaque de la bourgeoisie. C'est au cri de "prévenir l'effusion du sang polonais" que Mgr Glemp et toutes les autres forces de l'Etat bourgeois, l'armée, le POUP, "Solidarité", l'ex-KOR,... se sont divisé le sale travail; les unes, l'armée et la fraction dirigeante du POUP ont attaqué la classe ouvrière de front; les autres, l'Eglise, "Solidarité", "l'opposition" au sein du POUP, ont empêché la riposte ouvrière à l'atta­que massive, à la répression généralisée (même si elle touchait partiellement une partie de "l'opposition" légale). Tous, l'armée, le POUP, l'Eglise, "Solidarité",... ont dévoilé ce qu'ils étaient vraiment : les diverses parties d'une même unité défendant, en Pologne, les intérêts mondiaux du capital, les diverses composantes de l'Etat bourgeois.

C) Le mythe d'une solution "à trouver" dans le cadre du système pseudo-socialiste, que cela soit une solution de type autogestionnaire (9) comme en Hongrie ou en Yougoslavie ou un autre type de compromis, cogestionnaire et pluripartitiste. Mais, au fur et à mesure que se détériorait la situation économique et sociale, le programme de telles "solutions de rechange" parvenait de moins en moins à se différencier des solutions avancées par le gouvernement lui-même; plus personne, ni "Solidarité", ni le POUP, ni l'Eglise,... n'était en mesure d'avancer une solution cohérente et réalisable, capable de restaurer l'ordre capitaliste, de remettre sérieusement les ouvriers polonais au travail. L"'état de siège" était le recours de la bourgeoisie mondiale a­vant que n'éclatent de nouveaux troubles sociaux qui, comme l'annonçait Walesa, auraient immédiatement débordé l'encerclement syndical, réformiste.

Le prix à payer pour réaliser réellement et amplifier les réformes dé­mocratiques était beaucoup trop élevé pour une bourgeoisie affaiblie et incapable de contrôler la production. D'autant plus que de telles réformes, aussi promotionnées soient-elles en Europe occidentale, ne donnaient toujours pas à manger aux prolétaires et ne parvenaient aucunement à enrayer la crise. C'est pourquoi aussi, la bourgeoisie américano-européenne, au-delà de ses discours libéraux, poussait, par l'intermédiaire de ses banques, l'Etat polonais à agir au plus vite, pour restaurer l'ordre capitaliste en Pologne. Tous les bourgeois rejoignaient l'avis de la "Bank of  America": "Quel que soit le gouvernement, nous devons lui souhaiter bonne chance et espérer le retour a une économie productive. C'est à tel point vrai que même, au-delà de Reagan et son show, l'Etat américain rembourse aux banques 71 millions de dollars dus par Varsovie sans pour autant déclarer, comme il en a la possibilité, la Pologne en défaut. Sur la scène du spectacle international, Reagan agite ses droits de l'homme (avec la gracieuse collaboration du socialiste Mitterrand!); dans les coulisses, les Etats-Unis soutiennent financièrement (de même que l'ensemble des banques occidentales) le processus de remise au pas (de loi) engagé à coups de baïonnettes par l'Etat polonais.

L'ouverture apparaissait donc directement pour ce qu'elle était: un sim­ple rideau de fumée lâché pour préparer la répression et la mise au pas des ouvriers. La faiblesse même de l'Etat bourgeois en Pologne -faiblesse tant de sa structure économique (la fameuse dette extérieure) que de la rigidité "socialiste" de sa dictature (10)- rend impossible tout réel et durable processus de transformation libérale. La bourgeoisie polonaise n'a pas pu se payer le prix trop élevé du libéralisme, elle choisit le bonapartisme. (11)

D) Le nationalisme, la défense de la patrie polonaise, de l'indépendan­ce nationale… en complément au sauvetage de l'économie nationale. Comme pour les autres idéologies -religion, légalisme, autogestion,....- véhiculées dans le mouvement ouvrier, les révolutionnaires s'attachent à démontrer la réalité du mouvement prolétarien, sa subversivité, au-delà des idéologies introduites par la bourgeoisie, au-delà des drapeaux bourgeois qui flottent au-dessus du mouvement. Comme le disait Bilan:

"Nous savons fort bien que, presque toujours, les masses se mettent en lutte derrière des chefs qui ne portent pas le drapeau de leurs revendications immédiates et historiques et que c'est par la suite, au cours même du mouvement que l'élimination s'opère, que le prolétariat parvient à se regrouper autour de l'avant-garde consciente qui peut brandir le programme de la révolution communiste uniquement parce que les travailleurs ont été portés, par la situation, à acquérir la conscience de leur rôle historique." Bilan n°33, 1936

Mais, une fois cet aspect dégagé, les marxistes comprennent que, si le mouvement ne parvient pas en s'en défaire, le drapeau bourgeois, la direction non­ communiste, entraîne toujours, à court terme, le mouvement dans l'impasse du réformisme (quelle que soit la forme qu'il prenne), prélude à l'écrasement physique des forces ouvrières encore combatives. En période de montée de la lutte, le mouvement tend toujours à dépasser pratiquement ses limites internes, ses confusions, à faire éclater les barrières qui l'enserrent; en période de reflux de la lutte, de telles confusions, de telles idéologies bourgeoises prennent un poids considérable et peuvent transformer un reflux temporaire en une défaite durable (12).

Evidemment, toutes les idéologies se complétant mutuellement afin de présenter aux yeux des prolétaires un ensemble cohérent et multiple; Solidarité propageant une mixture autogestionnaire, nationaliste, religieuse, légaliste, etc. Et dans cet ensemble, le nationalisme prépare plus particulièrement la transformation du mouvement de classe en guerre impérialiste, et ce, notamment par sa connotation anti-russe (13).

Mais si, ici en Europe occidentale, la pourriture appelée presse, fait grand bruit du "nationalisme des ouvriers polonais", certaines réactions classistes à l'Etat de siège rompent radicalement avec le nationalisme, le réfor­misme et le légalisme. L'extinction des fours dans la sidérurgie (à Huta Katowice), la résistance des mineurs de Silésie, comme le sabotage de la produc­tion aux usines de tracteurs d'Ursus (où presqu’aucun tracteur ne parvient à sortir) marquent une désolidarisation, de fait, tant de l'économie nationale, de la patrie, que de toute solution réformiste. Saboter, c'est exprimer clairement (que les prolétaires en aient conscience ou non) le refus de toute so­lution capitaliste; c'est toucher de plein fouet le coeur du capital, la sur-valeur.

4. Comme nous l'avions prévu, la période s'ouvrant à la suite des accords de Gdansk, malgré un potentiel de lutte quasi intact préparait pratique­ment et politiquement la solution bourgeoise à la crise polonaise: la répres­sion des bastions combatifs. Les successifs conflits ponctuels -l'affaire de Bydgoszcz, de Marszalkowska, des imprimeurs d'Olsztyn... jusqu'à l'évacuation manu-militari de l'école des pompiers de Varsovie- ont tour à tour exprimé la désorganisation opérée par Solidarité -les menaces de grèves sans effet et sans cesse repoussées, la destruction des liens inter-entreprises- et l'incapacité de plus en plus forte de Solidarité à contenir un mouvement latent que la hausse des prix, les files interminables, la pénurie, ... pouvaient à tout moment refaire éclater et déborder l'étouffoir appelé Solidarité. Cette incapacité croissante de "Solidarité" à assumer ce pourquoi l'Etat polonais l'avait directement intégré se manifesta notamment lors de son "dernier" congrès où la multiplication des tendances (toutes autant bourgeoises les unes que les autres) matérialisait la paralysie du syndicat coincé entre d'une part sa fonction de gérant de l'économie nationale (avec Walesa en futur ministre du travail !) et sa fonction d'encadrement/étouffement du mécontentement ou­vrier d'autre part. Comme l'exprimait clairement Walesa:

"Alors, expliquez le plus vite possible aux gens que la crise économique était inévitable, que les autorités le savaient, qu'elles ont même auto­risé notre création (...) car elles savaient que "Solidarité" jouerait un rôle d'amortisseur, raisonnable, sérieux, qui n'allait pas liquider le parti." Walesa - "dernier discours" du 13 janvier 1982.

"Solidarité" n'a pas été interdit parce qu'il devenait trop "dangereux" mais bien parce qu'il ne parvenait plus à répondre à aucune des raisons qui avaient présidé à sa naissance. Il était devenu incapable de contrôler/réprimer les luttes qui s'annonçaient et il ne parvenait plus aucunement à se différencier du gouvernement quant aux mesures anti-ouvrières prises et à prendre. Sa mise "hors la loi" exprime le fait que la bourgeoisie ne peut plus en faire un usa­ge direct et seule son existence dans la clandestinité peut encore lui redon­ner un semblant de crédibilité, après plus d'un an d'existence au service ex­clusif et intensif de l'Etat bourgeois. Ce regonflage de l'image de Solidarité dans la clandestinité (qui offre au gouvernement la possibilité de renégocier avec Solidarité) passe notamment par le spectacle joué autour de Walesa (col­laborant sans officiellement collaborer et ne collaborant pas tout en conti­nuant son travail de briseur de grève) et par les prises de positions très modérées -appels au calme et au pacifisme- du pape et de l'église polonaise qui, elle, reste ainsi toujours un bon médiateur entre le gouvernement et son opposition. Les déclarations de Mgr Glemp dans son homélie, sont à ce sujet particulièrement éclairantes:

"Nous nous mettons à genoux devant Dieu pour implorer que le sang ne soit plus versé. Notre nation n'a jamais connu de guerre civile et fratricide. Nous vous implorons, au nom de Dieu, de ne pas lever une main pleine de hai­ne l'un contre l'autre. Conservez votre calme. Ne faites pas tomber notre pays dans une infortune encore plus grande. Seul le contrôle de soi et le maintien du calme peuvent sauver le pays et l'Eglise qui y poursuit sa mission." Homélie lue dans toutes les églises de Pologne.

Cette mission de l'église est la même que celle des militaires et de toutes les autres forces bourgeoises: c'est le retour au calme après la mise au pas des prolétaires, permettant ce à quoi aspirent toutes les fractions bourgeoises: la normalisation, le retour à une situation de paix sociale (restaurant après coup les quelques libertés... d'avoir des illusions, la messe à la télévision, la presse libre,…)

Ce retour à la norme capitaliste, à la remise sans broncher au boulot, dépend du degré d'écrasement qu'a connu le mouvement ouvrier. Si nous savons aujourd'hui qu'il n'y a pas eu, en Pologne, d'écrasement total, que nous som­mes dans une période de tentatives répétées de remontée internationale des luttes prolétariennes, que la bourgeoisie a de moins en moins la force d'imposer un écrasement total à l'image de celui des années 1930-1940; il y a cependant eu écrasement partiel sélectif (14). Malgré l'intensité de la répression; sa férocité -des centaines d'assassinats, des milliers de déportés et environ 50.000 emprisonnés-, elle n'a pas complètement détruit la volonté et la force de lutte. Cet écrasement partiel n'est nullement du à la brusque mansuétude de la barbarie capitaliste mais, au contraire, à la résistance ouvrière, à l'immense potentialité de lutte, de répondre à l'austérité par le sabotage, de répondre au terrorisme par le terrorisme, que possède encore le mouvement prolétarien en Pologne. Ce sont les ouvriers qui, par leur réaction de lutte armée dans les premiers jours et de sabotage actif ensuite (15), ont réussi à imposer une limitation importante de la répression physique et de son cortège de massacres.

Outre l'écrasement physique des prolétaires combatifs, l’ «état de siège" du général Jaruzelski signifie, ou devrait signifier, aussi le retour à l'or­dre bourgeois dans les usines, la récupération des miettes que la bourgeoisie avait dû lâcher suite aux grèves de l'été 1980. Cela s'est immédiatement traduit par la promulgation du travail obligatoire pour tous les hommes de 18 à 45 ans, la semaine de travail de six jours qui entérine donc la suppression des fameux samedis libres que Solidarité avait déjà suspendus et qui peut à tout moment être portée à sept jours, la journée de travail de huit heures pouvant à tout moment être portée à douze heures, la réduction des congés payés de vingt-six jours par an à un jour par mois de travail effectif, le triplement des produits de base: viande, beurre, sucre, charbon,... La hausse moyenne des produits était, fin janvier 1982, de source officielle, de 241%, alors que pour certains produits de grande nécessité, la hausse atteignait 400%. Ces hausses signifient pratiquement la récupération nette de plus de 50% de ce qui avait été octroyé sous pression des grèves.

Et comme pour la répression, la capacité de la bourgeoisie à imposer toujours plus de mesures anti-ouvrières dépend entièrement du rapport de forces avec la classe ouvrière. Plus celle-ci a été battue et est battue, plus ces mesures et la répression continueront à l'attaquer frontalement. Au contraire, une classe qui continue à lutter pour ses intérêts exclusifs de classe, certes sous d'autres formes: sabotage, absentéisme,... peut enrayer tant le canni­balisme de la répression que l'immense régression sociale qui s'abattent sur le prolétariat. Aujourd'hui comme hier, le dilemme pour les ouvriers de Pologne (comme d'ailleurs) reste le même: ou se battre ou crever! Si aujourd'hui en Pologne le mouvement ouvrier a perdu une bataille, contre tous les espoirs bourgeois, il n'a pas perdu la guerre de classes!

5. Une autre leçon fondamentale tirée des événements de Pologne est celle de l'internationalisme. Outre l'évident caractère internationaliste des mouvements en Pologne, une question clé a été et sera le nécessaire déborde­ment du cadre national, la généralisation de la guerre de classes au monde entier.

Après avoir mis les phrases ronflantes et les appels platoniques sur la touche, reste la question centrale des moyens de cette généralisation. Depuis toujours, le marxisme révolutionnaire analyse que la meilleure façon de géné­raliser un mouvement n'est ni d"envahir" les autres pays -Lénine disait qu'on n'exporte pas la révolution à coups de baïonnettes- ni d'"attendre" que simultanément le mouvement se déclenche partout. (Avec une telle ânerie, il n'y aurait jamais eu de révolution en Russie.) Au contraire, la meilleure manière de généraliser, de mondialiser un mouvement, c'est de répondre coup pour coup contre "sa propre" bourgeoisie ou les représentants directs de la bourgeoisie mondiale (16); c'est d'intensifier, le plus possible, la guerre de classes là où elle s'est déclenchée. C'est en faisant l'insurrection armée à Petrograd que le prolétariat de Russie a le plus contribué, au-delà de la conscience qu'il pouvait en avoir, au développement de la force de classe, à la mondialisation de la révolution communiste. Attendre l'hypothétique matu­ration des "autres pays" en revenait, en bons mencheviks (ou en bolcheviks traîtres tels Kamenev, Zinoviev, Staline), à trahir la révolution. De même, le mouvement en Pologne aurait plus contribué à la généralisation, à l'internationalisation de la lutte ouvrière, en débordant "Solidarité", en organisant l'action directe contre l'Etat, en poussant plus loin en intensité et donc en extension, le mouvement de classe. C'est en battant "sa propre" bourgeoisie que la lutte ouvrière est directement une lutte contre le capital mondial: chacun contre "sa propre" bourgeoisie, tous contre le capital mondial.

Cette question centrale s'est très clairement vérifiée lors des affrontements violents qui ont immédiatement suivi l'accaparement complet du pouvoir par les militaires. C'est, en effet, en répondant directement à la répression, que les ouvriers se sont donnés les meilleures conditions pour, dans ces dra­matiques circonstances, négocier au mieux leur vie! Contrairement aux sophis­mes des pacifistes de tous bords, ce n'est jamais en ne répondant pas à la violence, au terrorisme de la bourgeoisie, que le prolétariat parvient le mieux à résister. C'est en répondant force contre force, avec toutes les armes dont il dispose, tant économiques que militaires, que le prolétariat parvient, le mieux à négocier non seulement sa vie, mais aussi, la possibilité ultérieure de reprendre la lutte, de maintenir la plus intacte possible sa force de classe.

C'est ainsi que les mineurs de Silésie, les sidérurgistes de l'aciérie d'Huta Katowice, comme les ouvriers des ports de la Baltique, ont le mieux défendu les intérêts et la vie de l'ensemble du prolétariat de Pologne. En rien, leur réponse courageuse n'était "désespérée" (comme le pleurent les pa­cifistes) ou "colérique" (comme si la colère ouvrière était une réaction in­fantile, irresponsable): au contraire, c'est grâce à ces réactions classistes qui matérialisaient la force encore immense des ouvriers, que les prolétaires purent fortement limiter le cannibalisme de la contre-révolution, en particulier; en sapant le "moral" de l'armée; paralysant sa capacité à réprimer les mouvements ouvriers Cette réalité s'est exprimée notamment dans les nombreux cas de désobéissance, de désertion et même de solidarisation avec les grévistes. A coups de haches et de vieux fusils, les ouvriers se défendirent; lors des affrontements de la "mine Wuyeck", "les mineurs ont attaqué les tanks avec des barres de métal aiguisées, du matériel de forage et des cocktails molotov. Les mineurs étaient quelques centaines face aux canons à eau et à la police anti-émeute. Ils ont réussi à immobiliser un tank en bloquant ses che­nilles avec des barres de fer." (cité par Libération). De même, à Gdansk, de nombreuses et violentes batailles ont opposé ouvriers et troupes de choc de la "zomo", etc.

Encore une fois, ce n'est pas en se laissant faire, en capitulant devant l'ennemi, que les ouvriers se donnent les moyens de poursuivre la lutte (alors sous d'autres formes); c'est par leur lutte exemplaire que les prolétaires de Pologne donnent le meilleur encouragement aux prolétaires du monde à reprendre le flambeau et à chacun contre "sa propre" bourgeoisie, détruire la bête ca­pitaliste. La réelle solidarité de classe, le réel internationalisme est ainsi exprimé; la meilleure façon d'aider nos frères de Pologne, c'est de reprendre leur exemple partout dans le monde, nos intérêts comme nos ennemis étant par­tout les mêmes. Comme l'expliquait Marx:

"En un mot: ce n'est point par ses conquêtes tragi-comiques directes que le progrès révolutionnaire s'est frayé la voie, au contraire, c'est seulement en faisant surgir une contre-révolution compacte, puissante, en se créant un adversaire et en le combattant que le parti de la subversion a pu enfin devenir un parti vraiment révolutionnaire". (souligné par nous)

Cette leçon centrale des"'Luttes de classes en France" s'applique entièrement aux événements de Pologne dans lesquels la force de la lutte ouvrière et ses combats héroïques ont contraint toutes les forces bourgeoises (quoi qu'elles en disent), le POUP, "Solidarité", l'Eglise,... à s'aligner complètement derrière la contre-révolution compacte et puissante du général Jaruzelski. C'est en "créant, et en combattant" leur ennemi historique que les prolétaires de Pologne nous ont montré la voie à suivre; à nous prolétaires du monde, d'être à la hauteur de leur exemple!

6. Au travers des événements de Pologne de nombreuses fausses leçons ont été tirées, de nombreuses "interprétations" n'ont été que de pures falsifications.

Outre les éternels "gauchistes" -trotskystes de tous bords, maos et résidus, anars et autres écolos,...- et leurs soutiens plus ou moins critiques à "Solidarité" et au capitalisme d’un bloc ou de l'autre, d'autres groupes se sont démasqués dans l'apologie des faiblesses du mouvement, que cela soit l'apologie du syndicalisme (17) véhiculée par le trotskysme camouflé en "bordiguisme" -de "Programme communiste" aux "Nuclei leninisti internazionalisti"- ou l'apologie dithyrambique de la "grève de masse", du "spontanéisme", de la "démocratie directe" (18) dont le contrôle, la révocabilité à tout instant, serait la panacée universelle -du "Courant communiste international" aux autres libertaires-. (Pour eux, le mouvement était tellement démocratique, tellement beau et fort qu'on se demande comment il a bien pu se faire réprimer!) Mais, tous ont en commun l'incompréhension des limites internes au mouvement, de ses propres faiblesses tant dans l'organisation pratique, la centralisation que dans la conscience des buts et des moyens du mouvement. Faire une apologie a-critique du mouvement ne fait en dernier ressort que renforcer ses faiblesses; les transformer "pour la cause de la propagande" en de grandes victoires, c'est rendre incapables les prolétaires de tirer les leçons de leurs erreurs et faiblesses; c'est les empêcher théoriquement et pratique­ment d'aller de l'avant, d'éviter de chaque fois recommencer leur histoire, leurs hésitations, leurs manques de décision, leurs erreurs; c'est les empêcher de travailler à la réformation du Parti de classe.

A coup de blabla sur "la croisée des chemins de Solidarité", sur "la base saine et la direction pourrie" de ce syndicat, sur le fait que "Solidarité" est une organisation bourgeoise mais "exprimerait tout de même un mouvement social", ou encore sur "le plus grand mouvement ouvrier depuis 1917" (19), ils noient tous les réelles difficultés de la lutte à se rendre indépendante et autonome, à se diriger dans le sens révolutionnaire, à se généraliser,... en fin de compte, ils renforcent la bourgeoisie dans son oeuvre de destruction des seuls acquis politiques du mouvement en Pologne. Les événements de Pologne catalysent ainsi de plus en plus les positions contre-révolutionnaires de ces groupes qui, face à la lutte de classes, se trouvent incapables d'inter­préter, de prévoir les événements, d'en tirer les leçons programmatiques au­trement qu'en essayant de faire coller la réalité à leurs raisonnements idéo­logiques respectifs. C'est ainsi que, pour les uns, "Solidarité" représente­rait encore plus ou moins une force de classe alors que la structure, la pra­tique et l'idéologie de ce syndicat n'ont jamais défendu aucun intérêt ouvrier mais ont toujours servi à liquider toutes les revendications de classe; pour les autres, la leçon des grèves en Pologne serait le caractère définitivement superflu d'une direction communiste, d'un parti combattant qui serait dès lors remplacé par des organismes de masse (peu importent leurs noms) au sein des­quels la révocabilité et autres balivernes démocratiques seraient de rigueur (20).

Toutes ces conceptions se retrouvent également dans la négation des questions centrales du marxisme que sont la question militaire, et l'art de l'insurrection.

Tant le syndicalisme que l'assembléisme -de fait deux formes d'un même contenu réformiste, légaliste et pacifiste- se retrouvent pour détruire pratiquement et politiquement la longue et vitale préparation à l'insurrection, passage obligé et indispensable à l'instauration de la dictature du proléta­riat. C'est en un choeur unanime qu'ils se retrouvent soit pour considérer la conspiration et l'art de l'insurrection comme un vestige pré-historique du mouvement ouvrier -"un vieux reste de blanquisme"- soit pour, tout en maintenant formellement la revendication de l'insurrection armée, la nier prati­quement en repoussant toujours à la veille "du grand soir" son indispensable préparation qui, comme tout marxiste révolutionnaire le sait, passe par d'in­nombrables conflits partiels et combats préparatoires dont font intégralement partie, les réactions ouvrières à la répression ouverte en Pologne (cf. les actions terroristes qui se sont déroulées durant les mois de février et mars notamment à Worclaw).

Nous ne disons pas qu'une insurrection prolétarienne aurait pu vaincre, ou même être organisée aujourd'hui en Pologne (21). Ce que nous disons contre tous les révolutionnaires en paroles, c'est que l'insurrection armée victorieuse est contenue en germe et est préparée dans les actions ouvrières, dans l'auto-défense classiste, dans l'armement même partiel des ouvriers en lutte. Cet armement n'est pas un but en soi (ou encore une image d'Epinal), c'est un besoin de tout développement de lutte ouvrière, c'est un point de passage obligé, quelles que soient les revendications classistes qui y ont mené, dans le développement de l'organisation des ouvriers en classe, dans le développement de leur conscience. L'armement n'est pas non plus une garantie en soi de la lutte (la bourgeoisie aussi utilise la lutte armée pour régler ses conflits internes entre différentes fractions concurrentes); c'est tout simplement l'application, dans un contexte donné de lutte de classes intense, tel qu'en Pologne, de la force ouvrière contre son ennemi mortel. Dans un tel con­texte de lutte aiguë, d'affrontement direct avec l'Etat bourgeois, ne pas soutenir, être en-deçà des tentatives aussi minimes et élémentaires soient-elles, c'est trahir la lutte de notre classe. Et pire, tels de nouveaux Plekanov, après avoir versé quelques larmes sur les cadavres d'ouvriers morts à la guerre de classes, certains reprennent dans leurs salons, publics ou privés, la vieille et crapuleuse sentence: "ils n'avaient qu'à ne pas prendre les armes". Pour eux, dans le fond, les ouvriers ne pouvaient que se faire battre, ils ne devaient donc pas résister, ils ne devaient pas lutter! Ces messieurs, il y a quelques années, auraient été du côté de Mr Thiers dans l'écrasement de la Commune de Paris! Or, aujourd'hui, grâce aux luttes exemplaires des prolétaires de Pologne, l'ordre capitaliste ne règne toujours pas!!

Janvier/février 1982

"C'est seulement en échappant à l'emprise des forces capitalistes, en franchissant les limites de la léga­lité bourgeoise, sous la direction de son parti de classe, que le prolétariat peut développer sa lutte révolutionnaire jusqu'à la phase finale de destruction de l'Etat capitaliste et de l'instauration de sa dictature et de son propre Etat, avec l'aide nécessaire du prolétariat international."
Communisme n°1 - avril 1937

Notes

(1) Pour la description du déclenchement et de la généralisation du mouvement nous renvoyons le lecteur à notre texte : "Pologne, les ouvriers contre l'Etat capitaliste" dans Le Communiste n°7.
(2) Rappelons ici que l'endettement de la Pologne à l'égard des pays occiden­taux est évalué à 27 milliards de dollars et ne fait que s'aggraver. Cf. le bilan économique et social de 1981 édité par Le Monde.
(3) L'on notait une aggravation générale de la situation économique : une dimi­nution de 13 % de la production industrielle par rapport à 1980. L'exemple en est la production de charbon qui, de 188 millions de tonnes prévues en 1981 (alors qu'il y en eut déjà 201 millions en 1979) tomba à ± 160 millions de ton­nes (niveau atteint en 1974) ! Autre exemple, un zloty sur trois payé comme sa­laire ne trouve aucune couverture en marchandises !
(4) Pour une analyse plus développée des campagnes pacifistes, nous renvoyons le lecteur à notre texte "Un pas vers le désarmement du prolétariat, un pas vers la guerre impérialiste généralisée" dans Action Communiste n°5.
(5) Comme nous l'avons écrit, les accords de Gdansk matérialisaient le coup d'arrêt de la vague de grèves de l'été 1980 et donnaient à la bourgeoisie l'initiative dans la répression à mener contre les fractions ouvrières encore combatives. Sur cette question, voir l'article "Solidarité... avec l'économie nationale!" dans Le Communiste n°8.
(6) Evénements où plusieurs ouvriers avaient été tabassés et emprisonnés par la milice, à la suite de quoi "Solidarité" décida de lancer la menace de la grève générale. Mais à la veille de celle-ci, Walesa signait un accord avec le gouvernement et annulait le mot d'ordre de grève sans avoir reçu aucune contrepartie excepté la vague promesse d'une enquête qui n'aboutit jamais. On s'en doutait!
(7) Cf. Marx - "Salaire, prix et profit"
(8) Nous renvoyons le lecteur aux célèbres et inégalées "Thèses sur Feuerbach", ainsi qu'à notre texte: "Notes critiques sur le matérialisme dialectique" dans cette revue. Déjà Engels notait dans une lettre à F. Mehring : "L'idéologie est un processus que le soi-disant penseur accomplit bien avec conscience, mais avec une conscience fausse. Les forces motrices véritables qui le meuvent lui restent inconnues, sinon ce ne serait point un processus idéologique", 1883. En ce sens, toute idéologie ne peut être que bourgeoise. Le marxisme détruit toutes les idéologies car il dévoile les forces motrices véritables de l'histoire: les luttes de classes ainsi que le devenir de l'humanité, la société sans classe, l'humanité sociale.
(9) Préfiguré notamment lorsque des ouvriers exigeaient l'élection démocratique de "leurs" directeurs.
(10) Rigidité renforcée par l'imbrication de l'Etat polonais, tant idéologique, financière que militaire, dans le bloc capitaliste de l'Est.
(11) Sur ces questions, nous renvoyons le lecteur à notre texte "Fasciste et antifasciste, la dictature du capital c'est la démocratie" paru dans Le Communiste n°9.
(12) Cette problématique s'est clairement manifestée dans la vague révolutionnaire de 1917 à 1923 où toutes les erreurs, les confusions programmatiques dues à une restauration complète du programme communiste, toutes les faiblesses politiques de la direction de l 'IC, ont, en période de recul, entraîné l'IC d'abord vers le centrisme et les expédients "tactiques" du front unique, du parlementarisme, du syndicalisme,... pour ensuite passer ouvertement à la contre-révolution active en se coalisant avec les bourgeoisies dites progres­sives pour massacrer les prolétaires en lutte en Turquie, en Amérique Latine, en Chine,... en construisant le sinistre "socialisme en un seul pays". Lisez aussi, sur cette question: "Lutte de classes au Salvador" dans Le Communiste n° 12.
(13) Cette perspective bourgeoise de transformation des luttes ouvrières en une guerre entre deux ou plusieurs puissances impérialistes s'est pleine­ment manifestée lors des événements en Espagne en 1936 où un puissant mouvement de classe s'est vu envoyé à la boucherie impérialiste par le biais des milices anti-fascistes (cf. Bilan: Contre-révolution en Espagne). La période actuelle est sensiblement différente à celle des années 1930-1940 où la contre-révolution dominait de manière absolue. Il n'empêche que, comme aujourd'hui au Salvador, la bourgeoisie peut encore parvenir à réaliser ce tour de passe-passe, entraînant des milliers de cadavres ouvriers. Une intervention directe de l'armée russe en Pologne donnerait évidemment à la bourgeoisie américano-européenne une telle possibilité; tous les conflits entre bourgeoisie et pro­létariat pouvant, si le rapport de forces devient défavorable au prolétariat, se transformer en conflits inter-bourgeois
(14) Contrairement à une situation telle au Salvador où le massacre des pro­létaires se perpétue depuis plusieurs années.
(15) Réactions qui se situent en opposition avec les mots d'ordre d'appels au calme, de passivité, de grève "les bras croisés", de "résistance" civique lancés par "Solidarité".
(16) Cette question est fondamentale en regard, par exemple, à une intervention de l'armée russe en Pologne Il en va de même chaque fois qu'intervien­nent des troupes de choc, des gendarmes à la solde des grands camps impéria­listes et donc aussi à la solde du capital mondial; telles les troupes cubaines, est-allemandes, françaises, belges,… qui se partagent l'Afrique, les troupes chinoises, vietnamiennes, américaines,… qui contrôlent l'Asie du Sud-Est, les troupes israéliennes, irakiennes, libyennes, de l'OLP,... qui occupent le Moyen-Orient, etc. Ces troupes correspondent à la fois aux repar­tages et aux guerres inter-impérialistes, mais peuvent évidemment intervenir lors d'un fort mouvement de classe qui, vu sa force, dépasserait rapidement les forces de "sa" bourgeoisie locale. Les prolétaires en lutte pourront ainsi trouver devant eux non seulement "leurs" armées mais également des troupes de choc du capital mondial venues les écraser (cf. l'intervention internationale des troupes bourgeoises contre la révolution en Russie). Face à cette réalité des gendarmes bourgeois présents partout, la réelle ligne révolutionnaire s'applique immédiatement contre l'ennemi qui vient massacrer, quelle que soit sa nationalité, en lui répondant de la même manière que des grévistes s'atta­quent à l'Etat bourgeois, en répondant aux flics venus les déloger. C'est donc également à coups de fusils contre les troupes bourgeoises que le prolétariat oeuvre à la désagrégation des forces ennemies.
(17) La caractéristique générale du syndicalisme est le ravalement systémati­que des affirmations politiques du mouvement vers les réformes, les adap­tations du système d'esclavage salarié. Sous prétexte de défendre uniquement les intérêts dits immédiats des prolétaires, le syndicalisme liquide le de­venir historique des luttes ouvrières, ce qui veut dire qu'il ne défend même pas les intérêts encore partiels qui émergent aujourd'hui dans les luttes. Il est en effet profondément contre-révolutionnaire de séparer les mouvements parce que partiels de leur potentialité à se généraliser, de la possibilité de passer du partiel au général, à la lutte révolutionnaire. Comme le disait Lénine, "derrière chaque grève se trouve l'hydre de la révolution". Or, ce que font tous les groupes se concevant comme "la seule expression politique" du mouvement, c'est littéralement châtrer ce mouvement de tout développement ultérieur sous prétexte qu’eux existant, il ne reste plus au mouvement qu’à être simplement "économique", "trade-unioniste". Or, Marx mettait déjà en garde les prolétaires contre de telles âneries lorsqu'il expliquait que les trade-unions "manquent entièrement leur but dès qu'elles se bornent à une guerre d'escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme un levier de l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat". - "Salaire, prix et profit". Sur cette question fondamentale, nous renvoyons le lecteur à nos textes: "Mouvement communiste et syndicalisme" I et II dans Le Communiste n°4 et 6.
(18) Il est clair que la "démocratie directe" hochet des libertaires de tous temps et son cortège de garanties formelles, anti-bureaucratiques, de fétiche des assemblées souveraines, de la révocabilité des délégués démocra­tiquement élus, des mandats impératifs, de la soumission à la majorité,... ne sont que les vieilles idées et méthodes bourgeoises radicalisées et situées non plus au parlement, mais au sein d'assemblées ouvrières. On change le cadre, du parlement aux soviets, pour y impulser les mêmes méthodes et donc le même contenu bourgeois. Car, que cela soit au parlement ou dans une assemblée ou­vrière, soit ce sont des règles démocratiques qui déterminent l'action et la plupart du temps c'est justement avec ces règles que toutes les crapules contre-révolutionnaires sabotent l'action directe classiste, soit ce sont les intérêts des prolétaires en lutte et en dernière instance cela signifie l'application du programme communiste intégral, qui déterminent les méthodes et l'action à mener. Il n'y a que dans de très rares exceptions que "les majorités librement élues" dirigent un mouvement dans le sens révolutionnaire et même, dans de pareils cas, les pratiques démocratiques ne sont plus qu'un ves­tige, encore dangereux, du passé, dépassé par le contenu subversif et anti­démocratique du mouvement lui-même. A tout moment, des confusions sur cette question feront, à coups de votes démocratiques, retomber le mouvement de classe dans l'ornière réformiste, bourgeoise. Notre seul guide, ce sont les intérêts généraux et historiques des luttes ouvrières et non tel ou tel sub­terfuge ou mécanisme devant lequel nous devrions nous incliner. Entre prolé­tariat et démocratie, se retrouve le même antagonisme qu'entre prolétariat et bourgeoisie. Pour l'approfondissement de cette question, nous renvoyons le lecteur aux textes parus dans Le Communiste n°9 et 10/11.
(19) Cette affirmation grandiloquente et apologétique est un réel oubli actif des importants mouvements de classe qui, ces vingt dernières années, de l'Amérique Latine à l'Iran, de la Turquie à la Corée, de l'Italie à la Chine,... ont ébranlé le monde capitaliste.
(20) Cette conception s'accompagne, chez le CCI, du mot d'ordre tout azimut: "grève de masse". Or cette conception soi-disant nouvelle, n'est que le vieux plat anarcho-syndicaliste et gestionniste camouflé derrière un verbiage "marxiste" et de tristes références aux théories démocratiques de R. Luxembourg, de la "grève les bras croisés" qui servit à paralyser le mouvement ré­volutionnaire tant en Allemagne, en Italie,... que dans toute l'Europe, durant la vague révolutionnaire des années 1917-1923.
(21) Nous avons analysé, au travers des leçons d'octobre 1917, les conditions et la préparation d'une insurrection victorieuse, nécessairement préparée et dirigée par une force communiste, dans Le Communiste n°10/11.


Nous soulignons:

Pologne: La lutte continue

(in Le Communiste N°14 - Juillet 1982)

"Si aujourd'hui, en Pologne, le mouvement ouvrier a perdu une bataille, contre tous les espoirs bourgeois, il n'a pas perdu la guerre." (Le Communiste n"13 - mars 1982)

Comme nous le disions dans le précédent numéro de cette revue, le prolétariat en Pologne est loin d'être définitivement battu. Il continue à affronter toutes les crapules bourgeoises: Solidarité, le POUP, les milices, la ZOMO, etc. Nous prédisions aussi que Solidarité qui, avant le coup d'état avait perdu pratiquement tout crédit, le retrouverait dans la clandestinité. Cela s'est aussi vérifié.

Même si les manifestations se font aux cris de "solidarité avec Solidarité", les méthodes utilisées -sabotage de la production, affrontements violents avec les flics, etc.- expriment une désolidarisation d'avec l'intérêt de la nation et donc d'avec Solidarité.

Par la bouche de Sewezyn Jaworski, dans le bulletin clandestin "La voix du métallurgiste libre", Solidarité dit: "Il ne faut entreprendre aucune action irréfléchie. J'appelle, comme je l'ai toujours fait, à la raison. Notre devoir est de conduire Solidarité à la victoire contre le mal et la violence, mais les méthodes dont nous devons nous servir ne peuvent pas être celles qui sont pratiquées par nos tortionnaires". "Contre la violence il n'y a que notre solidarité. Je sais comme vous tous que nous aurons affaire à des provocateurs, mais j'ai foi que vous n'y céderez pas". Dès que Solidarité est un minimum recrédibilisé, il recommence ses appels au calme et se prépare à dénoncer les "provocateurs" c'est-à-dire les ouvriers les plus combatifs. Tels les chrétiens du passé dans la fosse aux lions, pour Solidarité, il s'agit, sur base du "ils nous torturent mais nous sommes dans notre juste droit", de convaincre les ouvriers de laisser le monopole de la violence à l'Etat. Solidarité sait que tant que les ouvriers se battront, son Etat, l'Etat bourgeois, ne pourra terminer la répression commencée. Il faut croire que la classe ouvrière ne veut pas "conduire Solidarité à la victoire", qu'elle a compris que face à la violence permanente de la société capitaliste il n'y a que la lutte de classe intransigeante qui peut répondre. La classe ouvrière n'a pas attendu les "provocations" pour, par- dessus Solidarité, affronter l'Etat bourgeois.

Le 2 février à Gdansk, des manifestants ont crié des slogans hostiles à l'Etat et ont ensuite attaqué des bâtiments publics. Le 13 février, des groupes d'étudiants, de lycéens et de personnes n'étant ni étudiants ni employés, se sont battus avec les forces de l'ordre. Les 2 et 3 mai, c'est dans toute la Pologne que des mouvements durs éclataient. A Varsovie, il a fallu 12 heures aux forces de l'ordre pour reprendre le centre ville. Devant la détermination des prolétaires armés seulement de pierres, les flics ont été obligés de sortir les grenades lacrymogènes, les autos-pompes et les chars. A Szczecin et à Varsovie, les affrontements ont duré trois jours et la bourgeoisie a dû isoler les deux villes. Le 13 juin, des manifestations violentes se sont produites dans plusieurs villes de province. A Wroclaw, une manifestation a duré 14 heures. Après un premier affrontement, les manifestants se sont scindés en petite groupes très mobiles et ont harcelé les flics et ce jusqu'à deux heures du matin. A Cracovie, le même jour, dans les quartiers ouvriers de Nowa-huta, les manifestants ont attaqué les miliciens, ils ont ensuite dressé des barricades et attaqué un commissariat.

Après le 3 mai, Solidarité a tenté de transformer la volonté d'en découdre en "provocations policières", ce qui justifie qu'il réprime lui-même les ouvriers combatifs. "La démonstration du 3 mai a eu un caractère spontané". "Ceux qui ont lancé des détachements de ZOMOS déchaînés et drogués contre une manifestation pacifique, qui envoyaient des groupes spéciaux de la milice et de la SB pour provoquer les gens et endommager la ville,... ?portent la pleine responsabilité de la transformation d'une marche pacifique en bagarres de rues." Depuis toujours, la bourgeoisie utilise cette accusation pour condamner les affrontements. Pour elle, ce ne sont jamais  les ouvriers qui se battent; il ne peut s'agir que d"autonomes", de "voyous", de "provocateurs",...  Et cela parce que le seul fait de reconnaître  que c'est la classe ouvrière qui se bat, qu'il y a lutte de classe est déjà trop subversif. Solidarité ajoute: "Les événements du 3 mai, en aucun cas n'ont été ni inspirés,  ni appuyés par la direction régionale". Il est évident que ce n'est ni la direction régionale ni rien d'autre dans Solidarité qui eut appuyé ou inspiré la lutte puisque Solidarité travaille systématiquement à la briser. Solidarité dit enfin: "Au lieu de dresser des barricades et de jeter des pierres (reconnaîtrait? il que les ouvriers jettent des pierres ?) opposons- nous aux autorités en refusant de façon solidaire (eux qui se désolidarisent  clairement des ouvriers qui luttent n'ont que ce mot à la bouche où il devient une injure au prolétariat puisqu'il sert à briser toute réelle solidarité de classe) de collaborer avec elles" (bel exemple de collaboration  ) : "Ne nous laissons pas manipuler par le régime, refusons de participer à la montée de la haine et de la terreur. Prenons part aux manifestations de protestation massives organisées par les représentants légaux du syndicat, comportons? nous avec calme, discipline et dignité, ne nous laissons pas provoquer" (comité de résistance sociale Soli­darité).

Mais les flots de bile que Solidarité déverse sur le mouvement ne peuvent rien empêcher. L'austérité imposée par le capital et qui est avant tout subie par les prolétaires, aggrave sans cesse nos conditions de vie et donc notre haine de classe. Les prolétaires veulent participer à "la montée de la haine et de la terreur" parce qu'ils ont compris qu'aujourd'hui, comme hier, mais avec plus de force, c'est classe contre classe, terreur rouge contre terreur blanche!  Pour empêcher la bourgeoisie de nous terroriser, nous devons terroriser la bourgeoisie. Pour ne pas être immolé sur l'autel du profit, pour ne pas être étouffé dans le marais de la réforme et du compromis, le prolétariat en Pologne ne peut plus se contenter de passer par? dessus Solidarité, il faut le détruire! La destruction du capital passe par la lutte contre Solidarité, le POUP, l'Eglise, contre tout l'Etat bourgeois, par la généralisation de la lutte par? dessus toutes les frontières.

Contrairement à tous les espoirs bourgeois, les événements de Pologne ne marquent pas la fin mais le début de la vague de luttes en Pologne et dans le monde.


Nous soulignons:

Pologne: "Solidarnosc"... flic d'entreprise

(in Le Communiste N°16 - Mars 1983)

Clandestin ou pas, le syndicat "Solidarnosc" avec lequel, un peu partout dans le monde, la bourgeoisie s'est solidarisée, reste aujourd'hui un des meilleurs piliers de l'Etat bourgeois en Pologne. Pour défendre ses intérêts de classe, le prolétariat est non seulement contraint de liquider Walesa et sa clique de curés et de syndicalistes, mais aussi de s'organiser en opposition totale avec l'entièreté du syndicat "libre". La solidarité de classe avec les prolétaires de Pologne consiste à dénoncer cet appareil ainsi que toutes les autres forces bourgeoises qui défendent et reproduisent cet appareil ailleurs. Que des militants de "Solidarité" soient de temps en temps incarcérés et que cette structure du capital agit partiellement dans la clandestinité (comme d'ailleurs les nationalistes de l'IRA en Irlande et de l'ETA en Espagne, comme l'ont fait avant eux d'autres piliers de l'Etat bourgeois dans la résistance patriotique durant la guerre 1940- 1945) n'enlève rien au fait que ce syndicat s'est élevé et s'élèvera toujours contre les luttes prolétariennes. Ce dernier semestre, les commissions locales de "Solidarnosc" ont affirmé clairement qu'elles rempliraient leur rôle de flic d'entreprise. Un exemple parlant de ce fait est donné par la résolution adoptée le 1.10.1982, par la commission provisoire de l'entreprise NSZZ, "Solidarnosc Polar".

"Résolution n°1:
A la suite des informations concernant les provocations qui seraient montées sur le terrain de notre entreprise, la commission provisoire d'entreprise a voté la résolution suivante:
1. Nous désavouons tous les actes de sabotage car ils ne peuvent que nuire à la bonne renommée de NSZZ Solidarnosc.
2. La lutte pour nos droits ne peut se dérouler que par des manifestations pacifiques, menées dans un esprit de communauté et de solidarité contre l'illégalité qui nous est imposée par le pouvoir.
3. Tout saboteur sera considéré comme un ennemi de NSZZ Solidarnosc et ne pourra compter sur aucune aide juridique ni financière.
4. A la suite de ce qui vient d'être dit, nous engageons tous les membres et sympathisants de Solidarnosc à se démarquer de ces personnes et à condamner catégoriquement leurs activités."

Nous voyons que toute lutte de classe en Pologne vient buter contre la vigilance des miliciens, mais aussi, comme partout, contre l'oeuvre de pacification des syndicalistes. De notre point de vue, celui du communisme, nous répondons d'une seule manière: solidarité totale avec tous les prolétaires dénoncés pour avoir rompu la paix sociale et repris la lutte. Vivent les actes de sabotage de la production capitaliste.Les établissements Polar sont, en Pologne, le plus important producteur de machines à laver et de frigidaires.