Aujourd'hui plus que jamais, les massa­cres générali­sés, véritables génocides sont le quotidien de cette société de mort et aujourd'hui plus que jamais ce qu'on nous en dit n'est qu'un tissu de mensonges.

       On nous parle de conflits ethniques. Au Rwanda, il s'agirait d'un conflit entre Hutus et Tutsis qui serait dû à la "persistance malheureuse de coutumes ancestrales", des "moeurs barbares" qui ont survécu à l'oeuvre civilisatrice du progrès (1).

       Pour nier la nature intrinsèque du capitalisme qui est exploitation, exclusion, famine, guerre... et qui domine la planète entière depuis des siècles, la bour­geoisie nous fait croire que le Rwanda est un pays "sous-développé", autrement dit, que ce n'est pas un pays capitaliste, qu'il y règne encore des modes de production archaïques, de type féodal... et que c'est ce "retard économique", le "manque de démocratie", qui explique les "moeurs barbares" qui font que Hutus et Tutsis s'entre-tuent. Comme ça, c'est facile, la bour­geoisie apparaît extérieure aux massacres qui y sont perpétrés. Mieux, en se camouflant derrière ses "mis­sions humanitaires", elle se présente comme celle qui vient sauver les "pauvres Rwandais" du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

       Mais ce qui se passe au Rwanda est tout autre. Premièrement les Rwandais, tout comme les Tutsis ou encore les Hutus, ça n'existe pas. Ce qui existe au Rwanda comme dans tous les pays de ce monde capitaliste, ce sont des bourgeois et des prolétaires c'est-à-dire, d'un côté, une classe sociale qui détient tout et qui s'enrichit, s'enrichit,... et de l'autre, une masse de prolétaires qui ne possède rien si ce n'est sa force de travail qu'elle est obligée de vendre jour après jour contre un salaire... et qui s'appauvrit, s'appauvrit... jusqu'à en crever de faim. On observe la même chose en Belgique, en France, aux Etats-Unis, dans tous les pays du monde. Cette division en classes, en deux classes sociales est mondiale, tant au Rwanda qu'au Burundi, qu'au Zaïre, qu'en Afrique du Sud, qu'en Thaïlande, qu'en Chine, à Cuba ou au Japon. Et partout dans le monde se joue le même antagonisme: bourgeoisie/prolétariat.

       Au Rwanda, il y a donc des bourgeois qu'ils soient d'origine hutue ou tutsie ou encore d'origine irlandaise, anglo-saxonne ou occitane,... et des prolétaires quelle que soit leur origine, hutue, tutsie, zaïroise, pakistanaise ou haïtienne!

       Pour cacher cette réalité, ceux qui façonnent l'opinion publique, utilisent des subterfuges tels que celui-ci: la presse fait état d'affrontements au Burundi, entre "paysans hutus" et "armée tutsie"; l'article poursuit en ne faisant plus état que d'affrontements entre Hutus et Tutsis... On voit comment, en fait, un affrontement de classes --un soulèvement de prolétaires des campa­gnes en butte à la répression militaire--, c'est-à-dire un moment de l'affrontement général du prolétariat contre l'Etat, est tout à fait travesti en concepts intrinsèque­ment a-classistes, en concepts ethniques (2).

Lorsque nous affirmons que "les Hutus", "les Tutsis" n'exis­tent pas plus que "les Rwandais", "les Français",... c'est parce que nous nous positionnons d'un point de vue de classe. En dehors de ce point de vue, il est clair qu'existent les noirs, les blancs,... et parmi les noirs, ceux de descendance hutue et ceux de descendance tutsie, de même qu'existent, évidemment, les femmes, les hommes,... Mais, ces catégories ne constituent pas les déterminations fondamentales de cette société. La dictature de l'argent a divisé la société en deux classes sociales aux intérêts irréversiblement antagoniques, division qui détermine tous les rapports humains aujourd'hui. Par rapport à cette division en deux classes, les critères de couleur de peau, d'appartenance à tel groupe ethnique, de rattachement à tel groupe linguistique,... sont tout à fait annexes. Il y a des Hutus et des Tutsis bourgeois et des Hutus et des Tutsis prolétaires, tout comme il y a des femmes bourgeoises et des femmes prolétaires. Etc. Nous ne reprenons donc pas ces catégories "les Hutus", "les Tutsis", "les noirs", "les blancs" non seulement parce que cela ne recouvre pas la réalité détermi­nante de la division en classe, mais surtout parce que ces catégories sont mises en avant pour nier la réalité de classes. Elles ont pour but de camoufler l'identité de classe de notre seul et réel ennemi --la bourgeoisie--  et de diviser le proléta­riat en une série de "couches sociales" ayant chacune des intérêts bien particuliers. De plus, elles sont mises en avant comme éléments de définition de l'existence ou non des nations au nom de la défense desquelles des millions de prolétaire se sont fait et continuent à se faire massacrer de par le monde. Contre l'affirmation contre-révolu­tionnaire de ces pseudo-identités ethni­ques, linguistiques,... nationales, nous réaffirmons le mot d'ordre de toujours des communistes: le prolétariat n'a pas de patrie. Le prolétariat est une classe mondiale et a partout, quelles que soient ses condi­tions d'exploi­tation, les mêmes intérêts.

      Lire à ce sujet "Contre la mythologie justifiant la libération nationale"

                                dans Le Communiste n° 15, 16, 20.

1

 

       Aujourd'hui, au Rwanda comme en Yougoslavie, en Somalie comme en Irak, c'est bien d'une guerre contre le prolétariat qu'il s'agit: alors que la situation tend à une explosion sociale (3), le prolétariat de ces régions se retrouve isolé face aux armées bourgeoises, venues, elles, du monde entier.

       Ainsi, aujourd'hui, au Burundi, au Rwanda ou au Zaïre, les prolétaires n'ont pas seulement affaire aux armées burundaise, rwandaise et zaïroise (déjà au Rwanda les prolétaires sont pris entre deux feux: entre les tirs des FAR et Interhamwe d'un côté et ceux du FPR de l'autre) mais en plus, ils sont face aux armées nord-américaine, française, anglaise, belge,... les forces de l'ONU,...

       Pourquoi une telle concentration d'armées dans cette région du monde? Parce qu'il y a des capitaux à défendre. Parce que, depuis plusieurs années (depuis 1991 sûrement), s'est ouverte une période de déstabili­sation sociale avec d'un côté,

- des révoltes contre la misère croissante, des pillages, des émeutes de la faim, des troubles dans l'armée,...

et de l'autre:

- une perte de vitesse de certains capitaux dans la course au profit, des bouleverse­ments des rapports de forces entre capita­listes (s'exprimant notamment par des retournements d'alliances politiques, des dissidences dans l'armée,...).

Et voilà les vautours capitalistes concur­rents prêts à chasser le cadavre pour se faire une petite (ou grande) place.

       Ce qui se joue aujourd'hui au Rwanda n'est donc pas nouveau. Si tous les bour­geois rappli­quent dans cette région du monde c'est pour prendre la meilleure place possible dans le nouveau rapport de forces que l'issue de la guerre tranchera.

       Comme on le voit, au Rwanda, tous ces bourgeois ne se disputent pas la mé­daille à qui sauvera les pauvres Rwandais de leur triste sort. Par contre, ils se dispu­tent allè­grement l'or, le wolfram, l'ura­nium, le gaz naturel,... dont l'exploi­tation nécessite des "pauvres Rwandais", prolétai­res soumis et disciplinés, suant un maxi­mum de valeur pour rem­plir les poches de ces messieurs-là! L'intérêt capita­liste n'é­tant pas les res­sources elles-mêmes mais uniquement la possibi­lité, à partir de leur exploitation, de réaliser un profit maxi­mum.

       Aujourd'hui, au Rwanda, ce sont prin­cipalement des capitaux français, nord-améri­cains, anglais et belges qui sont enga­gés. Comme on le voit, ces capitaux ne se regar­dent pas comme des chiens de faïence ni ne se disputent qu'en bourse. C'est par les armes, et surtout par le massacre des prolé­taires qu'ils se parta­gent le butin.

       Ces guerres ont toujours deux fonc­tions: l'une, le par­tage des ressources, voies de communication, etc. et l'autre, la mise au pas des prolétaires, corvéables à merci pour mettre en valeur ces ressources. A un certain moment du déve­loppement de la guerre, quand chaque vautour aura bien marqué son territoire, la "paix" viendra enregistrer les positions de chacun, les consacrera dans un traité, entérinera les rapports de force établis manu militari... la "paix", cette consécration de la guerre! Quant aux prolétaires, ayant connu les pires douleurs, la perte des proches, l'errance sur les routes, les camps où règnent le typhus et autres mala­dies, la faim, la soif, le manque de tout... ils seront mûrs pour accepter n'importe quelles conditions de travail sans broncher!

Quand nous mettons en avant, à propos de la guerre au Rwanda, que toute guerre est contre le proléta­riat, nous ne nous référons pas, pour expliquer cela, à un machiavé­lisme grossier qui verrait les hauts respon­sables des diverses nations concurren­tes définir systé­matiquement ensemble et dans l'ombre les moyens de massacrer le plus possible de prolétaires des deux camps, et déclencher la guerre à cet effet. Si ce n'est quand le prolétariat se dresse clairement face à la bourgeoisie, les motivations subjectives de chaque fraction bourgeoise se situent la plupart du temps beaucoup plus prosaïquement dans la recherche d'un renforce­ment de ses positions face à ses concurrents. Les guerres ne sont rien d'autre que les matérialisa­tions inévitables des oppositions entre les multiples parcelles qui composent le Capital, et ce sont ces antago­nismes qui consti­tuent précisément la forme suprême de destruction de notre classe.

Il est évident que du point de vue de la fraction bourgeoise intervenant dans la guerre, l'intention subjec­tive se situe, pour chaque partie capitaliste, dans la volonté de préserver tel ou tel marché, de s'appro­prier des moyens de production, ou pour soutenir tel ou tel autre intérêt économique particulier,... et pour mener à bien la défense de ces intérêts, il est logique qu'elle mobilise, au nom de la Nation, les Hutus, les Tutsis, etc. Mais cela n'empê­che pas que le rôle objectif de la guerre soit l'affirma­tion de la concur­rence capita­liste, la destruction de l'être révolutionnaire en puis­sance que constitue le prolétariat. C'est à ce niveau -qui constitue pour nous le niveau fondamen­tal- que toute guerre capitaliste, indépen­damment de toute motivation subjective, est toujours une guerre contre le prolétariat.

2

       Le commerce des armes symbolise à lui seul tout ce qui se joue dans ces guerres; d'un côté la course à qui accaparera le marché de l'achat et de la vente de ces machines de guerre, prolongement militaire des intérêts concurrentiels des différentes fractions bour­geoises s'affrontant dans la région, et de l'autre l'enca­drement militaire de la région, c'est-à-dire l'encadre­ment militaire du prolétariat.

       Donc, si d'un côté les bourgeois s'unissent pour mener la guerre contre le prolétariat, de l'autre, ils s'entre-déchirent aussi. Leurs intérêts sont nécessaire­ment concurrents et cette concurrence, n'est pas du tout pacifique ou polie, ainsi que l'enseignent les règles de bienséance énoncées dans les traités de savoir vivre. Cette concurrence est l'objet de la guerre perpétuelle que se mènent les bourgeois entre eux. Et au Rwanda, c'est bien de cette guerre bourgeoise, guerre interim­pé­rialiste, qu'il s'agit aujourd'hui. Et si, pour mener cette guerre, il faut massacrer des mil­lions de prolétai­res, comme la guerre en Somalie l'a montré, comme la guerre en Iraq l'a mon­tré, comme la guerre au Viet­nam l'a mon­tré, comme la guerre de 39 à 45 l'a mon­tré, comme la guerre de 14-18 l'a montré... comme la "découverte" de l'A­mé­rique l'a montré avec ses 90 millions de morts, comme aujourd'hui le montre en­core la guerre en Yougoslavie et comme le mon­trent le million de morts et les trois mil­lions d'exilés du Rwan­da, la bourgeoisie n'hé­site pas, elle n'a aucun scrupule "huma­nitaire".

       Ses "missions humanitaires" ne sont que la façade dernier cri, pour camoufler l'hor­reur de son système qui ne vit que de guer­res! Mais plus fondamentalement encore, elles font partie de la mobilisa­tion pour la guerre et représentent même un moment très impor­tant des campa­gnes idéologiques indis­pensa­bles à son déclen­chement: quelle frac­tion ne mène-t-elle donc pas aujourd'hui la guerre au nom de l'huma­nita­risme et des Droits de l'Homme? Les missions humani­taires consti­tuent bel et bien un puissant acte belligé­rant mené par une constel­lation impérialiste contre une autre.

       Les forces US massées à Goma, pré­tendent ne pas participer au maintien de la paix ni s'intégrer à la mission des Nations-Unies pour l'aide au Rwanda (Minuar) mais seulement "se maintenir dans la région pour un temps indéterminé pour collaborer à l'effort humanitaire"... C'est aussi sous couvert d'installer une "zone de sécurité humanitaire" que les troupes françai­ses ont occupé les territoires du Sud-Ouest du Rwanda et se sont installées à Goma, Bukavu et Kisangani...

       Chacun y va de son couplet humanitaire. A les entendre, aucune de ces armées n'est là pour faire la guerre! Leurs intentions sont merveilleusement pacifi­ques!!! Et on n'a jamais vu autant de photographies de soldats apportant de l'aide à des enfants, eau, nourri­ture et même "réconfort moral"! On n'a jamais autant vu ces mercenaires vendus à toutes les guerres, formés à casser du noir ou de l'arabe, se fendre d'un sourire, un sac de farine à la main et poser pour la photo  --si possible un enfant dans les bras--  pour vendre leur saloperie de mensonge humanitaire. Le sarcasme va jusqu'au concours du meilleur cliché qui a primé la photo d'une enfant agonisant, le vautour à deux pas, déjà prêt à en faire son repas! Contemplation ou assassinat?!

       C'est ainsi que les pires massacres, génocides sont vendus auprès du public. Les bourgeois savent le but à atteindre mais savent aussi que le prolétariat en lutte arrête la guerre. Alors, ils font des études de marché pour voir comment leur saloperie de guerre peut passer auprès du public. Et comme pour n'importe quelle boîte de saucisses merdiques, ces messieurs cherchent quel est l'emballage qui fera que ça se vende. Aussi les images que la presse nous présente de la guerre sont-elles très étudiées. Toutes ces images de soldats au secours des enfants, ce n'est absolument pas innocent et sûrement pas de la générosité. En tenant compte du fait qu'aujourd'hui tout le monde a plus ou moins conscience de la pourriture qui nous entoure, de la corruption des politiciens, des arnaques en tout genre, du fait que la Justice aussi ça s'achète et ça se vend... l'étude de marché à mis en évidence que la maltrai­tance des enfants était encore une question susceptible d'émouvoir le grand public. Voilà pourquoi on nous sert des photos de soldats jouant au bon samaritain avec les enfants à chaque reportage sur l'Afrique noire.

       Par exemple, les images de la guerre du Golfe ont strictement été étudiées pour faire passer le syndrome du Vietnam, c'est-à-dire pour mettre un terme au souvenir, longtemps présent, de la guerre abjecte, cruelle, anti-humaine, (parce que les objectifs mêmes de toute guerre bourgeoise sont abjects, cruels, anti-humains) pour effacer de la mémoire ouvrière le souvenir des mobilisations contre la guerre et contre la société en général, redorer l'image de la guerre propre, civilisatrice, humanisatrice, pour les droits de l'homme et rétablir l'ordre du travail, du sacrifice pour la patrie, de la guerre,... Et l'"on"  --les bourgeois, les journalis­tes,... et tous les agents de la contre-révolution--  continue sur cette lancée pour justifier toutes les guerres dans le monde d'aujourd'hui. Plus que jamais, la survie du système capitaliste nécessite la généralisa­tion de la guerre et plus que jamais le discours de la bourgeoisie porte sur la paix dans le monde!

       Pour occulter sa réalité belliciste, la bourgeoisie ne recule devant rien. Comme nous l'avons vu, étude de marché, sélection des images, réécritures de l'histoire,... Il est de plus en plus difficile de savoir, au travers de la presse bourgeoise, ce qui se passe dans le monde aujourd'hui. La réalité des contradictions des classes est de plus en plus occultée, les silences et les mensonges sont de plus en plus énormes. Des événements mêmes, la presse en dit toujours moins mais par contre, elle nous développe largement ce qu'il faut en penser. Lorsque les médias commencent à parler d'une situa­tion quelque part dans le monde, c'est que la bourgeoi­sie en a déjà pris le contrôle et que les contradictions prolétariat contre bourgeoisie ont été déviées dans des contradictions interbourgeoises et/ou étouffées dans un bain de sang. La presse nous rend alors la polarisation telle que la bourgeoisie l'a mise en place. Le cas de l'ex-Yougoslavie est frappant: tant qu'il s'agissait d'affrontements de classe se répétant et se généralisant en une attaque de l'Etat, seules quelques bribes d'infor­mations filtrèrent. Par contre, une fois que la bourgeoi­sie réussit à casser la lutte, à la dévoyer de ses objectifs de classe, à transformer la nature de l'affrontement --prolétariat contre bourgeoisie-- en une polarisation qui lui est propre  --Serbes contre Bosniaques contre Musulmans contre Albanais, etc.--  alors sur les ondes et dans la presse ont déferlé des documentaires, reportages, émissions spéciales détaillant le "rôle historique des Serbes", la "place particulière des Alba­nais", etc. substituant à l'antagonisme fondamental prolétariat/bourgeoisie, des contradictions inter-régio­nales, inter-bourgeoises.

       Et si malgré tout le déploiement de force opéré par la bourgeoisie pour taire la réalité de la lutte des classes, pour taire les réels enjeux de ses guerres, des éléments d'informations passent, c'est parce que les bourgeois se tirent dans les pattes. Par exemple, de la guerre au Rwanda, les journaux belges ont publié des témoignages du FPR dénigrant l'opération turquoise de l'armée française,... de leur côté, les journaux français ont fait étalage du déploiement des forces nord-améri­caines dans toute l'Afrique,... etc. Pourquoi? Parce qu'il est de l'intérêt de certaines fractions bourgeoises de "dénoncer" les prises de position des fractions concur­rentes (ce qui ne les empêche pas de revenir sur leurs déclarations quand le rapport de force change). Vu qu'elles sont l'expression de leurs intérêts concurren­tiels, les informations données par la bourgeoisie sont nécessairement parcellaires et poussent toujours à prendre parti pour une fraction contre une autre. De plus, à force de s'attacher à des épiphénomènes, à des aspects marginaux, à force de présenter les situations comme inextricables "tant les contradictions sont diverses", de faire état de facteurs non essentiels, d'individualiser les responsabilités,... le cumul de ce genre de "dénonciations"  --scoops, flashes,...--  banalise l'horreur de la guerre. Tout comme la dénonciation des "crimes de guerre" (les soi-disant abus, excès, bavures...) ne fait, en définitive, que rétablir la légitimité de la guerre.

       Tout cela fait que, même si quelques articles de la presse nous parlent du sous-sol rwandais, des luttes d'influence des grandes puissances capitalistes, ce qui reste, en dernière instance dans la tête du citoyen moyen, le message qui passe est celui du bienfait des "missions humanitaires".

       Ainsi aujourd'hui, ces mensonges, aussi immenses soient-ils, passent pour la réalité. Aussi grossier que cela puisse paraître, les sommets de l'horreur passent aujourd'hui pour de réelles "missions humanitaires". Alors que les bourgeois anglais, français, belges, nord-américains et autres organisent sciemment la guerre au Rwanda, ils arrivent à se faire passer pour les grands sauveurs d'une situation dont ils n'apparaissent évidem­ment pas comme en étant les principaux acteurs.

       Ce bourrage de crâne est d'autant plus facile que la bourgeoisie détient tous les canaux de l'information (presse, radio, télévision, satellites,...). Ainsi, si à propos de la guerre du Golfe, les bourgeois s'accordaient pour dire que c'était une guerre pour le pétrole, tous aussi s'accordaient pour occulter complètement l'existence d'insurrections prolétariennes contre la guerre, insur­rections dont l'objectif n'était ni la défense de l'Irak, ni celle du Koweit, ni celle des USA, ni celle du Kurdistan mais bien la lutte contre toutes les fractions bourgeoi­ses en présence, et contre les nationalistes kurdes, et contre la garde républicaine baasiste, et contre les armées US et Cie. Et si les échos de cette lutte proléta­rienne ont franchi les frontières irakiennes, c'est l'expression d'une centralisation -encore embryonnaire- des forces prolétariennes de par le monde. Et il est vital pour le développement de nos luttes, que, pour tout ce qui est diffusion de l'information, propagation d'une grève, organisation de la solidarité,... on ne s'en remette pas à la presse bourgeoise! Tout comme il est vital de s'organiser en dehors et contre les syndicats, il est vital de s'organiser en dehors et contre la presse bourgeoise. A nous d'organiser notre propre presse, nos réseaux d'information, de coordination et de

centralisation de nos luttes. "L'émancipation des prolé­taires sera l'oeuvre des prolétaires eux-mêmes"!

       Ce que l'"on" ne dit pas non plus, c'est le rôle de ces organismes, ONG (organisations non gouvernemen­tales), MSF (médecins sans frontières), CR (croix-rouge) et autres... qui, main dans la main avec les casques bleus, organisent la police des camps de réfugiés.

       Qu'en est-il du pouvoir que détiennent ces "mis­sions humanitaires"? Il est énorme! Après avoir dé­pouillé les prolétaires du peu qu'ils ont (logement, bout de terrain, casseroles,...), après les avoir parqués dans des camps, et avoir rendu leur survie plus que jamais dépendante de la classe bourgeoise (qui elle continue à détenir tous les moyens de production,... et de destruction !) nos "gentils humanitaires" continuent à faire régner la terreur en laissant s'étendre épidémies et famines: d'une main, quelque nourriture et l'eau surtout, et de l'autre, le bâton! C'est très simple: ceux qui ne répondent pas au critère de "réfugié" n'ont pas droit aux secours, ni alimentaire, ni médical. T'obéis pas, tu crèves!

       Et alors que cer­tains reportages dé­noncent les trafics en tout genre qui se font à partir des convois de nourriture, couvertures et médicaments, quand des prolétaires crevant de soif et de faim menacent les flics du camp (nos gentils organisateurs!), se révoltent et "volent" un peu d'eau ou un sac de farine, c'est l'es­clan­dre, le scandale! Ils se font traiter de brigands, sont jetés en prison et/ou assassinés. Eux à qui est destinée cette charité, eux pour qui tous ces efforts ont été organisés, eux pour qui on se sacrifie, manquer ainsi de reconnaissan­ce, d'humilité dans la misère! (On manque de mots pour qualifier l'hypocrisie). Quant aux militai­res qui sont souvent au premier rang de ces trafics en tout genre, pas de problème, les armées ont de tout temps pillé, violé,... c'est légitime!

       En So­malie où, visiblement, la résistance du proléta­riat était plus forte (cf. les ré­centes émeutes à Mogadis­cio notamment) les convois "humanitai­res" ont systémati­quement été reçus à coups de pierres et dévalisés par les prolétai­res qui organisaient eux-mêmes la distribu­tion. De même qu'il était plus clair à leurs yeux que les armées en présence, qu'elles portent un casque bleu ou kaki, n'étaient pas amies (!) mais étaient là pour les désar­mer et redonner sa toute puissance à l'ordre du tra­vail... et de la misère. L'un ne va pas sans l'autre.

       En Iraq, face aux prolétaires réfugiés dans les montagnes du Kurdistan, la pression était claire: on vous donne à manger à condition que vous déposiez les armes. Collaborant directement avec les forces nationa­listes qui avaient coincé les prolétaires insurgés dans la montagne, les "missions humanitaires" se sont révélées pour ce qu'elles sont: des agents du désarmement du prolétariat.

       Au Rwanda, au Burundi, au Zaïre, les enjeux sont les mêmes: après les massacres, maintenir les prolétai­res sous la terreur en les affamant et en les réprimant.

 

       Comme on le voit, les camps de réfugiés sont des camps de reproduction du prolétaire comme prolétaire: la dépossession totale de tout moyen de vie, le maintien de la pression fusil dans le dos, l'emprisonnement, le contrôle des moindres faits et gestes, la vie tributaire de la possibilité ou non de retourner vendre sa force de travail dans ces autres bagnes que sont les usines. Les camps de réfugiés sont des camps de répression et de mise en réserve de la force de travail pour répondre aux besoins capitalis­tes. Ce sont des camps de concen­tration.

       La presse et les Etats Majors de toutes les armées du monde disent que c'est la famine qui détermine l'envoi de convois humanitaires. Mais ce qui motive les bour­geois, ce n'est pas la misère mais la peur de la révolte qui peut se développer contre cette misère. Quand il apparaît aussi cruellement que, dans cette société, l'homme n'a rien à perdre, que ses chaînes... le pas pour enfin briser  ces chaînes est plus vite franchi. C'est ça que craignent les bourgeois en Somalie, au Rwanda, au Zaïre, au Soudan,...

       Aujourd'hui, les mission­naires mo­dernes ont remplacé la croix et le bénitier par un casque bleu et un sac de fari­ne. Mais derrière les uns et les autres traî­nent tou­jours les chaînes de l'esclavage salarié, et la fusillade et les barbelés pour ceux qui ne l'acceptent pas.

       Ce rôle de flic, "Médecins Sans Frontières" se propose aujourd'hui de l'assumer sans vergogne. Voici comment ils présentent le développement de leur action: ne plus seulement jouer un rôle médical mais directement se préoccuper de la vérification de l'appli­cation des droits de l'homme. Or comme nous l'avons déjà dénoncé maintes fois, les droits de l'homme sont:

-les droits du citoyen soumis, qui travaille quand on lui dit de travailler et qui crève quand on lui dit de crever,

-les droits du citoyen soumis, cloué devant la télévision, qui gobe tout ce qu'on lui raconte sur ce qui se passe dans le monde et qui, pour décharger sa conscience face aux massacres au Rwanda, remplit son bulletin de versement libellé au nom de "Médecins Sans Frontiè­res"...

-les droits du citoyen soumis qui continue à s'écraser face aux attaques répétées de ses conditions de vie, baisse des salaires, cadences accélérées, licenciements, exclusion du chômage, expulsion du logement,...

-les droits du citoyen soumis, raciste et délateur,

-les droits du citoyen qui va à la messe et vote,... la continuation de la guerre dans le monde entier.

       Les droits de l'homme ce sont les règles de la pacification sociale, c'est-à-dire la soumission des prolétaires aux lois de ce monde bourgeois, pieds et mains entravés par les chaînes du travail mais libres... d'avoir faim. C'est la non-lutte et en dernière instance, le respect des guerres qui déchirent ce monde et donc celle qui se déroule aujourd'hui au Rwanda.

       Si l'on compare les nouveaux objectifs de "Méde­cins Sans Frontières" avec une déclaration du Congrès US: "... au contraire, on prévoit un rôle toujours plus actif et important pour le renforcement et l'expansion de la démocratie et des droits de l'homme dans les pays en voie de développement", on voit comment "Médecins Sans Frontières" s'inscrit en parfaite continuité avec les visées impérialistes des "grands" de ce monde.

       Sur la base de la défense des "droits de l'homme", d'œuvres charitables, de médecins dévoués,... de "missions humanitaires", on voit comment la bourgeoi­sie généralise l'exil comme méthode de dispersion du prolétariat.

       L'exil c'est d'abord l'éclatement d'une zone de concentration de prolétaires qui menaçait de devenir une zone de centralisation de la lutte prolétarienne. C'est la destruction des liens: les prolétaires perdent de vue leurs camarades de tous les jours, sont envoyés dans des zones qu'ils ne connaissent pas, où ils ne connaissent personne, et où la langue leur est étrangère aussi,... Tous les liens sont à refaire: vérifier l'existence ou non d'une communauté de lutte, reconstruire les liens de solidarité,... L'organisation de la lutte est d'autant plus difficile que les conditions de survie sont accaparantes: toute l'énergie est absorbée par l'absolue nécessité de trouver à boire, à manger, un abri,... Les enfants pleurent de faim, les épidémies font des rava­ges, de plus en plus nombreux sont ceux qui sont happés par la mort,... Les impératifs sont là qui nous mettent un couteau sur la gorge. Et bien souvent, le manque de tout est tellement écrasant que les critères de classe font place à la démerde individuelle: on est prêt à frapper ses anciens camarades pour un bout de pain. Et, pour parfaire l'isolement et le déboussolement des prolétaires exilés, nos "gentils organisateurs" se chargent en plus de régulièrement déplacer des groupes de réfugiés d'un camp à l'autre, sous divers prétextes.

       Mais ce manège n'échappe pas aux "réfugiés": dans certains camps la révolte gronde. Au lieu de s'agenouil­ler devant l'autel de la charité (qui célèbre la toute puissance de l'argent et sur lequel on n'a pas hésité à sacrifier les leurs!!!) ils se lèvent, dénoncent l'organisa­tion volontaire de la pénurie, l'empoisonnement de leur eau et menacent les "gentils organisateurs" des "mis­sions humanitaires".

       Pour défendre ses intérêts, la bourgeoisie ne recule devant rien. Sa domination a fait de l'horreur sa quotidienneté. Pour maintenir enchaînés les prolétaires au sort qu'elle leur réserve, la bourgeoisie se voit obligée de revêtir cette horreur quotidienne de la guerre, de la toge de l'abnégation et du martyr et aujourd'hui, les massacres des prolétaires prennent le nom de "missions humanitaires". Mais ces missions n'ont de l'abnégation et du martyr que le sacrifice des prolétaires sur l'autel du capital! "Missions humanitai­res"... voilà comment les forces de l'Etat mondial de la bourgeoisie organisent aujourd'hui la police mondiale du prolétariat.

       Une police mondiale, parce que la police organisée dans ces camps n'a pas pour seul effet l'embrigadement des prolétaires de ces régions. Les campagnes publici­taires pour les missions humanitaires ne rapportent pas qu'aux capitaux en jeu dans la région. C'est aux yeux des prolétaires du monde entier que ces campagnes humanitaires font de l'esbroufe. Avec ces campagnes, les pires tortionnaires apparaissent comme des bienfai­teurs, des sauveurs. Et des massacres de nos frères de classe, on fait un problème d'une autre civilisation, qui ne nous concernerait pas. On en fait "un problème africain" et on nous fait espérer "une solution africaine" (comme lors de la guerre du Golfe, les pacifistes

proposaient "une solution arabe"). De sorte que les prolétaires d'"ici" ne se reconnaissent pas dans le sort des prolétaires de "là-bas" et que le seul acte de "solida­rité" qu'ils puissent envisager soit de débourser une aumône.

       Ainsi ces campagnes publicitaires des ONG ont rapporté des millions à des chaînes de supermarchés organisant des ventes spéciales de produits non périssa­bles à envoyer dans les camps de réfugiés! Publicité pour la chaîne de supermarché, publicité pour les droits de l'homme, publicité pour la guerre, publicité pour nous faire dire qu'"ici" on ne peut quand même pas se plain­dre!!!

       Contre toutes ces saloperies mensongères, repre­nons le mot d'ordre de toujours des communistes: "Prolétaires de tous les pays, unissons-nous"!

                                                                                                           .

Si à partir d'une prise de position sur la situation au Rwanda, nous en venons à parler des conflits en général, des "missions humanitaires" en général, de la presse en général, c'est parce que la situation au Rwanda n'est qu'une expression particulière d'une situation beaucoup plus... générale. La guerre au Rwanda est une manifestation particulière des affronte­ments interimpérialistes qui traversent toute l'Afrique, le Moyen-Orient et au-delà, la terre entière.

       Dans le monde entier, les impérialismes s'affrontent de manière toujours plus acerbe. La course au profit est de plus en plus âpre. Les capitalistes se bouffent les uns les autres mais ceux qui font les frais de cette guerre, ce sont les prolétaires. Ils servent tout simple­ment de chair à canon et répondent par là à un besoin aujourd'hui accru du capitalisme mondial du fait de sa catastrophe mondiale: le besoin de revalorisation par la destruction de capitaux excédentaires  --dont la mar­chandise force de travail--  ce qui signifie, ni plus ni moins, l'extermination des prolétaires!

       Quant à la réalité immédiate des affrontements interimpérialistes au Rwanda, voilà ce qu'il en est: au Rwanda, se joue principalement l'affrontement entre les impérialismes français et américain. Le Rwanda, ancienne colonie allemande avait fait place à l'impéria­lisme belge lui-même supplanté par l'impérialisme français, lequel, dans le conflit actuel, continue à soutenir les FAR (forces armées de l'ancien gouverne­ment). Le FPR aujourd'hui en place à Kigali, a, lui, été armé par les forces US prépositionnées en Ouganda. Ce même affrontement se retrouve au Soudan où l'Etat des USA et l'Etat de la Grande Bretagne soutiennent la dite "armée populaire de libération" tandis que la France soutient le gouvernement de Khartoum. De même au Yémen où le port d'Aden est aux mains des forces US tandis que juste en face, Djibouti est une base française...

       Chaque conflit apparemment isolé, confiné aux frontières de tel pays ou telle région, fait, en fait, partie d'une stratégie globale élaborée par les grandes puis­sances. On pourrait ainsi constituer une carte du monde mentionnant la disposition de toutes les forces impérialistes engagées! Ce que fait sûrement la bour­geoisie et ce que nous vend effectivement la presse bourgeoise. Mais avec de telles analyses, on n'est pas encore très avancé. Ces éléments ne donnent qu'une partie de la réalité. Et s'arrêter à ces éléments-là, c'est encore reproduire la vision limitée et limitative de la classe dominante. On reste spectateur d'un conflit entre "grandes puissances" face auquel le prolétaire se sent infiniment petit et impuissant.

       L'analyse devient classiste quand, au travers des événements, l'on remet en avant l'antagonisme fonda­mental bourgeoisie/prolétariat qui, aujourd'hui, s'ex­prime par le fait que si, de la guerre au Rwanda, certains capitaux sortent vainqueurs, les prolétaires, eux, en sont réduits à n'être que les décombres sur lesquels reconstruire les nouvelles industries!!!

       Remettre en avant l'antagonisme fondamental bourgeoisie/prolétariat, c'est aussi voir que la guerre au Rwanda est un moment de la guerre que la bourgeoi­sie, toutes fractions confondues, mène mondialement contre le prolétariat. C'est-à-dire, que la guerre que la bourgeoisie mène "ici" contre le prolétariat, à coup d'augmentations effrénées du rythme du travail, de licenciements, d'expulsions,... et de répression de toute tentative de lutte, est la condition de la guerre telle qu'elle est menée au Rwanda. Tous les sacrifices imposés aujourd'hui constituent une parfaite mise en condition du sacrifice de notre vie sur les fronts des guerres impérialistes. Après s'être tué au travail, il ne nous reste plus qu'à mourir pour la patrie. Voilà toute la perspective capitaliste! Et c'est cette même perspec­tive qui a été offerte (!) aux prolétaires du Rwanda. "Ici" comme "là-bas", c'est fondamentalement la même guerre qui est menée contre le prolétariat. La guerre ouverte portée, comme au Rwanda, sur le plan militai­re, est le prolongement de la guerre menée "ici" au nom de la paix sociale. C'est la même guerre, poussée à ses extrêmes. "Ici" on supprime peu à peu les alloca­tions de chômage, "là-bas", on élimine les prolétaires à coup de machette. L'un comme l'autre répond à la nécessité pour le capital d'éliminer la force de travail excédentaire. Et le passage de l'un à l'autre montre que le manque de réponse du prolétariat face aux attaques de plus en plus serrées de ses conditions d'existence mène tout droit à la guerre.

       Et c'est la menace permanente de cette perspective sanglante qui maintient le prolétariat mondial dans la peur d'affirmer ses propres intérêts de classe contre la guerre bourgeoise. Au nom du plein emploi, on nous fait accepter des pertes de salaires, au nom de la lutte contre le chômage, on supprime les allocations de chômage,... au nom de la paix, on nous fait accepter la guerre! Et alors que l'on reste terrassé par les images

des massacres au Rwanda et surtout par le sentiment d'impuissance face à ces massacres, l'opinion publique a beau jeu de faire croire qu'"on est quand même mieux ici". Or la réalité est inverse: plus le prolétariat se fait petit et s'écrase, plus il prend de bombes sur la tête. Plus nous nous taisons "ici", sur ce qui se passe "là-bas", plus nous laissons la bourgeoisie libre de développer sa guerre en tout point de la terre.  

       Concrètement, aujourd'hui, le silence du prolétariat face aux attaques de plus en plus serrées de ses condi­tions d'existence est un appui implicite à la guerre au Rwanda.

       Ouvrons-nous les yeux, les mesures de plus en plus austères que nous impose le capital sont une prépara­tion à cette austérité achevée qu'est la guerre telle qu'elle se passe au Rwanda!

       La seule solidarité avec la guerre au Rwanda est de reprendre la lutte contre la logique capitaliste qui veut que nous travaillions toujours plus pour un salaire toujours moindre jusqu'à mourir pour la patrie.

La lutte des prolétaires "ici" et "là-bas" est la même.

C'est une seule et même lutte.

 A bas la dictature du travail, de l'argent !

  A bas la société du capital !

 Vive l'internationalisme prolétarien !

Vive la révolution mondiale !


 

"Ce n'est point par ses conquê­tes tragi-comi­ques directes que le progrès révolu­tionnaire s'est frayé la voie; au contraire, c'est seule­ment en faisant sur­gir une contre-révo­lution compacte, puis­sante, en se créant un adver­saire et en le combat­tant que le parti de la subversion a pu enfin deve­nir un parti vraiment révolutionnai­re."

        Les luttes de classes en France

                        - K. Marx -

 

 

Lorsque nous affirmons que "les Hutus", "les Tutsis" n'exis­tent pas plus que "les Rwandais", "les Français",... c'est parce que nous nous positionnons d'un point de vue de classe. En dehors de ce point de vue, il est clair qu'existent les noirs, les blancs,... et parmi les noirs, ceux de descendance hutue et ceux de descendance tutsie, de même qu'existent, évidemment, les femmes, les hommes,... Mais, ces catégories ne constituent pas les déterminations fondamentales de cette société. La dictature de l'argent a divisé la société en deux classes sociales aux intérêts irréversiblement antagoniques, division qui détermine tous les rapports humains aujourd'hui. Par rapport à cette division en deux classes, les critères de couleur de peau, d'appartenance à tel groupe ethnique, de rattachement à tel groupe linguistique,... sont tout à fait annexes. Il y a des Hutus et des Tutsis bourgeois et des Hutus et des Tutsis prolétaires, tout comme il y a des femmes bourgeoises et des femmes prolétaires. Etc. Nous ne reprenons donc pas ces catégories "les Hutus", "les Tutsis", "les noirs", "les blancs" non seulement parce que cela ne recouvre pas la réalité détermi­nante de la division en classe, mais surtout parce que ces catégories sont mises en avant pour nier la réalité de classes. Elles ont pour but de camoufler l'identité de classe de notre seul et réel ennemi --la bourgeoisie--  et de diviser le proléta­riat en une série de "couches sociales" ayant chacune des intérêts bien particuliers. De plus, elles sont mises en avant comme éléments de définition de l'existence ou non des nations au nom de la défense desquelles des millions de prolétaire se sont fait et continuent à se faire massacrer de par le monde. Contre l'affirmation contre-révolu­tionnaire de ces pseudo-identités ethni­ques, linguistiques,... nationales, nous réaffirmons le mot d'ordre de toujours des communistes: le prolétariat n'a pas de patrie. Le prolétariat est une classe mondiale et a partout, quelles que soient ses condi­tions d'exploi­tation, les mêmes intérêts.

Lire à ce sujet

"Contre la mythologie justifiant la libération nationale" 

dans Le Communiste n° 15, 16, 20.



([1])   Ce qui, soit dit en passant, remet en avant, aux yeux du monde entier, l'idéal occidental où, pour l'instant rien ou presque rien ne vient troubler le froid et discipliné calcul de l'argent, le respect des droits de l'homme, l'ordre du travail et de la sacro-sainte démocratie (malgré, là aussi, le développement vertigineux de la misère et de la faim). Et qui, soit dit en passant également, relance le sentiment de supériorité de la "race blanche", cette puissante arme de division qu'est le racisme et qui règne en maître aujourd'hui. Idéologie véhiculée jusque dans les rangs du prétendu "milieu révolutionnaire" qui ne reconnaît l'existence du prolétariat que dans les métropoles occidentales.

([2])   Même la bourgeoisie se perd dans ses catégories. Aujourd'hui les bourgeois sont obligés de constater que des Hutus massacrent des Hutus. Et ils font mine de n'y rien comprendre. Cf. ce diplomate Hutu faisant part de son étonnement et déclarant: "Pourquoi irait-on tuer des nôtres? Ce ne peut être que le fait de Tutsis". Or aujourd'hui ce qu'il se passe, c'est que, au Zaïre notamment, la police des camps est organisée par les forces armées de l'ancien gouvernement (les FAR) et face à la rébellion de certains prolétaires contre le fait de rester dans ces mouroirs que sont les camps, ils organisent la répression et assassinent.

                Dans les camps de réfugiés ou au Rwanda même, ce sont les prolétaires qui ont été massacrés. Les prolétaires d'origine tutsie, assassinés massivement au saut du lit, au coin d'une rue,... sous couvert d'une vengeance hutue, et les prolétaires d'origine hutue, mourant le long des routes et dans les camps, sous couvert de la vengeance tutsie,... un massacre étant plus particulièrement organisé par les FAR, l'autre par le FPR,... et derrière eux les impérialismes français, nord‑américains,... il s'agit d'un massacre massif de prolétaires organisé par la diverses forces de la bourgeoisie mondiale! De ce point de vue de classe il y a effectivement des Hutus (bourgeois!) qui tuent des Hutus (prolétaires!)... et le diplomate pourra toujours feindre de n'y rien comprendre!

([3])           Au Rwanda, comme partout, l'approfondissement de la crise économique a rendu de plus en plus intenables les conditions d'existence des prolétaires. Fin 1989, les prix du café -80% des recettes d'exportation du Rwanda- ont chuté de plus de 50%, ce qui a conduit à la mise au chômage de milliers de prolétaires supplémentaires. Et suite à toute une série de restructurations imposant l'austérité, les prix des carburants et des produits essentiels furent augmentés en novembre '90 d'abord, et une seconde fois en juin '92 rendant la survie encore plus difficile pour les exploités. Cette réalité a également partiellement conditionné l'enrôlement massif dans l'armée. A partir d'octobre 1990: ses effectifs gonflèrent en peu de temps et passèrent de 5000 à 40 000 hommes. Les maigres soldes proposés étaient de loin supérieurs à la situation désastreuse que subissaient les milliers de chômeurs venus s'agglutiner dans les villes.


CE41.9 Les campagnes contre le prolétariat: l'exemple du Rwanda