Nous ne pouvions pas achever cette revue sans parler des derniers événements en Albanie. C'est avec émotion et joie que nous avons appris qu'en Albanie, après plus de six semaines de manifestations encadrées par l'opposition (stalinienne rebaptisée socialiste) et au moment même où était voté un remaniement de l'équipe gouvernementale, les prolétaires ont outrepassé les règles de la démocratie et ont pris d'assaut un ensemble de structures de l'Etat bourgeois.

Laissant là les sempiternelles promesses de changement brandies par tous les politiciens, nos prolétaires "incontrôlés" ont pris possession de la rue et ont donné de réels objectifs de classe à leur lutte. Du sud au nord, les prolétaires se sont attaqués aux bâtiments publics et ont mis le feu à des commissariats, tribunaux, succursales de banque, pillé de nombreux magasins ou camions transportant des marchandises, pillé et incendié une des résidences de Sali Berisha (le président de la république albanaise, ex-stalinien fondateur du Parti démocratique), assiégé des casernes et même des bateaux de la marine de guerre pour y prendre les armes, érigé des barricades sur des routes,...

Les bâtiments du SHIK (police secrète de Sali Berisha, ex-Sigurimi stalinienne) ont particulièrement été la cible de la colère prolétarienne. Ce sont dans ces bâtiments que beaucoup de frères de classe ont disparu, torturés et assassinés. A Vlora, où les affrontements ont été particulièrement violents, les prolétaires boutant le feu à ces bâtiments n'ont pas fait de cadeaux à plusieurs tortionnaires bien connus qui s'y étaient retranchés, ceux-ci ont été brûlés vifs tandis que d'autres qui essayaient de s'enfuir ont été lynchés (soit six membres du SHIK).

Nulle part, les conscrits encasernés ne se sont opposés aux pillages, nombre de prolétaires sous l'uniforme se sont joints aux insurgés avec armes et bagages. Le gouvernement avoue ne pas pouvoir compter sur son armée.

Ce qu'exprime le prolétariat en Albanie, c'est la haine accumulée contre l'exploitation, la répression, le dénuement toujours plus extrême face à l'accumulation de richesses toujours plus faramineuses. Les spéculations bancaires engloutissant jusqu'aux derniers centimes de ce que les prolétaires avaient pu mettre de côté, sont brutalement venues démentir les illusions que ceux-ci pouvaient encore se faire sur ce que pouvait leur apporter la soi-disant libéralisation du système. Se faisant au nom du socialisme ou du libéralisme, la misère tue et les prolétaires en ont marre de crever.

 Il est tellement clair que c'est un mouvement contre l'Etat, dans lequel les prolétaires se réapproprient leur lutte, les armes de la lutte, les objectifs de notre lutte: la réappropriation du produit social, que la bourgeoisie s'efforce par tous les moyens de donner une image tout à fait fausse et rebutante du mouvement. Elle nous dit que ce sont des ivrognes, des rebelles, des maffieux, des bandits, des fous... Elle a même essayé de faire croire à des conflits ethniques (Guègues du nord contre Tosques du sud),... En bref, elle cherche à identifier, canaliser ces affrontements dans une guerre a-classiste, bourgeoise, dont les caractéristiques sont tout ce qu'elle essaie de mettre sur le dos des prolétaires: aucun critère, la guerre de tous contre tous, les assassinats sans discrimination,... La bourgeoisie et sa fidèle presse essaie de discréditer l'image de ce mouvement pour que les prolétaires du monde entier ne se reconnaissent pas dans cette lutte qui, en opposition à toutes les manifestations démocratico-pacifistes de solidarité avec l'économie nationale, nous redonnent le goût des réels affrontements classe contre classe, de la lutte intransigeante contre tous nos ennemis. C'est pourquoi nous sommes de tout coeur avec les prolétaires albanais dans ce sursaut de lutte pour la vie.

Aujourd'hui, pour la bourgeoisie, il est question: d'une part, d'élections législatives, d'autre part, de mettre sur pied une force "humanitaire protégée" afin de pacifier le pays. Autrement dit, le retour à l'ordre démocratique par le désarmement et la répression du prolétariat.
 

Non au carnaval électoral !

Non à "l'humanitaire protégé" !

Vive la révolte prolétarienne en Albanie et partout ailleurs.

 
* le 25 mars 1997 *

CE45.4.2 Vive la révolte prolétarienne en Albanie... et partout ailleurs !