Comme nous l'avons exposé dans la thèse 11, le communisme, tant dans son développement historique que dans ses buts, est l'antagonisme vivant de la démocratie (de ses droits, ses citoyens, ses organisations...). Sa réalisation suppose l'élimination de toutes les divisions marchandes sur lesquelles la démocratie se fonde. Le communisme suppose donc la destruction de la démocratie. De cette thèse découle une leçon essentielle pour le prolétariat. Quelle que soit la phase de lutte dans laquelle il s'engage, si le prolétariat accepte la démocratie

-que ce soit comme front (en s'alliant avec une fraction considérée comme plus "démocratique", "antifasciste" ou "anti-impérialiste");

-que ce soit comme objectif transitoire (en luttant pour la conquête et/ou le maintient des droits démocratiques);

-que ce soit comme principe de sa propre organisation (en cherchant des garanties politiques dans des élections, des assemblées, des majorités, des congrès...);

-que ce soit, enfin, comme but final (en visant à la "constitution d'une société véritablement démocratique");

dans tous les cas donc, non seulement le prolétariat renonce objectivement et totalement à son but et à sa propre constitution en Parti, préfiguration de la communauté humaine mondiale, mais il renie également, de manière inséparable, sa propre existence en tant que prolétariat, ses propres intérêts et donc son être même. Il se nie comme classe, renforce ses oppresseurs et s'exclut comme force antagonique -seule affirmation de son être- à l'ordre social existant en se dissolvant dans le monde sans classe du citoyen:

      * dans le cas du front démocratique, il se noie dans la majorité, dans le citoyen, dans le "résistant antifasciste", il contribue à la liquidation de son indépendance de classe et légitimise, pour demain, le spectacle du renouvellement de la tronche de l'Etat;

      * dans le cas de la lutte pour les droits démocratiques, il renforce les armes de l'Etat, son propre ennemi;

      * dans le cas du centralisme démocratique, il se suicide en attribuant un caractère de principe aux formes d'organisation qui correspondent aux séparations entre les individus (séparations entre eux, entre théorie et pratique, entre décisions et actions, entre législatif et exécutif, entre individu et société...);

      * enfin, il s'embourgeoise idéologiquement en attribuant comme but final, ce qui n'est rien de plus que l'idéal même de la société capitaliste: la démocratie pure.


TH29 : Thèse 29