Nous ne pouvons répondre à chacune des provocations, insultes et calomnies que l’organisation dénommée CCI fait à l’encontre de nos camarades dans le monde entier, mais il y a des excès et des méthodes que nous sommes obligés de dénoncer face au prolétariat.

Cette organisation, qui n’a jamais rompu avec les conceptions social-démocrates et pacifistes, n’a jamais cessé non plus d’affirmer sa conception européiste et raciste du monde. Concrètement, alors que ce groupe fait l’apologie de quantités de grèves et de manifestations pacifistes (en général syndicalistes) qui ont lieu en Europe Occidentale et spécialement en France [1], il s’est spécialisé dans le dénigrement des luttes prolétariennes sur tous les autres continents (Moyen-Orient [2], Amérique, Afrique).

Quelque soit l’endroit, le CCI ne se trompe jamais de camp. En Europe, il s’oppose à chaque tentative de rupture classiste et dénonce toute action violente du prolétariat en la qualifiant de provocation. Partout ailleurs, armé de cette bonne vieille idéologie eurocentriste et social-démocrate, il nie le caractère de classe du mouvement social révolutionnaire ainsi que les groupes classistes qui le défendent.

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Il y a peu, des camarades du "Collectif pour la Défense du Communisme" nous ont fait parvenir une dénonciation du caractère social-démocrate ("merde social-démocrate"), "lambertiste" du CCI ainsi que les citations sur lesquelles ils basent leurs affirmations et qui sont extraites du périodique que le CCI publie en France. Le CCI y traite d’agents provocateurs à la solde de la police tous ceux qui, dans les luttes de mars 1994, sont passés à l’action directe. Nous présentons ici quelques perles de ces laquais de l’Etat bourgeois, relevées par les camarades du CDC. Elles acquièrent toute leur force quand on tient compte du fait que les actions violentes que le CCI dénonce ont constitué les quelques rares exceptions à contre-courant de l’ambiance de paix sociale qui régnait en France à ce moment-là.
"Il est évident que les premières bagarres, si elles ne furent pas directement fomentées par la police, furent amplement favorisées par elle..." [3]
"De plus ces provocations furent un bon moyen pour la bourgeoisie de chercher à intimider les ouvriers au travers du déploiement de son arsenal répressif pour leur faire croire que face à l’Etat ils n’ont aucun moyen d’imposer un rapport de force en leur faveur..."
"Quant aux "actions explosives" basées sur leterrorisme, elles n’ont non seulement rien à voir avec la lutte du prolétariat, mais elles font chaque fois plus partie des moyens utilisés par la bourgeoisie pour perpétuer sa terreur de classe. Il s’agit dans le meilleur des cas de réactions désespérées de la petite bourgeoisie rebelle et sans avenir, et au pire (dans la majorité des cas) d’actions de groupuscules manipulés par l’Etat et ses services secrets..."
Remarquez que c’est exactement la même argumentation qu’utilise la social-démocratie contre les groupes prolétariens partout dans le monde, une argumentation identique à celle qu’ont utilisé les opportunistes et les réformistes contre tous ceux qui conquirent l’autonomie révolutionnaire du prolétariat dans la rue en 1917-23. Ceux qui passent à l’action directe, ceux qui n’acceptent pas la paix sociale sont accusés de servir l’ennemi et de constituer le prétexte de la bourgeoisie pour durcir la terreur d’Etat. Comme si le terrorisme d’Etat avait jamais eu besoin de prétexte!

Les camarades du Collectif que nous citons concluent qu'"il viendra un temps où ceux qui écrivent de telles choses devront raser les murs"... et ils ont raison!

Souvenons-nous que ce sont les mêmes arguments social-démocrates qu’utilisèrent les Domingo Arango et autres Abad de Santillan face aux actions violentes des militants révolutionnaires comme Di Giovani ou Rocigna en Argentine dans les années ’20. Et pour ce type de calomnie, dont l’utilité pour l’Etat est ici bien réelle, Domingo Arango reçut une balle dans la tête, et nous ne pouvons que déplorer qu’Abad de Santillan n’ait pas subi le même sort, lui qui par la suite, en Espagne en 1936/37, joua un rôle de premier plan dans la liquidation et le désarmement républicain du prolétariat qui avait triomphé dans l’insurrection.

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Dans le dernier numéro de sa publication "Revolucion Mundial" (No.21), la version mexicaine du CCI nous consacre un texte d’insultes et de calomnies intitulé "Le GCI et son appui au ‘mouvement zapatiste’ encore un pas vers l’abandon des positions prolétariennes".

Comme nous le disions auparavant, nous ne pouvons nous arrêter à chaque falsification, à chaque mensonge. Nous nous contentons de dénoncer la méthode générale de falsification. Ainsi par exemple, à tout moment, les rédacteurs de cet article font comme s’ils citaient nos textes en mettant des demi-phrases entre guillemets, alors qu’en réalité ce ne sont que des constructions de l’esprit du CCI qui n’ont rien à voir avec nos affirmations.

A commencer par le titre lui-même: "Le GCI et son appui au ‘mouvement zapatiste’". Jamais notre groupe n’a appuyé un quelconque "mouvement zapatiste", mais bien le mouvement du prolétariat contre la bourgeoisie au Mexique.

Autre exemple: "Voilà son appui ‘critique’ à Sentier Lumineux au Pérou". Ici, en plus d’une parfaite falsification, on trouve une véritable collaboration avec la politique d’amalgame que réalise la police. Nous n’avons jamais formulé d’appui critique ou a-critique à Sentier Lumineux. Nous avons globalement dénoncé ce groupe comme un danger pour l’autonomie du prolétariat dans la région. Nous considérons en outre comme contre-révolutionnaires et vouées à l’impasse ses positions sur la guerre paysanne ou la lutte pour la démocratie. Ce que nous avons fait et continuerons à faire, c’est soutenir la lutte du prolétariat au Pérou, y compris la lutte des prolétaires prisonniers, et ce, même si certains, voire un grand nombre, d’entre eux portent le drapeau de Sentier Lumineux. Et pendant que cette bande de salopards que constitue le CCI déclarait qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques prolétariens en Amérique Latine, nous luttions, quant à nous, pour libérer les prolétaires emprisonnés. Au moment même où le CCI restait indifférent à (et se rendait complice de) l’impressionnant massacre de prisonniers prolétariens orchestré par la social-démocratie dans ce pays sous prétexte que ces prisonniers appartenaient à telle ou telle organisation, notre groupe, lui, se définissait ouvertement pour les prisonniers et appelait à la dénonciation du massacre et à la lutte du prolétariat international [4]. En réalité, pour le CCI comme pour l’Etat bourgeois, et en particulier pour la police péruvienne, se situer du côté des réprimés, c’est soutenir Sentier Lumineux. Et c’est bien là la base de toute la stratégie policière au Pérou, une stratégie meurtrière qui consiste à réprimer n’importe qui en l’accusant de collaborer ou de soutenir Sentier Lumineux. C’est précisément sur base de cet amalgame que beaucoup de camarades internationalistes ou qui se définissent comme anarchistes sont réprimés. Comme nous le disions à l’époque: "de toute façon, nous croyons que se désolidariser des réprimés sous prétexte que ce sont des staliniens, maoïstes ou autres, c’est se faire complice de l’Etat et de toute la presse internationale qui identifie Sentier Lumineux et son idéologie au prolétariat écrasé dans le sang aujourd’hui au Pérou." Mais le fait de se situer franchement du côté du prolétariat en affrontant et en dénonçant le terrorisme d’Etat n’a rien à voir avec un appui critique à telle ou telle organisation formelle; de la même manière que, par exemple, le soutien à la révolution prolétarienne en Russie ne doit pas être amalgamé au soutien à la politique de l’organisation formelle bolchevique. D’ailleurs, cette dernière ne se démarquait pas non plus du terrain de la social-démocratie de gauche et c’est pourquoi elle oscilla entre l’insurrection et l’appui au gouvernement démocratique bourgeois, entre l’action directe et le parlementarisme, entre l’affrontement au Capital et la politique économique de développement de ce dernier (fortification du "capitalisme d’Etat", taylorisme, NEP, etc.). Dans le camp ouvrier, on a toujours considéré comme flic ou indic celui qui contribue à ce type d’amalgame policier et qui "confond" l’action décidée face à l’Etat avec telle ou telle organisation formelle qui se trouve dans la clandestinité et est pourchassée par la police. Comme le montre l’exemple de la politique de l’état italien durant ces dernières années, cette politique d’amalgame est fondamentale dans la répression étatique.

Enfin, chaque fois que le CCI nous cite dans cet article et que les passages entre guillemets sont censés constituer une affirmation de notre groupe, il s’agit de mensonges, de calomnies. Ainsi, on apprend que le GCI se présente comme le "continuateur de la tradition bordiguiste" (les guillemets sontdu CCI!). On pourra lire les milliers de pages que nous avons écrites dans toutes les langues, on ne rencontrera aucune absurdité de ce genre. Ceci est la pure idéologie du CCI. Ni notre groupe, ni Bilan, ni Prometeo... ne se sont jamais présentés comme bordiguistes, et encore moins comme continuateurs de la tradition bordiguiste (pauvre Bordiga!). Même chose quand il dit que nous revendiquons la "Révolution Mexicaine", ou que nous considérons que le "mouvement de Emiliano Zapata fut influencé par le prolétariat", le CCI débite une quantité de conneries ayant pour seul fondement sa propre idéologie social-démocrate qui fait une distinction entre "les paysans" et le "prolétariat"; mais cela n’a rien à voir avec nos positions.

Ce qui est important dans tout ça, ce n’est pas de dénoncer telle ou telle insulte lancée contre nous, mais de dévoiler la méthode utilisée par la contre-révolution: des citations qui ne sont pas fidèles, des falsifications, des amalgames,... Comme s’il s’agissait d’un procès, le but recherché est de nous discréditer et, si possible, de nous livrer pieds et poings liés aux flics.

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Derrière tout cela, derrière tous ces coups bas, derrière cette politique d’épicier jaloux, du mensonge et de la calomnie, qu’y a-t-il? Le dénigrement, la falsification de la lutte de notre classe... Nous citons textuellement:
"Que sont la ‘majorité du prolétariat en armes’? Une poignée de paysans dont la désespérante misère a servi les organisateurs du mouvement"..."quelques paysans qui rêvent d’une sorte d’autonomie pour les ethnies, qui ne cherchent pas l’abolition de la propriétéprivée et de l’exploitation mais bien la ‘restitution de terres’... en fait, son objectif ne va pas plus loin que l’ordre établi, elle n’aspire à rien d’autre que ‘rendre plus juste et humaine l’exploitation’."
On remarque qu’ils ne perdent pas la manie de mettre entre guillemets et d’attribuer à leurs adversaires (les prolétaires au Mexique) des phrases qu’ils énoncent eux-mêmes. Observez bien la manoeuvre grossière qui consiste à mettre entre guillemets la phrase "rendre plus juste et humaine l’exploitation" comme si leurs contradicteurs avaient déclaré cela! Et de dénigrer ainsi la lutte du prolétariat en inventant des phrases qu’eux seuls soutiennent!

Comme c’est courant dans la social-démocratie, on discrédite le prolétariat, on tente de le diviser, on le traite de paysan pour le seul fait de vivre à la campagne, et de la même manière s’il vit en ville, on tente de le dissoudre dans les citadins, les citoyens. En effet, le CCI sait comme tout le monde qu’ici il ne s’agit pas du "paysan à parcelles" français dont parle Marx dans "Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte", il ne s’agit pas du petit propriétaire, mais au contraire de l’ouvrier agricole dépossédé de tout [5], du prolétaire classique qui n’a rien d’autre à vendre que sa force de travail, dont l’unique propriété est sa prole, et qui, en tant que tel, se trouve objectivement opposéau monde de la propriété privée. Opposition qui, de notre pointde vue, n’émerge pas d’une quelconque idée, de telle ou telle manifestation ou déclaration idéologique, mais au contraire de la vie même des prolétaires, de la privation totale de moyens de vie, de la seule classe dont l’existence sociale et matérielle s’oppose à la propriété des moyens de vie (et de production). Et quand on attribue aux prolétaires (qu’ils soient ou non agricoles) d’autres objectifs que la révolution sociale, on agit purement et simplement du côté de la contre-révolution, celui d’où a toujours agi la social-démocratie.

Ce qu’affirme ici le CCI, en attribuant à ceux qui crèvent de faim des intérêts différents du reste du prolétariat, c’est ce qu’a toujours affirmé la contre-révolution. Pendant que les Maderos, les Carranza,... la social-démocratie, le CCI au Mexique et l’EZLN désignent comme objectif au prolétariat agricole dans ce pays la réforme et la défense de la propriété privée, les révolutionnaires d’hier et de toujours, de Zalacosta à Julio Chávez López, en passant par Librado Rivera et Flores Magón,... et jusqu’aux révolutionnaires d’aujourd’hui, fixent clairement pour objectif l’abolition de la propriété privée et la destruction de l’Etat.

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Mais il y a plus. Conformément à sa ligne social-démocrate, le CCI insiste; il ne lui suffit pas de dénigrer la lutte du prolétariat aujourd’hui, il en arrive à affirmer que la lutte du prolétariat entre 1910 et 1920 ne fut pas non plus une lutte prolétarienne. Et oui, cela peut paraître incroyable mais, à cette gigantesque vague révolutionnaire du prolétariat contre la bourgeoisie au Mexique qui marque le début de toute la vague mondiale de luttes, le CCI n’octroie pas le plus petit certificat de lutte prolétarienne. Pire encore, il en vient à affirmer que c’est une lutte entre forces impérialistes. Nous citons textuellement:
"La guerre au Mexique de 1910-1920 ne fut pas d’abord une révolution prolétarienne. Le prolétariat industriel jeune et dispersé [6] ne constitua pas une classe décisive durant celle-ci. De fait, ses tentatives de rébellion les plus importantes, la vague de grèves du début du siècle, avaient été complètement écrasées la veille. Dans la mesure où certains secteurs prolétariens participèrent à la guerre, ils le firent comme wagon de queue d’une fraction bourgeoise. Quant au prolétariat agricole, sans son frère industriel comme guide et encore fort attachéàla terre, il resta fort intégréà la guerre paysanne... Mais la dénommée ‘révolution mexicaine’n’épuise pas son contenu dans le conflit social interne. Elle reste aussi pleinement inscrite dans les conflits impérialistes qui secouèrent le monde au début du siècle et qui menèrent à la Première Guerre Mondiale... et à un changement dans l’hégémonie des grandes puissances." [7]
A partir du moment où le prolétariat passe de la vague de grèves à la lutte armée, lorsqu’il tranche la tête aux bourgeois etexproprie, alors la social-démocratie ne parvient plus à cacher sa répugnance, elle refuse de lui octroyer le certificat de lutte prolétarienne et la taxe de "terroriste" etc.

Sur le fond de la question, nous n’avons plus rien à ajouter; à nos yeux il est normal que le CCI ne reconnaisse pas le caractère révolutionnaire de la lutte du prolétariat. Nous nous en remettons aux textes que nous présentons, et que nous continuerons à présenter, sur la révolution et contre-révolution au Mexique. Il y a 80 ans,le camarade Flores Magón répondait à ces mêmes calomnies et remettait ses auteurs à la place qu’ils méritaient. A l’époque, la social-démocratie et des secteurs de l’"anarchisme" social-démocrate (comme par exemple Grave ou Galleani) niaient également le caractère prolétarien, le caractère communiste de ces luttes; et à cette époque aussi, la barricade n’avait que deux côtés: soit on se situait du côté du prolétariat et de sa lutte, soit on était contre celle-ci.

"Qui sont ceux qui doutent qu’il y ait au Mexique un mouvement révolutionnaire, et que ce mouvement ait pour objet immédiat, non l’ascension d’un nouveau Président, mais bien l’appropriation de la terre et de la machine de production?
Seuls quelques fripons qui par leur silence ou leurs attaques, aident la bourgeoisie et l’Autorité, ôtant la force morale et matérielle à ceux qui se sont soulevés en armes en brandissant le Drapeau Rouge du prolétariat mondial."
Ricardo Flores Magón
dans "La Guerre de Classes"
Regeneración, 6 avril 1912
En ce qui concerne l’invention réactionnaire qui consiste à dire que cette lutte s’inscrirait dans la guerre impérialiste, nous pouvons seulement rajouter que seuls ceux qui confondent la révolution avec la contre-révolution peuvent faire une telle affirmation, parce que c’est seulement lorsque la contre-révolution triompha, quand l’extraordinaire mouvement révolutionnaire de nos camarades fut liquidé, que le prolétariat fut transformé en wagon de queue et chair à canon de la guerre interbourgeoise. Et ceci n’est pas propre au Mexique. Dans toutes les autres grandes tentatives révolutionnaires de ce siècle, comme en Russie ou en Allemagne, ou plus tard encore en Espagne, c’est lorsque la contre-révolution a triomphé (sous le drapeau de la révolution ou non) qu’on a réussi à mobiliser les ouvriers comme peuple et qu’on est parvenu à en faire de la chair à canon pour les différentes fractions bourgeoises qui se disputaient la direction de l’Etat, ce qui se conclut par la gigantesque boucherie impérialiste que la fameuse opinion publique et ses défenseurs idéologiques s’obstinent encore à appeler "seconde guerre mondiale".

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Mais au-delà de la dénonciation de cette organisation social-démocrate, encore une fois, ce qui nous intéresse c’est dedénoncer la méthodologie, l’essence de ce raisonnement.

Pour nous, comme l’explique le camarade Flores Magón (Cf. le texte "Esta resuelto el problema del hambre" publié dans notre revue centrale en espagnol Comunismo No.35), ou comme l’expose Marx, la révolte prolétarienne naît des nécessités du prolétariat. De même, le contenu socialiste, communiste de sa lutte réside dans sa vie même, dans son opposition internationale et, si l’on veut, pré-consciente au capital. Les programmes formels révolutionnaires, communistes, n’émanent pas des idées de tel ou tel individu, mais sont contenus dans cette réalité, ce qui bien sûr ne signifie nullement nier l’importance d’expliciter le mouvement et donc l’action organisatrice, consciente et disciplinée, l’action révolutionnaire de parti, dans la lutte pour la société communiste.

Pour la social-démocratie, c’est tout le contraire. Comme le développe Kautsky, Lénine et bien d’autres, les ouvriers ne luttent pas pour leurs intérêts historiques, mais exclusivement pour les intérêts immédiats. Selon eux, le socialisme, ou les idées du socialisme, doivent venir de l’extérieur de la classe.

Voici la fameuse explication de Kautsky sur la conscience socialiste qui vient de l’extérieur:

"...Mais le socialisme et la lutte de classe surgissent parallèlement et ne s’engendrent pas l’un l’autre; ils surgissent de prémisses différentes. La conscience socialiste d’aujourd’hui ne peut surgir que sur la base d’une profonde connaissance scientifique. En effet, la science économique contemporaine est autant une condition de la production socialiste que, par exemple, la technique moderne et malgré tout son désir le prolétariat ne peut créer ni l’une ni l’autre; toutes deux surgissent du processus social contemporain. Or, le porteur de la science n’est pas le prolétariat, mais les intellectuels bourgeois (souligné par Karl Kautsky): c’est en effet dans le cerveau de certains individus de cette catégorie qu’est né le socialisme contemporain, et c’est par eux qu’il a été communiqué aux prolétaires intellectuellement les plus évolués, qui l’introduisent ensuite dans la lutte de classe du prolétariat là où les conditions le permettent. Ainsi donc, la conscience socialiste est un élément importédu dehors (von Aussen Hineingetragenes) dans la lutte de classe du prolétariat, et non quelque chose qui en surgit spontanément. Aussi le vieux programme de Heinfeld disait-il très justement que la tâche de la social-démocratie est d’introduire dans le prolétariat (littéralement: de remplir le prolétariat) la conscience de sa situation et la conscience de sa mission."
La thèse exposée provient du social-démocrate Karl Kautsky et la version que nous présentons ici est reprise par son disciple Lénine qui amène cette idéologie à son expression maximum dans "Que Faire?":
"La conscience social-démocrate... ne pouvait leur venir que du dehors. L’histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu’à la conscience trade-unioniste (syndicaliste NDR)... Quant à la doctrine socialiste, elle est née des théories philosophiques, historiques, économiques élaborées par les représentants instruits des classes possédantes, par les intellectuels."
La social-démocratie, dans la version mexicaine du CCI, va encore plus loin dans cette négation du prolétariat, de sa lutte, de ses objectifs, de sa conscience. Elle ajoute à sa conception kautskiste de base, toute son idéologie raciste européiste. Pour elle, non seulement, le socialisme vient de l’extérieur du prolétariat, de l’extérieur du Mexique, mais, bien pire encore, il provient directement des apports de la race blanche européenne. A la page 16 de la revue mexicaine que nous venons de commenter, dans un article concernant les syndicats au Mexique, on peut lire la perle suivante:
"Les grèves étaient rarissimes avant 1870, elles commencèrent à se généraliser à partir de cette décennie. Cette transformation ne fut pas une acquisition "spontanée" du prolétariat naissant au Mexique; au contraire, c’était le résultat de l’influence des organisations qui se développaient en Europe."
C’est à dire, que selon le CCI, pas même la généralisation des grèves, dont la nécessité se fait sentir dans chaque grève, ne pouvait se manifester dans la lutte du prolétariat mexicain. Pauvres ouvriers mexicains, on ne leur donna même pas un cerveau pour ça..., probablement parce qu’ils sont indiens, parce qu’ils n’appartiennent pas à la race blanche européenne!

La version mexicaine du CCI l’explique ainsi:

"En général, il y avait au Mexique moins de connaissance du développement du socialisme que dans beaucoup d’autres pays latino-américains. Elle émanait dans sa quasi-totalité des activités et des écrits de quelques ouvriers et intellectuels immigrés; néanmoins, l’immigration au Mexique ne joua pas un rôle aussi substantiel dans la formation du prolétariat. En 1910 les étrangers constituaient 59,4% en Argentine et 32,2% au Brésil, alors qu’au Mexique ils étaient à peine 0,77% et de ceux-là seulement 4,2% étaient ouvriers. S’ajoute à cela l’immaturité du prolétariat au Mexique qui fit en sorte que ceux qui se réaproprièrent les expériences organisatrices du prolétariat européen furent les riches artisans..."
Voilà donc la version du CCI au Mexique de la théorie kautsko-léniniste de la conscience venant de l’extérieur: elle ne vient pas seulement de l’extérieur de la classe, mais de l’extérieur du pays et c’est évidemment une création de la race blanche européenne.

Ici, on ne nie pas seulement la base fondamentale du déterminisme historique matérialiste, mais beaucoup plus globalement le communisme comme être universel, comme communauté humaine en opposition historique à la communauté de la marchandise et de l’argent. Ici, c’est tout l’arc historique du communisme qui est ignoré, les siècles et les siècles de lutte des exploités contre les exploiteurs, les siècles et les siècles de lutte de l’espèce humaine contre la propriété, contre la valeur en procès,... et pour finir en beauté, le communisme est réduit à une idéologie inventée plus particulièrement en Europe. On constate donc parfaitement, et même si parfois on pourrait croire le contraire, que la social-démocratie ne dépasse pas la conception judéo-chrétienne du monde.

Laissons donc ici les émules modernes de Kautsky. On ne pourrait mentionner ici les dizaines de preuves historiques, pratiques par lesquelles le prolétariat au Mexique, dans sa propre lutte, s’est opposé à la société bourgeoise et a affirmé son caractère révolutionnaire, communiste, non seulement depuis 1910, mais bien avant cela. De toute manière, la lutte révolutionnaire de notre classe n’a pas attendu que le CCI vienne avec ses élucubrations idéologiques pour se développer, tout simplement parce que notre classe n’a besoin de faire aucune investigation théorique, elle n’a besoin d’aucune importation d’idées pour combattre pour ses besoins, pour lutter pour la révolution communiste et en finir avec ses ennemis.

Comme le disait Marx dans "Les luttes de classes en France":

"Dès qu’elle s’est soulevée, une classe où se concentrent les intérêts révolutionnaires de la société trouve aussitôt dans sa propre situation le contenu et la matière de son activité révolutionnaire: des ennemis à abattre, des mesures à prendre, dictées par les besoins de la lutte; les conséquences de ses propres actes l’entraînent plus loin. Elle ne se livre à aucune exploration théorique sur sa propre tâche."
 



 

NOTES :

[1] Durant le dernier mouvement de lutte de novembre/décembre 1995, le CCI a soudain pris le contre-pied de cette position sans déroger à son attitude de toujours: tronquer la réalité pour la faire coller à ses positions. Ainsi, sans jamais, bien évidemment, se référer aux quelques ruptures violentes qui se sont exprimées dans ce mouvement, la classe ouvrière telle que l’envisage le CCI, hier encore dépositaire de la conscience de classe, devenait soudain une simple masse de manoeuvre syndicale, incapable d’affirmer ses intérêts de classe. Cette position unilatérale inversée résultait probablement d’une Xième modification de ses parti-pris idéologiques, décidée lors d’un Xième congrès général! Misère du nombrilisme!

[2] Voir aussi la perle que nous avons publiée dans Communisme No.33 où le CCI n’a pas honte d’affirmer que "La classe ouvrière est minoritaire en Irak (...) et qu’elle ne possède quasiment aucune expérience historique de combat contre le capital"... au moment même où l’insurrection ouvrière y éclate!

[3] Au moment de rédiger cet article, nous ne disposions plus du texte original en français du CDC, reprenant ces perles du CCI. Nous avons donc re-traduit ces extraits à partir de la version espagnole de notre texte publiée dans Comunismo.

[4] Cf. à ce sujet notre texte publié dans Communisme No.25: "Solidarité internationale avec le prolétariat et ses prisonniers au Pérou".

[5] D’autre part, sur le continent américain où le capitalisme s’est imposé despotiquement par la conquête et où il n’y eut jamais de féodalisme, "le paysan à parcelles", le petit bourgeois n’ont jamais existé comme force, ils n’ont jamais joué un rôle important. En Amérique du Nord, du Sud et Centrale, la polarisation de classe (bourgeoisie/prolétariat) a toujours été l’unique réalité. Les grandes masses des campagnes ne possèdent aucune propriété (et quand exceptionnellement elles possèdent la propriété juridico-formelle, ce n’est qu’une tromperie, la véritable propriété économique restant absente) et font partie du prolétariat dans le sens que les révolutionnaires ont toujours donné à ce terme. La recherche d’un "paysan à parcelles" en Amérique par les différents sociologues et militants de la gauche bourgeoise démontre clairement leur aliénation culturelle et les fait appliquer de façon mécanique le modèle européen du passage "du féodalisme au capitalisme". Ce n’est pas un hasard si tous ceux qui parlent de paysans en Amérique, parlent de société féodale, ou de réminiscence féodale, et de la nécessité d’une révolution démocratique bourgeoise.

[6] Nous ne voulons pas entrer sur un terrain comparatif entre pays, ce n’est pas notre terrain, mais étant donné qu’il constitue la base de toute l’idéologie du CCI (cfr. son insistance sur cette question dans ce qui suit) nous dirons au moins que cette description est totalement fausse. Le secteur "industriel" du prolétariat au Mexique au siècle passé est comparable en termes de quantité et de concentration à celui de l’Europe continentale au siècle passé et, ce qui est plus important, en terme de lutte, d’associationnisme, de grèves (depuis 1850 à Tarel, Guadalajara), de programmes, d’organisations communistes (c’est au Mexique, en 1878, qu’est fondé le premier Parti Communiste que nous connaissions sous ce nom), c’est un des secteurs du prolétariat les plus précoces au monde. Constatons simplement que l’argument de la supposée faiblesse du prolétariat est celui qui est absolument toujours utilisée par la contre-révolution.

[7] Citation extraite de la "Revue Internationale" No.77, publiée en France par cette même organisation et reprise par le CCI mexicain.


CE43.6 Contre la lutte du prolétariat l'éternel pacifisme euroraciste de la social - démocratie