"Ils m'attendaient dans la nuit. Six gars en cagoule. J'ai été tiré par les cheveux et frappé, jusqu'à l'impasse. Ensuite, ils m'ont maintenu les jambes pour les briser à coup de marteau." C'était en novembre 1994, Martin X vendait du cannabis au coin d'une rue.

Depuis le 1er septembre 1994, l'IRA a lancé une nouvelle campagne contre ce qu'elle appelle "les éléments antisociaux". 162 agressions ont été commises alors que les milices pro-britanniques en comptabilisaient eux, 103. C'est sous le nom de "punishment beating" pour les petits délits et de "punishment shooting" pour les plus graves que l'IRA sous le couvert du DAAD (Direct action against drug) règle ses comptes et fait sa police. Comme toute fraction bourgeoise qui se respecte, les "catholiques" comme les "protestants", les nationalistes d'un bord comme de l'autre cherchent à faire régner l'ordre social. Ainsi le sale boulot que n'assure même plus les forces de répression officielles, ce sont les diverses fractions nationalistes qui le prennent en charge. Dans l'assumation de cette tâche, l'IRA-DAAD est passé maître et pratique toutes sortes d'exactions -de la mutilation à l'exécution- au nom de leur état, le tout sous le regard bienveillant des "ennemis" britanniques: membres brisés à coup de marteau, corps déchiquetés par l'utilisation de planches à clous, humiliations, punitions publiques, chantages, séquestrations...

Mais la répression nationaliste et patriotarde ne s'arrête pas là. Régulièrement, l'IRA et les autres milices paramilitaires décrètent des "amnisties" à conditions que les "criminels" viennent confesser publiquement leurs crimes. Une fois le délai passé, le suspect qui ne s'est pas confessé subit la peine du "kneecaping", c'est-à-dire reçoit une balle dans le genou et finit par boiter. Ainsi, il sera marqué pour le restant de ses jours comme "élément antisocial". Une justice bien plus rapide et plus expéditive, et toujours plus terroriste, que le cirque des tribunaux et des prisons. Pour d'autres, les punitions sont encore plus radicales, c'est carrément la balle dans la tête. Ainsi récemment, 7 personnes soupçonnées par les nationalistes protestants de trafic de drogue ont été purement et simplement abattues par balles. Pas besoin de preuves, de dossiers, de tribunaux... il suffit d'avoir des soupçons. Cela ne rigole pas. Les prolétaires n'ont qu'a bien se tenir. Même si la faim les tenaille, il n'est pas question pour eux, sous peine de mort, de faire quoi que ce soit pour survivre: magouille, combine, vol, recel, trafic, détournement, pillage... seront punis sévèrement... tout cela évidemment sous le patronage du gouvernement anglais, avec la compréhension polie de la police officielle et la bénédiction des curés catholiques.

Cette politique de répression ouverte contre le prolétariat n'est pas neuve. Depuis que l'armée britannique s'est installée en Irlande du Nord en 1969, l'IRA et les autres groupes nationalistes n'ont pas cessé de mener des campagnes contre les "éléments antisociaux". Au milieu des années 1970, les permanences du Sinn Fein (la branche politique de l'IRA) servaient carrément de commissariat de police. C'est là que les plaintes aboutissent et se concrétisent immédiatement par la condamnation des "délinquants". Toute la panoplie des châtiments s'applique: des "travaux d'intérêt général" pour les petits "déviants", à la mise au pilori pour les "voleurs", jusqu'aux badigeonnage de goudron pour les "cambrioleurs", alors que les "violeurs" eux, sont punis d'une balle dans le genou et les "mouchards" directement exécutés.

"Ce n'est pas facile de lutter pour l'instauration d'une société que l'on veut idéale, alors qu'elle brise déjà les os des voleurs de bonbons!", s'interroge un peu tardivement ce vieux soldat "catholique".

Décidément, pour tous ceux qui en doutaient encore, l'IRA est bien un Etat dans le plus pur style bourgeois avec son gouvernement, son parlement, son armée, ses flics, ses élections, ses juges, ses prisons...
 


CE43.5.2 L'IRA contre le prolétariat