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CE43.1.3 Nationalisme et islamisme contre le prolétariat


Comme nous le montre l'histoire, plus les bourgeois parlent de paix, plus est importante la compétition qu'ils se livrent en vue de mater dans le sang les soulèvements révolutionnaires. C'est ce même scénario que la bourgeoisie applique face aux forces prolétariennes issues des soulèvements de mars 1991 en Irak. Bien qu'il ait subi depuis quelques fâcheux revers, le prolétariat parvient encore localement à marquer une continuité dans son refus de se soumettre à l'Etat. Cette situation de résistance permanente constitue un important facteur de déstabilisation de l'ordre social qui rend les difficultés de restructuration du Capital de plus en plus insupportables, pas uniquement au niveau régional mais aussi pour l'ensemble de l'Etat mondial.

Dès lors, l'Etat s'empresse aujourd'hui de lancer toutes ses forces (ONU, PDK, Islamistes, UPK...) à l'assaut du prolétariat et de ses luttes, profitant pour ce faire du manque d'organisation de notre classe. Cette offensive se matérialise par:

Ceci dit, cette offensive pour rétablir l'ordre avec l'aide de ces différentes fractions bourgeoises se heurte à mille et uns phénomènes de résistance ouvrière qui empêchent actuellement encore ces différentes fractions bourgeoise de garantir une paix sociale durable et suffisante pour que les prolétaires retournent docilement au boulot et permettent aux capitalistes de réinvestir dans la région.
 

 
Le prolétariat révolutionnaire constitue le fossoyeur de la nation et de l'échange marchand. Toute défense de la patrie, du progrès et de l'économie nationale resserre un peu plus la chaîne qui maintient les prolétaires en esclavage. L'émancipation du prolétariat passe par le sabotage de l'économie nationale.
 

Si les luttes précédant les insurrections de mars 1991 visaient globalement à l'affrontement contre toutes les forces de l'Etat (le parti Baas, les nationalistes, les autres partis de l'opposition,...), il n'en demeure pas moins que le mouvement contenait de nombreuses expressions limitant ces attaques à la perspective d'une société débarrassée des baasistes. Cette limite politique de l'opposition à une forme de gouvernement, présente dans le mouvement, freinait l'action sociale contre l'ensemble des conditions de vie, contre l'ensemble du rapport social capitaliste: le travail salarié, les prisons,...

Autre donnée: ni les partis ni les forces nationalistes n'avaient un rôle important, ni militairement ni politiquement, au sein des conflits sociaux. Leurs régiments armés dépassaient à peine quelques centaines de personnes.

Par la suite, les vagues de soulèvements contre les conditions de vie de misère au Nord et au Sud de l'Irak, la répression et les massacres en masse pendant les années de guerre par le gouvernement baasiste, les nouvelles conditions politiques internationales créées par la Guerre du Golfe dont la condamnation du régime baasiste par la "communauté internationale" des Etats bourgeois, tous ces éléments ont créé un terrain favorable au resurgissement en force des fractions de l'opposition bourgeoise au régime en place.

Jusque là, si les soulèvements révolutionnaires avaient bel et bien été amenés à se confronter occasionnellement avec les partis et forces de l'opposition, ils s'opéraient néanmoins globalement en dehors de leur influence et sans que ces forces doivent trop clairement dévoiler la nature de leur rôle contre-révolutionnaire. Les soulèvements révolutionnaires étaient proprement autonomes et clairement en rupture avec les partis et forces de l'opposition, même si, par endroits, se manifestait une certaine influence politique et idéologique du nationalisme et de la démocratie. Mais certaines limites anti-baasiste présentes dans le mouvement ont permis que ces forces d'opposition bourgeoise l'infiltrent partiellement. Ainsi, bien que manifestant des ruptures de classe considérables, les shoras et autres associations dont le prolétariat s'est doté à ce moment comportaient également en leur sein d'importantes limites dans la rupture opérée avec la démocratie. Et c'est précisément à partir du moment où le mouvement s'est organisé sous forme de shoras, sous formes de ces associations massives, que ces partis de la contre-révolution ont pu affirmer leur présence et distiller leurs idéologies démocratico-nationalisto-populistes. Ce sont donc les limites d'une sorte de consensus anti-baasiste présent partiellement dans l'affrontement révolutionnaire qui a permis à la bourgeoisie de cristalliser, ériger en barrière, les manques de rupture au sein du mouvement.

Avec le soutien de la bourgeoisie mondiale et profitant des conditions d'isolement de la lutte des prolétaires dans cette région, la contre-révolution, personnifiée par les organisations nationalistes et les opposants au régime, réanime aujourd'hui ses cadavres. Elle tente de reprendre le contrôle des événements, et s'efforce progressivement de transformer la direction générale du mouvement et d'en faire une guerre de libération des Kurdes et du Kurdistan, c'est-à-dire une guerre liée à ses propres intérêts. En cherchant à disperser et à atomiser le prolétariat dans la guerre, les nationalistes ne faillissent pas à leurs tâches, ils ne cherchent en somme qu'à réaliser le but fixé par leur identité historique.

 

Les prolétaires dressaient des barricades dans la plupart des villes du Nord et du Sud de l'Irak, ils affrontaient les armes à la main l'armée et les forces de police irakienne et balayaient l'ennemi "baasiste". Face à cette situation, il n'y avait pas un seul bourgeois vivant que sa sale envie égoïste de s'enrichir ne pousse à participer au massacre des prolétaires insurgés dans cette région.

C'est ce moment que choisirent les nationalistes pour venir se placer, par toutes sortes de manoeuvres, aux premières positions face aux forces du gouvernement baasiste. Récupérant la lutte menée par le prolétariat, ils s'accrochèrent à cette position qui leurs garantissait ainsi la "légitimité" de renégocier, main dans la main avec le pouvoir baasiste, le partage des tâches nécessaires au maintien de l'ordre et de la société du Capital.

Les "victoires" des prolétaires ayant, à ce moment, été essentiellement militaires, il était d'autant plus facile pour les nationalistes de les limiter à cet aspect-là, scotomisant la dimension sociale du mouvement. Cette dimension a joué un rôle important dans la transformation du contenu de classe des soulèvements: le libérateur prenait à nouveau l'image du pershmergha, du moins dans le Nord de l'Irak. Et bien que les peshmerghas ne désignent pas d'office une force bourgeoise, historiquement cette dénomination renvoie néanmoins l'opinion publique, à l'institution particulière qu'est l'armée de libération de la nation kurde. Ce que représentent, dans la période actuelle, les nationalistes de l'UPK et du PDKI. Ceux-ci ont joué à fond la carte de la confusion en dénommant "peshmerghas morts sur tel ou tel front patriotique", de réels martyrs prolétariens apatrides et internationalistes.

C'est particulièrement marquant à Kirkuk où pendant l'assaut visant à libérer cette ville, des centaines de prolétaires tombés ont été identifiés, par les nationalistes, comme étant des "martyrs" de telle ou telle force bourgeoise alors qu'ils en étaient les irréductibles ennemis. L'histoire officielle s'abreuvait ainsi du sang des prolétaires pour constituer une liste de "morts pour la patrie". A chaque fois, la présence de tel ou tel contingent nationaliste suffisait à justifier cette récupération alors que, comme toujours, c'était les prolétaires insurgés qui constituaient l'avant-garde des combats et non les nationalistes.

La récupération de ces actions se doubla alors d'une manoeuvre où les nationalistes entreprirent de disperser le mouvement pour mieux l'intégrer dans leur sillage. Au moment où les prolétaires venaient d'entreprendre l'action contre l'Etat, quand le soulèvement en était encore à son tout début, les nationalistes de l'UPK et du PDKI ont essayé par tous les moyens d'apeurer, d'intimider, les populations des villes insurgées notamment par la menace d'une contre-offensive de l'armée et par la menace d'un soi-disant plan gouvernemental visant à massacrer les kurdes par un bombardement chimique. Ainsi ils ont réussi à pousser la majorité de la population (parmi eux une grande partie des familles de prolétaires qui avaient pris une part active dans l'insurrection de mars) à quitter le domicile pour aller vers les frontières iranienne ou turque. Ceux qui ont pu arriver dans des lieux sûrs -beaucoup sont morts de froid et de faim sur le chemin de l'exode- se sont trouvés là où les forces des Nations Unies et des Etats présents les attendaient pour assumer leur désarmement et leur encadrement dans des camps. A ce stade le mouvement avait perdu beaucoup de son potentiel politique et social, militaire aussi: beaucoup de positions de combat acquises pendant les luttes des mois de mars, avril, mai tombaient ainsi aux mains de la coalition formée par les nationalistes et les autres partis de l'opposition au gouvernement baasiste. En même temps, l'avant-garde qui avait voulu rester sur place était isolée et dissoute. Pendant ce temps-là, toutes les forces bourgeoises négociaient leur part dans le contrôle de la région. Après avoir profité de l'exode pour piller les maisons, récupérer le matériel et les armes réappropriées par les prolétaires insurgés, les chefs nationalistes ont invité les prolétaires à regagner leurs maisons... vides!

Sur ce terrain qu'ils ont cru favorable, ils ont commencé à mettre en oeuvre leurs plans et projets bourgeois: les négociations avec le gouvernement central (le front kurde de tous les partis), la préparation des élections libres et démocratiques, l'établissement du pouvoir kurde autonome sous la protection des Etats capitalistes mondiaux. Les prisons ont été renforcées pour ceux qui ne respectent pas leur ordre et leurs lois, les tortures et exécutions des "traîtres" ont été organisées partout.

Maintenant qu'étaient liquidées les forces armées du gouvernement central baasiste, la tâche d'imposer l'ordre dans le nord de l'Irak leur revenait tout naturellement en tant que membres historiques de l'opposition bourgeoise ayant été capables de défaire le mouvement prolétarien. Pour assumer la destruction du mouvement prolétarien, les nationalistes devaient avant tout édifier un nouveau gouvernement assurant une production et une circulation normale des marchandises et garantissant le fonctionnement des institutions de l'Etat. Il s'agissait pour les nationalistes de donner rapidement l'assurance à l'Etat mondial de l'efficacité de son travail de pacification sociale du prolétariat. Dans l'assumation de cette tâche, ils furent irréprochables! Nous sommes convaincus que pour ce genre de mission, l'Etat n'a pas aujourd'hui de plus fidèles et efficaces serviteurs.

Les forces nationalistes kurdes, préoccupées par la constitution de leur gouvernement et de leur nation, ont effectivement tout fait pour essayer d'obtenir une certaine stabilité sociale, conscients qu'ils sont que leur existence est indissociablement liée, comme toute nation, à la mise au travail des prolétaires et au bon déroulement de la production. Elles savent très bien que leur existence, en tant que nouveaux gestionnaires locaux de l'exploitation capitaliste est directement liée à leur victoire dans ce domaine.

Et s'ils rencontrent aujourd'hui des difficultés, ce n'est pas parce qu'ils "gèrent mal", comme le soutiennent bon nombre d'opposants du style "soutien critique", mais parce qu'une grande partie des prolétaires refusent de se solidariser avec leur gouvernement, son programme et ses projets. Ces prolétaires que les nationalistes s'efforcent d'appeler "citoyens" savent bien que leurs intérêts et ceux des patriotes kurdes sont diamétralement opposés. Ils sont conscients que devenir "citoyens" signifie se soumettre à la volonté de leurs ennemis pour que ces derniers s'enrichissent et renforcent leur pouvoir à leur détriment.

 
Les dernières interventions de l'armée turque dans le Nord de l'Irak au nom de la guerre contre l'armée du PKK (autre officine du nationalisme kurde qui agit plus du côté turc) ont prolongé les efforts internationaux pour désarmer le prolétariat de la région. L'objectif essentiel de cette opération était de nettoyer les montagnes et les maquis de la région des familles entières de prolétaires qui ne se sont pas soumis aux ordres des gouvernements et forces bourgeoises dans la région. Le danger d'un débordement insurrectionnel est à l'horizon dans tous les pays de la région: Irak, Turquie, Iran, Syrie, Palestine... C'est la peur d'un déclenchement d'une guerre de classe qui risque de dépasser les frontières qui est à l'origine de la mobilisation militaire et des manoeuvres des armées, offensive d'une ampleur spectaculaire avec l'intervention de 35.000 soldats turcs et de milliers de chars et avions de chasse.  

Le soutien international à cette action s'est manifesté de différentes manières. L'ONU a suspendu ses vols censés protéger le Nord de l'Irak pour permettre à l'armée turque d'agir en toute quiétude. L'armée turque a également été aidée par de nombreuses prises de vue du Kurdistan irakien photographiées par la Royal Air Force britannique, les Jaguar français et les avions Awacs de l'OTAN. Par ailleurs, des pays tels les Etats-Unis, la France, l'Allemagne ont concentré dans les mains de l'armée turque une puissance de feu impressionnante sous forme de ventes ou de dons: véhicules blindés, missiles anti-char, bombardiers, hélicoptères,...

 

Aujourd'hui, le prolétariat dans le nord de l'Irak manifeste de réelles difficultés à dissocier clairement ses intérêts de ceux de la bourgeoisie et à s'affirmer comme classe tout à fait autonome. Il existe néanmoins au Kurdistan un manque de confiance généralisé envers les forces et partis nationalistes.

Il faut rappeler par ailleurs qu'il a toujours existé dans la région des fractions de prolétaires extrêmement combatives, organisées à différents niveaux, qui ont surgi dans diverses périodes de luttes pour assumer les tâches révolutionnaires de notre classe. Cette continuité historique de la lutte dans la région explique le manque confiance dans les propositions nationalistes.

En ce sens, une des tâches essentielles de la bourgeoisie pour stabiliser l'ordre dans cette région est la question du désarmement des prolétaires. Les nationalistes ont d'énormes difficultés à imposer cela d'autant plus que la crainte d'un retour des armées de Saddam Hussein reste très présente. Dès lors, c'est par leur militarisation dans des camps bourgeois rivaux que s'opère le désarmement des prolétaires. Il ne s'agit pas ici de leur enlever physiquement les armes, mais de dissoudre la force du prolétariat (la lutte pour abolir toute exploitation) dans un affrontement sans lendemain, si ce n'est celui de l'éventuelle victoire de l'une ou l'autre fraction nationaliste qui aura gagné le monopole de l'exploitation et de la répression des prolétaires. Incapables d'intégrer calmement et massivement les ouvriers dans les usines de la relance capitaliste, les nationalistes ont fait de leurs armées, des usines remplies de prolétaires en habit de peshmergha qui s'entre-tuent dans des rivalités bourgeoises.

C'est à ce niveau que le prolétariat a subi sa plus lourde défaite depuis 1991. Après s'être attaqué de front à la bourgeoisie en dirigeant leurs armes contre les baasistes et d'autres fractions bourgeoises, les prolétaires se retrouvent aujourd'hui placés en ennemis de leurs propres frères de classe au lieu d'assumer la continuité de la lutte classe contre classe en s'attaquant aux différentes composantes du Front Kurde qui assure aujourd'hui la direction de l'Etat.

Cette réalité confirme le rôle crucial joué par les nationalistes dans le renforcement actuel de l'Etat en Irak. Dans la division du travail propre aux différentes fractions bourgeoises, ce sont eux qui constituent actuellement les forces les plus aptes à dissoudre le prolétariat et à en faire de la chair à canon.

 

L'émergence et le renforcement des forces islamistes dans une région où l'islam n'a jamais eu réellement d'emprise est le produit des mêmes conditions décrites ci-dessus. Leur influence croissante trouve sa source dans l'avantage de ne pas avoir dévoilé leur rôle au feu des événements, comme l'ont fait les autres partis nationalistes. Par ailleurs, pour comprendre leur développement numérique, il faut également prendre en compte le fait que ces organisations sont épaulées financièrement par différents offices du Capital mondial pour affronter ouvertement le communisme.

Les mouvements islamistes en Irak, comme dans d'autres pays de la région, profitent d'une situation où le mécontentement et la lutte contre les conditions de vie imposées touchent une grande partie des prolétaires et où, paradoxalement, l'organisation et l'unité de classe sont encore faibles. Ils tirent parti d'une situation où la majorité des prolétaires a perdu toute illusion face aux politiques menées par les forces bourgeoises traditionnelles. Comment faire confiance à des partis qui, au nom de telle ou telle politique démocratique, au nom de la libération nationale ou du socialisme, vendent depuis des dizaines d'années des projets de bienfaisance et des promesses qu'ils sont incapables de tenir et qui concluent chaque fois leur politique par un bain de sang?

Pendant longtemps les social-démocrates et autres léninistes ont pu imposer leur programme capitaliste au nom d'un monde meilleur [1]; aujourd'hui, dans une période où le communisme éprouve encore énormément de difficultés à s'imposer comme perspective, ce sont les islamistes qui, bien qu'il n'existe aucune différence de nature avec leurs collègues bourgeois athées, brandissent leur programme au nom de l'humanité. Leur pseudo-alternative céleste parait d'autant plus radicale qu'elle ne se base pas sur un plan de réforme national et immédiat, mais sur une perspective beaucoup plus universelle.

En plus de ces facteurs politico-sociaux, les islamistes disposent de cette arme particulière qu'est l'arme religieuse, une arme différente de toutes les autres parce que dans le contexte d'un au-delà qui ne s'ouvre qu'après la mort, il ne leur est pas nécessaire de proposer des solutions au monde réel et actuel. Allah réglera tout ça là-haut! L'idéologie religieuse joue ainsi un rôle particulièrement efficace pour la bourgeoisie, dans la mesure où même s'ils mentent sur l'existence de leur au-delà, comme ils ne font aucune promesse pour réformer et améliorer le monde ici-bas, cela leur épargne la critique de ne pas tenir leurs engagements. Leurs décisions politiques, leurs consultations religieuses, leur "Fatwa", viennent bien de leurs êtres matériels et charnels, mais ils les présentent comme étant les ordres de Dieu, ce qui les laisse espérer qu'ils n'auront pas à répondre de leurs actes criminels. "Nous retournerons tous auprès de Dieu et c'est lui qui jugera", plaident ces malins! Mais c'est aller un peu vite en besogne que d'imaginer garder longtemps le bénéfice de ces arguments pour cacher leur nature anti-prolétarienne.

Par ailleurs, l'Iran n'est pas loin et les conséquences de l'expérience du gouvernement islamiste en Iran, résultat de l'encadrement répressif du mouvement révolutionnaire dans ce pays, sont maintenant bien connues. Ce que les forces islamistes ont fait là-bas au nom de l'émancipation de l'homme de la civilisation capitaliste, n'a rien à envier à ce que d'autres bourgeois ont réalisé dans l'histoire. La réalité a clairement démontré que, sous d'autres vocables, les forces islamistes sont là pour assumer la même fonction que toutes les autres fractions bourgeoises qui les ont précédées: celle d'exploiter les prolétaires et d'assurer l'ordre et la stabilité du mode de production du Capital.

Les soulèvements répétitifs des prolétaires dans les villes et villages iraniens font concrètement écho à cette décrédibilisation de l'Islam et indiquent que les jours de ces bandes de bigots sont bel et bien comptés. Et quand les prolétaires s'attaqueront au gouvernement islamiste, ils ne se contenteront pas d'attaquer le gouvernement en place, ils combattront l'islam dans toutes ses variantes.

Le voisinage de l'Iran et la proximité dans le temps de ce qui s'y est passé lors de la chute du Shah réduit de fait le champ de manoeuvre des islamistes en Irak. Ceux-ci ne disposent pas non plus du bénéfice de l'image de droiture et d'honnêteté dont Khomeiny a pu jouir un temps face au Shah: ils sont déjà dénoncés par nombre de prolétaires comme des religieux dont les croyances s'inspirent directement de ce qui peut rentrer dans leur portefeuille.

Ce qui différencie la situation en Irak par rapport au reste du monde est que là-bas, tout comme dans quelques autres pays, les prolétaires ont démontré ces dernières années un niveau important de combativité qui se caractérise principalement par la continuité avec laquelle le prolétariat s'affronte à l'Etat, continuité qui date d'avant la guerre "irano-irakienne" et qui, malgré une répression féroce tout au long de ces années, n'a pas pu être matée.

 

Il est clair néanmoins que la capacité des nationalistes à embrigader des prolétaires sous leurs drapeaux ainsi que l'apparition d'une nouvelle fraction -islamiste- exprime à un autre niveau également, les difficultés qu'éprouve le prolétariat à définir ouvertement ses besoins et à se réapproprier pleinement son projet social de subversion du vieux monde.

Le manque d'unité et la faiblesse dans l'organisation en classe du prolétariat laissent tout le loisir aux bourgeois de se livrer les batailles nécessaires pour reprendre aujourd'hui le contrôle de la situation et savoir à qui reviendra la palme de l'exploitation des prolétaires. Et le prolétariat vivra ces guerres de fractions dans sa chair aussi longtemps qu'il ne tordra pas le cou à l'ensemble des forces qui visent à maintenir le capitalisme en place, aussi longtemps qu'il ne prendra pas pleinement en mains son projet révolutionnaire, aussi longtemps qu'il ne s'attribuera pas ouvertement la direction de son mouvement en s'organisant en classe, en force et donc en parti.

C'est directement contre l'unification du mouvement prolétarien au nord et au sud que l'Etat a partagé le pays en trois zones. Le prolétariat ne peut se réapproprier sa lutte qu'en luttant contre ces divisions géographiques et en retraçant la frontière de classe là où elle se trouve: entre ses intérêts et ceux du Capital. Reconnaître l'Etat, dans l'ensemble des fractions et forces bourgeoises, quelles que soient les régions, les dénoncer chacune, sans exception, comme étant ennemies, tel est l'enjeu de la poursuite du combat prolétarien aujourd'hui.
 

Pendant les soulèvements de mars 1991, des milliers de soldats déserteurs "arabes" ont refusé de tirer sur les insurgés et les populations de la région et ont montré une volonté de solidarité et de participation au mouvement. Beaucoup parmi eux avaient appelé les insurgés à venir prendre tout ce dont ils avaient besoin en armes et équipement militaire dans leurs casernes. De ces soldats, un certain nombre s'était directement rallié au mouvement et quelques uns parmi eux avaient été tués dans les combats à côté des autres prolétaires "kurdes" insurgés. Les nationalistes, profitant des faiblesses du prolétariat, surtout du manque d'organisation et de centralisation des actions, ont pu séparer ces soldats "arabes" du reste du mouvement en les prenant comme prisonniers de guerre. Ils ont rendu ces "prisonniers" aux autorités Baas, comme le demandaient les termes des négociations. Aussitôt qu'elle a mis la main sur ces soldats, l'armée irakienne a commencé à en exécuter des centaines parmi les plus actifs. Elle a ensuite renvoyé les corps de ces soldats dans leurs familles avec une lettre : "Voilà ce qu'ont fait les kurdes sauvages à notre fils !" C'est de cette manière que les bourgeois alimentent la haine entre les prolétaires : kurdes contre arabes, islamistes contre non-islamistes, noirs contre blancs... Les nationalistes de leur côté faisaient la même chose. Chaque fois qu'ils tuaient ou massacraient les prolétaires "kurdes", ils disaient que c'était l'oeuvre des Arabes!  

Comme les nationalistes n'avaient pas les moyens ni la force d'empêcher les prolétaires de se venger en attaquant les sièges des organisations baasistes (police, parti, services secrets, prisons...), ils ont essayé de sauver -quand ils le pouvaient!-les hauts responsables et généraux de l'armée, surtout les policiers et responsables baasistes kurdes. Ceux-ci jouent actuellement un rôle important dans leurs rangs.  

Evidemment, dans leurs négociations, les nationalistes ont mis toute la responsabilité du massacre des baasistes sur le dos des prolétaires insurgés, "sauvages sans règles ni respect pour aucun ordre", y compris la responsabilité du massacre qu'eux-mêmes avaient perpétré parmi les soldats et militants baasistes de base (ceux qu'on avait forcé à prendre la carte du parti pour une raison quelconque, souvent le travail!).

 

La continuation de la lutte en Irak passe également par la mise en avant du projet communiste: libérer universellement l'espèce humaine de l'Etat, des classes sociales, de l'argent,... en un mot abolir l'exploitation capitaliste.

Assumer cette perspective en Irak aujourd'hui, c'est:

Dans le contexte actuel en Irak, il est indispensable d'organiser l'action de l'ensemble des expressions de lutte existantes (shoras, comités révolutionnaires de quartiers, groupes d'auto-défense et d'action directe de classe...) et d'encourager à ce que ces pratiques trouvent leur extension naturelle dans la lutte de nos frères d'autres pays de la région (Iran, Turquie,...). Seule la centralisation et la généralisation de ces luttes permettra l'affirmation d'une seule classe, d'un seul mouvement organiquement soudé au projet social communiste et internationaliste. Cette consolidation de notre mouvement passera par la lutte contre les nationalistes et la nation, contre les islamistes et la religion, contre les humanistes et les pacifistes, contre les réformistes de tous poils.

A bas la société d'esclavage salarié !

A bas l'Etat, la nation et les guerres des bourgeois !

Victoire au mouvement révolutionnaire des prolétaires !

Victoire à la dictature des besoins de la communauté humaine !

 



 

NOTE :

[1] Les "partis communistes ouvriers" d'Irak et d'Iran sont l'exemple vivant des organisations léninistes classiques qui émettent des slogans radicaux de révolution prolétarienne contre la bourgeoisie, mais qui, dans la pratique, appellent les prolétaires à défendre les droits et libertés démocratiques du "peuple" exploité... Bien que certains militants de ces organisations aient été exécutés sous le régime de ces mêmes droits et libertés démocratiques et que d'autres se trouvent toujours dans les geôles de la démocratie, ces organisations réclament toujours plus de démocratie! Le programme de ces organisations se limite à la lutte démocratique pour un pouvoir "ouvrier" qui gérerait la société (du travail salarié) de façon égalitaire et qui donnerait la liberté aux citoyens et à toutes les forces politiques de la société (sic!) de jouir du droit (de propriété!). Voilà comment ces soi-disant communistes tracent la voie de l'émancipation des prolétaires: du travail pour les ouvriers... et la propriété de la production pour eux-mêmes! Ce qu'ils proposent, c'est le Capital "avec une gestion ouvrière", ou plutôt une gestion capitaliste au nom du pouvoir du prolétariat.
 


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"LC43.1.2 Notes additionnelles à propos de l'insurrection de mars 1991 en Irak"