Nous reproduisons ici la traduction d’un article paru dans Il Manifesto (du 5 avril 2006) eu égard à l’intérêt des faits relatés: le prolétariat descend dans la rue pour dénoncer par l’action directe comment l’Etat crache autant sur les prolétaires morts que sur les vivants. Précisons que la terminologie aclassiste utilisée, de même que les positions et le point de vue ne sont pas les nôtres.

Hallabja en révolte contre Talabani

Le 16 mars, la commémoration des victimes d’Hallabja (5000 Kurdes morts horriblement lorsque Saddam expérimenta sur eux les armes chimiques achetées notamment en Occident) a été subitement annulée après que des centaines de personnes, jeunes, femmes, enfants, bergers, aient spontanément manifesté contre la situation des “vivants”. Parmi les revendications les plus hurlées par la foule en colère il y avait “célébrer les morts en faisant quelque chose pour les vivants”.

Loin d’être le paradis pacifié que décrivent les Américains, le Kurdistan irakien est une zone exsangue. L’eau, la lumière, le gaz manquent, disent les manifestants. Le pain manque. La rage des Kurdes s’est traduite par l’attaque du monument qui rappelle les morts d’Hallabja. “Nos morts” comme le criaient les manifestants. La réaction des forces du gouvernement a été violente. Il y a eu des blessés et la police kurde a tiré (un manifestant est mort et plusieurs ont été blessés) et arrêté une 40aine de manifestants. 28 sont encore en prison et samedi dernier une manifestation d’étudiants demandant la libération des personnes arrêtées a été lourdement réprimée. Le 16 mars, le leader régional du PUK, Shahu Mahamed Said, a pris la parole devant la foule déjà tendue. Il n’a jamais fini son discours car les manifestants ont mis le feu a tout ce qu’ils avaient sous la main dans le petit musée, y compris les photos des victimes. Une manifestation dure que les leaders du PUK (qui gouverne la région) ont cherché à liquider en disant qu’elle était “orchestrée par des islamistes”. Mais les calicots des femmes racontaient une autre histoire. “Les victimes d’Hallabja, symbole kurde, attendent toujours la reconstruction” disait l’un d’eux. La foule hurlait “azadi, azadi”, liberté.

Le 16 mars, la manifestation comptait au moins 70.000 personnes parmi lesquelles des parents de victimes.

Le gouvernement régional du Kurdistan (ayant pour président Massoud Barzani et pour premier ministre son fils) mais également le président d’Irak, Jalal Talabani, (qui comme Barzani était absent le jour de la commémoration) sont accusés d’avoir oublié les Kurdes morts, et surtout les vivants.

La réponse du gouvernement régional a été la main de fer. Certains manifestants ont déclaré que “chaque fois qu’on critique le gouvernement régional, il répond en accusant une ‘main étrangère’ qui serait derrière les critiques”. Du reste, le fait que les critiques ne plaisent pas aux leaders kurdes est prouvé également par la persécution contre les intellectuels. Après 18 mois de prison (et grâce à une campagne internationale) l’écrivain Sayid Quadir, emprisonné pour avoir écrit des articles accusant les leaders kurdes de corruption, a été libéré (pardonné par le fils de Barzani, Nirchiran).


CE60.2.2 Nous avons reçu et publions:

Hallabja en révolte contre Talabani