Nous profitons de la publication de ce court article (traduit de l’italien) pour renseigner l’intéressant recueil de textes dont il est extrait : Fuoco alle polveri – Guerra e guerriglia sociale in Iraq. Ce livre contient une série d’articles qui mettent la lutte actuelle en Irak en perspective avec l’insurrection prolétarienne qui s’y est déroulée en 1991. A côté d’articles et d’informations provenant de différents livres et revues et retraçant des aspects de la lutte de classe en Irak, on trouve une réélaboration en italien de notre article De quelques considérations sur les événements qui secouent actuellement l’Irak, paru dans Communisme n°55. L’intérêt de cet ouvrage réside dans le fait que le groupe de camarades qui l’a réalisé remet la lutte de classe au centre des événements qui secouent l’Irak aujourd’hui. Voici comment ils présentent leur initiative :

“Irak, 1991. Après les bombardements de la Coalition occidentale, une gigantesque insurrection restée méconnue explose contre la guerre et contre le régime de Saddam Hussein. Le dictateur et ses bourreaux, armés et soutenus par les capitalistes du monde entier, étouffent le soulèvement dans le sang.

Irak, 2003… Après douze ans d’embargo et une nouvelle série de bombardements, la classe dangereuse reprend le chemin de la révolte en se lançant dans une guérilla sociale qui entend bien régler son compte aux troupes du capital. Coincée entre la peste des massacres démocratiques et le choléra du racket islamiste, la révolte irakienne cherche à incendier les âmes engourdies de ses frères d’Occident.

En ces temps de patriotisme répugnant et de pacifisme avilissant, ce petit livre est une modeste contribution pour mettre le feu aux poudres.”

Le lecteur italophone peut se procurer Fuoco alle polveri en s’adressant directement au Centro di documentazione Porfido, Via Tarino 12/c – 10124 Torino – Italia ou encore en le commandant aux Editions NN (C.P. 1264 – 10100 Torino) ou (C.P. 482 – 95100 Catania). Toujours pour les lecteurs italophones, profitons de l’occasion pour signaler que les Editions Porfido ont également publié sous forme de livret une traduction de notre article Prolétaires de tous pays, la lutte des classes en Algérie est la nôtre!, paru dans Communisme 52 sous le titre: Ulach Smah! Nessun perdono – notizie dall’insubordinazione algerina.

 

La fable des braves soldats italiens (“i nostri ragazzi”) venus sur les rives du Tigre pour offrir paix, démocratie et caramels aux enfants a tôt fait de s’effondrer.

Déjà les chiffres parlaient d’eux-mêmes: sur les 220 millions d’euros mis à disposition par le gouvernement pour financer la mission “Antica Babilonia”, 209 millions étaient destinés au personnel militaire et 11 millions aux dites “interventions humanitaires”.

Sur place, et pour ne pas faillir à la tradition, une des premières action de “nos braves soldats” a été l’irruption au siège du Parti Ouvrier Communiste d’Irak et l’arrestation d’un certain nombre de ses militants. Par la suite, les affrontements avec la population locale, les perquisitions, les rafles, les confiscations d’armes se succèdent, sans oublier la formation et l’entraînement de la tant détestée police collaborationniste irakienne. Bref, tout concourt à la création du climat dans lequel arrive le “cadeau” du 12 novembre 2003, lorsque l’accueil que Nassirya réserve à “nos braves soldats” s’exprime dans toute sa chaleur, faisant sauter leur caserne et tuant dix-neuf d’entre eux.

Depuis, la situation est chaque jour plus brûlante: après la bataille sur le Tigre au cours de laquelle les militaires italiens ont tiré sur la foule d’insurgés qui occupait le pont, fauchant des femmes et des enfants, est arrivé le mois de mai, et les carabinieri ont dû se retirer de la ville, attaqués par la guérilla qui, après plusieurs jours d’affrontement, s’est emparée de leurs positions.

Mais comment cela se fait-il donc que les soldats italiens se soient retrouvés précisément à Nassariya? La raison pour laquelle cette zone a été attribuée aux italiens est très simple et ne doit rien au hasard: c’est là que se trouvent les gisements de pétrole que l’Eni avait reçu en concession du régime précédent(1), gisements sur lesquels il existe déjà une hypothèse d’accord avec les nouveaux patrons.

Dans les environs se trouvent également les gisements de Halfaya, où dans les années soixante-dix l’Agip avait fait des forages, et ceux de Rumayla où l’Eni semble vouloir s’étendre.

Bref, tout était prévu … sauf l’accueil des prolétaires irakiens !

Extrait et traduit de Fuoco alle polveri 

Guerra e guerriglia sociale in Iraq

 

 

 

Notes

1- NdR. L’Eni et Agip sont  deux grosses compagnies pétrolières basées en Italie. L’accord dont il est question ici fut signé entre l’Eni et Saddam Hussein au milieu des années ’90, il  prévoyait l’exploitation d’un gisement de pétrole évalué à 2,5 ou 3 milliards de barils dans la zone de Nassiriya. Ajoutons encore que très récemment a été révélée l’existence d’un dossier commandé par  le ministère italien des activités productives à Giuseppe Cassano, professeur de statistique économique à l’université de Teramo, dossier dans lequel il était explicitement conseillé de ne pas laisser échapper l’occasion, en cas de guerre, de s’établir à Nassiriya “si nous ne voulons pas –écrit Cassano- perdre une affaire de 300 milliards de dollars”. 


CE57.5 Les "braves soldats" iltaliens à Nassiriya