Ce 7 mars 1993, l'insurrection prolétarienne qui s'est déroulée au Kurdistan irakien a eu deux ans.

Le 7 mars 1991 fut une des journées culminantes d'un long processus insurrectionnel au cours duquel le prolétariat s'était exprimé contre la guerre et contre toutes les forces bourgeoises de la région: police secrète baasiste, garde républicaine, nationalistes, gouvernements communaux locaux, religieux... Cette lutte indiquait ainsi aux prolétaires du monde entier la seule voie à suivre pour éliminer à jamais les guerres.

Depuis lors, la bourgeoisie internationale a tout fait pour réprimer ce mouvement. Les nationalistes, les démocrates de toutes tendances, les organisations humanitaires, l'ONU et les Baasistes, les pacifistes, les religieux de tous bords,... se sont partagés le travail pour nous réprimer. Tandis que les uns s'attelaient au désarmement et à l'embrigadement de prolétaires dans les milices nationalistes, les autres dénonçaient l'internationalisme et travaillaient à la réorganisation locale de l'Etat en organisant des élections. Un autre volet de l'action visant à notre écrasement fut, sans nul doute, le black out complet opéré par les médias internationaux à propos de la situation sociale en Irak.

Nous avons longuement développé dans nos différentes revues centrales la description de cette insurrection et le compte-rendu de mouvements similaires qui se sont déroulés dans d'autres régions d'Irak. Pour une analyse détaillée, nous renvoyons le lecteur francophone aux numéros 33 ("Guerre ou révolution"), 34 ("Défaitisme révolutionnaire en Irak") et 36 ("Prolétariat contre nationalisme") de la revue Communisme (ex-Le Communiste). On trouvera de toutes dernières informations concernant cette question dans les deux encadrés ci-contre.
 
 
Le processus insurrectionnel en Irak a commencé à se concrétiser entre le 26 et le 28 février 1991, par l'existence à Bassorah et dans une série de villages avoisinants, de milliers de déserteurs armés déambulant dans les rues, ainsi que par la perte du contrôle de la situation de la part des appareils centraux de l'Etat. Le 4 mars, dans cette même ville, un saut de qualité est donné dans ce processus lorsque des colonnes de tanks en retraite du Koweit, tirent contre les symboles du régime. L'insurrection se généralise alors dans cette ville. Le même jour, à Bagdad, dans plusieurs quartiers ouvriers se produisent des affrontements. Ce sont ces quartiers qui seront bombardés par les Alliés au même moment. Le 4, le 5 et le 6 mars, l'insurrection se généralise dans les villes suivantes: Nasivya, Aamara, Najaf, Karbala, Hila, Koot,... L'insurrection à Rania, le 5 mars, marque le point de généralisation de l'insurrection vers les autres régions d'Irak. Le 7 mars, le prolétariat armé détruit un des bastions les plus importants du régime à Soulaymania. Le 8 mars, c'est au tour de la ville de Kadar, le 9 mars l'insurrection se développe à Koya, le 10 à Shatlana. Le 11 mars, c'est à Arbil que le prolétariat se soulève et le lendemain, c'est toute la région qui est aux mains des prolétaires. Le 13 mars, les derniers résistants baasistes tombent à Akra, le 14 à Duwok et le 15 mars à Zakho. Les 16 et 17 mars, à partir de toutes ces villes où le prolétariat triomphe, des colonnes entières de combattants se proposent de libérer la ville de Kirkouk; mais l'aviation des forces baasistes rend cette tâche très difficile. L'insurrection paye ici un tribut de milliers de morts. Malgré cela des grandes batailles sont encore livrées et des casernes entières sont prises par l'insurrection, tel par exemple le commandement de la région militaire pour tout le Kurdistan, près de Soulaymania. Enfin, entre le 19 et le 21, l'insurrection triomphe à Kirkouk, mais cette ville retombera aux mains des baasistes quelques jours plus tard. 
 
 
En totale communauté avec la lutte que notre classe assume dans cette partie du monde, et dans le cadre de la volonté communiste internationale de rompre l'isolement dans lequel nous luttons en Irak, nous avons participé à la publication et à la diffusion d'une affiche internationale à l'occasion de l'anniversaire de cette insurrection.

Cette affiche signée "Des prolétaires Internationalistes" et que nous reproduisons à la fin de ce texte, rappelle que le nationalisme, le patriotisme, le pacifisme, le parlementarisme et aujourd'hui plus spécifiquement encore, l'"humanitarisme" international dirigé entre autre par l'ONU, ne sont rien d'autre que les armes universelles de répression du prolétariat.

L'affiche a été réalisée dans différentes langues (anglais, espagnol, français, kurde, allemand,...) par des camarades du GCI de différents pays, ainsi que par d'autres groupes proches et différents contacts. Elle a été placardée avec la collaboration de différents contacts et groupes de prolétaires sur les murs de villes d'Angleterre, de France, d'Allemagne, d'Espagne, de Belgique, d'Irak,... Au moment où nous clôturons l'édition de cette revue, nous sommes toujours dans l'attende de nouvelles de ce qui aurait pu être réalisé dans d'autres endroits. En marge de cette initiative, une action similaire a été entreprise et réalisée au Québec, mais pour laquelle les camarades ont malheureusement tenu à apparaître sous leur propre nom, plutôt que sous celle de la signature commune internationale. Nous expliquons plus bas l'importance que nous voyons aujourd'hui à nous affirmer comme communauté, plutôt que comme addition de groupes.

Nous voudrions brièvement insister, à l'occasion de cette action, sur la profonde signification que contient la présence et l'action de la coalition des forces bourgeoises internationales aujourd'hui en Irak: malgré leurs intérêts différents, lorsqu'il s'agit de défendre l'ordre bourgeois fortement ébranlé, elles sont capables d'une unité d'action exemplaire. Nous voudrions également souligner que face à cela, face au capital, l'affirmation de notre propre terrain de lutte, l'internationalisme, n'est pas un choix parmi d'autres, ni un adjectif accolé à une action locale, mais une question de vie ou de mort pour notre mouvement.

*

Ce n'est que dans l'affirmation de la lutte prolétarienne et dans l'action internationaliste que peut être compris le monde, sa profonde contradiction sociale et le caractère inéluctable de la destruction du Capital. En dehors de cette lutte, en dehors de l'action directe internationale, parler d'internationalisme n'est qu'une chimère; l'affirmation en paroles du caractère international du prolétariat n'est qu'une phrase vide de sens et de contenu si elle ne se concrétise pas dans l'action commune internationale conséquente, visant à nous organiser en tant qu'unique force mondiale: le Parti communiste mondial.

C'est dans ce cadre que nous insistons fréquemment sur l'être mondial que constitue le prolétariat: nous formons une et une seule classe internationale et notre ennemi est le même partout. Toute la force de la bourgeoisie consiste précisément à nier l'universalité des conditions de lutte du prolétariat.

Mais la négation du caractère mondial du prolétariat n'est pas seulement "théorique", elle se concrétise avec force et se structure matériellement dans la façon dont la bourgeoisie impose elle-même le terrain qui lui convient le mieux pour écraser le prolétariat, c'est-à-dire quand elle parvient non seulement à faire "oublier" au prolétariat qu'il forme une seule classe, mais aussi et surtout quand, ayant élu le terrain d'affrontement qui lui sied le mieux, elle réussit à dicter le cadre de la guerre qu'elle nous livre: la force unifiée internationalement dans son camp contre l'action isolée de notre classe, circonscrite à telle ou telle région.

Pour parvenir à imposer ce terrain, son terrain, pour réussir à isoler les prolétaires pays par pays, la bourgeoisie procède de diverses manières: répression de toute liaison directe entre des prolétaires de pays différents, campagne de falsification visant à minimiser ou salir les luttes pour isoler localement le prolétariat, blocus, terreur blanche,... La politique bourgeoise pour le prolétariat, la politique typiquement social-démocrate, se concrétise plus particulièrement sur cette question par l'encadrement du prolétariat de chaque pays dans le sens d'une transformation de l'action "internationale" de celui-ci en une action de procuration, de médiation, de pétitions, de "solidarité" par chèques et télégrammes. La Social-Démocratie a toujours à disposition "sa" proposition d'"internationalisme" pour empêcher la lutte du prolétariat sur place contre "son propre" Etat.

Expliquons-nous au regard de l'histoire.

La vague de lutte de 1917-1923 a été caractérisée par une généralisation inégalée du développement révolutionnaire: de l'Asie à l'Europe, de l'Amérique Latine aux Indes, le mouvement révolutionnaire a bousculé les frontières nationales et sur cette base retentissait partout l'appel à la nécessaire organisation internationale du prolétariat. L'Internationale Communiste constitua sans nul doute une tentative de réponse à la volonté de la bourgeoisie d'isoler le prolétariat en Russie. Cette réponse partielle se concrétisa entre autres par différents sabotages et actions internationalistes contre les armées envoyées pour mener la guerre aux prolétaires insurgés en Russie. La constitution de l'Internationale Communiste et son Manifeste en 1919 eurent comme écho profond la généralisation du mouvement insurrectionnel international (Allemagne, Hongrie, Bavière, Autriche, Portugal, Brésil,...) où le prolétariat assuma la guerre révolutionnaire contre "son propre état", "sa propre bourgeoisie". Malgré cela, l'Internationale Communiste (en faisant abstraction ici de la responsabilité historique des Bolcheviks et du rapport de force international) ne constitua malheureusement pas une véritable rupture avec la conception social-démocrate de fédération en partis nationaux. Chaque parti communiste national (à quelques exceptions près, le KAPD en Allemagne notamment) resta la plupart du temps déterminé par les contingences des points de vue dictant les luttes qui se déroulaient "nationalement", faiblesse qui ouvrit la possibilité pour la bourgeoisie de freiner puis détruire la révolution. Paquet par paquet, nation par nation, les forces internationales de la bourgeoisie purent imposer la guerre de leurs forces coalisées. La force de la bourgeoisie a ainsi résidé dans sa capacité à imposer le terrain sur lequel elle est historiquement la plus forte: celui d'une lutte menée dans le cadre d'une nation, où le rapport de force s'établit entre la prolétariat local, d'une part, et les forces bourgeoises internationales, de l'autre. Et c'est précisément quand le prolétariat fit preuve d'internationalisme, quand notre classe parvint à structurer une réponse commune et internationale dans la guerre sociale, que la bourgeoisie se sentit la plus faible. Il en fut ainsi des actions par lesquelles le prolétariat international soutint l'insurrection d'Octobre 1917 en Russie, brisant le blocus de l'information bourgeoise, prolongeant le défaitisme révolutionnaire à tous les camps et arrêtant la guerre, assumant différents niveaux d'actions directes ensuite.

D'autre part, il faut bien se rendre compte dans tout se contexte des immenses difficultés qu'a rencontré le prolétariat insurgé au Mexique ou en Russie par exemple, pour communiquer au delà es frontières l'information de ce qui s'y passait.

Si nous illustrons ce que nous venons de décrire et que nous appliquons tout cela à propos des enjeux de la lutte qui se déroule aujourd'hui en Irak, nous voyons que l'intérêt de la bourgeoisie est de se présenter avec l'ensemble de ses forces internationales (nationalistes kurdes, forces de la Coalition, ONU, organisations humanitaires, religieux,...) confrontée à une action de notre classe strictement limitée à cette seule région, à une classe défaite et non homogène.

Toute notre action à nous -en nous affirmant comme prolétariat mondial-, doit précisément viser à rompre le cercle de feu par lequel la bourgeoisie tente d'isoler notre lutte en Irak. Toute notre énergie doit viser à prolonger l'action directe que nous menons dans cette région par l'action directe dans le reste du monde. Nous devons briser l'isolement, briser la possibilité bourgeoise d'isoler une minorité d'entre nous et empêcher qu'on nous réprime dans l'indifférence de nos frères de classe dans le monde.

Nous devons pour cela, et plus que jamais, affirmer notre lutte en Irak comme un moment de la lutte du prolétariat mondial. Nous devons nous revendiquer, nous affirmer comme un seul corps, comme une seule classe, unie dans les conditions de vie qui nous sont internationalement imposées et, plus encore, dans la lutte mondiale que nous menons pour abolir notre condition.

Et malheureusement, même autour de nous, et avec des camarades qui se disent d'accord avec nos positions, nous n'avons pu que constater de gigantesques incompréhensions sur toute cette question.

Ainsi, face à la proposition ponctuelle qu'a représenté le fait de réaliser une affiche en commun, nous nous sommes heurtés à des incompréhensions de tout type.

Il y eut des résistances de type organisatif, des résistances propres à l'époque sectaire que nous traversons, et qui se concrétisèrent par des réticences de tout ordre à signer l'affiche avec notre groupe ou à considérer comme incorrect le fait que nous assumions en tant que groupe, notre propre responsabilité en signant l'affiche.

Il y eut également des doutes par rapport aux informations données par nos camarades. Certains contacts demandèrent des preuves (!?) de ce que nous affirmions, d'autres nièrent purement et simplement le caractère insurrectionnel des explosions prolétariennes qui se sont déroulées en Irak, ou n'acceptèrent l'information... que lorsque la presse bourgeoise la relaya partiellement. Au delà de grandes déclarations de principe, on trouve ici une expression de la soumission à l'Etat: les informations données par les medias bourgeois sont plus vite acceptées que celles transmises, avec les difficultés qu'on imagine, par notre réseau militant.

Il y eut aussi des incompréhensions par rapport à la tâche elle même, vue comme une action isolée. Il est impossible de comprendre le sens de cette initiative internationale sans la resituer dans le cadre d'une action de plus dans notre affirmation de l'action internationaliste, dans l'affirmation de notre communauté de lutte et, plus concrètement, de notre organisation de l'action communiste internationale.

Il y eut encore, des incompréhension par rapport à la tâche elle-même qui fut trop souvent ramenée à une action de "solidarité" "d'ici avec là-bas" (en prenant le point de vue des autres régions que celles du Moyen Orient); ou à l'inverse, en tant qu'appel "d'ici -en Irak- pour que là-bas -ailleurs- on se solidarise avec nous", alors qu'il s'agit en réalité d'une action du prolétariat international "ici" et "là-bas", contre les ennemis d'"ici" et de "là-bas".

Et finalement, comme sous-produit de l'incompréhension antérieure, cette action prolétarienne et communiste fut encore comprise comme une médiation, réduite en une simple campagne publicitaire pour tel ou tel groupe de prolétaires, et non plus en tant qu'une action de contre-attaque face à l'action concertée de la bourgeoisie mondiale visant à isoler une fraction régionale de notre classe pour mieux l'écraser.

*

En tant que Groupe Communiste Internationaliste, nous avons été (et nous sommes toujours) confrontés à la situation suivante.

D'un côté, nos camarades en Irak affirment que leur force est notre force et que ce qui empêche aujourd'hui les forces coalisées de la contre-révolution de transformer la réorganisation locale de l'Etat en offensive ouverte, est précisément le fait de notre force internationale. Plus concrètement encore, ils nous disent que ce qui empêche nos ennemis directs (les nationalistes de toutes tendances au Kurdistan) de passer à l'attaque systématique de nos camarades, est liée à l'action que le GCI et d'autres groupes internationalistes mènent en Europe et sur d'autres continents, parce que cela rend les nationalistes plus vulnérables.

D'un autre côté, et au même moment, en Europe et dans les pays du continent Américain où nous essayons de mener directement ce type d'action, des camarades proches nous répondent qu'ils ne voient pas l'importance de ce type d'action; qu'ils se méfient de l'information que nous donnons; qu'ils seraient d'accord, mais qu'ils veulent signer d'une autre façon; qu'ils sont d'accord avec tel mot d'ordre mais que tel autre leur pose des problèmes; que ce type d'action est de la pure propagande et que dans les circonstances actuelles cela ne sert à rien parce qu'à l'époque actuelle le prolétariat d'"ici" ne s'intéresse pas à ce qui se passe "loin", etc...

Bref, au même moment où nos camarades insistent pour continuer la pression que nous tentons de soutenir face aux nationalistes, nous nous trouvons confrontés à dix mille prétextes sectaires, anti-organisatifs et individualistes qui malgré eux, contribuent à l'objectif de nos ennemis: isoler les secteurs d'avant-garde du prolétariat mondial et réprimer nos camarades.
  

Les élections pour un parlement national kurde ont constitué un moment décisif de l'action de la bourgeoisie mondiale contre notre classe. A ce moment, aucun recours à la provocation et à la falsification de la part de nos ennemis n'a fait défaut. Les médias du Kurdistan et du reste de l'Irak ont tout fait pour développer auprès des prolétaires, la confusion entre les positions communistes internationalistes et les positions nationalistes. Le point culminant de ces campagnes a sans doute été l'annonce, faite par les différentes radios nationalistes -et plusieurs fois par jour- d'un appel à la participation électorale que notre organisation, le Groupe Communiste Internationaliste aurait lancé au Kurdistan, et cela malgré que notre action dans la region ait été menée dès le debut, contre tous le nationalistes, et contre tous les parlaments. Une fois de plus, nous insistons ici sur le fait que les bases mêmes de constitution de notre organisation sont invariablement contre la démocratie et la nation et que toute personne ou groupuscule qui citera notre groupe dans le cadre de n'importe quel processus électoral ou/et de reconstitution nationale, agit directement contre nos bases programmatiques. Dans le meilleur des cas, il s'agit d'une erreur ou d'une falsification de nos positions; dans la plupart des cas, il ne peut s'agir que d'une provocation montée a partir du Ministère de l'Interieur ou de la Défense Nationale. 
 

*

Face à cela, le Groupe Communiste Internationaliste, en cohérence avec les différents appels que nous avons lancé aux groupes internationalistes prolétariens, a déployé une série d'efforts définis comme prioritaires pour structurer et centraliser notre activité dans la région d'Irak avec l'activité que nous développons ailleurs.

Avec nos très faibles moyens, nous avons lutté pour assurer une meilleure centralisation des différentes structures dans la région. Face au manque total de communication auquel nous sommes soumis en Irak (la poste internationale ne fonctionne pas, le téléphone non plus), nous avons réalisé d'importants efforts pour trouver d'autres voies de communication interne internationale.

D'autre part, au développement de la revue centrale en Arabe et à la publication de nos thèses d'orientation programmatique dans cette même langue, nous avons décidé d'ajouter (en tenant compte de l'énorme importance internationale des événements vécus dans la région et de l'intérêt exceptionnel que le prolétariat de cette même région porte à nos positions) la publication d'une nouvelle revue centrale du groupe qui devra paraître prochainement en langue Kurde. Dans la mesure du possible, nous publierons également une revue locale en Kurde, avec la collaboration d'autres groupes de prolétaires, revue qui aura comme titre "Le prolétaire internationaliste".

C'est dans ce même ordre d'idée qu'il faut comprendre l'action engagée par des militants dans divers pays autour de l'impression et du collage de l'affiche reproduite ici, action pour laquelle il ne s'agissait pas de se "solidariser avec" les prolétaires en Irak, mais bien d'agir ensemble pour affirmer la même lutte, les mêmes intérêts, la même communauté, la même force, de façon à ce que la bourgeoisie soit dans l'impossibilité de nous réprimer "paquet par paquet".

Il nous semble important de faire cette différence entre ce que peut signifier d'une part, la fausse solidarité comprise comme une médiation spectaculaire reliant fictivement des ouvriers de différents pays et, d'autre part, la solidarité agissante, résultant de la lutte commune.

Coller une affiche sur les murs peut constituer une manifestation du parlementarisme ou, tout au contraire, faire partie d'une action directe du prolétariat, du communisme, contre le Capital. Tout cela dépend de sa conception et de la manière dont, tant pour le fond que dans la forme, elle fait partie ou non, de l'activité communiste mondiale.

Pour nous, communistes d'Irak, d'Angleterre, d'Espagne, d'Allemagne, de Belgique, de France, d'Amérique du Nord et du Sud, ou d'ailleurs encore, tel que nous l'avons conçu, cet affichage est beaucoup plus qu'un affichage. C'est une manifestation ponctuelle et modeste de la force mondiale que le prolétariat est en train de structurer et qui, dans son effort pour ne pas se présenter disséminée nationalement ou linguistiquement, dans sa tentative -encore très faible- pour apparaître au même moment dans différentes langues et dans différents endroits du globe, oblige l'adversaire social à combattre sur un terrain moins sécurisant que celui qu'il impose habituellement. Rien de mieux, en effet, pour les organisations nationalistes, humanitaires et religieuses que de s'occuper de "chaque prolétariat" (c'est comme ça que la bourgeoisie le comprend!) en fonction de "son" petit drapeau national.

C'est en forçant toujours plus la bourgeoisie à combattre sur les sables mouvants que constituent pour elle l'activité directement internationale du prolétariat que nous empêcherons l'écrasement de notre lutte en Irak et que nous préparerons les luttes de demain.

Il ne s'agit donc pas de lancer des appels platoniques au soutien universel, il s'agit de contre-attaquer politiquement, avec l'aide de tous les secteurs d'avant-garde prolétarienne et des militants de différentes latitudes, la bourgeoisie internationale et sa tentative de liquider, par l'humanisme et le nationalisme, quelques uns de nos meilleurs camarades. Il s'agit par dessus tout, de casser l'isolement et l'oubli qu'on tente d'imposer sur une des plus importantes tentatives d'affirmation de notre classe dans le monde actuellement.

Le défaitisme dominant se combine aujourd'hui avec le programme historique de la social-démocratie, pour nier l'importance d'une telle démarche. La clé de la politique social-démocrate sur cette question précise s'appuie sur la réalité d'un faible niveau de conscience quant à l'existence de notre classe comme classe mondiale pour liquider la possibilité de toute action directe et diviser le prolétariat en arguant des "situations objectivement différentes dans chaque pays" pour justifier l'impossibilité d'assumer une action "ici et maintenant". Il s'agit de réduire le prolétariat au silence en lui imposant l'entremise de la bourgeoisie, en l'obligeant à recourir aux médiations et intermédiaires bourgeois (l'inaction, en réalité) et de lui expliquer que ce qu'il fait "ici" n'a rien de commun avec ce qui se fait "là-bas" et que la seule chose à faire est de passer par les canaux communs offerts par la société pour se "solidariser": "faire une affiche ici sur la situation là-bas", "faire une affiche ici pour les gens d'ici", envoyer une lettre de protestation, une délégation, un peu d'argent,...

L'opposition historique entre parlementarisme et action directe se joue à ce niveau.

Le camp du parlementarisme et de la démocratie vise à médiatiser au maximum son action, à séparer les instances de décision et d'action, à séparer la théorie de la pratique, à conseiller aux prolétaires de chaque pays d'organiser des actions de "solidarité" par procuration...

Le camp de l'action directe et du communisme cherche à assumer violemment l'action directe contre son ennemi, non pas dans le sens ici (pour ce qui concerne l'affiche internationale dont nous parlons) d'une violence immédiate, mais dans le sens de l'affirmation de la lutte sur notre propre terrain: celui de la confrontation directement internationale, celui de l'affirmation -insupportable pour la bourgeoisie- de notre être commun.

Quand des prolétaires d'une dizaine de pays agissent conjointement (malgré toutes les limites actuelles) et qu'ils planifient une action pour la mener ensemble (et si possible en même temps) contre le même ennemi, face à la même indifférence, pour les mêmes intérêts et avec les mêmes objectifs... ils font effectivement violence à la bourgeoisie.

Nous sommes conscients du tragique décalage existant aujourd'hui entre les agressions que subit notre classe un peu partout dans le monde et les difficultés de réaction à ces attaques. En ce sens, nous savons bien que cette action commune ne constitue qu'un minimum au regard de l'immensité des tâches à accomplir. Il est clair qu'il faudra bien plus que cette initiative à contre-courant pour défaire le système de mort qui nous étouffe.

Malgré cela, et dans le cadre de l'absence tragique de structures de centralisation internationale du prolétariat, il nous a semblé important de souligner le fait que quelques camarades originaires de différents horizons et vivant en différents endroits du globe aient pris aujourd'hui l'initiative de se centraliser à contre-courant de l'anti-organisationnalisme et du sectarisme dominant, et aient pu ainsi vivre, en agissant comme un seul corps, un moment de la nécessaire "Union Grandissante" du prolétariat en vue de l'abolition définitive de ce monde de mort.

Aujourd'hui, plus que jamais, c'est bien de cette communauté d'assumation pratique de l'action directe internationale dont nous avons besoin, et dont les liens qui se forgent dans l'activité commune constituent un moment. C'est d'ailleurs à partir de ces mêmes liens, qui contredisent le sectarisme et l'individualisme ambiant, que naîtront demain les germes d'une organisation communiste internationale du prolétariat à même de défaire à tout jamais l'inhumaine barbarie à laquelle nous sommes soumis.
 
 

Vive la révolution sociale mondiale !

Long live to worldwide social revolution !

Es leben die Soziale Weltrevolutie !

Por la revolucion social mundial !

 

CE38.4 Action directe et internationalisme !

A propos d'une affiche internationale