En 1842, l'Angleterre, suivie du reste de la planète promulgue une loi interdisant aux femmes de descendre dans les mines de charbon. En 1996, l'Espagne rouvre ses puits aux femmes. Encore une grande victoire du progrès impulsée ici par l'avant-garde féministe et chantée triomphalement par toute la démocratie.

Voici l'annonce triomphatrice qu'en fait le journal espagnol "El Pais", sous le titre "Des femmes à la mine, la fin d'une discrimination":

"Cinq femmes commenceront à travailler dans les mines de Hunosa durant les premiers mois de 1996. C'est ce qu'a confirmé hier un porte-parole de l'entreprise d'état, qui s'était jusqu'à présent refusé à ce que les femmes descendent dans les puits à charbon. Hunosa a dû céder face à une décision du Tribunal Constitutionnel, qui, en décembre 1992, estima que cette interdiction comportait "quelques effets clairement discriminatoires". Les mouvements féministes des Asturies se sont félicités de cette conquête, qui est une de leurs plus anciennes revendications. Elles n'ont pas tort parce que tout type de discrimination est difficilement justifiable. Et il ne s'agit pas seulement que les femmes accèdent elles aussi à des travaux dangereux ou toxiques. Le 'quid' de l'égalité réside en ce que les deux sexes aient les mêmes chances, ce qui est encore loin d'être le cas."

"El Pais" du 1er novembre 1995

Perle du féminisme! Quels commentaires ajouter à pareil résumé de ce que représente la démocratie comme réduction des êtres humains à l'état de marchandise?

Que toute chair à exploiter ait "les mêmes chances" de crever au travail, voilà le merveilleux idéal égalitaire du féminisme.

Et de fêter et de se réjouir sans vergogne de cette grande conquête de la lutte pour l'égalité des sexes l'année même où, le 1er août, un coup de grisou secouait l'exploitation minière de Hunosa précisément, tuant 14 mineurs en une fois et portant ainsi à 32 le nombre de victimes de la mine en Espagne en 1995.

32 morts! Pour commenter leur décision d'accorder aux femmes le droit de descendre dans les puits, les magistrats n'ont rien trouvé de mieux que d'affirmer: "les circonstances et les conditions de l'industrie minière ont changé". Le cynisme de l'exploiteur est sans limite.

On suppose que les volontaires du charbon ne sont pas légion quand on sait que Hunosa engage un nombre croissant de prolétaires venus de l'Est et prêts à tout pour échapper à la misère. C'est sans doute là qu'il faut chercher les véritables motivations de l'arrêt rendu par le Tribunal Constitutionnel. Des tchèques, des mâles ou des féministes, peu importe du moment que la chair à charbon soit docile!

Docile un jour, mais pas toujours. Tôt ou tard, c'est dans la lutte contre toute cette société d'exploiteurs et de bien-pensants que resurgira la question d'abolir à jamais l'exploitation et ces sinistres bagnes miniers d'où l'on ressort noirs de sueur, de souffrance et de peur.
 
 
"En plus de l'oeuvre globalement contre-révolutionnaire du féminisme, en tant que force de parcellisation, de déviation et d'occultation des réelles contradictions et solutions de la lutte des classes, le féminisme amène maintenant la femme prolétaire à assumer d'être elle aussi, une productrice directe de survaleur et à participer, aux côtés de l'homme, chaque fois plus directement à la guerre impérialiste. Depuis la lutte pour le travail des femmes jusqu'à la revendication du droit de vote, en passant par les campagnes actuelles pour la participation de la femme à la vie active de la nation, le féminisme a toujours été une force d'affirmation du capital contre le prolétariat, force dont les réalisations les plus fortes sont les femmes policiers, l'incorporation massive des femmes dans les armées patriotiques (nécessité du Capital de faire participer chaque fois plus directement toute la population civile dans sa guerre), les femmes parlementaires, généraux, premier ministre,..."  

Thèses d'orientation programmatique du GCI - thèse n°39b 

  

L'idéal féministe ne se limite pas aux prières de son avant-garde espagnole. En Irak aussi, par exemple, on cherche à réaliser l'égalité entre hommes et femmes dans les sacrifices à faire pour l'Economie nationale. Ici, ce n'est pas l'éditorialiste en chef d'un grand quotidien national qui exprime son amour de l'égalité des droits, mais bien l'inénarrable Saddam Hussein en personne: 
"Où qu'elle se trouve, la femme irakienne lutte pour occuper sa vraie place dans la société. Dans notre pays, elle a pu réaliser un certain progrès dans ce sens, qui porte à l'optimisme et dont on peut être fier. Des dizaines de milliers de jeunes filles s'inscrivent chaque année dans les écoles; des milliers de femmes irakiennes travaillent dans les usines, les hôpitaux, les écoles et les services publics -sans oublier le rôle important et productif que joue la femme à la campagne." 
"Les femmes constituent la moitié de la société" - 1971 
Les féministes ont décidément bien des alliés pour poser leurs revendications. Il leur reste néanmoins du chemin à parcourir avant que d'atteindre la totalité des droits qu'elles revendiquent. Ainsi, le droit à faire la guerre est encore loin d'être conquis. Mais ici aussi, à l'instar d'Israël ou des Etats-Unis,... l'Irak leur montre le chemin: 
"Il ne faut pas croire que la question d'entraîner les femmes à l'usage des armes ne fasse pas l'objet d'une étude approfondie. Nous nous sommes longuement attardés sur l'adhésion des femmes irakiennes à l'armée populaire, et la décision de les admettre fut prise conformément à certains principes." 
Saddam Hussein, "Le rôle historique de la femme..." - 1977 
Grâce au féminisme, les femmes peuvent maintenant, à l'égal des hommes, verser leur sang pour défendre l'Economie nationale. Crever, d'accord, mais avec la même quantité de mitraille dans le corps que les mâles, voilà un bel idéal de lutte contre toute discrimination!
  
"Que les femmes ne l'oublient pas! Qu'elles se rappellent qu'elles n'arriveront à la place vraiment digne, équitable, honorable, qui leur appartient, que par la Révolution sociale, et que demander, comme le font quelques-unes, leur affranchissement en séparant leur cause de celle de tous les faibles, de tous les exploités, de tous les opprimés, c'est accomplir une désertion coupable, c'est tourner le dos au but poursuivi." 

"Histoire Populaire et Parlementaire de la Commune de Paris" - 1873, Arthur Arnould. 

 

CE42.4.2 Nous soulignons :

Espagne 1996 : La femme à la mine : triomphe du féminisme