Ce bref texte tente de schématiser et de synthétiser les caractéristiques générales des luttes d'aujourd'hui en faisant abstraction de tout élément particulier ou exemplatif. Bien que cela ne puisse en aucune manière servir de recette pour chaque moment de la lutte, ce type de schéma nous paraît extrêmement utile pour asseoir les règles internationales d'orientation de l'action des minorités d'avant-garde du prolétariat. 
 
 
 
 

Formes générales et permanentes de la canalisation de la lutte de classe

Le mode général de maintien de l'ordre bourgeois implique la négation permanente et quotidienne de toute organisation du prolétariat en classe pour la destruction du Capital et de l'Etat. Aujourd'hui néanmoins, pour la bourgeoisie, il ne s'agit pas de nier ouvertement les intérêts des ouvriers --comme c'était le cas dans les premiers temps du développement capitaliste-- mais de les encadrer et de les transformer en intérêts normaux de citoyens ou de vendeurs de marchandises --ce qui constitue bien sûr aussi une négation des intérêts du prolétariat, mais de manière voilée--. Ou mieux dit encore, la forme la plus parfaite qu'ait trouvé le Capital (1) pour maintenir son ennemi historique inexistant comme classe, c'est sa désintégration dans le citoyen atomisé et/ou sa dissolution dans différents secteurs économiques corporatistes en tant que vendeurs de marchandises force de travail (2). Les expressions les plus développées de ces deux négations des intérêts antagoniques de classe sont l'électoralisme et le syndicalisme. Et il est clair que cette négation permanente du prolétariat comme classe, vécue dans la vie de tous les jours, sous les traits de la paix sociale, trouve son fondement, tant sur le plan historique que logique, dans le terrorisme général monopolisé par l'Etat. Mais exceptionnellement, dans ce texte, nous passerons sur cet aspect décisif ainsi que sur la citoyennisation et l'électoralisme qui ont déjà fait l'objet d'autres textes (3) et nous nous concentrerons sur le type de canalisation purement ouvriériste des luttes.

Il ne fait aucun doute que le Capital, chaque fois qu'il le peut, "s'occupe" du prolétariat secteur par secteur --en pleine concordance avec sa tactique générale de division du prolétariat--. Dans ce contexte, les syndicats et autres appareils de contrôle et de division des prolétaires parviennent à maintenir la paix sociale par l'encadrement des luttes dans des "grèves" et "manifestations". Non seulement ces "luttes" ne remettent pas la paix sociale en question, mais le parti historique de la contre-révolution (la Social-Démocratie sous toutes ses formes) utilise la grève des bras croisés et les manifestations pacifistes comme forme par excellence de canalisation et d'épuisement des énergies prolétariennes.

Par cette affirmation, nous ne voulons pas nous référer uniquement aux arrêts de travail partiels, avec préavis et temps déterminé, qui ne peuvent qu'enchanter les patrons. Nous voulons également parler ici de ces "grèves" (4) qu'organisent les syndicats avec parfois une certaine radicalité (incluant même jusqu'à des actions violentes et qui, souvent, passent pour être le fait de syndicalistes "combatifs"), mais qui en général, par leur caractère corporatiste, leur localisme, par le fait de s'enfermer dans leur catégorie sociale, dans une revendication particulariste face à tel ou tel patron ou pouvoir municipal ou national... ne rompent fondamentalement pas avec la paix sociale; ceci se traduit en général par des décisions "de l"ensemble des travailleurs" pour ne laisser entrer personne d'extérieur à ce lieu de travail, etc. En d'autres termes, c'est la sécurité pour les syndicats de diriger une "lutte" qui ne soit pas une lutte prolétarienne contre le Capital, mais une simple expression d'un particularisme et, à un niveau plus global, de la concurrence bourgeoise. D'autre part, la force prolétarienne se trouve canalisée dans des revendications qui n'attaquent pas fondamentalement le taux d'exploitation (on se comporte de façon responsable face aux "nécessités de l'économie nationale"), et/ou on érige des barrières entre les ouvriers de tel ou tel secteur et ceux de tel autre. Evidemment, ce sont dans les pays où la concurrence capitaliste se développe sur base des luttes autonomistes, nationalistes, voire racistes, qu'est jouée à fond cette carte qui vise à augmenter la division des prolétaires.

Pour ce qui concerne les manifestations, le principe est le même: bien que telle ou telle expression radicale soit acceptée, les marches pacifistes, bien encadrées, aux revendications pacificatrices et bénéficiant généralement de la complaisance des forces de l'ordre, n'ont d'autre fonction que de singer la protestation, de dévier et gaspiller les énergies ouvrières (5).

Avec le développement du Capital, ce type de pratique s'est consolidée, acquérant ses véritables lettres de citoyenneté dans toutes les organisations capitalistes plus ou moins stables. Si très tôt déjà, dès la naissance du prolétariat, aux côtés des associations ouvrières, surgirent (comme récupération de ces dernières ou comme créations directement bourgeoises) les syndicats et autres appareils de l'Etat (dont la dénomination varie beaucoup selon le pays) chargés de l'encadrement "ouvrier" des luttes pour les transformer en leur contraire (6), avec le temps, toutes les associations massives et permanentes des ouvriers furent récupérées et transformées en appareils de domination étatique. C'est là une manifestation tangible de l'impossibilité d'une coexistence pacifique entre les intérêts du capitalisme et ceux du prolétariat: à l'inverse de ce qu'affirment tous les syndicalistes et les sociaux-démocrates en général (y compris les maoïstes, les trotskistes ou les guévaristes qui soutiennent que les syndicats, tout en ne luttant pas pour les intérêts historiques du socialisme, défendent les intérêts immédiats des prolétaires) même les intérêts immédiats du prolétariat ne peuvent être défendus sans affrontement au Capital et donc à l'Etat.

Tandis que les syndicats cimentaient leur place aux côtés de la police et de l'armée dans leur fonction d'appareil de liquidation de nos luttes, les pratiques mêmes que ces appareils impulsèrent, à savoir, assembléisme, arrêts de travail partiels et "grèves" contrôlées, manifestations pacifistes,..., se consolidèrent partout comme pratiques indispensables au maintien de l'ordre bourgeois.

Quelles ont été les conséquences de ce processus du point de vue des deux classes ennemies? Du point de vue du Capital, -quoi de plus normal?- il s'agit du processus même du Capital dans lequel s'affirme et se démontre sa toute puissance et sa prétention à l'éternité récupérant tout ce qui, hier, lui était opposé, cooptant les "hommes", les appareils, les organisations, les consignes, les formes de lutte pour les mettre à son service.

Et du point de vue du prolétariat?

Si auparavant, lorsqu'ils entendaient le mot "grève", tous les prolétaires du monde se sentaient concernés, si dans n'importe quelle ville, village, usine ou quartier, les prolétaires se réunissaient entre eux parce que la vie elle-même était vie collective de classe, si pendant des dizaines d'années donc, la vie des exploités comprenait la discussion quotidienne des conditions d'existence, de lutte, si partout et quelle qu'ait été l'hétérogénéité de la conscience de classe, on discutait des maux de cette société, de la nécessité de détruire le capitalisme, d'affronter l'Etat, de construire une société sans exploités ni exploiteurs,... il est indéniable qu'au cours de ces dernières décades, tout cela à disparu. Le prolétariat lui-même semble ne plus exister au niveau mondial (7). Dans la vie de tous les jours, seuls semblent exister les individus, les riches, les pauvres, les ministres, les chômeurs, les délinquants, les nationalistes, les terroristes, les citoyens, les paysans, les intellectuels, les féministes, les étudiants, les électeurs, les écologistes,... Les intellectuels au service de la classe dominante et/ou de la vieille idéologie stupide de la petite bourgeoisie, qui parlent de disparition du prolétariat, ne disent pas seulement des mensonges qui ravissent de plaisir la bourgeoisie mondiale, ils expriment également un aspect partiel d'une réalité que nous subissons aussi, nous, prolétaires.

Les prolétaires eux-mêmes ne se sentent pas prolétaires. L'inconscience est telle qu'ils ne savent même pas qu'ils appartiennent à la même classe. Celui-ci se sent bien supérieur au prolétaire parce qu'il porte la cravate et travaille à la banque, celui-là se croit paysan et pauvre, et cet autre, chômeur; un tel croit que sa mission dans la vie est de lutter pour le féminisme, d'autres s'intègrent à divers niveaux dans les luttes capitalistes racistes (y compris les anti-racistes), nationalistes, anti-impérialistes,... Et pour finir, ils ne se réunissent même pas, ils ne discutent pas sur la vie, sur le monde en tant que prolétaires. Dans les cafés, on parle uniquement de football... et la majorité des prolétaires ne va même plus dans les cafés. Le prolétaire est presque totalement liquidé comme être humain, et le peu d'heures que l'esclavage du travail lui laisse, il reste encore simple spectateur. La combinaison télévision et vidéo a complété l'oeuvre historique de l'Etat, en portant à un niveau supérieur encore la liquidation du prolétariat, sa dilution individualiste et familiale. Après 8 heures enfermé au travail et 8 heures passées à se reposer pour pouvoir retourner travailler, le prolétaire est aujourd'hui également prisonnier dans les 8 heures restantes.

Le Capital fait tout ce qu'il peut pour atteindre l'apogée idéale de ce processus, pour parvenir à une société où il n'y aurait plus d'ennemi historique menaçant, où seuls vivraient des producteurs-bons-citoyens et, si possible, des humanoïdes, idiots-utiles pour reproduire la société sans se poser aucune question. Tous les secteurs d'activité et de recherche travaillent à la réalisation de ce but idéaliste. A l'usine et au bureau, on remplace les hommes par des automatismes et ceux-ci par des machines. L'informatique et la robotique tendent idéalement à un monde dans lequel toute vie humaine aurait été remplacée par un appareillage artificiel. La biologie, la génétique, les recherches sur l'insémination visent le même objectif: la création d'un "homme" qui n'en soit pas un, un "homme" qui ait été programmé pour cette société, c'est-à-dire pour le Capital. Tant que cet humanoïde ne sera pas sorti du laboratoire, tant qu'on ne pourra produire de corps "humain" créant de la valeur sans jamais protester (8), un corps de la génétique duquel on aura extirpé toute capacité de révolte, on essayera de s'en approcher le plus possible grâce à ces instruments d'imbécilisation collective que sont la vidéo, la télévision, les jeux informatiques, les élections, les drogues,... Et pour tous ceux qui refuseraient, il y a toujours les hôpitaux psychiatriques, les prisons, les asiles d'aliénés, les tranquillisants, les guerres, les virus, les accidents nucléaires, etc... Et comme si cette déshumanisation de l'être humain n'était pas suffisante, on nous promet pour très bientôt des jeux à images virtuelles dans lesquelles on pourra "réellement jouir" (9) avec un "partenaire virtuel", "voyager autour du monde" sans sortir de chez soi, "lutter face à face avec quelqu'un se trouvant sur un autre continent",... toujours sans sortir de ses quatre murs.

Il est certain que les succès de nos ennemis sont considérables. La soumission est profonde, la confusion générale, l'imbécilisation collective, et ce plus que jamais dans le passé. Et néanmoins, le prolétariat n'est pas mort.

Il est aussi certain qu'il ne se manifeste pas comme avant, quotidiennement, avec des centaines d'associations permanentes, avec des réseaux de solidarité, avec des groupes internationaux et internationalistes, avec une presse ouvrière reliant les prolétaires de tous les continents,... Mais lorsqu'il s'exprime, il le fait de façon directement violente et généralisée.

En effet, comme les grèves organisées par les syndicats ne sont plus crédibles, comme le système politique national et ses jeux électoraux n'ont plus l'attrait d'antan, du temps où l'on croyait encore qu'un parti parlementaire ou un gouvernement pourrait changer la situation, comme les manifestations pacifistes et autres promenades pour telle ou telle revendication partielle ont perdu leur charme,... comme les vielles médiations étatiques perdent leurs capacités de soupape de sécurité,... le prolétariat, que d'aucun considèrent comme mort et enterré, lorsqu'il réapparaît, resurgit d'autant plus explosivement: sans accepter de médiation, sans qu'on puisse l'arrêter avec des petites grèves, des manifestations pacifistes ou des promesses d'élections.

Plus l'inexistence de structures d'encadrement du prolétariat s'affirmait clairement, plus on considérait comme acquis que le prolétariat avait disparu pour toujours, et plus grande encore fut la surprise lorsque les révoltes généralisées se développèrent dans une, plusieurs ou toutes les villes d'un ou plusieurs pays. Pour ne mentionner que les révoltes les plus importantes, citons: le Vénézuela, la Birmanie, l'Algérie, le Maroc, la Roumanie, l'Argentine, Los Angeles,...

Il est clair que ces exemples diffèrent grandement quant à la profondeur et la durée de la remise en question de l'ordre bourgeois, comme nous avons déjà eu l'occasion de l'analyser dans nos publications; mais ne perdons pas de vue que ce texte ne traite pas de l'analyse de ces différences, ni de la comparaison des situations mais bien au contraire, de la description de leurs traits communs.

Ainsi par exemple, si dans notre énumération nous ne citons pas le cas de l'Irak, ce n'est pas parce que nous ne pourrions y souligner les aspects de force qu'on peut observer dans la majorité des révoltes prolétariennes actuelles mais au contraire, parce qu'au cours de ces dix dernières années, ce pays a connu une réelle continuité quant à l'associationnisme prolétarien, l'action de groupes communistes et la présence de drapeaux prolétariens. Cette continuité exceptionnelle et à contre-courant de la période engendre le fait que la situation de la lutte classe dans ce pays déborde largement du schéma général que nous tentons de dresser dans cet article. Sans pour autant être capables de prévoir jusqu'à quel point la situation en Irak peut déterminer un dépassement généralisé et mondial de la lutte de classe, ce que nous pouvons affirmer, c'est que ce dépassement a besoin de certaines conditions élémentaires pour se produire, dont la principale est la réceptivité du prolétariat mondial à ce qui se déroule dans les endroits de monde où les batailles de classe fondamentales se développent. Par rapport à cela, nous constatons une faiblesse énorme du prolétariat, qui se traduit dans les difficultés, énormes elles-aussi, que le prolétariat de ce pays éprouve pour faire connaître sa lutte, pour pousser d'autres secteurs du prolétariat mondial à agir en fonction de cette situation, et qui se concrétisent encore plus particulièrement dans l'immense difficulté pour nous, prolétaires internationalistes, de centraliser l'action directe internationale dans ce sens (10).
 
 
 
 

Le type de révoltes prolétariennes caractérisées par la période actuelle: la force prolétarienne

Hier, le prolétariat montrait quotidiennement son existence et son antagonisme à l'ordre social. Aujourd'hui, exception faite des minuscules organisations prolétariennes révolutionnaires qui existent en permanence (tel notre groupe), et dont l'existence même, comme produit historique du prolétariat et de sa pratique historique, affirme à contre-courant la détermination prolétarienne, le prolétariat ne montre son existence, ne dément sa fameuse disparition historique que par ces explosions sociales qui caractérisèrent la décennie '80 et le début des années 90 (11). Nous allons maintenant essayer de souligner les traits que nous considérons essentiels dans ces révoltes.

Ces explosions se caractérisent par l'action violente et décidée du prolétariat qui occupe la rue et s'affronte violemment à tous les appareils de l'Etat. La rue est noire de monde en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la généralisation s'opère en un clin d'oeil. Le fait d'occuper directement la rue tend à produire une rupture violente avec toutes les catégories par lesquelles le Capital divise les prolétaires: le cadre restreint de l'usine, de la mine ou du bureau vole en éclat. Chômeurs, femmes que le Capital condamne au travail domestique, vieux, enfants,... s'unifient dans l'action directe.

Ces révoltes éclatent généralement sans objectif précis et explicites et proposent rarement quoique ce soit de positif. Le point de départ s'exprime le plus souvent par un "Nous n'en supporterons pas plus!" général, dans lequel se mêlent des aspects économiques, politiques et sociaux. "Nous ne supportons plus la répression, les contrôles policiers", "Non, cette augmentation de prix est de trop", "Contre l'omnipotence policière et le parti gouvernemental", "Nous voulons manger", "Nous ne pouvons vivre en continuant à nous serrer la ceinture", "Nous refusons l'augmentation du prix de tel ou tel article de première nécessité",... sont, dans les grandes lignes, les éléments rassembleurs de l'action unifiée du prolétariat. Ceci n'est pas un trait particulier de la période. Dans toute l'histoire de notre classe, les révoltes massives et violentes concentrent ces négations collectives de telle ou telle action du Capital et de l'Etat. Ce qui caractérise peut-être l'actualité, c'est le fait qu'il n'y ait pas de progression quantitative visible avant l'explosion, que le "ras-le-bol" du prolétariat ne soit pas précédé d'un ensemble de grandes luttes partielles. Tout au contraire, la période actuelle se caractérise précisément par cette réaffirmation de l'existence du prolétariat si fugace qu'en dehors de ces moments, le prolétariat semble disposer à tout accepter, et que le Capital lui-même est surpris du peu de résistance que suscitent ses mesures d'austérité criminelles (12).

Du fait même de l'absence de réactions quotidiennes aux différentes attaques du capitalisme, ce dernier va de plus en plus loin et met effectivement le prolétariat dans une situation désespérée. Jamais le prolétariat mondial n'a été aussi maltraité, aussi soumis à une situation intenable, aussi coincé dans une voie sans issue,... jamais il n'a été acculé à de telles extrémités. Voilà une autre caractéristique importante des luttes d'aujourd'hui et s'il s'agit de véritables explosions de colère, c'est parce qu'effectivement le prolétariat est placé dans une situation désespérante, insupportable, intolérable...

L'économie a toujours sacrifié l'être humain, comme Marx le signalait déjà à son époque. Mais jamais par le passé, la renonciation totale à tout ce dont l'être humain a besoin n'avait été avouée, déclarée, appliquée avec autant d'insolence, avec autant d'arrogance et de culot, au nom de la rentabilité des entreprises et de la compétitivité nationale. Jamais dans l'histoire, il n'y a eu aussi peu de protestation quotidienne contre cette raison d'Etat. Jamais une manifestation aussi claire et ouverte de l'inhumanité qui dirige cette société n'avait engendré aussi peu d'indignation. Et c'est cette même logique qui conduit actuellement à des situations explosives: le prolétariat supporte bien plus que tout ce qu'il est possible de supporter, bien plus que tout ce qu'on aurait pu imaginer jusqu'ici, et il arrive nécessairement un moment donné où, quels que soient les mensonges et les fables qu'on nous conte pour nous bercer et nous berner, on ne peut objectivement en supporter plus... L'explosion est dès lors inévitable.

Le fait même que la lutte adopte la forme d'une déflagration imparable détermine un élément de force important: l'effet de surprise. Celui-ci paralyse l'ennemi qui n'a pas la moindre idée sur comment répondre (13). Le vieil arsenal social-démocrate réformiste n'a aucun effet face à l'action décidée et violente du prolétariat. Le syndicalisme, lui aussi, se voit totalement incapable de répondre et d'encadrer la généralisation de la violence prolétarienne. Les différentes structures régionales ou les divisions par quartiers, les assistants sociaux et de manière générale, les différents agents étatiques de médiation sociale, se retrouvent complètement débordés. L'absence de revendications concrètes rend plus ardue encore leur tâche réformiste et liquidatrice du mouvement. S'ils se placent devant le prolétariat, celui-ci leur passe -littéralement- par dessus. Cette absence de revendication positive et la participation du prolétariat sans division catégorielle sont précisément les éléments de force du mouvement: l'opposition à tout ce qui vient du pouvoir, la négation de tout ce qui existe (ce que critique précisément la "gauche" bourgeoise vis-à-vis de ces mouvements), marquent en fait la nécessité de la révolution communiste.

Les protagonistes eux-mêmes bénéficient de l'effet de surprise. La non-communication généralisée qui domine normalement en temps de paix sociale, l'individualisme suprême qui règne dans la vie quotidienne, le "chacun fait ce qui lui plaît chez lui", volent en éclats dans l'action directe dans la rue (même si cela n'est vrai qu'au sein d'une minorité d'avant-garde et si cela n'arrive que dans les moments de lutte ouverte). Tous ceux qui participent à ces mouvements découvrent une solidarité inconnue jusqu'alors et s'étonnent de l'absence d'égoïsme qui règne sur les barricades, de l'extraordinaire organicité avec laquelle se structure l'action. Plus encore, ils découvrent dans ce voisin qu'ils ne saluaient jamais, dans ce collègue de travail qu'ils considéraient comme un imbécile, dans cet ami qui ne causait que de foot,... un camarade qui lutte côte à côte avec lui.

Chaque fois, les commissariats, les locaux des partis gouvernants, des syndicats et autres appareils étatiques (intendances, locaux administratifs officiels, tribunaux,...) sont attaqués, incendiés. L'action directe est appliquée contre les représentants officiels du régime et on règle les comptes des collaborateurs plus ou moins couverts; dans certains cas, les prisons sont attaquées et les prisonniers libérés. Indépendamment de la conscience plus ou moins diffuse des protagonistes, cela constitue non seulement une démonstration brutale de la reconstitution, de l'existence de notre classe mais aussi de l'antagonisme général entre le prolétariat et l'Etat bourgeois dans son ensemble.

Autre élément de force indiscutable de ces révoltes prolétariennes: l'expropriation, plus ou moins organisée par des groupes d'avant-garde, de la propriété bourgeoise. Balayant les préjugés ancestraux, défiant le terrorisme de l'Etat (14), les prolétaires prennent ce dont ils ont besoin et tentent ainsi de détruire toutes les médiations auxquelles le Capital les condamne: monnaie, salaire, travail, etc... C'est la première fois que beaucoup mangent réellement ce qu'ils désirent et une grande partie de ceux qui participent à la révolte s'offrent enfin ce dont ils ont toujours rêvé, sans pouvoir se le payer: une télévision, un chauffage, un édredon en plumes, un costume de soie,... Pour une fois, c'est la fête, on boit sans restriction (et des boissons moins trafiquées que d'habitude puisque leur prix prohibitif interdisent généralement leur consommation) on mange en laissant de côté les privations de tous les jours, on danse, on chante, on fait la fête...

Et en même temps que cette affirmation élémentaire des intérêts prolétariens contre la propriété bourgeoise se déroule, fugace affirmation de la vie humaine annonçant la possibilité et la nécessité de la Dictature du prolétariat contre cette société de privations, de guerre et de mort, les premiers problèmes organisatifs sont soulevés. Sur les barricades, dans les quartiers où la police n'ose pénétrer, des groupes d'action s'organisent: on distribue les responsabilités, on planifie les actions les plus risquées, celles qui requièrent le plus de force organisée (15) et on discute les critères; critères pour l'action, critère de partage, d'usage de la violence, sélection des commerces à attaquer, des formes d'auto-défense à adopter,...

Dans toutes ces protestations, ces luttes, ces pillages,.. s'exprime donc une tendance réelle à assumer de manière embryonnaire la guerre civile à laquelle nous pousse le Capital. Bien souvent, des soldats et/ou des policiers envoyés pour rétablir l'ordre morbide du Capital refusent de tirer et rejoignent même parfois les prolétaires en lutte.
 
 
 
 

La contre-offensive bourgeoise: le baton, la carotte et la désinformation

Bien entendu, tout n'est pas rose et les corps armés du Capital, spécialement entraînés et formés pour ce genre de circonstances, n'hésitent pas un seul instant à réprimer dans le sang.

Une fois passée la surprise produite par l'extension violente du mouvement, la bourgeoisie prépare sa contre-offensive dont la clé est toujours la même: séparer la majorité des prolétaires de leur avant-garde.

Cette division joue sur les limites propres au mouvement, sur la division réelle qui s'opère au sein du prolétariat, entre ceux qui s'impliquent activement dans la lutte et ceux qui s'y opposent. La puissance de l'idéologie bourgeoise est si forte que, même en ces moments intenses et aigus, seule une minorité va participer à l'action directe. Des secteurs prolétariens, dominés plus fortement par les syndicats ou les partis politiques bourgeois, non seulement refusent de participer mais en plus s'opposent à ces pratiques et sont prêts à accepter la version officielle des événements (ou celle de l'opposition parlementaire qui coïncide toujours avec cette dernière lorsqu'il s'agit d'affronter le prolétariat en lutte).

Basé sur ce principe, tous les appareils de fabrication de l'opinion publique jouent alors leur rôle décisif dans l'institutionnalisation du mensonge: on ne diffuse que ce qui convient à la police (16). On disqualifie les actes les plus décidés, on parle de provocateurs, d'agents extérieurs, de terroristes, de subversion internationale,... Si de plus, la bourgeoise locale peut compter sur telle ou telle division locale, raciale, nationale, idéologique ou autre,... tous les moyens de diffusion profitent de l'aubaine car ils savent que c'est le moment de les utiliser: "ce sont des étrangers qui sèment le désordre", "ce sont des noirs contre des coréens", les fauteurs de troubles sont "ceux des favelas", "les kurdes", "il s'agit là d'un soulèvement intégriste", etc... S'exprime ainsi de concert une série de tentatives de négation du prolétariat. Il va sans dire que ce type d'attaques contre notre classe est répercuté, amplifié, multiplié,... par tous les moyens de communication internationaux. Le point crucial va résider dans le fait d'occulter à tout prix, d'empêcher que quiconque n'aperçoive dans ces révoltes des causes générales ou universelles. Les prolétaires du monde entier ne doivent jamais se rendre compte que d'autres prolétaires ailleurs se révoltent en tant que prolétaires; pour les médias, supposés nous informer, il n'y a jamais de révoltes prolétariennes mais des révoltes "intégristes", "palestiniennes", "anti-dictatoriales", des révoltes "d'immigrés", "d'affamés", "d'arabes", des révoltes "typiques du tiers-monde",...

La contre-offensive se structure en organisant pratiquement la séparation entre "les bons et honnêtes citoyens" et les "provocateurs", entre les nationaux et les étrangers, entre les bons travailleurs et les fainéants, entre les employés honnêtes et les marginaux, réservant aux uns la carotte, aux autres le bâton.

Arrive ensuite le moment des concessions: on sacrifie tel ministre ou tel maire, on annonce des mesures contre la pauvreté ou des mesures caritatives, on annule les augmentations de prix, qui ont déclenché l'explosion de rage prolétarienne, on ravitaille les magasins subsidiés,... Et dans le même temps, on réprime violemment et de la manière la plus sélective possible. En effet, tous les manuels de contre-insurrection insistent sur la sélectivité de la répression, sur le fait que pour "éviter la sympathie de la population envers les subversifs, la répression doit être sélective et ne pas réprimer de façon indiscriminée". Le travail intense des appareils d'Etat officiels, exerçant dans la rue la répression active des secteurs les plus ouvertement combatifs, reste insuffisant et c'est pourquoi il est nécessaire que, bien avant l'éclatement des troubles, des appareils soi-disant officieux (groupes para-militaires, spécialistes du crime moitié syndicalistes, moitié maffieux, escadrons de la mort,...) se préparent.

La désinformation est totale: jamais on ne raconte ce qui se passe réellement dans la rue, mais on mélange, on amalgame des scènes ou des photos de "barbarie", des réappropriations prolétariennes, des incendies, des images de la répression, avec les discours de politiciens "avertis" qui nous expliquent les "causes des troubles" et nous tranquillisent au nom de l'Etat, de l'ordre et de la sécurité. Et comme touche de véracité empoisonnée, il ne manque jamais la cerise sur le gâteau qui rendra spectaculairement véridique tous ces mensonges: zoom avant sur ce pauvre diable dont le magasin, qui parvenait tout juste à faire vivre sa famille, a été exproprié et incendié (17). Ensuite, progressivement et habilement, ce qui se passe dans la rue est délaissé et nous sommes de plus en plus bombardés de discours politiques lénifiants annonçant le retour au calme, la révision de telle mesure, la démission de Mr Untel, de nouvelles élections. Ces discours expriment, avec la plus profonde commisération, qu'il est évident, compris et entendu que la situation de misère est insupportable mais ne justifie pas pour autant telle ou telle action, et que d'ailleurs, le mouvement est manipulé par des agitateurs professionnels, etc... En ces moments délicats du rapport de force réel entre les classes qui se joue dans la rue, tous les agents de l'Etat collaborent à la recherche de solutions politiques: des journalistes aux syndicalistes en passant par les curés, les sociologues, la police, les écolos, les partis de gauche et de droite.
 
 
 
 

Les faiblesses réelles de notre classe

En résumé, il est incontestable que les bourgeois se payent une sacrée frousse lors de ces explosions. Ils reculent indiscutablement. Nous réussissons même parfois à leur inspirer une terreur telle qu'ils n'en ont jamais connue! Quant à nous, c'est l'occasion au cours de ces quelques journées de lutte de réaliser une partie de nos besoins immédiats. Dans des quartiers, et parfois même dans des villes entières, pour la première fois de notre vie, c'est vraiment la fête!

Mais ne nous leurrons pas, cela ne dure pas. En quelques jours le Capital impose l'ordre terroriste. Bien des fois, si pas malheureusement dans la majorité des cas, le massacre est énorme, le coût en vie humaine, en blessés, est très élevé. On fiche et on emprisonne nos meilleurs camarades. La terreur que l'Etat réussit à nous imposer est effroyable. Prenons l'exemple du Vénézuela, de l'Algérie ou de Los Angeles,... proportionnellement à cette victoire éphémère qui consiste à occuper momentanément la rue, dans tous ces cas, c'est la défaite profonde qui s'ensuit et qui s'impose, et dont on sait qu'il faudra des années pour la remettre en question.

C'est pourquoi il est criminel de se fermer les yeux face à cette réalité et de faire l'apologie de ce type de révoltes en les présentant comme "la forme enfin trouvée de la lutte révolutionnaire" (18). Et si nous ne pouvons empêcher que différents immédiatistes et autres modernistes de salon fassent l'apologie à bon marché de ce type de mouvements, notre tâche, la tâche des révolutionnaires, est de faire la critique militante de ces actions menées par notre classe.

Il est grave, dramatique, que l'on tue nos camarades sans que nous ne puissions réagir. Il est douloureusement triste de voir cette force dont nous avons fait preuve pendant quelques jours voler en éclats en un clin d'oeil, et de constater que du jour au lendemain, nous nous retrouvons aussi seuls qu'auparavant (19). La solidarité pratique que nous avons vécu pendant ces quelques journées disparaît aussi vite qu'elle est née. Il est désolant de nous voir incapables d'arracher nos camarades des prisons. Il est vraiment pénible de constater que le "démerde toi comme tu peux", que la débrouille individuelle revient à la surface dès que nous quittons la rue, et que l'individualisme, l'égoïsme, l'impuissant citoyen reprennent leur place centrale sur la scène historique. Pire encore, l'histoire même de ce que nous avons vécu est niée par les versions dominantes et les oublis de notre propre mémoire soumise aux fabulations de ces dernières.

Ce sont les conséquences du manque tragique d'association permanente du prolétariat qui caractérise le monde aujourd'hui: pas de noyau permanent, ni de centre de réunion; pas de presse classiste et massive, ni d'organisation internationale de révolutionnaires capable de regrouper l'avant-garde de cette réelle communauté de lutte qui se manifeste sporadiquement. On comprendra dès lors l'importance qu'a aujourd'hui plus que jamais le travail militant permanent, l'action directement communiste internationaliste à contre-courant, centrée sur un programme révolutionnaire d'action, d'organisation, de perspective comme celui que développe notre petit groupe militant (le GCI), malgré nos très faibles forces.

L'absence de ces formes générales d'organisation se concrétise, dans les moments décisifs de l'action, par le manque de structures organisatives, par le manque de consignes claires, de perspectives et de direction. Si l'instinct de classe suffit pour reconnaître les lieux à exproprier, les ennemis auxquels s'affronter (en général la police et autres corps de répression ouverte),... dès que l'on passe à une phase plus décisive de la lutte et que la bourgeoisie présente des facettes plus subtiles, dès que les secteurs de l'opposition bourgeoise s'efforcent de transformer le contenu classiste en contenu particulier,... la lutte contre le capitalisme est transformée en une lutte politique particulière: contre la dictature, contre tel gouvernement, tel ministre, contre telle mesure impopulaire, ou pire encore: pour la démocratie, pour l'autonomie régionale ou pour l'Islam,...

Mais tout ceci est également produit par le fait que, même à l'apogée de la lutte, les mensonges et affabulations dont la bourgeoisie nous abreuve en permanence, ont continué à pénétrer profondément notre classe. Le nationalisme, les mobilisations islamiques, les luttes contre telle ou telle dictature,... ne sont malheureusement pas que des discours bourgeois; ils en sont également la matérialisation puissante en une force qui désorganise notre lutte, puisque des dizaines et des centaines de prolétaires sont entraînés et mobilisés pour ces idéologies. Le populisme, le renouveau des sectes et des religions, le racisme et le pseudo anti-racisme comme mouvements politiques se sont énormément développées et leur poids désorganisateur écrase le prolétariat mondial, non seulement durant ces interminables années de paix sociale, mais aussi lors des grandes batailles. Ainsi, lorsque la lutte s'étend, la bourgeoisie parvient à la dévier de ses objectifs. Pire encore, elle arrive, dans la plupart des cas, à mobiliser une partie du prolétariat contre une autre, ce qui constitue un pas décisif dans la transformation de la guerre sociale en guerre impérialiste au sein d'un même pays (20).

Sans atteindre les proportions de la situation en Yougoslavie, où les luttes prolétariennes ont cédé la place à une lutte fratricide pour la défense d'intérêts bourgeois (ce qui, au delà des mérites de telle ou telle fraction locale ou internationale, est une victoire indéniable pour le Capital mondial comme totalité), où le prolétariat est nié en tant que classe, l'Etat cherche (et trouve trop souvent) le moyen de faire s'affronter différents secteurs du prolétariat. Ce fut le cas en Argentine entre les habitants des quartiers qui avaient participé aux "saqueos" (pillages), ce fut le cas aussi aux Etats-Unis, où nombreuses furent les tentatives pour transformer la révolte prolétarienne de Los Angeles en une lutte inter-raciale.

Pour synthétiser, nous pouvons affirmer aujourd'hui que notre histoire n'a jamais connu un tel déphasage entre la force de l'action et l'absence de conscience prolétarienne de cette action, entre la pratique classiste contre le Capital et l'Etat et l'ignorance généralisée des déterminations de cette pratique et de ses objectifs, entre l'homogénéité des conditions de vie et de lutte du prolétariat et la totale et internationale inconscience d'appartenir à la même classe et de lutter pour les mêmes buts. Jamais le décalage entre la remise en question pratique et fulgurante de la propriété privée et la méconnaissance sociale du projet communiste n'a été aussi profond. Ce sont, précisément, l'absence de structures permanentes d'organisations prolétariennes massives et l'absence correspondante de soupapes de sécurité qui rendent ces contradictions plus violentes que par le passé. Ces caractéristiques résument le cadre des luttes d'aujourd'hui tant sur le plan de la force que sur celui des faiblesses. Ces faiblesses se traduisent par la capacité du Capital à transformer nos luttes en conflits inter-bourgeois et, en dernière instance, en un conflit qui s'oppose au projet inconscient des luttes prolétariennes (la révolution communiste), par l'affirmation du projet propre au Capital: guerre impérialiste (c'est-à-dire rénovation de la société bourgeoise par un nouveau cycle de guerre, reconstruction,... expansion,...).
 
 
 
 

Nécessité et possibilité de combattre nos faiblesses

Le Capital ne peut offrir que plus de misère, plus de chômage, plus de sans-abris, plus de guerres, plus d'atrocités quotidiennes... Envers et contre tous, la paix sociale, composante essentielle de ce monde criminel, ne cessera d'être rompue par ces vagues de luttes prolétariennes. Quelques soient les pirouettes et autres manoeuvres du Capital et de ses agents étatiques, ils ne pourront empêcher la multiplication quantitative et qualitative de ces révoltes que les organismes internationaux, les services de contre-insurrection et de répression, les spécialistes en futurologie prévoient et se préparent à combattre. Syndicalistes, politiciens, curés, assistants sociaux pronostiquent de nouveaux affrontements et font tout ce qu'ils peuvent pour les empêcher d'éclater, mais ils savent pertinemment bien que demain leur rôle sera d'y mettre fin. Il est normal que l'ennemi se prépare.

Et de notre côté, que faisons-nous pour nous préparer? Sans aucun doute, pas grand chose!!!

Cette triste réalité ne peut malheureusement pas changer par les seules volonté et conscience révolutionnaire de tel ou tel groupuscule, alors que le reste de la classe n'est pas réceptif et se contente du monde de misère auquel le système le soumet. L'organisation minoritaire d'une poignée de communistes, quelle que soit l'importance de sa fonction, ne peut suppléer à cette gigantesque absence de préparation collective. La désorganisation que vit notre classe, l'absence de structures permanentes de diffusion des positions, de discussion, d'échange, de coordination, d'organisation ne peuvent être remplacées par une infime activité groupusculaire.

C'est pourquoi, à court et moyen termes, ce type de révoltes continuera d'exister avec toutes ses forces et surtout, malheureusement, avec toutes ses faiblesses. Nous ne pourrons éviter que les prochaines explosions prolétariennes ne se soldent par un coût trop élevé pour notre classe. L'inorganisation, la dispersion provoquée dans nos rangs par l'ennemi dès qu'il réorganise la répression massive et commence à nous tirer dessus, le fait que le prolétariat ne puisse même pas compter sur des groupes d'action capables de répondre au terrorisme d'Etat par l'élémentaire terrorisme sélectif de notre classe, l'absence de structure de solidarité internationale élémentaire, la quasi inexistence de structures prolétariennes capables de diffuser ce qui se passe dans d'autres régions du monde et, globalement, la désorganisation du prolétariat comme classe, permettront encore de multiples fois et en de nombreux endroits à la bourgeoisie de se venger de nos révoltes en arrêtant, brutalisant, assassinant, torturant, en faisant disparaître et en enterrant dans les geôles du régime des éléments d'avant-garde du prolétariat.

Pire encore, la bourgeoisie pourra continuer à occulter le caractère de classe des prochaines révoltes. On continuera d'écrire que ces révoltes obéissent à des causes particulières et la majorité des prolétaires restera indifférente, persuadée qu'il s'agit là de révoltes "islamiques" ou dirigées "contre la dictature", la "corruption". Comme par le passé, cette fausse interprétation fera partie de la vérité (comme l'a dit un philosophe il y a très longtemps: "le faux est un moment du vrai") et le Capital fera tout son possible pour que cela se transforme en vérité unique, pour que la lutte de classe devienne une lutte inter-bourgeoise, inter-impérialiste.

Mais la situation que nous venons de décrire ne s'éternisera pas, d'une part, du fait de l'homogénéisation toujours plus générale du capitalisme qui entravera toute tentative de cacher l'uniformité des conditions de lutte du prolétariat et, d'autre part, du fait de l'inévitable prise de conscience que provoquera la multiplication de ce type de révoltes et de défaites successives.

La crise homogénéise les conditions générales de développement du Capital. Non seulement, les problèmes capitalistes sont toujours les mêmes, non seulement, il y a inévitablement toujours plus de famines, de misère, de chômage,... mais en plus, la politique économique des gouvernements du monde entier est chaque jour plus semblable. De plus, la marge de manoeuvre se rétrécit et les discours ne varient guère: tous acceptent ce qu'ils désignent par le "réalisme", le "pragmatisme" et qui n'est autre que la reconnaissance ouverte et inévitable de leur soumission aux diktats de l'économie. La nouveauté ne réside pas dans cette soumission en tant que telle, il en a toujours été ainsi, mais dans l'aveu généralisé et indéniable de cette soumission. Si les discours de droite et de gauche, du nord et du sud, des impérialistes et des supposés "anti-impérialistes", des nationalistes et des islamistes se ressemblent toujours plus, ce n'est pas parce que ces fractions deviendraient plus capitalistes qu'auparavant, ni parce que le type de gestion capitaliste surnommée "communisme" aurait disparu, mais plutôt parce qu'en pleine période d'expansion, le Capital peut se permettre différentes formes de gestion, alors qu'en période de crise, le Capital mondial ne développe qu'une seule directive dictatoriale: se serrer la ceinture. Tandis qu'à certaines époques, sur base d'une augmentation soutenue du salaire réel, le Capital est capable de gérer de façon populaire la force de travail, tout en dissimulant l'augmentation permanente du taux d'exploitation (ce qui donne lieu à différentes politiques économiques plus ou moins étatistes, plus ou moins populistes, plus ou moins protectionnistes,...), en période de crise, et surtout dans les moments de crise profonde et généralisée telle que nous la vivons actuellement, la loi de la Valeur s'impose violemment et oblige toutes les fractions bourgeoises à une lutte généralisée contre leur propre prolétariat et contre leurs concurrents (21), pour maintenir le processus de valorisation. La croissance "normale" du taux d'exploitation ne donnant pas suffisamment de résultats, la lutte contre le prolétariat nécessite (dans presque tous les cas) l'imposition d'une diminution du salaire réel.

L'application inévitable et universelle de la même politique économique contre la même classe sociale, la répétition jusqu'à épuisement du même type de discours aux quatre coins du globe pour justifier cette politique ("les sacrifices sont inévitables", "nous devons produire plus et de manière plus rentable", "défendons la compétitivité de notre pays",...), tend, à la longue, à unifier les réactions de l'ennemi... et à unifier l'ennemi lui-même, malgré tous les efforts idéologiques déployés pour éviter cette unification. Cette dernière est, dans un premier temps, le résultat plus ou moins automatique, préconscient, de la réaction inévitablement unifiée dans le temps et l'espace. Sa répétition et la coïncidence temporelle en différents endroits du globe de ce type de révoltes compliquera inévitablement le rôle des idéologues et des journalistes, consistant à occulter les causes communes des révoltes, ce qui ouvre nécessairement les possibilités d'un processus de prise de conscience effective pour la constitution d'une seule classe contre un seul ennemi.

D'autre part, l'inévitable intensification quantitative et qualitative de ces révoltes, la répétition des défaites ouvrira les yeux, les oreilles, l'esprit,... du prolétariat qui fera sa propre expérience, entendra celle de ses voisins, recherchera celle d'autres régions, d'autres époques. Au début, ceux qui entameront ce processus seront sans doute peu nombreux, mais, d'une manière ou d'une autre, chacun d'entre nous, comme militants, nous sommes produit de ce type d'ouverture forcée, de ce type de réflexion post-action, du dépassement indispensable des barrières contre lesquelles s'est brisée la lutte précédente, du bilan d'une vague de lutte qui n'aboutit pas où nous le désirions. Les révolutionnaires, ceux qui mènent effectivement la classe de l'avant, ceux qui, à chaque moment concret du mouvement, représentent les intérêts de l'ensemble, les intérêts internationalistes et historiques du communisme,... les révolutionnaires donc, ne se forment pas dans les livres, ils sont le produit complexe d'expériences concrètes, de tentatives de généralisation de ces expériences, d'efforts militants d'abstraction, de mise à l'épreuve des conclusions embryonnaires auxquelles ils arrivent au feu de celles tirées en d'autres temps et d'autres circonstances. C'est dans ce contexte que livres et écrits militants acquièrent toute leur signification de transmission des expériences, de récupération de la mémoire historique de la classe, de bilan d'une défaite pour organiser la perspective de la victoire, de développement et d'affirmation du programme communiste. Le processus est long, difficile et douloureux... mais il n'y en a pas d'autre!

Contrairement à la vision social-démocrate et léniniste d'un parti d'intellectuels bourgeois, qui sait tout et l'enseigne à la masse amorphe et ignorante, la réalité sociale est très différente. Le prolétariat engendre des fractions, des groupes capables de synthétiser l'expérience historique qu'il a accumulée, et c'est là la seule manière de rompre avec l'immédiatisme, d'éviter qu'en chaque lieu et à chaque époque les mêmes erreurs ne se répètent.

Mais ces groupes révolutionnaires, aujourd'hui plus isolés que jamais, ne pourront assumer pleinement leur tâche de direction révolutionnaire que lorsque les luttes futures pousseront des secteurs de plus en plus larges du prolétariat à rompre avec les idéologies qui les emprisonnent, lorsque des minorités commenceront à se distinguer plus nettement, lorsque seront remises au premier plan leurs préoccupations, celles de toujours des communistes: la révolution, la lutte contre le capitalisme sous toutes ses formes.

Alors seulement, nos ennemis, planant du haut de ce nuage idyllique et soporifique, où le communisme est enterré pour toujours, où règne la certitude que le prolétariat n'existe plus, où ils peuvent dormir tranquille éternellement puisque jamais plus personne ne criera VIVE LA REVOLUTION SOCIALE, nos ennemis donc vont soudain éprouver la peur du siècle: livides et terrorisés, par le réveil terrifiant du prolétariat, le rêve merveilleux et imbécile auquel ils avaient cru, au nom de la société qu'ils représentent et qui les subsume, chavirera brutalement et les jettera à terre. Plus dure sera la chute!

Aujourd'hui plus qu'hier, revendiquons le communisme en nous affrontant à l'ensemble de la bourgeoisie dans ses multiples variantes démocratiques, qu'elles soient social-démocrates, nationalistes, staliniens, maoïstes, fascistes ou autres, en mettant en avant le contenu original du communisme: la négation de tout l'être capitaliste!

Contre l'Economie, la Politique et la Religion, contre l'Art, la Science et le Progrès, contre la Famille, le Travail et toutes les Patries, contre le Salariat crions plus fort que jamais:
 
 

VIVE LE COMMUNISME !

VIVE LA RÉVOLUTION SOCIALE MONDIALE !

VIVE L'ORGANISATION COMMUNISTE INTERNATIONALE DU PROLÉTARIAT !

 



 
 

NOTES :

1. Comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, la démocratie n'est évidement pas une simple forme de domination; elle correspond à l'essence même du Capital, au mode de fonctionnement normal de la société mercantile généralisée: sur le marché les classes sociales n'existent pas, il n'y a que des acheteurs libres et égaux!

2. Pour la clarté de l'exposé, ce que nous sommes obligés de présenter comme des moments séparés ne sont bien sûr que deux volets d'un même processus dans lequel se réalise cette négation du prolétariat en classe.

3. Comme par exemple "1984,..'85,...'87,..'89 pire que prévu. La citoyennisation de la vie", dans Le Communiste No.27 et "Contre le terrorisme d'Etat, de tous les Etats existants" dans Le Communiste No.26.

4. Si nous mettons "grève" entre guillemets, c'est parce que pour nous, une véritable grève est une bataille entre les prolétaires et le Capital, et tant son contenu que sa forme tendent à exprimer cette réalité de mille manières (absence de revendications précises et catégorielles, tendance à la généralisation, durée indéterminée, sabotage de la production, affrontement contre les jaunes, apparition de groupes minoritaires "incontrôlés",...). Ici, tout au contraire, nous faisons référence à une action syndicale (c'est-à-dire à l'action d'un appareil de l'Etat capitaliste) ayant pour but de canaliser (et ainsi liquider) l'énergie prolétarienne.

5. Dans certains cas, la division du travail des appareils de l'Etat bourgeois (par exemple entre syndicats et forces de l'ordre) permet même une certaine dose de violence minoritaire stérile, étant entendu que celle-ci n'attaque en rien l'ordre bourgeois. Ainsi, alors que la majorité de la manifestation est encadrée pacifiquement par d'interminables discours syndicaux, on tolère ou plutôt on promotionne qu'une partie radicale des manifestants se déchiquètent, s'éclatent dans tous les sens face aux forces spéciales de la police prévues à cet effet. La bourgeoisie et sa propriété reste ainsi bien gardée et en profite au passage pour interpeller les prolétaires radicaux et ficher les possibles activistes. Chaque force étatique remplit donc sa fonction, les uns jouant du bâton, les autres faisant diversion (ce qui ne veut évidemment pas dire que les syndicats n'utilisent pas aussi parfois la répression ouverte); et la force prolétarienne, incapable de se diriger vers ses buts propres, d'appliquer la violence minoritaire contre ses véritables ennemis de classe, est dilapidée sans remettre le Capital en question.

6. A l'encontre du mythe décadentiste qui considère que les syndicats répondent aux intérêts prolétariens jusqu'en 1914, nous profitons de cette parenthèse pour rappeler que depuis l'origine, et particulièrement pendant tout le XIXème siècle, existent des syndicats dont l'objectif est identique à celui des syndicats actuels: concilier les classes, trahir les intérêts immédiats des ouvriers,...

En 1890 déjà, l'Eglise catholique préconise la création de syndicats contre la lutte prolétarienne.

Nous renvoyons le lecteur intéressé par ce sujet à l'article "Mouvement communiste et syndicalisme" paru dans les No.4 et 6 de notre revue "Le Communiste".

7. Cette disparition du prolétariat n'est qu'apparente, car en dernière instance, l'existence même de la société bourgeoise a pour fondement et pour source de la reproduction (élargie) le prolétariat lui-même. Mais il est vrai que le prolétariat en tant que classe, force, puissance opposée au Capital est nié. Et cette réalité ne peut être totalement remise en question que dans la pratique. C'est-à-dire qu'il ne sert à rien, dans une période comme celle que nous traversons aujourd'hui, de dire: "Le prolétariat existe". Le prolétariat n'existera pleinement que lorsqu'il se constituera à nouveau en force sociale d'opposition à l'ordre bourgeois existant. Bien entendu, pour compléter cette affirmation, il nous faut ajouter que, matériellement, la possibilité et la nécessité de cette reconstitution du prolétariat en classe et donc en parti est basée sur l'antagonisme permanent de cette société, antagonisme que la bourgeoisie ne peut abolir, pas même aux époques dorées de domination totale. Les centaines de batailles sporadiques et discontinues que nous tentons de schématiser dans ce texte portent déjà en elles le développement de ce mouvement de reconstitution du prolétariat.

8. On nous répliquera avec raison que vu que la valeur est essentiellement du travail humain, un humanoïde ne créera pas de valeur et que pour le capital total, cette limite sera sa propre mort. Néanmoins, ce n'est pas le capital total qui guide ce monde, mais la lutte à mort entre les multiples capitaux particuliers; lutte dans laquelle chacun de ces capitaux obtient une plus-value extraordinaire pour chaque pas en direction de cet humanoïde et est donc intéressé par le développement des forces productives en ce sens. Supposer que le Capital puisse arrêter son propre suicide et/ou celui de l'humanité, c'est lui attribuer des vertus de planification qu'objectivement il n'a pas.

9. Nous ne croyons pas nécessaire d'éclaircir à nos lecteurs pourquoi nous mettons des guillemets à ces "jouissances".

10. Voir à ce propos "Action directe et internationalisme" paru dans Communisme No.38.

11. Ce type d'explosion, qui dans certains cas, ne touche que le quartier d'une ville, dans d'autres, une ville entière et dans d'autres encore, tout un pays et déborde même des frontières ne sont évidemment pas les uniques formes de luttes actuelles mais nous considérons que ce sont là les formes les plus caractéristiques de l'époque contemporaine. Le prolétariat montre aussi son existence et son antagonisme à l'ordre mondial lorsque qu'il refuse l'enrôlement dans l'armée ou lorsqu'il déserte, mais si nous exceptons le cas de l'Irak, ces expressions prolétariennes ne sont malheureusement pas déterminantes aujourd'hui. Nous pouvons également mentionner le cas d'une "grève" syndicale dépassée par les prolétaires qui sortent de l'usine pour généraliser leur lutte; mais vu la rareté et le peu d'importance relative de ce type d'expressions du prolétariat relativement au passé, cela ne mérite pas non plus que nous y prêtions grande attention, tout au moins dans ce schéma général sur les luttes de classes actuelles.

12. Les experts de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International vont jusqu'à se féliciter du peu de résistance que la population oppose aux mesures qu'ils préconisent, et cela devient pour eux un argument de force en vue de convaincre les gouvernements ou les partis politiques de les appliquer.

13. Nous nous référons évidemment à la masse sociale de la bourgeoisie et des appareils d'Etat classiques. Il est clair que l'Etat a depuis longtemps des corps spéciaux (de répression tant directe qu'idéologique) prêts pour ces circonstances: manipulation de l'information, répression sélective, etc... comme nous le présenterons schématiquement dans le chapitre suivant.

14. S'il est clair que ce n'est pas l'Etat qui créa la propriété mais bien l'inverse, puisque l'Etat n'est rien d'autre que la propriété organisée en force pour se reproduire, nous ne devons pas oublier que l'être humain respecte la propriété privée, qu'il va jusqu'à mourir de faim parce qu'il est privé de la propriété de ce qui est le plus essentiel, alors que d'un autre côté on dilapide. Et ceci uniquement par la force exercée sur lui par des siècles et des siècles de terrorisme d'Etat, par l'idéologie du respect de la propriété que ce terrorisme, dans son oeuvre séculaire, est parvenu à imposer et à reproduire.

15. Dans de nombreux cas, passé le premier moment de surprise, des corps de défense de la propriété privée sont organisés et le prolétariat y répond par des formes primaires d'organisation et d'armement.

16. Affirmer uniquement que le journalisme est au service de l'Etat signifierait encore que nous sommes trop condescendants face aux journalistes. En réalité, le journalisme est une des composantes de l'Etat et contribue à dessiner sa politique. Par contre, il serait faux et partial d'envisager que c'est cet appareil d'Etat (ou en général tous les moyens de communication) qui dirige les autres. Cette conception, fort à la mode chez certains modernistes ou ex-militants de gauche, n'est rien d'autre qu'une interprétation idéaliste de la thèse de la "société du spectacle", qui oublie les déterminations fondamentales du Capital. Si le journalisme peut effectivement, dans certaines circonstances, "diriger" la police, le gouvernement, l'armée,... il est lui-même très souvent "dirigé" par la police, le gouvernement ou l'armée et nous ne pouvons oublier qu'en dernière instance, le moteur de cette composante reste la valeur se valorisant et que donc toute structure de l'Etat est soumise à la détermination centrale de ce dernier: reproduire le Capital, reproduire la domination bourgeoise, reproduire l'exploité en tant qu'exploité. La prétention d'un spectacle journalistique dirigeant le monde n'est rien d'autre qu'une soumission spectaculaire au monde du spectacle.

17. Dans toutes ces révoltes, il peut y avoir des expropriations incorrectes, injustes,... des actes individualistes et égoïstes, des petits chefs insupportables et de l'égoïsme, de la même manière qu'il peut aussi y avoir des participants agissant effectivement en tant que provocateurs pour dénigrer le mouvement. Mais, contrairement à la version policière et journalistique, cela ne constitue jamais l'essence de ce type de mouvement. Prétendre que de tels problèmes n'existent pas serait absurde. La transformation de la masse individualiste et égoïste sur laquelle repose le Capital en une classe compacte et révolutionnaire est un processus de longue haleine qui ne fait que (re)commencer avec ces révoltes.

18. Lors de la vague 17-21, cette formule faisait référence aux conseils et aux soviets (structures utiles dans l'organisation des prolétaires) considérés comme la forme qui garantirait éternellement la révolution. Mais aucune forme organisationnelle ne peut garantir le contenu révolutionnaire, et les conseils comme les soviets finirent partout (et clairement en Russie et en Allemagne) par garantir le fonctionnement du Capital. L'apologie a-critique de ces formes (conseillisme) fut l'alliée suprême de l'Etat capitaliste en pleine réorganisation.

19. Il est évident que certains contacts, certaines relations produits du mouvement sont indestructibles, se maintiennent et se développent dans la préparation de nouvelles luttes. Mais compte tenu de la situation mondiale actuelle, on peut affirmer qu'il ne s'agit là que d'exceptions bien trop rares pour caractériser la période.

20. L'exemple suprême de ce type de liquidation de la lutte du prolétariat se situe dans l'Espagne des années '30: le Capital parvient là à transformer la lutte révolutionnaire du prolétariat contre le Capital et l'Etat en une guerre inter-bourgeoise, une guerre impérialiste entre fascisme et anti-fascisme. C'est ce qui constituera en plus, le pas décisif qui manquait au déclenchement de la dite "Seconde Guerre Mondiale".

21. A propos de l'inéluctable exacerbation de la guerre du prolétariat contre la guerre inter-bourgeoise, voir le texte "La catastrophe capitaliste" dans Communisme No.38, avril 1993.


CE39.1 Caractéristiques générales des luttes de l'époque actuelle