En 1965, les révoltes prolétariennes du sud des Etats-Unis et du nord de l'Amérique Latine annoncèrent une importante vague de luttes de classe, dont l'apogée se situa entre 1967 et 1970.

Aujourd'hui, alors que les Etats-Unis se présentent comme le modèle à exporter (sans doute parce que la catastrophe intérieure des Etats-Unis devient inoccultable!), la révolte prolétarienne de Los Angeles, qui s'est étendue comme une traînée de poudre à des dizaines de villes de l'Amérique du nord (jusqu'au Canada), constitue un appel international au prolétariat mondial pour qu'il lutte contre le Capital et l'Etat.

Les prolétaires qui vivent dans ce pays qu'on nous présente comme un modèle de développement, d'égalité, de liberté, de démocratie, de bien-être..., nous crient que sous le régime capitaliste, toute amélioration des conditions de vie est une chimère, que le développement du Capital, c'est le développement de la misère, que l'égalité mercantile renforce ce monde d'êtres dépossédés de toute propriété, que la seule liberté, c'est celle de crever de faim, que la démocratie est la dictature des exploiteurs et que la société de bien-être qu'ils nous promettent, la société de Disney World, Mac Donald et Coca Cola, est incapable de satisfaire les besoins les plus élémentaires de l'être humain (il n'y a ni air pur, ni eau potable, ni amour entre êtres de la même espèce). Les prolétaires révoltés d'Amérique du nord nous crient qu'ils ne veulent pas de ce monde, ni de ce celui que le Capital veut nous construire pour demain. En attaquant le monde de la propriété privée et de l'Etat, ils nous appellent à suivre leur exemple.

Une révolte des noirs contre les flics racistes de Los Angeles?

Non! Au delà des prétextes immédiats, au delà des tentatives des médias pour circonscrire la révolte à telle ou telle bavure policière, la lutte du prolétariat est, en réalité, une lutte générale contre l'ensemble du système capitaliste, contre la propriété privée et l'Etat. Ce n'est pas tel policier, tel maton qui est raciste, le racisme est l'essence même du système social bourgeois. Jamais il ne pourra être vaincu sur base de l'anti-racisme politique et réformiste. Il ne sera aboli qu'avec la destruction du système capitaliste. Il est symptomatique à cet égard que ni les promesses de sanctions contre les flics, ni la reconnaissance du fait qu'il s'agissait d'une bavure, ni les attitudes de Ponce Pilate des politiciens, ni les condamnations des anti-racistes bourgeois, ni les appels au calme n'ont pu contenir cette extraordinaire expression de la rage prolétarienne. Et, s'il y a une chose à regretter, c'est le nombre extrêmement élevé de morts dans notre camp (1).

Non, il ne s'agit pas d'une lutte de noirs contre des blancs, il s'agit de la lutte du prolétariat mondial et plus particulièrement de ses fractions que constituent les exploités contre lesquels le racisme, le sexisme et l'égoïsme généralisé de toute cette société s'expriment le plus: chômeurs, parias, noirs, métis, enfants, femmes, immigrés, clandestins,... L'hétérogénéité apparente dans la composition du prolétariat d'une part, l'homogénéité réelle de ses intérêts et de ses objectifs de l'autre, expriment très clairement la réalité du prolétariat mondial et confirme (si besoin en est) que notre classe ne peut se constituer qu'en opposition à tout l'ordre établi.

Comme à chaque fois, tout est mis en oeuvre pour que toi, prolétaire, dont la peau a une autre couleur, tu ne te sentes pas concerné par les luttes de tes frères à Los Angeles, Atlanta, New-York, Toronto,...

La bourgeoisie trouve à chaque fois un moyen de camoufler l'origine commune de nos luttes: ici, il s'agit d'excès caractéristiques des Etats-Unis, là, de luttes de libération nationale ou religieuse, etc. Mais que ce soit aux Etats-Unis, en Irak, en Algérie, en France ou au Venezuela, les causes et objectifs de nos luttes sont à chaque fois identiques: le rejet de ce monde et c'est logique, parce que le capitalisme est unique et mondial. L'exploitation, au delà des formes qu'elle revêt, a toujours le même but: l'extorsion de plus-value, l'affirmation du monde inhumain du profit. Face à cela, le prolétariat mondial constitue une seule classe internationale, quelque soit la couleur de sa peau, quelque soit la nationalité dans laquelle le Capital l'enferme, la religion dans laquelle il l'enrôle. Les médias n'ont pas pu occulter la participation massive de jeunes prolétaires blancs, aux côtés des noirs et des chicanos à Los Angeles; on a même admis publiquement que, pour une fois, "les communautés noires et latino-américaines sont apparues unies contre la police et que les bandes rivales elles-mêmes ont fait la paix". Cette unification de prolétaires, dont la peau, l'âge, le sexe, le statut, les idéologies diffèrent,..., cette unification contre le monde de la propriété privée, indique précisément que leurs intérêts, antagoniques au Capital, unifient les prolétaires et que la seule perspective réside dans la constitution du prolétariat en classe révolutionnaire, en une seule force mondiale, en un seul Parti mondial, pour détruire l'ensemble du système social marchand.

Répercutons et prolongeons l'appel internationaliste et révolutionnaire du prolétariat de Los Angeles! (2)
 



 
 

Quelques records

du modèle économique mondial: U.S.A. (3)

 

La paix:

  • En 1989, 36 millions de personnes sont victimes de la délinquance, 19.000 meurent assassinées. 
  • On compte 8,3 assassinats pour 100 habitants (en France, ce taux est de 0,6). 
  • 90% des hommes et 74% des femmes seront un jour attaqués, violés ou volés. 
 

La liberté:

  • On compte plus d'un million de prisonniers, c'est-à-dire deux fois plus qu'il y a 10 ans. 
  • En ce moment, il y a 2.000 condamnés à mort dont 27 n'ont pas atteint l'âge de la majorité. 
  • Tous les jours 10 mineurs d'âge meurent des suite de l'utilisation d'armes à feu. 
 

L'égalité:

(et "vive la patrie")

  • 46% des prisonniers sont noirs. 
  • 23% de la population noire âgée de 20 à 30 ans est incarcérée. 
  • Le taux de mortalité par suite de violence est de 9 pour 100.000 chez les blancs et de 70 pour 100.000 chez les noirs. 
  • Le salaire moyen d'un famille blanche se monte à 33.000 dollars par an, celui d'une famille noire atteint 11.000 dollars pour la même période. 
  • Pendant la guerre du Vietnam, les soldats noirs formaient 14% du contingent américain, durant la guerre du golfe ce chiffre s'élevait à 31% 
  • Les femmes envoyées dans le Golfe formaient 11,4% du contingent américain, 54% d'entre elles étaient noires. 
  • 90% des enfants morts du sida appartiennent à une minorité ethnique. 
  • Pour recevoir un rein, un blanc doit attendre 7,5 mois, un noir attendra 14 mois. 
  • 99% des chaînes de télévision sont contrôlées par des blancs, et seul 1 quotidien sur les 1700 existants appartient à un noir (97% des responsables de la presse écrite sont blancs). 
 

La société du bien-être:

(ou l'"american way of life")

  • 32 millions et demi d'habitants sur les 249 millions que comptent les U.S.A. sont officiellement considérés comme pauvres et 35 millions d'habitants n'ont aucune couverture sociale. 
  • 11% de la population blanche et 30% de la population noire vivent en dessous du niveau officiel de pauvreté (12,6% de ce total est constitué d'enfants). 
  • New-York à elle seule, compte 80.000 sans-abri. 
  • Un habitant noir de New-York a moins de chance de vivre jusqu'à 65 ans qu'un habitant du Bangladesh. 
  • Le taux de mortalité infantile à Washington est plus élevé qu'en Jamaïque ou au Chili. 
 

La culture:

(ou "progrès et développement de l'intelligence")

  • En 1989, 14,5 millions de personnes utilisent de la drogue, dépensant dans ce domaine quelques 100.000 millions de dollars. 
  • En 1990, 1.400.000 personnes sont arrêtées pour trafic de drogue. 
  • On compte 811 postes de télévision pour 1000 habitants et un enfant passe en moyenne 7 heure par jour devant le petit écran. 
  • 12 actes de violence étant télévisés chaque heure, un jeune de 18 ans a assisté à 32.000 meurtres à l'écran. 
  • Pour l'année 1989 (c'est à dire sans tenir compte des extraordinaires inventions récentes), les ventes de jeux de guerre sont estimées à 100 millions de dollars. 
 

Californie:

(ou le paradis des paradis)

  • La Californie, c'est l'Etat le plus riche de l'Union, l'Etat des présidents (Nixon, Reagan), où l'on prend sa retraite (Eisenhower, Ford); la Californie, c'est l'Etat d'Hollywood et de la Silicon Valley, centre névralgique mondial de l'informatique et de la recherche. 
  • Mais, le Californie, c'est aussi l'Etat des ghettos noirs (Watts à Los Angeles) et hispanophones. 
  • 1 californien sur 7 (13,8%) est considéré comme pauvre et sur les 58 comtés qui constituent la Californie, 43 ont une population considérée comme pauvre, qui oscille entre 10 et 20% 
  • Les hispanophones considérés comme pauvres (27%) sont trois fois plus nombreux que les blancs (8,4%). 
  • A Los Angeles, 40.000 personnes dorment dans la rue, dans les cinémas porno (les seuls ouverts la nuit) ou dans des autos parce qu'elles ne peuvent même pas louer une chambre. 
 
C'est à toutes ces personnes que s'est adressé le président Bush: il expliquait récemment que ceux qui, face à toutes les possibilités qu'offre le libéralisme économique, ne parviennent pas encore à réaliser leur bonheur, ne peuvent être que des débiles mentaux. 
 



 
 

NOTES :

1. Ceci est un reflet des difficultés rencontrées par notre classe sur le chemin de la révolution, et du manque de continuité théorico-organisative avec les générations précédentes.

2. Une analyse détaillée et globale des forces et faiblesses de ce type d'explosion prolétarienne sera l'objet d'une analyse ultérieure.

3. Les données qui suivent sont extraites de "L'Autre Journal" de février 1991 et furent également publiées dans Le Monde Diplomatique.
 



CE36.3.2 Nous soulignons :

Los-Angeles : Le prolétariat appelle à la lutte aux Etats-Unis