Pour se valoriser, la valeur doit être investie: une partie en capital constant (achat de machines, de bâtiments, de matières premières,...), une autre en capital variable (achat de la force de travail). Comme son nom l'indique, la première partie constante, ne fait que transmettre sa propre valeur à le marchandise fabriquée, par l'intermédiaire du travail bien entendu. La seconde partie par contre, la partie de capital variable qui a permis d'acheter la force de travail voit non seulement sa valeur reproduite, mais augmentée par l'action de la force de travail, par le travail. C'est cette partie qui produit une plus-value. En effet, la force de travail mise en mouvement, le travail vivant donc, est la seule marchandise capable de créer de la valeur et est donc la seule source de profit pour les capitalistes.

La concurrence inhérente au capital oblige chaque capitaliste à produire le meilleur marché possible pour pouvoir s'imposer face à ses concurrents. Pour ce faire, il doit obligatoirement augmenter la productivité de son entreprise. Cette augmentation de productivité passe par un accroissement des équipements, de l'infrastructure (capital constant) et une diminution relative de l'importance de la force de travail (capital variable) ce qui a pour conséquence d'incorporer de moins en moins de travail vivant dans les produits et implique également une perte de valeur des moyens de production: c'est la dévalorisation.

Pour contrer cet effet, les capitalistes tentent dans un premier temps de se rattraper sur la masse, en augmentant encore la quantité de capital constant investi aux dépens du capital variable... ce qui a pour effet de renforcer la dévalorisation! La masse de marchandises produites va augmenter mais chaque marchandise unitaire contiendra de moins en moins de travail humain et donc de valeur nouvelle. Rappelons également que la valeur ne peut se réaliser que si la marchandise est vendue. Si celle-ci ne trouve pas preneur, la valeur ne se réalisera pas et sera donc perdue, et c'est une nouvelle dévalorisation qui intervient.

Avec la généralisation de l'augmentation de la productivité, la quantité de travail contenue dans chaque produit final diminue, mais il en va de même pour les moyens de production qui produisent ces marchandises,... et en dernière instance, c'est la valeur de la totalité des produits et des moyens de production qui diminue. La dévalorisation est de plus en plus violente.

Tout ce mouvement produit la crise. La masse de capitaux existants éprouve de plus en plus de difficultés à se valoriser. C'est une période qui voit les capitalistes contraints de mettre les prolétaires au chômage, de diminuer les salaires, de détruire des stocks d'invendus,... Mais pour s'en sortir, le capital doit détruire la marchandise excédentaire sur une plus grande échelle et permettre ainsi de relancer la valorisation: c'est la guerre généralisée. Dans la guerre généralisée il y aura destruction de capital constant (usine, infrastructure, stock,...) et de capital variable: massacre de prolétaires sur tous les fronts. Par ce moyen, qui n'est que la résolution ponctuelle de la crise, le Capital obtient une dévalorisation brutale par destruction pure et simple des choses et des hommes qui fonctionnent en tant que Capital.

Contrer la diminution de valeur par la destruction de valeur! Ce paradoxe apparent s'explique par le fait que la destruction de capital constant permet de relancer la valorisation (c'est la reconstruction) puisque la proportion de capital constant a brutalement diminué par rapport au capital variable. Et on repart pour un tour.

On pourrait croire que le Capital décrit un cercle de manière infinie mais cela n'est qu'une illusion car le point de départ de chaque cycle n'est jamais le même. Le Capital recommence chaque cycle avec un niveau de technicité, de productivité toujours plus grand ce qui fait que l'accumulation est toujours plus importante et la destruction consécutive d'autant plus considérable. Il s'agit donc plus d'une spirale en extension que d'un processus qui tournerait en rond. Avec le temps la bourgeoisie a appris à retarder l'échéance de la crise (destruction de stock, restructuration, capital fictif, augmentation artificielle de la demande effective,...), mais, plus elle retarde la chute plus celle-ci sera importante car plus grande sera la quantité de capital excédentaire.
 


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