Faut-il vraiment insister sur le fait que derrière les accords de paix au Salvador, se joue en fait la consolidation de l'unité nationale bourgeoise contre le prolétariat? Est-il encore nécessaire de répéter que le processus entamé à partir de ces accords n'est en réalité qu'une réorganisation complète de la société capitaliste sur les mêmes bases que celles contre lesquelles nos camarades prolétaires dans cette région ont combattu, y laissant parfois la vie ou d'irréparables séquelles?

Ces précisions et répétions, nous aurions aimé et espéré qu'elles ne soient pas indispensables, mais la triste réalité contre-révolutionnaire internationale, les discussions dans ce coin-là avec des camarades de lutte de la première heure, nous ont rendu à l'évidence contraire: oui, plus que jamais, il est indispensable de dénoncer ces ravalements de façades, ces pseudo-changements pour ce qu'ils sont en réalité (cf. l'Editorial de cette même revue).

Hier, c'était les Sandinistes qui se transformaient en flics, en administrateurs de l'Etat, renforçant par là la fonction qu'ils avaient assumé sous le règne de Somoza: celle de la destruction de toute autonomie de classe. Aujourd'hui, alors que le Front Farabundo Marti pour la Libération Nationale (FMLN) assure la gestion d'un ensemble de gouvernements municipaux, une grande partie des ex-militants de ce Front, une fois leurs armes remises aux représentants exemplaires du terrorisme Etatique international que sont la police Vénézuélienne ou à la Garde Civile espagnole (!), demandent à intégrer les rangs de la police nationale civile: 20% des candidats à l'Académie de la Sécurité Publique sont constitués d'anciens combattants du FMLN.

C'est également toute la politique de défense de la propriété privée qu'on consolide en essayant de liquider, par ces accords, une des formes de vie que le prolétariat avait imposé durant tant d'années de guerre: la réappropriation violente de tout ce dont il avait besoin. Aujourd'hui, une des principales campagnes du FMLN s'articule autour de la "lutte contre la délinquance". Le Front lance des appels massifs à la délation, à la dénonciation de tout type de "délinquance", autrement dit, il tente ainsi de mobiliser l'ensemble de la population dans la collaboration policière et la défense de la propriété privée des moyens de vie.

Et on assiste, --comme toujours et partout-- au "replâtrage" du sanguinaire Etat démocratique salvadorien. Une nouvelle couche de peinture "démocratique" est ainsi appliquée sur les vieux appareils répressifs, qui se voient recrédébilisés définitivement par la présence des "militants populaires" du Front Farabundo Marti de Libération Nationale. Officiellement, on prétend évidemment avoir dissout les vieux appareils répressifs, et on souligne que la "nouvelle" police (2) a pour objectif la "défense des Droits de l'Homme", même si ce mensonge, tout juste bon "pour l'exportation", est quotidiennement démenti. Au Salvador, personne ne doute de la continuité de ces corps répressifs, pas même le gouvernement actuel qui n'a pu nier que les nouveaux corps répressifs aient été formés en mettant aux postes clés les anciens assassins et tortionnaires (officiellement, quelque 20% de la nouvelle police civile est constituée de membres des corps de répression traditionnels, mais tout le monde sait que leur poids effectif est qualitativement bien supérieur).

Et comme si tout cela ne suffisait pas, les dirigeants de cette formation politique, aujourd'hui décisive dans la reconstitution et l'unification du pouvoir bourgeois, tente à tout prix de conserver quelque crédibilité face aux masses désillusionnées, en se plaignant de ce que le gouvernement ne respecte pas telle ou telle partie de l'accord, par exemple, pour ce qui concerne les remises de terre. Comme si ces accords de paix, patronnés par les gouvernements de toute la région et des différentes puissances impérialistes, avaient un autre objectif que celui du rétablissement du même vieil ordre social pourri d'exploitation, de misère et d'oppression existant dans ce pays!
 



 
 

NOTES :

2. Lorsque des Etats bourgeois par trop décrédibilisés veulent continuer à assurer l'ordre, il est de bon ton de déclarer que la police nationale est dissoute... pour la reconstituer sous un aspect différent, tout en maintenant l'essentiel bien évidemment. On va jusqu'à nous faire croire que la Stasi et le KGB n'existent plus! Et maintenant, en toute logique, on s'efforce de nous faire avaler que la police salvadorienne serait moins "policière" qu'auparavant.

CE38.3.2 Nous soulignons :

Salvador : Derrière les accords de paix