Quelques jours après la déclaration de la guerre 1914-18, voilà comment un journal social-démocrate allemand revendique sans fard son travail contre-révolutionnaire, durant les décennies précédentes: enrégimenter la classe ouvrière, la discipliner, la soumettre aux impératifs de la production, aux mots d'ordre aboyés par les dégueulés syndicaux durant des mobilisations moutonnières et des meetings bavards, où ce qui compte uniquement est de désorganiser la combativité prolétarienne. Voilà les prolétaires transformés en moutons obéissants, baissant la tête, soumis aux patrons avant d'être soumis aux ordres des officiers voilà le syndicalisme dans toute sa splendeur! Travail, syndicat, patrie!

"C'est dans le besoin qu'on reconnaît ses vrais amis. Ce vieux proverbe se confirme à l'heure présente. En butte à tant de vexations et de tracasseries, les sociaux-démocrates se lèvent comme un seul homme pour défendre la patrie, et les centrales syndicales allemandes, à qui on a si souvent mené la vie dure en Allemagne prussienne, annoncent toutes unanimement que leurs meilleurs hommes se trouvent sous les drapeaux. Même des journaux d'entreprise du genre du Generalanzeiger, annoncent ce fait et ajoutent qu'ils sont persuadés que "ces gens" accompliront leur devoir comme les autres et que là où ils se trouveront, les coups tomberont peut-être le plus dru."

"Quant à nous, nous sommes persuadés que, grâce à leur instruction, nos syndiqués peuvent faire bien mieux que "rentrer dedans ". Avec les armées de masse modernes, les généraux n'ont pas la tâche facile pour mener la guerre: les obus modernes d'infanterie qui permettent de toucher une cible jusqu'à 3.000 mètres et avec précision jusqu'à 2.000 mètres font qu'il est tout à fait impossible aux chefs d'armée de faire avancer de grands corps de troupes en colonne de marche serrée. C'est pourquoi il faut au préalable "s'étirer ", et cet étirement exige à son tour un nombre beaucoup plus grand de patrouilles et une grande discipline et une grande clarté de jugement, aussi bien de la part des détachements que des hommes isolés, et c'est là qu'on voit quel rôle éducateur ont joué les syndicats et à quel point on peut compter sur cette éducation dans des jours aussi difficiles que ceux-ci. Le soldat russe et le soldat français peuvent bien accomplir des prodiges de bravoure, mais pour ce qui est de la réflexion froide et calme, le syndiqué allemand les surpassera. En plus de cela, il y a le fait que, dans les zones frontières, les gens organisés connaissent souvent tous les recoins du terrain comme leur poche, et que beaucoup de fonctionnaires syndicaux possèdent aussi leur connaissance des langues, etc. Ainsi donc, si on a pu dire en 1866 que la marche en avant des troupes prussiennes était une victoire du maître d'école, il faudra parler cette fois-ci d'une victoire du fonctionnaire syndical."

(Frankfurter Volksstimme du 18 août 1914).



 

Jusqu'à nos jours, toute société reposait, comme nous l'avons vu, sur l'opposition des classes opprimantes et des classes opprimées. Mais pour pouvoir opprimer une classe, il faut lui garantir des conditions telles qu'elle puisse au moins vivre son existence servile. C'est dans le servage même que le serf a réussi à s'élever au rang de membre de la commune, de même que le roturier est devenu bourgeois sous le joug de l'absolutisme féodal. En revanche, loin de s'élever avec le progrès de l'industrie, l'ouvrier moderne descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de sa propre classe. L'ouvrier devient un pauper, et le paupérisme se développe plus vite encore que la population et la richesse. De toute évidence, la bourgeoisie est incapable de demeurer la classe dirigeante et d'imposer à la société, comme loi suprême, les conditions de vie de sa classe. Elle ne peut régner, car elle ne peut plus assurer l'existence de l'esclave à l'intérieur même de son esclavage: elle est forcée de le laisser déchoir si bas qu'elle doit le nourrir au lieu d'être nourrie par lui. La société ne peut plus vivre sous la bourgeoisie; c'est dire que l'existence de la bourgeoisie et l'existence de la société sont devenues incompatibles.

Le Manifeste du parti communiste, 1848

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CE59.6 Classique de la contre-révolution