Nous ne croirons à la crise que lorsque les riches commenceront à se suicider en masse

Extraits (1)

Le bluff de l'année 1992 est passé (2). Après avoir hypnotisé les gens avec une période "prospère" qui se caractérisa par la consommation de conneries, l'endettement et l'accroissement des bénéfices spéculatifs, on nous impose maintenant la crise. Hé oui, la sélection nationale a gagné une médaille et l'intouchable Barça, le championnat de football. Quelques temps auparavant, le PSOE avec sa reconversion, comme fidèle serviteur du Capital, avait achevé la transición (3) et initié de façon accélérée la modernisation de l'Oppression, effaçant de la carte les mouvements d'assemblées qui caractérisaient le fin du franquisme et la transición. On implanta le syndicalisme civilisé et on encadra le mal-être dans la langue de l'Etat-capital: l'économie, la politique. Lorsque les syndicats (et autres formes d'oppositions civiques) disent Non, nous pouvons être sûrs que c'est un Oui déguisé en Non, étant donné que l'Etat a besoin d'une opposition qui fasse des simulacres de grèves pour démobiliser et décourager les gens. Avec les négociations gouvernement/syndicats, la fonction de ces derniers apparaît clairement dans le jeu spectaculaire de la politique: contrôler les pauvres et faire entrer la raison d'Etat dans nos têtes.

Nous vivons dans une société où la politique déplace le langage propre aux opprimés. On décide, gère et déguise ce mensonge en une réalité unique (4). On gère nos misères et notre monotonie. On gère la richesse qui est déjà abstraite et inexistante, comme Dieu au Moyen Age. Personne ne peut être extérieur au christianisme actuel: le culte de l'abstraction monétaire, l'Economie et le Politique. On gère et développe des projets pour gérer les déficits, les bénéfices et la répression.

Les curés sociaux avec leurs services sociaux, domestiquent, recomposent, réutilisent la marginalité pour le commerce humanitaire du concept, réapproprié par l'Etat, de la Solidarité. On développe le spectacle des frais sociaux, de leur diminution, et de la lutte fictive qu'on recrée. Inutiles, licenciés et spécialistes du vide social enquêtent, calculent, redéfinissent les problèmes pour les résoudre par leur propre auto-perpétuation. En réalité, nos problèmes ce sont eux.

On marginalise par le biais du chômage à perpétuité. On marginalise grâce au juteux commerce de la répression des drogues, de la "délinquance", grâce au grand commerce du contrôle global de la société. Ils gèrent, gèrent, gèrent,... Ils gèrent en infestant nos vies de "sécurité" et d'un mortel ennui social.

Les moyens de communication diffusent leurs mensonges, les jongleries de la publicité superflue de l'information, nos neurones sont paralysés... Attention! ils parlent, informent, diffusent, vendent, forment. Ils détruisent, immobilisent ce qui existe, le désir de la vie qui est révolte, et qui n'acquiert d'existence que lorsqu'il meurt et devient vendable par leurs canaux (de diffusion). Seule leur version du monde existe, une version détournée, un monde à leur image et qui leur ressemble.

Ils nous font peur, ils provoquent la peur en nous. Ils nous intègrent dans leur jeu paranoïaque de réalités apparentes. Contrôle informatique, contrôle au travers de l'information, cirque politique, invention des races, reality show, survie recyclable écologique-qui-se-vend-bien, on nous enferme dans la routine.
 
 
 
 

Comment définir cette contre-révolution "moderne" permanente dans cette portion du gâteau ?

Dès la fin des années '60, un processus de modernisation de l'oppression se développe dans toute l'Europe (5) (en partie pour en finir avec les luttes sauvages et sans médiation, tel le mai '68 français ou l'automne italien), rendant le monde encore plus invivable pour nous. On coupe la communication réelle et sans intermédiaire surgie de l'expérience et de la lutte. Le fossé qui avait séparé la classe dirigeante, son Etat et les opprimés, et qui pouvait mettre en péril la domination, est comblé par la politique, le syndicalisme, la consommation et le besoin d'argent. L'argent entraîne la distanciation et l'isolement entre les pauvres. Le besoin d'argent détermine une perte qualitative des relations (6). On introduit dans nos comportements, l'angoisse de l'argent comme élément distorsionnant: l'apparence, la vitrine. On montre tout, on doit tout montrer alors qu'en réalité on sait très bien qu'on ne pourra jamais en posséder qu'une petite partie, généralement la plus kitsch, les succédanés...

On montre la caricature de la "richesse" qui est précisément caricature parce qu'elle s'exhibe dans un monde de pauvres. Du monde des riches, on sait seulement ce qu'on nous montre dans les séries télévisées. Et on sait que c'est ce qu'il y a de plus faux, mais c'est aussi ce qui nous fait le plus envie et que nous imitons le plus.

La société se montre capable, en de nombreuses occasions, de digérer et parfois de créer des révoltes, que ce soit par la répression, la récupération ou les deux à la fois. Le dynamisme de la société parvient à intégrer, de gré ou de force.

Pendant la transición et sous le gouvernement du PSOE, le rôle domesticateur des syndicats comme appareils au service de l'Etat-Capital fut évident. Face à ces syndicats, se sont parfois imposés des mouvements d'assemblées (7) qui, en les débordant, ont fait face au capital. L'Etat recréa les syndicats pour contrôler les luttes au travers de la bureaucratie, de sa représentativité et de l'acte de négocier par délégation. Actuellement les syndicats ont peu d'affiliés, ils n'atteignent pas 15% des salariés (8) et sont largement subventionnés par les institutions de l'Etat. Donc, ils forment partie intégrante de l'Etat, ils sont, en soi, une institution de ce dernier et constituent son meilleur serviteur.

La raison d'Etat a fini par s'imposer en liquidant le mouvement des assemblées, par le biais de la récupération syndicale, la répression (maintes fois sanguinaire comme dans le cas de Vitoria, Reinosa, Euskalduna, contre les dockers,... allant même jusqu'à l'assassinat de prolétaires) et de la division. Elle parvint ainsi à imposer sa dynamique, son discours, sa façon de vivre.

Le spectacle démocratique essaye de canaliser l'insubordination sociale. La très sainte trinité Etat-Capital-Economie est au-dessus de toute critique, inattaquable. Tout est soumis à la logique de l'argent, c'est-à-dire à la logique de la simple subsistance, jusqu'à l'expression maximale de l'abstraction économique. Abstraction d'un mensonge, universel et auquel on croit.

L'idéal impossible du capitalisme moderne est de transformer en cadres les travailleurs des métropoles. Face à cet échec collectif, une partie importante des travailleurs, et une grande partie des pays en voie de développement (9), sont poussés dans la misère et la marginalité. Le mensonge de l'appartenance à une classe moyenne, pacifique, fait office de pare-chocs à une déflagration sociale potentielle. Ici apparaissent des notions absurdes comme celle d'usagers et l'esprit civique qui en découle et provoque la soumission dans le comportement quotidien. Citoyens? Un terme reconnaissant des maîtres pour les bons esclaves, pauvres mais honnêtes.

Et dans l'idée de classe moyenne apparaît une nouvelle contradiction: diminution des budgets, renchérissement du niveau de vie et nouvelle expansion commerciale des grands. Les multinationales dominent le marché, absorbent et anéantissent les petits et, d'autre part, décentralisent la production en petits noyaux qui, dans la plupart des cas, ne sont que des entreprises qui cachent la réalité de travailleurs autonomes, dépendants de la multinationale elle-même, ou des centres où on engage de nouveaux journaliers urbains.
 
 
 
 

Evidemment qu'avec cette crise les yuppies ne se jettent pas par la fenêtre

Plongés dans la merde d'une survie pleine d'annonces alléchantes et de belles vitrines prêtes à spolier nos misérables salaires. Sols jonchés de monnaies ou d'aumônes pour chômeurs. Couteaux tirés pour obtenir une dose quitte à finir en taule. Travailleurs en auto-emploi, ou ce qui revient au même, en auto-exploitation (10). Travailleurs soumis pour le compte d'autrui, celui qui exploite c'est le client, l'usager et le fisc. Autogestion de l'exploitation, vide de la lutte sociale. Trop de travail, il faudra se doucher et crier un orgueilleux "je suis mon propre maître". Jamais l'ouvrier n'aura aussi clairement proclamé son éternelle auto-prostitution, sa volonté de s'intégrer dans l'anodine classe moyenne. Et espérons que tout cela ne soit pas assumé comme l'assume le petit commerçant.
 
Journaliers urbains. Gens qui cherchent des petits boulots pour pouvoir subsister. Emplois submergés. Chômage à vie. Emplois précaires. Ouvriers domestiqués par les frais, les menaces, les contrats, les lettres de créances. Syndicats qui décident pour toi, entreprises de la reproduction de la force de travail. Mobilité, euphémisme d'émigration pour le citoyen de première classe, c'est-à-dire avec un passeport d'esclave autochtone. Si c'est toujours plus insupportable de travailler, vu les conditions de soumission et de contrôle croissantes, c'est aussi toujours plus difficile de survivre sans travailler, c'est-à-dire que c'est de plus en plus difficile d'obtenir ses moyens de subsistance sans travailler.

Nos vies sont envahies par les images cybernétiques qui distraient mais abrutissent. Le téléviseur c'est le summum: la fille avec le vidéo dans sa chambre regarde comment Michael Jackson baise Mickey la souris, tandis que la femme achète une cireuse grâce à la télé interactive. L'ordinateur décompose les neurones martiens de l'enfant qui cherche désespérément à tuer des aliens alors que la télécommande ne fonctionne pas. La parole disparaît, seul parle le Capital, la raison d'Etat. Ils organisent et contrôlent techniquement la solitude qu'ils nous obligent à vivre. Isolement, mais la puce informatique travaille aux pièces. L'Etat est au coeur de ce que nous vivons de plus intime, il contrôle les aspects de la vie quotidienne, la divertit à sa guise.

L'Etat, en atomisant et en brisant la communication entre les gens, en envahissant la vie privée, tente de distorsionner la lutte qui semble menée à son encontre.

Sans l'Etat il n'y a rien. Tout doit passer sous la surveillance de l'Etat, et avec la protection et la bénédiction de la politique. C'est l'acquis le plus important de la seconde guerre mondiale. L'Etat démocratique s'affirme comme l'unique interlocuteur, l'unique médiateur et l'unique communicateur d'idées, valable et reconnu.

La démocratie, c'est le leurre de la communication. Par elle et en elle les politiciens expriment leurs idées qui finalement deviennent celles de la majorité. On nous retire le Pouvoir de pouvoir et de savoir communiquer entre nous, on efface les mots de nos lèvres pour y substituer leurs mensonges idéologiques.

La démocratie n'est rien d'autre que l'appropriation de la communication (le pouvoir de la communication) de la part des politiciens qui se convertissent en nos représentants et en délégués de nos idées jamais exprimées.

La démocratie, c'est l'apparence de la confrontation de mensonges rivaux qui se complètent et dont l'unique et primordiale fin est de sauvegarder la raison d'Etat.
 
 
 
 

Ce que la télé ne montre pas n'existe pas

Ce qui est exclu, ce qui se situe hors de sa réalité et de son mensonge, n'existe pas. Ainsi, si tu vois quelque chose, ce n'est pas ce que tu as vu mais ce que la télé en dit qui est la réalité. Cela ressemble à un mensonge, mais ça fonctionne bien pour eux. Il y a des gens qui ne voient que par les yeux de l'Etat et non par les leurs, que ce soit par peur ou par apathie de leurs puces cérébrales.

Fichue société (11) basée sur l'information! Micro-électronique, génétique, contrôle, écologie, services, post-industrialisme dans les métropoles, industrialisation à la semi-périphérie et guerre à la périphérie.

La crise qu'on nous impose sert à prolonger la fuite en avant du Capitalisme pour continuer à se reproduire...

La société du Spectacle, de la Marchandise et du Contrôle a débarqué et se développe en termes qui dépassent les prédictions et les observations des situationnistes. Et en même temps, pour nous la crise, c'est la peur du chômage et la police au coeur de nos vies.
 
 
 
 

Ils nous ont annoncé la crise, nous avons toujours été en crise

Sous prétexte de crise, ils justifient la nécessité de serrer un peu plus l'écrou de l'exploitation et du contrôle de la population. Tout dépend du "jusqu'où les gens sont-ils disposés à aller". De l'ouvrier du bien-être, à la précarité. Perte d'un siècle de concessions-conquêtes. Mais dans ce pays, nous n'avons jamais connu "l'Etat providence". Nous avons toujours connu "la providence de l'Etat".

La grève générale fait partie de la fonction des syndicats au sein de la domination; ils s'avancent en créant un mouvement pour canaliser l'insatisfaction due à l'augmentation de l'exploitation que signifie la crise et les conséquences juridico-économiques qu'elle provoque: nouvelles lois sur l'emploi et diminution des frais sociaux. On tente d'endiguer l'insatisfaction sociale pour qu'elle ne soit pas dangereuse.

Les syndicats se sont vu rejetés plusieurs fois pour leur rôle dans le spectacle politico-socialo-économique; c'est pourquoi durant l'offensive capitaliste de reconversion, en 1992, et durant la crise qui a suivi, ils ont du se radicaliser en apparence pour pouvoir continuer à jouer leur rôle, c'est-à-dire continuer à exister. Ils transforment maintenant l'arme de la grève en un show inoffensif pour jouer avec les données et les chiffres de la politique. Ces montages syndicaux sont dirigés contre nous et les nôtres...

De la même façon que l'individu s'est converti en producteur consommateur isolé, les luttes restent isolées à l'intérieur du cirque de l'information. Nous devons lutter tant contre l'atomisation qu'ils nous imposent, que contre l'isolement de nos collectifs et des luttes contre le pouvoir. D'où l'importance de la communication, la diffusion de notre parole et les pratiques collectives qui doivent tout dire d'elles-mêmes, sans recours aux justifications idéologiques, aux drapeaux, aux uniformes ou aux sigles.

Renverser l'utilisation que l'Etat-capital attribue aux rues. Circulation de voitures et de marchandises, vitrine de la solitude. Face à l'ennui et au binôme divertissement-argent, chercher des sorties réellement divertissantes. C'est-à-dire re-créatives de la vie. Subversives de l'ordre.

Réaffirmer les actes d'insoumission sur tous les terrains. L'insoumission, quand elle est réelle (refus du dialogue avec le Pouvoir), porte en elle une victoire, car la Démocratie a besoin d'un question-réponse pour fonctionner. Il faut un débat théorico-pratique sur les formes de lutte à mener. Expérimentant les formes de nos luttes et de celles des nôtres.

Etrangers à nous-mêmes, annulés, aliénés. Ce monde est un monde qui nous est étranger et où la vie ne nous appartient déjà plus. Ce monde ne nous affirme en rien, au contraire, il nous nie. C'est pour cela que nous ne pouvons penser qu'au négatif. Il n'y a pas d'autre alternative, si l'économie est en crise, qu'elle crève!
 



 
 

NOTES :

1. Le texte qui suit est extrait d'un débat publié dans le numéro 8 du périodique Akefalos (Apartado de Correos 37120 - 08080 Barcelona, Espagne) voici un peu plus de deux ans. Une photocopie du texte dans son intégralité est disponible à notre adresse centrale. Les rédacteurs d'Akefalos expliquent le nom de leur journal comme suit: "La mythologie grecque décrit un peuple de gens sans tête, sans chef ni subordination. Parce que nous sommes des gens qui avons perdu la tête, au sens qu'ils considèrent comme impossible. Des êtres extravagants, sans sens commun qui luttons contre la normalité sociale des esclaves et de leurs maîtres." Les notes en bas de page émanent de la rédaction de Communisme.

2. Le bluff de '92 dont il est question ici, renvoie à l'exposition de Séville, à la commémoration des 500 ans de la "découverte" des Amériques, aux jeux olympiques de Barcelone... Si par certains côtés, cet article se réfère principalement à l'Espagne le lecteur aura tôt fait de constater que d'autres aspects ont une validité nettement plus large. C'est ce qui nous a incité à publier ce texte.

3. En Espagne, on appelle transición, la période de "démocratisation du franquisme" pendant laquelle l'Etat se réorganise grâce à la gestion du "Parti Socialiste Ouvrier Espagnol" (PSOE).

4. Un des aspects qui nous a plu dans ce texte, c'est que des camarades ayant une formation politique et des idées différentes des nôtres arrivent à formuler, en des termes distincts, des choses tellement similaires à celles que nous exprimons au sujet de la société. Le contenu de la phrase ci-dessus par exemple, nous parait très clair, même si nous l'aurions sans doute exprimé différemment, en disant que c'est la démocratie (non seulement politique, mais sociale, économique, intégrale) qui détruit la communication au sein de la classe, qui anéantit les liens associatifs; de même, nous voyons parfaitement en quoi la démocratie "déplace le langage propre aux opprimés", parce qu'elle les désintègre comme classe, parce qu'elle les atomise, parce qu'elle les transforme en acheteurs et vendeurs, en idiots utiles, en citoyens.

5. Ce qui est décrit ici s'applique à bien plus qu'à "toute l'Europe".

6. Les auteurs de l'article ont entièrement raison d'affirmer que l'argent sépare les hommes, mais ils considèrent cela comme relativement local ou nouveau, alors que c'est un phénomène généralisé à l'entièreté du monde capitaliste depuis plusieurs siècles. Dans les "Manuscrits de 1843/44", Marx fait référence aux siècles antérieurs et décrit parfaitement la façon dont la communauté de l'argent liquide toute communauté entre les hommes. Nous ne nions pas que tout va en s'empirant et c'est pourquoi nous sommes d'accord de le souligner, comme le fait Akefalos qui tente ici d'exprimer le saut qualitatif dans la déshumanisation des relations humaines dû à l'argent. Il ne faudrait néanmoins jamais oublier que ces éléments sont l'essence même du système capitaliste mondial, un système que l'humanité supporte depuis au moins 5 siècles, et pas seulement en Europe mais dans le monde entier.

7. L'opposition entre assemblée ouvrière et syndicats comme appareils du capital est logique dans certaines circonstances, quand le bureaucratisme syndical est tel que les syndicats ne fonctionnent pas sur base des assemblées d'usine. Mais il ne faudrait pas oublier que lorsque la radicalisation du prolétariat est importante, les syndicats fonctionnent également sur base des "assemblées ouvrières" pour accomplir au mieux leur fonction d'encadrement et de liquidation des luttes prolétariennes.

8. Contrairement à d'autres affirmations de ce texte valables pour le reste du monde, ce qui est affirmé ici renvoie à une réalité propre à l'Espagne. En effet, même si partout dans le monde les syndicats constituent des appareils de l'Etat et qu'on a pu constater ces dernières années une diminution du nombre de syndiqués et donc du contrôle de la classe ouvrière, le pourcentage à ce point maigre d'adhérents qui caractérise le monde syndical en Espagne aujourd'hui trouve son explication dans l'affaiblissement de syndicats qu'un gouvernement de gauche implique systématiquement dans la gestion des affaires. Et effectivement, qu'est-ce qui peut bien rester comme crédibilité aux protestations syndicales d'organisations et de partis qui partagent le gouvernement? C'est pour regagner cette crédibilité que les syndicats et partis ont si souvent besoin des "cures d'opposition".

9. L'utilisation de termes tels que "pays en voie de développement", et la dichotomie entre pays qu'elle implique, constituent pour un texte aussi clair, de surprenantes concessions idéologiques à l'opinion publique et à la vision du monde imposée par les médias.

10. A d'autres occasions déjà, nous avions signalé que la consigne "autogestion = auto-exploitation" n'était pas correcte, et cela malgré la force de propagande qu'elle peut contenir. Le sujet de l'exploitation, c'est toujours le capital et jamais soi-même comme pourrait sembler l'indiquer la formule "auto-exploitation". D'autre part, l'objet de l'exploitation, l'exploité, c'est toujours le prolétariat, les prolétaires. Avec ce type de formule, émise à l'encontre de ceux qui font l'apologie de l'autogestion dans le capitalisme, on veut signaler qu'en fait, c'est le capital qui détient la gestion et le contrôle de l'exploitation, et qu'avec l'autogestion, les travailleurs, au lieu de se libérer de l'exploitation, veillent collectivement à ce qu'elle soit le plus efficacement réalisée. Il s'agit d'un autocontrôle, d'une autodiscipline, et dans la plupart des cas même, d'une augmentation quantitative et qualitative de l'exploitation... mais toujours au bénéfice du capital. En ce sens, on peut voir à la suite de cette affirmation une certaine confusion quant au sujet de l'exploitation: ni le client, ni l'usager ne peuvent être, au sens strict du terme, des exploiteurs; et cela n'a pas beaucoup de sens de les mettre dans le même sac que le fisc qui lui en fait partie, dans la mesure où la plus-value que s'approprie l'Etat est utilisée au bénéfice du capital collectif; mais encore une fois, le sujet de l'exploitation n'est pas le fisc, c'est le capital. L'expression "autogestion de l'exploitation" que les camarades utilisent plus loin est, par contre, correcte dans le sens où le travailleur lui-même contribue à la gestion de l'exploitation que réalise le capitalisme.

11. Le terme utilisé en espagnol est "suciedad", un jeu de mots entre "sucio" ("sale") et "sociedad" ("société").
 


CE48.2 L'Economie est malade, qu'elle crève !