En lisant la presse bourgeoise, qui nous dit comment et ce qu’il faut penser du monde de l’argent, on tombe parfois sur de vrais scoops. Etonnant, par exemple, ce récent entrefilet qui nous apprend qu’en Grande-Bretagne la troisième cause de mortalité ce sont les « erreurs médicales », produisant 40.000 morts et 280.000 affections diverses par an !
Ce type d’information nous rappelle judicieusement l’impasse de la médecine dans la société bourgeoise. Le paradoxe est apparent et n’éblouira que ceux qui se font encore des illusions sur notre société. L’hôpital est une entreprise comme une autre, ici aussi la nécessité de faire des bénéfices est impérieuse. Dans cette optique marchande, les unités hospitalières concurrentielles se livrent une guerre sans merci qui les contraint à un renouvellement permanent de leurs moyens de production. Avoir un outil performant! Mais cela n’est pas suffisant. De même que l’usine, l’hôpital est soumis à la nécessité de faire des économies: sur le matériel, sur la qualité des produits (soins bâclés), augmentation de l’intensité du travail (plus de patients pour moins de soignants) et en fin de course: compression de personnel, rationalisation...
La mécanisation des soins, la confiance aveugle dans la technique qui confine à la soumission éloigne encore plus le patient du soignant. La médiation prend le pas sur la réelle communication. Le malade est toujours plus une chose inerte.
Il est de notoriété publique que l’industrie pharmaceutique, productrice de profit, est un secteur qui attire actuellement les capitaux de façon accélérée. Le pouvoir des consortiums pharmaceutiques s’accroit dans des proportions gigantesques. Tranquillisants, anxiolytiques, antidépresseurs... entretiennent surtout la bonne santé financière des gros actionnaires!

La science au service du meilleur payeur

Le lien entre le monde du travail et celui de la médecine est clair: pour le patron, seul importe un prolétaire en bonne santé que la médecine est chargée de contrôler. En tant que catégorie du capital, celle-ci contient/reproduit toutes les déterminations historiques du rapport social capitaliste: dépossession, terrorisation, exploitation. Le but de la médecine est de rejeter le travailleur dans le circuit du travail. L’entrefilet qu’a laissé filtrer la bourgeoisie nous éclaire en ce que cette fonction, soigner la force de travail, la soumettre aux règles de l’entreprise, rencontre aussi (accidentellement!) une autre nécessité du capital, la tuer en tant qu’excédentaire1. « Erreurs » médicales, épidémies, vaccins2, antibiotiques, médicaments, etc., participent à la sélection naturelle... capitaliste.
C’est parce que ceux qu’on oblige à travailler ressentent dans leur corps la pression sociale, la terreur de se faire exploiter, qu’ils « tombent » malades. Ceci est une réaction tout à fait inconsciente, passive, involontaire, impersonnelle. Il n’y a pas de maladie « en soi », elle est toujours liée au mode de production qui la produit. On n’est jamais autant tombé malade dans toute l’histoire de l’humanité. Et en quantité et en « qualité ». La pollution, l’appauvrissement énergétique de nos aliments, le rythme de vie, l’insatisfaction, les médicaments, etc., font que nos organismes sont de plus en plus faibles. Nous sommes sans défenses immunitaires... devant nos patrons.
Le prolétariat encaisse les coups journaliers de l’exploitation et tourne contre lui-même l’humiliation, la concurrence, la compétition, le paraître, la soumission, la fatigue, l’inquiétude, l’énervement, etc., etc., etc., plutôt que de la tourner contre son ennemi historique, la bourgeoisie et son monde pathogène! Tant qu’il ne s’associe pas dans la lutte, ne transforme pas sa rage et sa colère en action contre ce qui la produit... il subit toutes les constituantes du capital, dont celle, la plus importante, d’être en forme pour aller bosser.
La société marchande a détruit la communauté humaine et imposé la seule communauté pouvant exister sous le capital: la fausse communauté de l’argent, la communauté fictive. Cette perte humaine de la communauté que tente de reconstituer le capital en nous proposant/imposant de multiples fausses communautés (nationales, religieuses, idéologiques, sportives, artistiques...) produit la maladie. Le prolétariat est fondamentalement malade du manque d’humanité! Il ne se guérira qu’en abolissant ce qui le rend malade, le monde de la marchandise. On ne peut réformer les soins de santé, ni améliorer notre santé dans le cadre du capitalisme.
D’un côté, le capital idolâtre notre individu, de l’autre, il nous agglutine dans une masse impersonnelle. D’un côté le mythe de l’originalité, de la personnalité, de l’autre, la foule, le stade, les métros bondés.
Moins notre classe sociale s’exprime (par la lutte), plus elle est réduite à une masse de forces de travail... conglomérat insipide de millions d’individus atomisés. C’est ce rapport-là qui rend fou le citoyen moyen. Car derrière l’individu qui se demande, angoissé, « qui suis-je? », il y a le capital qui répond, « une force de travail comme les autres ». Nous sommes interchangeables, clonés, dupliqués à l’infini. Et quand le prolétaire va chez son psy, celui-ci fait résonner l’individu libre qui a des problèmes « personnels » que lui, le psy se fait fort de soigner... Il occulte le corps social de cet individu!
Le mode de production capitaliste détermine toutes les parties du corps social, son fonctionnement et la compréhension qu’il en a. La science, c’est la réponse du capital à la connaissance que l’humanité a accumulé au cours des millénaires. Il y a une histoire de dépossession puis de destruction par la valeur de cette connaissance, riche de l’expérience sédimentée dans le temps et dont l’homme était encore, jusqu’au capitalisme achevé, le bénéficiaire.
Chacun d’entre nous appartient à une classe sociale, à un mouvement historique. Notre passé de lutte est compris dans notre présent et la résolution future des énigmes de cette société sont également comprises dans notre présent. Ainsi notre corps, semblant isolé, n’est pas que notre corps, il est une partie d’une totalité qui le subsume, le dépasse, le prolonge et que lui-même nourrit. On ne peut donc pas isoler un être de son environnement, de son passé et de son futur.
C’est à notre corps social que nous avons mal et la thérapie est connue, c’est la révolution, la réappropriation violente de nos besoins élémentaires, de notre vie sociale, toute entière tournée vers la satisfaction et non vers l’exploitation.
Actuellement, la bourgeoisie peut se permettre de nous dire clairement: « on vous tue, on vous le dit ». Pour notre classe, anesthésiée, endormie par le laminage quotidien du travail et de la terreur idéologique, l’information tient lieu de réflexion dans la même mesure que la communication à distance (GSM, Internet...) remplace le contact direct. Le capital dévoile de plus en plus ouvertement son mode de fonctionnement intime: exploitation, torture, mort. Ceci rend compte et accentue le fossé entre la réalité et sa (com-) préhension par le prolétariat. Le capital en s’adressant à une masse de « gens », consommateurs, travailleurs, malades, citoyens, lecteurs, etc., multiplie les catégories qui morcellent notre classe en autant d’atomes centrifuges. La révolution, c’est le courant centripète de toutes ces forces qui rattrapent la réalité, s’en saisissent et la transforment!
La presse bourgeoise parle « d’erreurs » médicales, sous-entendant que dans son fonctionnement normal, la médecine soigne, elle ne tue pas. Et tous ceux qui crèvent ou sont blessés, meurtris à cause d’actes non reconnus comme des erreurs, mais comme des réussites de la médecine moderne? Et tous ceux qui n’ont pas les moyens de se faire soigner, même dans le cadre bourgeois actuel? Si les riches peuvent se payer des soins appropriés, pour les pauvres il y a des toubibs qui voient une centaine de patients par jour3. L’usine, quoi!
Le terme « erreurs », passé au tamis de l’analyse classiste, est soudain démystifié. Pour le prolétariat en lutte contre la soumission et l’abêtissement... il ne s’agit pas d’erreur. Le capital nous exploite-t-il par erreur? Nous envoie-t-il à la guerre par erreur? Non, c’est son fonctionnement normal, c’est sa vie même qui nécessite une toujours plus grande consommation de prolétaires.
Le journaflic a-t-il voulu dire qu’une médecine réellement au service de l’humanité est possible? Que toutes les « erreurs » du système de production capitaliste sont évitables? Qu’il faut tendre au mieux, aller voter, se syndiquer, faire pression auprès des pouvoirs publics?…  Probablement. La société bourgeoise parlant d’elle-même en arrive à des sommets de réification médiatique. Le mythe de l’information impartiale correspond en fin de compte à la langue de bois la plus puissante, celle qui naturalise les rapports bourgeois de production, qui occulte les classes sociales aux intérêts antagoniques, qui humanise le capital. Cette simple information sur le fonctionnement de la médecine, dans un pays donné, que la bourgeoisie voudrait innocente, nous suggère toute l’horreur du capital, à l’échelle planétaire.
En tout cas cet entrefilet reste sulfureux en ce qu’il éclaire le fait que la société de l’argent a failli, qu’elle n’est pas adaptée à l’homme, que la folie ambiante a atteint des proportions gigantesques dont la limite se précise: révolution ou destruction de cette planète. Bien sûr, le flot d’informations qui dévoilent comment « on nous traite » ne suffit pas, l’histoire de notre classe en lutte nous a enseigné que l’accomplissement de la conscience de notre exploitation, c’est la pratique pour la refuser, la combattre.
Il faut prendre cet entrefilet dans sa dimension réelle: à l’aube du troisième millénaire, quel décalage entre ce que dit la bourgeoisie d’elle-même et la réalité! La bourgeoisie a réussi à nous rendre fou: pour nous faire la guerre, elle nous parle de paix, pour nous achever, elle dit qu’elle nous soigne! Mais ce n’est pas du cynisme: les limites théoriques du monde bourgeois réfléchissant sur lui-même ne sont pas feintes. Il y a une réelle incapacité pour la bourgeoisie d’expliquer le monde et son fonctionnement. D’ailleurs, elle n’en a pas essentiellement besoin, seul lui importe de nous mystifier. Pour nous, « vie » (valorisation, développement des forces productives, santé, paix, richesse...) et mort (dévalorisation, entrave au développement des forces productives, maladie, guerre, misère...) forment le couple infernal capitaliste. L’une et l’autre s’agenouillent devant l’autel de la valeur, se promettent un monde éternel, se rejoignent dans une étreinte répugnante, procréent de multiples marchandises!
Quand la révolution se remet en marche, les prolétaires se sentent mieux, la maladie, transcendée par le bouleversement social, galvanise les énergies, donne une orientation vivante à ceux qui luttent, des objectifs enthousiasmants, une activité collective...
Quand la révolution se remet en marche, et qu’on ne supporte plus le mensonge... c’est au tour des tueurs en blouse blanche, les financiers agro-alimentaires, les ministres de la santé publique d’être soignés!

A bas la bonne santé du capital!


1. Les maladies iatrogènes, produites par et dans le monde fermé de l’hôpital, sont responsables de 30.000 morts en France chaque année. Camarades, si vous êtes malades, évitez l’hosto!

2. Bill Gates promettant (février 2000) 30 milliards de dollars pour vacciner tous les petits pauvres de la planète participe à cette oeuvre gigantesque de décimation de notre classe sociale. «Alertez les bébés!»chantait le poète il y a trente ans... c’est dramatiquement d’actualité

 


CE54.4 Nous soulignons:

La société du capital est malade:

Qu'elle crève !