Dans le numéro 8 de Comunismo, notre revue centrale en espagnol, principalement con­sacrée à la lutte menée par le  prolétariat interna­tional con­tre la démocratie dans les diffici­les années '80 du siècle passé, nous avions pré­senté aux lecteurs le journal "EL PRODUC­TOR", publié à Cuba, par des militants révolu­tionnai­res de ces années-là. Ces matériaux corres­pondent aux textes que nous venons de présen­ter jusqu'à maintenant dans ce même numéro de Commu­nisme.

      

Un an après la publication de Comunismo n°8, nous avons eu accès à un livre écrit par le Parti "Com­muniste" Cubain sur le mouvement ouvrier à Cuba. Cette source nous permit d'obtenir de nouvelles informa­tions mais surtout de dénon­cer la méthodolo­gie utilisée par nos ennemis pour falsifier l'histoire de notre classe. Nous avons donc présenté cette dénoncia­tion dans le numéro 11 de Comunis­mo. En ce qui concerne notre revue centrale en français, nous avons jugé bon de réunir tous ces matériaux dans un seul et même numéro.

      

Ceux qui ont lu attentivement le texte de présen­tation d'une part, et les textes de "EL PRODUC­TOR" d'autre part, saisiront l'amplitude de la distorsion et de la fal­sification dont nous parlerons plus loin.

      

Le livre dont il est question ci-dessus a pour auteur nominal un certain Telleria Evelio. Cet ouvrage s'inti­tu­le "Les Congrès ouvriers à Cuba" et pour qu'il soit bien clair qu'il porte le sceau of­ficiel du Parti et de l'Etat Cubain, la préface est signée par la "Direc­tion Politique du FAR (Fuerzas Armadas Revolu­cionarias)"(1). Les auteurs de cette préface (dont certains messieurs de l'actuel gouverne­ment) expriment de façon claire et explicite que ce livre a pour objectif fondamental d'établir une conti­nuité entre les premières organi­sations ouvrières de Cuba et le régime actuel. Il s'agit donc, pour eux, d'instaurer une continuité entre d'un côté, les organisations du prolétariat révolu­tionnaire qui, au siècle passé, ont lutté contre tout le capital ("étranger et national") et son Etat, contre la patrie et la démocratie; et de l'autre, ...l'actuel Etat capitaliste cubain, son gouver­nement, ses syn­dicats, et même ses Forces Armées (FAR)! Et pour conclure, le lecteur peut découvrir une série de photos, qui débute par une reproduction de la première page du numéro que "El Produc­tor" dédia aux martyrs de Chicago et se referme, après différen­tes illustrations des Conseils Ou­vriers, sur un portait de famille réunis­sant un ensemble de syndi­calistes au milieu desquels trône Fidel Castro!

      

Une telle falsification ne se fait pas aisément et pour en arriver à nous présenter les syndicalistes, les flics et les militai­res actuels comme diffé­rents de ceux auxquels s'affron­taient les révolution­naires du siècle passé, monsieur Telleria doit exécuter des acrobaties dignes du meilleur trapéziste. Néanmoins, il est vrai que ce mon­sieur a comme indéniable avantage l'igno­ran­ce du public auquel ce livre sur l'histoire du proléta­riat en général et de Cuba en particulier est destiné.

      

Mais, à nous, qui connaissons quelques aspects de la dite histoire et certains numéros de "El Productor", on ne nous la fait pas! On ne nous fera pas prendre des vessies pour des lanternes, et chaque page du livre (que nous n'avons pas eu la patience de lire à fond!!) révèle la triviale manoeuvre.

      

Regardons comment débutent ces premières lignes, écrites, comme nous l'avons dit, par les chefs politiques des chiens de garde de l'ordre contre-révolutionnaire à Cuba.

   

"Le processus révolution­naire que vit notre PA­TRIE (sic) (en majuscules dans le livre -NDR) se caracté­rise par la relation constante entre ce qui se cons­truit­ de neuf -l'oeuvre robuste d'un peuple (sic) totalement et défini­tive­ment libéré (sic)- et les racines (sic) les plus pures et authentiques de ce peuple, formant ainsi une puis­sante unité histo­rique (sic) dans laquelle les deux fac­teurs se complè­tent mutuelle­ment (sic).  C'est pour cela que 'la tâche juste de creuser et approfon­dir les racines de ce peuple' est urgente..."

                                              -Comman­dant Fidel Castro (sic),   le 10/10/68 à Dema­ja­gua-

      

 

Ainsi, selon monsieur Castro et tous les autres gardiens de l'ordre cubain, cette "profonde unité historique dans laquelle ces deux facteurs -le neuf et l'ancien- se complètent mutuelle­ment" serait basée sur la PATRIE. En réalité, ils opèrent là une immonde manoeuvre concernant le terme "patrie", car le seul point commun qu'ils peuvent trouver entre eux et le prolétariat révolution­naire du siècle passé (et de ce siècle!) à Cuba, c'est l'unique fait d'habiter le même territoire; à part cela, il y eut et il y aura toujours un énorme abîme de classe entre les intérêts, la lutte, les projets de ces deux forces sociales. L'important, pour les flics et les militaires cubains d'au­jourd'hui, comme pour ceux d'hier, c'est la Patrie. Mais, le fait d'ajouter à cette structura­tion du CAPITA­LISME en Etat, l'adjec­tif "socialis­te" ou "révolu­tion­naire", n'y change absolument rien car, le socia­lisme, le vrai, celui de l'abolition du travail salarié, c'est la négation totale et brutale de tout type de pa­tries, de frontières, de nations, de religions, d'Etats, etc...

      

La patrie, défendre la patrie, travailler pour la patrie, mourir pour la patrie, les voilà les discours et slogans de ceux qui préten­dent continuer l'oeuvre des révolutionnaires socialis­tes!  Pourtant, ces patriotes, n'échapperont pas à la sentence finale pronon­cée, il y a un siècle, par le proléta­riat révolu­tionnaire à Cuba, dans son organe "El Productor":

               

"ETRE PATRIOTE, C'EST ETRE ASSASSIN"(2).

      

La méthode de distorsion, de falsification, appli­quée par l'Etat capita­lis­te cubain, par le biais de son agent Monsieur Telleria, correspond dans les grandes lignes à celle que nous avons décrite dans le texte intitulé "Recons­tituer l'histoire du prolétariat révolu­tionnai­re", et que le lecteur a pu lire plus haut dans cette même revue. On y fait l'éloge des révolutionnai­res, mais on subor­donne totalement leurs perspectives politi­ques à celles de telle ou telle fraction de la bour­geoisie. Par la suite, toute preuve de l'antago­nisme opposant les organisa­tions classis­tes et révolutionnai­res aux sinistres individus actuels, avec lesquels on prétend constr­uire une conti­nuité program­matique, est occultée ou est "inévitablement qualifiée d'anar­chisme, considéré égale­ment comme synonyme de phase infan­tile du mouve­ment proléta­rien". On en arrive ainsi à affirmer que le proléta­riat, en mûris­sant et en abandonnant sa phase infantile, "comprend l'impor­tance de la question nationale, popu­laire et anti-impérialis­te" et on atteint enfin le sommet du niveau maximal de l'évolution "révolutionnaire": celui où le prolétariat devient ...cas­triste!!!

      

Continuons brièvement à parcourir la partie du livre de Telleria destinée à "El Produc­tor", ainsi qu'aux Congrès ou­vriers de 1887 et 1892 et aux affirmations explicites contre les principaux militants claire­ment révolution­naires.

 

"El Productor" y est ainsi présenté:

      

"Durant ces années naquirent aussi différents journaux ou­vri­ers, mais El Productor représentait le prototype de la presse ou­vrière révolutionnaire, insoumise, rebelle, contestataire et incorruptible".

 

Et après une courte référence aux militants du journal "El Productor", Telleria con­tinue:

      

"Si on tient compte des circonstances de temps et de lieu,... on comprendra mieux les idées et les actes posés à cette époque, et l'on ne pourra méconnaî­tre que les idées (sic) fonda­mentales qui s'affron­taient alors étaient politi­ques (sic): l'inté­grisme (sic), ou l'autonomisme (sic) et le sépara­tisme (sic)".

      

C'est une grossière, immense et gigantesque falsification. Le mouve­ment ouvrier s'était unifié sur base des inté­rêts de classe de ces mili­tants, quelles que soient leurs origi­nes, qui étaient ouver­tement contre les diverses fractions du Capital, ne faisant entre elles aucune distinction et appelant à les affron­ter toutes. Dans le livre de Telleria, le mouvement ouvrier y est présenté comme étant en parfait accord avec les alter­natives politi­ques des frac­tions soit pro-indépendantis­tes, soit pro-espagnoles du Capi­tal!! Il en va de même lorsque l'on couvre Marx de louanges, lorsque l'on fait l'éloge  de sa  soi-disant  découverte de la  théorie du proléta­riat, et qu'ensui­te, on nous exhorte à aller travail­ler, bosser, trimer, intensé­ment et avec ferveur, pour être de bons prolétaires. L'éloge adressé aux camarades de "El Produc­tor", au début de l'extrait, équivaut à la caresse flatteuse que l'on fait à un animal pour qu'il se détende, se relâche, pendant qu'on cherche le meilleur en­droit pour lui enfon­cer la lame du couteau. Le sens de ce passage veut dire: "vive nos très chers et courageux camara­des ouvriers, in­soumis et incor­rupti­bles,... qui cen­traient toutes leurs préoc­cupations sur la politi­que d'autonomie de la patrie".

      

La description des Congrès de 1887 et de 1892, donnée par ce livre, réside en un obscur exposé de faits où les préoccupa­tions proléta­riennes de lutte contre le Capital, d'associations, d'union inter­nationale, ne sont que très vaguement mentionnées et uniquement dans la mesure où elles ne peuvent être oc­cultées (puisque jusque dans leurs titres et leurs appels, chaque congrès fait explicitement et exclusivement référence à l'as­sociation­nisme inter­natio­na­liste de la classe). L'objec­tif central consiste à démontrer que les prolétaires les plus avancés étaient patriotes et que l'intérêt des ou­vriers était cubain!

      

"C'étaient des thèmes très radicaux pour cette époque (sic) et pour un lieu aussi arriéré (sic) que le Cuba d'alors: la journée de 8 heures, le droit à la grève, la nécessité de créer une organi­sation proléta­rienne centralisée et unitaire, l'éga­lité raciale ou l'abandon de la discrimination ethnique et rien de moins (sic) que la reconnaissance du droit (sic) qu'a­vait notre île colonisée de lutter pour son éman­cipa­tion" (sic).

      

L'affrontement entre le prolétariat révolutionnaire et le capita­lisme est travesti en une lutte entre nationa­listes et colo­nialis­tes­ et entre congressistes nationalistes et autorités coloniales:

      

"En 1892 eut lieu le Congrès Régional Ouvrier de l'Ile de Cuba,... qui réunit plus de mille délégués de diffé­rents secteurs d'activité et de diverses popula­tions (sic) cubaines: ce fut en vérité ce que nous appelons aujourd'hui (sic) un congrès natio­nal" (sic)­(3) (...) "Le fait que les auto­rités coloniales Espa­gno­les (sic)(4) ordonnèrent la suspen­sion de cette réunion, empri­sonnant les plus éminents partici­pants, et instrui­si­rent un procès judiciaire, est une élo­quente démonstration de l'im­por­tance politique et idéolo­gique de cet événement"(5).

      

L'auteur réussit ainsi la pirouette intellectuelle qui consiste à parler de congrès ouvriers, sans pour autant parler des intérêts prolétariens (c'est-à-dire tra­vailler moins et s'appro­prier la plus grande quantité possible du produit social dans la lutte pour la révolu­tion prolétarien­ne). En fait, il ne pouvait le faire qu'au risque de mettre alors en évidence que les intérêts prolétariens sont toujours opposés aux mêmes ennemis et rendre aussi explicite l'iden­tité de tous les gouver­ne­ments qui ont défilé à Cuba (ou ail­leurs!), avant ou après l'indé­pendan­ce, sans ou avec Fidel Castro (qui n'a cessé de prôner l'augmenta­tion de la journée de travail). C'est pour cela qu'il nous fait une lecture "cubaniste" des congrès ouvriers:

      

"Le journal, 'La Discussion', qui fait preuve d'un appréciable cubanisme (nationalisme cubain -NDR) (sic), donne un large compte-rendu du congrès susmen­tionné."

      

      

Et si, parmi les participants, l'auteur découvre un ouvrier nationa­liste, il le porte aux nues et le traite en héros:

      

"Ils signèrent la proposition qu'approuva Maximo Fer­nandez, Enrique Creci (patriote) (Sic) qui tomba des années plus tard, comme glorieux mambi(6) (Sic), Anselmo Alvarez, Sandalio Ro­maella, Gerar­do Quinta­na,...".

      

Vient ensuite une longue liste de noms de patriotes, où ne figurent que ceux qui se sont rendus dignes de cette reconnais­sance et de cette décora­tion post-mor­tem, octroyée par l'actuel gouverne­ment patrio­te!!!.

      

Les positions prolétariennes du mouvement sont, quant à elles, comme d'habitude et suivant la méthode connue de falsifi­cations, définies, à l'encontre même de ce qu'en disaient les protagonis­tes, comme appartenant à l'"anarchisme", que l'on amalgame délibéré­ment à des positions totalement différentes.

      

"(...) Lors de ce Co­n­grès, on posa l'exalta­tion du socia­lisme révolution­naire comme idéolo­gie (sic) du mouve­ment ouvrier (et voici le coup de poignard... -NDR) (Nous devons clari­fier qu'à cette époque, comme le signale "El militante" de mars 1972, page 61, on parlait du "so­cialisme révolution­nai­re" pour parler de l'anar­chisme) (sic)".       

Sans vergogne, on invoque ici, comme autorité morale pour réinterpréter l'"idéologie"(7) révolution­naire du prolétariat, un organe de l'ac­tuel Etat capita­liste cubain. Voici donc prouvé, de source sûre, que toutes les "déviations" étaient imputables à "l'anarchis­me", par­ticulièrement les luttes diri­gées indistinc­te­ment contre la bourgeoisie, qu'elle soit indépendantiste ou pro-espagno­le.       

Avec une telle construction, il est logique qu'abso­lument tout soit réinterprété, même ce que disent les militants révolution­nai­res. Un seul exemple suffira tant il est révélateur. Pour que le lecteur distingue bien la différence entre les paroles de monsieur Telle­ria et les citations du militant révolution­naire de l'épo­que qu'il repro­duit, nous avons souli­gné les mots de ce dernier:       

"Eduardito (Eduardo Gonzalez -NDR) profita de son éblouis­sante et impression­nante éloquence pour défen­dre:                         

-'une orga­nisa­tion qui réponde au mouvement progressif des pri­n­cipes émancipa­teurs du socia­lisme moderne... Cette organisa­tion doit être représen­tée par le drapeau rouge, symbole du socia­lisme révolu­tionnaire'.    

Il ajou­tait:    

-'même si beaucoup de travail­leurs divergent sur les principes, il ne doit pas en être de même dans le domaine écono­mi­que'.    

Et dans son ultra-radi­ca­lisme (sic), il se passionna tant (sic) qu'il mit sur le même plan, l'espagnol (sic) réaction­naire (sic) et le cubain (sic) indépen­dan­tiste (sic), lorsqu'ils ne parta­geaient pas son idéologie acrate (sic). C'est pour cela qu'il affir­mait:    

-'je suis l'enne­mi de l'intégriste et du séparatiste, ma­is je leur serre la main quand il faut faire face au bour­geoi­s'.    

Evidemment, la confusion idéologique (sic) ré­gnan­te susci­tait des nuan­ces entre les acrates (sic)".

ET VOILA COMMENT ON ECRIT L'HISTOI­RE!!!       

En réalité (et en ne prenant que les passages cités par ses ennemis), la clarté et la fermeté des positions de classe d'Eduar­dito contrastent avec la "confusion idéolo­gique" impres­sion­nante de l'agent de l'ordre, Monsieur Telleria.       

Pour nous, comme pour n'importe quel prolétaire révolution­naire dans le monde, le message de ce militant du siècle passé ne cont­ient aucune ambiguïté:       

1. Il revendique le besoin d'une organisation défen­dant les posi­tions du "socialisme révolutionnai­re"(8).       

2. Il affirme la nécessité impérieuse de l'unité totale des travailleurs pour la défense de leurs intérêts ("le domaine écono­mique"), et ce, malgré qu'il y ait des divergences dans le domaine des idées (des "principes").       

3. Sur base de quoi, il déclare son aversion pro­fonde pour les deux alternatives du Capital: intégriste ou séparatiste (même si ce sont des travailleurs qui, contre leurs propres intérêts, se définissent ainsi).       

4. Et en conclusion, il montre que l'unité des travail­leurs (se "serrer la main") se fonde, non dans la lutte pour l'une ou l'autre alternative patriotique, mais contre le bour­geois, c'est-à-dire contre le capitalisme.       

VOICI TOUT UN PROGRAMME REVOLUTION­NAIRE salit par monsieur Telle­ria. Reprenons la phrase de Telleria et voyons commen­t s'y concentre toute la méthode de falsification de notre histoi­re. Nous explique­rons ainsi chacun de nos "sic".    

"Et dans son ultra-radi­ca­lisme (sic), il se passionna tant (sic) qu'il mit sur le même plan l'espagnol (sic) réaction­naire (sic) et le cubain (sic) indépendan­tiste (sic), lorsqu'ils ne parta­geaient pas son idéolo­gie acrate (sic).       

1. Des positions aussi fondamentales pour le proléta­riat que la lutte pour ses propres intérêts et le mépris de toute lutte pour la patrie(9) sont discréditées, salies, comme si elles n'étaient que le fruit d'une passion momentanée, d'un ultra-radicalisme infanti­le!       

2. De plus, "Eduardito" ne parle pas d'Espagnol et de Cubain, mais de deux options politiques, le sépara­tisme et l'inté­gris­me, toutes deux totalement bourgeoi­ses et qu'il rejette. Subti­lement, mon­sieur Telleria associe sépara­tisme et cubain, intégrisme et espa­gnol, et transforme ainsi la condamna­tion globale en une polarisation entre Espa­gnols et Cubains. En réalité, parmi les Espagnols, certains étaient pour l'inté­grisme,  tandis que d'autres défendaient le sépara­tis­me, et côté cubain, de même; d'autre fractions du capital inter­natio­nal pariaient, quant à elles, sur l'une ou l'autre alterna­tive. Par exemple, la grande majorité du capital nord-américain était sépara­tiste et soutenait le nationa­lisme cubain.       

3. Du point de vue ouvrier, cette tentative d'oppo­ser "les Espa­gnols" aux "Cubains" est une gigantesque manoeuvre de falsifica­tion. Et déjà à l'époque, elle était combattue par ces groupes interna­tiona­listes du prolé­tariat, y compris dans les congrès ouvriers qui étaient indistinctement constitués, comme "El Produc­tor", d'ou­vriers d'origine cubaine ou espa­gnole, et qui condam­naient violemment toute tentative du Capital pour intro­duire des différen­ces entre les prolé­taires du fait de leur origine nationa­le.       

4. Que dire alors de l'assimilation absurde faite par l'auteur entre "Espagnol et réactionnaire" d'une part, et "Cubain et indépen­dantiste" de l'autre?(10). En réalité, il y avait aussi bien (et il y a toujours) des Cubains réactionnaires que des Espa­gnols indé­pendantis­tes. Or, il est clair que sépara­tisme et inté­grisme sont fondamentale­ment des positions égale­ment et totale­ment réactionnai­res face au communisme. Ceux qui s'y opposaient se pla­çaient pratiquement du côté du proléta­riat et n'avaient objectivement pas de patrie, indépen­damment de leur lieu de naissance (Cuba ou l'Espa­gne).       

5. L'"idéologie acrate" constitue le sceau final de la condamna­tion de la position du prolétariat révolution­naire de l'épo­que dans sa lutte intransigeante contre l'intégrisme et le sépara­tisme. En réalité, le point de départ d'Eduardo Gonzalez n'est pas une idéolo­gie, mais les intérêts réels du prolétariat dans sa lutte contre l'exploitation. En effet, alors que séparatisme et intégris­me, libération natio­nale du joug de l'Espagne (avec l'aide de la bourgeoisie nord-américaine) et perpétuation du statut colonial,... représentent les intérêts des fractions du capital mondial et ne peuvent passer que pour autant d'idéo­logies aux yeux des ouvriers; la situation réelle, la condition sociale d'ex­ploitation du prolé­ta­riat ne change pas d'un iota, quelle que soit la fraction bourgeoise qui triom­phe. La lutte contre ces alternatives capitalistes part non pas d'idéo­logies ("acrate" ou autres), mais des nécessi­tés de la vie même, des tripes des hommes, des femmes et des enfants qui se rebellent  quoti­dien­nement  contre  l'ex-ploitation du Capital quel que soit le drapeau qu'il utilise pour exécuter au mieux sa mission histo­ri­que.                                                  

*       

Avec cet exemple de falsification historique mons­trueux, nous avons tenté de mettre à nu la méthode utilisée par L'Etat cubain, ses flics et ses militaires, ses censeurs, ses scribes. Il ne s'agit pas là d'une excep­tion, mais d'une règle! C'est ainsi que s'écrit l'histoi­re, c'est ainsi que le prolétariat est trompé sur sa propre histoi­re et c'est ainsi que se construit une idéologie ame­nant les ouvriers à devenir les agents de leur propre exploi­ta­tion ou de leur massa­cre: "Vive les luttes ouvrières, vive l'indé­pen­dance cubaine, vive Fidel Castro".       

Il est tout à fait clair que si nous n'avions pas une solide conception internationaliste basée sur le mar­xisme révolution­naire et si nous ne connaissions rien à la trajectoire du prolétariat à Cuba, il serait facile de nous faire croire cet énorme mensonge: hor­mis l'infan­tilisme anarchiste, les congrès ouvriers et la presse ouvrière dans cette île furent de bons patriotes cubains et de vrais parti­sans de José Marti.       

C'est exactement ce qui arriva dans les années '20 à la Troi­sième Internationale(11). Dans cette organisa­tion, on trouve une concep­tion nationale et démocrati­que de la révolution (reflet de la rupture totalement insuffisante avec la Deuxième Interna­tionale contre-révolutionnai­re) combinée à une impressionnante ignorance de l'histoire du proléta­riat et du commu­nisme en dehors de l'Europe. Résultat, cette organi­sation commença par faire le jeu de la bour­geoi­sie dans le recrutement du prolé­tariat pour la lutte démocra­tique soit-disant anti-impérialiste, pour finir par se placer direc­tement dans le camp de la lutte inter-impérialis­te.       

C'est ici qu'apparaît toute l'importance de reconsti­tuer, contre toutes les falsifications, la véritable his­toire du proléta­riat inter­national et du mouvement commu­nis­te. Cela n'est possible qu'en s'appropriant le maté­rialisme dialectique et le programme théorique du communisme, qui permettent d'établir catégoriquement que la révolu­tion prolétarienne n'est pas l'héritière de la révolu­tion capita­liste, nationaliste, démocra­tique (comme le défendi­rent la Seconde et la Troisième Inter­nationale), mais qu'elle constitue, au contra­ire, de son origine (lutte contre l'exploitation et l'Etat), à son aboutissement (commu­nauté humaine mondia­le), sa violente et brutale négation.

 

       NOTES   :

(1) Le livre fut publié à la Havane par l'Institut Cubain du Livre en 1973 et ce n'est pas par hasard s'il obtint le "Prix d'histoire: Recherche, concours du 26 juillet". Son auteur, selon ce qui est établi dans le livre, possède, entre autres, les "mérites" suivants: "Il est membre des milices et des CDR (comités de défense de la révolution), du syndicat de la presse et du livre, et arbore les distinctions de journaliste "éminent", membre de l'UPEC ("Union de Perio­distas y Escritores Cubanos) et de travailleur modèle de Granma".

 

(2) Tiré de l'article "Antipatriotes, bien sûr!", du 10 août 1890. Cf. pages ??? de ce même numéro.

(3)  Faut-il préciser qu'il n'existe pas la moindre expres­sion de la lutte du proléta­riat contre le capita­lisme, le travail salarié et l'Etat dans ce qui s'ap­pelle aujourd'hui "Congrès national des travailleurs cubains"? Cette structure n'est que la centra­lisation étatique d'un appa­reil qui a pour fonction fondamen­tale l'augmenta­tion des rythmes de travail et l'exten­sion de la semaine de travail (tra­vail "volon­taire"), c'est-à-dire, l'augmenta­tion de la plus-value, de l'exploita­tion ouvrière, fonction nécessai­rement accompagnée du contrôle de la discipline dans le travail et de la lutte contre le sabo­tage de la produc­tion et de l'exploi­ta­tion capita­liste.

(4) Comme si la période la plus sombre du mouvement ouvrier à Cuba, dont on ne connaît pratiquement rien des avancées proléta­riennes à cause de la répression, ne s'était pas précisément déroulée sous le joug républicain et sous la présidence d'indis­cu­ta­bles cubains! Et cela, plus particulièrement encore, de l'indé­pen­dance à 1914,­... et durant les trente dernières années!

 

(5) Pages 34 et 35 du livre cité.

(6)   "Mambi" est le nom que l'on donne généralement pour désigner ceux qui luttaient contre la souverai­neté espagnole.

 

(7) Nous en profitons pour rappe­ler, que de notre point de vue communiste (et en totale opposition aux révisions de l'oeuvre de Marx opérées par Lénine et Staline), l'idéolo­gie est une vision distorsio­nnée de la réalité, une vision falsifiée en fonction des intérêts de classe. Le prolétariat n'a rien à cacher, pas plus qu'il n'a de domina­tion à établir (l'affirmation du prolétariat et de sa dictature est précisément le processus de destruction de toute domination et de toute dictature) et ne peut donc avoir d'idéologie propre; la seule idéologie à laquelle il peut être soumis, est celle de la classe dominante, celle de la bourgeoi­sie.

(8) La revendication du "socialisme révolutionnaire" visait à se distinguer du "socia­lisme" tout court qui, à Cuba comme dans le monde entier, s'identi­fiait chaque fois plus avec Social-Démocra­tie, avec réformisme capitaliste.

 

(9) Et ce mépris pour la patrie n'est en rien indifféren­tiste. Il s'agit bien au contraire d'une active déclaration de guerre à l'encontre de tout défenseur de patrie.

(10) La fausse assimila­tion est double. On trouve première­ment une assimilation entre des options capitalistes (séparatis­te/inté­griste) et des origines, des lieux de naissance cu­bains/espa­gnols); on a ensuite une deuxième assimilation, entre le lieu de nais­sance et la position politique ...qui est réactionnaire ou non, en fonction de l'origine! Une double assimilation à laquelle l'auteur rajoute sa vision réaction­naire du monde et ses juge­ments de valeur implicites: "être indépen­dantiste, c'est être progressis­te, être intégriste, c'est être réactionnaire".

 

(11) Cfr le "Manifeste du parti révolutionnaire de l'Inde", in "Le Communiste" n°10-11 (août 1981).

CE37.4 Comment est falsifiée et distortionnée l'histoire de notre classe.

(Toujours à propos de El productor)