Le capitalisme continue à juger et enfermer toujours plus l’humanité

 

 

1

Une horreur terrible se développe mondialement : les Etats capitalistes sont de plus en plus remplis de prisons. Dans la foulée de ce qui se passe aux Etats-Unis, Etat aujourd’hui à la tête des fractions hégémoniques du capitalisme mondial, les prisons se multiplient sur toute la planète, avalant dans leurs obscures entrailles des dizaines, voire des centaines de millions d’hommes et de femmes, prolétaires dans leur immense majorité. Qu’un gamin issu d’un quartier ouvrier, poussé par l’avalanche de publicité que vomissent sans relâche les mass-média du capital, désire posséder la dernière fringue à la mode ou se balader dans l’auto de ses rêves, que ce gamin qui ne cherche qu’à satisfaire les “besoins” dont cette publicité lui a intoxiqué le cerveau passe à l’acte d’une façon ou d’une autre, “licite” ou “illicite”, et il se retrouvera en tôle pour des années. De même, si un membre d’une quelconque bande de jeunes tue un autre prolétaire en tout point égal à lui-même à cause des valeurs imbéciles et déshumanisantes qu’inculque à la population du globe ce foutu système – prouver sa valeur, être un gagnant, un vainqueur, avoir un statut, être admiré par les autres pour ce que l’on possède et pour son apparence – il finira lui aussi en prison pour de longues années. Et si, descendus dans la rue pour protester contre les conditions toujours pire de la dynamique économique imposée à des millions d’êtres, un groupe de personnes ayant un minimum de dignité et de conscience, rechignent à se laisser balader comme des moutons, et font soudain éclater leurs désirs comme autant de pavés contre les vitrines repues de marchandises, alors ils iront croupir dans une cellule, dans un cachot. A l’encontre de ces groupes en particulier, allant de ceux qui ont un soupçon de conscience de classe jusqu’à des exploités qui assument de façon plus ou moins cohérente des positions de la militance révolutionnaire(1), la bourgeoisie internationale a développé une série de prisons spéciales qui, à l’image de n’importe quelle prison, est destinée à punir et enfermer ceux qui n’acceptent pas les règles du jeu imposées par la classe dominante à la terre entière, à cette nuance près que, dans ces prisons-ci, les conditions sont encore plus dures, plus pénibles, que le contrôle et la répression se concentrent et s’acharnent véritablement sur les corps et l’esprit des hommes et des femmes qui y sont enfermés. Prisons “spéciales”, “Quartiers de Haute Sécurité”, de “suivi interne spécial”, sont les différents noms par lesquels les systèmes pénitentiaires de nombreux pays désignent les cellules et les régimes carcéraux d’ultra-isolement, véritables prisons dans la prison, un réseau de camps de concentration, dont les représentants les plus brutaux sont la prison militaire de Guantanamo ou le FIES(2) de l’Etat Espagnol. Oubliettes horribles où l’on cherche à ôter toute dignité, tout vestige d’humanité à ceux qui assument la lutte intransigeante contre l’oppression et l’exploitation. Aujourd’hui dans le monde, il y a des milliers de prisonniers qui survivent dans des prisons-tombes telles celles couvrant le territoire de la Turquie, du Pérou, de l’Espagne ou d’Israël pour ne citer que quelques exemples de cette brûlante réalité. Tout ce qui existait par le passé est renforcé au travers des législations des Etats qui créent des lois antiterroristes, des tribunaux d’exception, des forces de police, voire même des équipes de commandos couverts par une juridiction internationale, s’ils l’estiment nécessaire. Il est clair comme de l’eau de roche (malgré la pollution des eaux due à la maladive course aux profits) que la dite prison politique est une arme de la bourgeoisie contre le prolétariat, contre ses secteurs les plus conscients et les plus organisés.

 

 

2

Actuellement aux Etats Unis, l’Empire des prisons, il y a plus de deux millions d’êtres humains incarcérés. Si l’on ajoute ceux qui sont en attente de procès, les affaires en cours, les libertés conditionnelles ou provisoires et qu’on y additionne les peines“douces”, tels les travaux “d’intérêt public” (obligatoires sous peine de retour immédiat sous les verroux!), on arrive au chiffre hallucinant de plus de 7 millions et demi de personnes inculpées et condamnées à différents niveaux de peine d’emprisonnements(3). (Sans parler des milliers de prolétaires incarcérés en Irak ou en Afghanistan dans des centres de détention dirigés par les troupes d’occupation yankees.) Plus de prisons, plus de contrôles, plus de châtiments, plus de cette fameuse “tolérance zéro” et -élément central-, une politique de prisons pleines, telle est la stratégie pénitentiaire de l’Etat US. Et celle-ci donne le ton aux autres Etats qui eux aussi resserrent l’étau sur leurs populations, en les traitant comme du bétail, comme de véritables troupeaux humains qu’ils pèsent, qu’ils comptent, dont ils font des bilans de santé, qu’ils surveillent dans tous leurs déplacements, dont ils contrôlent les bagages et qu’ils maintiennent dans la stupidité grâce à l’éternel “du pain et des jeux”, vieux comme le pouvoir et l’exploitation, mais amplifié à l’infini par les moyens de communication actuels, la transmission d’images, de sons et de sensations à distances, vecteurs de l’abrutissement de centaines de millions de personnes. Et cela, bien que le “pain” se fasse toujours plus rare, vu la crise économique mondiale! Toujours est-il que les Etats européens suivent ce modèle, tout comme les Etats latino-américains, asiatiques ou africains... Une puissance capitaliste de second ordre tel l’Etat espagnol par exemple, compte un total de 50.000 prisonniers auxquels il convient d’ajouter plus de 40.000 personnes enfermées contre leur volonté dans les hôpitaux psychiatriques et les prisonniers incarcérés dans les centres de détention pour mineurs, ou les étrangers parqués dans les centres de détention réservés aux illégaux. Et ainsi de suite, avec verrous, cachots et micros capteurs multidirectionnels. Ainsi que le reconnaissent eux-mêmes les secteurs progressistes et humanitaires de la bourgeoisie et l’intelligentsia, “paradoxalement, l’Europe quitte le ‘bref siècle’ de l’holocauste et du génocide, rempli de centres d’internement” (4). Notez que cette affirmation est bien antérieure au 11 septembre 2001 et que la situation n’a pu qu’empirer. La réalité de la prison politique et des représailles contre les accusés irréductibles se déroule dans ce contexte actuel du système carcéral de l’Etat capitaliste. Si tout au long de ces pages nous ferons la distinction entre “prisonniers politiques” et “prisonniers sociaux” (une distinction statique utilisée, suscitée et entretenue par l’Etat et ses appareils pour diviser), ce ne sera qu’à des fins d’exposition, parce que notre position de communistes, de révolutionnaires est de ne pas accepter de divisions, de hiérarchies parmi les millions de prisonniers pris dans les griffes assassines de la bête capitaliste. Et il faut en même temps être clair sur le fait que seule une minorité de prisonniers (comme c’est le cas pour la totalité du prolétariat) a une conscience sociale et des attitudes révolutionnaires. Bien souvent, lors de révoltes et de mutineries à l’intérieur de la prison, des secteurs de prisonniers se sont vendus comme “balances” et ont travaillé pour les gendarmes et la police. Mais il est aussi arrivé que des prisonniers politiques, arguant de la défense de leurs “droits spéciaux comme politiques”, aient agi comme véritables casseurs de grève face à un mouvement généralisé des prisonniers.

3

Le terrorisme d’Etat, qui fonctionne avec la même férocité dans les régimes parlementaires que dans les dictatures militaires ouvertes, et qui est aussi la touche dominante dans les rares pays staliniens encore debout ou dans les Etats islamiques, se concentre et s’acharne à l’intérieur des prisons, les quartiers et les cachots constituant dans ces espaces d’enfermement une sorte de “cœur des ténèbres” du terrorisme général du capital. Le dispositif répressif, avec ses dispositions physiques et ses nombreux textes de lois, fait partie de la dynamique de cette société gouvernée par la maximalisation du taux de profit. Et elle propose une “contrepartie”, sous forme de récompense, à ceux qui acceptent. “Le bâton et la carotte”. A ceux qui s’adaptent, aux zombies totalement intégrés dans le circuit de la production et de la consommation, à ceux qui obéissent, baissent la tête et applaudissent le cannibalisme de la compétition capitaliste, le système distribue des gratifications, des rétributions et des divertissements. Comme le disent les porte-paroles de la bourgeoisie, tristes bouffons de la cour : “Avec les moyens de communication de masse, le luxe a cessé de paraître inaccessible. Voyages, marques, voitures… tout le monde peut rêver de cela”(5). Et qu’importe si les marchandises les plus fines continuent d’être les plus chères parce que “au moins s’est démocratisé le désir de luxe, tous le voient comme un droit”. Grâce à la mode, grâce à la frivolité transmise par la TV (câblée ou digitale), grâce à la publicité et à la consommation massive, on “renforce le désir de bien-être individuel tout en détruisant en même temps les grandes passions collectives autour des révolutions”. Seule condition pour être accepté dans ce paradis de carton pâte: respecter les règles élaborées par la classe capitaliste. Mais la punition organisée est là, prête à s’abattre à la moindre tentative d’enfreindre les règles du jeu. Ces dernières années, accentuant une tendance du système qui est de réprimer le prolétariat et de le dissuader, par la terreur, de lutter, l’Etat n’a cessé de perfectionner une série d’armes contre les exploités les plus rebelles et contre les prisonniers “conflictuels” : cellules d’isolement, modules spéciaux et autres dispositifs à l’avant-garde de l’appareil terroriste de l’Etat de droit, de cette démocratie si ardemment défendue et chérie par la gauche réformiste internationale. Sous couvert de “guerre globale contre le terrorisme”(6), une série de mesures sont prises pour renforcer la répression généralisée. Des mandats d’arrêts et de capture internationaux sont décrétés, des militants révolutionnaires sont jugés dans un pays, jetés en prison pour des années et, à leur sortie, enfin libres –dans cette prison plus vaste aux barreaux moins visibles où nous vivons tous– ils sont extradés vers d’autres pays où d’autres procès sont ouverts contre eux. L’insurrectionaliste Claudio Lavazza a été poursuivi pour la lutte qu’il a menée en Italie, et cela fait des années qu’il est l’otage de la bourgeoisie et croupit dans les FIES d’Espagne. L’écologiste d’action directe Marco Camenisch a été enfermé en France puis, à peine libéré, il a été remis en prison dans les geôles de l’Etat suisse. A la suite des attentats de 2001 qui ont frappé Washington et New York, un commando spécial regroupant la police des démocraties européennes a été formé afin de poursuivre tout suspect accusé de “terrorisme islamique”. Le commando se nomme “11 septembre”. 11 septembre ! Le même nom que les escadrons de la mort qui ont assassiné les dissidents au Chili sous le régime du cochon Pinochet ! Et si malgré tous ces châtiments, tortures et brutalités commises par les agents de l’ordre et les policiers, les prisonniers ne baissaient pas la tête, ne pliaient pas l’échine ou, plus encore, se rebellaient contre l’ignominie, la bourgeoisie et son Etat n’hésiteraient pas à recourir au massacre. C’est ce qu’ils firent en juin 1986 au Pérou, alors gouverné par le cochon Alan García et l’anti-impérialiste APRA(7). Des centaines de prisonniers politiques avaient entamé une mutinerie de vaste envergure dans les prisons de El Frontón, Lurigancho et Santa Bárbara. Au même moment devait se tenir le congrès de l’Internationale socialiste dans le pays. La réponse des forces armées ne se fit pas attendre: les taules furent attaquées par air, mer et terre, et plus de 300 prisonniers furent assassinés, parmi lesquels plusieurs blessés lâchement achevés(8). Les minorités communistes et les secteurs de l’avant-garde du prolétariat doivent s’unir, tirer les leçons du passé et agir de façon centralisée pour répondre à chaque coup de la bourgeoisie, et donner à ces criminels ce qu’ils méritent.

 

 

4

“Là où sévit la répression, grandit la résistance”. Espagne 1936: de l’extérieur comme de l’intérieur, le prolétariat prend d’assaut les prisons et libère les prisonniers alors que le Front Populaire est contraint d’adopter un timide décret d’amnistie. Argentine 1973: le prolétariat arrache tous les prisonniers politiques de leurs prisons sans attendre la signature du décret d’amnistie promis par le péronisme. Le 20ème siècle est jalonné de luttes de prolétaires prisonniers s’opposant à la brutalité concentrée de l’Etat. Grâce aux grèves, aux mutineries, aux attaques armées coordonnées avec l’extérieur, grâce aux fuites par des tunnels (ou par les airs !) et à tout ce que le génie et l’audace sont capables d’obtenir, et malgré la répression, des hommes et des femmes ont en permanence réussi à fuir les geôles pour recommencer à se balader dans les rues. L’Etat, avec toute sa puissance, n’est pas invincible et les luttes des prisonniers, unies aux autres luttes sociales générées par l’exploitation sur tous les continents, réduisent à néant le mythe de cette soi-disant invincibilité. Malgré les murs, l’isolement, les difficultés de communication entre les différentes taules, avec l’extérieur et y compris entre les différents quartiers au sein de chaque établissement pénitentiaire, les prolétaires s’organisent et se battent. Les exemples sont nombreux. Signalons les grèves qui éclatèrent dans les prisons turques en 2000 et 2001. Plus de 1000 prisonniers ont lutté pour empêcher un transfert vers des cellules spéciales qui aurait marqué leur destruction physique complète. Malgré le déploiement terroriste de forces de police et de forces militaires, les grèves de la faim ont duré plusieurs mois, soutenues par les familles se solidarisant dans la rue et par les collectifs de prisonniers de différents pays européens (dans les geôles d’Espagne, de Belgique et de Grèce) qui entamèrent également des grèves de la faim et lancèrent des campagnes pour dénoncer la situation dans laquelle se trouvait leurs camarades turcs(9). Tout en soutenant les mobilisations de prisonniers, nous devons rester très clairs sur l’objectif de la lutte : la destruction totale des prisons dans le cadre de la révolution sociale. Par conséquent, la position que les minorités communistes doivent impulser est le soutien aux soulèvements de prisonniers, tout en insistant sur le fait que l’objectif, c’est la révolution et la dictature du prolétariat, seul moyen de détruire, jusque dans ses fondements, toute prison, toute cellule et chacun des appareils de la dictature inhumaine du capital. Cette position se dégage de tout un processus de réappropriation des luttes de notre classe: dans les années ’20 en Argentine (et en Espagne ou en Italie où une réalité similaire était vécue), les secteurs d’avant-garde des anarchistes révolutionnaires où brillèrent nos camarades Severino Di Giovanni et Miguel Arcángel Roscigna, organisèrent des groupes d’action, firent de l’agitation et de la propagande, publièrent des livres et de la presse ouvrière, luttèrent contre l’Etat (toutes fractions bourgeoises confondues, y compris les “anarchistes” de salon !) les armes à la main. Et toujours, ils gardèrent présent à l’esprit leurs camarades emprisonnés et luttèrent jusqu’à leur dernier souffle pour leur libération. Aujourd’hui, les prisonniers de la guerre sociale nous parlent clairement depuis les centres d’extermination. En Espagne et ailleurs en Europe, ils défendent avec force trois revendications de base: la fermeture des quartiers d’isolement type FIES, la libération des prisonniers malades et la fin de la dispersion, mais nos camarades nous rappellent également que “nous luttons pour la destruction de toutes les prisons. Pour nous les rebelles et les anarchistes, ce n’est pas un slogan vide de contenu ou une chose sur laquelle théoriser. Si on le pouvait, on dynamiterait tous les murs sans hésiter et sans nous soucier des craintes des bien-pensants et de ceux qui les suivent”(10).

Destruction de la prison de femmes à Barcelone (1936)

 

Il existe un vaste secteur réformiste, enflé par des personnalités progressistes, des âmes charitables et philanthropes en tous genres qui se tournent vers l’opinion publique et les autorités dans l’espoir de mettre un terme aux mauvais traitements et aux conditions dégradantes que subissent les prisonniers, de réformer les prisons, de moderniser le système pénitentiaire, en un mot “d’humaniser” les geôles. Et il arrive que ces réformistes modernisateurs attirent des groupes de soutien et des familles de prisonniers en leur faisant miroiter la perspective d’une amélioration immédiate des épouvantables conditions dans lesquelles vivent ces derniers. Indépendamment des intentions de chaque individu, de chaque groupe, ces efforts ne font que renforcer l’Etat, ils canalisent la lutte et la dissidence vers les conversations avec les avocats, les rencontres avec des “experts et des personnalités”, les pétitions adressées aux autorités démocratiques, les entretiens avec les représentants des partis bourgeois, l’organisation de conférences de presse à la sortie des tribunaux et toute sorte d’autres actions encore qui, au bout du compte, reviennent à distribuer des calmants et diluer le conflit. Mais le conflit continue et continuera encore car, vu les conditions concrètes dans lesquelles ils vivent, à un moment ou un autre, les êtres humains entassés dans les prisons, soumis à l’esclavage sur les lieux de travail et vivant dans la misère des quartiers prolétariens feront exploser la paix sociale. Et comme le disaient les prisonnières révolutionnaires incarcérées dans les geôles espagnoles dans les années ’70 : “Nous les prisonnières, on ne veut pas de prisons améliorées”(11). Parmi les prisonniers de la guerre sociale, on trouve toutes sortes de tendances, dont le léninisme, majoritaires dans certains pays comme l’Espagne, la Turquie ou le Pérou. De nombreux prisonniers sont militants d’organisations marxiste-léninistes ou ouvertement staliniennes(12). Les luttes de ces prisonniers doivent être soutenues, mais il est important de ne pas tomber dans l’apologie de leurs organisations car les positions de la gauche de la social-démocratie version leninoïde ne cherchent qu’à renforcer ses partis “communistes” et constituer un Etat du genre de Cuba, de la Chine du temps de Mao ou de la défunte URSS, Etats et pays où sévissait l’exploitation salariée et où le prolétaire était domestiqué comme main d’œuvre soumise dont on pouvait extraire la plus grande plus-value possible (et augmenter ainsi le profit) sous des couvertures idéologiques telles “la construction du socialisme en un seul pays” (reprise sans vergogne de l’arsenal de Staline!), la création de “l’homme nouveau” ou le “pouvoir populaire”. Ces deux dernières mystifications sont toujours à l’œuvre à Cuba où, lors de chaque 1er Mai, les ouvriers, encadrés par leurs chefs, défilent comme des moutons pour célébrer le travail. Lorsqu’en Grèce et en Turquie éclatèrent de violentes manifestations de soutien aux grèves de la faim entamées par les prisonniers politiques turcs, les partis léninistes auxquels ces mêmes prisonniers appartenaient utilisèrent ces luttes pour leur propre propagande, ils exhibèrent leurs camarades morts en prison comme des martyres de leur cause et cherchèrent à élargir leurs rangs et à juguler les crises internes. Et lorsque des camarades eurent le courage de critiquer férocement les groupes staliniens et firent circuler les textes de prisonniers anarchistes comme ceux du Groupe du 5 Mai par exemple, ils furent attaqués de toutes parts, y compris par des “camarades libertaires” qui considéraient cela comme un manque de loyauté envers les prolétaires emprisonnés(13). Il faut également signaler et dénoncer les prisonniers qui trahirent et se dissocièrent des secteurs les plus radicaux. Un des cas les plus emblématiques est celui de Toni Negri, star de l’intelligentsia critique et de la social-démocratie recyclée, libertaire et “autonomiste”. Dans les années ’70-’80 en Italie, lorsque la lutte des classes bat son plein dans cette région et que ce monsieur est incarcéré, il s’en dissocie immédiatement et s’efforce de présenter cette lâcheté comme une alternative pour les autres prisonniers. Il s’agit de se désolidariser publiquement des camarades ayant des positions combatives, des irréductibles qui continuent, au sein des prisons, la lutte qui fait trembler les rues. Personne ne lui a jamais demandé d’assumer ce qu’il n’était pas ou de se déclarer militant des Brigades Rouges (un groupe armé partisan des Etats chinois et cubain, comme la majorité des autoproclamées “organisations communistes combattantes”), mais au moins, qu’il ne passe pas son temps à rendre visite aux prisonniers fascistes et à clamer son innocence aux autorités ! (Si certains pensent que nous exagérons, ils peuvent se taper son indigeste livre-témoignage “Le train de Finlande”). En dernière instance, un militant peut être totalement étranger aux actes que la justice bourgeoise lui impute, mais baser sa défense sur une déclaration d’innocence ou se présenter comme victime (“victimisation” tellement à la mode aujourd’hui) implique, dans la pratique, délivrer des certificats de bonne conduite à la classe dirigeante et semer la confusion dans les rangs de la lutte sociale. C’est pourquoi, les communistes éprouvent plus d’affinité avec les prisonniers anticapitalistes qui ne revendiquent pas telle ou telle action en particulier, mais se réclament de la militance et du combat révolutionnaire contre le capital et l’Etat, tels que le font nos camarades Claudio Lavazza et Amanda, aujourd’hui encore otages des centres d’extermination espagnols. Plus pathétique encore que la question des dissociés, est le cas de certains prisonniers appartenant à des groupes armés, ayant parfois occupé de hauts niveaux de responsabilités dans leurs organisations qui, une fois en prison, se rétractent, appellent à abandonner la lutte et vont jusqu’à donner des camarades qui étaient jusque là hors de portée des griffes du pouvoir. Le cas des repentis en Italie est une expression dramatique qui manifeste ce niveau de décomposition de toute humanité, certainement favorisée et renforcée par la dureté des prisons spéciales. Mais aujourd’hui, on trouve des repentis dans de nombreux endroits du globe et notre désir de détruire les prisons et de libérer les hommes et les femmes qui subissent une répression brutale ne doit jamais nous aveugler sur les positions qu’ils portent ou sur leur conduite si celles-ci sont traîtres et condamnables. Le soutien irréfléchi et l’apologie du prisonnier politique favorise uniquement ceux qui mendient la “liberté”, les institutions du système ou les fausses communautés que sont les partis léninistes et les réformistes armés, ou encore l’extrémisme de gauche du capital. Dans leur guerre quotidienne contre les prolétaires pour imposer la paix sociale nécessaire au bon fonctionnement des affaires et la conséquente réalisation des marchandises et du profit, les Etats sont en train de faire un pas de plus dans la criminalisation des luttes. Ce pas consiste à criminaliser les secteurs extérieurs qui appuient les luttes de prisonniers. Ceci ne constitue en rien un aspect inédit de la répression: en Turquie, les agents de police enferment les enfants des détenues politiques; au Moyen Orient, l’Etat israélien rase au sol les maisons des parents des commandos suicides; en Amérique Latine, dans les années ‘70-‘80, la répression s’abattait communément sur les amis et les proches de militants persécutés. Mais maintenant, le culte de la démocratie et de l’Etat de droit, religion universelle imposée par les grandes puissances, offre à la justice de classe capitaliste les fondements de la persécution. Ainsi, grâce à l’amalgame, on jette dans le même sac du terrorisme tous ceux qui se solidarisent activement avec les révolutionnaires emprisonnés. Des personnages aussi peu ragoûtants que le juge Baltazar Garzón peuvent continuer à gueuler que la Croix Noire anarchiste d’Espagne est “l’ appareil de captation de l’organisation terroriste PCE(r) et des GRAPO”(14). Vieille comme la lutte des classes, la théorie de la conspiration qui considère que le conflit social ne surgit pas du sol de la société marchande mais du cerveau de conjurés tapis dans l’ombre, refait surface dans la stratégie de l’amalgame. Parents, amis, prolétaires prisonniers, terroristes, les frontières s’estompent et n’importe qui peut finir en taule. Comme on l’a déjà dit, il ne s’agit pas de se solidariser avec des partis staliniens ou avec des sections de la CNT, un syndicat aussi réformiste que les autres (pendant la guerre et la révolution espagnole de 1936-39, la CNT soutint activement le front de la bourgeoisie antifasciste, encourageant ainsi le massacre de prolétaires dans la guerre interbourgeoise), mais de dénoncer clairement que l’Etat capitaliste condamne et poursuit toute tentative visant à remettre en question son monopole de la violence et, en ces temps de crise et de guerre ouverte, durcit la persécution contre tout foyer de rébellion et de lutte sociale. Voilà la politique de l’Etat espagnol, grec, italien… dont les mesures répressives, après les attentats du 11 mars à Madrid, ne pouvaient qu’empirer, resserrant encore plus les chaînes avec lesquelles la bourgeoisie tente de soumettre pour toujours notre classe en la dissolvant dans une masse amorphe de citoyens disposés à donner aux flics tout qui ne respecte pas la propriété et les lois démocratiques.

Aujourd’hui, les villes sont quadrillées et régulièrement parcourues par les patrouilles de terre et de l’air; les caméras surveillent chaque recoin de nos vies quotidiennes. Les médias répètent à n’en plus finir de nous méfier des sacs sans propriétaire apparent, des voisins peu sociables, de celui qu’on ne considère pas comme un bon citoyen. Les villes se transforment en gigantesque panoptiques où l’archipel pénitentiaire se confond avec l’architecture des quartiers et les HLM. Mais, en prison, les luttes continuent, jour après jour, et c’est des minorités communistes que dépendent la solidarisation avec ces luttes depuis l’extérieur, leur union avec les autres combats que le prolétariat mène au quotidien pour ses besoins humains et que la contre-révolution parvient à diviser, séparer, isoler les uns de autres; c’est des minorités communistes que dépendent l’extension de la révolte et l’affirmation claire et nette que la destruction de toutes les prisons est une des gigantesques tâches que la révolution communiste mondiale devra affronter.

Pour la destruction des prisons,

de l’Etat et du capital !

Tous les prisonniers dans la rue !

Tous dans la rue pour l’insurrection !

 

Argentine 1973 : le prolétariat arrache à la prison tous les prisonniers politiques

 

 

Notes

1- Bien entendu, nous ne nous référons pas ici à ce qu’on entend malheureusement aujourd’hui par militance dans un grand nombre de pays, une militance consistant en fait à intégrer une de ces organisations staliniennes armées qui envoient des milliers de prolétaires à la mort pour un programme gradualiste dont le misérable objectif est la construction d’un Etat capitaliste plus “ humain ”.

2- Equivalents des Quartiers de Haute Surveillance en France.

3- Pour une analyse plus détaillée de la répression aux Etats Unis, voir notre article “Etats Unis: Prisons et libertés dans le meilleur des mondes” in Communisme n°50.

4- Extrait de. “La unión europea y sus inmigrantes, ilegales, sans papiers, clandestini” in “Jornadas de Derrecho Penitenciario” de l’université de Barcelone, 1997/1999.

5- Cette propagande, qui se retrouve également dans les citations qui suivent, est reprise de la “pensée” de cette ordure bourgeoise, philosophe d’académie, nommée Gilles Lipovetsky, interviewé par La Nación de Buenos Aires.

6- Cfr. également notre texte “Capitalisme = terrorisme contre l’humanité” in Communisme n°53.

7- “ Alliance Populaire Révolutionnaire Américaine ”, fondée par Haya de la Torre.

8- Pour plus d’informations sur ces tristes faits et sur la position prise par le GCI, voir notre article “Importants massacres de prisonniers au Pérou” in Le Communiste n°25.

9- En ce qui concerne la grève de la faim, nous pensons qu’il ne faut y recourir qu’en cas de situation désespérée et exceptionnelle: nos consignes pour la lutte ne doivent jamais appeler à l’autodestruction. Il faut retourner et organiser notre rage contre l’ennemi de classe et ses institutions, non contre notre propre corps.

10- Extrait de la “Contribution au débat sur l’Internationale Antiautoritaire Insurrectionnaliste et quelques éclaircissements pour les camarades prisonniers”.

11- Fin des années ’70 et début des années ’80, lors de la transition/transaction espagnole, des Groupes Autonomes s’organisèrent en France et en Espagne, se dédiant corps et âme à “l’agitation théorique et armée”. Leur “programme minimum” était l’abolition du travail salarié et la destruction des prisons. De nombreux camarades ayant participé à cette expérience militante ont été incarcérés et, du fond des cachots de l’Etat, ils ont eu la lucidité de s’opposer à toute séparation entre prisonniers de droit commun et prisonniers politiques, et de façon plus générale, à tout lutte pour “la réforme et l’amélioration” des prisons. En ce qui concerne cette lutte, nous renvoyons au livre des Groupes Autonomes: “Appels de la Prison de Ségovie”, aux Editions Champ Libre, 1980.

12- Le marxisme-léninisme est toujours du stalinisme. N’oublions pas que c’est l’Etat stalinien qui a inventé cette expression, ce culte du marxisme-léninisme, utilisant pour ce faire tous les moyens qu’il avait à disposition, dont la Russie et la dite Internationale Communiste.

13- Le Groupe du 5 Mai fit connaître ses positions dans un communiqué intitulé “Quelques informations et commentaires sur les rebellions dans les prisons turques”.

14- Garzón continue à forcer l’admiration de la gauche réformiste internationale, de ceux qui cherchent à “châtier” les génocidaires genre Pinochet ou Videla par le biais de jugements spectaculaires, de tous ces secteurs de la bourgeoisie qui organisent le forum social mondial de Porto Alegre et qui cherchent ouvertement un terrorisme d’Etat “plus humain”.


CE57.2 Contre les prisons de l'Etat bourgeois