C'est toujours le prolétariat qui est déterminant dans le déroulement et l'issue de la guerre. Les luttes qui se sont succédées dernièrement en Irak et l'issue de la guerre dans le Golfe arabo-persique, nous l'ont rappelé de façon dramatique (voir notre analyse dans Communisme No.33).

La cohésion, la solidité, la paix sociale au sein du camp bourgeois sont les données essentielles, les conditions primordiales de toute victoire nationale bourgeoise; aucune activité guerrière, quelque soit son ampleur, ne peut être engagée si le commandement politico-militaire n'est pas assuré de la bonne tenue de ses troupes. Et la bonne tenue des arrières est tout autant indispensable aux fauteurs de guerre: c'est de la paix sociale et du patriotisme de ceux qui sont mobilisés sur le front de la production que dépend également en grande partie le moral des troupes au combat: le soutien logistique, l'approvisionnement, le soutien moral... doivent permettre, dans l'intérêt des bourgeois, de "ne pas être trahis dans le dos"!

Nos bourreaux prendront toujours soin, lors de leurs campagnes guerrières (ce qui inclut aussi la préparation de ces campagnes), de tenir en compte une série de facteurs:

Et si des généraux se sont penchés sur ces questions, s'ils ont écrit de savants essais de stratégie militaire, c'est simplement et avant tout pour disserter sur ce "facteur humain", ou, exprimé plus crûment (mais c'est la réalité qui est crue!) pour "connaître les soldats et savoir s'en servir"!!! Voilà où réside la clef de la supériorité d'une armée sur une autre, voilà la raison essentielle de la victoire d'un Hannibal sur les Romains à Cannes, ou de la victoire d'un César lors de la bataille de Pharsale contre son rival Pompée; voilà encore ce qui fit dire à Napoléon que "2 Mamelouks tenaient tête à 3 Français, mais que 1.000 cavaliers français battaient 1.500 Mamelouks".

Plus près de nous (dans le temps), et en rapport évident avec l'analyse que nous avons faite des raisons de la défaite militaire irakienne lors de la guerre du Golfe arabo-persique, nous voulons rappeler ici comment ce furent les luttes prolétariennes des années '70 qui sabotèrent réellement les efforts de guerre nord-américains au Vietnam, et qui déterminèrent le gouvernement US à abandonner les opérations militaires au profit d'un cessez-le-feu et d'un accord négocié avec Saïgon.

Lorsque, au sujet de la victoire des Alliés dans le Golfe arabo-persique, la presse et les responsables politiques soulignent que ce triomphe sonne le glas du "syndrome de Vietnam", c'est exactement à cela qu'ils font référence: l'Unité Nationale retrouvée. Cette Union Sanglante et Sacrée, triomphante et arrogante, espère jeter aux oubliettes des mauvais souvenirs, les dernières séquelles de la guerre de classe qui s'est développée durant la guerre du Vietnam.

Nous allons bien volontiers, rappeler quelques éléments du cauchemar qui secoua les Schwarzkopf et les Bush de l'époque!

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Au Vietnam, à partir de 1969, surgissent les premiers symptômes d'un mécontentement généralisé au sein des troupes terrestres. Pour les soldats qui se trouvent sur le théâtre des affrontements, l'opposition à la guerre devient la seule issue, le seul espoir d'éviter des blessures horribles et/ou la mort. C'est ainsi que les expéditions militaires deviennent de plus en plus des missions où les soldats déploient beaucoup d'ingéniosité pour éviter le contact et l'affrontement avec l'ennemi.

Dans un article de l'époque (juin 1971), publié dans le "Journal des Forces Armées", le colonel Robert D. Heinl dénonce: "Nos forces qui se trouvent actuellement au Vietnam sont en train de s'effondrer: des unités évitent ou tout simplement refusent le combat, alors que leurs officiers et sous-officiers trouvent mystérieusement la mort." Et il cite un journaliste du très respectable New-York Times à qui un appelé avait déclaré: "Les garnisons sur les bases américaines les plus importantes sont pratiquement entièrement désarmées. Les militaires de carrière nous ont enlevé nos armes (...), je peux également signaler que dans notre bataillon plusieurs officiers ont été accidentellement déchiquetés par des grenades perdues." Dans le jargon des soldats américains au Vietnam, de tels accidents qui avaient tendance à se multiplier à l'encontre des officiers particulièrement haïs de leurs subordonnés, sont désignés par le terme "fragging". "Fragmentez" vos officiers, pourrait-on dire en français!

Dans le même article, le Colonel Robert D. Heinl signale encore que la tête des supérieurs militaires est souvent mise à prix; en effet, des récompenses, variant de 50 à 1.000 dollars, récoltées auprès des appelés, sont offertes aux soldats qui réussiraient à liquider les officiers désignés. "Peu de temps après l'attaque meurtrière de Hamburger Hill au milieu de 1969, un journal clandestin des GI au Vietnam, promis ouvertement 10.000 dollars de récompense pour avoir la tête du Lieutenant-colonel Weldon Hunnicutt, l'officier qui avait ordonné et mené l'attaque désastreuse. Par ailleurs, le Pentagone a révélé que le nombre d'attaques en 1970 contre les officiers avait plus que doublé (209) par rapport à l'année précédente (96 en 1969)."

En 1970, l'armée comptabilise 65.643 déserteurs, à peu près l'équivalent de 4 divisions d'infanterie.

En 1972, on recense environ 300 journaux contre la guerre édités par les appelés. Les équipements militaires au sol sont fréquemment sabotés et/ou détruits.

Face à cette situation, au début des années 70, le gouvernement américain commence à réduire les engagements terrestres sur le terrain et à remplacer les batailles au sol par des raids aériens, et ceci principalement parce que les troupes au sol paralysent, par leurs actes de sabotage et de résistance, la force militaire la plus puissante du monde. Ce changement de stratégie implique un engagement plus important des forces navales dans le conflit... et c'est dès lors au sein de ce corps d'armée que la résistance contre la guerre va se répandre comme une traînée de poudre. Rappelons quelques faits significatifs de cette résistance:

Par ailleurs, sur d'autres bâtiments également, des équipements seront régulièrement "perdus" en mer. La situation devient très critique et le Comité de la Chambre des Forces Armées fait le constat suivant: "La US-Navy est soumis à des pressions... qui, si elles ne sont pas contrôlées, détruiront sûrement sa tradition de discipline si remarquable. Les actes récents de sabotage, d'émeute, de désobéissance et de mépris pour toute autorité... constituent les symptômes évidents d'une détérioration dangereuse de la discipline."

Sans entrer dans plus de détails, signalons ici au passage l'impact important que peut avoir sur le moral des troupes, les informations que les soldats reçoivent sur les luttes qui se déroulent aux Etats-Unis mêmes, directement contre la guerre (fortement entachées de pacifisme néanmoins) et, de façon beaucoup plus radicale, à propos des luttes contre la misère et l'exploitation qui secouent des villes comme Watts, Detroit, Lordstown et de nombreuses autres encore (181 villes s'enflammeront en 1968 à l'occasion du meurtre de Luther King!).

C'est en rappelant ces quelques faits significatifs au sujet de la guerre du Vietnam et du défaitisme qui s'y manifesta, que nous pouvons mesurer le gouffre qui nous sépare aujourd'hui, à peine vingt ans plus tard, de cette période de lutte. Mais en insistant sur cet aspect de la guerre, nous voulons mettre en valeur que c'est toujours la menace d'un surgissement prolétarien qui reste déterminante, qui reste la clef de l'issue de la guerre.

Et c'est peut-être avec cette menace en tête, ou avec le souvenir lointain mais bien vivant de ce qui s'est passé au Vietnam, que le commandement militaire américain, lors de la guerre du Golfe arabo-persique, a pris soin de désarmer tous les soldats qui devaient rencontrer ou se trouver dans la proximité immédiate du président Bush, en visite en Arabie Saoudite!

Sans doute Bush craignait-il que l'un de ceux qu'il envoyait à la mort ne se souvienne un peu trop violemment des actions de ses frères de classe, quelques années plus tôt, au Vietnam!
 



 
 

ROMPRE LES RANGS !

La forte cohésion sociale de l'armée américaine pendant la guerre du Golfe, relativement à la guerre du Vietnam comme nous le soulignons ici, ne signifie pourtant pas qu'il n'y eut aucun acte de résistance. 

Même au sein de cette armée de mercenaires, les contradictions sociales qui traversent les classes ont éclaté comme des boutons de fièvre: face à la perspective d'aller se faire trouer la peau pour le bien-être de l'Etat, des milliers de soldats américains ont rompu les rangs, suivant en cela l'exemple de millions de leurs frères défaitistes dans l'histoire déjà longue de la résistance à la guerre. 

Dès les premiers jours de l'opération "Desert shield" en août 1990, la résistance des soldats s'est matérialisée par le refus d'embarquer à bord des avions à destination de l'Arabie Saoudite. Sur certaines bases US en Allemagne, les récalcitrants ont dû être envoyés de force, menottes aux poings; ils croupissent encore à l'heure actuelle dans les geôles militaires. 

Ce refus de se laisser mener docilement à l'abattoir s'exprimera jusque dans le corps des officiers qui aura aussi ses "moutons noirs", tels le Capitaine Higgins, diplômé de la "prestigieuse" école de West Point qui forme l'élite des tueurs en uniforme, ou encore la Capitaine Yolanda Huet-Vaughn condamnée à 30 mois de prison. Tous deux refusèrent de partir au front. 

Malgré le black-out que la bourgeoisie impose sur ces actes de défaitisme, nous pouvons néanmoins affirmer, au vu des maigres informations dont nous disposons, que plusieurs centaines de soldats, au moins, sont passés en cour martiale et ont été condamnés à plusieurs années de prison pour "ne pas avoir participé à des mouvements de troupes", pour "des absences non-autorisées", des refus d'obéir aux ordres, des désertions ou désobéissances. 

La palme revient probablement au sergent Robert Pete, condamné à six ans de prison pour "avoir conspiré à la grève, tenté de déserter, incité à la désertion, organisé une grève ou une manifestation impliquant des membres de l'armée". 

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Les communistes ne peuvent que soutenir de tels actes qui, malgré leur isolement au sein de l'armée américaine, nous démontrent que des minorités défaitistes existent bel et bien au sein de la plus puissante armée au monde, ce qui nous prouve que le prolétariat n'est jamais complètement prêt à se faire massacrer sans broncher dans une boucherie capitaliste. 

Nous sommes et serons toujours et partout solidaires de tous les actes de défaitisme révolutionnaire. 

 



CE36.3.1 Nous soulignons :

Quelques cauchemars plus tôt, au vietnam