L’élaboration de la présente revue était en cours lorsque sont survenus à Bruxelles les attentats du 22 mars 2016, à l’aéroport national et dans le métro. C’est peu dire que ces attentats et leurs suites n’ont fait que renforcer notre rage contre ce monde qui produit ces carnages, mais également contre ce « nous » qui est sensé avoir été attaqué par « eux », dans la mesure où cette équation fallacieuse exprime une fois encore l’une des clefs de la perpétuation meurtrière de ce monde marchand.

« Nous », c’est-à-dire les citoyens de tel ou tel pays mais aussi « notre démocratie », « nos libertés », notre « convivialité », nos « valeurs », nationales, européennes, occidentales... toutes choses qu’en dépit de nos mécontentements et de nos protestations (dociles), « nous » partagerions avec « nos » dirigeants, au sein de la masse innocente, rassurante et paisible des électeurs. Voilà ce que nous assènent les sermonneurs officiels drapés dans leurs deuils nationaux, définissant les termes de la profession de foi démocratique et délivrant les certificats de bonne vie et mœurs.

« Eux », ce sont aujourd’hui « les terroristes », les « fanatiques religieux », les « ennemis de la liberté » et de « notre mode de vie ».

Alors bien sûr, des voix rompent avec l’unanimisme étouffant : nous sommes en guerre, oui, nous sommes devenus de la chair à canon de coin de rue, oui, mais à cause des guerres que mènent nos Etats (la Belgique est engagée dans diverses opérations guerrières dans le monde y compris contre l’Etat Islamique) et que les dits terroristes ne font que ramener sur notre sol, déchiquetant ici comme le font là-bas les bombes de l’occident et ses alliés, la chair des hommes, des femmes et des enfants.

Quant à l’ennemi visé par les campagnes « antiterroristes » dotées d’un arsenal répressif sans cesse renforcé, c’est également nous, un autre nous, irréductible à celui des unions nationales, le nous de nos révoltes présentes et futures, aussitôt que nous quittons les rails de la domestication politique et syndicale, a fortiori si nous nous organisons en-dehors et contre ces appareils de contention.

Mais pour appréhender de manière critique et stratégique notre situation dans ce monde, il faut aller au-delà de la critique de la « politique internationale », de la « politique sociale », du contrôle et de la répression... Partout, l’Etat reconstitue encore et toujours des « fronts » en travers de notre lutte, en travers du mouvement révolutionnaire, pour le canaliser, le diviser, ramener ce qui est possible vers les voies sans issue de cette société et massacrer les indomptables : fronts populaires, nationaux, religieux... mais également des « fronts de lutte » destinés à reprendre le contrôle de la lutte réelle et la vider de sa substance subversive, à casser la convergence fondamentale des révoltes de notre classe (au départ de quelque « secteur » ou préjudice particulier que ce soit) au profit d’une unification démocratique qui empeste déjà l’éloge funèbre. Pour saper ces fronts, il nous faut reprendre la critique de cette société à la racine.

C’est à cela que nous tentons de contribuer dans la présente revue, dont le centre de gravité est constitué de deux textes de critique radicale de la démocratie (Notes sur la démocratie et Capital, démocratie, dictature du profit), d’un texte inspiré par la campagne terroriste internationale actuelle qui se fait appeler « guerre contre le terrorisme » (Leur paix, c’est le nerf de leurs guerres !), assorti d’exergues diverses, sur l’Etat Islamique, sur la critique du Capital, sur les Casques bleus, sur le confusionnisme et le conspirationnisme, sur l’essor des Sociétés militaires privées.

Par manque de place, nous réservons à notre numéro suivant en français plusieurs textes en lien direct avec la présente revue: un texte retraçant brièvement l’histoire de la contre-insurrection, la traduction du texte Guerre sociale et toile d’araignée impérialiste en Syrie (2011-2015) de Prolétaires internationalistes, ainsi que des articles sur la lutte en Amérique latine.

La suite de cette présentation provient de notre dernière revue en Espagnol, axée sur le même thème, avec en commun les deux textes contre la démocratie, issus de discussions conjointes dans les deux langues. Par contre le texte La paix, c’est le nerf de leurs guerres ! et de ses annexes est postérieur.

Auparavant, il fallait pas mal d’années avant que l’on apprenne comment le terrorisme international d’Etat se coordonnait pour torturer, assassiner et faire disparaître, à présent les choses semblent plus claires, plus vite. L’opération Condor (lancée en novembre 1975), avec l’implication totale des Etats-Unis dans les «escadrons de la mort» de chaque armée du Cône sud, de même que la contribution décisive de l’Etat français, espagnol... (avec des gouvernements de droite comme de gauche!) dans le terrorisme d’Etat d’Argentine, du Chili, d’Uruguay, du Paraguay, du Brésil, du Pérou... n’a été connue que des années après dans toute sa cohérence, son organisation, ses ramifications. Et jusqu’aujourd’hui, tout cela demeure minimisé par l’idéologie qui identifie exclusivement l’impérialisme aux USA !

Quelques décennies plus tard, le caractère ouvertement terroriste de l’Etat du Capital partout dans le monde est plus difficile à occulter. Il n’y a aujourd’hui plus de doute sur la participation active, durant des décennies, non seulement de chaque ambassade, base ou commando central des Etats-Unis manipulant les forces armées locales au Mexique, en Colombie, au Guatemala... mais aussi des entreprises multinationales, comme Exxon, Chevron/Texaco, Coca Cola, Mac Donald... jusqu’à la complicité d’organisations écologistes telles que la WWF, dans l’organisation des escadrons de la mort et des disparitions forcées. Bien entendu, dans cette imbrication de toutes les couches du terrorisme d’Etat mondial, on perçoit toujours l’importance des forces «nationales» telles que les forces para-policières de Uribe en Colombie ou les groupes liés au gouvernement au Mexique, au Guatemala... de même que la participation permanente de mercenaires «libres» et indépendants, locaux ou «made in USA», qui ont continué à prospérer sous le mandat de l’illustre président Obama, Prix Nobel de la Paix. Ces derniers temps, le terrorisme d’Etat occidental et ses alliances avec « l’islamisme radical » s’est également manifesté de plus en plus ouvertement, en commençant par l’action terroriste d’Israël dans toute la région du Moyen-Orient, en passant par la guerre ouverte imposé par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et l’OTAN en Irak, Lybie, Syrie, Afghanistan..., en poursuivant avec les attaques terroristes avec des drones dans différents endroits du monde ou encore l’appui, le financement et l’armement d’Al Qaeda, de l’Etat Islamique, de fractions des Talibans...

Mais en dernière instance, c’est la catastrophe du Capital qui est en cause, qui menace la vie humaine partout. La contradiction entre profit du Capital et humanité est toujours plus explosive et il n’est déjà plus viable de faire croire au prolétariat que cela se passe seulement «ailleurs». Partout, le prolétariat n’a d’autre solution que de sortir dans la rue se battre pour sa vie, pour sa terre, pour son eau... Face à cela, la recette générale de tous les Etats consiste à asséner plus de répression, plus de flics, plus de contrôle, partout. Le caractère blindé et assassin de la démocratie se fait chaque fois plus évident, au même rythme que se vérifie que le taux de profit du Capital tue tous les jours et dans tous les pays.

Il existe pourtant encore l’illusion qu’en certaines régions, la faim sera évitée, que la vie ne sera pas totalement contaminée ou que l’eau continuera à être potable malgré les compagnies pétrolières ou Monsanto; qu’on pourra maintenir des millions d’être humains heureux, que la démocratie continuera à brider ses flics, qu’elle enverra ses militaires faire la guerre ailleurs et qu’elle se maintiendra avec des élections et des jeux.

Mais cela n’est que pure illusion. La catastrophe s’étend absolument à tous les coins de la terre, à tous les êtres humains. L’eau, la terre, les océans, l’air... ne connaissent pas les frontières que le Capital à créées... Bref, c’est bien toute l’humanité qui est menacée. L’être humain n’a pas de futur avec le Capital. La prochaine explosion financière et économique mettra encore plus en évidence l’antagonisme entre Capital et humanité. Le Capital et son Etat n’épargneront rien ni personne. La démocratie montrera partout sa sinistre et profonde réalité de terrorisme d’Etat. Le prolétariat est forcé de s’unifier contre ce nouveau saut dans le vide du Capital, qui signifiera très concrètement plus d’austérité, plus de catastrophe, plus de misère, plus de destruction de la vie partout, plus de guerre et de terrorisme d’Etat...

Contre le terrorisme d’Etat et la guerre impérialiste,

qui sont la seule chose que l’on puisse attendre de la société du Capital et de sa démocratie,

la seule alternative qui puisse s’affirmer est encore et toujours

la révolution sociale mondiale !

http://visit.webhosting.yahoo.com/visit.gif?&r=http%3A//gci-icg.org/french/communisme.htm&b=Netscape%205.0%20%28Windows%3B%20fr%29&s=800x600&o=Win32&c=32&j=true&v=1.2setstats


CE67.1 Editorial.