Dictature du prolétariat pour l'abolition du travail salarié

Organe central en français du Groupe Communiste Internationaliste (GCI)


COMMUNISME No.42 (Décembre 1995):



Quelques exemples actuels

des PROGRÈS

de l'Etat capitaliste

* * *

L'idéologie positiviste du progrès, propre à la social-démocratie et plus généralement à l'ensemble du gauchisme bourgeois, conduit toujours à appuyer les progrès capitalistes. En opposition à cette vision, nous avons toujours démontré l'antagonisme total existant entre nos intérêts et les progrès du capitalisme et de l'Etat.

Du point de vue du capital, la colonisation de l'Amérique fut un extraordinaire progrès tout comme le fut d'ailleurs la généralisation de l'esclavage. Et il en va de même de l'économie de guerre, de l'accumulation de valeur, du développement technologique, du contrôle effectif de la population et de sa militarisation. Les guerres mondiales elles-mêmes, ou plus récemment la guerre du Vietnam ou celle du Golfe, constituent d'autres jalons du progrès du capital et de sa barbarie.

Parallèlement l'Etat, qui n'est rien d'autre que le capital concentré en force d'oppression et de domination, a lui aussi réalisé de grands progrès, tels que par exemple, la généralisation du vote ou le développement massif des prisons, le contrôle policier de toute la population, la syndicalisation de la classe ouvrière, le registre général et l'obligation de posséder un document d'identité ou encore l'analyse scientifique des empreintes digitales,... De la même manière, l'Etat a renforcé son rôle non seulement en approfondissant la séparation historique entre les producteurs et leurs moyens de production, afin que de manière toujours croissante tout être dépende de la vente de sa force de travail, mais aussi en contrôlant et en officialisant une quantité d'actes qui auparavant s'effectuaient de manière particulière. Le progrès pour le capital et l'Etat ne se résume pas au fait que les habitants des tropiques consomment aujourd'hui du Coca-Cola plutôt que du lait de noix de coco ou qu'ils achètent du riz plutôt que de vivre de la pêche; pour accoucher, le commun des mortels se rend désormais dans un hôpital, est forcé d'inscrire ses enfants dans un registre, se sent obligé de se marier devant un curé ou un juge, et ne peut même plus s'occuper de ses enfants parce que, pour travailler, il doit les placer dans une garderie.

Tous ces progrès se conditionnent mutuellement. Plus le capital se développe, plus il s'oppose à l'humanité et plus l'oppression et la dictature sont nécessaires. Aucun roi, aucun tyran de l'antiquité n'eut jamais un contrôle aussi vaste sur ses sujets, ni un appareil répressif aussi important, que celui dont dispose aujourd'hui n'importe quel "petit Etat" (1). Et c'est une illusion mille fois démentie par la réalité que de croire que la société moderne requiérerait moins de police et moins de prisons, ou qu'un jour tout le monde travaillera par sa propre volonté. C'est tout le contraire qui se développe: plus cette société d'exploitation et d'oppression progresse, plus les mécanismes directs de répression et d'oppression deviennent indispensables pour maintenir l'humanité à l'état de force de travail du capital.

L'esclavage n'a jamais été supprimé, que du contraire, on l'a déguisé. Le travail forcé a été développé sur base d'autres mécanismes plus modernes, tel que la généralisation du salariat, sans pour autant que le travail forcé tout court soit abandonné. Les grands camps de concentration organisés par le capital furent d'un potentiel bien supérieur à tout ce que le mode de production exclusivement esclavagiste avait développé. De plus l'esclavage tout court (en même temps que l'esclavage salarié) continue d'être une réalité du monde actuel, dans toute sa modernité, dans quantité de pays, tant dans certaines zones des Etats-Unis (2) qu'en général dans toutes les prisons du monde.

Le progrès du capital est tel que les prisons du monde entier ne suffisent plus, les flics non plus. Plus le capital progresse, plus se développent l'opulence et la misère, plus croissent le développement du gaspillage et l'insatisfaction des besoins les plus élémentaires,... Les contrôles, les flics, les tribunaux, les prisons sont de plus en plus indispensables.

Parmi les innombrables "bonnes nouvelles" que nous apporte l'actualité, nous ne pouvons nous empêcher de souligner quelques remarquables éléments d'avancée du capital et de l'Etat, tant parce qu'ils sont la confirmation évidente de ce que le capital nous promet -plus de répression et de barbarie,, que parce qu'ils constituent des progrès sensibles des mécanismes habituels de répression.

1. Le travail forcé des prisonniers est rétabli aux Etats-Unis. A quand la castration des délinquants?

Ouand le gouvernement Clinton a entamé son mandat, on annonça qu'il prévoyait dans son budget l'embauche de 100.000 nouveaux policiers. Ce genre de nouvelles qui devrait déjà faire bondir l'humanité ne produit plus d'autre effet que la résignation; ce n'est finalement rien d'autre qu'une petite nouvelle supplémentaire dans le torrent de celles auxquelles ils nous ont habitués. Mais si l'on affirmait que dans un pays comme les USA, symbole des droits humains et de la liberté d'entreprise qui en découle, on instaure officiellement le travail forcé et que l'on y projette même la castration des délinquants sexuels, on nous répondrait que ce ne sont là que mensonges, inventions, provocations de subversifs, que ça n'existe plus, qu'on n'est pas au Moyen-âge...

Et pourtant les informations en ce sens sont insistantes!

Ainsi, selon l'agence Ansa: "L'état d'Alabama a rétablit l'usage des chaînes pour les détenus, réactualisant une méthode inutilisée depuis 30 ans (seulement! NDR) aux Etats-Unis"... "Le nouveau commissaire de la prison, Ron Jones, déclara que 'voir les prisonniers enchaînés fera réfléchir les jeunes et les convaincra que le crime ne paie pas'."

Ainsi donc avant même que l'on ne puisse voir défiler sur les écrans du monde entier ce désolant spectacle de prisonniers enchaînés, escortés par des policiers et soumis au travail forcé, cette dépêche de l'agence Ansa annonçait que "dans les prochaines semaines, 400 détenus seront destinés au travail forcé sur les routes et dans les champs hors de la prison, et l'on reverra un spectacle que l'on ne voyait plus que dans les vieux films: des groupes d'hommes enchaînés entre eux par groupes de cinq".

Dans un autre Etat des Etats-Unis, à cette même période (février-avril 1995), se produisit une vive polémique concernant la nécessité ou non de castrer les responsables de "graves délits sexuels".

Dans un câble international du 29 mars 1995, l'agence Ansa disait: "Une proposition de castrer les coupables de graves délits sexuels provoque une ardente polémique et ceci avant même de se transformer en loi dans l'Etat du Texas. Le projet de loi, approuvé par une grande majorité au sein du sénat de l'Etat, offre aux détenus le choix entre la castration ou la prison..."

Et quand le sénateur démocrate Royce West s'indigne en disant que c'est une barbarie et déclare: "Quel est à présent le pas suivant? Couper la main des voleurs?", nous disons et pourquoi pas? N'existe-t-il pas d'"autres Etats" appuyés par ces mêmes capitaux qui font exactement ça? Les tortionnaires et les assassins à la solde de la police de la moitié de la planète ne reçoivent-ils pas des instructions de ces mêmes polices que les républicains et les démocrates applaudissent des deux mains aux Etats-Unis? Et l'Etat qui coupe les mains dans d'autres points du globe n'est-il pas en dernière instance le même que celui qui veut couper des couilles et des bites aux Etats-Unis?

Ecoutons l'argumentation des républicains du Texas. C'est le sénateur républicain Teel Bivins qui parle en se référant à ceux qui selon son jugement doivent être castrés: "Ces personnes sont souvent victimes d'instincts incontrôlables, plusieurs d'entre eux ont demandé de leur propre initiative à se soumettre à une intervention chirurgicale pour mettre fin à leur appétit sexuel et pouvoir enfin vivre une vie normale"

"Une vie normale"...! "Une vie normale"!!!

Nous espérons ardemment voir sans tarder le prolétariat infliger à cet individu, sur la place publique, ce type de "vie normale"!

Mais revenons à son argumentation. Monsieur Bivins soutient que la proposition qui a été faite laissera la liberté de choix aux délinquants quant à leur castration ou non: "la décision d'amputer les testicules sera totalement volontaire". Comme toujours derrière la liberté de choisir, il y a le bâton; et dans ce cas-ci, il y a, en plus, le chantage. Pour sa part, le prolétariat révolutionnaire ne s'abaissera pas à faire "chanter" ce monsieur, mais il ne lui laissera pas non plus "le droit de choisir"!

Monsieur Bivins ajoute encore qu'il a "évalué avec attention les études sur la castration dans certains pays européens (modèle démocratique oblige! NDR), desquelles il ressort que la castration réduit énormément les possibilités de répéter les délits sexuels".

Il faut savoir que ce projet de loi est déjà approuvé par le Sénat, ce qui montre à quel point cette manière de penser et d'agir que l'on aurait tendance à attribuer au Moyen-âge, revient à la mode et correspond à des formes chaque fois plus modernes et nécessaires d'oppression Etatique et non pas seulement à la barbarie des "Etats Islamiques", comme se plaisent à le répéter les démocrates occidentaux.

L'agence Ansa conclut sa dépêche en signalant que pour que ce projet acquiert force de loi il doit être approuvé par la Chambre Basse du Texas et ensuite obtenir la signature du gouverneur...

2. La science et la génétique au service de la police et de l'oppression étatique

Le 10 avril 1995, la presse internationale annonçait que dès ce jour "la police britannique sera dotée du premier fichier génétique opérationnel au monde exclusivement consacré à la lutte contre le crime, capable de recenser jusqu'à 5 millions de délinquants..."

Même si cela peut gêner beaucoup de progressistes, nous affirmons qu'il s'agit là d'un important progrès du capital, du contrôle de la vie par l'Etat, un développement impressionnant des mécanismes d'oppression sur lesquels notre ennemi peut désormais compter.

"Les promoteurs du projet estiment qu'il s'agit de l'outil le plus révolutionnaire au service de la police (sic) depuis l'introduction des empreintes digitales, il y a à peu près un siècle" (3) et "le ministre de l'Intérieur Michael Howard s'est félicité de cette nouveauté terriblement excitante qui permet à la Grande Bretagne d'être à la pointe du combat contre la criminalité."

"Le fichier... se trouve à Birmingham (centre de l'Angleterre), où son accès est soumis à d'importantes mesures de sécurité. Il enregistre la formule ADN de personnes déjà condamnées ou simplement interrogées dans le cadre d'une enquête, grâce à l'analyse d'un cheveux ou de la salive."

"Depuis l'an dernier, la loi permet d'effectuer ce type de prélèvements sur tout suspect, même sans son accord. L'objectif de la police est de ficher 135.000 Britanniques la première année, en priorité dans les cas de meurtres, d'agressions sexuelles et de vols avec violence. A terme seront stockés jusqu'à 5.000.000 de dossiers --soit près de 10% de la population britannique-- dont la gestion mobilisera 60 enquêteurs et scientifiques à temps plein."

L'information journalistique nous signale qu'il suffira de 7 jours pour comparer les renseignements du fichier avec ce qui aura pu être retrouvé sur le lieu d'un délit et établir qui en est l'auteur (si ce dernier est déjà fiché) avec une marge d'erreur inférieure à 1 sur plusieurs millions. Le coût de cette opération, l'analyse de l'échantillon et la confrontation avec le fichier, sera extrêmement modique: quelques 65 dollars.

Tout cela ne fait finalement que se rajouter aux autres grandes avancées récentes de ce merveilleux monde dans lequel nous vivons et qui rendent futiles les plus sinistres prophéties orweliennes. Citons dans la foulée deux autres grandes avancées de l'Etat en Grande Bretagne:

  • ce même 10 avril 1995, jour où fut constitué le fichier dont nous venons de parler, une nouvelle disposition du code pénal a été approuvée dans laquelle on liquide "...le sacro-saint droit au silence dont est censé bénéficier tout britannique appréhendé par la police. Désormais, tout refus de répondre aux questions des enquêteurs sera mentionné comme élément à charge lors d'un futur procès".
  • A la même période, nous nous sommes rendus compte en lisant la presse belge que les Anglais n'était pas autant à l'avant-garde de la répression qu'on aurait pu le croire. Ainsi, le journal "Le Soir" déclare: "En Belgique aussi le fichage bat son plein. Après l'encodage des empreintes digitales et des photos de suspects et de détenus, ce sont les empreintes génétiques qui font leur entrée dans les ordinateurs de l'Institut National de Criminologie (INC). Une entrée lente et progressive qui se fait sous l'oeil attentif de la loi de décembre 1992 sur la protection de la vie privée". Comme qui dirait, avec toutes les garanties!

    Et "Le Soir" continue: "Ce fichage est prévu par l'arrêté royal qui fixe les missions de l'INC. Le système informatique a été installé récemment et l'on vient de commencer, il y a un mois et demi environ, l'encodage des résultats d'expertises génétiques provenant des différents laboratoires agréés"... "Les empreintes génétiques sont obtenues par analyse génétique d'une goutte de sang, de sperme ou d'un morceau de tissu humains (peau, cheveux...). Elles permettent de déterminer une empreinte génétique spécifique à chaque individu et partiellement semblable à celles de ses parents. La technique des empreintes génétiques est souvent utilisée dans le cas de meurtres ou de viols, quand on peut prélever un peu de sperme ou de sang provenant de l'auteur (présumé) des faits. Ces échantillons traités permettront, par le fichier, de faire d'éventuels rapprochements avec d'autres affaires où la culpabilité de l'auteur avait déjà été établie. Mais ce n'est qu'un magistrat --le directeur du fichier-- qui aura la possibilité de faire le lien entre une empreinte et une personne (ils nous confirment ici que l'on peut dormir tranquille, que nous sommes protégés par la loi! NDR). Cette précaution est inspirée par la loi du 8 décembre 1992 sur la protection de la vie privée. Celle-ci autorise la constitution de fichiers (l'individu n'est pas propriétaire des données le concernant et il ne peut s'y opposer), mais elle impose des contraintes pour les fichiers permettant l'identification des personnes... Cependant, la loi est plus permissive quand il s'agit de missions de police judiciaire ou de police administrative" (ce dont nous ne devons pas non plus nous étonner! NDR)

    Et comme si tout cela ne suffisait pas, la même édition du journal "Le Soir" nous informe qu'il n'y a pas que les juges et la police qui s'intéressent à ce fichier mais aussi les patrons: "Si la génétique peut se révéler utile aux juges, il se pourrait qu'elle soit aussi bientôt exploitée... par les employeurs. Des chercheurs de l'école de sociologie de la santé de l'Université Libre de Bruxelles viennent d'entamer une étude auprès du patronat et des syndicats pour connaître leur opinion en la matière... Les employeurs écarteront-ils bientôt les Curriculum Vitae qui ne sont pas joints à un certificat médical parfait?"

    Et on nous dira encore que ce n'est pas la science qui est mauvaise mais bien l'utilisation que l'on en fait pour opprimer, qu'il ne faut pas mettre la génétique en cause parce qu'on en ferait un usage policier. Ce point de vue est commun à l'ensemble de ce que l'on pourrait appeler le "progressisme", tant à la droite bourgeoise qu'au stalinisme, au trotskisme ou plus généralement à l'ensemble des forces de la social-démocratie. Et cette idéologie n'est que l'application particulière d'une conception beaucoup plus générale qui considère les forces productives comme neutres et donc au service soit de la barbarie, soit de l'humanité en fonction de qui l'utilise et de comment on l'utilise.

    Ce que l'on oublie dans toute cette conception, c'est que c'est le capital qui conçoit les forces productives, que c'est le taux de profit qui détermine ce sur quoi la science fait des recherches ou ce qu'elle produit, que ce n'est pas la neutralité de l'investigation mais le marché qui dirige la génétique ou la science, que c'est l'argent sonnant et trébuchant qui régit les laboratoires et "éclaire" les scientifiques, que c'est la subsidiation, et donc les appareils centraux de l'Etat, qui ont le dernier mot dans la décision du choix des recherches à mener. Et la boucle est bouclée: non seulement la police se sert de la science, mais la science est elle-même conçue d'un bout à l'autre, comme un agent de l'Etat, comme un service de police.

    Nous parlons des services de la police, et voici qu'au moment même où nous achevons ces commentaires, nous parvient une autre nouvelle d'importance toujours à propos des progrès de l'Etat.

    3. Des neuroleptiques contre les sans abris

    "Si les quartiers pauvres se révoltent, les balles pour les retenir ne les arrêteront pas". C'est un axiome de base de la politique de domination bourgeoise. Velasco Alvaro, ex-président militaire du Pérou utilisa cet argument pour exposer à ses collègues la nécessité impérieuse de son coup d'état progressiste et expliquer aux autres officiers qu'il était nécessaire de changer beaucoup de choses pour que tout reste en place.

    Et comme les balles ne suffiront pas, on utilise d'autres moyens: le progressisme sans doute, mais aussi les mafias de la drogue, les sectes religieuses, les nouveaux services sociaux et bien d'autres nouveautés... Ainsi, dans les différents quartiers de Caracas, et suite à la vague de lutte de 1989, on a installé des commissariats et des centres d'assistance pour contrôler la population, pour détecter et canaliser tout foyer de rébellion et plus généralement pour que la population s'habitue à côtoyer la répression. De la même manière, partout dans le monde, les enfants sont fichés dès l'école, dès la garderie même, institutions au sein desquelles agissent divers types d'assistances sociales qui ont une fonction d'investigation et constituent en général d'efficaces agents de prévention et de police pour l'Etat. Dernièrement, nous avons également appris que dans différents pays d'Amérique Latine et non Latine (mais nous supposons que c'est la même chose sur les autres continents), les organisations humanitaires toujours tellement préoccupées par les problèmes de santé, distribuent gratuitement des Valiums et d'autres tranquillisants dérivés du Diacepan dans les polycliniques qu'elles installent ou qu'elles gèrent. Pire encore, dans certains bidons-villes ou bas-quartiers, le nombre de dépendants à ces drogues dures serait supérieur à la moitié de la population... et des camarades qui habitent ces lieux considèrent qu'il s'agit là d'une des principales raisons du maintien de la passivité générale.

    Mais on n'arrête pas le progrès! Maintenant tout cela n'est plus suffisant. Aux Etats-Unis on prépare une législation qui rendra obligatoire l'usage de neuroleptiques (4) pour les "sans abris".

    Concrètement le sénateur des Etats-Unis Nancy Kassebaum élue par l'Etat du Kansas et Présidente du Comité du Travail et des Ressources Humaines du Sénat a élaboré un projet de loi qui, selon ce que nous en dit David Oaks (5), propose "d'appliquer le statut des IOC ("Involuntary Outpatient Commitment") aux sans abris (homeless)". Ce rapport nous explique que les IOC sont des patients autorisés à sortir de l'hôpital psychiatrique (les hôpitaux psychiatriques ne sont pas non plus satisfaisants) mais obligés de se présenter régulièrement pour recevoir des injections de neuroleptiques qui les maintiennent drogués de manière permanente.

    "Les IOC existent actuellement dans plus de la moitié des Etats-Unis, il s'agit de personnes qui vivent dehors, dans leur communauté, qui ne violent aucune loi et ne causent aucune perturbation pour personne, mais qui doivent se présenter régulièrement dans leur communauté de santé mentale afin de recevoir des injections de drogues neuroleptiques à large spectre comme l'Haldol ou la Prolixin. Et c'est très simple, s'ils refusent le traitement chimique, on les enferme. L'effet de cette "injection dépôt" te cogne sur la tête durant plusieurs semaines... Quand ton nom sort de l'ordinateur et que tu ne t'es pas présenté à l'injection, une équipe mobile spécialisée dans le traitement agressif est envoyée à ta recherche et quand elle t'attrape, elle te fait l'injection sur place. Dans la rue, ces crétins sont connus sous le nom d'"empoisonneurs sur roues". Le fondamentalisme pharmaceutique s'est embarqué dans une véritable croisade chimique pour nous injecter par la force --spécialement aux américains sans abris-- de puissantes neurotoxines, quelques fois pour la vie, dilapidant des millions d'impôts pour créer des personnes dépendantes... notre pays est au bord d'accepter un Nouveau Monde Merveilleux grâce à une "solution finale" pour la pauvreté".
    Le même organisme (DENDRITE) dénonce un ensemble d'"effets secondaires" de l'injection de telles drogues:
  • Il nous apprend que ces neuroleptiques peuvent tuer parce qu'un de ses principaux effets est d'empêcher la chaleur du corps de sortir et explique qu'il s'agit là sans doute d'une partie de l'explication que l'on donne à propos des gens qui selon ce que dit la presse "meurent de chaleur". En effet, dernièrement, chaque fois qu'il y a une vague de chaleur les hôpitaux se remplissent et il y a énormément de morts pour lesquels l'unique explication est la chaleur! La raison principale est évidemment liée à la pollution atmosphérique qui, lorsqu'il n'y a pas de précipitations, peu de vent et une grande émission de CO 2, produit une forte concentration d'ozone préjudiciable aux personnes qui ont des problèmes respiratoires (asthme, allergies) (6).
  • Mais il est tout aussi clair que l'usage de neuroleptiques constitue un facteur mortel supplémentaire camouflé dans les chiffres derrière ceux qui meurent... à cause de "la chaleur"!? (on veut vraiment nous faire avaler n'importe quoi!). David Oaks dit en se référant à la dernière vague de chaleur: "L'avis suivant a été publié dans les journaux d'aujourd'hui, 19 juillet, via l'Associated Press de Chicago, concernant la vague de chaleur qui secoua la majorité des Etats-Unis: "A Milwaukee, on dit officiellement que la chaleur causa ou contribua à la mort de 60 personnes. L'Expert Médical Jeffrey Jentzen (nous supposons qu'il s'agit du médecin qui pratiqua l'examen médical des morts "de chaleur" NDR) déclara que plus de 18 d'entre eux prenaient des drogues anti-psychotiques qui bloquent la capacité du corps à expulser la chaleur". Avant d'avoir lu cela, hier, j'avais précisément envoyé quelques lettres donnant 7 arguments contre le fait de forcer les patients extérieurs aux institutions psychiatriques (Involuntary Outpatient Commitment ou IOC) à recevoir ces drogues. Le premier de ces arguments est que durant les vagues de chaleur, leur donner de force des neuroleptiques pourrait les tuer..."
  • "Les neuroleptiques peuvent tuer et causer des lésions sous beaucoup d'autres formes... telles des attaques cardiaques, ou peuvent produire des lésions cérébrales aux patients qui les utilisent à long terme, notamment la contraction du cerveau qui est d'une telle ampleur que l'on peut actuellement la mesurer..."
  • Il est suffisamment établi par diverses expériences qu'"à long terme, les neuroleptiques peuvent produire l'effet inverse à celui que l'on recherche".
  • Certaines associations de "survivants" à ces drogues, des groupes de résistance à ce type de despotisme psychiatrique utilisent le mot "torture" pour désigner "l'injection forcée de neuroleptiques"... "ceux qui se refusent à ces injections décrivent ses effets comme similaires à la lobotomie et curieusement, les zones du cerveau affectées par ces drogues sont certains lobes frontaux affectés par la lobotomie".
  • Encore une fois, ce que nous exposons ici ne constitue que quelques exemples du développement actuel des mécanismes de répression. Des informations de ce type tombent continuellement. Ainsi, ces derniers jours nous avons également appris que plusieurs villes de France ainsi que Bruxelles, capitale de l'Europe, viennent d'interdire la mendicité et que les indigents en seront expulsés; que dans les hôpitaux psychiatriques d'Europe on installe des caméras pour remplacer le personnel; qu'en France, sous prétexte d'antiterrorisme, on peut contrôler votre sac, vos paquets dans le métro ou dans le bus... "Big Brother" et plus généralement tout le macabre système qu'Orwell décrit dans son roman "1984" paraissent vraiment dérisoires à côté de la réalité. Tel est en tout cas le meilleur des mondes que nous promet le progrès du capitalisme et de son Etat. Et encore, il ne s'agit ici que d'une époque qu'ils définissent "de paix",... parce qu'à d'autres périodes, tout est bien pire!

    Notes

    1. Il ne s'agit ici que d'une image, parce qu'en fait le plus petit des "petits Etats" actuels n'est rien de plus qu'une expression de l'impressionnant Etat mondial.
    2. Voir notre article "Aujourd'hui encore le mode de production capitaliste développe l'esclavagisme ouvert comme une de ses formes subsidiaires: l'exemple des Etats Unis" dans notre revue centrale en espagnol "Comunismo" No.7 parue en juin 1981.
    3. Toutes les citations qui apparaissent entre guillemets proviennent de la presse européenne des 11 et 12 avril 1995.
    4. Depuis quelques dizaines d'années les tranquillisants se divisent en deux groupes: Remarquons que la classification entre tranquillisants "majeurs" et "mineurs" ne doit pas être trop nette, puisque ces termes sont mis entre guillemets dans les livres scientifiques qui traitent du sujet.
    5. L'information que nous publions ici est extraite d'Internet de CHRP - David Oaks, le 18 juillet 1995, adresse:: <chrp@efn.org> qui reproduit aussi des informations d'un groupe nommé Dendrite ("no force drugging of Homeless people" que nous traduisons par "pas de drogue par la force pour les sans abris"), l'adresse est: <dendrite@efn.org>.
    6. En Europe la situation est devenue à ce point inquiétante que, ces derniers étés, les autorités ont à plusieurs reprises conseillé de ne pas faire d'efforts à l'air libre et limité la circulation automobile dans certaines villes, le taux d'ozone considéré comme respirable ayant été largement dépassé.



    En marge d'un anniversaire :

    Le capitalisme à l'oeuvre :

    * * *

    Vue aérienne de Dresden après le bombardement

    le bombardement de Dresden

    - février 1945 -

    A chaque commémoration bourgeoise, les maîtres d'oeuvre de la falsification historique épuisent tout leur talent pour renforcer leur mainmise sur la masse amnésique des citoyens. En 1989 déjà, la bourgeoisie a fêté, au travers du bicentenaire de la dite "révolution française" (1), le règne épuré de la démocratie et de ses sacro-saints "Droits de l'homme" bourgeois: "liberté" de vendre sa force de travail, "égalité" dans l'exploitation et "fraternité" entre les classes. Lors de la chute du mur de Berlin, c'est à grands coups de clairon péremptoires qu'elle a chanté "la victoire de la démocratie sur le totalitarisme", "la faillite du communisme" et même "la fin de l'histoire"..., bref autant d'occasions rêvées pour renforcer le cadre élargi et structurant de la démocratie comme unique issue au devenir de l'humanité.

    Les écoeurantes cérémonies de commémorations de la "Libération" procèdent de la même stratégie. Ces campagnes de promotion de la démocratie s'adressent directement aux individus isolés, atomisés, noyaux de base de cette société, afin de les intégrer, de les fondre, de les rassembler tous derrière la défense de l'Etat. Si aujourd'hui les gigantesques shows médiatiques, organisés à coups de laser et de décibels, dans la rue ou dans un stade bondé, ont remplacé les grandes messes nazies d'antan, comme lors du congrès de Nuremberg et des marches aux flambeaux, avec ses foules compactes, rangées, disciplinées..., toutes ces mobilisations participent bel et bien et de façon identique à la même communion irrationnelle et collective d'adhésion à la communauté fictive du Capital. Hitler, dans sa prétention mégalomaniaque, n'affirmait-il pas déjà, tout comme "nos" experts et économistes actuels, avoir mis fin à l'existence des classes pour au moins 1.000 années? Dans la manipulation des foules et de leurs émotions irrationnelles, l'antifascisme joue sur le même registre que le fascisme. Durant ces grandes messes collectives, le projet bourgeois s'affirme pleinement pour ce qu'il est: une logique marchande trempée dans l'acier, excluant toute autre approche du devenir humain que celle du mode de production capitaliste. L'obtention de l'adhésion de l'individu isolé à la Patrie, à la Communauté des citoyens doit occulter définitivement la guerre que se livrent quotidiennement ceux qui possèdent tout et ceux qui n'ont rien d'autre que leur force de travail. Toute critique est ainsi bannie, toute remise en cause de l'historiographie officielle équivaut à du "révisionnisme". Voilà comment les mythes fascistes, antifascistes, etc... n'ont pour principale fonction que de rassembler les citoyens dans une fraternisation avec l'Etat et doivent servir d'exutoires pour rassurer chacun sur son avenir et surtout sur l'avenir guerrier que le Capital prépare.

    Dissimulés derrière ce concert unanime, les véritables causes et objectifs de la guerre, qui mit à feu et à sang la planète de 1939 à 1945, ainsi que de toutes les autres guerres, sont plus que jamais occultés par une vaste campagne médiatique qui promotionne "l'horreur des camps", "la cruauté nazie", "les excès de la guerre"... D'un côté les "bons", de l'autre les "méchants". En dehors de cette vérité point de salut! Et les "antifascistes" (2) ont vite fait de laver leurs propres massacres dans les eaux nauséabondes des horreurs de leurs concurrents fascistes. La polarisation bourgeoise fascisme/anti-fascisme se redéploie encore une fois comme les deux mâchoires du même piège, en vue d'organiser l'embrigadement des prolétaires dans deux camps ennemis, aboutissant inexorablement à préparer une nouvelle "solution finale" aux antagonismes sociaux: LA GUERRE!

    Pourtant, dans cette lutte entre les camps antifascistes et fascistes, aucun n'a le monopole dans le domaine de "l'horreur" et de "la barbarie". Les deux concurrents, assoiffés dans la recherche effrénée de nouvelles possibilités de profits, ont répondu tous deux aux mêmes nécessités imposées par le Capital pour porter la destruction et la mort à un niveau jusque-là jamais égalé. Le règne totalitaire de la démocratie, cette expression la plus haute de la civilisation capitaliste, se cristallise ainsi dans ces moments de la préhistoire humaine que constituent les camps de concentration, les bombes atomiques, les champs de bataille, les bombardements massifs, la guerre à outrance... C'est sous ces vocables que s'est matérialisée, à un degré jusque là encore inconnu, toute la négation de l'espèce humaine par les sociétés de classes. Nous allons voir ici, concernant cette atroce guerre qui s'étala de 1939 à 1945, que les bourgeois anglais, américains, russes,... "alliés",... antifascistes, n'eurent vraiment rien à envier aux fascistes, dans leur capacité à planifier la mort.

    La terreur vient du ciel

    Dès 1940, les stratèges anglais mettent sur pied le "Bomber Command", quartier général des bombardiers lourds ayant pour objectif de semer massivement la mort et la destruction sur les villes allemandes. Pour justifier cette mise au point d'une véritable stratégie de la terreur, pour couvrir idéologiquement son lancement, les bourgeois anglais utilisent les bombardements de leurs concurrents allemands sur Londres et Coventry durant l'automne 1940 et celui sur Rotterdam, en exagérant délibérément leur portée. L'intoxication idéologique ainsi orchestrée, les traîneurs de sabres constellés d'étoiles peuvent mettre toute leur science de bourreaux au service du capitalisme malade. Et dès mars 1942, ils affirment:
    "Une offensive de bombardements extensifs pourrait saper le moral de l'ennemi pourvu qu'elle soit dirigée contre les zones ouvrières [nous soulignons, NdR] des 58 villes allemandes, ayant chacune une population de 100.000 habitants ... entre mars 1942 et le milieu de 1943, il doit être possible de rendre sans abris un tiers de la population totale de l'Allemagne."
    (Rapport final du professeur Lindemann du 30 mars 1942 à la demande du Bomber Command)
    Si les bourgeois entre eux ont l'avantage d'être clairs, un deuxième discours va rapidement se mettre en place en vue de renforcer, parmi la masse des citoyens du "monde libre", la croyance selon laquelle c'est avec humanité que le camp antifasciste organise la guerre. Il s'agit évidemment de présenter la "barbarie" et la cruauté comme étant l'apanage unique du camp d'en face. La mystification s'alimentant d'elle-même, il s'avère nécessaire de renforcer son impact parmi les foules soumises au projet guerrier de la bourgeoisie en leur confiant que:
    "... le Bomber Command ne bombarde qu'à des fins d'ordre purement militaire et ne vise que des objectifs militaires, toute allusion à des attaques contre des zones ouvrières ou civiles est à rejeter comme absurde et attentatoire à l'honneur des aviateurs qui sacrifient leur vie pour la patrie..."
    Pourtant, malgré tous les mensonges destinés à camoufler la sinistre réalité, rien ne va empêcher la bourgeoisie, avec tout le cynisme qui la caractérise, de définir davantage le but de ces bombardements: systématiser le carnage.
    "... il est clair que les points de mire doivent être les zones construites, et non, par exemple, les docks ou les usines... Cela doit être dit tout à fait clairement, au cas où on ne l'aurait pas encore compris."
    (Rapport du chef d'Etat Major de l'Air Sir Charles Portal, 14 février 1942)
    Après trois années de mise au point des diverses stratégies de bombardement, le degré de précision dans la terreur atteint une opérationnalité plus qu'appréciable. Dorénavant, plusieurs centaines d'avions quadrimoteurs vont prendre part en vagues successives au bombardement d'une seule ville. La première et sanglante illustration de cette réalité, fut le bombardement de Wuppertal en mai 1943, où les objectifs militaires concentrés dans le quartier d'Elberfeld sont dans un premier temps systématiquement évités au profit des quartiers ouvriers de Barmen.

    Mais le pôle antifasciste, ainsi que celui de son concurrent fasciste, vont encore se surpasser dans l'organisation de l'horreur. Le Capital, atteint par la dévalorisation comme par un cancer, ne va trouver d'autres remèdes pour se soulager provisoirement, que dans l'accroissement de sa capacité destructive. C'est en effet dans la guerre et par la guerre que ce système agonisant parvient à trouver un des plus hauts moments de bouleversement et de révolution complète de sa base productive, lui permettant ainsi de créer de nouvelles conditions pour assurer une nouvelle phase de valorisation. La destruction physique pure et simple des moyens de production n'est au fond que la poursuite de la guerre commerciale que se livrent les différents concurrents à un degré supérieur, car la guerre ouverte se gagne non seulement dans le domaine du développement des forces productives, mais aussi dans son prolongement, dans l'économie militaire. Rien d'étonnant donc, qu'à cette époque, de nouvelles inventions, de nouvelles technologies, de nouveaux concepts voient le jour. C'est encore et toujours dans la mort que les adorateurs en blouses blanches du veau d'or vont se surpasser. Alors que du côté fasciste, les fusées V1 sont patiemment élaborées, en juillet 1943 le bombardement de Hambourg par l'aviation antifasciste va marquer l'inauguration de l'ère des tempêtes de feu. C'est par l'utilisation massive de bombes incendiaires que la mort de plus de 50.000 personnes va être provoquée, frappant par la même occasion 40.000 blessés. Le centre ville est entièrement détruit et, en trois nuits, le nombre total des victimes atteint à Hambourg, sans entrer ici dans une polémique de chiffres macabres, le nombre de tués sous les bombardements du côté anglais, durant toute la durée de la guerre. C'est ensuite au tour de Kassel où, en octobre 1943, vont périr près de 10.000 civils dans un gigantesque brasier. Les tempêtes de feu matérialisent la capacité du Capital à toujours plus raffiner et rationaliser la mort:

    "... la réunion soudaine d'un grand nombre de feux isolés provoque un tel échauffement de l'air qu'il se produit un violent courant ascendant, qui à son tour attire l'air frais de tous les côtés, jusqu'au centre de la zone embrasée. Cette extraordinaire aspiration provoque des mouvements d'air d'une force bien supérieure à celle de vents normaux. En météorologie, les différences thermiques varient de 20 à 30° C. Dans cet incendie, elles sont de l'ordre de 600, 800 ou même 1.000°C. Ceci rend compte de la colossale puissance des vents soulevés par les tempêtes de feu ... Aucune sorte de mesure de protection civile ne pourront jamais maîtriser de telles tempêtes de feu une fois qu'elles se sont déclarées. Elles sont vraiment de ces monstres créés par l'homme [sic! entendons: par le Capital! NdR], et qu'aucun homme ne pourra jamais dompter."
    (Rapport du directeur de la police de Hambourg après le bombardement de juillet 1943)
    L'unique réponse à ce génocide humain sans précédent va se trouver dans des refuges bétonnés où s'entassent les habitants, tels des animaux affolés, dans l'espoir d'échapper ainsi aux explosions et aux flammes. Mais au sein de ces bunkers, transformés en gigantesques cocottes-minute, hommes, femmes, enfants... y crèvent immanquablement soit par manque d'oxygène, soit parce qu'ils cuisent littéralement comme de la viande sur un grill.
    "Quand les équipes de secours se frayèrent finalement, au bout de plusieurs semaines, un chemin vers les bunkers et les abris hermétiquement scellés, la chaleur engendrée à l'intérieur avait été si intense qu'il ne restait rien de leurs occupants: on retrouva seulement une fine couche ondulée de cendres grises dans un bunker; on ne put qu'estimer le nombre des victimes entre 250 à 300 (...) Les températures inhabituelles dans ces bunkers étaient, de plus, attestées par les mares de métal fondu qui, à l'origine, étaient des pots, des casseroles et des instruments de cuisine apportés dans les abris." (3)
    Face à l'ampleur des dommages causés aux populations civiles, surgit alors une série de questions et d'interrogations. Impossible en effet de déverser toutes ces bombes sans faire d'effroyables dégâts parmi les civils. Invariablement, le gouvernement antifasciste anglais y répond, avec la même assurance et la même arrogance:
    "... aucune instruction n'a été donnée pour détruire des maisons d'habitation ... les cibles du Bomber Command sont toujours des cibles militaires."
    (Secrétaire d'Etat à l'Air Sir Archibald Sinclair, 31 mars 1943)
    Alors, dans le monde du mensonge érigé en système de pensée unique, l'idiot utile au Capital continue à gober et reproduire le discours dominant. La ronde infernale des bombardiers, emmenant dans leurs soutes de futures promesses de bonnes affaires à réaliser une fois la fin du carnage annoncée, reprend ainsi de plus belle. Durant l'année 1944, perfectionnant leur technique, au point qu'aucun mètre carré des zones d'habitations ne peut échapper aux bombes incendiaires, les raids sur Königsberg (fin août), Darmstadt (septembre), Braunschweig (octobre), Heilbronn (décembre), Bremerhaven, etc... vont faire plusieurs dizaines de milliers de victimes, prises au piège de brasiers gigantesques. L'intoxication idéologique reste totale et, jour après jour, des centaines de bombardiers, lâchant des milliers et des milliers de bombes, s'envolent d'Angleterre pour l'Allemagne. Pour l'homme de la rue, cela correspond à la réponse adéquate aux horreurs de l'autre camp.

    Et pendant que l'opinion publique ânonne les bêtises que ses maîtres lui concoctent, des deux côtés du front, d'autres s'arrangent pour effacer toute trace de ce carnage voulu, pensé et organisé en toute connaissance de cause. Ainsi, le général américain Eaker déclare au même moment:

    "A aucun prix nous ne devrions permettre aux historiens de cette guerre de nous accuser d'avoir dirigé des bombardements stratégiques sur l'homme de la rue."
    Et pourtant, quinze jours avant cette déclaration, un raid mené par les bombardiers américains sur Berlin avait provoqué la mort de 25.000 personnes, ce que ce chacal galonné était loin d'ignorer. On ne peut s'empêcher de repenser aux mensonges et au cynisme, qui ont prévalu durant toute la guerre du Golfe (4), et d'y découvrir là une longue et solide tradition, non seulement au sein de l'armée des Etats-Unis d'Amérique, mais également parmi tous les bourgeois passés et à venir. Mensonges qui n'ont pas d'autre but que de masquer le gigantesque effort que mène cette société capitaliste pour perfectionner son arsenal de terreur et de destruction. La guerre représente pour elle un gigantesque laboratoire vivant d'expérimentations technologiques et surtout une gigantesque source de profits.

    Si le camp fasciste va en profiter pour mettre au point bon nombre de découvertes scientifiques, comme les fusées V1 et V2, grâce aux esclaves des camps de concentration, que dire de ses concurrents directs? Des bombes toujours plus grosses, toujours plus puissantes, encore et toujours plus destructrices seront systématiquement élaborées. Ainsi, face au manque d'efficacité des bombes traditionnelles, qui atteignent rarement leur but, les bombes perforantes vont être élaborées, avec comme résultat le massacre d'un maximum de prolétaires. Il faut savoir que durant les bombardements, alors que les prolétaires se terrent dans des abris souterrains ou dans des caves, l'explosion d'une bombe classique lors de son impact avec un bâtiment, ne se produit la plupart du temps qu'en sa partie la plus haute. Le génie bourgeois va donc s'évertuer à damer le pion à ces chairs à bombes, qui ne se laissent pas aussi facilement massacrer. La racaille scientifique, qui n'en est plus à une saloperie près, invente par conséquent une arme capable d'aller chercher la chair humaine là où elle se camoufle. C'est logiquement dans le plus profond de ces trous à rats que les bombes doivent frapper; ainsi, lors du premier impact, la nouvelle bombe n'explose pas; elle traverse le toit, perfore les planchers des étages et n'explose qu'une fois son véritable objectif atteint: les caves construites en dur.

    L'Everest de la terreur : le bombardement de Dresden

    Le déchaînement de morts suite à ces raids aériens, avec comme principales victimes les ouvriers, va atteindre son paroxysme à Dresden, en février 1945, dans le raid le plus terroriste, le plus incompréhensible de toute la guerre, incompréhensible pour ceux qui se feraient encore quelques illusions sur l'humanité du camp impérialiste antifasciste. D'un point de vue strictement militaire, rien ne peut justifier le massacre supplémentaire qui eut lieu, alors que l'Allemagne était vaincue. Rien, si ce n'est l'annonce prochaine de la fin du bain de sang en cours et la volonté manifeste de la part de la fraction bourgeoise victorieuse de détruire tout ce qui pouvait l'être encore.

    A Dresden, pas la moindre industrie stratégique vitale, ni de quelconque installation militaire importante. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que la ville constituait un refuge pour des centaines de milliers de personnes fuyant les bombardements et l'avancée de l'armée soviétique, une autre joyeuse armée de massacreurs. Aveuglés par la propagande des Alliés, persuadés que Dresden ne serait jamais bombardée, tous ces réfugiés s'entassaient dans les nombreux hôpitaux de la ville et prenaient d'assaut les écoles, les gares de chemin de fer, etc... Le gouvernement britannique n'ignorait pas ces faits, et c'est à tel point vrai que certains chefs militaires du Bomber Command avaient émis de sérieuses réserves quant à la validité militaire d'un tel objectif. Difficile en effet de faire avaler, même aux pilotes, qu'à quelques semaines de la fin de la guerre, alors que sur tous les fronts les troupes allemandes sont en plein recul et en pleine dislocation, il puisse exister un quelconque objectif militaire dans l'organisation du plus grand massacre de toute la guerre. A cela, il leur fut sèchement répondu que Dresden constituait un objectif prioritaire: en pleine conférence de Yalta, il s'agissait de se placer en position de force, grâce à ces bombardements, face à l'avancée rapide des troupes russes.

    Le 13 et le 14 février 1945 se déroulent alors les bombardements de la ville. La bourgeoisie n'est pas sans ignorer que se trouvent là près d'un million et demi de personnes, dont un grand nombre de réfugiés en provenance de Silésie, beaucoup de blessés, de prisonniers de guerre, de déportés du travail... Le plus gros tonnage de bombes jamais employé est ainsi déversé en deux nuits: près de 3.000 tonnes dont 650.000 bombes incendiaires tombent sur la ville, produisant la plus gigantesque tempête de feu de toute la guerre. Les vents de l'incendie qui consume la ville dépassent les 200 à 300 km à l'heure. Dresden va brûler huit jours durant, la lueur du brasier est visible à plus de 300 kilomètres! Certains quartiers de la ville sont si brûlants qu'il faudra plusieurs semaines avant de parvenir à pénétrer dans les caves. Toute la panoplie des bombes les plus meurtrières va être utilisée: phosphore, napalm,... Les gens, véritables torches humaines, se jettent dans l'Elbe où ils continuent à brûler; la coulée de feu qui descend du centre ville vers l'Elbe, atteint le fleuve et continue à s'y consumer. Des cadavres décapités, victimes de bombes "antipersonnel" à fragmentation, jonchent les rues... Sur 35.000 immeubles d'habitations, seuls 7.000 vont rester debout. Tout le centre ville a disparu sur une surface de 18 km². La plupart des hôpitaux vont être détruits, alors que les voies ferrées sont à peine touchées et que, ni l'aérodrome militaire, ni les quelques usines aux alentours, n'ont été visés.

    Le déroulement de l'intervention s'est opéré de façon méthodique: ses concepteurs ont même tenu compte du vent afin que l'incendie puisse se développer à une rapidité effroyable. Dans la nuit du 13 au 14 février 1945, plus de 1.000 bombardiers anglais vont semer la terreur. Le lendemain, 450 forteresses volantes américaines prennent ensuite le relais en déversant encore 771 tonnes de bombes incendiaires, dont un grand nombre sont à retardement. Cette "nouveauté" permettra au Bomber Command de s'assurer un tableau de chasse encore plus impressionnant. Ces bombes, en n'explosant que plusieurs heures après le passage des avions, vont tuer non seulement ceux qui tentent d'éteindre l'incendie, mais tous les imprudents fuyant la ville en flamme. Le bilan de ce qui a été sans conteste l'une des plus hautes expressions de la Civilisation et du Progrès dépasse le chiffre des 250.000 morts, presque tous des civils, sans parler des dizaines de milliers de blessés: brûlés, agonisants, estropiés, fous...

    "... une dizaine de jours après les bombardements, un groupe de prisonniers avaient déblayé les marches conduisant dans un sous-sol, mais refusait d'y pénétrer; quelque chose d'extraordinaire s'était passé à l'intérieur. Les hommes se tenaient à l'entrée du sous-sol, d'un air sombre, lorsque le directeur civil, voulant donner l'exemple, descendit jusqu'à la cave, une lampe à acétylène à la main. L'absence de l'habituelle odeur de pourriture le rassura. Les dernières marches étaient glissantes. Le sol de la cave était couvert d'une mixture liquide de sang, de chair et d'os, sur une épaisseur d'une trentaine de centimètres; une petite bombe explosive avait traversé les quatre étages de l'immeuble et éclaté dans la cave. (...) On apprit du concierge du bloc qu'il devait y avoir 200 ou 300 personnes dans la cave ce soir-là."
    (d'après le témoignage de Hans Voigt, directeur de l'"Abteilung Tote", le "bureau des morts" chargé de nettoyer la ville de ses cadavres)
    Suite aux risques d'épidémie, le centre de la ville est déclaré zone interdite. Chaque jour, des milliers de corps sont traînés sur la place centrale de la ville, ou du moins ce qu'il en reste, pour être, après une dernière tentative d'identification, entassés sur des bûchers de 400 à 500 cadavres, afin d'y être brûlés. Près de 70.000 victimes sont ainsi incinérées sur l'Altmarkt par mesure prophylactique. Pour la première fois dans l'histoire de la guerre, les survivants ne sont plus assez nombreux pour enterrer les morts. L'apocalypse s'est abattu sur cette région comme la foudre. Pendant plusieurs semaines, une effroyable odeur de pourriture mêlée à de la chair humaine carbonisée va régner sur les ruines et aux alentours. Des bandes de chiens parcourent les décombres à la recherche de cadavres. Des dizaines de milliers de fantômes errent sur les routes à la recherche d'un refuge, les yeux hagards, loqueteux, de véritables morts-vivants. Il est presque impossible avec des mots, voire même avec des chiffres, de pouvoir décrire dans sa réalité la plus profonde cette véritable apocalypse. Le vocabulaire qui nous sert aujourd'hui à communiquer est trop pauvre pour exprimer le dégoût, la haine que nous inspirent une telle organisation systématique, méthodique, scientifique de la terreur, de la mort! Et le dégoût que nous inspire ces hauts faits des bourgeois antifascistes est d'autant plus profond qu'ils ont enterré toute critique à leur encontre en dénonçant précisément... l'organisation systématique, méthodique, scientifique, de la terreur comme étant le monopole de leurs concurrents. Là vraiment le Capital a frappé fort, très fort.

    Mais l'horreur que la bourgeoisie est capable de déployer est sans limite. Les chasseurs alliés iront jusqu'à mitrailler les colonnes de réfugiés qui fuient la ville mise à feu et à sang, ainsi que les secours venant des localités voisines. Ordonnant le bombardement de Chemnitz les jours suivants, le commandement allié ne va s'embarrasser d'aucune précaution oratoire, déclarant aux aviateurs:

    "Vos raisons d'aller là-bas cette nuit sont d'achever tous les réfugiés qui peuvent avoir échappé de Dresden."
    Comme une meute grisée par l'odeur du sang, ces chiens de gardes du capitalisme en appellent à de nouvelles orgies sanguinaires pour apaiser leur soif de cadavres. L'alliance antifasciste n'a décidément rien à envier à la coalition fasciste en ce qui concerne le raffinement avec lequel ils assurent la survie de cette civilisation moribonde. En 18 mois de bombardements, 45 des 60 principales villes allemandes ont été complètement détruites, rasées, écrasées. Au bas mot, plus de 650.000 prolétaires, en majorité des civils, vont périr au cours de ces raids de terreur. Ne parlons même pas de ceux qui, ayant échappé à cet enfer, vont peupler le restant de leur vie les hôpitaux et les asiles de fous. C'est véritablement sur des monceaux de cadavres que la victoire du camp antifasciste va être célébrée le 8 mai 1945.

    Belle "Victoire", vraiment, que d'avoir pu cacher ses propres crimes sous le matelas des horreurs du concurrent. Belle "Victoire" que ces lampions fêtant des champs de cadavres!

    Nécessité capitaliste de la guerre...

    Plus le Capital se développe et plus l'ensemble de ses contradictions s'accroissent, s'exacerbent. Ce n'est pas un hasard si la guerre existe en permanence dans l'un ou l'autre endroit du monde, si elle s'étend régulièrement sous une forme de plus en plus généralisée. La lutte pour le profit maximum, la concurrence, la guerre commerciale et la guerre tout court, sont aussi essentielles aux capitalistes que la respiration à l'être humain.

    Dans les faits, cette société ne peut vivre sans guerre. Très schématiquement exprimée ici (5), la raison en est que la masse de capital croît plus rapidement que ses possibilités de valorisation. Ainsi, cycliquement, se produit une surproduction de capital, ayant pour conséquence que la valorisation d'une partie du capital social mondial exclut la valorisation d'une autre partie de ce même capital social mondial. Les fermetures d'usines, ou la mise au rebut d'autres capitaux fixes, ne sont jamais suffisantes pour rétablir la situation. Survient régulièrement une dépression généralisée, conduisant inévitablement à une dévalorisation générale de tout capital existant. Capital, qui ne rencontre aucune possibilité de rentabilisation, et qui doit "normalement" conduire à la faillite généralisée des capitalistes les moins rentables. Ceux-ci, tout comme les autres, s'organisent pour résister à cette inexorable loi du Capital. L'organisation des uns et des autres, à différents niveaux de centralisation, en vue de permettre de mener cette guerre dans les meilleures conditions possibles (sociétés, cartels, Etats nationaux, blocs ou constellation d'Etats) rend la guerre périodiquement effective: elle se présente dès lors comme une solution partielle aux problèmes du capitalisme mondial. En détruisant une part importante du capital, et donc en l'empêchant de fonctionner comme tel, la guerre améliore de fait les conditions générales de la totalité du capital social mondial. La guerre lui permet ainsi de lancer --sur une base nouvelle-- un nouveau cycle de valorisation. D'un autre côté, cette solution ne fait que rendre le problème encore plus insoluble pour les capitalistes à venir. Une nouvelle phase de surproduction de capital, encore plus importante que la précédente interviendra, rendant nécessaire la dévalorisation violente --par la destruction-- d'encore et toujours plus de moyens de productions.

    La dite "deuxième guerre mondiale" n'échappe pas à ces lois invariables du capitalisme. Ce n'est pas dans la tête d'un quelconque Hitler, pas plus que dans celle d'un Staline ou d'un Truman qu'il faut chercher l'explication de ce gigantesque carnage, mais uniquement dans les entrailles de cette société que beaucoup, même --et surtout-- parmi les prolétairees aujourd'hui ont bien du mal à reconnaître pour ce quelle est: une société de classes. A la place de cette évidence, la bourgeoisie pressée de renforcer les conneries qu'elle fabrique à destination de son opinion publique, abreuve le brave citoyen, ce sinistre homo democraticus, de commémorations, de parades militaires, de reportages retraçant la psychologie de tel ou tel idiot utile pour le Capital, pour en fin de compte lui faire accepter l'inacceptable: la participation à la guerre pour sauver son système moribond.

    ... et le prolétariat dans tout ça ?

    Dans ce texte, jusqu'à présent, nous n'avons parlé du prolétariat que comme objet de l'histoire, comme chair à usines, à canons et à bombes. Nous ne pouvons publier ce texte sans au moins évoquer les tendances de notre classe à s'imposer comme sujet, à lutter pour ses propres intérêts, à imposer le communisme comme seule affirmation de notre humanité. Car "le prolétariat est une classe exploitée ET révolutionnaire" (K. Marx), c'est-à-dire qu'il n'est pas, soit exploité soit révolutionnaire, soit objet soit sujet de l'histoire, il est dialectiquement les deux. Même s'il est vaincu à la fin de la guerre, si la révolution n'est pas à l'ordre du jour, s'il est embrigadé dans la polarisation bourgeoise fascisme/anti-fascisme, et surtout s'il est écrasé sous les bombes et la terreur, le prolétariat, comme la vieille taupe de Marx, se manifeste néanmoins toujours quelque part comme sujet, à travers ses luttes, et cela à l'encontre même de ce qui tend à le fixer comme simple objet de l'exploitation.

    Comme nous l'avons vu précédemment, loin d'être limitée à une question de concurrence interbourgeoise, la stratégie guerrière d'extermination visait à liquider massivement un maximum de forces productives excédentaires pour les besoins de valorisation de cette société de mort. Mais nous ne pouvons limiter notre analyse à ce seul aspect de la question. L'élimination de ces bataillons de prolétaires, le mitraillage de ces milliers de tonnes de bombes sur les zones ouvrières, matérialisent la capacité de notre ennemi de classe à frapper préventivement tout foyer de tension prolétarienne. Si le prolétariat des années '39-'45, atomisé dans les polarisations inter-bourgeoises, avait bien du mal à se reconnaître comme prolétariat, la bourgeoisie, quant à elle, fut capable, par delà ses divergences idéologiques, de frapper là où le danger apparaissait pour elle, dans l'intérêt impersonnel de son Etat Mondial.

    C'est donc aussi pour ne pas voir se rééditer la vague insurrectionnelle précédente que l'aviation alliée eut pour mission de bombarder, lors de ses raids terroristes, non seulement les centres industriels allemands, mais aussi les plus grandes agglomérations, massacrant et terrorisant encore et toujours plus de prolétaires. Loin d'être aveugles, ces bombardements ont au contraire été très sélectifs: ce sont avant tout les quartiers ouvriers qui ont été la cible des tapis de bombes des Alliés.

    Cet anéantissement se "justifiait" de manière d'autant plus urgente à partir de 1943, que des concentrations ouvrières en Europe, ressurgissait le souffle de la lutte et de la résistance à l'exploitation. Nombres de mythes bourgeois perpétuent l'idée que la situation sociale à la fin de la guerre n'était pas agitée, ou du moins qu'elle baignait dans le consensus de la "libération du fascisme". Nous affirmons à contre-courant que, dans toute l'Europe à ce moment, sous le coup de la nécessité matérielle, des menaces d'embrasements prolétariens font rejaillir le spectre de la révolution sociale. Un même mouvement semble réémerger, remettant toujours en avant la satisfaction de nos besoins.

    Bien sûr, 1945 n'était pas 1918! ... et la plupart des quelques noyaux de militants révolutionnaires de l'époque, qui parvenait à maintenir le cap classiste dans la tempête contre-révolutionnaire, ont eu une large prépondérance à surestimer les perspectives des luttes, concluant de manière mécanique à l'imminence d'un soulèvement prolétarien en Allemagne comme en 1918. Ces foyers de luttes qui apparaissent sont encore bien faibles et sont surtout marqués par plus de 25 années de terreur contre-révolutionnaire: 25 années durant lesquelles les avant-gardes communistes ont été liquidées. En plus de deux décennies, la bourgeoisie a parachevé son cycle de contre-révolution et bon nombre de militants de la vague de 1917-21 ont disparu dans les camps de concentration, ont été massacrés sur les champs d'horreur, ou encore ont été embrigadés dans les partis staliniens et broyés par "le Parti de l'Ordre".

    La bourgeoisie mondiale, tirant les leçons de cette vague révolutionnaire, s'est donnée les moyens matériels de ne plus devoir affronter une armée dissoute, un prolétariat défaitiste, retournant ses armes contre ses propres généraux, contre sa propre bourgeoisie, pouvant se transformer en de nouveaux bataillons de la révolution. Grâce à des moyens de destruction qualitativement et quantitativement supérieurs par rapport à la phase précédente de cette guerre de classe, la bourgeoisie se fera un devoir d'assumer la liquidation, le "génocide" de classe, non seulement de millions de prolétaires embrigadés sous l'uniforme, mais aussi de centaines de milliers d'autres prolétaires "civils".

    Ce n'est pas un hasard également si les bombardements de terreur se sont systématisés au moment même où des d'importantes grèves éclatent en Allemagne (mais aussi en Italie, en France, etc... (6)) et où les désertions au sein de l'armée allemande tendent à s'amplifier. Ici s'exprime la complémentarité des fractions "rivales" de la bourgeoisie dans la répression anti-prolétarienne. La classe ouvrière fut prise entre deux feux convergents: d'un côté, la terreur venant du ciel et de l'autre, les pelotons d'exécution qui passent les grévistes par les armes pour les forcer à continuer d'assumer la "production de guerre" et la "victoire finale".

    A la fin de la dite "seconde guerre mondiale", la bourgeoisie clôture un cycle guerrier par la neutralisation temporaire du prolétariat. Les deux guerres mondiales sont deux moments d'un gigantesque massacre anti-prolétarien s'étendant de 1914 à 1945 et interrompu en 17-18 par le prolétariat en lutte. C'est ce seul niveau d'abstraction de la réalité du Capital qui peut nous apporter la compréhension d'événements qui, pour des historiens bourgeois, s'avèrent soit incompréhensibles, soit l'oeuvre malfaisante d'un "mauvais génie": Hitler, Staline, Roosevelt, Churchill ou d'autres... Cela, c'est la personnification idéaliste de l'histoire pour embrouiller la vraie signification ouvertement anti-prolétarienne de toutes les guerres, qu'elles soient anti-fascistes, "de libération nationale", "pour la défense du socialisme" ou toute autre justification anti-humaine.

    La fin de la guerre va donc être pour la bourgeoisie un champ d'expériences extraordinaires; elle applique nombre de leçons tirées des luttes précédentes menées à l'encontre du prolétariat. C'est pour empêcher, plus précisément, le renouvellement de la situation révolutionnaire qui avait marqué l'Allemagne à la fin de la dite "Première guerre mondiale" (1914-1918), c'est pour réprimer préventivement tout soulèvement prolétarien, que la bourgeoisie va définir son action autour de trois axes principaux en 1945:

    oOo

    Le prolétariat, comme nous l'affirmons dans notre thèse No.26 (cf. Thèses d'orientation programmatiques) n'a qu'une guerre à revendiquer et à mener: la guerre sociale contre toutes les bourgeoisies.
    "Les ouvriers n'ont pas de patrie, on ne peut leur ôter ce qu'ils n'ont pas. Toute défense de la nation, quel que soit le prétexte qui la sous-tend, constitue une agression contre la classe ouvrière mondiale. Sous le règne de la bourgeoisie, toutes les guerres sont des guerres impérialistes qui opposent deux ou plusieurs fractions ou groupes d'intérêt du capital mondial. Le prolétariat ne mène et ne revendique qu'une seule guerre: la guerre sociale contre toute la bourgeoisie. Indépendamment des intentions immédiates des protagonistes, les guerres ont comme fonction essentielle d'affirmer le Capital et de détruire objectivement et subjectivement la classe subversive au sein de cette société. En ce sens, plus que d'être de "simples" guerres entre Etats nationaux, entre "libérateurs de la patrie" et "impérialistes", ou guerres interimpérialistes... elles sont, dans leur essence, guerres du Capital contre le communisme.

    Face à tous les antagonismes interbourgeois, entre fractions "progressistes et réactionnaires", "fascistes et antifascistes", "de gauche et de droite",... qui trouvent leur continuation logique dans la guerre impérialiste, le prolétariat ne possède qu'une seule réponse possible: la lutte intransigeante contre tous les sacrifices (contre toute trêve et toute solidarité nationale) le défaitisme révolutionnaire, le retournement des armes contre ses propres exploiteurs, contre ses oppresseurs directs. Le but du prolétariat est de transformer, pour la centralisation internationale de cette communauté de lutte contre le Capital, la guerre capitaliste en une guerre révolutionnaire du prolétariat mondial contre la bourgeoisie mondiale."

    C'est cette longue thèse que nous réaffirmons en conclusion de ce texte pour rappeler que, de Dresden à Rotterdam, de Hiroshima à Londres, de Stalingrad à Varsovie, la seule "Victoire" qui compta en 1945, fut, en définitive, celle de la bourgeoisie: en 1945, l'exploitation capitaliste pouvait perdurer sur base de l'écrasement du prolétariat. Un moment de la perpétuation de cette défaite se concentre dans le crédit accordé aux crimes "Alliés", "antifascistes", sous couvert de la seule publicité des méfaits de l'autre camp. Il est bon de rappeler que fasciste ou antifasciste, la dictature du Capital, c'est la démocratie. (8)

    Nous appelons les lecteurs à ne pas rester passifs, mais à lutter avec nous contre l'amnésie dont voudrait nous frapper définitivement la bourgeoisie. Nous leur demandons non seulement de critiquer ce texte, mais aussi de nous faire parvenir du matériel qui nous permettrait de mieux connaître l'histoire de notre classe et de sa lutte autour des années 1939-1945. Nous reviendrons sur tout cela dans nos prochains numéros.

    Notes

    1. Si nous prenons nos distances face à la terminologie dominante sur cette question, c'est parce que pour nous, les années 1789-1793 furent essentiellement des années révolutionnaires du point de vue de l'affirmation du prolétariat comme classe révolutionnaire. Là où l'Histoire officielle encense l'avènement des Lumières de la bourgeoisie, nous n'y découvrons que la récupération, le détournement d'une lutte prolétarienne au profit du renforcement du mode de production capitaliste, dont la révolution ne se situe pas en 1789, mais tout au long des XIVème, XVème et XVIème siècle, à travers la généralisation du marché mondial. Nous reviendrons prochainement sur cette question autour de laquelle circule déjà une série de thèses au sein de notre groupe.
    2. Nous considérons qu'en définitive, le seul véritable ennemi du fascisme, ou de toute autre tentative bonapartiste mise en place par la bourgeoisie pour écraser notre classe, c'est le prolétariat révolutionnaire. Mais la lutte révolutionnaire contre le fascisme est indissociable de la lutte contre toutes les autres fractions bourgeoises, y compris les fractions prétendument antifascistes, qui ne manifestent rien de plus que le désir de maintenir l'exploitation capitaliste sous une autre forme et sous la dictature d'autres gestionnaires. En ce sens, l'"antifascisme", proclamé par ces fractions, n'est la plupart du temps qu'un antifascisme de façade, qui n'utilise cette terminologie que par opportunisme, afin d'affronter plus aisément un concurrent capitaliste. Son "antifascisme" est une banderole sous laquelle il lui est occasionnellement plus facile de regrouper des forces pour justifier sa guerre. Faut-il rappeler que Staline a d'abord choisi l'alliance avec Hitler et le fascisme, avant de se retrouver l'allié de Churchill et Roosevelt? La bourgeoisie n'est pas plus l'ennemie du fascisme que de toute autre forme de gestion capitaliste; le prolétariat constitue le seul véritable fossoyeur de la dictature capitaliste, quelques soient ses atours fascistes, antifascistes, populaires, républicains, anti-impérialistes, bonapartistes...
    3. Cette citation est tirée du bouquin de David Irving, "La destruction de Dresden", Editions Robert Laffont, 1964.
    4. Voir notre texte "Guerre ou révolution" in Communisme No.33 publié en mai 1991.
    5. Pour un développement plus important de la question, nous renvoyons le lecteur à nos textes "Capital: totalité et guerre impérialiste" in Communisme No.33, et "Contre la guerre impérialiste: la révolution communiste mondiale" publié dans notre revue centrale alors intitulée Le Communiste No.14 de juillet 1982.
    6. Rappelons, comme nous l'avions déjà fait dans notre précédente revue Communisme No.41 de décembre 1994 ("Nous soulignons: '50 ans de paix... cela se fête!'") que des luttes de classes importantes se sont déroulées non seulement --pour les plus connues-- en Italie du Norrd (43-45) et en Grèce, mais aussi en Allemagne, en Belgique, en France, en Yougoslavie, voire même en Russie. Et comme par hasard, alors que des concentrations ouvrières comme Milan, Turin ou Rome n'ont jamais été bombardées durant la guerre, ce n'est que lorsque l'Italie a basculé dans le camp allié, et surtout lors d'éclatement de grèves, que l'aviation alliée a senti la nécessité de bombarder dans ces régions, pour rétablir la paix sociale par la terreur.
    7. Faut-il encore préciser que nous parlons ici des mesures prises à l'encontre des seuls prolétaires? Pour ce qui est des généraux, des officiers nazis, des industriels, des scientifiques,... à part l'une ou l'autre crapule qu'on liquidera lors du grand spectacle des procès de Nurenberg, la plupart des bourgeois allemands seront soit promus à de hautes fonctions dans le camp adverse (les scientifiques comme Von Braun), soit emprisonnés quelques temps (ce qui était de toute façon moins pire que de se retrouver soumis au travaux forcés comme la plupart des soldats), puis relâchés pour entamer une carrière capitaliste dans la "nouvelle" Allemagne. Ainsi, à l'occasion de l'exécution de H.M. Schleyer par la Fraction Armée Rouge, on apprit que ce patron des patrons allemands était en fait un ancien dignitaire nazi.
    8. Voir notre texte paru dans Le Communiste No.9 de février 1981.



    Le cynisme éclairé des charognards bourgeois :

    l'exemple de KOBE

    * * *

    Le 17 janvier 1995 un tremblement de terre frappe l'un des plus grands ports du monde, Kobe, au Japon. Le résultat est terrible: près de 6.000 morts, 30.000 blessés, 300.000 sans-abris, des milliers de prolétaires traumatisés, évacués, privés de tout... Ce séisme, le plus fort depuis 70 ans dans la région, a mis en évidence que les mesures de sécurité étaient loin d'être aussi fiables que les "spécialistes" le laissaient croire.

    Nous avons déjà critiqué le mythe des catastrophes "naturelles", et chaque tremblement de terre, raz-de-marée, glissement de terrain, etc., confirme notre analyse: c'est le capital qui organise notre mort... Non, les catastrophes, sous le capital, ne sont pas naturelles; leurs causes et leurs conséquences sont indissociables du capitalisme. La "nature" du capital c'est la recherche de valeur, de toujours plus de valeur et ce procès de valorisation conditionne, produit et détermine tout. L'argent est tout, l'homme n'est rien. La construction d'une digue, d'un pont, d'un immeuble,... ne répondent pas aujourd'hui à une nécessité humaine mais bien au besoin qu'à le Capital (et son agent capitaliste) de trouver un support à sa valorisation. Dès lors, on rogne sur le matériau (vite placé, vite démoli), on comprime le temps de travail pour augmenter la productivité (vite fait, mal fait), on économise sur les frais d'entretien... et on prépare la prochaine catastrophe en spéculant sur la dégradation rapide du matériau pour justifier une nouvelle digue, un nouveau pont, un nouvel immeuble dont la construction ranimera la course à la valeur.

    Nous avons déjà eu bien souvent l'occasion de commenter cette réalité (1), mais ce qui suscite ces rapides lignes aujourd'hui se situe dans le prolongement spectaculaire que nous offre le commentaire bourgeois à propos de la catastrophe de Kobe.

    En la période de paix sociale actuelle, le cynisme extraordinaire que nos maîtres se permettent, force notre écoeurement.

    En effet, au lendemain même de la catastrophe (18/01/1995), alors que les incendies font encore rage, qu'il manque de tout (d'eau, de nourriture, d'abris, etc.), que la terre tremble encore... que tout le monde commence à critiquer le gouvernement pour son attitude laxiste et irresponsable face aux conséquences du séisme, un spécialiste financier nippon déclare:

    "L'impact macro-économique du plus récent tremblement de terre sera positif. Il y aura quelques aspects négatifs pendant un petit moment en raison des usines empêchées de produire dans les régions frappées par le séisme. Mais ce moment passé, il y aura de la demande pour les activités de construction et annexes. Et cela contribuera à diminuer le fossé entre l'offre et la demande en la matière qui continue à exister sur le marché japonais."
    Le monde de l'argent a subsumé les rapports sociaux à un tel point que ce qui prime (pour les bourgeois) au lendemain même d'un tremblement de terre, c'est d'en prévoir les implications "économiques". Dès les premiers instants qui ont suivi l'événement, les propos de la presse mondiale ont porté essentiellement sur son impact sur l'économie japonaise et mondiale, sur la bourse, etc.

    400 milliards de dollars de dégâts. Voilà un chiffre bien plus important que le nombre des victimes!

    Quelques jours après le séisme, alors que des dizaines de prolétaires ruinés et désespérés se suicidaient (ceux qui n'avaient pas pu se payer d'assurances contre les séismes, trop onéreuses!), un "spécialiste" du problème de la surcapacité de la flotte mondiale et donc de la chute des primes d'assurance, annonce que "la destruction de Kobe pourrait enrayer cette chute". Décidément, le mot d'ordre des capitalistes tend à devenir ouvertement: "à quand la prochaine catastrophe naturelle? Pour nous c'est tout bénéfice!"

    Nous voudrions d'abord et surtout gueuler ici notre dégoût de telles prises de position. Ce seul sentiment justifie notre réaction. Nous nous sentons agressés brutalement par ce que représente ce type de déclaration. Dans le laminage quotidien de nos sentiments, la bourgeoisie tend à nous habituer à accepter la misère, à intégrer l'horreur, à vivre avec l'inhumain, à banaliser la non-vie... à devenir nous-mêmes secs, producteurs, efficaces, durs, en un mot: citoyens. Mais vraiment, face à une société qui produit aussi "franchement" ce type d'analyse, comment vivre une minute de plus sans chercher à structurer dans la lutte la haine que nous ressentons.

    Sans doute de telles déclarations -à défaut d'humanité- ont-elles au moins l'avantage de la "franchise" car elles ne font finalement que dire "tout haut" ce que le Capital fait d'habitude "tout bas". Avec de tels commentaires en effet, nous plongeons sans faire le détail, au coeur de la réalité du point de vue essentiellement mercantile de la bourgeoisie et de son unique préoccupation: la valorisation. Et c'est bien à ce niveau que nous voulons opposer notre préoccupation. Les besoins de la Valeur se sont à ce point imposés aux besoins de l'Humanité que ce type de communiqué aussi ouvertement morbide ne suscite même pas la plus petite remarque auprès de l'abruti qui le lit. Et pour nous, c'est symptomatique d'une réalité plus triste encore: l'absence de réponse prolétarienne face aux actes capitalistes laisse le champ libre à la parole du Capital. Quand le prolétariat se tait, l'Economie Nationale parle à sa place.

    Car il est clair que c'est uniquement par manque de réactions de notre classe que la bourgeoisie peut se permettre un tel cynisme, une telle arrogance, sans le fard médiatique de l'hypocrisie!

    Le tremblement de terre à Naples, en novembre 1980, a été suivi d'une lutte du prolétariat pour la satisfaction de ses besoins élémentaires. Les 50.000 prolétaires jetés à la rue du jour au lendemain se sont réappropriés les axes de lutte historiques minimums: occupations de locaux (quartiers, hôtels de luxe!...) pillages, etc. et bien sûr affrontements violents aux défenseurs de la propriété privative, les flics (2). Si nous rappelons cette réaction sur notre terrain de classe, ce n'est pas pour opposer les prolétaires de Naples à ceux de Kobe, mais pour d'une part réaffirmer la seule voie possible pour les prolétaires soumis à une brutale aggravation de leurs conditions de survie: la lutte; et, d'autre part, pour constater l'aspect effrayant de la période de paix sociale que nous traversons.

    Dans le monde de la terreur démocratique actuelle, si un "responsable" s'était permis des déclarations "fracassantes" du style: "6.000 morts, 6.000 chômeurs en moins!", ou bien, "30.000 blessés, enfin un coup de fouet au secteur hospitalier!", y aurait-il eu des réactions plus violentes de notre classe? La déclaration visée plus haut est pourtant du même acabit réaliste... selon les critères de valorisation capitaliste, c'est-à-dire directement contre nous, notre classe et nos intérêts.

    oOo

    Nous n'allons pas faire une surenchère dans les horreurs qui émaillent quotidiennement la non-vie sous le capital. Les victimes du séisme sont des prolétaires sacrifiés sur l'autel de la valeur. Ils ne valaient que par l'exploitation de leur force de travail mais voilà que, morts, ils prennent une valeur nouvelle, le capital les tuent une seconde fois, leur mort va revivifier l'économie dans plusieurs secteurs.

    Ce qui s'est passé dans cette région du monde, le triangle Kyoto-Kobe-Osaka, l'une des zones de concentration du capital les plus fortes du monde, peut se passer et se passera demain dans n'importe quelle autre zone. Nul n'est épargné, nul n'est à l'abri. Les prolétaires de Kobé dont les bourgeois vantaient les hauts salaires se sont retrouvés d'une seconde à l'autre sur la paille, dans le dénuement le plus complet, soumis aux requins de la spéculation (30 dollars pour UNE patate!), obligés de dormir dans la rue, sous des abris précaires comme dans les autres camps-mouroirs du monde, apeurés, humiliés, désemparés par ce que le monde de l'économie leurs présente comme un coup du sort. La vague de suicides qui a suivi le tremblement de terre est d'ailleurs directement déterminée par l'aggravation brutale des conditions de survie du prolétariat à Kobe.

    Depuis la catastrophe de Kobe, la terre a tremblé en Russie, anéantissant en quelques instants des milliers de prolétaires (3); un super-marché s'est effondré à Séoul, broyant des centaines d'autres (4); toujours en Corée du sud, une explosion "accidentelle" sur le chantier de métro de Taegu a détruit tout un quartier ouvrier; régulièrement, en Inde et ailleurs, des trains vétustes, bondés et surchargés déraillent faisant à chaque fois des centaines de morts; des bateaux ont coulé emportant leurs cargaisons de prolétaires; des collines se liquéfiant ont englouti des centaines de prolétaires; des inondations ont emporté des centaines de prolétaires; des typhons (aux doux noms féminins) ont balayé des milliers d'habitations peu solides, tuant, blessant, ruinant... des milliers de prolétaires; la sécheresse de cet été a tué des milliers de prolétaires, la plupart pauvres, vieux et malades... des raz-de-marée... des vagues de froid...

    Mais nous savons que de catastrophe en catastrophe, de destruction partielle en destruction partielle, le capital ne pourra enrayer son cycle infernal de sur-production de marchandises/sous-production de valeur qui l'entraîne actuellement... il lui faut impérativement une nouvelle guerre généralisée, une super-giga-guerre mondiale qui fera paraître bénigne la dernière!

    Et la seule réponse du prolétariat, ce sera la lutte, sur son terrain de classe, contre l'économie et ses lois, contre la folie anti-vie de ce monde. Dans sa lutte, le prolétariat tuera ses ennemis, ceux qui voudront défendre avec acharnement ce système dans son ensemble, ceux qui spéculent sur notre sueur, notre force de vie et enfin sur notre mort!

    Crève le capital et tous ses défenseurs!

    Pas de pitié pour les bourgeois, ils n'en ont pas pour nous!

    Contre l'humanisme, la lutte sans merci!

    Détruisons ce qui nous détruit!

    Notes

    1. A ce sujet on peut lire (ou relire) le livre de Bordiga, "Espèce humaine et croûte terrestre" (1951-53), ainsi que deux de nos textes: "Catastrophes: mode de vie du capital", paru dans "Parti de Classe" N°7 d'avril 1987 et "Le messager de la Libre Entreprise (Herald of Free Entreprise) s'est enfoncé dans les eaux glacées des calculs de rentabilité", paru dans "Action Communiste" N°13 de juin 1987.
    2. Nous avons traité de cette lutte dans "Parti de Classe" N°3 de mars 1981. Voir aussi la 4ème partie de notre texte "Quelques aspects de la question du logement", publié dans "Le Communiste" N°20 d'août 1984.
    3. L'épicentre de ce séisme a frappé Neftegorsk, ville pétrolifère importante, bâtie sur un sol qui au fil des années fut vidé de son pétrole pour être transformé en de gigantesques poches vides et caverneuses, ne demandant qu'à s'écrouler au moindre choc. Cela, les capitalistes du coin le savaient pertinemment bien!
    4. De violents affrontements ont opposé les flics à des prolétaires en colère à l'annonce de la fin des recherches pour retrouver ceux que la bourgeoisie appelle pudiquement des "personnes disparues". Après plus d'un mois de recherche, l'addition commençait à devenir lourde, la rentabilité imposait de déblayer le terrain aux bulldozers pour reconstruire du neuf. Des prolétaires ("les familles des victimes" comme disent les médias) ne l'ont pas entendu de cette oreille et ont imposé, certes avec d'énormes faiblesses, leurs intérêts égoïstes de classe, ils ont imposé par la force la reprise momentanée des recherches.



    Nous soulignons

    L'hypocrite propagande de l'ONU

    * * *

    Nous reproduisons ici tels quels quelques extraits d'un article publié le 10 septembre 1995 par le journal britannique "The Observer". L'article révèle involontairement, mais très clairement comment différents gouvernements, ici ceux des Etats-Unis, de la Grande Bretagne et des Pays-bas, tout comme des organismes supra-nationaux comme l'ONU, collaborent afin de faire triompher leurs calculs politiciens et cela en fonction des intérêts des Etats les plus influents.

    Au-delà de l'hypocrisie des journalistes qui constituent un rouage essentiel de la propagande bourgeoise --ici il s'agit pour eux de se faire l'avocat d'une guerre "juste", sans misère et sans souffrances ... où les "tyrans coupables", les "brutes sanguinaires" auront en dernière instance des comptes à rendre devant "un tribunal de l'histoire"-- au-delà de cette hypocrisie donc, ces informations ne font que corroborer ce que savent déjà tous ceux qui analysent la réalité de la guerre non pas en fonction des idéologies et de la propagande, non pas suivant la vision d'individus tout-puissants, mais uniquement suivant la démarcation de nos intérêts de classe en opposition totale avec la société existante et tous ses représentants.

    Toute la propagande autour de la paix, les campagnes humanitaires, les fameux "corridors de sécurité" et autres "zones protégées",... sont autant de pièges destinés à nous lobotomiser, à nous transformer en spectateurs impuissants... face à notre propre destruction. Car ces campagnes visent à nous dépossèder, à nous isoler, à nous rendre inactifs, indifférents face aux tortures et bombardements infligés à nos frères prolétaires de par le monde. Ainsi toute réelle riposte à ces orgies capitalistes que sont les guerres se trouve affaibli car au sein même de notre classe, nos rangs sont divisés. Impuissants, nous sommes censés gober sans rechigner les interventions de ces représentants "du monde civilisé" que sont les "casques bleus" et autres gangs de mercenaires.

    L'ONU est devenu un outil privilégié pour imposer la guerre contre notre classe; les guerres au Moyen-Orient, en Somalie et en ex-Yougoslavie sont à ce titre révélatrices. A travers l'ONU, prétendument "neutre", prétendument "en mission de paix", toute la propagande guerrière se trouve démultipliée... et cela, plus particulièrement encore, au service des intérêts des Etats les plus puissants associant dans des rapports d'interdépendance l'adhésion de la plupart des autres Etats.

    Le mérite de cet article, c'est de laisser entrevoir toute l'hypocrisie de la propagande humaniste des Nations Unies.

    "Des médecins de l'ONU ont détruit un film contenant des scènes honteuses de casques bleus restant passifs pendant que des Serbes bosniaques organisaient le massacre de musulmans à Srebenica. La destruction de ce film peut être inscrit dans une suite d'événements visant à s'assurer que le récit du massacre de Srebenica ne serait jamais divulgué. Les séquences de film en cause montraient la chute, il y a deux mois, de la "zone protégée" par l'ONU, durant laquelle des soldats serbes bosniaques sont soupsonnés d'avoir massacré 2.700 musulmans qui s'étaient rendus. Nous avons pu établir que 3 gouvernements occidentaux, y compris la Grande-Bretagne, ont caché et détruit des preuves du massacre. Ces agissements de l'ONU ont soustrait au tribunal international qui devra juger les crimes de guerre, des preuves d'importance vitale pour le jugement des assassins."

    (...) "Aussitôt après la chute de la ville, le Ministère britannique de la Défense est passé à l'offensive, essayant de nier et de cacher les preuves du massacre. Tandis que le monde entier pouvait regarder les images des femmes réfugiées de Srebenica faisant le geste d'une main coupant la gorge --ce qu'elles pensent que leurs maris ont du subir-- des responsables des services secrets M16 informaient des correspondants de guerre à Londres que les commandants musulmans de Srebenica avaient disparu quelque peu avant la chute de la ville. (...) L'effet était immédiat. Le journal "The Times" publiait deux articles, dont un le 14 juillet, sous le titre: "Les forces armées musulmanes ne défendent pas la ville contre les Serbes" et l'autre, 2 semaines plus tard: "Les troupes de l'enclave musulmane réapparaissent 2 semaines plus tard". Ainsi le message du M16 était transmis avec succès et ceci du même coup devait invalider les craintes des femmes de Srebenica. Alors que la campagne britannique de désinformation se mettait en route, l'ONU avait déjà acquis une vision claire de ce qui s'était produit. Notre journal a pu obtenir un mémorandum confidentiel à l'attention de M. Akashi, établi par un enquêteur des Nations Unies pour les affaires civiles, M. Michel Moussali, en date du 31 juillet 1995. Le mémorandum conclut: "Alors que le nombre exact de ceux qui ont été tués, battus, détenus et sexuellement aggressés reste inconnu, néanmoins les témoignages précis des personnes déplacées et des membres de l'ONU montrent que des soldats serbes bosniaques ont commis des violations graves des droits de l'homme universellement reconnus, y compris la détention arbitraire en masse d'hommes et de garçons civils, ainsi que des exécutions sommaires." Il est inconcevable que le Ministère de la Défense, qui tient opérationnel sur place la deuxième importante force militaire, après la France, n'ait pas été au courant des conclusions du mémorandum de M. Moussali."

    (...) "Le rapport continue: "Le contingent hollandais de la force de maintien de la paix a retrouvé près d'une rivière ou un courant d'eau, dix (ou neuf) corps d'hommes habillés en civil. Un des soldats a remarqué que ces hommes semblaient avoir des trous de balle à l'arrière de la tête." Le rapport ajoute: "Deux séries de photos auraient été prises de cette scène."

    (...) "Les troupes hollandaises ont aussi enrégistré sur document vidéo des scènes de la chute de Srebenica. Le général Hans Couzy, Commandant en Chef de l'armée royale néerlandaise, a admis que la vidéo "avait été détruite" sur ses ordres, car cette vidéo permettait aussi l'identification des troupes hollandaises. Les rouleaux de film enrégistrés par les troupes hollandaises, ont été détruits, suivant le Ministère de la Défense hollandaise, par l'utilisation erroné des liquides lors de leur développement aux Pays-bas."

    Extrait de "The Observer" - 10/09/1995



    Nous soulignons

    Espagne 1996:

    la femme à la mine, triomphe du féminisme!

    * * *

    En 1842, l'Angleterre, suivie du reste de la planète promulgue une loi interdisant aux femmes de descendre dans les mines de charbon. En 1996, l'Espagne rouvre ses puits aux femmes. Encore une grande victoire du progrès impulsée ici par l'avant-garde féministe et chantée triomphalement par toute la démocratie.

    Voici l'annonce triomphatrice qu'en fait le journal espagnol "El Pais", sous le titre "Des femmes à la mine, la fin d'une discrimination":

    "Cinq femmes commenceront à travailler dans les mines de Hunosa durant les premiers mois de 1996. C'est ce qu'a confirmé hier un porte-parole de l'entreprise d'état, qui s'était jusqu'à présent refusé à ce que les femmes descendent dans les puits à charbon. Hunosa a dû céder face à une décision du Tribunal Constitutionnel, qui, en décembre 1992, estima que cette interdiction comportait "quelques effets clairement discriminatoires". Les mouvements féministes des Asturies se sont félicités de cette conquête, qui est une de leurs plus anciennes revendications. Elles n'ont pas tort parce que tout type de discrimination est difficilement justifiable. Et il ne s'agit pas seulement que les femmes accèdent elles aussi à des travaux dangereux ou toxiques. Le 'quid' de l'égalité réside en ce que les deux sexes aient les mêmes chances, ce qui est encore loin d'être le cas."

    "El Pais" du 1er novembre 1995

    Perle du féminisme! Quels commentaires ajouter à pareil résumé de ce que représente la démocratie comme réduction des êtres humains à l'état de marchandise?

    Que toute chair à exploiter ait "les mêmes chances" de crever au travail, voilà le merveilleux idéal égalitaire du féminisme.

    Et de fêter et de se réjouir sans vergogne de cette grande conquête de la lutte pour l'égalité des sexes l'année même où, le 1er août, un coup de grisou secouait l'exploitation minière de Hunosa précisément, tuant 14 mineurs en une fois et portant ainsi à 32 le nombre de victimes de la mine en Espagne en 1995.

    32 morts! Pour commenter leur décision d'accorder aux femmes le droit de descendre dans les puits, les magistrats n'ont rien trouvé de mieux que d'affirmer: "les circonstances et les conditions de l'industrie minière ont changé". Le cynisme de l'exploiteur est sans limite.

    On suppose que les volontaires du charbon ne sont pas légion quand on sait que Hunosa engage un nombre croissant de prolétaires venus de l'Est et prêts à tout pour échapper à la misère. C'est sans doute là qu'il faut chercher les véritables motivations de l'arrêt rendu par le Tribunal Constitutionnel. Des tchèques, des mâles ou des féministes, peu importe du moment que la chair à charbon soit docile!

    Docile un jour, mais pas toujours. Tôt ou tard, c'est dans la lutte contre toute cette société d'exploiteurs et de bien-pensants que resurgira la question d'abolir à jamais l'exploitation et ces sinistres bagnes miniers d'où l'on ressort noirs de sueur, de souffrance et de peur.
     
    "En plus de l'oeuvre globalement contre-révolutionnaire du féminisme, en tant que force de parcellisation, de déviation et d'occultation des réelles contradictions et solutions de la lutte des classes, le féminisme amène maintenant la femme prolétaire à assumer d'être elle aussi, une productrice directe de survaleur et à participer, aux côtés de l'homme, chaque fois plus directement à la guerre impérialiste. Depuis la lutte pour le travail des femmes jusqu'à la revendication du droit de vote, en passant par les campagnes actuelles pour la participation de la femme à la vie active de la nation, le féminisme a toujours été une force d'affirmation du capital contre le prolétariat, force dont les réalisations les plus fortes sont les femmes policiers, l'incorporation massive des femmes dans les armées patriotiques (nécessité du Capital de faire participer chaque fois plus directement toute la population civile dans sa guerre), les femmes parlementaires, généraux, premier ministre,..." 

    Thèses d'orientation programmatique du GCI - thèse n°39b

    L'idéal féministe ne se limite pas aux prières de son avant-garde espagnole. En Irak aussi, par exemple, on cherche à réaliser l'égalité entre hommes et femmes dans les sacrifices à faire pour l'Economie nationale. Ici, ce n'est pas l'éditorialiste en chef d'un grand quotidien national qui exprime son amour de l'égalité des droits, mais bien l'inénarrable Saddam Hussein en personne: 

    "Où qu'elle se trouve, la femme irakienne lutte pour occuper sa vraie place dans la société. Dans notre pays, elle a pu réaliser un certain progrès dans ce sens, qui porte à l'optimisme et dont on peut être fier. Des dizaines de milliers de jeunes filles s'inscrivent chaque année dans les écoles; des milliers de femmes irakiennes travaillent dans les usines, les hôpitaux, les écoles et les services publics -sans oublier le rôle important et pproductif que joue la femme à la campagne."

    "Les femmes constituent la moitié de la société" - 1971 

    Les féministes ont décidément bien des alliés pour poser leurs revendications. Il leur reste néanmoins du chemin à parcourir avant que d'atteindre la totalité des droits qu'elles revendiquent. Ainsi, le droit à faire la guerre est encore loin d'être conquis. Mais ici aussi, à l'instar d'Israël ou des Etats-Unis,... l'Irak leur montre le chemin: 

    "Il ne faut pas croire que la question d'entraîner les femmes à l'usage des armes ne fasse pas l'objet d'une étude approfondie. Nous nous sommes longuement attardés sur l'adhésion des femmes irakiennes à l'armée populaire, et la décision de les admettre fut prise conformément à certains principes."

    Saddam Hussein, "Le rôle historique de la femme..." - 1977 

    Grâce au féminisme, les femmes peuvent maintenant, à l'égal des hommes, verser leur sang pour défendre l'Economie nationale. Crever, d'accord, mais avec la même quantité de mitraille dans le corps que les mâles, voilà un bel idéal de lutte contre toute discrimination!

    "Que les femmes ne l'oublient pas! Qu'elles se rappellent qu'elles n'arriveront à la place vraiment digne, équitable, honorable, qui leur appartient, que par la Révolution sociale, et que demander, comme le font quelques-unes, leur affranchissement en séparant leur cause de celle de tous les faibles, de tous les exploités, de tous les opprimés, c'est accomplir une désertion coupable, c'est tourner le dos au but poursuivi."

    "Histoire Populaire et Parlementaire de la Commune de Paris" - 1873, Arthur Arnould.



    Nous soulignons

    L'origine du Sida en 1959 ?

    La Science désannonce discrètement!

    * * *

    En avril 1993, nous avons publié dans notre revue centrale un texte intitulé "Le Sida, pur produit de la Science!" ("Communisme" N°38). Ce texte, traduit et publié dans nos revues centrales en espagnol et en anglais, a depuis lors, fait le tour du monde et suscité de nombreuses réactions et republications/reproductions. En Argentine et en Uruguay, des assemblées de prolétaires du secteur hospitalier s'en sont servis comme base pour aborder la question de la science et de l'origine scientifique du Sida. Bref, de nombreuses expressions de soutien aux thèses que nous défendons dans cet article nous sont parvenues et nous parviennent encore.

    Si nous revenons ici sur le sujet, c'est que l'actualité elle-même confirme chaque jour un peu plus notre thèse et révèle également l'océan d'hypocrisie et de confusion sur lequel navigue la Science.

    Rappellons brièvement que nous soutenons d'une part que le Sida trouve son origine au début des années '70, dans le contexte créé par les nouvelles possibilités d'exploitation commerciale que développe, à cette époque, la biologie moléculaire et, d'autre part, que pour éloigner le spectre de l'origine scientifique de l'apparition du Sida, les hommes de science de tous bords se sont acharnés à déconnecter les dates d'apparition de la maladie de l'époque à laquelle il était possible de fabriquer le rétrovirus:

    "...pour éloigner la date d'apparition du Sida de l'époque à laquelle les conditions matérielles étaient réunies pour le fabriquer en laboratoire --dès 1971--, les chercheurs (de mensonges!) ont tout simplement "découvert" quelques cas de Sida au beau milieu des années cinquante et soixante, en Afrique. Mais bien vite, il apparut que les tests ayant déterminé la présence d'anticorps au virus mortel dans ces vieilles éprouvettes n'étaient pas valables. On décida alors tout simplement de confirmer, de corroborer malgré tout ces diagnostic rétroactifs... sur base d'une simple et vague ressemblance des seuls symptômes décrits dans les dossiers de ces malades dont avait été tiré le sang!!! Pour prouver la vérité de ses propos, quoi de mieux que de l'inventer?"
    Depuis, pour ancrer de façon quelque peu plus crédible l'origine du Sida bien avant 1971, la plupart des "spécialistes" ont basé leurs justifications sur l'analyse des tissus d'un homme mort en 1959 très exactement. Des centaines de pages ont été écrites autour de ce cas et publiées à grands cris dans toutes sortes de revues. La Science disposait enfin d'une preuve tangible refoulant l'origine du Sida bien avant la naissance de la biologie moléculaire! Voici ce qu'en disait an 1992 un journal parmi tant d'autres:
    "Nombreux sont les scientifiques qui croient aujourd'hui que le Sida est apparu pour la première fois en Afrique équatoriale. La première preuve de sa présence sur le continent africain remonte à une prise de sang effectuée en 1959 à ce qui s'appellait alors Léopoldville (Congo belge) et qui est actuellement Kinshasa (Zaïre)".

    Extrait de la revue "Rolling Stone" in "El Clarin" (Argentine) - 22/03/1992

    Après plusieurs années d'un pareil battage médiatique, le commun des mortels a fini par repousser loin de la Science la responsabilité de l'origine de la terrible épidémie. Le Sida, ce n'est pas la faute à la Science, c'est la faute à l'Afrique!

    Et aujourd'hui, alors que plus personne ne s'intéresse à l'origine du Sida, c'est sur la pointe des pieds et sans tapage qu'une dépêche de l'AFP annonce en quelques lignes:

    "Le cas de Sida de 1959 se révèle faux. A nouveau analysés, les tissus de l'homme contiennent un virus datant de 1990. Le premier homme reconnu comme étant mort du Sida n'avait pas cette maladie (...) Les tissus qui avaient permis d'arriver à ce diagnostic ne provenaient pas de son corps (...) Deux hypothèses: soit un mélange accidentel de tissus dans les laboratoires, ce qui est inconcevable (sic! NdR), soit un échange délibéré d'échantillons."

    AFP in "Le Nouveau Quotidien" (Suisse) - 27/03/1995

    Sans commentaires !



    Crève la "reprise" !

    * * *

    "La reprise est là, il faut continuer!" Nous n'entendons plus que ça. Les journaux, les politiciens, les journalistes et autres économistes nous bourrent la tête via la boîte-à-con qu'est la télévision. On nous explique, chiffres et graphiques à l'appui, que la reprise est de retour. Même faible et tremblante, elle serait enfin là! Ce discours est suivi d'une justification de l'écoeurante politique d'austérité poursuivie. Sur le ton de: "Continuez à vous serrer la ceinture et la reprise sera de plus en plus forte!", la bourgeoisie veut d'une part nous mettre à la remorque de la défense de l'économie et, d'autre part, nous faire croire que cette fois nous sommes enfin "sortis du tunnel".

    Alors comme ça, le "dieu de l'économie" nous gratifierait d'une manne céleste après nous avoir ignorés pendant 20 ans! Quelle serait donc la (ou les) raison(s) pour laquelle la croissance (1) serait revenue parmi nous?

    Pour répondre à cela, un petit rappel de la terminologie bourgeoise: ils appellent reprise ou croissance, l'augmentation de leur richesse dans un pays ou un groupe de pays (augmentation du Produit Intérieur Brut). La reproduction élargie est une loi inhérente au capital, et c'est de cette façon que les idéologues y font allusion. La récession est l'augmentation insuffisante de ce même P.I.B. Le discours bourgeois se résume à dire que "nous" sommes plus riches et ce, depuis trois ou quatre ans aux U.S.A. et en Grande-Bretagne, et depuis un an dans l'ensemble du monde.

    Derrière ce "nous" se cache en fait le peuple, c'est-à-dire la moyenne statistique entre les classes, prolétaires et bourgeois dans le même sac. Dire qu'il y a une reprise de 3% sur une année dans un pays équivaut à dire que dans ce pays, il y a 3% de richesse en plus à la fin de l'année. Mais cela n'implique pas, évidement, que chaque "personne" soit plus riche de 3%. En fait nous allons voir qu'effectivement la richesse de la bourgeoisie a augmenté, mais au prix d'une intensification de la misère pour les prolétaires. De plus comme l'augmentation de 3% est mathématiquement (2) redistribuée sur tout le monde, cela signifie que, relativement, les bourgeois ont vu leurs richesses croître de bien plus de 3% et que notre misère, elle, n'a fait que empirer. Quelle est la réalité de cette explosion de richesse?

    Parlons de celui que la bourgeoisie mondiale considère comme le meilleur "élève de la classe": les USA. Les chiffres sont éloquents: de 3% à 4% de croissance par an, un taux de chômage de 5 à 6%, un taux d'inflation de 3% et la création de plus ou moins 2.000.000 emplois par an, et ce, depuis 1991.

    Depuis plusieurs années, certaines entreprises américaines (3) ont fait des bénéfices gigantesques, des records ont été battus chez dans l'informatique chez Microsoft, dans l'industrie pharmaceutique chez Pfizer (plusieurs milliards de dollars), dans le secteur automobile chez Chrysler (+ 3,8 milliards de dollars)... Ces chiffres font évidemment bander le plus blasé des boursicoteurs. A ce tableau unilatéral avancé par la bourgeoisie, nous opposons notre réalité. Voici donc un autre point de vue, celui des producteurs de ces richesses qui, comme toujours dans ce système de merde, sont privés de la jouissance de leur produit.

    La question est: comment se fait-il que ces d'entreprises fassent de tels bénéfices? La réponse est simple: elles licencient pour compresser les coûts de production et elles augmentent la pression sur les prolétaires qui restent.

    Voici une citation de F. Rohatyn qui est, entre-autre, conseiller officieux de Clinton et gérant d'une banque:

    "La course à la productivité s'accompagne d'un chômage structurel qui n'épargne plus personne: cols bleus, cols blancs... et cela va continuer. Toutes les grandes entreprises cherchent désormais à réduire leurs effectifs. Exemple: Pfizer, une entreprise pharmaceutique que je connais bien puisque je suis membre de son conseil d'administration, vient de décider de supprimer 4000 emplois, 10% des effectifs par préretraite ou licenciements secs. Et pourtant l'entreprise gagne des milliards. Nous vivons une époque un peu effrayante: regardez IBM, Intel et Microsoft. Toutes les trois ont à peu près la même valeur boursière, entre 20 et 25 milliards de dollars. Mais IBM a 150.000 salariés, Intel 15.000 et Microsoft 6.000. Cela veut dire que la création de richesse demandera une main-d'oeuvre de moins en moins nombreuse mais de plus en plus qualifiée, adaptable et flexible." (mars 1994)
    Ce que ce bourgeois nous dit cyniquement, c'est que les prolétaires de chez IBM suent individuellement 25 fois moins de plus-value que chez Microsoft et 10 fois moins que chez Intel. On peut comprendre de cette manière la raison pour laquelle IBM licencie à tour de bras depuis plusieurs années. L'autre exemple, celui de Pfizer, est représentatif des pratiques actuelles.

    On trouve d'autres cas de ce genre partout dans le monde:

    Aux USA, plus de 10% de la population se trouve dans une misère absolue, ils ne sont repris dans aucune statistique officielle. De plus, 25% à 35% (suivant les sources) de la population se trouve aux limites de la pauvreté. Voilà qui permet de relativiser le taux de chômage officiel (4).

    En ce qui concerne les emplois créés (5) aux USA: ce que l'on ne dit pas, c'est que chaque année 2.000.000 emplois industriels à salaires médiocres (10 à 15 US$ de l'heure) avec couverture sociale sont supprimés, tandis que l'on assiste à la création de 2.000.000 de nouveaux emplois aux salaires encore plus misérables (4,5 US$ de l'heure), dépourvus de couverture sociale et aisément délocalisables.

    Gail Forler, un cynique gestionnaire du capital, nous résume clairement la situation:

    "Fini les jobs industriels bien payés des années 70!" et il ajoute: "Ni les nouvelles technologies ni les nouveaux marchés ne sont une raison suffisante pour créer un emploi. Pour résoudre leurs problèmes de travail, les employeurs préfèrent acheter une nouvelle machine ou réorganiser leurs effectifs."
    C'est donc clair, les prolétaires qui ont encore un boulot vont non seulement travailler à la place de ceux qui se retrouvent à la rue, mais on les fera travailler de manière à ce que l'entreprise produise plus qu'avant!

    Toujours en ce qui concerne les USA, les "mass média" annoncent que la misère a augmenté de 10% en vingt ans. De nouveau, ce chiffre nous paraît insensé, à quel prolétaire aux Etats-unis fera-t-on croire qu'avec un salaire de 1995 il peut acheter 90% de ce qu'il achetait en 1975?

    Les chiffres sur l'inflation n'ont aucun sens pour nous. Les salaires diminuent et les prix augmentent, c'est la seule chose qui nous intéresse! Et tous ces grattes-papier de s'étonner:

    "Au total, malgré la reprise, ce sont 30 millions de personnes, soit le quart de la population active, qui seraient en dehors du circuit normal de l'emploi (dans les boulots de merde dont nous venons de parler, NDR) et subiraient cette aberration d'être à la fois au-dessous du seuil de pauvreté et d'être des travailleurs."
    (Alain Lebaube, Le Monde, Bilan économique et social 1994)
    Eh oui! messieurs, le travail n'a jamais rendu riche celui qui trime mais toujours celui qui fait bosser les autres. Si le travail rendait riche cela fait longtemps que la bourgeoisie l'interdirait au prolétariat pour travailler elle-même!

    La réalité ou l'irréalité de la "reprise" est à inscrire dans le contexte beaucoup plus général des différentes phases de ce système absurde et inhumain qu'est le capitalisme. Sans cela on ne peut rien y comprendre et tout devient affaire de religion.

    Comprendre la "reprise" dont on nous parle tant, n'est possible qu'en se référant à la contradiction fondamentale du Capital: la contradiction valorisation/dévalorisation.

    On se rend compte alors qu'il n'y a pas de "reprise générale" dans la mesure où le Capital a besoin pour cela de phénomènes de destruction bien plus massifs que les guerres actuelles, insuffisamment généralisées pour permettre la dévalorisation régénératrice de "reprise". On constate par contre que la crise s'accentue de plus en plus et que les discours sur la "reprise" ne se réfèrent qu'à une "reprise technique", c'est-à-dire à une reprise cyclique qui correspond au cycle court du Capital déterminé par une rénovation relative du capital fixe; il s'agit donc d'un phénomène de courte durée qui ne peut tenir que le temps pendant lequel le prolétariat accepte l'augmentation de sa misère (6).

    C'est le prolétariat par son apathie qui permet à la bourgeoise de mettre au chômage certains d'entre nous et d'augmenter les cadences pour ceux qui restent dans les bagnes salariés. Dans ce type de croissance, la misère absolue du prolétariat se généralise. En fait, l'unique période pendant laquelle la bourgeoisie peut compter sur une valorisation fructueuse et à long terme est la période qui suit une guerre généralisée: la période de "reconstruction". Epoque privilégiée où les capitaux s'investissent et circulent à grande échelle mais qui, pour notre classe, n'en signifie pas moins une augmentation toujours croissante de la misère relative (relative à la richesse que nous créons).

    La reconstruction fait ensuite place à la crise (crise de surproduction de capitaux) qui, elle, ne peut se résoudre que par une nouvelle guerre généralisée, et ainsi le cercle de mort imposé par la valeur se referme.

    Nous ne défendons aucune des phases de ce système dont toutes les périodes reproduisent l'inhumanité et contiennent la guerre comme solution.

    Nous ne faisons aucune critique morale contre "des méchants capitalistes" qui seraient égoïstes et qui ne partageraient pas les fruits du travail avec les "pauvres prolétaires exploités". Non! nous savons que c'est la valeur et son cycle qui s'imposent, autant à la bourgeoisie qu'au prolétariat.

    Cette "reprise" avec laquelle on nous bassine les oreilles ne présage rien de bon pour nous. Aujourd'hui comme hier et comme toujours, nous, prolétaires, n'avons rien à attendre de ce système de mort si ce n'est plus de larmes, de sang, et de sueur versés, aussi bien sur les fronts des bagnes salariés que sur ceux de la prochaine guerre généralisée.

    Cette "reprise" que l'on nous présente comme un bébé fragile, noyons-la dans son eau sale!

    Refusons les sacrifices! L'économie est malade, aidons-la à mourir, et avec elle tous ses défenseurs!

    Saboter la "reprise", c'est lutter de manière intransigeante pour nos intérêts de classe!

    Notes

    1. Parler de "croissance" est synonyme de "reprise". La bourgeoisie utilise d'ailleurs les deux vocables de concert en terme de: "reprise de la croissance".
    2. Ne rêvons pas, cette redistribution n'est que statistique et donc virtuelle et nous, les prolos, nous resterons pauvres encore un certain temps!
    3. La concurrence fait rage; c'est une loi du système. Si certaines entreprises font des bénéfices gigantesques, d'autres sont phagocytées par les premières ou obligées de déposer leur bilan. Mais, pour nous, le résultat est toujours le même: plus de misère!
    4. Il ne s'agit pas d'une spécialité américaine, tous les gouvernements du monde trichent sur l'ensemble de leurs statistiques. Pour ne parler que du chômage, prenons l'exemple de la Belgique: le taux officiel du chômage y est de plus ou moins 14% de la population active (500.000 chômeurs environ). Ce pourcentage "oublie" évidement que depuis 10 ans les chômeurs de plus de 55 ans ne sont plus repris dans les chiffres (50.000 chômeurs environ), il "omet" également les 180.000 exclusions de ce même chômage depuis deux ans; et il "tait" les 400.000 emplois "bidons" payés par l'assurance chômage. Si on fait un petit calcul, avec les 50.000 chômeurs exclus depuis plus de deux ans, cela nous donne approximativement 1.180.000 chômeurs effectifs. En terme de pourcentage et sur base de 3.500.000 actifs potentiels en Belgique, nous arrivons à environ 33% de chômage réel. Il est évident que nous pourrions faire le même type de critique pour tous les indices et pour tous les pays.
    5. Encore un exemple de la manière dont la terminologie bourgeoise cherche à imposer son point de vue: "emplois créés", "création d'emploi",... s'insinuent dans le langage quotidien et tendent à présenter le capitaliste comme un "donneur de travail" plutôt qu'un exploiteur. L'Etat n'a rien d'une association philanthropique cherchant à fournir aux hommes un moyen de survivre; si la classe capitaliste engage et paye des prolétaires, c'est dans l'unique but de leurs extorquer une plus-value.
    6. C'est d'ailleurs un des buts poursuivis par la bourgeoisie avec cette "reprise" mythique: nous faire miroiter quelques espoirs sur notre futur immédiat et nous faire accepter ainsi la toujours croissante dégradation de nos conditions de vie.



    Valorisation/dévalorisation: l'insoutenable contradiction du Capital

    Pour se valoriser, la valeur doit être investie: une partie en capital constant (achat de machines, de bâtiments, de matières premières,...), une autre en capital variable (achat de la force de travail). Comme son nom l'indique, la première partie constante, ne fait que transmettre sa propre valeur à le marchandise fabriquée, par l'intermédiaire du travail bien entendu. La seconde partie par contre, la partie de capital variable qui a permis d'acheter la force de travail voit non seulement sa valeur reproduite, mais augmentée par l'action de la force de travail, par le travail. C'est cette partie qui produit une plus-value. En effet, la force de travail mise en mouvement, le travail vivant donc, est la seule marchandise capable de créer de la valeur et est donc la seule source de profit pour les capitalistes.

    La concurrence inhérente au capital oblige chaque capitaliste à produire le meilleur marché possible pour pouvoir s'imposer face à ses concurrents. Pour ce faire, il doit obligatoirement augmenter la productivité de son entreprise. Cette augmentation de productivité passe par un accroissement des équipements, de l'infrastructure (capital constant) et une diminution relative de l'importance de la force de travail (capital variable) ce qui a pour conséquence d'incorporer de moins en moins de travail vivant dans les produits et implique également une perte de valeur des moyens de production: c'est la dévalorisation.

    Pour contrer cet effet, les capitalistes tentent dans un premier temps de se rattraper sur la masse, en augmentant encore la quantité de capital constant investi aux dépens du capital variable... ce qui a pour effet de renforcer la dévalorisation! La masse de marchandises produites va augmenter mais chaque marchandise unitaire contiendra de moins en moins de travail humain et donc de valeur nouvelle. Rappelons également que la valeur ne peut se réaliser que si la marchandise est vendue. Si celle-ci ne trouve pas preneur, la valeur ne se réalisera pas et sera donc perdue, et c'est une nouvelle dévalorisation qui intervient.

    Avec la généralisation de l'augmentation de la productivité, la quantité de travail contenue dans chaque produit final diminue, mais il en va de même pour les moyens de production qui produisent ces marchandises,... et en dernière instance, c'est la valeur de la totalité des produits et des moyens de production qui diminue. La dévalorisation est de plus en plus violente.

    Tout ce mouvement produit la crise. La masse de capitaux existants éprouve de plus en plus de difficultés à se valoriser. C'est une période qui voit les capitalistes contraints de mettre les prolétaires au chômage, de diminuer les salaires, de détruire des stocks d'invendus,... Mais pour s'en sortir, le capital doit détruire la marchandise excédentaire sur une plus grande échelle et permettre ainsi de relancer la valorisation: c'est la guerre généralisée. Dans la guerre généralisée il y aura destruction de capital constant (usine, infrastructure, stock,...) et de capital variable: massacre de prolétaires sur tous les fronts. Par ce moyen, qui n'est que la résolution ponctuelle de la crise, le Capital obtient une dévalorisation brutale par destruction pure et simple des choses et des hommes qui fonctionnent en tant que Capital.

    Contrer la diminution de valeur par la destruction de valeur! Ce paradoxe apparent s'explique par le fait que la destruction de capital constant permet de relancer la valorisation (c'est la reconstruction) puisque la proportion de capital constant a brutalement diminué par rapport au capital variable. Et on repart pour un tour.

    On pourrait croire que le Capital décrit un cercle de manière infinie mais cela n'est qu'une illusion car le point de départ de chaque cycle n'est jamais le même. Le Capital recommence chaque cycle avec un niveau de technicité, de productivité toujours plus grand ce qui fait que l'accumulation est toujours plus importante et la destruction consécutive d'autant plus considérable. Il s'agit donc plus d'une spirale en extension que d'un processus qui tournerait en rond. Avec le temps la bourgeoisie a appris à retarder l'échéance de la crise (destruction de stock, restructuration, capital fictif, augmentation artificielle de la demande effective,...), mais, plus elle retarde la chute plus celle-ci sera importante car plus grande sera la quantité de capital excédentaire.



    Mémoire Ouvrière

    La Bête de la Propriété

    par Johann Most (1883)

    * * *

    Introduction

    Le choix du texte que nous vous présentons ici a été motivé par diverses raisons (actualité du sujet traité, force des arguments, clairvoyance,...) mais notre objectif principal réside dans notre volonté de briser un mythe qui a, aujourd'hui plus que jamais, la vie dure. Ce mythe, cette falsification de l'histoire proclame qu'avant 1914 aucune organisation révolutionnaire n'a pu exister et se maintenir en dehors et contre la Social-Démocratie. Ce mensonge s'origine et se fonde dans l'acharnement aveugle de ceux qui considèrent la Social-Démocratie (comprise comme l'ensemble des partis organisés dans et autour de la Deuxième Internationale) (1) comme L'organisation, comme LE parti de la révolution. Selon ces individus, toute tentative de s'organiser en dehors et contre la Social-Démocratie avant cette date est condamnée soit à la mort soit au sectarisme.

    Nous sommes en complet désaccord avec cette position. Et, sans entrer dans les détails, il nous semble important de préciser que la Social-Démocratie (devenue "Internationale" en 1889 lors de la fondation de la IIème Internationale (2)) est engendrée par la contre-révolution qui suit la défaite de la Commune de Paris et plus généralement, la défaite du mouvement prolétarien de cette période. Idéologisant le programme révolutionnaire élaboré par Marx et Engels, le vidant de son contenu nécrologique (3) pour n'en garder que l'enveloppe, la forme, la Social-Démocratie crée le "marxisme" (c'est-à-dire une tentative de donner un nouveau look aux vieilles théories de l'économie politique que Marx critiquait avec virulence), et construit une filiation fausse avec la Première Internationale dont elle reprend habilement le nom, fondant en 1889, la Deuxième Internationale. La Social-Démocratie, le parti du Capital pour les ouvriers, va ainsi devenir une force d'attraction majeure pour le prolétariat qui sera dès lors enrôlé et discipliné pour participer au bon fonctionnement du système.

    Comment la Social-Démocratie parvient-elle à ses fins? Elle désintègre le prolétariat en le réduisant à une simple catégorie économique, les ouvriers, cantonnant de cette manière le prolétariat à "ceux qui travaillent" (ou "ceux qui gagnent moins de tant par mois"). Peu importe donc les velléités de lutte des prolétaires, la Social-Démocratie les anéantit toutes. Dans ce but, elle organise la vie des ouvriers dans ses moindres détails: elle crée des syndicats, des écoles, des universités, des groupes culturels, des chorales,... de façon à garder un contrôle permanent sur la vie des ouvriers et à canaliser ainsi toute manifestation de colère vers des revendications pour de "meilleures conditions d'existence" dont le but réel, l'essence n'est autre que de rendre l'exploitation tolérable aux exploités.

    En Allemagne, organisée dans le SPD, la force de la Social-Démocratie est immense, mais des militants tentent de s'organiser contre elle. "Die Jungen" (Les Jeunes) représentent une des oppositions les plus intéressantes. En effet, de 1889 à 1891 (date de leur expulsion du SPD) ce groupe se bat contre le parlementarisme et le réformisme, revendique le programme révolutionnaire de Marx et rejette ce qu'en a fait la Social-Démocratie. A cette époque, d'autres oppositions luttent également contre la nature contre-révolutionnaire de cette organisation qui parle au nom de la révolution mais défend le réformisme, le parlementarisme, le gradualisme et le pacifisme. Mais très peu sont cependant capables de se réapproprier les bases du programme révolutionnaire systématisé par Marx et Engels; réduit est le nombre de militants qui reconnaissent la différence entre Marx et le "marxisme" (au sens de l'idéologisation de la critique de Marx), bon nombre nient l'importance programmatique du premier dans leur lutte contre le second. Cette faiblesse va mener les militants qui rompent avec le SPD dans les bras de l'idéologie anarchiste... En effet, et pour résumer ce processus complexe, disons que la tête de l'opposition à la Social-Démocratie est, dans la plupart des cas, confisquée par l'idéologie anarchiste... L'exemple de "Die Jungen" illustre bien ce processus. Lorsque "Die Jungen" furent expulsés du SPD, ils formèrent, un "Rassemblement des Socialistes Indépendants" qui réunit, sur base d'un programme commun, deux tendances divergentes. L'une, surnommée "Oppositionnelle", s'insurgea contre le caractère fondamentalement contre-révolutionnaire et parlementariste du SPD; l'autre, porta ses critiques, plus en surface, sur la dictature qu'imposait le parti à ses membres, ainsi que sur la centralisation et les exclusions qui en découlaient. Jusqu'en 1893, le journal "Der Sozialist" fut le théâtre et l'enjeu des polémiques qui opposèrent les deux tendances. A cette date, Gustav Landauer prit la direction du journal en main et ce, malgré les protestations de la tendance "Oppositionnelle" qui décida de rompre. Une partie des militants de cette tendance regagna les rangs du SPD tandis que l'autre se désagrégea. Ce qui restait de "Die Jungen" et de "Der Sozialist" versa alors, sous l'égide de Landauer, dans l'idéologie social-démocrate version anarchiste de l'éducationnisme (éduquer individuellement les prolétaires au socialisme avant d'entamer des actions de masse), du gestionnisne (former des communautés produisant selon les besoins) et du pacifisme (contre la violence et l'action directe). Landauer prônait une "véritable démocratie" et rejetait la dictature du prolétariat ("...je la haïrais et je la combattrais comme la peste si elle menaçait."). En janvier 1919 (!!) il réintègre le parlement (pour y propager ses idées et "combattre sans concession" le système parlementaire). Landauer, son oeuvre accomplie, est assassiné en mai 1919 à Munich.

    oOo

    En rappelant ici le rôle de la Social-Démocratie, nous avons voulu insister sur la nécessité de rompre avec le mythe créé à son propos. C'est en ce sens que nous considérons le texte écrit par Johann Most en 1883 et intitulé "La bête de la propriété" comme un texte intéressant et important. Il fait partie de l'ensemble des tentatives de rupture d'avec la Social-Démocratie, et c'est pourquoi nous avons décidé de le publier, malgré les faiblesses, les manques de ruptures qu'il recèle.

    Par ailleurs, ce texte est représentatif de la période dans laquelle il voit le jour: il exprime les combats militants de son époque et participe de la mémoire des nombreuses tentatives révolutionnaires pour prendre la direction des luttes contre la Social-Démocratie.

    Le texte que nous vous présentons a été écrit aux Etats-Unis en 1883 par un ex-député du SPD: Johann Most. La trajectoire de ce militant est intéressante également dans la mesure où elle correspond à celle de beaucoup de ses camarades et, plus généralement, à de nombreux militants de par le monde dans leur lutte contre la Social-Démocratie.

    Né en 1846 en Allemagne, Johann Most rejoint la section de l'AIT à Zurich (Suisse) en 1867. De 1869 à 1870, il vit en Autriche, à Vienne (où il sera par trois fois emprisonné pour ses activités militantes). En 1871, il est expulsé d'Autriche et revient en Allemagne où il édite des journaux social-démocrates. En 1874, il est élu au Reichstag. Son expérience le mène à rompre avec le SPD. Il espérait trouver dans le parlement un endroit où il pourrait défendre le socialisme et les intérêts de la classe ouvrière, il découvre ce qu'il nomme "un théâtre de marionnettes" qui le réduit au silence chaque fois qu'il tente de prendre la défense de sa classe. Les illusions de Most quant à l'utilisation du parlement comme tribune pour la révolution ne durent guère. Il déchante rapidement. Beaucoup de militants feront plus tard la même expérience, de Karl Liebknecht à Domela Nieuwenhuis en passant par Otto Rühle, tous rejetteront le parlementarisme à différentes périodes --et à différents niveaux-- mais sur les mêmes bases. En 1878 Most est réélu au Reichstag, mais la même année, il rompt et quitte le parti.

    1878 est aussi l'année où les activités socialistes sont interdites par le gouvernement de Bismark. En fait, ces lois anti-socialistes (nommées "Lois d'Exception") n'empêchent nullement le SPD de continuer ses activités au Reichstag. Ces lois sont principalement dirigées contre les activités des militants révolutionnaires qui s'organisaient encore au sein du SPD, c'est-à-dire, contre la presse et la propagande militante, contre les meetings, les manifestations, bref contre toute expression du refus du système. A partir de ce moment-là, toutes ces activités deviennent illégales et le SPD refuse de les organiser, arguant que le parti est sauf et qu'il faut respecter la légalité pour préserver son existence. La Social-Démocratie utilisera les lois antisocialistes pour nettoyer sa propre organisation, se débarrasser des "fauteurs de troubles" et imposer, plus fortement encore, le réformisme et le pacifisme comme programme pour les ouvriers. Le Parti Social-Démocrate allemand justifiera son refus de s'organiser illégalement par la nécessité de défendre les acquis de l'organisation (écoles, sièges au parlement, syndicats,...) et agitera la menace de leur perte totale en cas d'affrontement à l'Etat. Les mêmes arguments seront utilisés par le même parti pour justifier le vote des crédits de guerre en 1914!!!

    En cette fin du 19ème siècle, c'est, pour beaucoup de militants, la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Johann Most est l'un d'entre eux. Expulsé de Berlin, il se rend à Londres où il publie le premier numéro de "Freiheit" ("Liberté"), journal qu'il publiera jusqu'à sa mort, en 1906. Ce n'est que deux ans plus tard que Most sera officiellement exclu du SPD au congrès de Wyden. Les arguments invoqués par le SPD seront: les attitudes désorganisatrices et le mauvais caractère de Johann Most (sic).

    En 1881, sur l'initiative de Most et d'autres militants du continent, se réunit le Congrès Révolutionnaire Social International de Londres avec comme but la remise sur pied d'une Internationale véritablement révolutionnaire. Johann Most n'assistera pas aux débats car il est en prison pour avoir publié un article applaudissant l'assassinat du Tsar AlexandreII.

    Le congrès prend le nom de "Première Internationale" mais refuse tout comité central ou bureau exécutif. Aucune autorité centrale n'est acceptée, on admet uniquement l'existence d'un bureau d'information. Nous reconnaissons ici la marque d'une faiblesse dont nous avons déjà parlé plus haut. En effet, les militants rejettent le programme et le fonctionnement des partis social-démocrates mais y associent de façon erronée toute forme de direction, quel que soit son contenu. Le refus de la direction social-démocrate se transforme donc, dans la plupart des cas, en un refus de toute direction, quelle qu'elle soit; attitude qui aura des conséquences graves par la suite, le programme de la bourgeoisie prenant rapidement la place laissée vacante.

    D'autre part, si cette faiblesse se retrouve bien dans la plupart des tentatives de regroupement des forces militantes, si ce refus de toute direction est établi noir sur blanc dans le programme de ces organisations, nous verrons que certaines minorités d'avant-garde affirmeront, par leur pratique, la nécessité d'une direction.

    Malgré toute l'énergie dépensée, la menace que la nouvelle "Première Internationale" représente aux yeux de la bourgeoisie ne deviendra jamais réalité. Pourtant, si en Europe, elle ne parvient pas à se concrétiser, aux Etats-Unis elle fera bientôt parler d'elle. Mais avant d'aborder ce sujet, revenons en Angleterre.

    Comme nous l'avons dit, c'est pendant son séjour à Londres que Most publie les premiers numéros de "Freiheit". Dès 1880, le journal appelle à la conspiration révolutionnaire dans le sens où l'entendait Blanqui, c'est-à-dire dans le sens de l'organisation clandestine de structures préparées à attaquer l'Etat en ses points stratégiques afin de prendre le pouvoir. Le journal appelle également à la propagande par le fait.

    Si pour nous les nécessités de l'action directe, des actes de violences minoritaires contre la bourgeoisie et son Etat, le besoin impérieux de l'organisation illégale, etc... sont des caractéristiques essentielles du processus révolutionnaire, il nous faut clarifier toutefois que l'insurrection prolétarienne, la révolution communiste, ne sont pas le résultat d'une conspiration isolée. En effet, l'évaluation de la période dans laquelle se déroule la lutte et l'évaluation du rapport existant entre les classes joue un rôle primordial et déterminant dans les décisions à prendre et les actions à mener par le prolétariat.

    "Freiheit" appelle donc à la destruction du capitalisme, le journal dénonce toute réforme partielle comme étant de simples trahisons. Les leçons que Most tire de son expérience comme député guideront sa lutte toute sa vie. C'est ainsi qu'il dira plus tard:

    "Il est temps de mettre un terme à cette farce qu'est le vote et la meilleure chose à faire avec des individus tels Jay Gould et Vanderbilt [magnats du rail aux Etats-unis, NDR] c'est de les pendre au premier lampadaire."
    "Freiheit" exhorte la classe ouvrière: si elle n'écrase pas ses oppresseurs, ceux-ci l'anéantiront,
    "ils noieront la révolution dans le sang des meilleurs et ajusteront encore plus fermement que jamais les chaînes de l'esclavage. Tuer ou être tué telle est l'alternative."
    Et d'ajouter:
    "Nous sommes révolutionnaires non pas par amour du sang mais parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de libérer et de sauver l'humanité. L'histoire nous enseigne cela. Toute tentative de réforme est inutile. Le noeud gordien ne pourra être tranché que par l'épée, et d'ici quelques années les masses écriront l'histoire du monde."
    Il est en effet très clair pour Most, militant convaincu de la nécessité de s'organiser et de s'armer pour renverser et défaire le Capital, que la seule alternative à la barbarie de cette société c'est la révolution sociale.

    Lorsque Most, fuyant la répression qui se déchaîne en Angleterre, arrive, le 18 décembre 1882, aux USA, il y sévit une crise très profonde: chômage, misère, famine, crise du logement,... A Chicago, plus de 34.000 personnes viennent d'être mises à pied. Le chômage additionné aux misérables et terribles conditions de vie et de logement provoquent un mécontentement grandissant. Des émeutes éclatent, des manifestations, des boycotts... Grèves après grèves, le prolétariat s'affronte à la police, aux milices patronales, aux hommes de Pinkerton (4), aux jaunes,... Les patrons dressent des listes noires et utilisent les lock-out chaque fois qu'ils en ont besoin. Les troupes fédérales sont toujours là pour les protéger.

    En ce qui concerne les organisations politiques, la Social-Démocratie, incarnée par le SLP (Socialist Labor Party) est, depuis la fin des années 1870, très divisée. Les désaccords et divergences couvent particulièrement sur deux questions: l'auto-défense et le compromis politique. En ce qui concerne l'auto-défense prolétarienne, dès 1875, quelques militants du SLP fondent le "Lehr-und-Wehr Verein" (Société de Défense et d'Education) (5) dans le but de "ne plus jamais être frappés par les flics ou les milices sans riposter". Sous différentes dénominations se multiplient ces groupes d'autodéfense qui s'entraînent à manier la carabine et la baïonnette. Leur but est de protéger les prolétaires contre la brutalité des forces de l'ordre lors des rassemblements, manifestations ou de tout autre regroupement de notre classe. En 1878, année des lois antisocialistes en Allemagne (c'est-à-dire, l'année où le SPD purge ses rangs), aux Etats-Unis, le SLP, de concert avec son équivalent allemand, interdit l'accès des sociétés d'auto-défense à ses militants et ordonne à tous ceux qui en sont membres de se retirer. Décision qui vient confirmer si besoin en est que le but de la Social-Démocratie est et reste le désarmement du prolétariat et la purification dans ses propres rangs de toute pratique d'action directe contre l'Etat. Le comité exécutif du SLP se dissocie de toutes organisations armées "qui tentent d'accomplir par la force ce qu'elles peuvent obtenir par le scrutin". En 1879, L'Etat d'Illinois proclame une nouvelle loi mettant hors la loi tout "groupe d'hommes portant des armes sans autorisation" et qui "s'associent comme compagnies militaires ou instruisent ou défilent en armes dans quelque ville que ce soit... sans l'autorisation du gouverneur". La "Lehr-und-Wehr Verein" et les autres structures auxquelles elle a donné naissance (les "Bohemians Sharpschooters", la "Jaeger Verein", les "Irish Guards",...) passent dans la clandestinité. Par ailleurs, et c'est le second point de cristallisation des divergences au sein de ce parti, le SLP propose presqu'au même moment de s'unir avec le Greenback-Labor Party (un parti libéral) pour être plus fort aux élections présidentielles de 1880. Mais, une opposition anticompromis est née qui sera très virulente dans sa défense des organisations d'auto-défense et dans son refus de toute alliance avec ce qu'elle dénonce comme un parti réformiste. Peu après, lors des élections, les résultats du scrutin de Chicago sont falsifiés pour empêcher la victoire d'un membre du SLP. Bien que celui-ci finisse par obtenir son mandat beaucoup de militants décident de quitter le SLP et se tournent vers l'action directe. Mais parmi ces militants, l'entente n'est pas parfaite, il existe deux courants: l'un prône le travail dans les syndicats et le combat pour des améliorations économiques directes, l'autre veut abandonner toutes réformes économiques et politiques pour passer à l'action révolutionnaire. Néanmoins, c'est ensemble que ces deux courants créent en novembre 1880 une nouvelle organisation à New York: le "Club Révolutionnaire Socialiste" dont les membres les plus connus sont Parsons, Spies, Schwab, Grottkau et Neebe (6), et qui sera dirigé par Wilhem Hasselmann, ex-membre du SPD allemand expulsé en même temps que Most en 1880.

    Les militants du Club Révolutionnaire Socialiste considèrent que l'action révolutionnaire est impérative et doit commencer immédiatement, ils ne comptent plus sur les élections pour changer le système. Ils prônent l'action directe et la lutte armée contre l'Etat, contre le parlement et contre les réformes. Et c'est ce à quoi ils invitent le prolétariat: l'affrontement direct et final avec l'Etat. Parsons exprime clairement la position du Club en ce qui concerne l'Etat:

    "L'Etat sous toutes ses formes n'est rien d'autre qu'une conspiration organisée de la classe possédante visant à priver la classe ouvrière de ses droits naturels."
    Nous ne pouvons que corroborer ces dires. Tout en précisant que par "droits naturels", nous entendons, comme Parsons, les besoins élémentaires qu'éprouvent les êtres humains dès leur naissance: le besoin d'affection, celui de se nourrir, de s'abriter et de se reproduire. Tels sont les "droits naturels" de l'homme. Si nous précisons ceci c'est pour empêcher que l'utilisation du terme "droits" n'entretienne la confusion engendrée et entretenue par la démocratie sous le vocable "Droits de l'Homme". En effet, rappelons brièvement que la démocratie c'est le règne du citoyen, c'est-à-dire la négation totale de l'existence des classes et donc de leur antagonisme. Le citoyen, lui, bénéficie de droits tant qu'il se comporte en bon citoyen, en "bon père de famille", entendez, tant qu'il défend la démocratie. Mais ces droits-ci ne sont que la récupération et le dévoiement de ceux dont nous parlions précédemment; il s'agit du droit constitutionnel, du droit de vote, de l'égalité, de la fraternité et de la liberté,... bref, les droits et devoirs de tout bon citoyen qui aime sa patrie et est prêt à mourir pour la défendre. Il faut également préciser que, dès que surgit le prolétariat, dès qu'il y a lutte contre l'exploitation sous quelque forme que ce soit, tous ces droits s'évaporent, disparaissent comme par enchantement! Lorsque le prolétariat agit comme classe, la question des droits ne se pose plus. La terreur répressive contre tous ceux qui refusent de se comporter comme de bons citoyens répond implacablement et logiquement à l'idéal bourgeois du paradis démocratique (7).

    Comme nous l'avons dit plus haut, le Congrès Révolutionnaire Social International de Londres aura une existence très limitée. Par contre, aux Etats-Unis, les 21, 22 et 23 octobre 1881, sur l'initiative du Club Révolutionnaire Socialiste de New York, une première tentative de centraliser les révolutionnaires socialistes à l'échelle nationale se concrétise. Le Congrès prend alors le nom de "Congrès des Socialistes des Etats-Unis". Schwab, Parsons et Spies y jouent un rôle moteur. Le Congrès condamne le gouvernement anglais pour sa répression en Irlande, exprime son soutien aux "populistes" de Russie pour leur "guerre implacable" contre le Tsar, et dénonce la propriété privée et "l'esclavage salarié", il reprend à son compte les décisions de Londres et se déclare en faveur des "organisations armées d'ouvriers qui sont prêts à résister les armes à la main". Néanmoins, un compromis entre ceux pour qui le parlement reste un moyen d'agitation efficace et ceux pour qui jamais rien ne sera obtenu grâce à des élections laisse à chaque groupe la décision de s'engager ou non dans l'activité parlementaire. Encore une fois, nous pouvons constater que le programme du Congrès contient un grand nombre de confusions et de faiblesses, exprimant le manque de rupture d'avec la social-démocratie: soutien abstrait et a-critique aux populistes de Russie, adoption a-critique également des positions prises à Londres en ce qui concerne la direction de l'organisation,...

    Le Congrès fonde le "Parti Socialiste Révolutionnaire", une organisation fort contradictoire à laquelle Most tentera plus tard de donner une direction plus claire et qui se définit comme une branche de l'AIT ressuscitée à Londres. Comme cette dernière, le Parti Socialiste Révolutionnaire constitue un réseau de groupes éparpillés dans tout le pays avec un Bureau d'Information à Chicago comme agent de liaison. Cette organisation restera inactive et virtuellement somnolente jusqu'à l'arrivée de Johann Most qui luttera pour en resserrer les rangs (8).

    La vie de Most peut se résumer à une tentative permanente d'organiser les révolutionnaires, de donner une direction au mouvement, de centraliser les activités en dehors et contre la Social-Démocratie. Il fera le tour des Etats-Unis, organisant meetings, manifestations, etc. pour défendre la nécessité de l'organisation; il invitera même les membres du SLP à des débats contradictoires face à la foule. Dans chaque ville, ses discours rassemblent des centaines de prolétaires et de nouveaux groupes surgissent. Most prône le rassemblement et veut réunir sous un même drapeau tous ceux qui luttent pour la révolution. C'est dans cette perspective qu'il appelle à un congrès d'unification de tous les groupes anciens ou récents. Ce congrès se tiendra du 14 au 16 octobre 1883 à Pittsburgh.

    Most, Spies, Drury, Parsons (entre autres) rédigent le brouillon de la plate-forme du congrès qui restera dans l'histoire comme "Le Manifeste de Pittsburgh", également connu sous le nom de "Proclamation de Pittsburgh". Cette plate-forme va devenir la charte des militants révolutionnaires de l'époque.

    Le Manifeste s'ouvre ainsi:

    "Camarades ouvriers, la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis dit:
    "Mais, lorsqu'une longue série d'abus et d'usurpations poursuivant invariablement le même objectif démontre son intention de réduire [le peuple] à un despotisme absolu, il est du droit, il est du devoir [du peuple] de se débarrasser d'un tel gouvernement et de se munir de nouveaux gardes pour sa sécurité future".
    "Cette pensée de Thomas Jefferson fut la justification de la résistance armée de nos ancêtres, qui a donné naissance à notre République. Les nécessités actuelles ne nous obligent-elles pas à réaffirmer cette déclaration?"
    Le gouvernement est-il autre chose qu'un oppresseur, qu'"une conspiration de la classe dominante"? demande la Proclamation. Et de dénoncer le système capitaliste comme "injuste, fou et meurtrier", de condamner l'Etat, l'église et le système d'éducation comme instruments de "la domination de classe". Le temps est venu, déclare le Manifeste, "de détruire totalement cette domination et par tous les moyens". Rejetant les réformes politiques parce que la classe dominante ne se rendra jamais sans combattre, il défend que "la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie doit avoir un caractère révolutionnaire violent" et conclut: "Donc, nous devons mener campagne en faveur de l'organisation, l'organisation pour la rébellion".
    "Place à la solidarité. Rejoignez-nous! Et que résonne le roulement du tambour qui nous mènera au combat: "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! Vous n'avez à perdre que vos chaînes; vous avez un monde à gagner! Tremblez, oppresseurs du monde entier". Déjà, par delà votre vision bornée, scintillent les lueurs rouges et noires du JOUR DU JUGEMENT."
    Tels sont les termes sur lesquels se clôt le Manifeste de Pittsburgh.

    Outre le fait qu'il constitue une réelle tentative de centraliser les forces militantes du pays et même du monde, le programme du Manifeste n'en demeure pas moins empreint de réformisme, non seulement lorsqu'il reproduit une partie de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis, mais aussi quand il prône l'amélioration du système capitaliste par un meilleur respect des droits et devoirs de chacun, etc. Ce type de faiblesse est, en cette période, très répandue dans le monde; les militants ont foi en la Constitution. Ils estiment que sa stricte application effacerait à jamais les injustices de ce monde. Ils revendiquent l'égalité des droits et appellent au renversement d'un gouvernement qui ne respecterait pas la Constitution, contredisant leurs affirmations antérieures qui définissaient tout gouvernement comme une conspiration de la classe dominante.

    Le Manifeste recèle d'autres faiblesses telle la fédération des organisations de producteurs liés entre eux par des contrats libres, sans commerce ni profit...

    Pour mieux comprendre les contradictions internes et les manques de ruptures manifestés par les organisations révolutionnaires de cette période, il est important de garder en mémoire le fait qu'en cette fin du 19ème siècle, très peu de militants connaissent les polémiques qui ont opposé Lassalle et Marx et les analyses et développements programmatiques de ce dernier. Kautsky a réécrit "Le Capital"; la Social-Démocratie a imposé sa réécriture contre-révolutionnaire du programme communiste. Le terrain sur lequel se battent les révolutionnaires aux Etats-Unis est celui de l'agitation, des discours, des meetings, des débats contradictoires, etc. Ils ne s'avancent que très rarement sur le terrain de l'analyse programmatique du système capitaliste, de son fonctionnement. Cette lacune aura des répercussions sur les propositions qu'ils feront pour l'organisation de la société future et limitera leur lutte. Néanmoins, le principe d'organisation fédérative prônée par le Manifeste de Pittsburgh sera rejeté dans la pratique au profit d'une centralisation réelle des différents groupes composant la nouvelle organisation. Pour les militants présents au Congrès, le fédéralisme constitue une alternative au centralisme social-démocrate, il représente une garantie contre tout ce que les révolutionnaires ont affronté dans le parti social-démocrate: le bureaucratisme, l'autoritarisme, la soumission aveugle, le parlementarisme,... Le fédéralisme est conçu comme une réponse et une garantie contre le centralisme démocratique de la Social-Démocratie, les militants ne voient pas qu'il ne s'agit que de l'autre face de la médaille que constitue le mode d'organisation démocratique. Mais très vite ils seront confrontés au fait que les délégués élus et révocables (sensés remplacer les bureaucrates) à leur tour se bureaucratisent; que l'anti-autoritarisme, c'est-à-dire le refus de toute direction, ouvre les bras à celle que propose la société; que le parlementarisme fait place à l'assembléisme qui repose exactement sur les mêmes bases: le principe électoraliste de la majorité ou/et de la délégation qui prive le prolétariat des possibilités de décision et d'action puisque celles-ci sont déléguées à des instances soit-disant "supérieures"...

    Le Congrès de Pittsburgh rassemble les délégués de 26 villes, c'est-à-dire près de deux fois plus que le Congrès de Chicago, et le Manifeste est édité en même temps en anglais, en français, en allemand, en tchèque, en espagnol et en yiddish.

    Le Congrès proclame la mort du Parti Socialiste Révolutionnaire et se nomme "Association Internationale de Travailleurs" parce qu'il se considère comme le véritable héritier de la Première Internationale, par opposition à la Seconde Internationale et contre celle-ci. On peut réellement considérer cette AIT comme héritière de la Première Internationale, même si cette tentative n'est pas, comme le fut son ancêtre, l'expression d'un mouvement international de centralisation de la lutte de classe. En effet, cette AIT est fondée à un moment qu'on ne peut considérer comme une période de lutte révolutionnaire mondiale et, dans ce sens, certains pourraient y voir une tentative quelque peu volontariste par rapport à la réalité du mouvement. Mais il ne faut pas oublier que les Etats-Unis sont secoués par un mouvement révolutionnaire bien réel auquel l'AIT tente de donner direction et centralisation. Elle répond donc à un besoin pratique: la nécessité de centraliser les luttes et les militants.

    De 1883 à 1886, les groupes de l'AIT ne vont pas cesser de se multiplier. De 2.000 en 1883, ils grimperont à 5.000 à la fin 1885; sur le même temps, le nombre de sympathisants et de partisans triplera. Chicago reste le centre de l'AIT et ce n'est pas un hasard. En effet, cette ville est non seulement, de par sa situation géographique (les rives du lac Michigan), un pôle de haute concentration de capitaux (mines, chemins de fer, industries automobiles,...), mais elle est aussi, cela va de pair, le lieu où les antagonismes de classes sont les plus criants, où la brutalité policière est la plus connue et où la crise économique frappe le plus cruellement. Chicago possède une longue tradition de luttes révolutionnaires mais il y manque un noyau de militants qui en auraient tiré les leçons.

    En plus de la crise économique, l'accélération de la mécanisation et l'intensification de la division du travail qu'elle entraîne changent fortement l'aménagement de la société, provoquant des licenciements massifs. Les conditions de vie du prolétariat se dégradent à vive allure. En 1884, la diminution moyenne des salaires est de 15%, l'année suivante ce taux s'accroît encore, soulevant des vagues de mécontentement.

    Dans ce climat, l'AIT produit et diffuse des tracts, des pamphlets, des journaux, elle organise des meetings, des manifestations, des conférences, des discussions,... dénonçant le système capitaliste, la condition d'esclave salarié, appelant les ouvriers à se réveiller et à se battre contre la misère dans laquelle ils vivent, à se battre pour une autre société. Revendiquant "Le Drapeau Rouge de la Commune de Paris", les journaux et les affiches de l'AIT clament "Pas de Quartiers!", "A bas les gouvernements, Dieu et l'argent", "l'exploitation c'est le vol légal", "Ouvriers du monde entier, unissez-vous!". La volonté de l'AIT d'en finir avec ce système éclate dans tout le pays, en opposition totale aux slogans de la Social-Démocratie qui revendiquent la conquête pacifique de l'Etat, les élections, le vote,... Une particularité non négligeable de l'AIT réside dans sa volonté de donner un cadre de lutte non seulement aux prolétaires des usines et des mines (comme c'est le cas des organisations de l'époque, tels les syndicats, les Knights of Labor, le SLP ou plus tard l'AFL) mais aussi aux sans-travail, aux "indésirables", aux clochards, et autres "sous-prolétaires" dédaignés par les organisations réformistes.

    En ces années de crise, des grèves éclatent partout, le plus souvent pour de meilleurs salaires et contre la répression des organisations prolétariennes (mais les slogans accompagnant ces explosions sont fréquemment entachés de réformisme, ils revendiquent le "droit" à l'organisation, par exemple). Chaque grève est mâtée par les milices de l'Etat qui ouvrent le feu sur les piquets de grève tandis que les patrons dressent des listes noires, engagent des briseurs de grève et pratiquent les lock-out. En plus d'organiser et d'unifier la classe ouvrière, l'AIT organise aussi des sections armées dans plusieurs villes du pays. Ces sections armées sont toutes créées sur le modèle de la "Lehr-und-Wehr Verein" dont nous avons brièvement parlé plus haut. Il s'agit de structures qui entraînent et instruisent leurs membres à se procurer des armes (fusils, couteaux, nitroglycérine,...), à les utiliser, à fabriquer des bombes et des grenades,... leur but est "l'armement du prolétariat et l'application des dernières découvertes de la science, particulièrement de la chimie"; c'est dire leur détermination à rendre oeil pour oeil et dent pour dent. Les appels de l'AIT ne doivent pas être compris à la manière des pacifistes qui (intentionnellement ou non) les interprètent comme des exhortations à embraser la lutte de classe en jetant des bombes (9). Au contraire, il s'agit ici d'une réelle et profonde compréhension de la nature terroriste du Capital et du cadre de lutte que ce dernier nous impose. Comme l'a exprimé Parsons dans un discours vantant les mérites de la dynamite:

    "... C'est une pacificatrice; c'est la meilleure amie de l'homme: elle émancipe le monde de la domination de quelques-uns sur tous les autres; parce qu'en dernière instance, tout gouvernement est violence: toute loi, en dernière instance, est force." (nous soulignons)
    S'il est clair que pour nous la dynamite ne possède aucune vertu émancipatrice intrinsèque, et que tout dépend des mains qui l'utilisent et de l'objectif visé, nous devons néanmoins insister sur le fait que, en cette période et partout dans le monde, tout révolutionnaire considère la dynamite comme l'arme de lutte par excellence. Il s'agit en effet pour le prolétariat de combattre la bourgeoisie en retournant ses armes contre elle. La nécessité d'opposer la violence à la terreur bourgeoise est, nous l'avons vu, tout à fait claire et déterminée, le prolétariat ne veut plus des manifestations-carnages et du pacifisme des socialistes. Le passage de la carbochimie à la pétrochimie introduit et généralise l'usage de la dynamite, le prolétariat saura en tirer profit. Outre la question de la dynamite, nous avons voulu, par cette citation, insister sur la compréhension militante de la nature de tous les gouvernements et de toutes les lois ainsi que sur la nécessité d'utiliser des moyens violents contre la terreur bourgeoise.

    Les militants révolutionnaires sont convaincus que la révolution est en marche et ils font tout ce qu'ils peuvent pour que cette fois, ce soit la bonne. Aux Etats-Unis, contrairement à l'Europe, la lutte de classe est si aiguë et le climat si tendu que la bourgeoisie tremble pour sa vie. La presse bourgeoise parle d'"une nouvelle Commune de Paris". Une violente propagande est lancée contre l'AIT et ses membres qui sont accusés d'être des assassins, des incendiaires, des jeteurs de bombes, des démons,... Des caricatures de Johann Most sont publiées dans la presse, etc. La peur de la bourgeoisie est à la mesure de la force du mouvement prolétarien qui fait rage.

    Il nous semble important de mentionner ici le fait que de nombreux prolétaires sont arrivés aux Etats-Unis (et dans d'autres pays du continent américain: Argentine, Vénézuela, Brésil,...) attirés par le mythe de la terre promise, créé en Europe. Ils s'attendaient à trouver un pays de "libertés politiques" et du travail pour tous (10); la déception de leurs espoirs, la confrontation à la dure réalité économique du pays décuplent la rage et la volonté d'en finir une fois pour toute avec ce système de mort. A quelqu'un qui lui disait qu'en Amérique la vie devait être bien plus facile que dans les autres pays, Parsons répondait en février 1884:

    "L'Amérique n'est pas un pays libre. Les conditions économiques des ouvriers sont les mêmes qu'en Europe. Un esclave salarié est un esclave partout, quel que soit le pays où il est né, quel que soit le pays où il vit."
    Il ajoutait que les ouvriers n'avaient d'autre choix que s'organiser et se révolter ou rester esclaves. Nous retrouvons la même idée dans "La bête de la propriété" lorsque Most écrit:
    "En effet, il semblerait que la jeune république américaine ait pour le moment une seule et unique mission historique: prouver sans discussion possible, des deux cotés de l'Atlantique, grâce à la présentation de faits nus, tangibles et incontestables que "La Bête de la Propriété" est un monstre horrible et que ni la qualité de la terre ni l'étendue du territoire, ni les formes politiques de la société ne pourront jamais altérer la perversité de cet animal de proie..." (nous soulignons)
    La plus forte partie du texte intitulé "La bête de la propriété", écrit l'année du Congrès de Pittsburgh, réside dans la critique du réformisme. Most y dénonce les "sacs-à-vent parlementaires", les pétitions, les scrutins, les élections et les lois; il attaque les professeurs d'économie politique, "laquais de la bourgeoisie", "ces charlatans" qui tentent de cacher le caractère révolutionnaire du prolétariat derrière une distribution plus équitable des richesses. Johann Most dénonce aussi, à contre-courant, ces socialistes qui prônent la conquête pacifique et graduelle du pouvoir par des intellectuels et des hommes de science qui s'appliqueront à gérer l'économie. En d'autres mots, le texte crache sur ce que la Social-Démocratie adore, sur ses bases, ses sources. Autre aspect de force de "La bête de la propriété": son rejet du progrès. Le texte proclame en effet que le système actuel est pire que les précédents: "Mais l'apogée de l'infamie a été atteinte par notre système d'ordre public actuel..." Contre les spécialistes, les professeurs d'économie qui clament que notre société est celle du bien-être de l'humanité, Most affirme que ce système est pire que tous ceux qui l'ont précédé; il engendre le progrès, certes, le progrès dans la barbarie toujours plus grande, le progrès vers toujours plus de capitalisme, toujours plus d'inhumanité. Enfin, l'éducationnisme et l'illumination des masses, pierres angulaires du programme social-démocrate, sont également dénoncés et critiqués:
    "Certains disent, que l'éducation générale apportera le changement, mais cette opinion habituelle est futile. L'éducation ne sera possible que lorsque les obstacles auront été enlevés. Et cela n'aura pas lieu avant que l'entièreté du système actuel n'ait été détruit."
    La seule solution, dira Most, c'est la révolution, la destruction communiste de ce monde, et une "société... organisée sur des bases communistes". "Tout est mûr pour le communisme" affirme le texte, et, confirmant si besoin était, le souci inlassable de Most, sa lutte permanente pour organiser les luttes prolétariennes en dehors et contre la Social-Démocratie ainsi que sa lutte pratique pour la centralisation des forces révolutionnaires, à l'encontre de ses propres appels à la constitution de structures fédératives: la nécessité impérieuse d'un "noyau révolutionnaire bien entraîné". C'est-à-dire la nécessité d'une direction! Sur ce point, Most rejoint tous les militants révolutionnaires qui hier, aujourd'hui et demain insistent sur la nécessité d'une avant-garde révolutionnaire.

    La première partie du texte, centrée sur l'économie contient, quant à elle, certaines confusions et erreurs dont l'origine réside dans le malentendu créé (et entretenu) par la Social-Démocratie qui, ayant fabriqué de toute pièce l'idéologie marxiste --le "marxisme"-- l'utilise comme bible pour justifier sa propre défense du système. Les militants soumis à la pression de cette idéologie et aveuglés par elle, ne parviennent pas à différencier Marx et le "marxisme", ce qui les empêchent de se réapprorier les critiques que Marx développa contre le mode de production capitaliste. Il faut dire également que l'oeuvre de Marx était encore très peu connue à cette époque. Le résultat est que, en cette période, très rares sont, aux Etats-Unis, les militants qui possèdent quelques notions sur la façon dont fonctionne le capital et par conséquent sur les mesures à prendre pour accélérer son agonie. On peut considérer cette première partie de "La bête de la propriété" comme une tentative de vulgarisation du "Capital" de Marx, comme une volonté de pallier une réelle déficience/défiance existant au sein du mouvement ouvrier de l'époque envers tout approfondissement programmatique. Une tentative antérieure de Most avait déjà été vertement critiquée par Marx. En effet, la vulgarisation se réduisit, comme c'est presque toujours le cas, à une grave altération du contenu, de l'essence du livre. Or, la même question avait déjà été traitée par Marx à un autre niveau d'abstraction dans "Travail salarié et capital" et dans "Salaire, prix et profit" (excellents exemples de la possibilité de dire une même chose à différents niveaux d'abstraction sans en trahir le contenu).

    Certains diront qu'il y a d'autres manques de clartés dans ce texte, et nous ne le nieront pas. Nous sommes bien conscients des faiblesses, des limites et des contradictions que recèle ce texte. Nous voyons clairement qu'elles ne sont pas uniquement imputables aux limites de la période, mais aussi à un manque de rupture avec la social-démocratie au sens historique du terme. Néanmoins, la republication dans notre rubrique "Mémoire ouvrière" de "La bête de la propriété" nous a paru importante. En effet, ce texte est riche tant pour ce qu'il énonce, que pour ce qu'il représente: une réelle tentative de lutte pratique contre la Social-Démocratie qui tente de s'approprier le monopole de l'organisation et de la direction du prolétariat. De plus, ce texte est un témoignage de la lutte de classes aux Etats-Unis. Nous continuons l'analyse de l'histoire de notre classe dans cette partie du monde et appelons nos lecteurs à nous envoyer critiques, informations, textes,...

    Notes

    1. Néanmoins, la social-démocratie n'est pas seulement constituée de ces partis formels organisés dans et autour de la Deuxième Internationale; elle a une dimension bien plus large. Au plein sens du terme, le concept de social-démocratie renvoit au parti historique de la contre-révolution, c'est-à-dire au cadre dans lequel le capital enrôle les ouvriers au nom du "socialisme". La social-démocratie comme programme capitaliste à l'adresse des prolétaires a d'ailleurs assuré son oeuvre destructrice des perspectives communistes sous bien d'autres drapeaux que ceux de la Deuxième Internationale. Le trotskisme, l'anarchisme officiel, le syndicalisme, le maoïsme,... ont constitué autant de bannières derrière lesquelles s'est structuré un programme de réforme du capital dont la fonction était de détourner le prolétariat de son projet social propre.
    2. La Deuxième Internationale n'est que la concrétisation internationale d'une réalité existant depuis déjà plusieurs décennies en France, en Allemagne, et dans d'autres pays. Il s'agit dans tous les cas de la fusion du parti démocrate, du parti libéral avec le parti "social", ce qui s'exprime sous forme d'un programme associant la récupération de certaines revendications ouvrières à des exigences typiques de la démocratie, du populisme et du nationalisme.
    3. Nous parlons ici du contenu nécrologique de l'analyse du Capital opérée par les révolutionnaires; par "contenu nécrologique" nous entendons l'essence intrinsèquement catastrophique du capitalisme qui, comme toute chose, porte en lui sa propre contradiction, sa mort; en l'occurrence: le prolétariat. C'est ce que développe Marx tout au long de son livre "Le Capital", et que la Social-Démocratie (et plus particulièrement le courant "marxiste", féru d'économie politique) s'est efforcée d'effacer, de récupérer et de transformer. En effet, l'objectif de la Social-Démocratie étant le maintien à tout prix de ce système, elle ne peut voir dans "Le Capital" (par exemple) qu'une biologie des rapports de production capitaliste, une analyse de leur fonctionnement. C'est tout-à-fait logique puisque son point de vue reste le perfectionnement et la réforme de ce mode de production. Quant à nous, révolutionnaires, nous nous situons de manière totalement antagonique: seule la destruction de ce système de mort nous importe et c'est également en ce sens et de ce point de vue que Marx écrit "Le Capital": une nécrologie du rapport social capitaliste. Pour plus de détails à ce sujet, nous renvoyons le lecteur à l'article publié en français dans Communisme N°30 sous le titre: "Contributions à la Critique de l'Economie" - Chapitre 3: "Délimitation de notre critique de l'Economie: le marxisme en tant qu'économie politique en opposition avec l'oeuvre de Marx".
    4. Pinkerton est une agence de détectives privés, mercenaires à la solde des patrons. Sur demande de ces derniers, les détectives s'infiltraient dans les rangs des ouvriers pour démasquer et dénoncer les meneurs, les réprimer, pour casser les grèves,...
    5. La dénomination allemande de cette structure dévoile l'importance, à cette période, de l'immigration des militants originaires d'Allemagne. Elle est aussi révélatrice d'une faiblesse qui traverse tout le mouvement prolétarien aux Etats-Unis: le regroupement sur bases nationales, linguistiques et/ou culturelles.
    6. Spies et Parsons seront accusés de meurtre à la suite des événements du 4 mai 1886 à Haymarket. Ils seront pendus le 11 novembre 1887 ainsi que Engel et Fisher. Lingg se suicidera en prison et Fielden et Schwab seront condamnés à la prison à vie.
    "Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui."
    Ces dernières paroles prononcées par Spies résonnent encore et c'est pour que jamais elles ne s'effacent que nous publions ce texte. Le jour viendra où la prophétie de nos camarades assassinés étouffera à jamais la terreur des bourreaux du prolétariat...
    7. Nous insistons ici sur la mystification que constituent les droits démocratiques: quand il y a lutte et que la répression doit s'accomplir, celle-ci s'abat sur le prolétariat, qu'il existe des droits ou non. A un autre niveau, les droits ont évidemment pour fonction de détourner la lutte du prolétariat, de ramener la grève, par exemple, dans le champ pacifié du droit de chacun à faire la grève... et donc aussi du droit à casser celle-ci, à s'en désolidariser. Le droit de grève devient alors, dans ces périodes de lutte, une arme de démobilisation et de désorganisation importante du prolétariat. A ce sujet, lisez "Contre le mythe des droits et des libertés démocratiques" paru dans Le Communiste N°10/11 d'août 1981.
    8. Toutes les tentatives du prolétariat pour se centraliser et se constituer en force seront entachées de cette structuration par groupes organisés non seulement sur base de leur répartition géographique mais aussi en fonction de la langue des militants qui les composent. Peut-être que la division des Etats-Unis en Etats fédérés n'y est pas étrangère. En tout cas, la bourgeoisie usera et abusera de cette faiblesse, jouant sur la corde du nationalisme américain pour diviser les prolétaires et désigner les étrangers (et principalement les militants d'origine allemande) comme responsables de tous les maux.
    9. Les militants de l'AIT appelaient à tirer profit des progrès de la science. Par exemple, dans son livre "Science de la Guerre Révolutionnaire", Johann Most écrit: "Pour être sûrs de leur succès, les révolutionnaires devraient toujours avoir à portée de la main une quantité adéquate de nitroglycérine, de dynamite, de grenade et de charges explosives...", "Prolétaires de tous les pays, armez-vous! Armez-vous par tous les moyens possibles. L'heure de la bataille est proche." "The Alarm" et le "Arbeiter Zeitung" (deux des quatorze journaux de l'AIT) publient fréquemment des articles tels que "La fabrication facile de la dynamite" ou "Explosif: une leçon pratique de chimie populaire". En effet, à l'époque, dans le monde entier, le prolétariat prône et utilise la dynamite contre l'ennemi de classe. Qu'on se rappelle, en France, Ravachol dans les années '90 ou encore, plus tard, la Bande à Bonnot et l'un des couplets de cette chanson écrite par Raymond Callemin, dit Raymond-la-Science en 1912: "Voilà bien ce qu'il fallait/ Pour fair' la guerre aux palais/ Sach' que ta meilleure amie,/ Prolétair' c'est la chimie."
    10. Cf. à ce sujet "A propos de la lutte contre la démocratie durant les difficiles années '80 du siècle passé" in Communisme N°37 de décembre 1993.
     
    "Nos dirigeants américains ne diffèrent en rien des despotes de tous les autres pays. Ils s'engraissent tous sur les misères du peuple; ils vivent tous en spoliant les travailleurs. Les frontières, les drapeaux, les coutumes et les langues du peuple de la terre peuvent varier, mais la pauvreté, misère et dégradation de la classe productive, des producteurs des richesses de ce monde, est partout la même."

    A. Parsons


    La Bête de la Propriété

    * * *

    "De tous les animaux de proie, le pire est certainement l'homme". Cette expression, très connue de nos jours, n'est que relativement vraie. C'est l'homme en rapport avec la richesse qui est un animal de proie et non l'homme en soi. Plus un homme est riche, plus grande est sa cupidité. Nous pouvons appeler un tel monstre "la bête de la propriété". A présent, ce démon dirige le monde, il rend l'humanité misérable et croît en cruauté et en voracité avec le progrès de notre soi-disant "civilisation". C'est lui que nous allons maintenant définir et dont nous allons prôner l'extermination.

    Regardez autour de vous! Dans toutes les contrées soi-disant "civilisées", sur 100 hommes quelques 95 sont dépossédés de tout tandis que les cinq restant sont pleins aux as.

    Il n'est pas nécessaire de retracer tous les détours que ces derniers ont empruntés pour gagner leurs biens. Le fait qu'ils possèdent tout, tandis que les autres vivent ou plutôt végètent, ne fait aucun doute: cette minorité de nantis s'est engrossée aux dépens de la majorité.

    Que ce soit par la force brutale et directe, par la ruse ou par la fraude, cette horde a, au fil du temps, pris possession du sol ainsi que de toutes ses richesses. La loi sur l'héritage, le droit de succession et de changement de mains ont conféré une couleur "vénérable" à ce vol et, par conséquent, ont mystifié et effacé le vrai caractère de ces actes. C'est pour cette raison que loin d'être pleinement reconnue pour ce qu'elle est, "la bête de la propriété" est au contraire adorée avec un respect craintif.

    De plus, tous ceux qui n'appartiennent pas à sa classe sont ses victimes. L'enfant de celui qui n'a rien (un homme pauvre), lorsqu'il entre dans ce monde, trouve tous les coins et les recoins de la terre occupés, aucun lieu "sans seigneur". Or sans travail, on ne produit rien, et pour pouvoir travailler il faut non seulement l'habileté et la volonté, mais aussi un lieu, des outils, des matières premières et des moyens de subsistance. L'homme pauvre doit donc, par force de nécessité, s'en remettre à ceux qui possèdent ces choses en abondance. Et, voyez! le riche lui accorde la permission de continuer d'exister. Mais en retour, l'homme pauvre doit se dépouiller de sa compétence, de son adresse et de sa force. Ces qualités, désormais, seront à la disposition des prétendus "sauveurs" qui le mettront sous le joug du travail --ils exigeront le plus haut degré de ses facultés mentales et physiques pour produire de nouveaux trésors que, de toute façon, il ne sera pas autorisé à posséder. Désire-t-il réfléchir un temps face à un contrat aussi inégal? Les gargouillements de son estomac le convaincront bien vite de l'urgence et lui rappelleront qu'ils sont des millions dans la même situation et que le risque est grand que des centaines d'autres hommes pauvres se présentent à sa place, pendant qu'il réfléchit -sa chance lui filerait alors entre les dooigts et il serait à nouveau à la merci des vents.

    C'est le fouet de la faim qui oblige l'homme pauvre à se soumettre. Pour pouvoir vivre, il doit se vendre --"volontairement" se vendre-- chaque jour, chaque heure à la "bête de la propriété".

    Jadis, lorsque la classe "dominante" menait des chasses à l'esclave, mettait ses victimes aux fers et les forçait à travailler pour son bénéfice personnel --au temps où les voleurs christiano-germains volaient des pays entiers, privant les habitants du sol et les soumettant à un système féodal-- l'époque était déjà terrible. Mais l'ordre public contemporain, le système actuel a atteint l'apogée de l'infamie: il a escroqué plus de neuf dixièmes de l'humanité de ses moyens d'existence, les a réduits à la dépendance d'une insignifiante minorité et les a condamnés à l'auto-sacrifice.

    Dans le même temps, ce système a travesti cette relation par toutes sortes de tours de prestidigitation de façon à ce que les esclaves d'aujourd'hui --les esclaves salariés-- ne reconnaissent que partiellement leur servitude et leur mise hors la loi et attribuent cela aux caprices de la fortune.

    L'unique dessein de la classe dominante est de perpétuer cet état de chose. Bien que rarement unie --certains cherchant à gagner l'avantage sur les autres par les astuces du commerce, par l'escroquerie, la spéculation et autre machinations de la compétition-- face au prolétariat elle se resserre en une phalange soudée. Son idéal politique est donc --en dépit de toutes les phrases libérales-- l'établissement d'un gouvernement huissier des plus centralisé et des plus brutal.

    Si l'homme pauvre, qui est momentanément incapable de se vendre à un exploiteur du travail, ou se trouve déjà réduit à l'impuissance par "la bête de la propriété", a recours à la mendicité, alors le bourgeois repu s'indigne contre ce "vagabondage" et appelle la police; il revendique le pilori et la prison pour le pauvre diable qui refuse de mourir de faim au milieu d'une montagne de nourriture.

    Le sans-emploi décide-t-il d'opter pour la tant vantée auto-assistance, c'est-à-dire, fait-il en petit, ce que le riche fait chaque jour impunément à grande échelle: voler pour vivre, la bourgeoisie amoncellera les charbons ardents de "l'indignation morale" sur sa tête et, avec un visage austère, le livrera implacablement à l'Etat, dans les prisons duquel il pourra être tondu de la façon la plus efficace, c'est-à-dire la moins chère.

    Quand les travailleurs s'associent pour obtenir de meilleurs salaires, moins d'heures de travail ou d'autres avantages de cet ordre, les rupins hurlent à la "conspiration" et veulent qu'elle soit contrecarrée.

    Quand les travailleurs s'organisent politiquement, ils dénoncent cette résistance à l'"ordre divin", et exigent qu'elle soit invalidée par des lois d'exception ou de discrimination.

    Envisageraient-il finalement la rébellion, "les tigres d'or" pousseraient un tel hurlement de rage que le monde entier l'entendrait --leurs fanatismes pour les massacres et leur soif de sang sont insatiables.

    La vie de l'homme pauvre n'a aucune valeur pour le riche. En tant que propriétaire du vaisseau, ce dernier met en danger la vie de tout l'équipage lorsque son but est d'obtenir frauduleusement une assurance élevée pour une épave à moitié en ruine. La mauvaise ventilation, la profondeur des excavations, les soutiens défectueux, etc, etc, causent chaque année la mort de milliers de mineurs, mais cette façon de fonctionner permet d'épargner des dépenses, donc d'augmenter les profits, et les propriétaires de la mine n'ont aucune raison d'être malheureux. Le pacha de l'usine non plus ne se soucie guère que "ses" ouvriers soient déchiquetés par les machines, empoisonnés par les produits chimiques ou suffoqués par la saleté et la poussière. Le profit passe avant tout.

    Les femmes coûtent moins cher que les hommes: c'est pourquoi les vampires capitalistes recherchent leur sang avec une insatiable rapacité. En outre, la main d'oeuvre de sexe féminin leur procure des maîtresses à bas prix.

    La chair enfantine est la moins chère de toutes: pourquoi s'étonner alors que les cannibales de la société moderne se délectent de victimes juvéniles? Qu'en ont-ils à fiche que ces pauvres petits soient par leur fait physiquement exténués et mentalement ruinés à vie, que des milliers d'entre eux, misérables et à bout de force à l'âge tendre, succombent. Les stocks augmentent, cela les contente.

    Comme la bourgeoisie, grâce à ses capitaux, monopolise complètement toutes les inventions, l'introduction de chaque nouvelle machine, au lieu de réduire les heures de travail et d'accroître la prospérité et le bonheur de chacun, cause, au contraire, des licenciements pour certains, des réductions de salaires pour d'autres ainsi qu'un accroissement et une intensification de la misère pour l'entièreté du prolétariat.

    Lorsque une augmentation de la production va de paire avec une augmentation de la paupérisation des masses, la consommation doit simultanément décroître, la stagnation et la crise doivent s'ensuivre. La concentration d'une super-abondance de la richesse actuelle dans les mains de quelques-uns engendre la faim, le typhus et d'autres épidémies chez tous les autres... L'injustice --voire la stupidité-- de cet &eacuute;tat de fait est évident. Les rupins bien sûr, haussent simplement les épaules. Il en sera ainsi jusqu'à ce qu'une corde bien serrée juste au-dessus de leurs épaules mette définitivement fin à tout dédain.

    Le travailleur n'est pas seulement escroqué de multiples façons comme producteur, il l'est aussi en tant que consommateur. D'innombrables parasites cherchent à le dépouiller de son misérable revenu.

    Après être passés par de multiples mains, après avoir été stockés à diverses reprises, après avoir subi une hausse de prix suffisante pour contenir le profit des intermédiaires et des agents de change, les taxes et les droits de douane, les produits arrivent finalement chez les détaillants dont la clientèle est presqu'exclusivement constituée de prolétaires. Les grossistes "font" (c'est-à-dire empochent frauduleusement) quelques 10 à 20% de bénéfice grâce à ces transactions; le détaillant, quant à lui, exige un profit de 100%, et pour ce faire, il est prêt à recourir à toutes sortes de manipulations et n'hésite pas à frelater la nourriture. Ces filous sont en relation directe avec les empoisonneurs et les falsificateurs de bières, de vins, de liqueurs, etc., qui, par leur infâme trafic, rendent nos rues et nos centres industriels dangereux. Ensuite il y a les propriétaires immobiliers qui cherchent sans cesse à envenimer l'existence du pauvre. Les conditions de logement ne cessent de se détériorer, les loyers augmentent et les contrats sont toujours plus humiliants. Les ouvriers vivent entassés dans des arrières-maisons, des greniers et des caves pleines de vermines, d'humidité et de moisi. Les cellules de prisons sont généralement meilleures pour la santé que ces trous à rats.

    Lorsque l'ouvrier est sans emploi, il est à nouveau à la merci d'une horde de spéculateurs de la faim qui sont prêts à lui bondir dessus pour compléter sa ruine. Les prêteurs à gages, autres engeances de cet acabit, avancent de petites sommes d'argent à un taux d'intérêt élevé sur les derniers avoirs du pauvre. Les contrats sont généralement si bien tournés qu'il est quasiment impossible de les respecter: les objets déposés en gage sont confisqués et la pauvre épave s'enfonce plus encore dans la déchéance. Les coupeurs de gorge, par contre, amassent leur fortune en peu de temps. Le mendiant, quant à lui, est considéré par certains de ces requins comme un bon payeur. Chaque sous éveille la convoitise du tenancier de trou à rats et autres antres ignobles. Même les voleurs sont l'objet de cette spoliation capitaliste. Ils deviennent les esclaves d'audacieux receleurs et de "fourgues" qui achètent les marchandises volées contre des roupies de sansonnet. Oui, même ces femmes infortunées que l'exécrable système actuel a conduites à la prostitution sont pillées sans honte par les tenanciers de bordel et de "maisons de mauvaise vie". Tel est le lot du pauvre du berceau jusqu'à la tombe: qu'il produise ou consomme, qu'il existe ou végète, il est toujours entouré de vampires féroces assoiffés de sa dernière goutte de sang. Par ailleurs, l'homme riche, bien qu'incapable de justifier son avidité, ne met jamais de terme à son travail d'exploitation. Celui qui possède 3.000.000$ en voudrait 10.000.000; celui qui possède 100.000.000$ en voudrait 1.000.000.000.

    La soif de richesse et la soif de pouvoir sont jumelles. La richesse ne génère pas seulement plus de richesse, elle enfante aussi le pouvoir politique. Sous le système capitaliste actuel la vénalité est un vice généralisé. La règle se résume au prix à payer pour acheter ceux qui, par leurs discours ou leur silence, par la plume ou la presse, par des actes de violence ou tout autre moyen, se mettent au service de la "bête de la propriété" qui, par ses diktats en or, demeure la puissance absolue, la vrai divinité.

    En Europe et en Amérique, plusieurs centaines de milliers de prêtres et autres ministres du culte, s'emploient à empoisonner le bon sens des masses. D'innombrables missionnaires distribuent de maison en maison des tracts dépourvus de sens ou commettent d'autres dégâts "spirituels". Dans les écoles, on fait d"incroyables efforts pour invalider le peu que la lecture, l'écriture et le calcul pourraient apporter de bon. La façon stupide de traiter "l'histoire" suscite les partis-pris qui divisent les gens et les empêchent de reconnaître que leurs oppresseurs se sont depuis longtemps ligués contre eux, et que toute politique, passée et présente, n'a qu'un seul objectif: établir fermement le pouvoir de la classe dominante et donc assurer l'exploitation du pauvre par le riche.

    Le commerce de l'intoxication est mené tambour battant par les gratte-papiers de la presse quotidienne (pour la plupart, falsificateurs de l'histoire), par les salauds de politicards des différentes cliques, coteries, coalitions et organisations les plus en vue, par les sacs-à-vents parlementaires et leurs séduisants sourires: promesses aux lèvres, trahison dans le coeur, et par des centaines d'autres politiciens de tous niveaux et nuances de bassesse.

    Des escadrons entiers de bandits sont spécialement engagés pour mystifier la question sociale. Les professeurs d'économie politique, par exemple, jouent le rôle de laquais de la bourgeoisie; exaltant le veau d'or comme un vrai soleil de vie, ils usent si "scientifiquement" de la falsification et de la filouterie qu'ils parviennent à démontrer que tanner le cuir des travailleurs est bénéfique pour l'humanité. Certains de ces charlatans prônent une réforme sociale, c'est-à-dire la vieille méthode de l'emplâtre sur la jambe de bois; sans parler de leur célèbre recette pour économiser et éduquer.

    Sans cesser d'embobiner les masses, les chevaliers capitalistes du pillage perfectionnent leurs mécanismes de pouvoir. Ils créent de nouvelles fonctions et les postes de commande sont octroyés, en Europe, à la descendance des anciens bandits (aujourd'hui "aristocrates"), et en Amérique, aux postulants les plus astucieux et aux voleurs les plus volontaires qui associent le très agréable business de contre-façon, le vol à grande échelle et leur but original: le bâillonnement définitif du prolétariat. Ils commandent des armées de soldats, de gendarmes, de policiers, d'espions, de juges, de gardiens de prisons, de percepteurs, de collecteurs d'impôts, d'exécuteurs testamentaires, etc., etc. Les exécuteurs de ces basses besognes se recrutent presque entièrement dans les rangs des non-possesseurs et ils sont rarement bien payés. Pourtant, ils déploient beaucoup de zèle pour devenir les espions, les oreilles indiscrètes et fouineuses, les serres, les dents et les ventouses de l'Etat. Ce dernier n'est rien de plus que l'organisation politique de la horde d'escrocs et de spoliateurs qui, sans la machinerie tyrannique, ne pourrait survivre un seul jour à la juste colère et à la condamnation des opprimés et des dépossédés.

    Ce système a naturellement atteint son point culminant dans la plupart des anciennes nations. L'appareil disciplinaire de l'Etat tout entier se concentre dans le pouvoir monarchique. Ses représentants "par la grâce de Dieu" représentent, comme il se doit, la quintessence de l'infamie. Chez eux, le vice et le crime communs à toute classe dirigeante se sont développés à un degré monstrueux. Le meurtre systématique (la guerre) demeure leur occupation préférée; quand ils volent, et ils le font souvent, ils volent toujours des contrées entières et des centaines, voire des milliers de millions de gens. Ils allument de colossaux incendies pour illuminer leurs atrocités. Selon eux, l'humanité existe pour qu'ils puissent lui donner des coups de pieds, la gifler et s'asseoir dessus,... c'est un principe.

    Par le chantage direct, ces meurtriers couronnés d'Europe empochent chaque année 50.000.000$. Le militarisme, leur progéniture chérie, coûte quant à lui annuellement 1.000.000.000$, sans compter les pertes en vie humaine et en travail. Une somme égale à celle-ci est payée comme intérêt sur les 20.000.000.000$ de la dette d'Etat que ces gredins ont contractée en un temps incomparablement court. Le monarchisme en Europe coûte annuellement 2.050.000.000$ c'est-à-dire plus de ce que 10.000.000 de travailleurs gagnent comme salaire sur le même temps et qui permet à 50.000.000 de personnes de vivre.

    En Amérique, la place des monarques est occupée par les monopoles. Si, dans ces Etats-Unis d'Amérique soit-disant "libres", les monopoles continuent à se développer à la même vitesse qu'en ce dernier quart de siècle, seuls l'air et la lumière du jour resteront libres de monopolisation. Deux cent cinquante millions d'hectares de terre aux Etats-Unis, quelques six fois la surface de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, ont été divisés en une génération entre les compagnies ferroviaires et les grands propriétaires terriens d'origine Européo-aristocratique. En quelques décades, Vanderbilt seul a amassé 200.000.000$, et plusieurs douzaines de ses concurrents dans le domaine du vol promettent de le surpasser. San Francisco a été fondée il y a à peine trente ans, aujourd'hui elle abrite quatre vingt cinq millionnaires! Toute la richesse de cette grande république, quoique établie en un siècle, toutes ses mines, ses bassins houillers, ses puits de pétrole, etc., etc., ont été "pris" aux gens et sont devenus la propriété d'une poignée d'aventuriers audacieux et d'intrigants rusés.

    La "souveraineté du peuple" se prosterne dans la poussière sous l'influence de ces rois du fric, de ces magnats du rail, de ces barons du charbon et de ces propriétaires d'usine. Ces gens-là ont les Etats-Unis dans leurs poches, et ce qu'on nous vante comme une législation non-entravée et des élections libres ne sont que farce, illusion, traquenard.

    Si la verte forêt est dans un tel état, que peut-on attendre du vieux bois? Si, en un laps de temps aussi court, la jeune république américaine, avec son territoire presque illimité et ses ressources naturelles quasi infinies a été aussi fatalement corrompue et ruinée par le système capitaliste, comment être surpris du résultat des continuels abus de nature similaire sévissant dans l'Europe servile et pourrie?

    En ce moment, il semblerait plutôt que la jeune république américaine ait pour seule et unique mission historique de démontrer une fois pour toute, des deux: côtés de l'Atlantique, grâce à la présentation de faits nus, tangibles et incontestables, que "la bête de la propriété" est un monstre horrible et que ni la qualité de la terre ni l'étendue du territoire, ni les formes politiques de la société ne pourront jamais altérer la perversité de cet animal de proie. Au contraire, preuve est faite que moins la cupidité et la rapacité individuelles ont de raisons naturelles d'exister, plus l'animal devient dangereux et importun pour la société. La "bête de la propriété" n'est pas vorace pour satisfaire ses besoins --elle dévore uniquement pour le pllaisir d'engloutir!

    Que ceux qui travaillent pour vivre comprennent que ce monstre ne peut être ni dompté, ni apprivoisé, ni rendu inoffensif ou utile à l'homme. Qu'ils sachent que la seule issue possible est une implacable, impitoyable et minutieuse guerre d'extermination! Les avances aimables sont inutiles. Mépris et dérision tel sera le résultat auquel le prolétariat doit s'attendre si, grâce à des élections, des pétitions ou autres tentatives stupides de ce genre, il espère imposer le respect à ses ennemis jurés.

    Certains disent que l'éducation générale apportera le changement; mais cette opinion commune est vide de sens. L'éducation ne sera possible qu'une fois les obstacles abolis. Et cela ne pourra avoir lieu avant que l'entièreté du système actuel ait été détruit.

    Mais ne croyez pas que rien n'est possible ou ne devrait être fait par le biais de l'éducation. Loin de là. Tout qui reconnaît l'infamie des conditions actuelles doit élever la voix pour les dénoncer et, par là-même, ouvrir les yeux des gens. Il faut seulement éviter d'arriver à ce résultat par des réflexions super-scientifiques. Laissons cela aux hommes de science bien intentionnés qui, de cette façon, arrachent le masque d'humanité de la "meilleure des classes" et dévoile le visage hideux de l'animal de proie. Le langage du et pour le prolétariat doit être clair et énergique.

    Tout qui prononce des discours sera accusé d'incitation au trouble par la populace qui nous gouverne; il sera amèrement haï et persécuté. Cela démontre que la seule éducation possible et pratique doit être de nature incitative. Alors, incitons!

    Montrons au peuple de quelle façon les capitalistes de la ville et du pays lui escroquent sa force de travail; comment les propriétaires, les marchands, etc., ponctionnent son maigre salaire; comment les curés de chaire, de presse et de parti cherchent à détruire son intellect; comment une police brutale est toujours prête à le maltraiter, à le tyranniser et à faire appel à la soldatesque pour répandre son sang. Que la patience enfin l'abandonne! Le peuple se rebellera et écrasera ses ennemis.

    La révolution du prolétariat --la guerre du pauvre contre le riche, estt le seul chemin qui mène de l'oppression à la délivrance.

    Mais certains s'insurgent: les révolutions ne se font pas! Certainement, mais elles peuvent être préparées en dirigeant l'attention des gens vers l'imminence de tels événements et en les appelant à être prêts à parer à toute éventualité.

    Le développement capitaliste, dont beaucoup de théoriciens disent qu'il mènera à l'extinction totale de la classe moyenne (petite bourgeoisie) avant que les conditions favorables d'une révolution sociale soient à portée de la main, a atteint un tel degré de perfection que tout nouveau progrès semble presqu'impossible. La production universelle (dans les pays civilisés) ne pourra se poursuivre à grande échelle, tant sur le plan industriel que dans le domaine de l'agriculture, que lorsque la société sera organisée sur une base communiste, et lorsque (ce qui sera alors un truisme) le développement des facilités techniques s'accompagnera d'une réduction des heures de travail et que la consommation augmentera avec la production.

    Ceci est facile à comprendre. Par la production généralisée on peut atteindre une production 10 à 100 fois supérieure à celle dont les producteurs ont besoin en marchandises de valeur équivalente et c'est là que réside la friction. Jusqu'il y a peu, la survaleur n'a pas fait l'objet de beaucoup d'attention d'une part parce que la majeure partie de ce soi-disant profit a été, à son tour, capitalisée, c'est-à-dire utilisée pour de nouvelles entreprises capitalistes, et d'autre part parce que les pays les plus industrialisés (ou mieux dit: la "bête de la propriété" dans ces pays) exportent d'énormes quantités de marchandises. Maintenant, toutefois, le processus commence à sérieusement battre de l'aile. L'industrialisme a fait de grands progrès de part le monde, équilibrant de plus en plus importations et exportations. C'est pour cette raison qu'il devient de moins en moins rentable de faire de nouveaux investissements de capitaux qui dans ces circonstances, ne pourront que se révéler très vite infructueux. La crise universelle doit en résulter, qui fera éclater au grand jour ces incongruités flagrantes.

    Tout est donc prêt pour le Communisme, reste à supprimer ses ennemis invétérés et intéressés: les capitalistes et leurs instigateurs. Durant ces crises, le peuple se préparera pour la lutte. Tout dépendra alors de la présence d'un noyau révolutionnaire bien entraîné sur tous les points, prêt à cristalliser autour de lui la masse des gens poussés vers la rébellion par la misère et le besoin de travail, et capable de diriger les forces puissantes ainsi constituées vers la destruction de toutes les institutions hostiles existantes...



    Perle de la bourgeoisie

    Que veut dire être un "anarcho-démocrate"?

    C'est être pour la tendance anarcho-réformiste qui sert à désigner le mouvement vers la société sans Etat en utilisant des méthodes de lutte dans le cadre du système officiel: prendre part à la démocratie des pouvoirs locaux, faire de la propagande légale, créer des entreprises anarchistes. (...) Nous croyons que l'idée d'anarcho-réformisme est plus réaliste, à l'heure actuelle, pour la Russie que les idées anarchistes révolutionnaires qui amèneront une nouvelle dictature.

    L'expression anarcho-capitaliste sert-elle également à vous désigner?

    Oui. Mais on est pas trop d'accord pour cette définition. Il s'agissait pour nous, étant donné les difficultés financières pour faire fonctionner An-Presse, de créer une société d'actionnaires s'occupant du soutien financier. C'est chose faite depuis mars 1993. Il s'agit de la société Demarch, contraction de Démocratie et Anarchie. Cette société commercialise des produits chimiques. Pour nous l'expression anarcho-capitaliste n'est pas adaptée. On dirait plutôt qu'il s'agit d'anarchisme évolutionnaire. Les termes anarcho-démocrates ou anarcho-réformistes sont les plus justes.
    Extrait d'un interview des fondateurs d'une agence de presse "anarchiste" (sic!) à Saint-Pétersbourg en Russie: "An-Presse", rattachée au groupe Union Anarcho-démocrate (re-sic!).

    Voilà un joli résumé, succinct et explicite, du programme de toujours des sociaux-démocrates: passage pacifique à la société sans Etat, revendication du légalisme et du réformisme, opposition ouverte à la dictature révolutionnaire, etc. Ceci dit, synthétiser ainsi leur programme, c'est encore concéder beaucoup d'"intelligence" politique à ces quelques marchands capitalistes qui n'ont rien trouvé de mieux pour vendre leur camelote que de lui donner un label "anarchiste". Nous jetterons donc plus volontiers cette perle dans le panier de la Sainte Famille libertaire toujours prête à accueillir en son sein quiconque fait référence à la Démocratie et aux Droits de l'Homme. On lui souhaite de fructueuses discussions avec ces vendeurs d'Eau de Javel!



    Le trotskysme encore et toujours contre le prolétariat!

    Voici un exemple des mille et une facettes du soutien "critique" apporté par les différentes chapelles trotskystes à la guerre anti-prolétarienne en Yougoslavie et ailleurs; ou comment ces agents et produits actifs de la contre-révolution mèneront demain (comme ils l'ont déjà fait par le passé) les prolétaires à la boucherie généralisée en soutenant une fraction bourgeoise contre une autre. Cette perle est extraite de l'édition française de la revue "Spartacist" ("Organe du marxisme révolutionnaire" -sic! NDR) de la LCI (Ligue communiste internationale - quatrième internationale), numéro 28, hiver 1994-95, page 4.
    "Or, beaucoup d'organisations "de gauche", notamment pseudo-trotskystes, soutiennent l'intervention militaire impérialiste en faveur du gouvernement musulman bosniaque. Krivine, qui dirige la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), a signé un appel demandant aux impérialistes européens d'"agir collectivement" et par "tous les moyens" dans l'ex-Yougoslavie. Plus récemment, le Secrétariat "unifié" (SU) de Mandel (dont la LCR est la section française), la Ligue socialiste des travailleurs morénistes, le Workers Revolutionary Party britannique de Slaughter et Workers Power/Pouvoir ouvrier ont lancé une campagne pour organiser un "Secours ouvrier pour la Bosnie". Ils ont appelé à approvisionner en vivres le gouvernement nationaliste bourgeois bosniaque sous la protection de soldats français et britanniques. Le dénommé "Secours ouvrier" s'est simplement mis à la remorque des impérialismes français et britannique.

    Cette capitulation est en droite ligne de la politique qu'a suivie pendant la guerre froide antisoviétique toute la soi-disant "extrême gauche" qui s'est faite l'écho du soutien apporté par les impérialistes aux mouvements nationalistes contre-révolutionnaires.

    La LCI ne prend parti pour aucun des camps dans ce massacre. Il n'y a pas d'autre solution démocratique en Bosnie et dans les autres régions de l'ex-Yougoslavie, où les peuples sont interpénétrés, qu'une révolution prolétarienne qui établira une fédération socialiste des Balkans. Mais, tout en appelant les travailleurs à s'unir pour renverser les dirigeants nationalistes bourgeois, il est du devoir de la classe ouvrière internationale, en cas d'attaque impérialiste contre les Serbes, de défendre la Serbie. [nous soulignons, NdR] Nous disons: A bas le blocus économique de l'ONU et de l'OTAN contre la Serbie! Retrait immédiat des Balkans de toutes les forces de l'ONU et de l'OTAN!"

    Comme on le voit, malgré les conflits de chapelle, quand il s'agit d'embrigader les prolétaires dans la mobilisation générale, les préparatifs de guerre et l'Union Sacrée, les trotskistes comme tous les social-démocrates se rejoignent. Ils sont tous d'accord pour faire participer le prolétariat à la guerre impérialiste. Les uns dénoncent les autres, les autres dénoncent les uns, mais en réalité ils se retrouvent d'un côté et de l'autre... de la guerre du Capital contre le prolétariat!