Du point de vue prolétarien, il est donc tout aussi absurde de prétendre caractériser socialement une lutte du fait de l'utilisation des armes, que de prétendre la caractériser du fait de la diffusion de tracts, brochures, ou encore du fait des protagonistes de faire des réunions ou éditer des périodiques. Cependant, cette confusion existe au sein du prolétariat et joue un rôle important à chaque fois que le prolétariat réapparaît sur la scène historique. Le rejet par le prolétariat du réformisme et du pacifisme, rejet non cristallisé en une véritable direction révolutionnaire, tend ainsi à assimiler tout ce qui est armé et violent à ce qui est révolutionnaire, ce qui est alors évidemment exploité par le réformisme (armé ou non). Tant que le prolétariat et son avant-garde ne parviennent pas à centraliser leur force et à développer leur action, leur perspective, tant qu'ils ne parviennent pas à donner la solution insurrectionnelle à la question militaire, ce type de confusion et son exploitation restent possibles. De plus, compte tenu de l'hétérogénéité des conditions d'exploitation, de lutte, de prise de conscience... compte tenu également de l'énorme rupture organique et théorique qu'a connu le prolétariat dans sa propre histoire (rupture produite par des décennies ininterrompues de contre-révolution triomphante); compte tenu encore de l'action du capital qui cherche à attaquer le prolétariat et à le battre "paquets par paquets", il est évident que dans les phases d'affirmation du prolétariat, ce sont des minorités extrêmement hétérogènes, discordantes et véhiculant d'énormes faiblesses idéologiques qui, malgré ces faiblesses, assument tout un ensemble d'actions violentes et tracent les perspectives de développement et d'extension de la lutte prolétarienne future. Face à ces actions, les appareils d'Etat, les groupes réformistes armés (manipulés ou non) exploitent le manque de centralisation, de direction et les faiblesses idéologiques... présentes au sein de ces minorités pour ensuite, les transformer en forces de réforme du système. Ils cherchent et bien souvent, parviennent ainsi à diviser ces minorités prolétariennes, en imposant une guerre "appareil contre appareil". Ces idéologies typiques du militarisme (le mythe de l'action "exemplaire", le culte de la "violence en soi", de l'"invulnérabilité des conspirateurs en opposition à la vulnérabilité des masses", le "propagandiste armé",...) constituent le moyen, le "pont" de la séparation de ces minorités d'avec le prolétariat, ses intérêts et sa lutte; elles permettent ainsi l'encadrement de ces minorités dans et par la guerre capitaliste, sur base de conceptions (telle celle de la "guerre populaire prolongée") qui sont directement la renonciation totale et complète au programme insurrectionnel prolétarien.

TH43B : Thèse 43b