Les besoins de restructuration liés à la gestion capitaliste obligent l’Etat à sacrifier régulièrement les cartes qu’il tient en réserve. Confrontée à la difficulté croissante d’imposer sa domination avec des acteurs de plus en plus discrédités par des décennies de gestion, la bourgeoisie se voit contrainte de renouveler son personnel politique pour préserver un semblant d’aspect crédible dans l’organisation de l’esclavage salarié.

    Ces dernières années ont vu s’accélérer ce processus. Les gestionnaires du Capital semblent être pris de tournis. Les gouvernements changent de plus en plus vite, encore plus vite, toujours plus vite. Ils s’usent, et de nouvelles coalitions politiques, économiques, militaires... se reforment. Puis se défont. Quand le fusible “civil” saute, on met des “militaires” en place, et vice versa. Le jeu de l’alternance fait se succéder à un tel rythme “droites” et “gauches”, “socialistes” et “libéraux”, “conférences démocratiques” et “dictatures”, qu’il est de plus en plus difficile pour les politiciens de se définir différemment de l’équipe précédente, même superficiellement.

    Malgré tous les efforts accomplis par la bourgeoisie pour présenter le plus petit artifice “alternatif” comme une transformation profonde, rien n’y fait: la folle valse des couleurs propres aux différents partis qui se succèdent, a pris une telle vitesse qu’elle n’en fait plus apparaître que ce gris informe unifiant dans la tristesse la façon dont s’habille chacun de leurs représentants.

    Sur le marché mondial, les capitalistes s’affrontent de plus en plus violemment pour le contrôle des parts d’une Economie toujours plus en crise, ce qui conduit également à restructurer en permanence: baisses de salaires, fermetures d’entreprises, licenciements massifs, diminution des allocations et des services, augmentation des impôts,... La paix sociale, pourtant toujours fort pesante, en devient précaire et diminue la marge de manœuvre de la bourgeoisie. Pour gérer ces contradictions et le mécontentement croissant, il faut donc encore et toujours brûler de nouvelles cartes, de nouveaux politiciens, de nouveaux gouvernements, de nouveaux partis, de nouveaux “pactes sociaux”.

    En Europe et au Japon, diverses campagnes “mains propres”, “anti-corruption”, “lutte contre l’argent sale”... parviennent à vendre, telle une savonnette, l’une ou l’autre génération inédite de gestionnaires. En Afrique, c’est l’épidémie des “Conférences nationales démocratiques” qui frappe la plupart des pays et soutient la mise en place de “nouvelles” marionnettes promettant de “laver plus blanc”. Dans l’ex-URSS et en Europe de l’est, le discrédit des nouveaux gestionnaires est tellement profond, que malgré l’histoire récente de la sanglante et longue répression assumée par les staliniens, on remobilise déjà ces derniers pour participer au maintien de l’ordre. Loin des plans quinquennaux, en Amérique du sud, les multiples “Plan Printemps/Hiver/Automne/Eté...” mis au point par les différentes fractions qui se succèdent ne tiennent même plus le temps d’une saison: à quand les plans hebdomadaires?!

    Tous ces scénarios, dictés par l’Economie, se caractérisent par leur impuissance à gérer la crise et parviennent de moins en moins à cacher le véritable dictateur qui se dissimule derrière le jeu de chaises musicales ministériel: le Capital, c’est-à-dire la nécessité d’accumuler de l’argent, de faire fructifier la valeur, d’extraire de la plus value.

    Et c’est bien là le nœud de la question. Toutes ces restructurations, ces prétendus “bouleversements”, ces changements qui n’en sont pas, cachent mal le véritable objectif que s’assignent toutes les fractions bourgeoises du monde: renforcer l’austérité, la faire accepter par le prolétariat et postposer momentanément -si cela est encore possible- les effets de la crise. L’Etat mondial espère ainsi (re)mobiliser les prolétaires autour de son “ordre économique mondial” (qu’elle n’ose déjà plus qualifier de “nouveau”!) afin de relancer sa course vers de nouveaux profits.                                                                                      C’est cette fuite en avant que nous avons voulu souligner dans cet éditorial, en développant trois exemples -la Palestine, l’Afrique du Sud et Cuba- qui, outre le fait d’illustrer l’usure des fractions bourgeoises face à la résistance de plus en plus vive du prolétariat, ont également d’autres points en commun.

                -Les luttes de libération nationale menées dans chacun de ces pays ont constitué trois des grands mythes importants de l’extrême-gauche bourgeoise internationale pour ces quarante dernières années.

                -Dans ces trois pays, l’agitation sociale a poussé des bourgeois présentés comme ennemis historiques et irréconciliables à se serrer la main, dévoilant ainsi que lorsqu’il s’agit de préserver la gestion capitaliste, les inimitiés de façade s’effacent pour céder la place à la communauté d’intérêts qui unit tous les bourgeois du monde: la perpétuation de ce système de mort.

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    Malgré le nombre impressionnant de serments faits par l’Etat d’Israël, s’engageant à ne jamais copiner avec Yasser Arafat (qui jurait lui-même ne jamais reconnaître l’Etat d’Israël!), voilà maintenant soudain que ce même gouvernement fait du passé table rase et s’engage, la main dans celle de l’ennemi juré, à gérer les difficultés de gestion capitaliste que connaît la région.

    L’Apartheid était éternel et jamais les “terroristes” de l’ANC ne participeraient au gouvernement de la région. Voilà encore une fois quelques paroles en l’air qui n’ont pas résisté à la nécessité capitaliste de maintenir, le contrôle sur une situation sociale de plus en plus explosive. Mandela et son équipe au gouvernement, se font aujourd’hui féliciter officiellement par leurs partenaires blancs et par le FMI pour la façon dont ils réussissent à faire passer les plans d’austérité nécessaires au bon fonctionnement du système.

    Quand à Fidel Castro, cet ennemi quasi atavique des Etats-Unis, le voilà négociant ouvertement le nombre d’immigrés clandestins/réfugiés à fourguer à ces derniers. Castro a trop de prolétaires. Clinton est dans le même cas. On est tellement plus forts quand on négocie ce genre de question entre gestionnaires capitalistes.

    “Terroristes arabes” et “sionistes”, “libérateurs noirs” et “colons blancs”, “castristes” et “yankees”,... mais qu’est-ce qui peut donc bien pousser à s’unir ceux qui nous sont présentés depuis des décennies comme d’irréductibles ennemis?

    Pour continuer à se valoriser, le Capital a besoin d’assurer sans heurts l’extorsion de plus value. En période d’expansion capitaliste, les salaires et la forte demande de main d'œuvre assurent relativement la paix sociale. Mais quand survient la crise, les prolétaires deviennent excédentaires par rapport aux besoins du Capital et les salaires de ceux qui ont un travail tendent à être comprimés. Cette situation accentue les tensions sociales et les gouvernements font alors office de fusibles, de responsables désignés pour pareille situation. Tout bourgeois est dès lors mobilisé pour aider à maintenir l’ordre capitaliste. Qu’il soit noir ou jaune, protestant ou juif, qu’il ait vécu dans la pauvreté ou dans l’opulence, qu’il ait passé sa vie en prison ou dans des palais, qu’il soit d’extrême droite ou d’extrême gauche sur l’échiquier parlementaire,... cela ne compte pas dès le moment où il accepte de gérer pour le mieux les intérêts capitalistes et ramener la paix sociale.

    Il n’est pas jusqu’au “terroriste international” Carlos que Pasqua n’hésiterait à réhabiliter si la nécessité l’exigeait!

    La Palestine, l’Afrique du Sud et Cuba sont trois exemples de pays où la crise capitaliste et la contradiction sociale poussent les gestionnaires locaux vers le gouffre. Castro est brûlé depuis longtemps, mais sa chute s’accélère encore. Arafat est à peine mis en place que sa police assassine déjà des prolétaires dans les rues et que des accusations de torture sont portées contre elle. Quant à Mandela, il se fait féliciter par la bourgeoisie internationale pour la façon dont il impose l’austérité.

    Plus ça change... et plus c’est la même chose! Jamais cet adage n’avait sans doute été autant d’actualité.

    Le plus amusant dans tout ça, c’est encore de voir l’extrême gauche de la bourgeoisie, maoïstes, trotskystes et anarchistes de salon en tête, se perdre en justifications pour tenter d’expliquer le soutien qu’ils ont apporté, pendant de si nombreuses années, à ces vieilles crapules bourgeoises que sont Arafat, Mandela et Castro. Car voilà maintenant enfin leur programme de libération nationale réalisé! Et tout le monde de constater, dans la réalité cette fois-ci, les merveilleuses avancées que constituent pour le prolétariat l'œuvre de libération nationale à laquelle ces gauchistes bourgeois ont si largement contribué: plus d’exploitation, plus de misère, plus de répression,...

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    Beaucoup plus fondamentalement maintenant, à travers cette valse de têtes et de gouvernements transparaît une chose: derrière les luttes entre les différentes fractions bourgeoises, c’est le fantôme du prolétariat qui hante le monde de la valeur, c’est la critique prolétarienne en actes qui s’inscrit comme perspective.

    Aujourd’hui, cette critique n’est sans doute encore trop souvent que “résistance”. Demain, elle sera active et organisée. C’est l’Histoire qui parle. Non pas qu’elle se répète; elle s’amplifie. Les leçons que la bourgeoisie a su tirer de la plus formidable vague révolutionnaire internationale qu’ait connu le monde dans les années ’20 de ce siècle, lui ont permis de contenir la crise révolutionnaire tout au long d’une période interminable de contre-révolution dont nul militant communiste n’avait sans doute jamais pu prévoir l’ampleur. Mais durant ce long cauchemar de plus de 70 ans, le prolétariat n’est pas resté inactif. Il a mené des luttes et en a tiré d’importants bilans, porteurs de précieux enseignements pour le futur, et dont la dimension est à la mesure des forces mises en place par la bourgeoisie pour contenir l’émergence de la révolution.

    La classe dominante a érigé un énorme rempart pour se prémunir du retour de la révolution, mais elle a ainsi aussi obligé la prolétariat à prendre plus d’élan. Plus de ce recul indispensable pour saisir les innombrables facettes des forces de conservation du Vieux Monde, et les affronter armés de toutes les ruptures nécessaires à sa mise à mort. Le prolétariat a compris, pour l’avoir expérimenté, que l’ennemi contre-révolutionnaire ne se limite pas aux capitalistes affirmés, ou a tel ou tel parti, à tel ou tel individu,... mais qu’il existe comme force au sein même de ses propres efforts pour s’organiser en classe, en parti. Comprendre la contre-révolution et la combattre, c’est saisir l’incroyable capacité du Capital à transformer les plus insignifiantes faiblesses prolétariennes en véritable “bélier” pour “rentrer” au sein même des polémiques programmatiques du prolétariat et en détruire les perspectives. Pour prendre un exemple, la force de la contre-révolution réside moins dans l’existence des syndicats en tant que tels, que dans sa capacité à transformer une pratique ouvrière en pratique syndicaliste. Mais cette énorme puissance réformiste du Capital a son revers. C’est précisément pour avoir vécu dans sa chair la force et les aspects multiformes de la contre-révolution bourgeoise, que le prolétariat a dû, pour empêcher la reproduction des mêmes erreurs, produire des niveaux de démarcation fondamentaux avec la démocratie, le syndicalisme, le parlementarisme, le pacifisme, etc. Ces ruptures sont déterminantes pour l’affirmation des perspectives que se donneront les futures structures internationales de notre classe. L'ampleur de la prochaine vague révolutionnaire sera à la mesure des leçons que nous avons été contraints de tirer de notre écrasement.

    L’entrée dans le troisième millénaire sera terrible pour la bourgeoisie.

1. LUTTE DE CLASSE EN PALESTINE

    Durant les années ’60 et ’70, l’extrême gauche de la bourgeoisie nous fait prendre la lutte de libération nationale du “peuple palestinien” pour la Mecque de la lutte révolutionnaire. Les plus radicaux allant même jusqu’à qualifier le soutien à cette lutte bourgeoise comme la plus haute expression de l’internationalisme prolétarien (1).

    La réalité est pourtant bien différente. Derrière la création d’un “nouvel Etat”, ce que la bourgeoisie mondiale tente de dissimuler ce sont les contradictions explosives qui s’accumulent depuis des décennies dans cette région. Les conditions de survie du prolétariat sont devenues, au fil des ans, toujours plus misérables, toujours plus insupportables. Gaza n’est qu’un gigantesque camp où la concentration prolétarienne au mètre carré est la plus forte au monde. Les ouvriers sont parqués dans ce minuscule territoire comme dans un mouroir. Entassés les uns sur les autres, sans eau, sans électricité, sans égouts, sans rien à manger, cela ne pouvait plus éternellement durer. Face à la détermination des prolétaires à changer leurs effroyables conditions de survie, la bourgeoisie locale va répondre, d’abord et comme toujours, par la répression violente.

    La polarisation bourgeoise se cristallisera durant des années autour de l’extraordinaire répression que mènera l’armée israélienne. Encadrés par les fractions des “libérateurs” palestiniens, un grand nombre de prolétaires feront les frais de cet affrontement inter-bourgeois entre la fraction palestinienne et israélienne. Pourtant, cette gigantesque répression n’a pas suffit à ramener la paix sociale. Dans les années 1980, les luttes reprennent de plus belle, aussi bien dans les fameux “camps palestiniens” du Liban que dans les dits “territoires occupés”. A nouveau la réponse bourgeoise sera la répression. Malgré plus de 1.000 morts, de 20.000 blessés, de 140.000 arrestations, malgré les déportations massives, l’instauration de couvre-feu prolongés dans les agglomérations, la démolition de maisons servant de refuge à des “suspects”, la dispersion des manifestations à coups d’armes automatiques, l’exécution de prolétaires par des escadrons de la mort,... malgré les licenciements massifs de prolétaires “palestiniens” -comme les 100.000 ouvriers originaires des “territoires occupés” en mars 1993-, malgré le bouclage régulier des territoires pour une durée indéterminée condamnant plus fortement encore les prolétaires au chômage et à la misère; malgré cet étalage quotidien de la terreur, de la répression bourgeoise dans toute sa force, jamais la situation ne s’est réellement calmée. Au contraire même, la répression a provoqué l’accélération des conflits à tel point que toutes les fractions bourgeoises de la région s’inquiètent car elles perçoivent ces camps de misère comme de véritables poudrières sociales prêtes à exploser. Explosion qui serait, d’après les craintes exprimées par les possédants, capable de faire tache d’huile dans toute la région.

    Devant son impuissance à mater la révolte de ces prolétaires, la bourgeoisie mondiale change son fusil d’épaule. La seule répression militaire ne suffit plus à assurer la paix sociale. D’autant plus que la cohésion sociale tend à s’effilocher au sein même, non seulement, de l’armée israélienne (désertions, refus d’obéissance, démissions d’officiers,...) mais aussi de l’ensemble des prolétaires de la zone israélienne qui refusent chaque jour d’avantage de payer le prix des sacrifices qu’il faut consentir pour protéger l’Etat israélien. Les troubles persistants entraînent une diminution des bénéfices, situation qui accélère le besoin commercial de “faire la paix”. En cooptant les bourgeois de l’OLP, à peine un peu plus crédibles que l’armée israélienne, pour devenir les gestionnaires directs de la force de travail du coin, l’Etat ne cherche qu’une seule chose: pacifier la zone par l’imposition d’une nouvelle Union Sacrée autour de la défense du “nouvel Etat” peint aux couleurs palestiniennes.

    Or, nous savons très bien ce que cela signifie. Le prolétariat a déjà subi mille fois cet appel aux sacrifices, à la reconstruction, à “retrousser ses manches”, à “produire français”, “palestinien” ou n’importe quoi d’autre du moment que le Capital puisse vampiriser nos vies et relancer un nouveau cycle de profit. Après chaque guerre, c’est la même chanson: il faut repartir de zéro, il faut tout reconstruire, un “nouvel Etat”, une “nouvelle nation”, une “nouvelle démocratie”. Cette ère “nouvelle” qui s’ouvre signifie pour le prolétariat une période de sacrifices encore plus douloureux, de vaches maigres avant de pouvoir cueillir les fruits d’un avenir radieux. L’avenir radieux que les bourgeois nous promettent, nous le connaissons très bien. Leur libération nationale, nous la connaissons aussi. C’est le renforcement de notre misère, c’est la création d’un “nouveau” camp de travail forcé, d’une nation aux couleurs différentes, d’une patrie ayant son histoire propre, sa langue propre, sa culture, ses traditions,... mais qui, pour tous ceux qui ne possèdent rien d’autre que leur force de travail, ressemblera étrangement à la même survie misérable d’avant “le grand changement”.

    Dans les faits, l’application pleine et entière des “accords de paix” (sociale!) sur l’autonomie palestinienne s’est concrétisée par l’évacuation de l’armée israélienne de la bande de Gaza et de Jericho. Ce retrait n’est qu’un simple redéploiement et un partage de la répression entre la fraction palestinienne et israélienne. L’objectif est commun: empêcher le prolétariat d’ouvrir sa gueule. Pendant que l’armée israélienne protège les colonies juives -pôles de valorisation importants- de toute intrusion de prolétaires rongés par la misère, les flics palestiniens sont chargés d’assurer le maintien de l’ordre social dans les grandes concentrations urbaines. Pour le prolétariat, cette redistribution des cartes, cette division du travail signifie encore et toujours plus de répression. Les “nouvelles autorités palestiniennes” ne font pas dans le détail: à Gaza, la quasi totalité des lois militaires “israéliennes” restent en vigueur et sont dorénavant appliquées par l’administration palestinienne qui assure la continuité du maintien de l’ordre social.

    Il faut que le “nouvel Etat” se fasse respecter et craindre comme l’ancien, comme TOUS les Etats. Il faut montrer qui est le maître aux esclaves salariés. L’Etat palestinien se dote donc sur place d’un encadrement impressionnant, aidé, organisé, sponsorisé par tous les Etats de la région, y compris par l’ennemi d’hier. C’est en effet l’Etat israélien qui assurera la formation des troupes spéciales anti-émeutes. Ces flics palestiniens sont avant tout recrutés parmi les soldats et les officiers de l’OLP vivant en exil, mercenaires appointés qui ont déjà derrière eux une longue expérience dans la répression des luttes prolétariennes. Pas plus tard qu’en début de cette année 1994, des manifestations ont éclaté dans les camps en Syrie, au Liban et en Jordanie. La répression fut nette, rapide et sans bavure. Les prolétaires doivent rester ce qu’ils ont été et ce qu’ils seront demain au sein de la sainte patrie palestinienne: des esclaves salariés. Celui qui refuse cet état de fait sera considéré comme un “traître à la cause du peuple palestinien” et donc liquidé. Pourtant, la misère qui règne dans ces camps gérés par l’OLP et les autres organisations palestiniennes est à peine descriptible. Le chômage massif, les salaires qui ne sont plus payés,... font que les prolétaires les plus jeunes ont d’autres préoccupations que la “libération nationale”!

    Le gouvernement palestinien s’installe donc en Palestine et prend ses fonctions. Ses premières préoccupations sont de faire face à la gigantesque armée de réserve du Capital constituée de centaines de milliers de chômeurs qu’il faut gérer, calmer et au besoin réprimer par la force des armes. Déjà, les bonnes vieilles recettes du temps de l’occupation israélienne reviennent au goût du jour: début juillet 1994, un prolétaire, présenté comme un “collaborateur”, meurt dans un commissariat après avoir été torturé pendant plus de 10 jours. Décidément, tous les Etats du monde se ressemblent lorsqu’il s’agit de réprimer les prolétaires. Suite à de nombreux incidents aux barrages dressés par la police palestinienne, des prolétaires qui refusent de se faire contrôler se font arrêter et conduire directement devant les tribunaux. La justice militaire palestinienne frappe fort: des prolétaires sont condamnés “pour l’exemple” à des peines de 6 mois de prison ferme.

    Mais la réponse du prolétariat ne se fait pas attendre. Les luttes pour de meilleures conditions de vie, pour des hausses de salaires, contre la misère,... se cristallisent dans les émeutes d’Erez en juillet et de Rafah en août 1994. Ces luttes constituent un refus de la paix sociale dans l’euphorie de la “paix retrouvée”. Le mécontentement des prolétaires dû à des conditions de survie catastrophiques n’est pas facile à résorber malgré la “fête” permanente et l’orgie nationaliste qui atteint son comble. Mais toutes ces festivités organisées dès le premier jour de “l’Autonomie”, ne se déroulent pas comme prévu. Ainsi, lors de leur évacuation, les soldats israéliens sont bombardés de pierres à tel point que ce sont les flics palestiniens qui doivent s’interposer pour permettre aux militaires de se retirer.

    Le “nouvel Etat” palestinien sera confronté encore à un autre problème tout aussi explosif: le paiement de ses propres fonctionnaires. Yasser Arafat livrera ses états d’âme à la presse israélienne au sujet de ses “misères” comme gestionnaire du rapport social capitaliste: “Je suis désespéré et il m’est de plus en plus difficile de continuer. Une explosion peut se produire à n’importe quel moment.” De quelle sorte d’explosion peut donc bien parler ce bourgeois!? S’agirait-il d’explosion sociale!?: “Comment vais-je régler la paie des employés, des policiers? La Banque mondiale refuse de nous transférer de l’argent sous des prétextes futiles et met déjà en doute notre crédibilité. Tous les jours, je me demande comment nous allons tenir le coup.” Ces quelques citations sont bien révélatrices du climat social qui règne aujourd’hui dans le “nouvel Etat”.

    La venue d’Arafat à Gaza et Jericho sera d’ailleurs sans cesse reportée jusqu’au 1er juillet 1994. Il s’agit là d’une des conséquences les plus spectaculaires de l’explosion sociale qui guette et de l’incapacité du “nouvel Etat” palestinien à gérer ses contradictions. La crainte est évidente de voir cette visite troublée par des prolétaires venant réclamer le payement de leurs salaires pendant que la bourgeoisie palestinienne (et mondiale!) fête dignement l’événement: “ce serait une catastrophe!”, déclare un officiel palestinien. Le “succès” de la venue d’Arafat est à l’image de la désillusion grandissante ressentie par les prolétaires du coin: “Il parle, il parle, mais pour nous rien ne change”! Les masses de centaines de milliers de citoyens agitant les petits drapeaux de la patrie nouvellement célébrée n’étaient pas au rendez-vous, et Arafat a repris l’avion dépité.

    Même la fraction bourgeoise israélienne s’inquiète de cette situation. Son premier ministre, Y. Rabin, lance un appel de soutien au “nouvel Etat” palestinien. Il appelle, comme Arafat et l’ONU, à la cohésion sociale et nationale de l’entité palestinienne afin d’éviter que les conflits sociaux ne débordent sur Israël, voire sur toute la région. Il demande enfin que les autres fractions bourgeoises passent à la caisse et honorent leurs engagements financiers. Les flics palestiniens seront-ils capables d’assumer leur fonction de maintien de l’ordre si leurs salaires ne sont pas garantis? Déjà dans certains quartiers de Gaza, même les flics palestiniens n’osent pas mettre les pieds en-dehors de leurs commissariats. Il faut dire à leur décharge qu’officiellement plus de 20.000 armes à feu sont en circulation dans cette poudrière.

    Les contradictions sont si fortes qu’une réelle division du travail s’accentue entre les principales fractions bourgeoises de la région. Une fois l’OLP au gouvernement, le rôle d’”opposants” est tenu par la tendance islamiste du Hamas, permettant ainsi de polariser et de cristalliser sur elle toutes les expressions du mécontentement qui grandit. Le Hamas a dès lors le champs libre pour tenter de prendre le contrôle des manifestations spontanées de la colère ouvrière en “radicalisant” son discours et en appelant à la grève générale quand la situation l’exige. Après plus de 20 ans de luttes pour la “libération de la patrie palestinienne”, un nouveau mirage est mis en avant par la bourgeoisie pour détourner le prolétariat de sa véritable lutte: la création d’un “Etat islamiste” en Palestine.

    Malgré la propagande que mènent inlassablement les curés locaux, les premières émeutes ouvrières n’éclatent pas pour célébrer Mahomet, Bouddha ou Jéhovah mais bien CONTRE la misère. Le 17 juillet 1994 l’explosion sociale se produit dans la bande de Gaza, plus précisément à Erez. Chaque jour, plus de 20.000 ouvriers de Gaza vont vendre leur force de travail en Israël pour échapper au chômage qui touche plus de 60% de la “population active”. Au point de passage d’Erez, des milliers d’ouvriers (dont beaucoup sans permis de travail) qui n’en peuvent plus d’attendre l’autorisation de traverser la frontière et qui en ont marre des contrôles, prennent d’assaut les postes frontières et s’affrontent violemment aux représentants de l’Etat. Ils s’attaquent d’abord aux unités de la police palestinienne qui, impuissante et débordée par les émeutiers, doivent vite laisser la place à l’armée israélienne. La collaboration entre ces deux corps de répression pour mater les prolétaires est patente: “La police palestinienne et l’armée israélienne ont coopéré de façon exceptionnelle. Il ne faut pas se dépêcher de critiquer cette police inexpérimentée alors que nous-mêmes n’avons pas fait nos preuves durant l’intifada”, déclare un ministre israélien. La violence des affrontements fait passer certains flics palestiniens de l’autre côté de la barricade: quelques-uns rejoignent les prolétaires et retournent leurs armes contre l’armée israélienne. Le niveau d’affrontement est extrêmement bref et violent. Les émeutiers attaquent l’armée à coups de pierres et de cocktails molotov, saccagent des stations d’essence et les bureaux de douane, incendient plus de 150 autobus dans un dépôt, ceux-là même qui doivent les amener sur leur lieu de travail. Les fusillades font deux morts et plus d’une centaine de blessés.

     Un mois plus tard, la situation reste toujours aussi explosive dans la région. Un rien peut à nouveau mettre le feu aux poudres. Le 21 août 1994 éclate une nouvelle émeute, à la suite de la mort d’un jeune prolétaire de Palestine lors d’une “bavure”. Des centaines de jeunes prolétaires prennent d’assaut le commissariat de police de Rafah (dans la bande de Gaza) et s’affrontent aux flics du “nouvel Etat” palestinien qui doivent riposter en utilisant leurs armes à feu. Décidément la bourgeoisie a beau nous présenter de nouveaux visages, la technique utilisée est toujours la même, les drapeaux ont beau changer, la répression reste toujours et partout identique lorsque le prolétariat tente de prendre en main son histoire et de mettre fin à l’esclavage salarié (2).

2. MANDELA CONTRE LE PROLETARIAT

    Cette année 1994 marque la fin définitive de l’apartheid et le passage au gouvernement de “la majorité noire”. Après 100 jours de règne, Mandela fait son bilan en annonçant qu’il faudra “se serrer la ceinture”. Pour nous, prolétaires, décidément rien ne change. Les bourgeois en appellent toujours plus à notre patience, à la nécessité de faire et de refaire encore et toujours plus de sacrifices, comme partout sur cette maudite planète, comme Arafat le fait à Gaza, comme Castro le fait à Cuba, comme... La seule chose qui ait réellement changé en Afrique du Sud avec l’arrivée de Mandela au gouvernement, c’est la Bourse de Johannesburg qui “flambe”, ce sont les indicateurs macro-économiques qui sont en “hausse”, ce sont les bourgeois qui sont comblés de joie devant les perspectives du retour des bonnes affaires et des dividendes qui vont remplir, espèrent-ils, leurs coffre-forts. La “Chambre de Commerce et d’Industrie”, la principale organisation patronale sud-africaine, vient de donner un satisfecit au nouveau gouvernement en déclarant que l’indice mensuel de confiance des hommes d’affaires a atteint son plus haut niveau depuis décembre 1987. Il est révélateur que les hautes instances de la bourgeoisie reconnaissent ainsi les fonctions éminemment anti-prolétariennes de l’équipe Mandela. Ce que l’apartheid n’était plus capable de faire, l’ANC le pourra et s’en donne les moyens.

    L’apartheid a fait son temps. Il a permis durant plusieurs décennies de maintenir les coûts de reproduction de la main d’oeuvre des prolétaires “noirs” aux plus bas niveaux possibles -ce dont rêvent et que tentent de réaliser TOUS les bourgeois!-, et d’extraire un maximum de plus-value et d’accumuler à ce pôle de développement du marché mondial une quantité impressionnante de richesses. L’apartheid n’était pas seulement un système de “développement séparé des races”, mais avant tout une politique visant à imposer la paix sociale, à nous faire trimer plus fort en fermant notre gueule. Pourtant, ce joli rêve devait se heurter à la réalité. Le prolétariat en Afrique du Sud a déjà un long passé de luttes menées contre la dégradation permanente de ses misérables conditions de survie, contre les baisses de salaires, contre l’intensification de notre exploitation. Rappelons simplement à titre d’exemple les luttes les plus récentes, celles de 1976-77 que l’on ne peut circonscrire aux “émeutes de Soweto”, celles de 1984-86  (3)ou encore de 1989-91. A travers ces luttes, le prolétariat s’est affronté directement à toutes les forces de conservation de ce monde, en revendiquant chaque fois une part plus élevée de la richesse sociale produite par ses propres bras, en menant des grèves très dures, en pratiquant le pillage massif,... luttes qui constituent autant d’attaques au veau d’or de la bourgeoisie: son taux de profit.

    Après plusieurs décennies de domination “blanche”, l’apartheid s’est finalement révélé ne plus être suffisamment rentable. Les coûts nécessaires à son maintien sont devenus trop élevés et les conséquences désastreuses. Il fallait rompre avec le passé et tourner la page. Place donc au gouvernement de “la majorité noire”, au système universellement reconnu et apprécié (surtout par les bourgeois!) du “one man, one vote!”. La légalisation et la cooptation de l’ANC, reconnu ouvertement comme partenaire et surtout comme gestionnaire plus crédible, seront les points forts et les plus médiatiques de cette opération de police. Ainsi la bourgeoisie s’est vu obligée d’abattre une carte importante qu’elle gardait encore en réserve. Cet atout, ce joker doit permettre la participation élargie des citoyens noirs aux institutions politiques par la mise en avant d’un homme: Nelson Mandela. Comme si pour nous, l’Histoire pouvait se résumer à l’histoire d’un homme, qu’il soit génial, noir ou président. La libération de Mandela en février 1990 -au moment même où le prolétariat luttait- n’aura que ce but: désamorcer l’explosion sociale, enrayer le processus qui soulèvent les townships, arrêter les grèves sauvages, ramener la paix sociale.

    Mandela se révélera d’ailleurs rapidement être ce qu’il a toujours été: un grand commis de l’Etat. Après avoir été ce “terroriste”, le “plus ancien prisonnier politique du monde”, le voici donc devenu, pour cause de pacification sociale, le premier président noir de la “nouvelle” Afrique du Sud. D’autres bourgeois ont déjà pu apprécier les “largesses” octroyées par l’Etat lorsque celui-ci comprend la nécessité de coopter des éléments plus radicaux pour pouvoir mieux réformer -et donc conserver- la totalité du rapport social. Il y a peu, un “petit électricien de Gdansk” en prouvant ses talents de sabotage des luttes de notre classe a, lui aussi, accédé à la plus haute marche du podium.

    Durant cette “période de transition”, l’Etat utilisera tous les moyens dont il dispose pour pacifier le prolétariat: légalisation de l’ANC et du Parti “Communiste” (4), levée de l’Etat d’urgence très médiatisée, renforcement des syndicats, création par l’ANC de milices (police des ghettos) visant à militariser et à vider de leur contenu les “comités de rues” issus des émeutes de 1985, etc... Comme toutes ces mesures ne suffisaient pas pour mettre un frein aux luttes de classes, aux grèves, aux émeutes dans les townships, la bourgeoisie développera et généralisera une autre forme de réponse: l’”ethnicisation” des affrontements et la médiatisation nécessaire pour imposer cette version des faits. A partir de ce moment, il n’y aura plus que des militants de l’ANC aux prises avec des militants zoulous de l’Inkhata. Ces massacres se traduiront par des attaques meurtrières à l’arme automatique dans des trains de banlieues, des razzias dans des camps de squatters, des bombes “aveugles” dans de fortes concentrations de prolétaires, etc... semant le trouble et la terreur dans les rangs du prolétariat en lutte. Ces opérations de pacification feront plus de 10.000 morts en 4 ans.

    Malgré cette répression meurtrière, notre classe continue de lutter: le boycott permanent des cours par les jeunes prolétaires exprime la difficulté de leur inculquer des notions bourgeoises comme la “discipline”, l’”effort” ou le “travail contrôlé”. Les groupes de jeunes issus des luttes de 1985-86 sont devenus “incontrôlables” de l’aveu de l’ANC qui a tenté sans succès de les intégrer dans ses “comités de défense”. L’ANC, lui-même, est traversé par ces contradictions sociales, au point que, dans les townships, des groupes de prolétaires issus de cette organisation s’organisent pratiquement en rupture avec elle. Leur organisation autonome les fait s’affronter directement à l’ANC et à ses syndicats, ses groupes locaux, etc... Des “bandes armées qui, pour la plupart, ne se réclament d’aucune idéologie ou projet politique”, (telles que les décrivent les journaux bourgeois), se développent dans des banlieues sordides comme Soweto qui deviennent des foyers de luttes importants.

    La remise au travail des prolétaires se fera par une vaste campagne de promotion du parlementarisme qui servira à noyer ceux qui luttent dans la masse de citoyens appelée “le peuple”. Les “élections libres” d’avril 1994 sont l’occasion pour l’Etat d’initier une vaste opération de police et de recensement de millions de prolétaires “noirs” réfractaires au contrôle de l’Etat. Pendant ces années de lutte, la résistance de notre classe s’est en effet exprimée, entre autre, par le refus de tout contrôle social: les prolétaires brûlaient systématiquement leur “pass” et autre livret de travail, etc... Grâce au processus électoral et au mythe de la “majorité noire”, des millions de prolétaires seront contrôlés, recensés, fichés avec tous les moyens technologiques et informatiques modernes dont dispose l’Etat.

    Début mai 1994, l’investiture du premier gouvernement présidé par Mandela se fait sous l’oeil satisfait de la bourgeoisie mondiale qui célèbre sa victoire ainsi que l’imposition de la paix sociale renforcée par un consensus généralisé; l’”état de grâce” commence.

    Mais pour notre classe, la survie est toujours aussi dure. Les townships et les bantoustans (5) débordent de ventres creux souffrant de toutes les maladies secrétées par le Capital: alcoolisme, prostitution, criminalité, virus de la misère, sida, chômage, etc... Dans les banlieues de Johannesburg, plus d’un million de squatters sont parqués dans des dépotoirs de bout du monde. Il y a sept millions de squatters dans tout le pays. A Soweto, sur 2 millions et demi d’habitants, 50% sont au chômage, trois-quarts des jeunes sont sans travail, 600.000 prolétaires vivent dans des logements insalubres, 45.000 logent dans des “hostels” pour célibataires qui, depuis le début du siècle, font office de camps de concentration de la main d'œuvre et sont gérés par l’Inkatha dans une parfaite division du travail entre les fractions bourgeoises.

    A tous ces maux, bien “naturels” pour cette civilisation, la nouvelle équipe de gestionnaires répond, avec son cynisme tout aussi “naturel”, par des appels désespérés à la patience. Les promesses de l’ANC d’un “mieux-être” ne sont que de la poudre aux yeux à destination des prolétaires, bientôt viendront les désillusions. La gestion du rapport social impose et imposera toujours à notre classe plus de sacrifices, de misère, de réductions de salaire, d’intensification de notre exploitation. C’est cela la réelle nature du Capital. Nelson Mandela n’est rien d’autre qu’une marionnette qui applique et continuera d’appliquer là comme ailleurs, les mêmes recettes d’austérité, de sacrifices,... autant de mesures nécessaires à la bonne marche du commerce.

    Très rapidement d’ailleurs, l’ANC montre son vrai savoir-faire en imposant au prolétariat une série de mesures drastiques visant dans un premier temps à accroître la concurrence entre les ouvriers. Ainsi l’”immigration clandestine” (plus de 2 millions de prolétaires principalement originaires du Zaïre et du Mozambique viennent vendre leur bras au plus offrant pour échapper à la misère!) sera “jugulée”. Ce qui signifie concrètement la déportation massive de ces millions de prolétaires excédentaires sur le marché du travail qui n’auront qu’à crever “dans leur pays”. La continuité dans le changement, c’est cela la “fin de l’apartheid”.

    Les nouveaux patrons “noirs” réservent d’autres surprises à “leurs millions d’électeurs”. Pour remettre les prolétaires au travail et leur extorquer une plus-value accrue, les bourgeois sont obligés de restructurer. Il faut “rendre les exportations sud-africaines plus compétitives dans les marchés mondiaux et redynamiser notre richesse en ressources humaines”, dixit un ministre de l’ANC tandis que ses confrères poussent à “l’accroissement de la productivité” et à “restreindre les revendications salariales”.

    Mais le spectre des luttes du prolétariat continue à hanter la bourgeoisie. Le prolétariat voit clairement dès le début, la signification du pouvoir de “la majorité noire”. Un danger que la Banque mondiale a très bien compris: “La stabilité sociale est une condition préalable à la réussite de tout programme économique en Afrique du Sud. Si les gains de la croissance ne sont pas partagés plus équitablement par l’ensemble des communautés, les troubles politiques et économiques resurgiront tôt ou tard.” Dans les mois qui précèdent la farce électorale, la productivité dans les mines ralentit à cause notamment des grèves déclenchées par des prolétaires qui attendent autre chose qu’un simple ravalement de façade. A peine Mandela entre-t-il en fonction que 9.500 mineurs de la mine d’or de Kloof se mettent en grève; ils étaient déjà partis en grève au mois de mars.

    Les syndicats (principalement la COSATU) dont les dirigeants ont trouvé des places dans la “nouvelle” administration, assument au mieux leur fonction: saboter les grèves et imposer des baisses de salaires. Mais le prolétariat continue à lutter. Les ouvriers s’affrontent directement à l’Etat et à ses syndicats en refusant par leur pratique le moratoire des grèves conclu entre l’ANC et la COSATU en avril.

    Durant le mois de juillet, une importante vague de grèves se développe dans tous les secteurs mais elle est récupérée par les syndicats: l’important pour les bourgeois n’est pas qu’il y ait des grèves (il y en aura toujours!) mais de savoir comment les gérer.

    Le 13 juillet 1994, ce sont les 15.000 prolétaires de la chaîne de magasins “Pick and Pay” (Choisir et Payer!) qui paralyse le secteur de la grande distribution alimentaire. Des affrontements très violents les opposent à plusieurs reprises aux flics. Cette grève est le premier test important pour que les syndicats puissent évaluer leur marge de manœuvre quant à leur contrôle social.

    Le 21 juillet, les grèves s’étendent à la métallurgie -plusieurs milliers d’ouvriers manifestent à Johannesburg- ainsi qu’aux cheminots de Pretoria et aux mineurs de la De Beers, entre autres. Du 1er août au 7 septembre, 25.000 ouvriers de la construction automobile se mettent en grève. La bourgeoisie s’inquiète de voir le conflit s’étendre à d’autres secteurs dans une vague de grèves susceptible de remettre en cause les acquis bourgeois sortis des urnes. Pourtant, si des grèves ont bien éclaté dans plusieurs mines pendant l’été, aucune réelle généralisation de la lutte ne s’est opérée. Les syndicats (COSATU en tête) ont parfaitement joué leur rôle de saboteurs en empêchant l’extension massive des grèves à d’autres secteurs, en semant la confusion et la désorganisation au sein du prolétariat.

    Une des façons pour la bourgeoisie de ramener la paix sociale est de lâcher quelques miettes pour ne pas perdre tout le gâteau. Craignant de voir les prolétaires des mines, traditionnellement très combatifs, prendre la tête des grèves qui éclatent un peu partout, leur salaire sera finalement augmenté de 10%. Cette politique visant à calmer une frange du prolétariat par des hausses de salaires est un classique de la bourgeoisie (6).Cette tactique sera reproduite pour briser la grève des ouvriers de l’automobile. Le gouvernement lâche donc pour l’instant du lest afin d’éviter la contagion. Il concède une augmentation salariales de 10,5% qui sera de toute façon rapidement grignotée par l’inflation. Pour Mandela comme pour les autres bourgeois, la tâche est la même, les moyens d’action aussi.

3. CUBA OU LA FIN DU “SOCIALISME” TROPICAL

    Arafat se brûlant les doigts en Palestine, Mandela ne sachant déjà plus où donner de la tête en Afrique du sud, une autre formalisation de l’Etat (plus ancienne), va bientôt trouver son épilogue: Cuba. Durant les années ’60 et ’70, il était de bon ton pour tout étudiant “contestataire” d’avoir dans sa chambre un poster du “Che” symbolisant la victoire du lilliputien “socialisme tropical”, version cubaine aux portes du plus terrible des impérialistes planétaires, l’oncle Sam. Seulement voilà, là comme partout ailleurs, les contradictions qui minent toujours plus fortement le Capital produisent l’inexorable disparition d’une autre illusion que la bourgeoisie mondiale a entretenue à destination des prolétaires pendant plusieurs années: l’existence d’un paradis tropical qui allierait le sable, les cocotiers, la salsa et la révolution sociale. Foutaises, balivernes dont ne rêvent plus que quelques gauchistes orphelins qui s’accrochent à Cuba comme à leur ultime espoir.

    La réalité est bien plus prosaïque que cette carte postale pour touristes sociaux en manque de sensation. Depuis des années, le prolétariat vit dans sa chair que ce “socialisme” tropical n’a strictement rien de différent des autres bagnes salariés qui composent l’enfer capitaliste au quatre coins du monde. L’équipe castriste au pouvoir, comme toutes les fractions bourgeoises d’ailleurs, est chaque jour d’avantage acculée à prendre des mesures qui attaquent directement les conditions de survie merdiques dans lesquelles se débattent les prolétaires. Pour rester compétitive dans la course catastrophique au profit, la bourgeoisie locale peinte au radicalisme le plus rouge est obligée de faire ce que toutes les fractions bourgeoises font aujourd’hui: solidifier la paix sociale autour d’un “nouvel effort national” appelé “plan d’embauche”, “plan global”, “défense des acquis socialistes”,... pour relancer un nouveau cycle d’accumulation du Capital et extraire encore et toujours plus de plus-value de la marchandise force de travail. Le Capital, pour remplir ses coffre-forts, a besoin de tranquillité, de paix sociale. Grèves, sabotages, refus de travailler pour rien,... émeutes, pillages,... ne sont jamais des conditions dans lesquelles il peut se développer et assurer sa reproduction toujours plus élargie.

    La disparition du bloc soviétique, sur lequel l’équipe actuelle des gestionnaires cubains s’était alignée dans la confrontation mondiale inter-bourgeoise, a aiguisé les contradictions qui minent ce minuscule bagne salarial perdu dans la mer des Caraïbes. Très vite, les différents gouvernements qui se succèdent régulièrement depuis 1989 ont dû prendre une série de mesure pour faire face à l’arrêt brutal des relations commerciales avec l’ex-bloc soviétique. Les échanges commerciaux des pays de l’Est vers Cuba avaient jusque-là autorisé le gouvernement cubain à octroyer certains avantages sociaux comme la gratuité de la médecine, de l’éducation, des transports,... Cette petite boutique du “socialisme réel” était tenue à bout de bras par l’empire soviétique comme une provocation permanente devant le super-marché rutilant de marchandises de l’oncle Sam. Aujourd’hui, la boutique n’est plus qu’un anachronisme faisant bien pâle figure. Le dépôt de bilan, la faillite guette les gestionnaires actuels.

    Pour éviter tout cela, la bourgeoisie va changer son fusil d’épaule, ranger les vieilles recettes d’exploitation héritées du grand frère soviétique et se mettre au diapason de la dite “économie de marché”. En août 1993, la “dollarisation” de l’économie est annoncée comme un bouleversement, alors que dans la pratique le dollar a remplacé depuis fort longtemps le papier local à l’effigie du “socialisme” insulaire. Dans la foulée, certaines propriétés d’Etat sont transformées en coopératives, des investissements étrangers sont favorisés,... entraînant immanquablement des “dégraissages d’effectifs”, en d’autres mots des remerciements pour bons et loyaux services à la “patrie socialiste” et la mise au chômage. Pour faire face à l’absentéisme important dans les fabriques d’Etat, la privatisation est accélérée. En intéressant directement les salariés aux bénéfices de leur entreprise, les bourgeois espèrent stimuler une production qui s’est, en quelques mois, effondrée malgré les campagnes de mobilisation massive et l’encadrement du travail par des unités militaires permanentes.

    Au premier semestre de 1994, les hausses des prix des transports, de l’essence, de l’électricité, de l’eau, des cantines d’entreprise, etc... achèvent de briser la vitrine du magasin appelé “socialisme cubain”. La situation devient si préoccupante que l’Etat mondial par l’intermédiaire du FMI se penche sur le cercueil du dernier paradis “socialiste”. Un plan “d’ajustement” est ébauché par l’ancien ministre espagnol de l’économie Solchaga qui sans aucune surprise ne voit qu’une seule et unique solution pour sortir de “la crise”: renforcer la discipline au travail et privatiser les entreprises non rentables, c’est-à-dire les trois-quarts. Si cette mesure était réellement appliquée, elle devrait entraîner un véritable séisme social: la mise au chômage massif de plus de 3,5 millions de prolétaires. Ce qui correspond à plus de 30% de la population. Et ce après de longues années de plein emploi artificiel, mais garant de la paix sociale.

    La crainte des conséquences sociales de ce plan sont si sérieuses que l’équipe dirigeante actuelle semble comme tétanisée. Une importante agitation se fait jour au sein même des entreprises. Des “débats houleux” se déroulent entre les dirigeants et les prolétaires. Rien n’est sérieusement décidé sur la thérapie de choc que propose le FMI. Entre temps tous les bourgeois sont au chevet du malade cubain pour éviter qu’une fièvre sociale ne l’emporte. De nombreuses délégations étrangères visitent le pays comme au bon vieux temps des experts soviétiques. Une délégation patronale française donne le diagnostic: “Cuba pourrait être un marché émergent avec un bon potentiel”. Reste à assurer la paix sociale. Malheureusement pour les requins financiers français, l’équipe dirigeante actuelle ne fait pas le poids et se réfugie dans un immobilisme qu’aucune opposition intérieure crédible ne peut briser.

    Sortant de sa torpeur, l’équipe castriste envisage une nouvelle série de mesures qu’elle n’ose pas appliquer immédiatement vu les menaces d’explosion sociale. Peut-être pour la fin de l’année 1994? Rien n’est moins sûr... Entre temps, d’autres réjouissances sont prévues pour les prolétaires du coin: la suppression des subventions alimentaires, la fermeture progressive des entreprises non-rentables, la limitation du versement des allocations de chômage à trois mois,... le tout justifié comme des sacrifices nécessaires au nom de la “patrie socialiste en danger” et de la promesse de “lendemains meilleurs”.

    Mais l’éternelle rengaine ne prend décidément plus. Des milliers de prolétaires tentent de quitter l’île en espérant trouver de quoi survivre aux Etats-Unis. Tous les moyens sont bons pour construire un radeau. Des familles entières se cotisent pour acheter au marché noir, à des prix exorbitants, une ou deux bouées afin d’échapper à l’enfer cubain. Le gouvernement de Castro laisse faire, trop content de se débarrasser de ces prolétaires remuants et d’évacuer, du même coup, vers un concurrent direct, les USA, le trop plein de bouches à nourrir dont il ne sait que faire.

    Mais la réaction prolétarienne ne se limite pas à quitter Cuba. Sur place, plus personne n’est dupé par les promesses démagogiques des bourgeois déguisés en guérilleros. Les prolétaires ne croient plus aux slogans qui recouvrent les murs, ils refusent de se sacrifier plus longtemps sur l’autel de la production nationale.

    Le 5 août 1994, à nouveau des luttes éclatent dans une île où, paraît-il, elles avaient définitivement disparu. De violentes émeutes secouent dans la zone portuaire de La Havane, s’étendant aux quartiers ouvriers environnants. Plusieurs milliers de prolétaires, “des éléments anti-sociaux, des délinquants”, comme les nomment la propagande castriste pour les discréditer, dont certains voulaient fuir en masse la misère du “socialisme” en prenant d’assaut des bateaux, s’affrontent aux flics et s’attaquent à des bâtiments administratifs et à divers établissements. Devant la violence des événements, les flics doivent riposter en faisant usage de leurs armes à feu, faisant plusieurs dizaines de blessés; un flic sera tué.

    Aujourd’hui, encore trop peu d’informations filtrent sur la situation sociale réelle dans l’île. Le black-out entretenu par la bourgeoisie locale est relayé mondialement par tous les masse-médias qui préfèrent nous parler d’événements moins dangereux. Alors que tous les apologistes de cette caricature de “socialisme” trompettent que Cuba est victime d’une “vaste campagne de propagande menée par les impérialistes”, nous ne constatons qu’une chose: la bourgeoisie doit occulter la véritable nature des luttes qui se déroulent dans cette région, comme dans d’autres. Et pourtant, dans un passé proche, le prolétariat a déjà exprimé son ras-le-bol de la misère. Ainsi, en août 1993, dans plusieurs quartiers de La Havane, des “actes de vandalisme” et des “incidents sporadiques” manifestent notre exaspération devant les interminables coupures d’électricité, entre autre. En juillet 93, de très violents incidents éclatent dans le port de Cojimar où les prolétaires s’opposent violemment aux flics qui venaient de tirer sur des candidats à l’exil, faisant au moins 3 morts.

    Toutes ces informations ne seraient que des “rumeurs”, des “ragots” colportés par “la cinquième colonne yankee”. Et pourtant, le très “socialiste” ministre des affaires étrangères cubain doit admettre une “certaine tension en province” et des “incidents provoqués par des civils ayant volé des armes et des uniformes dans la région de Guantanamo”. D’autres “rumeurs” font état de “malaises internes”, de départs pour l’exil de fils de dignitaires, de défections importantes dans les rangs du P”C”C, de limogeages de membres des brigades de choc Blas Roca pour “indiscipline”. Décidément, rien ne va plus dans le casino cubain! L’Etat pourra-t-il encore compter sur ses forces de l’ordre (7) , elles aussi traversées par les contradictions sociales, minées par les désertions et les “trahisons”?

    Le 19 août 94, le président américain Clinton annonce que les prolétaires cubains qui fuient la misère ne se verront plus accorder automatiquement le statut de “réfugié politique”. Ils seront parqués sur la base de Guantanamo (8) où croupissent déjà 15.000 boat-people haïtiens. La veille, ces prolétaires “haïtiens” se sont révoltés contre leurs conditions de survie et ont affronté les militaires américains dans une violente émeute blessant 4 soldats US. Les 20 et 21 août, la révolte continue sur la base de Guantanamo transformée en camp de concentration. Le bilan des affrontements du week-end est de 65 blessés. Finalement un accord intervient entre “l’impérialiste yankee” et le “socialiste Castro” pour mieux contrôler l’afflux d’immigrants: contre la promesse d’investissements américains à Cuba, le gouvernement de l’île s’engage à empêcher par la force tout nouveau départ de prolétaires vers les USA.

    Ces accords entre “frères ennemis” se comprennent d’autant mieux qu’aux USA même, la stabilité sociale est loin d’être garantie. La Floride est devenue une véritable poudrière sociale avec l’afflux toujours plus important de boat-people, non seulement d’Haïti ou de Cuba, mais aussi d’un grand nombre d’îles des Caraïbes ainsi que d’Amérique latine. La bourgeoisie américaine est très peu friande de voir se reproduire chez elle de nouvelles émeutes comme celle de Los Angeles de 1992 ou de celles qui embrasèrent Miami à plusieurs reprises durant les années 1980. Sortant de leurs quartiers de misère, de ces cloaques dans lesquels le “rêve américain” ne peut que les enfermer, des prolétaires de toutes origines, “cubains”, “haïtiens” et autres “latinos”, avaient fait voler en éclats le mythe de Miami, la vitrine dorée de l’Amérique en face de la “misère socialiste”. C’est pour cela que Clinton a rapidement éjecté les militaires duvalliéristes du pouvoir en Haïti et aidé Castro à Cuba à fixer, par la force, les prolétaires dans la zone où ils sont condamnés à valoriser l’être suprême mondial: le Capital. Les USA n’ont rien de plus à offrir aux prolétaires du coin que ce qu’ils trouvent sur place: toujours plus de misère, toujours plus d’exploitation.

    Avec la fin de la polarisation du monde en deux grands blocs, la bourgeoisie triomphante nous avait annoncé la naissance d’une nouvelle aube pour l’Humanité. Le “nouvel ordre économique” tant vanté n’est finalement rien d’autre qu’un gigantesque désordre  où s’affrontent toujours plus violemment les différentes fractions du Capital. L’état catastrophique dans lequel s’enfonce chaque jour le Capital ne peut appeler, à court ou à moyen terme, qu’à une seule et unique réponse de la part du prolétariat: la révolution mondiale!

    Mais, si nous savons que le communisme est un fait inéluctable, déjà advenu, que sa réalisation est inscrite comme dépassement des contradictions du rapport social capitaliste; nous savons aussi que le prolétariat doit s’organiser en classe, en parti. Notre tâche essentielle aujourd’hui est de structurer, de centraliser les noyaux de communistes qui émergent des luttes du prolétariat partout sur cette planète. Nos perspectives de bouleversement total de l’ordre social ne se limitent pas à telle ou telle région du monde, mais se situent clairement dans une attaque internationale et internationaliste. Pour ce faire, nous appelons tous les militants de notre classe à faire circuler les informations des luttes qui éclatent partout sous le soleil noir du monde de la valeur, et à centraliser cette activité pratique!

 - Septembre 1994 -

(1) Pour de plus amples développements sur les luttes de notre classe dans cette zone, nous renvoyons le lecteur à notre texte: “Cisjordanie, Gaza, Jérusalem... en réponse à la lutte des prolétaires, ce que prépare la bourgeoisie (une fois de plus): le massacre!” paru dans notre revue centrale, alors intitulée Le Communiste, n°26 de février 1988.

(2) Cf. aussi dans cette même revue “Palestine: les accords de paix contre le prolétariat”.

(3) Voir à ce sujet les développements que notre groupe a produit en français: “Nous soulignons: classe contre classe en Afrique du Sud” paru dans L.C. n°21 de décembre 1984, ainsi que “Afrique du Sud: lutte de classe contre lutte de race” dans L.C. n°23 de novembre 1985.

(4) Il est à souligner que le P”C” sud-africain qui fait partie intégrante de l’ANC est probablement le plus important d’Afrique, voire du monde. La nécessité pour la bourgeoisie de mettre en avant ses staliniens reconvertis au libéralisme bon teint est révélatrice du besoin de contenir tout mouvement prolétarien dans cette région explosive. En mars 1991, le P”C” déclare que sa “principale responsabilité est de contenir les espoirs des ouvriers”.

(5) Bantoustan est un mot qui cache mal la sordide réalité. Les bantoustans ne sont rien d’autre que des parcs à bétail humains pour des prolétaires corvéables à merci.

(6) Ainsi en Roumanie, les mineurs de la vallée du Jiu furent “choyés” par Ceaucescu dans les années 1970 et 1980.

(7) A Cuba, l’Etat dispose de forces anti-émeutes estimées à 50.000 hommes des troupes spéciales du ministère de l’intérieur, 10.000 hommes des brigades de choc Blas Roca (du nom d’un vieux dirigeant de la “révolution”) et d’environ 1 million de miliciens (les “contingents de travailleurs d’élite”) théoriquement mobilisables en cas de coup dur.

(8) Base militaire US située sur le territoire cubain, au sud de l’île, dont la concession fut “accordée” suite à une opération américaine de maintien de l’ordre menée en... 1898! A noter que la bourgeoisie tire rapidement les leçons des luttes précédentes, puisqu’aujourd’hui elle ne reproduit plus l’erreur de parquer dans des camps disséminés partout aux USA les prolétaires comme elle le fit lors de l’exode massif de 1980. A cette époque, des révoltes éclatèrent entre autre au camp de Fort-Chafee dans l’Arkansas, Etat dont le gouverneur n’était autre qu’un certain... Bill Clinton! C’est bel et bien pour circonscrire de telles révoltes et mieux les gérer, que les prolétaires fuyant le “paradis socialiste” sont expédiés manu-militari à Guantanamo.


CE41.1 En guise d'éditorial:

Plus ça change, plus c'est la même chose!