A) NOS CRITÈRES

Notre revue n'est pas une revue d'opinion, ni une tribune où s'expriment différentes positions sur les différents thèmes d'actualité. En tant qu'organe de lutte du prolétariat, elle exprime ce qui manque le plus à notre classe: des informations claires et tranchantes, des affirmations programmatiques, une perspective, une direction révolutionnaire.

Dans ce cadre, lorsque nous publions des positions qui ne sont pas les nôtres, c'est clairement pour les critiquer, pour mieux développer et formuler nos positions en tant que négation des positions dominantes. Toutes les affirmations programmatiques de notre classe se sont toujours développées, à juste titre, sur base de la négation, de la critique.

Il ne fait aucun doute qu'au sein de notre classe et en particulier au sein des minorités révolutionnaires, il y a des divergences, des polémiques. Pour faciliter la circulation de ces positions, en particulier lorsqu'elles s'expriment sous forme de deux positions opposées, il y a eu et il existe toujours une série d'autres matériaux, correspondances et publications internationales, qui circulent entre camarades ou groupes de camarades, en fonction de la langue dans laquelle elles sont développées.

Publier dans Communisme les différentes positions en présence dans une polémique revêt un caractère tout à fait exceptionnel. Nous ne le faisons que dans la mesure où les différentes positions tentent de se situer sur le terrain de notre classe et où le fait d'exposer cette polémique permet d'approfondir la compréhension d'un problème ou d'un thème d'actualité. En effet, une position est plus claire lorsqu'elle est présentée sur base de l'opposition même qui lui a permis de s'affirmer, de se clarifier.

Rappelez-vous la polémique entre Jehan et Hennaut sur les raisons des guerres impérialistes, publiée dans notre revue; elle nous a permis de mieux cerner la conception communiste vis-à-vis de ces guerres inhérentes à la société bourgeoise1.

Dans ce numéro, et dans la mesure de nos possibilités, nous aimerions présenter une polémique qui s'est développée entre militants et groupes frères, au sujet de la lutte du prolétariat en Irak. Cette polémique va bien entendu au-delà de ce qui se déroule dans ce pays et traite de problématiques propres au prolétariat mondial, problématiques complexes et variées telles que la question de la résistance prolétarienne aux Etats gendarmes, la lutte contre la police internationalisée, le combat contre la participation active ou passive des prolétaires citoyennisés à la force de ces polices, etc.

Elle pose avant tout l'épineux problème de la lutte du prolétariat pour son autonomie face à toutes les fractions du capital en un moment historique où ces fractions agissent de manière centralisée pour réprimer de concert. C'est-à-dire qu'elle pose la question de l'action révolutionnaire alors que la contradiction bourgeoisie/prolétariat prend la forme d'une invasion impérialiste dont le but est de réorganiser la terreur de l'Etat et au moment même où la bourgeoisie de tous les pays pousse à la transformation de la guerre sociale en une guerre impérialiste ou en guerre populaire " anti-impérialiste " (qui n'est que l'autre face d'une même liquidation du prolétariat en tant que classe).

Dans la discussion qui va suivre, il est évident qu'il ne nous intéresse pas de savoir qui à dit quoi et à propos de quoi, parce que ce qui nous intéresse le moins, c'est de savoir qui (quel individu ou quel collectif) a ou a eu raison sur les autres. Ça c'est ce que voudrait nous imposer l'idéologie démocratique. L'essentiel c'est d'exprimer le mieux possible comment s'affirme, se délimite et se clarifie notre position. C'est sur base de ce critère et en tenant compte des informations et explications délivrées par les matériaux concernant l'Irak, que nous avons opéré la sélection des textes et extraits qui suivent. Comme, outre le fait de tenter d'informer le lecteur sur ce que les médias nous cachent, notre objectif est d'exposer notre position, il est logique que nous assumions pleinement les critiques que cette sélection pourrait susciter de la part de camarades et groupes frères.

B) SOULIGNONS CE TYPE DE CRITIQUE

Suite à la publication du texte "De quelques considérations sur les événements qui secouent actuellement l'Irak", publié dans Communisme N°55, des critiques de camarades nous sont parvenues, dont celle qui suit et qui mérite d'être mise en évidence:

"J'ai été grappiller dans la presse bourgeoise une série d'informations sur la situation en Irak que j'espère pouvoir vous envoyer sous peu pour en discuter. Votre article concernant l'Irak, paru dans le dernier Comunismo, malgré sa tentative de se situer dans une perspective de classe, tenant compte de l'action, des difficultés et du niveau d'autonomie du prolétariat (caractéristique, comme je vous l'ai souvent dit, que je considère qualitativement positive dans les analyses de votre groupe), tombe dans l'amalgame et l'homogénéisation propres aux analyses bourgeoises qui traitent de la situation en Irak en identifiant ce qui se déroule là-bas, aux attentats sanglants et indiscriminés qui n'ont rien à voir avec les expressions de la lutte prolétarienne (qui est bien en cours). Vous tombez dans la même erreur quand vous énumérez certains attentats indiscutablement perpétrés par des fractions bourgeoises (la CIA, les pro-Saddam, la Syrie, l'Iran...?), tels ceux d'Al Hakim, de l'ONU ou encore de l'ambassade de Jordanie durant l'été 2003, comme des expressions de la lutte prolétarienne".

C) LA POSITION D'UN GROUPE DE CAMARADES

Peu de temps après, en prolongement à ce qui est dit dans le point B), nous avons reçu un texte sur ce thème qui, indépendamment de nos divergences, se distingue selon nous comme un bel effort pour organiser l'information contre la falsification systématique opérée par nos ennemis:

1. Chute du régime de Saddam, démembrement de l'appareil de l'Etat et tentative de rétablissement de l'ordre par la Coalition

Devant l'écrasante avancée des troupes de la Coalition (apparemment favorisée par les milliers de désertions et la passivité généralisée des troupes irakiennes) et leur entrée dans les villes, il ne se produit pas la moindre "insurrection nationale contre l'envahisseur", les troupes ne sont pas accueillies en "libérateurs"; de façon générale, les prolétaires vont froidement recevoir l'arrivée de la Coalition et rester dans l'expectative face au développement des événements. Après la fuite, la disparition (morts, planqués) ou la désertion du gros des corps coercitifs de Saddam (sur le front comme à l'arrière-garde) et des éléments qui accaparaient l'omniprésente administration de l'Etat, suivant l'avance de la Coalition se produit un démembrement de l'appareil administratif, répressif et productif de l'Etat qui débouche sur un important mouvement de pillages et d'attaques de propriétés dans les principales villes irakiennes, comme Bagdad, Bassora, Mossoul ou Kirkuk. Il semble que ce mouvement ait un aspect clairement "populaire" et anti-Saddam. A noter que la presse bourgeoise va, dans un premier temps, parler d' "ambiance festive", de "pillages organisés sans affrontement", ou encore de "camions, générateurs, mobiliers, batteries de cuisine, machines à écrire, bombonnes de butane,... toutes les propriétés de l'Etat, de l'armée, tout ce qui avait à voir avec le pouvoir était la proie des pillages et de la colère populaire". Le responsable des forces kurdes, se référant aux pillages qui avaient eu lieu à Kirkuk, au siège du Parti Baas, ainsi qu'au club des officiers et à la mairie, déclarait: "Les gens ont accumulé une telle haine à l'égard du régime de Saddam qu'il faut bien qu'ils l'expriment" et de poursuivre "et ce n'est pas différent de ce qui s'est passé à Bagdad ou Bassora". A Bagdad où, comme un peu partout dans le pays, les prisons ont été ouvertes et mises à sac (Abu Ghraïb sera reconstruit plus tard par les Américains) et les documents officiels du Haut Tribunal de Justice ont été détruits. A ce propos, un marine disait: "Hier, nous avons été faire une ronde au nord de la ville, là où se trouvent les villas et les belles maisons... ils ont peur que quand ces gens en auront assez de piller les bâtiments officiels ils commencent à les voler, eux". A Bagdad, les pillages s'étendirent aux zones résidentielles, tel le quartier des Ambassades (quelques petits pillages), les mosquées ne purent ouvrir leurs portes le vendredi, jour de prière et l'Ecole d'Etudes Islamiques du Ministère des Questions Islamiques n'échappa pas aux pillages. A Aziziyah, à 80 km de Bagdad, les bureaux du Parti Baas sont pillés et brûlés. Etc. Nous pensons que ce qu'il y a d'intéressant dans ces pillages, ces attaques de bâtiments de l'Etat et de zones riches, ce ne sont pas les faits en soi vu que ces pillages ont affecté et opposé des prolétaires, ou que leur but n'était autre que de faire du commerce (ces pillages ont permis par la suite un juteux marché noir d'armes dans tout l'Irak) ou qu'ils s'attaquaient également et de façon massive à des hôpitaux (sans parler des pillages de musées et d'universités sur lesquels on a tant pleurniché, [ce qu'il y a d'intéressant], c'est qu'ils démontrent un état d'esprit général au sein de la classe ouvrière, mélange de dégoût et de rage vis à vis du régime de Saddam et de joie après sa chute. Il faut juger ces pillages à leur juste mesure, ni plus, ni moins et nous ne pensons pas qu'on puisse tranquillement parler de "rupture d'avec les rapports sociaux capitalistes". Les pillages peuvent être (et dans ce cas, il semble qu'ils le furent) des expressions de rejet, de négation des structures et des rapports capitalistes, mais, en soi, ils ne constituent aucune alternative, aucun programme s'ils ne sont pas accompagnés d'un certain degré d'associationnisme et de conscience de classe. C'est pourquoi il nous semble que glorifier (ou rejeter) les pillages en soi comme expression de la lutte prolétarienne, sème quelque peu la confusion. Les troupes de la Coalition qui, comme nous l'avons déjà dit, n'ont été accueillies ni chaleureusement ni hostilement, ont semble-t-il toléré un temps ces pillages, autant parce qu'ils ignoraient le niveau de déstructuration de la police irakienne que parce qu'ils espéraient que le prolétariat se défoulerait un peu, juste le temps de réintégrer le bercail, ou encore parce qu'ils voulaient "éviter les affrontements avec la population" (c'est ce que dirent les cadres britanniques à Bassora). Quoi qu'il en soit, tandis que les imams promettaient aux pilleurs les flammes de l'enfer éternel et imploraient les fidèles d'arrêter de piller et que l'ONU exhortait la Coalition à "garantir la sécurité de la population irakienne", les armées anglo-américaines mettaient la main à la pâte pour rétablir la normalité dans les rues irakiennes.

 

Le plan de la Coalition était clair: effacer de la carte les 4 chiens de garde du régime de Saddam, épurer l'administration et les forces de répression des éléments suspectés de le soutenir, changer le nom et la forme des institutions et des corps de sécurité de façon à les rendre plus utiles pour contrôler le prolétariat et privatiser et rendre rentable le capital irakien étatisé, protectionniste et ultra déficitaire. Pour ce faire, les troupes commencent à s'établir, à organiser des patrouilles, nommer des gouverneurs, édicter des décrets, etc. Cependant, les intentions de la Coalition pour faire de cet après-guerre une tranquille et paisible transmission de pouvoir vont se révéler impossibles. En premier lieu, parce que les institutions et administrations qui organisaient l'appareil productif et pour lequel travaillait la majorité des Irakiens sont totalement désorganisées et bon nombre des bâtiments et centres de travail de l'Etat sont détruits et ont été pillés, sans compter les infrastructures et installations électriques et de communications détruites par les bombardements. Et en second lieu, parce que la situation de désordre généralisé oblige la Coalition à employer la manière forte, à considérablement augmenter les patrouilles dans les rues, à durcir le traitement et les peines pour les pilleurs, à répertorier les lieux d'habitation, à faire des contrôles, des fouilles, des détentions massives et indifférenciées... à la recherche de civils en armes, à nommer des éléments qui rappellent pourtant beaucoup trop Saddam pour organiser l'administration... tout cela dans un contexte de pénurie généralisée. Face à cette situation, le prolétariat ne peut qu'exploser. Après des mois et des mois passés sans percevoir le moindre centime, face à un chômage estimé à 60% par l'Autorité Provisoire (AP), face au manque d'électricité, d'eau, de combustible et aux prix exorbitants (les rations administrées par l'ONU sont vendues par des distributeurs particuliers à des prix nettement supérieurs à ceux pratiqués avant-guerre) et soumis à un état de siège qui n'a rien à voir avec la "libération" tant annoncée, les réponses prolétariennes ne se font pas attendre. Rien que sur avril et mai 2003, devant l'hôtel Palestine (où s'était d'abord installée l'Autorité Provisoire), le Palais de la République et d'autres bâtiments officiels de Bagdad, se succèdent tous les jours des manifestations et concentrations de travailleurs qui ne savent pas ce qu'ils vont devenir, de retraités, de membres de l'Armée irakienne dissoute (Armée d'environ 400.000 personnes, dont beaucoup recrutés de force) qui, eux aussi, veulent être payés, de familles de prisonniers se plaignant du désintérêt total de la nouvelle Autorité, etc. Les situations tendues se multiplient. Les files qui se forment devant les ministères et les centres de travail dans l'espoir d'y recevoir une aide économique quelconque ou pour remplir une demande d'emploi deviennent facilement, face au désespoir, à l'incertitude et aux heures passées sous le soleil, des manifestations que les troupes de la Coalition résorbent par les coups, les détentions, les mises en joue gratuites. Mi-avril, à Mossoul, une manifestation contre le Gouverneur nommé par la Coalition, contre les contrôles et les fouilles se solde par la mort de 12 manifestants, abattus par des balles américaines. Fin avril, à Bagdad, suite à l'explosion d'un dépôt de munitions utilisé par les troupes étasuniennes et la mort de dizaines de personnes, éclatent des manifestations de révolte contre la gestion américaine.  Au même moment à Najaf, des manifestations ont lieu contre les patrouilles américaines. A Faluja, 2 manifestations en 3 jours contre les contrôles et les fouilles américaines se clôturent par la mort de plus de 20 manifestants. Début mai, à Nassiriya, il y a des manifestations de professeurs non payés, tandis qu'à Bagdad, ce sont les médecins qui s'en prennent au Ministre de la Santé, mandaté par l'AP, ancien vice-ministre de Saddam. Troubles dans la ville de Hit après une manifestation: 5 blessés irakiens, etc. Comme nous l'avons déjà dit, les tentatives de la Coalition en vue de rétablir "l'ordre et la loi", par des mesures telles que l'obligation de rendre les armes, le durcissement des peines et les patrouilles, simultanément aux fouilles et aux arrestations, engendre un profond malaise chez les prolétaires qui répondent les armes à la main. A partir de juin, embuscades et attaques à la grenade contre les troupes de la Coalition commencent à se généraliser dans tout le pays. Nous considérons ces attaques, non pas comme le fruit d'une quelconque conspiration ou "résistance", mais comme des réponses naturelles dans cette situation. Dans la ville de Faluja (récemment dévastée), où jusqu'alors il n'y avait pas eu d'attaque armée contre les troupes, 3 jours après la mort d'une vingtaine de manifestants, la caserne des Etats-Unis est attaquée à la grenade, 7 soldats sont blessés. Des situations identiques vont se répéter dans quasi tout le pays, créant un cercle vicieux où face au mal être prolétarien, les méthodes répressives se font plus brutales, avec leur lot d'actions punitives et de descentes, ajouté au fait que les soldats de la Coalition se montrent de plus en plus méfiants, tirant et arrêtant indistinctement au moindre soupçon, à la moindre attaque, et circulant à toute vitesse dans les rues, renversant de nombreux civils, alors qu'au même moment, les travaux de reconstruction ralentissent.  A ce propos, voici ce que déclare le lieutenant général espagnol Luis Feliu, membre de l'AP: "Ici, pour toute une série de raisons, nous ne sommes même pas parvenus à obtenir le minimum, ni dans la distribution de l'électricité, ni dans celle de l'eau, ni au niveau de l'emploi, il y a pénurie de carburant... tout cela engendre un mécontentement qui favorise le terrain pour les terroristes. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de sécurité et sans elle, il est difficile d'améliorer les services minimums..." Il est évident que lorsqu'il fait référence ici aux "terroristes", il parle des prolétaires armés qui répondent à la misère et à la répression. Il est symptomatique, par rapport au type de tension vécue en Irak, que l'Armée espagnole instruise une compagnie de la Légion aux techniques anti-émeutes pour l'envoyer en Irak.

2. Aggravations des conditions de vie, généralisation et intensification des attaques contre la Coalition

La Coalition ayant à offrir plus de bâtons que de carottes, les protestations ne cessent de s'intensifier:

- A Mossoul, quelques semaines après les arrestations et les morts de la manifestation, les embuscades et les échanges de tirs commencent à se généraliser avec les patrouilles US.

- Le 14 juin [2003], dans la prison de Abu Ghraïb, où sont transférés la plupart des détenus, un nombre indéterminé de prisonniers tentent de s'évader. Les prisonniers canardent les soldats de pierres et de bâtons, et ceux-ci ouvrent le feu. Plusieurs détenus seront retrouvés morts ou blessés.

- Le 24 juin, à Amara, près de Bassora, une manifestation contre les fouilles et les arrestations se solde par la mort de 6 soldats britanniques, lorsque les manifestants répondent au tir des soldats. Le jour suivant, la presse affirme que les soldats "ont été surpris par une embuscade tendue par des forces ennemies pro-Saddam", le lendemain, le gouvernement britannique reconnaît qu'il s'agissait d'une "mutinerie de civils".

- Opération punitive à Bagdad: 540 détenus, en une semaine.

- Mi-août, les troupes britanniques ouvrent le feu pour disperser une manifestation contre la pénurie d'essence et d'électricité à Bassora. Les manifestants enflamment des pneus et élèvent des barricades tout en arrosant les soldats de pierres. Quelques religieux interviennent pour calmer la situation, mais lors du retrait partiel des troupes, une pompe à essence est mise à sac: 2 Irakiens sont blessés et plusieurs soldats contusionnés. Le jour suivant, à Bassora nouvelle manifestation aux caractéristiques identiques qui se conclut par la mort de 2 manifestants tués par balle et de nombreux blessés. Le lendemain, les tanks britanniques patrouillent dans les rues de Bassora. Peu de temps après, un soldat anglais meurt, 2 autres sont blessés dans l'explosion d'une "bombe artisanale" (selon les dires d'un capitaine anglais), au passage de leur véhicule.

- Mi-août encore, des troubles éclatent à Diwaniya durant une tentative d'assaut du Palais du Gouvernement, blessant plusieurs civils. Tandis que le vice-gouverneur de la ville impute la responsabilité des faits à une coalition entre des "bassistes, venus de l'extérieur, au service de l'imam Al Sadr et de militants du parti islamique Al Dawa" (curieuse association lorsqu'on sait que le père et grand-père d'Al Sadr ont été assassiné par Saddam et que le parti chiite Al Dawa constituait la principale opposition armée au régime de Saddam), le commandant espagnol affecté à cette zone laisse échapper un "tout a commencé par une petite manifestation pacifique de travailleurs qui, semble-t-il, n'avaient pas perçu leur salaire. Ils ont marché jusqu'au Palais du Gouvernement. Ensuite, d'autres habitants de la ville les ont rejoints et la police locale a tiré. Le Gouverneur a abandonné le bâtiment et les manifestants y sont entrés". Le Gouverneur, avait été nommé par l'AP et la police locale - des anciens sous-officiers de l'Armée de Saddam- qui avait été entraînée, habillée et armée par des marines. Quelques jours plus tard, un convoi américain essuie des coups de feu qui tuent un soldat tandis que la base espagnole de Diwaniya est pilonnée par 19 obus de mortier. Jusqu'à ces faits, aucune attaque armée à l'encontre de la Coalition n'avait encore été signalée.

- Fin août, à Ali al Sharqui, près de Bassora, après une nuit de perquisitions et d'arrestations, un groupe de personnes bloque l'issue de la ville, empêchant les véhicules britanniques d'avancer. Lorsque les soldats anglais descendent de leurs véhicules pour disperser la foule, des tirs éclatent, un soldat est tué, plusieurs autres blessés.

- En septembre, l'Armée des Etats-Unis annonce détenir quelques 10.000 prisonniers, répertoriés selon les catégories suivantes: plus ou moins la moitié sont des "détenus de droit commun", 40% sont "détenus pour des raisons de sécurité", groupe dont font partie tant ceux ayant commis un délit contre les forces de la Coalition que les dits "polemical" accusés de constituer une menace potentielle; le reste est "lié à l'insurrection", a participé à des attaques armées contre la Coalition, est complice ou suspect, ou avait un niveau de responsabilité dans le parti Baas. Elle déclare également avoir commencé à recruter des agents du service d'espionnage politique de Saddam Hussein pour freiner la "résistance".

- Fin septembre, une manifestation à Hawija, pas loin de Kirkuk, est dissoute à coups de feu par les troupes US. On dénombre une fois encore plusieurs morts et blessés.

 

- Le 1octobre, une manifestation de chômeurs devant un commissariat du centre de Bagdad se transforme en bataille rangée. Motif: les pots-de-vin exigés par les membres de la police à ceux qui postulent pour un emploi de policier, afin de donner suite à leur demande. Après plusieurs jours de queue, les manifestants assaillent et attaquent le commissariat de police, retournent les voitures et y mettent le feu, s'affrontent aux policiers qui n'hésitent pas à ouvrir le feu. Selon un officier: "Les responsables de ces actes sont des pilleurs".

- Une centaine d'ex-militaires manifestent à Bagdad et Bassora pour percevoir leurs salaires. Ils s'affrontent aux soldats US, balançant des pierres et tirant des coups de feu. On est début octobre.

- Des centaines de personnes pillent un train de provisions destiné à l'Armée US qui a été attaqué au moyen d'une bombe posée sur les rails à Falahat, près de Faluja.

- Le 31 octobre, une manifestation devant la mairie de Faluja, contre les éléments nommés par la Coalition se termine par des affrontements entre habitants du quartier et policiers. Un manifestant meurt, abattu par un agent. Peu après et en plus grand nombre, les manifestants reviennent sur les lieux et, les armes à la main, rasent littéralement l'édifice. Seule l'intervention des soldats américains, protégés par l'aviation, parvient à disperser les manifestants. Le jour même, dans la localité d'Abu Ghraïb, voisine de Bagdad, les soldats américains vont s'affronter des heures durant à une foule armée de pierres. Il semble que les affrontements ont démarré suite à une enquête/incursion opérée par les troupes US dans le but de débusquer les responsables d'un jet de grenade contre une patrouille.

- L'Armée US avise que les bombes artisanales, dissimulées dans les égouts, constituent l'une des principales préoccupations des troupes.

- Le gouverneur chiite de Najaf exige de la Coalition, le contrôle chiite total de la sécurité de la ville. Il annonce une grève générale illimitée pour obtenir ce transfert.

- Le 4 janvier 2004, les troupes britanniques s'affrontent dans Bassora à des centaines de personnes descendues dans la rue pour exiger le paiement de leur salaire, non perçu depuis le mois de septembre précédent.

- Le 10 janvier, la police irakienne et les soldats anglais tirent contre une "manifestation revendiquant du travail" (dixit la presse bourgeoise) à Amara, au sud-est de l'Irak. Six manifestants au moins vont être tués, une dizaine d'autres blessés. La police irakienne dit avoir été contrainte de tirer sur les manifestants qui protestaient à cause de la pénurie d'emploi, lorsqu'ils commencèrent à lancer des pierres. Les manifestations vont se poursuivre le lendemain.

- Le 12 janvier, 7 personnes essuient les coups de feu des troupes US à Tikrit, alors qu'elles tentaient de voler le combustible d'un oléoduc traversant la région. La pénurie de combustible et les interminables files qu'il faut faire pour s'en procurer constituent l'un des problèmes majeurs de la population.

- Le 13 janvier à Faluja, mort de 4 personnes criblées de balles lors d'une manifestation "contre la présence des troupes US dans la zone", manifestation convoquée au lendemain de raids et arrestations effectués par les troupes US à la recherche de membres de la "résistance".

Nous pourrions continuer à énumérer les manifestations et attaques qui, selon nous, se situent sur un terrain de classe (avec leurs faiblesses), mais nous pensons que c'est en se concentrant sur le développement des événements survenus dans les premiers mois de l'après-guerre qu'on peut le mieux comprendre ce qui s'est passé dernièrement en Irak. Nous pensons qu'il y a des indices qui démontrent qu'un mouvement associatif plus ou moins important a pu se forger au sein du prolétariat, et les manifestations continuelles semblent le confirmer. En ce qui concerne les actions armées qui se sont produites dans la zone depuis la fin des bombardements de la Coalition, nous pensons qu'elles démontrent une indéniable hétérogénéité qui empêche de les classer toutes dans un plan "résistant". C'est exactement dans cette homogénéisation et amalgame que tombe la presse bourgeoise en mettant tout ce qui se passe en Irak dans le même sac. Nous croyons donc que les actions armées du style décrit plus haut, sont des actions provenant du prolétariat contraint par les circonstances et non d'un quelconque plan de "résistance" ou "insurrectionnel". Ce sont des actions éparpillées et le plus souvent spontanées, qui probablement par la suite, se sont transformées en une sorte de tactique de guérilla plus ou moins organisée pour faire face à la répression. Selon nous, l'évident rapport action-réaction entre répression et aggravation des conditions de vie et les attaques; les manifestations de joie "populaires" au beau milieu des villes suite aux attaques de patrouilles (souvenons-nous par exemple des manifestations de joie qui ont suivi la mort de membres du CNI espagnol en octobre 2003 ou du lynchage public et collectif de mercenaires civils US en mars 2004 à Faluja); le nombre d'armes aux mains des prolétaires (8 millions selon l'Armée US) et la simplicité, la clarté et la fréquente spontanéité caractérisant les attaques, nous amènent à penser que les actions armées sont bien enracinées dans la classe ouvrière en Irak. On pourrait également rajouter, avec toutefois quelques réserves, certains sabotages, certaines exécutions de chefs de police, de membres du Parti Baas ou du Conseil du Gouvernement, ainsi que quelques explosions de voitures et attaques d'hôtels, même si, pour nous, cela n'est pas toujours très clair parce que, par exemple, les sabotages continuels des installations électriques semblent être une des raisons à la pénurie d'électricité domestique et également de la pénurie d'emploi, et ils pourraient facilement être l'uvre de baassistes, désireux de tirer parti du mécontentement pour susciter la nostalgie du régime de Saddam; ou certaines exécutions pourraient être de simples règlements de compte. En définitive, nous croyons que les actes qui malgré la distance, nous permettent de répertorier un minimum l'état d'âme et le niveau d'organisation de l'ensemble du prolétariat en Irak sont les manifestations et les actions armées dont nous avons fait état plus haut.

Comme nous le savons tous, une série d'actions et attentats indifférenciés n'ayant rien à voir avec les réponses prolétariennes ont continué, dans une moindre mesure, à se produire (au moins durant les premiers mois de l'après-guerre, car depuis le début de l'année 2005, la presse bourgeoise ne parle plus que d'attentats et d'actions "de guérilla"). Ces actions et attentats beaucoup plus sanglants et bien utilisés par les médias bourgeois ont, comme nous l'avons déjà dit, servi la bourgeoisie mondiale pour mettre dans le même sac tout ce qui se passe en Irak, regroupant tout ce qui se produit sous l'appellation de "résistance ou insurrection" afin de les identifier aux attentats brutaux. La liste de ces attentats massifs et indifférenciés ne démarre pas avant août 2003 (les tirs et embuscades avaient déjà commencé bien avant) avec l'attentat à l'ambassade de Jordanie (et la mort de nombreux civils), celui contre l'ONU (idem), et surtout le brutal attentat contre le sanctuaire chiite à Najaf qui tua une centaine de personnes et en blesse beaucoup d'autres et qui se conclut par la mort du chef politique et religieux chiite Al Haki; une liste qui depuis lors n'a cessé de s'allonger. Que ces attentats soient l'uvre de partisans de Saddam, de la Syrie ou d'Iran, désireux de couvrir de boue les USA en Irak, d'islamistes ou de la CIA (si par hasard ce n'était pas la même chose) nous importe peu, ce qui par contre semble clair, c'est qu'ils tentent de diviser et de terroriser le prolétariat irakien, et c'est à nos yeux une terrible erreur que de tomber dans l'amalgame qui fait la fierté des médias bourgeois qui applaudissent ces attentats (comme l'a fait le G.C.I. dans son article sur l'Irak qui, bien qu'il parte d'une perspective de classe, contient une bonne dose d'homogénéisation et de confusion; c'est aussi ce que font les camarades de Arde2 qui, selon nous, ont d'emblée, et sans beaucoup d'argumentation, présenté ces attentats contre l'ONU ou ces sabotages comme des expressions de l'avancée prolétarienne; d'autre part, les analyses du C.C.I. ne sont quant à elles que de pâles retranscriptions de la presse bourgeoise, dans la mesure où il n'y a pas de classes, mais uniquement des chiites, des sunnites, etc.) et dont l'objectif affirmé est d'assimiler l'ensemble de la situation conflictuelle existante en Irak à des attentats et des crimes brutaux.

Larmes, douleurs, deuil, faim; telle est la récolte immédiate de la catastrophe: mais cette noire récolte sera l'aiguillon qui, en ensanglant les foyers des peuples trop patients, fera que ceux-ci se cabrent enfin et jettent à terre tous les parasites qui se nourrissent de leur sang: bourgeois, curés, gouvernants."
 

Ricardo Flores Magon,
Regeneracion N°200
12 septembre 1914

 

3. L'encadrement prolétarien et les chiites

Tout d'abord, il faut dire que cette grossière stratégie d'interprétation des événements en Irak (et partout dans le monde) effectuée par les "experts" bourgeois et les gauchistes (il y a aussi une certaine légitimisation de la "résistance" de la part de la gauche qui se base sur ce qu'il y a d'"illégal" dans la guerre, sur la "souveraineté", etc., évoquant pour ce faire la guerre d'indépendance espagnole ou la résistance française) se fonde non seulement sur le binôme terrorisme/démocratie, mais également sur de supposés conflits éthnico-religieux-nationaux, qui présentent les différentes "communautés" comme des blocs homogènes aux intérêts identiques, dans lesquelles toute différence de classe reste diluée, occultée. Cela est évident lorsque la presse bourgeoise parle de kurdes, de chiites, de sunnites, de chrétiens, etc. Il faut aussi dire que, dans certaines zones, le prolétariat n'a pas d'autres choix que de s'exprimer politiquement (s'organiser et revendiquer) au travers des institutions religieuses, c'est de là que vient l'omniprésence religieuse dans tout ce qui se passe socialement.

Dans bon nombre de manifestations taxées de "chiites" par les médias bourgeois, que ce soit à Najaf, Kerbala,  Bagdad ou Tikrit, etc, on peut entrevoir un contenu de classe, comme pourrait l'être la restauration des services minimums ou l'arrêt des fouilles et des arrestations. Se présentant comme les principaux opposants au régime de Saddam et comme l'opposition la plus organisée et, suivant les zones et les secteurs, la plus déterminée quant à la présence militaire, ce à quoi nous pouvons ajouter des réseaux d'entraide dans les quartiers prolétariens, des corps armés et une bonne structure d'organisation et de propagande (certainement largement financée par l'Iran), les chiites ont probablement encadré et canalisé le mécontentement causé par la dégradation des conditions de vie et l'asphyxiante présence militaire vers des choses comme l'établissement d'un gouvernement d'"Egalité et de Justice selon la Loi de l'Islam", l'"unité nationale", la "souveraineté", etc. A leur tour, au moment d'encadrer les prolétaires (mis à part le fait que ce soient eux qui aient été plus prudents au moment de convoquer, diriger et prendre la tête des manifestations), il est important de tenir compte du double positionnement de différents secteurs au sein du mouvement chiite:

- D'une part, on trouve les positions les plus modérées, complices et à la fois critiques de la présence militaire, protagonistes dans les nouvelles institutions de l'Etat (majoritaires au Conseil du Gouvernement transitoire et principaux défenseurs de la tenue d'élections) et dans le maintien de l'ordre dans de nombreuses villes du sud à l'effondrement de l'Etat (l'exemple le plus évident est Najaf, "fief chiite'). Ses deux représentants physiques seraient incarnés par le grand ayatollah Ali Sistani et par Al Hakim (le frère du défunt).

- D'autre part, les positions les plus exaltées seraient celles qui s'affirment comme ennemies féroces de l'occupation militaire et parlent de former des "conseils populaires" et des "corps armés populaires", càd des formes de gouvernement hors du contrôle des Etats-Unis, ou ce qui revient au même, contrôlées par eux et leurs milices. Dans certaines villes, elles ont établi une sorte de "double pouvoir", rivalisant avec les autorités militaires. Ces secteurs seraient chargés d'entraîner les revendications de classe vers la religiosité et le nationalisme. Ils ont à leur tête visible l'imam Muqtada al Sadr qui, tout en se montrant intransigeant envers la Coalition, appuie la liste unique chiite pour les élections de janvier [2005] et dont les milices négocient des zones de contrôle avec les Américains et échangent des armes contre de l'argent.

Voilà comment on manipule l'information. Devant une manifestation de prolétaires, on nous dit, sur la base d'une photo d'arrière-plan qu'il s'agit de "chiites loyaux à Moqtada al-Sadr".

 

Les différences entre sunnites et chiites, excepté les différences religieuses, le bordel sur l'héritage de Mahomet ou la portion de bout de ciel qui reviendrait à chacun, nous ne les considérons que comme des différences entre secteurs qui rivalisent pour le pouvoir et il semblerait que ce soient les chiites qui soient les plus à gauche et en meilleure position pour encadrer le plus grand nombre de prolétaires. C'est pour cela que les partis sunnites ont boycotté les élections de janvier, face à la plus que probable victoire des chiites. Pour nous, ces derniers n'ont rien fait d'autre que d'assumer le rôle de partis, de syndicats et de curés, face au manque de structures de l'Etat solides et efficaces.

4. La participation des différentes fractions bourgeoises à la stabilisation de l'Irak

L'unité bourgeoise dans le développement des événements en Irak est plus qu'évidente.  Mis à part les tergiversations entre l'axe franco-allemand et les Etats-Unis concernant le rôle de l'ONU,  l'OTAN appuie la mission polonaise dans la région et, petit à petit, vont se matérialiser une série d'accords qui ne laisse pas de place au doute :

- Les Etats membres du G8 mettent sur pied le plan appelé "Association pour le Progrès et le Futur Commun avec la région du Grand Proche-Orient et du Nord de l'Afrique". L'idée, c'est que le G8 interprète finalement l'invasion de l'Irak, menée unilatéralement par les Etats-Unis et le Royaume Uni, comme faisant partie d'un plan général: celui de réformer toute une région politique, le Proche-Orient. On ouvre ainsi les portes pour que l'OTAN, dans sa totalité, s'engage en Irak. La France et l'Allemagne ont des réticences quant à la participation directe de leurs troupes et quant à l'annulation de la dette extérieure de l'Etat irakien, dont on parle également. Juin 2004.

- L'OTAN dans son ensemble accepte la création en Irak d'un Centre d'Instruction, d'Education et d'Endoctrinement, académie où vont se préparer les futurs officiers irakiens. L'accord est pris après que la Belgique, la France, l'Allemagne et l'Espagne voient leurs objections clarifiées et satisfaites (non-participation aux missions de combat, les charges économiques, le lieu de la formation, le rôle à assumer par rapport aux troupes US...). L'Espagne et l'Allemagne formeront les officiers hors des frontières de l'Irak. Le plan de l'OTAN pour former les commandants de la future Armée irakienne, prévoit la mobilisation d'un effectif de 3.000 personnes. Septembre 2004.

- Lors d'une réunion des ministres des affaires étrangères de l'UE, le ministre Moratinos informe ses homologues que l'Etat espagnol a déjà déboursé 112 millions de dollars dans divers projets de "reconstruction" en Irak. L'UE estime à plus de 300 millions d'euros sa "contribution humanitaire" en Irak, somme à laquelle il faut ajouter les 30 millions d'euros pour l'assistance technique et les experts pour des élections qui devraient se dérouler fin janvier, même si ce n'est que dans une partie de l'Irak. Le président de l'UE, en réunion des ministres des affaires étrangères et du ministre intérimaire de l'Irak, Alaui, déclare: "Le futur de l'Irak affecte le monde environnant et l'UE doit faire montre de responsabilité politique car la situation est difficile". Novembre 2004.

- Une Conférence sur l'Irak est organisée dans la ville égyptienne de Sharm-el-Sheik, conférence à laquelle participent les représentants de l'Etat irakien, de ses Etats voisins, du G8, de l'UE, de l'Egypte, de la Chine, de l'ONU, de la Ligue Arabe et de l'Organisation de la Conférence Islamique. Entre autres accords (coopération dans la "reconstruction", contrôle des frontières, etc.), ils décident que la dizaine d'Etats créditeurs de l'Etat irakien (dont l'Espagne) annulent 80% de sa dette extérieure. La dette irakienne s'élevait à 92.307 millions d'euros. La partie annulée par la France, l'Allemagne et la Russie atteint les 31.100 millions de dollars. Novembre 2004.

N'aie pas peur, petit. Nous sommes venu t'apporter la paix.

 

5. Quelques conclusions générales

Nous pensons qu'au beau milieu de ces rivalités impérialistes existe un prolétariat qui lutte, d'une façon plus ou moins encadrée, sur un terrain de classe (amélioration de ses conditions de vie). Nos efforts les plus importants doivent s'orienter vers la recherche de la façon dont le prolétariat répond et s'organise face aux attaques du capital et aux rivalités inter-impérialistes.

- La situation de misère et de chômage dans laquelle se trouve la classe ouvrière peut participer de sa transformation en chair à canon pour le compte des nouveaux corps de sécurité, ou pour des groupes terroristes ou mafieux. Situation qui, à son tour, peut gravement contribuer à la division et l'affrontement du prolétariat qui ne trouve de travail que dans les corps de police ou la construction et l'entretien de bases militaires, etc. Il semble évident que les groupes terroristes cherchent à diviser le prolétariat en "collaborateurs" ou "non-collaborateurs" (assassinats de travailleurs qui travaillent "pour la Coalition" et pas uniquement des étrangers) mais aussi en fonction de la religion et de l'ethnie.

- Au sein des troupes américaines, il semble que se généralise un sentiment de démoralisation et de découragement face à une "population" de plus en plus hostile, face à l'allongement des mois de service et à l'égrènement incessant des pertes. La CNN signalait en octobre 2004 que, aux USA, 843 soldats US étaient considérés comme fugitifs pour ne pas s'être présentés à leur caserne lorsqu'ils furent appelés sous les drapeaux. Les communications avec les familles et les déclarations aux journalistes sont soumises à un contrôle exhaustif, tandis que la couverture idéologique de la "guerre contre le terrorisme" commence à s'émousser pour beaucoup de soldats (si vous en avez la possibilité, voir le documentaire "Les paroles interdites des marines" qui, malgré un relent d'anti-américanisme à bon marché, traite de ce sujet). Il faudrait également voir quel est l'état d'esprit du prolétariat aux Etats-Unis face à l'aggravation des conditions de travail et à l'énorme déficit (avec coupes sombres dans les pensions, les soins de santé, l'éducation) de l'Etat, tandis que les énormes dépenses militaires ne cessent de s'accroître.

D) NOTRE RÉPONSE

A cette prise de position, nous avons répondu de la manière suivante:

Nous avons lu votre critique à notre dernier texte sur l'Irak. Premièrement nous voulons vous dire que votre critique est bienvenue, son point de départ étant la lutte pour l'autonomie du prolétariat et, se positionnant contre l'amalgame effectué par la grande presse, elle nous est apparue comme un point de vue intéressant. C'est pour cela que nous l'avons fait circuler parmi nos camarades et contacts proches. Sachez également que nous avons fait circuler le texte que vous avez élaboré sur l'Irak et que nous allons conséquemment, en discuter et continuer à débattre de ce thème si difficile.

Deuxièmement, nous voulons vous dire que votre tentative de séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire de séparer ce que vous considérez comme la lutte du prolétariat de la guerre inter-impérialiste que réalise le capital, nous paraît extrêmement valable.

"La paix ? Quel sens ce mot a-t-il pour les pauvres ? Est-ce la liberté ? Est-ce la justice ? Est-ce la joie de vivre ? La paix, la paix bourgeoise, naturellement, la paix basée sur la soumission du faible c'est celle que désirent rétablir les gouvernements, étant donné que cette paix garantit au riche la jouissance tranquille de ses rapines. Cette paix est la paix de l'esclave chargé de chaînes, la quiètude des morts, la paix du cimetière."
 

Ricardo Flores Magon,
Regeneracion N°260, 6 octobre 1917

 

Cependant, en rentrant plus dans le détail et suite à la lecture de votre texte sur l'Irak, les critères utilisés ne nous semblent pas corrects et c'est au fil des avancées dans la lecture et la discussion que nous avons rendu plus précise la réponse que nous vous envoyons ici. Nous avons pris du temps à vous répondre, justement parce que le processus de discussion et de clarification ne fut pas facile et qu'indubitablement, il n'est pas terminé. Mais comme vous le savez, les analyses non terminées sont une caractéristique permanente des analyses des militants révolutionnaires et c'est pour cela que nous vous envoyons ces notes incomplètes que nous ferons également circuler parmi les camarades proches et les groupes frères pour continuer à avancer.

A propos de la distinction entre les actions armées du prolétariat en Irak et les autres

Il nous semble évident que dans la situation actuelle en Irak, on ne peut tracer une frontière claire entre les actions de résistance prolétarienne à l'occupant et celles que réalisent telles ou telles fractions bourgeoises. Vous dites, et cela nous semble correct: " il existe un prolétariat en lutte, plus ou moins encadré ". Il nous semble évident que c'est sur ce point qu'il faut réfléchir et il nous paraît évident qu'il faut lutter pour rompre cet encadrement. Néanmoins nous pensons qu'il est erroné d'établir une liste qui attribuerait tels ou tels attentats au prolétariat et tels autres à la bourgeoisie. Cela nous conduirait, par exemple, à discuter attentat par attentat, ce qui n'a aucun sens et qui ne correspond en rien à la situation objective dans laquelle le prolétariat de ce pays, avec différents types d'encadrements et de ruptures, affronte quotidiennement la plus grande concentration de forces répressives du monde. En Irak même, les camarades n'arrivent pas à tomber d'accord sur la nature de tel ou tel attentat. Nous pourrions encore moins, depuis l'Europe ou l'Amérique, faire que cette discussion sur chaque attentat nous mène à tracer ensemble une frontière de classe. Non seulement nous ne nous mettrions pas d'accord mais, en plus, cela ne nous semble pas être le critère correct pour affirmer la lutte révolutionnaire du prolétariat.

Pour commencer notre explication, nous reprenons un exemple sur lequel il faudrait réfléchir: celui de " l'attentat contre l'ONU " que vous qualifiez allègrement de bourgeois sur base du critère insuffisant selon lequel des civils y sont morts (au cours de l'histoire, il y a énormément d'actes violents du prolétariat qui ont fait des victimes civiles 3). C'est précisément cet attentat qui a été le plus dénoncé par toutes les fractions bourgeoises d'opposition en Irak, et spécialement celles qui se proclament dirigeantes de " la lutte de résistance armée en Irak ". Effectivement, nous avons vu récemment un reportage sur des généraux de l'ex-état major de Saddam Hussein, qui refusent de donner leur identité mais qui, pour prouver qui ils sont, montrent des photos sur lesquelles ils se trouvent aux côtés de Saddam Hussein. Dans ce reportage, ils disent qu'ils dirigent la guerre, qu'ils la considèrent quasi gagnée, qu'ils revendiquent des dizaines d'actions quotidiennes; ils annoncent que les soldats envahisseurs seront expulsés prochainement et confessent que de nombreuses actions sont effectuées par des éléments incontrôlés et que, celles-ci, ils les répudient. Non seulement ils considèrent cet attentat comme contraire aux intérêts de la résistance mais, en plus, ils disent qu'ils étaient justement en train de dialoguer avec l'ONU dont le principal dirigeant, mort dans l'attentat, était un " homme de bien " qu'ils appréciaient beaucoup. Parallèlement à cela, rappelons que nos camarades dans la région ont toujours dit, avec raison, que, pour le prolétariat, il n'y a pas de différence entre les meurtriers yankees et les humanitaires de l'ONU, que cette différence est faite par la bourgeoisie et ses moyens de communication et que, en Irak, ce sont les fractions bourgeoises de rechange comme celles de Barzani et Talabani (ce dernier est aujourd'hui président de l'Irak) qui l'entretiennent 4.

C'est pourquoi dans notre texte, nous soulignons les éléments qui définissent le caractère d'objectif prolétarien de toutes les actions qui attaquent les forces étatiques et capitalistes, que ce soient celles de la Coalition, de l'ONU, de Saddam, des islamistes ou des autres forces répressives étrangères, y compris, évidemment, les ambassades des pays qui contribuent à l'invasion et à la fortification des forces répressives dont l'occupation a besoin pour se consolider. Nous ne voyons pas en quoi cela pourrait avoir quelque chose de commun avec l'amalgame effectué par la bourgeoisie (et il ne nous paraît pas correct que vous assimiliez ce que nous ou Arde disons à cela), cependant, nous avons la même préoccupation que vous à propos de la lutte du prolétariat en Irak: qu'elle ne soit pas encadrée par la bourgeoisie. C'est-à-dire que nous affirmons que tous ces attentats 5, toutes ces attaques contre les flics occupants et locaux (de même que contre d'autres appareils de l'Etat mondial qui tentent de restaurer les forces répressives) correspondent à la lutte contre la répression que l'Etat bourgeois international (NOTRE ETAT !!!) réalise en Irak contre NOS FRERES PROLETAIRES. Mais nous ne disons nulle part que tous sont réalisés par le prolétariat en armes, auquel cas, oui, ce serait faire l'amalgame que vous nous attribuez. Nous sommes d'accord avec vous sur le fait que, souvent, ils sont réalisés non pas par des groupes révolutionnaires mais par des prolétaires encadrés par différentes organisations bourgeoises (marxistes-léninistes, nationalistes, islamistes, etc.).

C'est également la réalité des favelas de Rio ou Sao Paulo, pour prolonger l'exemple que nous donnions dans le texte que vous critiquez 6. Là aussi, il y a des mafieux, des trafiquants de drogue ou des prolétaires encadrés par ceux-ci (c'est sans aucun doute le cas le plus répandu) qui tirent contre les flics ou les escadrons de la mort. Dans la majorité des cas, les prolétaires, sans l'autonomie de classe que nous aimerions constater, affrontent les forces terroristes de l'Etat démocratique, encadrés par des mafias ou avec des armes que leur donne la mafia afin de les encadrer.

Considérer qu'un attentat est correct ou, comme vous le dites, l'applaudir, parce qu'il frappe l'Etat bourgeois international, n'implique pas, pour nous, appuyer l'organisation qui l'a réalisé. C'est cela que veulent nous faire croire nos ennemis et c'est ce que disent les agents de la répression. En effet, c'est toujours la police et l'Etat bourgeois qui font l'amalgame entre la sympathie que peuvent éprouver les prolétaires et les révolutionnaires pour tel ou tel attentat (ou le soutien qu'ils apportent à ceux que l'Etat pouchasse) et l'appui que cela impliquerait à une organisation qui n'est clairement pas de notre classe. C'est ce qui se passe aujourd'hui au pays basque : tout appui aux prisonniers ou tout acte antiétatique est qualifié, par la répression, de "terroriste", et ce sont les juges, les partis et les flics qui font cet amalgame. Nous pensons qu'il faut lutter contre cet amalgame, qu'il faut distinguer l'acte qui frappe les forces de répression, du soutien à l'organisation qui le réalise. En Irak, nous pensons que cette distinction est très importante et autrement plus nécessaire dans les circonstances actuelles que de s'aventurer dans une difficile classification de l'origine classiste de tel ou tel attentat, comme vous prétendez le faire.

Nous avons exposé clairement cette distinction dans la revue Communisme N°53, " Capitalisme = terrorisme contre l'humanité; contre la guerre et la répression capitaliste ", lorsque nous commentons les événements du 11 septembre. Alors que nous montrons que le prolétariat a tout intérêt à détruire ces objectifs qui représentent et réalisent parfaitement le terrorisme du capital mondial, au lieu de pleurer sur les civils morts comme l'ont fait tous les complices de la dictature démocratique, nous affirmons que cela ne signifie pas que cet attentat soit réalisé par le prolétariat en tant que classe. Plus encore, nous expliquons clairement que, même si ces actions sont réalisées par des prolétaires (dans le sens sociologique du terme), alors même qu'elles détruisent des centres de répression et de commerce mondial, actes qui suscite toute notre sympathie, comme aux révolutionnaires du monde entier, nous n'appuyons pas les organisations qui les réalisent. Ainsi nous n'écartons pas le fait que les dites actions aient été menées par des organisations islamiques, que nous définissons comme centristes, c'est-à-dire par des organisations extrémistes de la social-démocratie qui constituent l'ultime et le plus solide rempart contre la révolution. Nous avons défendu une position similaire lorsque, en Allemagne, "des mains inconnues" firent éclater en morceaux une super prison ultramoderne juste avant son inauguration. Cela nous remplit de joie que cette prison n'ait pu être mise en service contre nos frères de classe, et que l'Etat s'en soit prit plein la gueule, mais nous n'appuyons en rien l'organisation (dans ce cas, la Rote Armee Fraktion) qui purent opérer cet acte.

Il nous semble que ces critères n'impliquent aucunement de faire, comme le font les fabricants de l'opinion publique, l'amalgame entre le fait que nous soulignons et nous nous réjouissons que les forces répressives volent en éclats et le fait de définir ces attentats comme tous réalisés par notre classe. En ce sens, il semblerait que se soit vous qui construisiez cette identité (et nous ne voulons pas dire amalgame, comme vous le faites à propos de notre position, car cela ne nous paraît pas correct entre camarades) entre deux choses qui, pour nous, sont différentes: mettre l'accent sur la lutte pour la défaite révolutionnaire des forces d'occupation et de répression en Irak ne veut pas dire que toutes les bombes qui éclatent sont l'uvre de groupes prolétariens.

Ricardo Flores Magon n'avait pas sa langue en poche lorsqu'il se réjouissait de la mort de milliers de militaires au front durant la guerre impérialiste de 1914 à 1919 (des veuves et des orphelins qui restaient ! des fleuves de sang et de larmes que la guerre provoquait !), parce qu'il savait que c'est en tant que force de l'Etat mondial du capital qu'ils mourraient, parce que ceux qui mourraient n'étaient pas nos camarades mais nos ennemis, c'est-à-dire des soldats soumis qui acceptaient de mourir et tuer sur le front de bataille en tant qu'agents de leur propre bourgeoisie. De plus, il considérait avec raison que tout ce que les révolutionnaires avaient dit sur le capitalisme et la nécessité de la révolution était ouvertement mis en évidence dans cette catastrophe qu'est la guerre et que celle-ci était un stimulant pour la révolution. C'est précisément ce qui se passera avec la défaite révolutionnaire des forces armées du capitalisme sur tous les fronts. Cependant, jamais Flores Magon ne considéra l'armée adverse comme étant de notre côté, de même que jamais il ne fit l'amalgame entre les armées qui s'entretuaient et les actions spécifiques des soldats qui tiraient contre leurs officiers.

D'ailleurs, le fait que les soldats se rebellent est toujours un produit du fait que l'armée est frappée, qu'elle subit des pertes ou, quelles qu'en soient les raisons, que les armées se décomposent. Plus les armées bourgeoises subissent de pertes (indépendamment de qui occasionne ces pertes), plus s'affirme la perspective de la défaite révolutionnaire de toutes les armées, plus le prolétaire en uniforme se voit obligé de rompre la discipline et de se plier à la lutte révolutionnaire du prolétariat. Le soldat comme le policier, même s'il est de basse extraction sociale, défend les intérêts du capital, jusqu'à ce que les coups que prennent les corps de répression auxquels il appartient l'obligent à trahir ceux qui l'ont obligé à trahir sa classe. Ou, dit d'un autre point de vue: seule la force et la puissance du prolétariat comme classe agissant contre l'Etat permettra de récupérer nombre de ceux qui aujourd'hui sont complices de l'oppression bourgeoise et les forcera à lutter pour la révolution.

Notre position est celle du défaitisme révolutionnaire et c'est pour cela que chaque coup qui accélère la défaite de notre Etat qui, aujourd'hui même, réprime en Irak, est le bienvenu et ce, malgré que, à maintes reprises, ce coup soit porté par des prolétaires encadrés par des forces bourgeoises. Nous insistons, c'est notre Etat qui applique la terreur contre nos frères de classe.

En réalité tout processus révolutionnaire doit beaucoup à cette décomposition des forces répressives causée non seulement par le prolétariat en armes, mais aussi par d'autres fractions bourgeoises. Il serait absurde de prétendre que le processus qui a conduit à ce qui s'appelle la révolution russe et, particulièrement l'écroulement de l'historique appareil répressif de ce pays (qui, comme on le sait, constituera une impulsion décisive pour la lutte révolutionnaire dans le monde entier) ait été réalisé exclusivement par des prolétaires militants faisant partie d'organisations révolutionnaires. Au contraire, il y eut des prolétaires qui se soulevèrent et participèrent à des actions directes contre l'appareil répressif et/ou l'armée, au nom de la religion ou encadrés par des partis bourgeois tels les mencheviks, les cadets, les socialistes révolutionnaires de droite ou par des populistes de tous types. Précisément, une révolution est ce processus par lequel les prolétaires encadrés dans différents types de partis, y compris des partis bourgeois, des partis religieux et même par des curés ou des imams, luttent par tous les moyens contre l'Etat. C'est au cours de cette lutte que le prolétariat s'organise en tant que classe, définit son programme et pousse les prolétaires encadrés par d'autres forces à lutter pour la révolution communiste. C'est-à-dire tout le contraire d'une lutte pure du prolétariat qui ne peut exister que dans les histoires livresques ou dans la tête des anarchistes de salon. Ce serait une absurdité de réécrire l'histoire de la destruction de l'armée russe en classant les actions en fonction de qui les aurait réalisées, en distinguant les actions réalisées par "les véritables prolétaires" de celles réalisées par "les prolétaires encadrés dans des organisations terroristes bourgeoises"!

Nous pourrions multiplier les exemples historiques dans lesquels des secteurs qui ne sont pas prolétaires coupent la tête de tyrans ou de tortionnaires. Dans tous ces exemples nous pourrions démontrer que le fait d'insister (et se réjouir) sur le fait que ces actions foutent un coup aux forces répressives -comme l'ont fait les révolutionnaires de tous les temps- ne signifie pas nécessairement soutenir ceux qui les réalisèrent et, encore moins appuyer le programme, très souvent ouvertement contre-révolutionnaire de ces organisations.

Précisément, ce que font la répression et l'Etat bourgeois, c'est cet amalgame entre toute expression de sympathie pour une action "terroriste" qui met fin à la vie d'un quelconque sbire du capital et l'action de groupes révolutionnaires du prolétariat. Et cela peut se faire parce que l'opinion publique est forgée/éduquée dans cet amalgame, parce que pour l'Etat, toute remise en question du monopole de la violence c'est du "terrorisme".

Dans ce sens, camarades, bien que la discussion que vous exposez soit extrêmement intéressante et pertinente, et nous tenterons d'ailleurs d'aller plus loin dans ce qui suit, il nous semble totalement incorrect d'utiliser le terme "amalgame" dans le sens où vous le faites à propos de nos positions. Nous n'amalgamons RIEN; nous avons pleinement conscience que, bien que tout acte de lutte contre les forces répressives en Irak coïncide avec les intérêts du prolétariat dans ce pays et dans le monde et jouisse de la sympathie des révolutionnaires de tous les pays, ils ne sont pas tous effectués par des prolétaires organisés comme tels, et nous savons que, dans la plupart des cas, ceux qui les réalisent sont encadrés par des forces bourgeoises comme les flics de Saddam Hussein, les marxistes-léninistes, les islamistes ou autres nationalistes.

Il ne nous semble pas correct

Relisant le texte que vous nous avez envoyé, nous sommes arrivés à la conclusion que tant votre manière de présenter l'invasion que votre façon de traiter la lutte du prolétariat ne nous semblent pas correctes. Concernant le premier point, il nous semble que vous n'insistez pas assez sur le caractère répressif (contre le prolétariat) de l'invasion et donnez trop d'importance au changement de fractions bourgeoises; concernant le second point, il nous semble que vous sous-estimez la lutte et la conscience de classe du prolétariat en Irak.

C'est pour cela qu'il nous paraît incorrect que vous parliez d'amalgame lorsque vous vous référez à notre position (celle de Arde, du GCI et de bien d'autres noyaux qui insistent sur l'importance de la lutte pour défaire les forces répressives en Irak... celles-là mêmes qui nous répriment partout dans le monde!). Nous pensons que votre analyse ne tient pas suffisamment compte du fait que la guerre en Irak, comme nous le disions dans notre article " n'est pas seulement une guerre généralisée entre divers capitaux s'affrontant pour conquérir du monde et éliminer leurs adversaires dans une course folle, elle ressemble également furieusement à une opération de police comme il s'en passe quotidiennement dans les villes de Sao Paulo et de Rio où les escadrons de la mort...".

C'est-à-dire que vous voyez comme raison principale de l'invasion la question interbourgeoise (comme tous les médias) alors que la monopolisation de la violence que l'Etat mondial veut réimposer en Irak contre différentes fractions de la bourgeoisie et du prolétariat clame la même chose que les actions répressives au Brésil: "Vous êtes incapables d'imposer l'ordre à vos prolétaires, c'est pour cela que nous intervenons et c'est pour cela que ça nous emmerde que vous ayez des armes ". Ainsi, vous présentez l'invasion comme si elle avait pour unique objectif le changement de direction de l'Etat, ("effacer de la carte les 4 petits chefs,... épurer l'administration...") et seulement au second plan, vous rajoutez "changer le nom et la forme des institutions ainsi que des corps de sécurité afin qu'ils soient plus utiles pour contrôler le prolétariat ".

Nous pensons que c'est le contraire: la répression du prolétariat impliquait une nouvelle direction de l'Etat. Durant des décennies, ils ont parié sur la capacité de la fraction de Saddam Hussein à contrôler le prolétariat, ils l'ont appuyée dans tous les grands moments de crise sociale et politique et, cependant, à chaque fois, se sont multipliés les groupes incontrôlés de tous types. Le temps de réorganiser le monopole de la violence était arrivé et s'est basé cette fois sur les opposants historiques à Saddam Hussein qui, d'une manière ou d'une autre (guerre nationaliste permanente), semblaient avoir obtenu plus que lui: Barzani et Talabani avaient réussi à réimposer l'ordre bourgeois (bien que de manière relative) au Kurdistan irakien.

C'est-à-dire que vous ne tenez pas suffisamment compte du fait que c'est l'Etat mondial, celui-là même qui nous réprime ici, contre lequel nous luttons, qui envahit l'Irak pour réprimer un prolétariat qui, depuis des décennies, se démarque par sa combativité, son insoumission. Il ne nous semble pas correct que vous ne disiez nulle part que les forces répressives qui vont en Irak sont celles qui répriment en Espagne, en Pologne ou aux Etats-Unis (même commandement général, mêmes armes, mêmes objectifs,...) et que la lutte pour leur défaite est la même que la lutte que nous développons ici contre ce même ennemi. Nulle part vous ne dites que les prolétaires en Irak qui luttaient pour la défaite de Saddam Hussein luttent, naturellement, pour la défaite des envahisseurs.

Si, en Europe, comprendre que la Coalition est là-bas pour réprimer peut être réservé à quelques groupes plus ou moins révolutionnaires, en Irak, personne n'en doute. Tous savent qu'un Saddam était possible grâce à l'appui du Pentagone, que les islamistes radicaux se sont développés grâce à l'appui total donné par les Etats-Unis, que les grands leaders des partis nationalistes kurdes ont toujours travaillé main dans la main avec les forces du Ministère de la Défense des USA (déjà dans les années '50, Barzani père était un agent des services secrets américains, et Talabani, aujourd'hui président d'Irak, embrasse Saddam Hussein alors qu'au même moment, ce dernier perpétrait les plus grands massacres). En Irak, tout le monde sait qu'en 1991 l'armée US n'a pas attaqué la garde de Saddam mais massacré sans pitié les prisonniers politiques pour leur insoumission, désertion et rébellion, prisonniers que la Garde Républicaine avait placés sur le front, dans les tranchées, et tout le monde sait également que c'est l'armée US qui a arrêté la guerre pour permettre à la Garde Nationale de faire demi-tour et d'aller attaquer les villes et quartiers tombés aux mains des prolétaires insurgés.

La manière dont vous expliquez la lutte contre les oppresseurs ne nous semble pas correcte. C'est comme si le prolétariat avait reçu la Coalition et le saut de qualité dans le terrorisme d'Etat qu'a signifié l'invasion, avec une certaine neutralité, comme si le prolétariat ne savait pas par avance ce qui arrivait, comme si l'aggravation de la crise économique avait été nécessaire pour expliquer la réémergence spontanée du prolétariat. Cf.: "Les prolétaires, de manière générale, reçoivent froidement la Coalition et se maintiennent dans l'expectative face au développement des événements" et ensuite le point intitulé "Détérioration des conditions de vie et généralisation et intensification des attaques contre la Coalition". C'est-à-dire que vous ne voyez pas " l'important mouvement de pillages et attaques des propriétés dans les principales villes irakiennes " comme une partie de la lutte prolétarienne contre Saddam et conjointement contre la Coalition, même si, d'un autre côté, vous reconnaissiez vaguement que "les pillages peuvent être (et dans ce cas il semble qu'ils l'aient été) des expressions de rejet, de négation des structures et rapports capitalistes".

Vous admettez que c'étaient des expressions de négation des structures et rapports capitalistes, cependant vous ne tenez pas compte du fait que cela impliquait attaquer non seulement les forces de Saddam mais toutes les forces bourgeoises et particulièrement religieuses qui recevaient la Coalition les bras ouverts. Lorsque vous dites: " Les troupes de la Coalition ... ne furent reçues ni chaleureusement, ni hostilement ", vous ne tenez pas compte que toutes les forces complices de la Coalition en Irak étaient attaquées en même temps, et que c'était, à ce moment là, l'unique possibilité pour le prolétariat de manifester son hostilité à la Coalition.

Que vouliez-vous? Que le prolétariat fasse un front militaire contre la Coalition? De la même manière qu'en Irak chacun savait que la Coalition venait pour réprimer, chacun savait aussi qu'il était impossible d'arrêter l'avancée des troupes et que la meilleure manière de l'affronter c'était en tant qu'armée d'occupation.

L'hostilité du prolétariat face à l'envahisseur répressif se manifesta de la seule manière rationnelle et ayant des possibilités de réussite. Nous ne voyons pas sur quelle base vous méconnaissez ce niveau de conscience totalement élémentaire du prolétariat: il est impossible d'affronter la coalition militaire la plus puissante de l'histoire en tant qu'armée, la seule façon de le faire c'est lorsque cette coalition assume ce qu'elle est venue faire comme flic et réorganisateur de l'Etat (mondial) en Irak.

Non, ce n'est pas seulement l'armée irakienne qui décida de ne pas combattre sur la base d'une guerre de front, toutes les organisations, associations prolétariennes de tout type savaient que la seule manière de combattre était celle qui allait se développer par la suite. Pourquoi expliquer cette action qui se vérifia par la suite, comme une sorte de simple réaction face à la détérioration continue du niveau de vie 7 et à la domination des troupes d'occupation? Pourquoi penser que le prolétaire irakien moyen serait idiot au point de croire que les militaires des troupes d'invasion venaient seulement faire ce qu'ils avaient annoncé?

Il nous semble que ces erreurs d'appréciation vous amènent à classer les affrontements aux corps répressifs en:

a. les actions attribuées au prolétariat "contraint par les circonstances et non [fruit] d'un quelconque plan de "résistance" ou "insurrectionnel"... des actions éparpillées et le plus souvent spontanées..."

b. les actions et attaques indiscriminées... dans lesquelles vous mettez aussi l'attentat contre l'ONU, l'ambassade de Jordanie et "surtout le brutal attentat contre le sanctuaire chiite à Najaf ".

"Lorsque les nôtres meurent, nous devons pleurer; mais lorsque meurent les imbéciles qui vont lutter pour le renforcement de leurs propres bourreaux, nous devons rire au contraire: moins nous rencontrerons d'obstacles dans notre lutte pour la destruction du système actuel... Ce ne sont pas nos frères qui périssent par milliers sur les champs de bataille d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Océanie. Ce sont nos ennemis; ce sont ceux qui veulent faire perdurer ce système qui nous méprise; ce sont les laquais du capital, l'église et l'autorité."
 

Ricardo Flores Magon
Regeneracion N°202,
14 novembre 1914

 

C'est comme si le prolétariat ne pouvait agir que poussé par le mécanisme d'action/réaction, "spontanément", ici compris comme n'ayant aucun type de plan ni de conscience et sans perspective; alors qu'en réalité, la conscience la plus élémentaire du prolétariat identifie clairement le gouvernement actuel en Irak comme le véritable continuateur de Saddam Hussein.

Nous pensons que la classification que vous réalisez entre les attentats prolétariens et les autres, que vous qualifiez d'indiscriminés, ne tient absolument pas compte du fait que la grande majorité des actions visent les corps répressifs: armées d'invasion, escadrons de la mort, tortionnaires mercenaires étrangers, hommes d'affaires et journalistes étrangers, mais aussi l'armée et la police nationale en reconstitution : centres de formation de tortionnaires, centres de dressage de l'armée et de la police, centres de recrutement de l'armée et de la police...

Nous pensons que vous vous basez trop sur ce que dit la grande presse qui, lorsqu'il y a un attentat, s'empresse de donner le nombre de morts occasionnés parmi les civils, alors que dans des centaines de cas, on apprend par la suite et via une presse moins grande ou des chaînes de diffusion critiques de l'invasion, qu'en réalité il s'agit d' "une école de police", d' "un centre de recrutement", d' "un commissariat", d' "un centre d'habitation où résident des officiels de l'armée", d' "un local du parti de Talabani où sont formés et armés les oppresseurs"...

Une étude détaillée des actions que vous qualifiez de "terroristes" (nous sommes forts surpris que vous utilisiez sans guillemets cette expression " si amalgamiste " que nos ennemis ont imposée à l'opinion publique!) montre clairement que la plupart des bombes qui explosent (et qui ne sont pas directement l'uvre de la Coalition!) ont pour objectif ces centres de répression ou de formation et recrutement des corps répressifs... et la majorité des civils morts (non directement assassinés par les forces de la Coalition ou les forces répressives kurdes de Talabani) ne sont pas aussi civils qu'ils le prétendent (nous savons que la falsification est leur spécialité): ce sont des mercenaires étrangers ou nationaux.

Cette vision d'une guerre entre les occupants et les "terroristes" est une vision assez courante en Europe, aux Etats-Unis, en Australie, au Japon... bref, dans les pays où tous les médias sont monopolisés par les forces de la Coalition. Dans d'autres lieux où existent d'autres types de moyens de diffusion (également bourgeois mais de tendance "antiyankee", anti-israélienne ou pseudo anti-impérialiste) cette vision est insoutenable simplement parce que les mêmes faits sont toujours expliqués sans le filtre sévère du Pentagone et de la CIA. C'est ce qui arrive lorsqu'on lit la presse d'Amérique Latine ou que l'on regarde la chaîne d'Al Jesira ou d'autres sources arabes.

Nous en avons souvent fait la preuve. Ainsi, face à l'annonce officielle d'un massacre de civils, nous sommes allés chercher l'information sur internet. Dans la majorité des cas, on cachait qu'il s'agissait d'une attaque contre les forces répressives, dans d'autres, le massacre était dénoncé comme une uvre d'un bombardement aérien des troupes de la Coalition.

Au moment ou nous écrivions ces notes, le fait suivant se produisait. Tous les médias européens annonçaient, le lundi 8 mai 2005, la mort, durant le week-end, de 75 combattants terroristes et de deux soldats nord-américains. Nous, de notre côté, sommes allés chercher " Irak " sur Google et nous y avons découvert la version suivante: "il y eut au moins 11 soldats nord-américains qui furent liquidés; du côté des groupes islamistes aucune perte n'est reconnue, par contre il est fait état de massacre de civils."

Camarades, ne soyez pas aussi crédules face aux allégations de la presse de votre propre pays. N'oubliez pas que cette opposition entre "forces de l'ordre et terroristes" est le mensonge classique des médias à la solde du terrorisme d'Etat: "les groupes terroristes tuent des civils". N'oubliez pas qu'il en était de même durant l'époque de Videla en Argentine où les médias expliquaient la mort d'innocents par la lutte entre groupes armés de gauche et de droite (le Parti "Communiste" argentin disait la même chose!) et, par la suite, l'on sut que le massacre de civils était l'uvre exclusive de l'Etat avec, en plus, l'appui des Etats européens et des Etats-Unis. N'oubliez pas que quelques années plus tard, on racontait la même chose au Pérou et on imputait à la guérilla différents massacres, parfois de villages entiers et, par la suite, on apprit que les seuls qui tuaient ces civils, c'étaient les forces de l'Etat. N'oubliez pas que la même chose se disait concernant l'Algérie et que, par la suite, il y eut confirmation que les massacres étaient perpétrés par des généraux de l'armée algérienne mais également sous l'égide de l'Etat français.

Pour terminer, nous voulons souligner que dans vos conclusions IL NE NOUS SEMBLE PAS CORRECT QUE:

- vous limitiez la portée du terrain de classe du prolétariat à l'amélioration des conditions de vie, comme si la lutte ouverte contre tous les appareils répressifs de l'Etat mondial était en dehors de cela;

- que vous parliez de "groupes terroristes" avec tout ce que cela implique comme concession à la terminologie bourgeoise à la mode et comme si la terreur avait en soi un contenu de classe;

- qu'en mentionnant le cas de prolétaires qui ne trouvent du boulot que dans les corps de police, vous ne mettiez pas en évidence que, ceux qui agissent de la sorte en Irak, prennent les armes pour réprimer leurs frères de classe et qu'ils sont objectivement des ennemis du prolétariat ;

- que vous considériez la distinction entre collaborationnistes et non collaborationnistes, comme une division (arbitraire ou objective?) opérée par les groupes "terroristes" (!), comme s'il était possible de travailler pour la Coalition sans participer ouvertement à la répression contre-révolutionnaire.

Contrairement à ce que vous suggérez et/ou manifestez, cette condamnation des collaborationnistes avec la terreur d'Etat en Irak n'est pas un produit des " terroristes "; dans tout quartier prolétarien, ceux qui servent les oppresseurs occupants étrangers sont considérés comme ennemis et, la plupart du temps, se font lyncher. De quelle autre manière peut-on considérer ceux qui collaborent avec ceux qui bombardent ces quartiers depuis 19918 !? Citons Fernando Baez, spécialiste "de l'UNESCO et expert international de bibliothèques" qu'on ne peut suspecter d'être "terroriste", et qui visita Bagdad afin de constater la destruction subie par cette ville où, en l'an 3200 avant Jésus Christ, fut inventé le premier livre!: "On sait que deux ou trois soldats nord-américains meurent chaque jour mais on ne présente pas les chiffres élevés de blessés et de mutilés, on ne dit pas que quarante soldats se sont suicidés à cause des horreurs qu'ils voient, on ne dit pas qu'il y a plus de trente attaques en permanence et que ceux qui collaborent avec les occupants étrangers sont lynchés par leurs voisins".9

Nous considérons que la défaite de l'Etat d'Irak et de toutes les forces répressives qui l'appuyent est une tâche centrale du prolétariat, non seulement en Irak mais dans le monde entier. Nous considérons totalement légitime que le prolétariat considère comme traître à sa classe et à sa lutte tout prolétaire qui vend sa force de travail aux forces de la Coalition dont l'objectif est de liquider la force du prolétariat en tant que classe.

Vous paraissez surpris par le fait que l'on assassine des travailleurs qui travaillent pour la Coalition et plus surpris encore qu'on ne liquide "pas seulement des étrangers". Comme si les mercenaires n'avaient pas toujours été originaires de n'importe quel pays et particulièrement du pays qui, lui-même, est envahi ! Vous ne vous souvenez pas du Vietnam et de la quantité de mercenaires de ce pays qui priaient leurs employeurs de l'ambassade des Etats-Unis de ne pas les abandonner. Toute invasion se consolide en mettant à son service les travailleurs du pays; tout massacre jouit toujours d'appuis nationaux.

Nous pensons que la division que vous faites entre étrangers et nationaux est totalement incorrecte et il est logique que les prolétaires en Irak ne la fassent pas. Bien avant l'invasion, les groupes internationalistes ou les shoras radicales du mouvement de 1991 considéraient les islamistes de tous poils et de toutes couleurs comme des ennemis ainsi que les forces nationales qui, aujourd'hui, sous la direction de Talabani, collaborent à la répression effectuée par la Coalition. Le collaborationnisme n'est pas (et n'a jamais été) une invention de "terroristes", comme on voudrait nous le faire croire. Par contre, dès le début, des forces comme les nationalistes kurdes ou le PC irakien, étaient ouvertement du coté de la Coalition. C'est pour cela qu'il y a et qu'il y eut des attaques contre leurs locaux, leurs forces armées (peshmerga), leurs centres d'information et de recrutement.

AUTONOMIE DU PROLÉTARIAT VERSUS GUERRE POPULAIRE

Ces clarifications étant faites, il nous semble important d'aller un peu plus loin dans l'analyse effectuée dans notre article.

L'invasion et l'occupation militaire d'un pays, quel que soit le rapport de force entre les classes de ce pays, est un coup porté à l'autonomie du prolétariat parce que:

1. cela tend à présenter l'envahisseur comme ennemi principal (spécialement quand ce dernier assure directement la répression quotidienne, le terrorisme d'Etat, l'administration de la justice et des prisons).

2. cela permet un certain ravalement de façade de la bourgeoisie qui joue la carte nationale et particulièrement des fractions qui se définissent contre l'envahisseur, polarisant la société dans la contradiction: pour ou contre l'envahisseur.

3. cela fait coïncider dans l'action contre l'envahisseur/oppresseur des bourgeois et des prolétaires : coïncidence dans l'affrontement militaire, dans la lutte pour les armes, le fait de se retrouver dans les mêmes prisons et soumis à la même torture.

4. cela renforce toutes les idéologies contre-révolutionnaires: nationalistes, racistes, xénophobes, ethnocentristes,... ainsi que les contradictions entre "nations", "religions", "cultures", "ethnies",...

Ces éléments ainsi que d'autres que nous ne pouvons détailler ici, poussent à la transformation de la guerre de classe en guerre interbourgeoise. De la même manière que les fractions les plus décidées du prolétariat cherchent en toutes circonstances à diriger le processus contre le capital dans son ensemble et, par conséquent, contre toutes les fractions bourgeoises, et que pour cela, le plus important est la généralisation et l'internationalisation de la lutte prolétarienne10, il est logique que les fractions bourgeoises les plus lucides du capital mondial tentent de canaliser toute lutte prolétarienne (qui, dans un ou plusieurs pays, remettent l'ordre capitaliste en question) vers une guerre inter-bourgeoise. Toute invasion d'un pays où la lutte du prolétariat passe par une phase de grand développement tend objectivement à transformer la guerre sociale en guerre inter-bourgeoise. Il est donc logique que les fractions bourgeoises qui envoient des troupes pour liquider la lutte du prolétariat dans d'autres pays conçoivent non seulement la liquidation directe de cette lutte mais également la repolarisation de la société au bénéfice du capital. Pour cela, elles comptent évidemment à la fois sur les services de leurs agents directs (et/ou les secteurs de la bourgeoisie qui bénéficient des relations avec ce gendarme international) et sur la bourgeoisie "anti-impérialiste", avec ses théories de front populaire ou de front unique anti-impérialiste, qui cherchera à recrédibiliser la lutte "contre l'empire".

La dite première guerre mondiale fut transformée en guerre révolutionnaire contre la bourgeoisie mondiale grâce à l'action de défaitisme révolutionnaire qui se développa de toutes parts.

 

La guerre sociale qui atteint son expansion maximale au début des années 1930 en Espagne est en fin de compte liquidée sur base de sa transformation en une guerre interbourgeoise (fascisme/antifascisme). Dans ce dernier cas, même si on ne peut pas dire que l'attaque des forces étrangères (italiennes et allemandes) et des troupes d'autres origines mais sous le drapeau espagnol, soit l'élément décisif de cette transformation étant donné que le front-populisme était déjà très puissant, il n'y a aucun doute sur le fait que l'intervention externe a donné encore plus de force au nationalisme bourgeois et à la théorie du moindre mal défendue depuis bien longtemps par les républicains, les social-démocrates (y compris nombre de ceux qui se disaient libertaires, anarchistes et anarcho-syndicalistes) et les staliniens (qu'ils s'appellent communistes, trotskistes, poumistes) contre les positions prolétariennes. Face au développement des événements du 19 juillet 1936, cette présence militaire d'un côté et la menace de l'intervention franco-britannique de l'autre (c'est-à-dire de toutes les grandes puissances européennes11) seront les arguments de force des partisans du moindre mal pour imposer dans la CNT la ligne contre-révolutionnaire, contre le "ir por el todo" (le tout pour le tout) défendu par le prolétariat. Comme on le sait, la participation décisive de la CNT à la guerre et à l'Etat bourgeois mettra la révolution au rancart et rendra possible la transformation de la guerre sociale en guerre inter-bourgeoise.

Il n'y a pas de grandes études sur ce sujet mais il nous paraît fondamental d'approfondir ce processus de transformation de la guerre bourgeoise en guerre contre la bourgeoisie et vice versa. De chaque grand exemple historique nous pourrions tirer des leçons. Mentionnons juste deux exemples que notre groupe encourage à étudier sur base de cet axe:

- Quand commence la guerre française et puis américaine au Vietnam, il existe un certain niveau de lutte autonome du prolétariat non encadré par le stalinisme ou du moins fortement critique à l'encontre de Ho Chi Min et des siens. Après des années de massacres et de bombardements, l'impérialisme occidental ne parvient pas à gagner la guerre mais réussit à liquider la polarisation antérieure et à imposer la polarisation inter bourgeoise, ce qui, en même temps, facilite l'action du stalinisme tendant à supprimer l'action autonome du prolétariat et à imposer la guerre populaire prolongée. Ainsi l'impérialisme nord-américain perdra la guerre mais atteindra son objectif principal : la transformation de la guerre sociale en guerre impérialiste qui, comme nous le savons, déboucha sur l'imposition de la paix impérialiste qui, en dernière instance, est l'objectif central de toutes les forces du capital.

- Evidemment, l'action du gendarme impérialiste israélien (l'Etat d'Israël) qui agit comme force d'occupation dans tout le Moyen-Orient, a ce même objectif, souvent en opposition et à la fois de manière complémentaire à d'autres forces étatiques de la région comme d'autres Etats, entre autres l'OLP, etc.

En Irak, cette transformation est évidemment en jeu. La guerre Iran-Irak avait déjà cet objectif pour contrer un moment de forte lutte du prolétariat de la région. Il ne faut pas oublier que l'Etat des Etats-Unis, particulièrement touché par la chute du Shah, avait déjà tout fait pour imposer cette guerre. Quelques années plus tard, c'est lui qui constitue la Coalition de 1991 et place, particulièrement dans les régions où il y a le plus de désertions et de lutte contre la guerre, des centaines de milliers de flics pour massacrer. Immédiatement après, les forces impérialistes de différents Etats appuient tacitement les massacres opérés par Saddam Hussein tout en aidant militairement les forces nationalistes kurdes, regroupées dans un parlement, à désarmer le prolétariat. Face aux difficultés rencontrées par ce dernier, une nouvelle guerre entre groupes nationalistes est décrétée dans laquelle nous devons souligner que les Etats-Unis soutiennent les deux camps (celui de Barzani ainsi que celui de Talabani) tant sur le plan de l'armement que sur d'autres plans.

Il est difficile, dans cette situation, d'évaluer la capacité du prolétariat à continuer à s'affronter à toutes ces forces impérialistes du capital mondial et national tout en approfondissant son autonomie et sa lutte contre les fractions bourgeoises d'opposition à cette nouvelle reconstruction de l'Etat. Cependant, une étude sommaire d'exemples semblables qui parsèment l'histoire de la lutte des classes nous permet d'affirmer que:

- la répression subie par le prolétariat dans ce pays est impressionnante; celle-ci cherche à rendre chaque fois plus difficile la lutte prolétarienne autonome et à affirmer la guerre comme guerre contre l'occupant, comme guerre populaire.

- cette autonomie ne peut s'affirmer qu'avec la défaite révolutionnaire des forces militaires d'occupation et, par conséquent, de toutes les forces policières et militaires en présence.

- cela n'est possible que par le développement international du défaitisme révolutionnaire mené par le prolétariat, comme de 1914 à 1917; dans le cas contraire, l'isolement de cette situation dans un seul pays, à long terme (comme dans le cas du Vietnam), tend à liquider le prolétariat en tant que classe.

Ce qui fortifie la tendance à la guerre impérialiste, c'est justement l'incompréhension mondiale qu'a notre classe de la lutte du prolétariat en Irak. Celui-ci affronte, dans une situation d'isolement immense, l'une des plus grandes coalitions répressives de l'histoire. Le fait que les prolétaires, ailleurs dans le monde, croient au mythe qui veut qu'en Irak l'affrontement se joue entre forces de l'ordre démocratique et terroristes, est le plus grand obstacle à la solidarité de classe. Et le pire est que c'est précisément dans les pays dont les Etats envoient des forces répressives en Irak que ce mythe est le plus puissant. C'est aux Etats-Unis, en Europe, au Japon, en Australie,... que l'on croit le plus à l'histoire telle que la dessine publicitairement le Pentagone, de la "lutte contre le terrorisme". C'est pour cela que c'est de ces pays que sont envoyés les assassins de nos frères de classe. De là l'importance de ce que l'on peut et doit faire dans ces pays pour que les prolétaires cessent d'être complices des objectifs répressifs et impérialistes de leur Etat et se transforment en force révolutionnaire contre l'ennemi commun: le capital et ses appareils répressifs internationaux.

E) CERTAINS ASPECTS A SOULIGNER ISSUS D'AUTRES CONTRIBUTIONS

Nous ne pouvons pas exposer ici toutes les contributions qui ont participé à cette discussion internationale. Nous tenons néanmoins à souligner la position d'un autre collectif de camarades qui se limite volontairement à "réfuter 3 points que les camarades cités estiment être peu importants (ou dans leur cas, de quantité réduite) dans la lutte prolétarienne en Irak, à savoir les pillages, les sabotages et les attentats":

LES PILLAGES

Lorsque nous affirmions que "après une semaine durant laquelle la rupture du prolétariat avec les rapports capitalistes a été claire...", nous voulions mettre en relief le fait que, durant cette semaine, les prolétaires avaient imposé, de manière généralisée, leurs nécessités à celles du capital. Ils ont rompu certains rapports que leur impose l'échange : ils ont interrompu les marchés et les magasins et arrêté la majeure partie des travaux pour se réapproprier ce dont ils avaient besoin (aliments, vêtements, médicaments dont ils sont privés,...) et tout ce qu'ils désiraient. D'autre part, ils se sont attaqués aux symboles les plus visibles du pouvoir bourgeois qui, depuis des années, les accablaient. C'est ce double aspect indivisible qui donne une importance qu'il faut souligner dans la manifestation des "pillages" (d'un côté, l'appropriation généralisée de ce dont la propriété privée nous prive et nous empêche de jouir et, de l'autre, l'attaque, elle aussi généralisée, des symboles représentatifs du pouvoir qui perpétuent, par la force, cette condition). Nous voyons dans ces troubles un moment où les nécessités humaines tentent de s'affirmer contre les lois de la dictature du capital. En Argentine, à Haïti, dans différents coins d'Afrique..., les "pillages" présentent ce double caractère. Bien entendu, cette affirmation pratique comporte de grandes limitations. Le manque de perspective empêche de donner l'issue révolutionnaire que la destruction consciente de la propriété privée exprime; la grande faiblesse de la conscience de classe conduit à ce que de nombreux pillages affectent notre classe et à ce que notre ennemi ne soit pas désigné dans sa totalité ; en conclusion, le manque de direction révolutionnaire, l'incapacité de mener cette affirmation à ses conséquences les plus élevées, en arrive à ce qu'une fois passé "le moment critique", les choses retournent à la normalité. Nous ne nions pas, loin de là, la présence dans ces événements de manuvres bourgeoises et les tentatives de certaines factions de s'enrichir en profitant du chaos, comme cela a pu se passer concrètement dans certaines expressions en Irak.

LES SABOTAGES

Il nous semble incorrect de nier le caractère classiste de la majorité des sabotages parce que "les sabotages continuels des installations électriques semblent être une des raisons à la pénurie d'électricité domestique et également de la pénurie d'emploi, et ils pourraient facilement être l'uvre de bassistes, désireux de tirer parti du mécontentement pour susciter la nostalgie du régime de Saddam". De cette hypothèse ressort une conclusion générale qui lie ces sabotages à ceux de nos ennemis.

Il y a évidemment des sabotages qui sont le fruit de fractions bourgeoises qui cherchent à équilibrer le rapport de force en faveur de la bourgeoisie (quelle que soit la faction spécifique qui les fait ou en tire avantage). Ces sabotages-là, sur le terrain, sont souvent facilement reconnaissables et cherchent clairement à faire directement ou indirectement du mal à notre classe. Le sabotage des conduites d'eau vers les villes qui laisse celles-ci totalement à sec et ses terribles conséquences, est un exemple limpide et direct.

D'autre part, en totale opposition à cela et en bien plus grand nombre, s'organisent d'autres sabotages. Les attaques incessantes contre les conduites de pétrole destiné à l'exportation ou contre les pylônes électriques qui ravitaillent ces champs pétrolifères, comportent, dans leur grande majorité, toutes les composantes d'une réponse de notre classe. Surtout lorsque les sabotages ont lieu en parallèle avec des conflits et des grèves de travailleurs liés aux installations pétrolifères et aux raffineries. L'arme principale qu'utilise la Coalition pour tenter de combattre ces sabotages nous donnent également quelques pistes: "concessions" au prolétariat, licenciements et répression des travailleurs de ces secteurs. Depuis fin 2003, une nouvelle menace s'est ajoutée: dans le cas où les manifestations et les sabotages se maintiennent, on fait appel à des travailleurs étrangers. Ainsi, on observe qu'un grand nombre de sous-contrats ont été délivrés à des travailleurs provenant principalement d'Inde et du Pakistan, pour remplacer ces irakiens "inefficaces", ce qui a provoqué une intensification des manifestations et des sabotages.

Il est évident que ces sabotages n'affectent pas uniquement le pétrole destiné à l'exportation, ils affectent également celui destiné à la consommation interne. La Coalition et la presse n'ont eu de cesse de marteler que le manque d'approvisionnement portait préjudice à tous les habitants des villes (combustible pour les transports, pour le chauffage des maisons,...). Ce sur quoi ils insistent nettement moins c'est que: 1- Dans certaines villes, c'est eux qui consomment la quasi totalité du carburant (pour leurs véhicules, leurs tanks, leurs bases...) pour réprimer les prolétaires, 2- Et que dans d'autres villes, le prix exorbitant transforme tout combustible en un objet de luxe, inaccessible à la grande majorité des prolétaires.

Il y a également un grand nombre de sabotages et de manifestations dans les principaux ports d'Irak qui répondent aux intérêts de notre classe. Incendie ou pillage des ravitaillements destinés aux armées dans le port de Umm Qasr, refus de transporter les ravitaillements pour les armées (d'où le fait que la quasi totalité des travailleurs assumant cette fonction soient étrangers et que bon nombre d'entre eux fassent partie de services de sécurité privée),... Le problème ici, c'est que bien souvent les forces de la coalition résolvent leurs problèmes dérivés de ces sabotages en chargeant, pour son propre ravitaillement, des aliments destinés aux villages et aux villes. Ce problème met le doigt sur le faible niveau d'organisation de notre classe.

 

On constate aussi divers sabotages contre les véhicules, les maisons ou les bureaux de certains bourgeois, ou encore contre les communications de forces de la coalition, qui sont liés aux luttes menées dans chaque zone. C'est ce qu'on a pu constater à Bassora, où les sabotages contre les maisons des représentants et administrateurs de différentes usines se faisaient parallèlement aux luttes contre ses entreprises, luttes motivées dans un premier temps par les licenciements et le niveau d'exploitation. Ainsi, par exemple, les luttes pour l'électricité à Bassora se sont accompagnées de diverses gâteries à l'intention de ses bourgeois, de leurs bureaux et, de leurs maisons particulières (et ce malgré la violence déployée par les milices patronales de sécurité).

LES ATTENTATS

C'est une réalité historique: le prolétariat vise toujours à réaliser des actions "propres", n'atteignant que ses ennemis et si, par hasard, des prolétaires devaient être touchés, cela mériterait des explications de la part des assaillants. Il est néanmoins incontestable que cela est en relation directe avec le niveau de conscience qu'à notre classe. Nous savons très bien quel est le niveau de conscience générale qui s'impose aujourd'hui dans le monde et il est évident que l'Irak n'échappe pas à cette caractéristique générale (comme, par contre, ce fut le cas en 1991).

Tels que se développent aujourd'hui les événements en Irak, il ne serait pas correct de définir le caractère de classe de ces actions en se basant sur le fait qu'elles seraient "propres" ou ne toucheraient pas de prolétaires. Etant donné les conditions, la conscience de classe se trouve bien en deçà des conditions de vie qui propulsent les prolétaires vers la lutte, et les choses ne vont pas comme nous voudrions qu'elles aillent. Bien sûr, il y a des cas évidents qui n'ont d'autre but que de terroriser et de diviser notre classe, comme par exemple les explosions répétées de voitures piégées devant les mosquées ou dans les centre-villes ou encore lors de certains rassemblements de personnes, la plupart exploitées (nous tenons à signaler l'augmentation, depuis quelques temps, de ce type d'actions propres à nos ennemis), ou à l'encontre de certains symboles particuliers à certaines factions bourgeoises, et dont la finalité consiste à terroriser et diviser notre classe. Cependant d'autres attentats, comme ceux perpétrés contre l'ambassade de Jordanie ou l'ONU ne contiennent pas ces caractéristiques. Et nous ne disons pas cela, loin s'en faut, parce que l'objectif serait un symbole de la bourgeoisie, comme le sont les hôtels qui accueillent l'ONU et la banque mondiale ou l'ambassade de Jordanie. Lorsqu'on analyse le caractère de classe d'une action, sans avoir de connexion directe avec les protagonistes qui mènent les luttes (comme c'est le cas pour nous en Irak) cela ne va pas de voir simplement l'objectif attaqué. Tout comme cela ne va pas de tirer des plans sur la comète pour savoir qui est derrière une action ou de se fier aveuglément aux déclarations publiées par nos ennemis. De notre point de vue, une action au plein cur de la lutte, ne peut être analysée que dans son contexte et requiert l'analyse de choses bien plus complexes: les nécessités et les intérêts existant sur le terrain, les façons dont ces nécessités et intérêts tentent de s'imposer et leurs contradictions, le développement des événements, le rapport de force. C'est en tenant compte de ces aspects au moins que nous évaluons la lutte et ses diverses expressions. Nous constatons comment avant (et après) l'attentat contre l'ambassade de Jordanie, le prolétariat continue à pointer du doigt et à protester contre la Jordanie, la désignant comme l'un des pays les plus directement impliqués dans la répression du prolétariat. Au début de la guerre, l'attitude de ce pays, qui offre refuge à des membres importants du parti Baas, est dénoncée dans certaines manifestations. Le phénomène se généralise, quelques mois après, lorsqu'on prend connaissance du soutien accordé par ce pays aux troupes de la coalition ainsi que son rôle essentiel dans l'instruction des forces de sécurité irakienne, cela conduit à des actions spécifiques contre l'ambassade (...). Rien d'étonnant donc à ce que des groupes de prolétaires décident de faire voler la dite ambassade en éclats, ni que, suite à l'explosion, des dizaines de prolétaires se joignent, comme ils le firent, à l'assaut, envahissant l'ambassade, brûlant les drapeaux du pays et les effigies de ses représentants, détruisant tout à l'intérieur ; rien d'étonnant non plus à ce que quelques semaines après il y ait aussi plusieurs incidents avec échanges de coups de feu contre cette ambassade.

Avec les attaques contre l'ONU, un développement similaire des luttes va se produire, tenant compte, en plus que c'est l'institution la plus haïe des prolétaires d'Irak depuis l'embargo pour sa complicité dans les bombardements durant cette période et pour sa collaboration dans la préparation et sa légitimation de la guerre actuelle.

C'est pour toutes ces raisons que nous ne trouvons pas correct d'attribuer ces actions à une faction bourgeoise et d'en arriver ainsi, au vu de la façon dont elles se sont matérialisées, à nier qu'il s'agit d'une expression de réponse de notre classe. Nous sommes d'accord que dans d'autres expressions, le caractère de classe apparaît beaucoup plus clairement, mais cela ne peut pas nous conduire à simplifier les choses et ne reconnaître notre classe que dans des "actions claires". Ce que nous aurions dû faire et que nous n'avons pas fait, c'est critiquer la façon dont se sont matérialisées ces attaques. A l'ambassade de Jordanie, par exemple, un taxi qui passait par là, fut touché, ses trois occupants sont morts. A l'hôtel de l'ONU, nous savons que tous les morts étaient des membres de l'ONU et de la Banque Mondiale, et que les blessés graves étaient quasi tous membres du personnel de l'ONU, de la BM ou de la sécurité (à part quelques exceptions, des journalistes de la coalition). Bien que la zone soit interdite à tout citoyen, quasiment militarisée, il ne faudrait cependant pas s'étonner si des prolétaires avaient également été touchés (selon certaines spéculations, et sans accorder beaucoup de crédit à ce genre de théories dont raffolent les médias, une des attaques contre l'ONU serait une attaque-suicide ce qui, si c'est le cas, se doit d'être sévèrement critiqué). Ce qui est indispensable et qui fait pourtant défaut à notre analyse, c'est la critique de la façon dont se sont matérialisées certaines actions de notre classe et les conséquences que cela induit.

F) LE RAPPORT DE FORCE ET NOS LIMITES

La puissance des moyens utilisés pour cacher et falsifier l'information, alliée au manque de conscience du prolétariat de constituer une classe au niveau mondial, rend, y compris au sein des minorités révolutionnaires, l'élaboration d'une compréhension spécifiquement classiste et absolument opposée à celle qui domine internationalement extrêmement difficile. D'où l'importance d'une discussion internationale, comme celle que nous avons ici.

Nous aimerions souligner certains éléments de réflexion que notre réponse a suscité auprès de l'un des camarades auquel elle était adressée: "La première chose que je voudrais vous dire, c'est que, moi, comme la majorité des travailleurs par ici, n'avons pas la moindre idée, ou si peu, de ce qui se passe en Irak ou ailleurs. Nous avons déjà si peu d'informations sur ce qui se passe autour de nous, comment avoir une idée de ce qui peut bien se dérouler à des milliers de kilomètres d'ici? Vous serez d'accord avec moi pour affirmer que la désinformation, la confusion idéologique, l'isolement et l'absence généralisée de liens sociaux constituent une arme super importante qu'utilise la classe dominante à notre encontre, avec comme résultat, pour la majorité des travailleurs, l'abattement, le manque de perspectives et le sauve-qui-peut. C'est pour ça que la communication et le débat entre prolétaires sont si importants, et c'est pour ça que je vous ai contacté et que je reste en contact avec vous. Par rapport au texte que je vous ai envoyé et que vous avez critiqué, son objectif visait à un rapprochement et à prendre malgré tout position sur l'Irak, en pleine et totale conscience de la non-fiabilité des sources utilisées (les seules disponibles, toujours les mêmes...!). A aucun moment, ce texte n'a eu la prétention d'être rigoureux, ni encore moins de porter un jugement moral, à des milliers de kilomètres des actions armées.

 

Ce qui peut nous intéresser, nous, travailleurs d'ici, concernant l'Irak ou de tout autre lieu de "conflit", ce sont évidemment les points d'identification que nous pouvons trouver avec nos propres problèmes quotidiens, une identification qui nous incite à lutter, qui nous procure confiance et perspectives de classe dans cette période assez merdique, période dans laquelle l'immense majorité des travailleurs (et surtout les jeunes, comme moi) n'a pratiquement jamais connu d'expériences de vie et de lutte collective, peu de liens sociaux, alors que nous avons encaissé le bombardement démocratiste jusqu'à l'écurement, nous laissant sans ressource pour trouver des portes de sortie au désastre de ce monde. C'est le manque de perspectives face à ce monde et cette vie toujours plus pourrie qu'utilise la bourgeoisie pour nous décourager et nous démobiliser (avec la "fin de la classe ouvrière", avec toutes les idéologies parcellisatrices, démocratistes, racistes, social-démocrates ou "anti-globalisation", avec l'action des syndicats et de la politique bourgeoise, etc.) ou pire encore, pour se présenter elle-même et toute sa machinerie étatique comme l'unique planche de salut de la "citoyenneté" contre le "terrorisme", la délinquance, les drogues, les mafias, le chômage, etc., la bourgeoisie exploite les misères inhérentes à son système contre la classe ouvrière. En ce sens, il m'a semblé et me semble encore, que votre article sur l'Irak ne parvient pas à ce que, nous, les travailleurs on s'identifie avec ce que vous dites et ce parce qu'il contient, à mon avis, des affirmations qui ne sont pas éclaircies ni mises en relation avec les actions armées et le rapport de forces entre les classes, ce qui lui enlève pas mal de consistance. Et je pense que ce qui le prouve, c'est que vous avez cru bon de m'envoyer un texte complémentaire, éclaircissant certaines questions. Mais bon, il n'est pas question ici de discuter sur la clarté ou non d'un texte ou d'un article, mais bien d'en extraire les conclusions qui contribuent à la destruction de la société du capital. Je dois vous dire que par ici, il y a déjà eu quelques tentatives pour faire la propagande de "la lutte du prolétariat en Irak", comme moment d'une tentative de développer une conscience de classe internationaliste chez les travailleurs, ces tentatives qui ont été abandonnées (momentanément du moins), justement du fait du manque de consistance et, dirons-nous, de fiabilité de ce qu'on avançait, conséquence du manque d'informations fiables sur l'Irak.

 

G) SUR LE TERRORISME AVEUGLE

Il nous semble important de signaler que nous avons continué à vérifier, par différents biais, que la majorité des "attentats aveugles", des massacres de civils et de tant d'autres actions que les médias attribuent aux "terroristes" sont l'uvre des forces militaires occupantes et de leurs troupes de mercenaires. Très souvent, certaines organisations ou partis bourgeois locaux font des communiqués expliquant cela, mais ceux-ci ne sont jamais reproduits dans la presse internationale. Ainsi, par exemple, en juillet 2005, l'explosion d'une bombe va se solder par la mort de nombreux civils, dont des dizaines d'écoliers. La presse internationale va attribuer cet acte à des "terroristes". Pourtant, selon les principales organisations officielles de la résistance, ce massacre est l'uvre exclusive des troupes d'occupation.

Ainsi, "Le mouvement de Muqtada Al-Sadr accuse les USA d'être derrière les attentats perpétrés à Nouvelle Bagdad et à Al-Musyyib, attentats qui ont ôté la vie à de nombreux civils, dont 32 mineurs d'âge. Dans un communiqué, le bureau d'Al-Sadr affirme que "derrière le massacre de mercredi passé (13 juillet) et l'attentat confus (pas la moindre installation d'occupants ou de collaborateurs dans les alentours) à la pompe d'essence d'Al-Musayyib qui s'est soldé par la mort de dizaines de personnes, on trouve la main des forces d'occupation US et de leurs collaborateurs ; ceux-là même qui, par la suite, ont accusé ceux qu'ils considèrent comme terroristes d'en être les responsables. Nous confirmons que l'Occupation américaine et ses collaborateurs sont les authentiques assassins des enfants et des adultes irakiens d'Al-Musayyib et de Bagdad"...".

D'autre part, "Aucun groupe de la Résistance n'a revendiqué les attentats, que du contraire, tous les ont condamnés, à l'instar de l'Association Académique (Ulemas) Musulmane, qui accuse l'Occupation d'être la responsable directe du crime - et différents politiciens opposés à l'Occupation. Ainsi, certaines informations dénichées sur les différentes pages web arabes (Mafkarat al Islam, Free Arab Voice), affirment que plusieurs officiers de police et des services de pompier irakiens ont déclaré, sous couvert de l'anonymat par peur des représailles, que de nombreux indices permettent de désigner les auteurs des attentats comme étant les forces d'Occupation et leurs collaborateurs".

On pourrait dire que cela revient au même que ce soit l'une ou l'autre fraction bourgeoise, que nous savons parfaitement que ce genre d'actions est, par excellence, du terrorisme bourgeois, l'uvre de l'Etat par excellence. Mais, même si c'est sûr et certain, il est important de savoir que le fait que ces actes soient attribués, non aux occupants, mais au "terrorisme" qui s'oppose à la réorganisation démocratique de l'Irak, fait partie de la campagne internationale visant à éviter que les prolétaires du monde entier n'éprouvent pas la moindre sympathie à l'égard de la lutte contre les envahisseurs/répresseurs. Avec ces falsifications (répétées par toute la gauche bourgeoise internationale, y compris des groupes se prétendant anarchistes ou s'autoproclamant du "milieu révolutionnaire"), on tente d'isoler la lutte du prolétariat en Irak, on cherche à déprécier la lutte des prolétaires dans ce pays et on contribue à la thèse bourgeoise qui défend que la guerre et les massacres successifs et interminables dans la région ne sont que des luttes inter-impérialistes pour la répartition du pétrole et que les seules options possibles sont celles qu'offrent les démocrates, dirigés par Bush, ou les islamistes et leurs innombrables fractions et sectes. Contre cela, il est fondamental de dénoncer le rôle objectivement social-impérialiste de toutes les forces internationales qui rentrent dans le jeu de leur propre bourgeoisie et de leur propre Etat en dénonçant le "terrorisme" en général et/ou en présentant la barbarie de l'occupation comme équivalente au "terrorisme" des résistants.

Il est vrai que nous (et le prolétariat en général) ne possédons pas de moyens d'informations indépendants mais il existe d'autres moyens qui, ayant des intérêts différents (généralement populaires, càd bourgeois), nous permettent de comprendre la terrible réalité de l'occupation pour la population irakienne et nous aident à nous faire une idée de ce que cela signifie pour les prolétaires et, en particulier, pour les camarades qui luttent pour l'autonomie du prolétariat dans ce pays. Et justement, comme nous le signalions plus haut (cf. "Notre réponse"), l'invasion impérialiste, en réprimant et opprimant toute la population (même si, évidemment, elle s'acharne  particulièrement sur les groupes prolétariens et révolutionnaires), pousse la transformation de la guerre sociale en une guerre entre envahisseurs et résistants. A ce propos, nous devons signaler que, même s'il est de plus en plus difficile (y compris pour les prolétaires en Irak) de savoir qui fait telle ou telle action contre les répresseurs en général et contre l'occupant en particulier (un grand nombre d'actions ne sont revendiquées par personne tandis qu'il y a de plus en plus d'actions revendiquées simultanément par plusieurs organisations, comme en Israël/Palestine), le terrorisme répressif est de plus en plus arbitraire, aveugle et indifférencié. Si, en temps normal, les flics de tous les pays commettent des centaines d'actes violents, agressifs, racistes, xénophobes, d'arrestations pour délit de sale gueule,... sous l'occupation, et plus particulièrement, l'occupation militaire de populations de races et de cultures très différentes, ces faits se multiplient et s'intensifient qualitativement. Se "venger" sur n'importe qui, sur l'"étranger" à portée de main, sur ces "nègres de merde" est monnaie courante.

 

Si, en Angleterre, qui, selon ses propres déclarations, n'est pas en guerre bien que ses soldats en Irak le soient, si en Angleterre donc, la police s'empare aveuglément du premier "nègre" qu'elle considère suspect et lui colle 7 balles dans le corps alors que l'homme n'a absolument rien à voir avec les "terroristes", en Irak, les troupes d'occupation tirent aveuglément et quotidiennement, le terrorisme d'Etat étant à son maximum, contre quiconque a la malchance d'être né et d'habiter là-bas. Passer ces faits sous silence est criminel.

Nous avons, par exemple, lu avec beaucoup d'intérêt certains rapports de guerre, provenant d'organisations de la résistance, que nous n'allons pas publier ici vu leur longueur, mais aussi parce qu'ils sont infectés de propagande nationalisto-religieuse contre "les croisés". Deux aspects méritent néanmoins d'être signalés: d'abord, le nombre énorme de pertes subies par les troupes d'occupation qu'ils s'attribuent et, ensuite la dénonciation réitérée d'actes de vengeance aveugle de la part des troupes occupantes et des forces locales de l'Etat.

En ce qui concerne les pertes subies par les troupes de la coalition, quand bien même les chiffres avancés seraient autant exagérés que ceux fournis par la presse internationale sont diminués, ils contribuent à donner une meilleure idée de ce qui se passe sur le terrain.

Etant donné la façon dont se comportent invariablement les flics occupant un pays et la haine qu'ils provoquent dans la population, les actes de vengeances aveugles dénoncés dans ces rapports, nous semblent plus crédibles dans l'ensemble et nous trouvons important de citer quelques exemples qui, bien entendu, ne sont jamais rapportés par la télévision et les journalistes.

"Mais, supposons que le nombre de morts de cette maudite guerre soit d'un million, cela signifierait qu'un million de familles se retrouvent sans soutien parce que leurs proches ont été suffisamment stupides pour préférer marcher à l'abattoir afin de défendre les intérêts de leurs exploiteurs, au lieu d'aller à la guerre pour défendre les intérêts de leur classe. Que des moutons de cette nature meurent est une bonne chose. Ce qui manque ce n'est pas d'hommes soient un obstacle au désir de liberté des individus de leur classe."
 

Ricardo Flores Magon
Regeneracion N°202, 14 novembre 1914

 

Voici quelques faits éloquents, extraits d'un communiqué émis par le Commandement général de la résistance irakienne le16 mai 2005 et signé par l'organisation guérilleriste Jaish Ansar Asunnah relatant la bataille de Al Qaim12.

En résumé, la liste des pertes que le communiqué attribue aux flics de la coalition est la suivante (ils ne parlent pas des pertes infligées aux flics de la résistance) :

a) Nombre de morts: croisés, officiers inclus: 125; agents de la CIA: 5; policiers irakiens: 97 dont 4 officiers; spécialistes en explosifs: 4 ; gardes irakiens: 59 ; espions: 22 dont 2 chefs inclus; chauffeurs travaillant pour les nord-américains: 9.

b) Quantité de véhicules détruits: humvees 54 ; véhicules blindés, camions et remorques pour les aliments: 25 ; tanks: 2 ; transport de personnel: 1 ; voitures de police: 5 ; voitures de la Garde irakienne: 10 ; véhicules 4x4 GMC de la CIA: 2 ; hélicoptères: 6 ; avion F18: 1.

Ces chiffres, exagérés ou non, nous permettent évidemment de prendre plus de distance avec ce que nous entendons quotidiennement dans les pays occidentaux. Mais il est important de souligner la réaction aveugle (comme ce fut le cas au Vietnam, lors de l'occupation française en Algérie ou dans les territoires occupés par Israël,...), la vengeance indifférenciée contre la population que les troupes d'occupation infligent à la population en réponse aux pertes subies lors de l'une ou l'autre bataille.

Ainsi le communiqué, après avoir décrit une bataille, dit: "Comme preuve de sa haine et de sa perversion, et uniquement pour se venger des pertes subies et de l'échec de la tentative de mater la résistance héroïque, l'ennemi a attaqué des maisons résidentielles13 dans la zone de Al Ubaydi, détruisant 20 maisons et massacrant de nombreux civils... L'ennemi a essayé d'organiser un débarquement nocturne dans le district adjacent à Rummanah, forçant les résidents de cette zone à quitter leur maison. Là des membres des forces ennemies ont ouvert le feu contre des civils, tuant plus de 150 personnes, la plupart des vieux, des femmes et des enfants. L'ennemi a détruit beaucoup de maisons résidentielles pour se venger des grandes pertes qu'il a subies et de son humiliante défaite... L'ennemi a dirigé le feu de ses armes lourdes contre le quartier résidentiel de la zone de Al Karabilah, détruisant 8 maisons résidentielles, de nombreux magasins et 4 voitures de civils...".

H) AUTRES ÉLÉMENTS

Nous voulons souligner encore certains éléments issus d'un rapport " témoignage de 7 jours en Irak". Il s'agit du rapport de la première et unique délégation étrangère à Faluja. Il nous permet de nous faire une idée sur la situation qui se vit dans le pays et qui, pourrait-il en être autrement, affecte fondamentalement le prolétariat :

- chômage 70% et 90 % dans le secteur industriel ;

- coupures continuelles d'électricité et d'eau ;

- cherté et manque de produits de base comme le riz, le sucre, le lait,...

- couvre-feu, de 23h00 à l'aube, empêchant les services d'urgence de nuit de fonctionner ;

- perquisitions incessantes de maisons, jour et nuit, par les militaires et la police ;

- châtiments collectifs appliqués à toute la population d'une ville: fermeture complète des entrées et sorties de la ville, coupures d'eau et/ou d'électricité par les forces occupantes en guise de représailles ;

- dizaines de milliers de disparus (à la fin de la guerre officielle, les organisations des droits de l'homme avaient recensé pas moins de 15.000 disparitions ; aujourd'hui, on en ignore le nombre), ce qui confirme que la principale méthode de gouvernement est la torture et le massacre ;

- utilisation d'armes toxiques contre des régions considérées comme subversives ou comme refuges de "terroristes", mais également contre des prisonniers, comme le témoignent les prisonniers de Camp Buca ;

- répression et torture de mineurs, même de moins de 14 ans ;

- il n'y a pas de chiffre exact sur le nombre de prisonniers, on estime qu'il avoisine les 18.000 (10.000 rien qu'à l'aéroport de Bagdad) ;

- destruction d'hôpitaux (à l'hôpital de Faluja, des vols, des dégâts ont été commis par les troupes US, qui ont agressé et gardé les médecins menottés toute une nuit), séquestration de médecins et disparition forcée de membres du personnel de la santé ;

- augmentation de l'épidémie d'hépatite virale et de typhus ;

- en ce qui concerne l'uranium appauvri utilisé lors des différentes invasions, on sait seulement que le niveau de leucémie est aujourd'hui le plus haut du monde et qu'une étude est en cours dans la région de Bagdad, une zone de combats où les indices seraient bien supérieurs à ceux connus à ce jour ;

- les associations et les locaux ouvriers ont été systématiquement attaqués par les troupes d'invasion et les forces du nouveau régime, puis réorganisés en instruments de partis ouvertement étatiques ;

- non seulement "le Statut du Travailleur" a été supprimé, mais on consacra la liberté de commerce totale ainsi que la liberté de licencier ;

- en dépit de cela, les travailleurs du pétrole ont organisé de grandes grèves et ont lutté contre la politique de privatisation du régime et pour l'arrêt des attaques contre Faluja ;

- les travailleurs de l'hôtellerie ont, à plusieurs reprises, dénoncé la totale paralysie du secteur et l'occupation systématique des hôtels par les paramilitaires étrangers et les chefs d'entreprises proches des autorités US ;

- les travailleurs des campagnes ont dénoncé les ravages causés à leurs récoltes par le passage des véhicules blindés ou les inondations provoquées par les militaires dans le but de neutraliser les dépôts d'armes de la résistance. Ils ont également exprimé leur profonde préoccupation concernant les semences fournies par le gouvernement, des produits transgéniques provenant de multinationales ;

- développement de la traite des blanches et des viols, à un niveau jamais atteint auparavant ;

- les couvre-feux et les perquisitions incessantes sont dénoncées comme des attentats contre la nudité, particulièrement par les femmes qui, dans l'intimité de leur maison, se voient obligées de rester vêtues en permanence, même pour dormir, afin de ne pas être vues (et attaquées) par les soldats et autres forces de la répression.

Ce rapport contient encore d'autres éléments qui, même s'ils font explicitement référence à ce que disent les fractions bourgeoises en résistance, peuvent servir à y voir plus clair dans la polémique développée ici. Ainsi, coïncidant avec d'autres éléments apportés par des camarades de la région sur le fait que, traditionnellement, la population irakienne n'est pas religieuse (en tous cas, bien moins qu'en Amérique ou en Europe), les différentes fractions islamiques auraient été développées et gonflées par les différentes forces d'intervention ces dernières années et les affrontements continuels entre sunnites et chiites ne serait qu' "un projet légué après l'occupation pour tenter de fomenter une guerre civile à caractère religieux". En même temps, le rapport fait référence à des personnalités de différentes fractions religieuses qui, au nom de l'"Association des Ulemas Musulmans... ont démontré, par rapport á des mosquées et des lieux où furent commis des attentats sectaires, leur effort coordonné pour organiser des prières communes et des enquêtes sur des cas suspects, comme celui de la ville d'Al Madani, où la prétendue séquestration de chiites aux mains d'extrémistes sunnites s'est révélée fausse".

 

Il est clair que face aux déclarations de ces fractions bourgeoises, opposées à l'occupation mais qui participent à l'oppression de notre classe, il faut tenir compte de deux choses: d'une part, à divers moments, ces fractions ont toutes fait partie (ou font encore partie) du pouvoir, et de nombreuses attaques qu'ils subissent pourraient être l'uvre de ceux qui luttent contre cette oppression. D'autre part, cette non religiosité historique dans ce pays s'est transformée et beaucoup de prolétaires dans le monde et dans le pays sont attirés maintenant par le radicalisme islamique, tant par son action conséquente contre les grandes puissances que par son discours pro-communautaire, anti-argent et anti-frontières, qui présente moins d'intermédiaires entre aujourd'hui et le paradis, que les discours de la gauche bourgeoise.

I) INSISTONS SUR LA PERSPECTIVE

Soulignons également, toujours dans ce même rapport, non seulement la clarté des objectifs capitalistes de rechange présents dans les déclarations de l'opposition bourgeoise à l'invasion, mais également celle du projet d'unification que le gouvernement tente d'imposer et qui visent les mêmes objectifs que l'occupation: liquider la lutte autonome du prolétariat en Irak et dans la région.

Ainsi, ce même rapport dit textuellement : "Action armée très développée, coordonnée et d'une grande efficacité. On s'achemine vers des commandements territoriaux unifiés. Ils sont présents sur tout le territoire, du nord au sud, de l'est à l'ouest et intègrent des Irakiens de confessions différentes, sur base de ces critères minimums :

- Respect de la propriété publique ;

- Expulsion de l'occupant ;

- Multipartitisme ;

- Respect de la volonté populaire ;

- Non aux fanatismes ethniques ou religieux ;

- Objectifs légitimes: les Occupants/les Collaborateurs/les Traîtres ;

- Pas d'attaques contre les policiers réglant la circulation ;

- Les installations pétrolières qu'on attaque sont celles gérées par Alberton/Halliburton ainsi que les camions qui ravitaillent les forces d'occupation ;

- On affirme d'une manière catégorique: la résistance n'utilise pas de voitures piégées, et ne commet pas d'attentats indifférenciés. "

 

A propos du "terrorisme", le rapport insiste sur le fait qu'il s'agit d'"un phénomène non irakien, ces groupes (Ansar Al Sunna,...), avant l'occupation, étaient parfaitement contenus et neutralisés. En Irak, il n'y a jamais eu de culture des égorgements, du martyre ou du massacre de civils. L'extrémisme a débarqué avec l'occupation et ce n'est pas le secteur que domine la résistance (entre 3 et 5 %). Les attaques de mosquées ou d'églises font partie d'une action coordonnée pour obtenir une guerre civile confessionnelle".

A propos des forces collaborationnistes, le rapport affirme qu'elles se divisent en "Police, Garde Nationale et Armée, toutes s'alimentent aux Milices Baader du Conseil Suprême de la Révolution Islamique de Hakin et aux peshmergas kurdes. Ils agissent à la manière des Escadrons de la Mort. Nous avons eu accès à une liste avec plus de 1000 cibles à assassiner (médecins, professeurs,... opposés à l'occupation). Ils sont utilisés comme boucliers par les troupes des USA. Plus de 800 personnes ont été expulsées de la Garde Nationale pour avoir refusé de combattre la Résistance. Il y a des témoignages de l'anéantissement de détachements de la Garde Nationale par l'armée des USA".

C'est dire si les éléments qui confirment les tentatives de toutes les forces bourgeoises pour transformer l'historique guerre sociale en guerre inter-bourgeoise sont nombreux. Plus s'affirme le terrorisme indifférencié des troupes d'occupation et de leurs complices à l'égard de la population, plus se profile la politique de la résistance pour imposer des commandements uniques et un véritable programme de rechange de type front populaire. Le prolétariat en Irak, malgré toute la force dont il fait preuve, ne peut vaincre seul l'impressionnant étau qui continue de l'étrangler. Bien que la défaite des envahisseurs et de leurs alliés locaux commence à transparaître, le terrorisme généralisé contre la population et la perte d'autonomie du prolétariat qui en résulte ne peuvent être empêchés que par la lutte du prolétariat international. A ce propos, la faiblesse de la lutte du prolétariat dans les pays qui participent ouvertement ou en sous-main à la coalition (nous nous référons ici à tous les Etats qui appuient non pas la guerre menée par les USA, mais aussi la paix style ONU, ce qui, sur le terrain, revient exactement au même) et l'ignorance généralisée dans lequel il est maintenu concernant la lutte du prolétariat en Irak, sont les éléments qui permettent à cette transformation de la guerre de classes en guerre inter-bourgeoise de suivre son cours.

Nous avons une responsabilité énorme dans la lutte pour empêcher cette transformation.

Nous avons une responsabilité énorme dans la reconnaissance et la diffusion de la lutte du prolétariat en Irak. Nous avons une responsabilité énorme dans la lutte contre toutes les forces qui occultent l'importance de la lutte du prolétariat dans ce pays. Nous avons une responsabilité énorme dans la lutte contre notre propre bourgeoisie, contre nos propres Etats, contre toutes les forces répressives internationales qui massacrent nos frères de classe partout dans le monde. Nous avons une responsabilité énorme dans la transformation internationale de la guerre impérialiste en guerre pour la révolution sociale. Pour cela, il est indispensable de propager la lutte du prolétariat en Irak, qui fait partie de notre propre lutte, et de s'affronter pratiquement à "notre" bourgeoisie et "notre" Etat qui est en train de réprimer nos frères en Irak.

Solidarité totale avec la lutte prolétarienne en Irak qui subit le terrorisme concentré de "nos" Etats!

Contre la guerre et la paix qu'ils veulent imposer en Irak!

Pour la révolution mondiale!

Notes

1- Cette polémique qui se déroulait dans les années 1930 en Belgique ainsi que les conclusions que nous y avions ajoutées méritent une relecture à la lumière des évènements actuels. Cf. Le Communiste N°6, avril 1980.

2- ARDE - http://nodo50.org/crimental - arde@nodo50.org -

3- Et s'il n'y a pas de morts civiles, la bourgeoisie et ses médias n'hésitent pas à les fabriquer pour isoler les prolétaires les plus décidés en flattant le sentiment majoritaire de la classe qui croit toujours ce que les médias inventent. Ainsi, le policier en civil devient "père de cinq mineurs d'âge", les tortionnaires "du personnel d'ONG", les mercenaires "des travailleurs", les agents spéciaux de sécurité et autres professeurs de guerre antisubversive des "journalistes", les journalistes spéciaux qui interviennent dans les opérations répressives des "civils et travailleurs sous contrat".

4- Au moment où nous écrivions ces lignes, le camarade qui les rédigeait ne savait pas que cette attaque (contre l'ONU) avait été revendiquée par Zarkawi et son organisation. Maintenant, avant d'envoyer la lettre, nous ne trouvons pas correct de la remplacer, pour l'exemple, par n'importe quelle autre action militaire contre les envahisseurs dont les auteurs sont restés inconnus et que l'on pourrait donc supposer être l'uvre d'incontrôlés. Par là, nous voulons souligner que, de toute façon, l'argumentation exposée jusqu'ici, reste valable: même s'il se confirme que ceux qui effectuèrent cette attaque sont encadrés dans une organisation bourgeoise, nous ne pensons pas que la position révolutionnaire soit celle de pleurer ou de se lamenter sur cet attentat. Bien au contraire, la destruction de ce repaire de terroristes d'Etat dont l'objectif est la paix par la terreur (c'est-à-dire la consolidation de l'invasion et la répression) est un objectif prolétarien. Ce coup contribue à la défaite de notre propre Etat, ce qui explique en grande partie la sympathie que ce type d'action suscite dans les secteurs prolétariens en lutte dans le monde entier.

5- Même cette dénomination "attentat" qui coïncide tellement avec l'idéologie antiterroriste, nous devrions la remettre en question et ne plus l'utiliser. Il ne fait aucun doute que cette terminologie qui sert à désigner tout acte de résistance à la terreur de l'Etat est imposée par ce dernier et les gendarmes impérialistes mondiaux.

6- Voir Communisme N°55 page 6.

7- Même la détérioration du niveau de vie ne semble pas se vérifier de la manière simpliste avec laquelle vous l'exposez. L'envahisseur répressif a apporté des capitaux et en fait venir de toute la région. Une grande quantité de travailleurs ont été embauchés. C'est la logique même de l'invasion. En dernière instance, elle cherche à améliorer le pouvoir d'achat des Irakiens, ce qui réussit dans certaines zones (au moins dans tout le Kurdistan), car c'est le seul moyen de stabiliser et réorganiser le monopole de la violence. Evidemment, cela contredit le mythe dominant des "anti-impérialistes" bourgeois pour qui l'invasion s'explique par des raisons interbourgeoises d'appropriation des ressources de l'Irak et c'est pour cela qu'il y a peu d'information sur ce sujet, particulièrement venant de ceux qui disent s'opposer à l'invasion.

8- Une fois de plus: on ne peut comparer ce que pense le prolétaire en Europe ou en Amérique avec ce qu'il pense en Irak. Personne, dans aucun quartier irakien n'ignore que l'Etat des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne ont bombardé la population civile en 1991 et en 2003 et que, durant les douze années qui séparent ces deux dates, ces Etats n'ont jamais cessé de bombarder l'Irak et que, durant ces douze années, il y eut toujours des victimes, ces victimes que la presse mondiale qualifiait de "dommages collatéraux". De même, personne n'ignore que le blocus affectait non pas Saddam Hussein et la bourgeoisie irakienne (bien en accord avec les hommes d'Etat des Etats-Unis ou de France comme Pasqua) mais bien ses voisins, c'est-à-dire le prolétariat qui tente de survivre dans ce pays.

9- Publié dans la revue "Nùmero" de Bogota en 2004.

10- On pourrait faire une liste similaire à celle que nous venons de réaliser sur les bénéfices d'une invasion répressive qui tend à transformer la guerre sociale en guerre impérialiste pour le capital mondial, concernant la façon dont la généralisation et l'internationalisation de la lutte défaitiste révolutionnaire transforme la guerre impérialiste en une lutte pour la révolution mondiale.

11- On connaît bien le rôle qu'assumeront plus tard l'Etat bourgeois russe et le stalinisme local dans la liquidation de la révolution au nom de la guerre contre le fascisme.

12- Il s'agit d'un communiqué de la résistance clairement bourgeoise et officielle, simultanément pro-islamiste et pro-Saddam Hussein.

13- Dans cette traduction nous utilisons les termes "maisons résidentielles" non pas dans le sens que ces termes ont pris dans certains pays et qui signifie "maisons situées dans des quartiers riches", mais dans le sens original du terme, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de lieux où se concentrent et se préparent des guérilleros mais de maisons où les gens résident.
 


Nous avons reçu et nous publions

Lorsque la guerre sert à cacher la guerre

 

La guerre que nous voyons tous aujourd'hui à la télé semble être toute l'expression de la guerre mais ce n'est pas vrai, la guerre a commencé lorsqu'ils sont nés comme classe. le bourgeois nait en volant, en exploitant, en expropriant, en tuant et c'est cela son essence.

Il n'y aucune différence entre ce qu'il se passe où que ce soit dans le monde et ce qu'il se passe en irak.

Pas besoin d'être en Irak pour que
ce système te tue;
Il te tue quand tu n'as rien à manger
Il te tue quand tu ne peux pas t'acheter un médicament
Il te tue quand il te vend de la drogue
Il te tue quand il te vend des aliments périmés

ou peut-être ne te tue-t-il pas
dans les favelas de sao paulo ?
dans les bidonvilles de buenos aires ?
dans les mines du chili ?
dans les puits de gaz de bolivie ?
de soif en afrique ?

Qu'est ce que cela signifie quand ils disent: "le jour de la guerre" si nous, les milliers de millions de prolétaires de par le monde souffrons la guerre bourgeoise tous les jours depuis que nous sommes nés et jusqu'à notre mort ?

Faut-il un camp de concentration plus grand que celui créé par cette classe bourgeoise et sa maudite propriété privée ?

Ces camps de concentration sont ses frontières, ses Etats qui se sont transformés en murs infranchissables pour les prolétaires.

NI LA GUERRE NI LA PAIX DES BOURGEOIS !

LA SEULE GUERRE VALABLE EST LA GUERRE PROLETARIENNE CONTRE TOUS LES BOURGEOIS !

(tract distribué en Argentine)

 


Une fois de plus, c'est contre le prolétariat que les bourgeois "ennemis" forgent leur unité

Hier, en pleine guerre du Golfe (1991), face au développement des luttes prolétariennes, face au défaitisme révolutionnaire et à la réémergence d'un puissant mouvement insurrectionnel du prolétariat, les ennemis qui s'affrontaient sur le terrain inter-impérialiste agirent conjointement pour attaquer notre classe. Dans ce but, le Pentagone mit rapidement un terme à la guerre, permettant ainsi à la Garde Républicaine de Saddam Hussein de reprendre les villes insurgées et d'imposer l'ordre dans les quartiers prolétariens où le mouvement des conseils (les shoras) et les groupes révolutionnaires luttaient pour s'imposer.

Aujourd'hui, face à la vague de lutte du prolétariat en Irak, l'ensemble des ennemis bourgeois pactisent dans l'ombre, au beau milieu des bombes qu'ils s'envoient, et négocient la façon d'imposer la paix sociale aux prolétaires. C'est ainsi que des fractions islamistes, des défenseurs de la libération nationale... et même d'importants dirigeants du gouvernement de Saddam négocient la meilleure façon de restaurer l'ordre social en Irak avec ceux-là même qu'ils qualifient pourtant depuis des mois comme leur pire ennemi, les troupes d'occupation.

Tout comme hier, face à nos luttes, les staliniens s'unissaient aux national-socialistes, les républicains aux fascistes, la droite à la gauche,... aujourd'hui, en Irak, la bourgeoisie, malgré ses affrontements, discute de la façon de nous attaquer, nous détruire, nous écraser. Et, une fois encore, nous voyons que les intérêts particuliers de chaque fraction bourgeoise, passent au second plan face à son ennemi historique commun, le prolétariat. L'impérialisme montre qu'il est beaucoup plus que les différentes fractions bourgeoises qui se battent pour le partage du monde. Il est la structuration mondiale du capital, avec ses tendances centripètes et centrifuges mais invariablement opposée à toute tendance révolutionnaire. La logique vulgaire reproduite par les médias tend à occulter que les deux pôles du capital -la guerre et la paix, la guerre impérialiste et les pactes inter-impérialistes, l'opposition et l'alliance...- ont le même objectif contre-révolutionnaire. Dans tous les cas, il s'agit de liquider le sujet même de la transformation du monde : le prolétariat révolutionnaire.

Pour illustrer le processus de négociation/unification bourgeoise qui se développe aujourd'hui en Irak contre notre classe, nous reproduisons ici quelques bribes de la conversation qu'auraient eu l'ex-président Saddam Hussein et le ministre de la défense Donald Rumsfeld, lorsque ce dernier visita son "cher ennemi" en prison. Celle-ci a été publié dans la revue égyptienne al-Ubsu du 2 mai 2005 et republiée dans Resumen Latinoamericano, N°574 du 09/05/2005

Rumsfeld  - Je vous fais une offre qui consiste dans le fait que vous serez libéré et que vous pourrez librement choisir un lieu d'exil, dans le pays de votre choix, à condition que vous passiez à la télévision, que vous émettiez une condamnation du terrorisme, et que vous demandiez à vos hommes de ne plus commettre ces actes.

Saddam - Avez-vous l'accord de votre président pour faire cette offre ?

Rumsfeld - Oui, cette offre a été convenue lors d'une réunion à laquelle le Président, le Vice-président, le Ministre des Affaires Etrangères et le Chef des Services Secrets étaient présents. Et j'ai été autorisé à vous informer de cette offre... Nous sommes également prêts à intégrer certains de vos proches au gouvernement. Nous vous accorderons une généreuse aide financière et une protection pour vous et votre famille dans le pays de votre choix... Nous sommes en train de reconsidérer nos positions à votre égard et à l'égard de différentes puissances qui nous ont été hostiles dans le passé. Nous avons décidé de maintenir le dialogue avec les islamistes modérés et nous n'avons aucune objection à votre retour au pouvoir par le biais des urnes. Plus important, nous avons décidé d'ouvrir des canaux de dialogues avec des organisations terroristes telles le Hamas, la Jihad islamique Hizb Alah qui est iranienne mais également avec d'autres organisations fondamentalistes partout dans le monde. Nous avons d'ailleurs un plan pour prendre contact avec le mouvement Taliban en Afghanistan afin d'étudier la possibilité de leur participation au pouvoir en échange de leur désarmement... Cette offre est une chance historique. Vous serez libéré et nous vous consulterons sur tout ce qui concerne le fonctionnement de l'Irak. Si vous refusez cette offre, sachez que l'opportunité ne se représentera pas...

 


CE58.2 Discussion internationale à propos de la lutte du prolétariat en Irak