Discours bourgeois

Au plus la société se décompose, au plus elle nous fait l'apologie du travail par le biais de ses médias (1). Il n'est, en effet, pas rare de voir les chefs d'Etats, les syndicalistes,..., consacrer une bonne partie de leur baratin au travail. Ils nous expliquent que "le travail est nécessaire", qu'"il faut créer une patrie laborieuse", que "sans le travail, on ne peut pas vivre", qu'"il faut augmenter la productivité", "reconstruire le pays, (ou le rendre plus compétitif...)", etc.

Généralement d'ailleurs, ce sont surtout ceux qui ne travaillent pas qui tiennent ce genre de discours. D'abord, parce que les règles sociales proscrivent en principe, de faire sa propre éloge, ensuite, parce que tenu par le travailleur, ce discours équivaudrait à vouloir créer, perfectionner l'instrument de la torture (le travail est une torture!) que lui impose son propre tortionnaire, et enfin, parce que ce type de discours correspond à la nécessité pour le Capital de maintenir les prolétaires en tant que simples ouvriers (2), subsistant pour travailler, pour cracher de la plus-value, et consacrer le reste de leur "vie" à reconstituer leur force de travail... pour continuer à travailler.

Plus encore que celui qui le dit, le discours autour du "vive le travail" est tenu par le Capital, ce monstre social, véritable et unique sujet de cette société. En effet, le Capital n'est pas seulement de la valeur qui se valorise, un rapport social d'exploitation du travail salarié: en tant que valeur en procès, il a subsumé l'homme et a fait de lui l'exécutant de ses intérêts. Le Capital se transforme ainsi en sujet suprême de la société transformant en même temps ses exécutants en simples marionnettes (3).

Quand le discours est tenu par un patron, un Gorbatchev, un Georges Bush, un président d'entreprise ou un dirigeant syndical, cela correspond entièrement à ses intérêts et le Capital parle, pour ainsi dire, de sa propre bouche.

"Travaillez", "augmentez votre rythme de travail", "le travail rend libre" (4), "vive les héros du travail",... sont des mots d'ordre qui ne constituent ni plus ni moins que l'intérêt réel, intégral de la classe sociale qui vit de l'extorsion de la plus-value et qui s'est organisée en Etat "national", "socialiste", "populaire",... Sa participation à la plus-value est en rapport direct avec son habileté dans la gestion du Capital, ou ce qui revient au même, avec sa capacité de contrôle de la classe ouvrière, car en dernière instance, les meilleurs capitalistes sont ceux qui assurent le mieux la reproduction du travail salarié. Les propriétaires réels des forces productives (la bourgeoisie), décident économiquement de leur utilisation, et parmi eux, les plus capables sont ceux qui réussissent à faire en sorte que l'esclave salarié se sente content de son esclavage.
 
 
 
 

L'idiot utile

Par contre, lorsque ce discours est tenu par un esclave salarié, un travailleur, certains prétendent qu'il ne s'agit pas de la même chose, que la réalité est différente. Rien n'est plus faux. Quand c'est un travailleur pauvre et misérable qui adresse des vivats au travail, ce n'est rien de plus qu'un pauvre et misérable travailleur qui trahit sa classe, qui renonce à ses intérêts immédiats et historiques de classe et qui, par conséquent se trouve être incapable de se constituer en classe prolétarienne contre le Capital. C'est à proprement parler un idiot (5) utile qui continue à maintenir et développer le travail, et quelles que soient ses intentions, il contribue objectivement à développer et intensifier l'exploitation même de l'ensemble du prolétariat.

Que celui qui vante le travail soit un ouvrier est d'autant plus important pour le Capital car celui-ci est plus utile encore, comme idiot, pour convaincre les autres ouvriers à se résigner au travail et à l'exploitation. Du point de vue de la lutte de classe, sa position est sans équivoque du côté du Capital, car en agissant objectivement pour augmenter le rapport entre la plus-value et le capital variable (et en se situant par conséquent contre les intérêts immédiats de la classe ouvrière en lutte contre le taux d'exploitation), simultanément (6), il agit en défendant globalement le travail aliéné, véritable fondement de cette société d'exploitation de l'homme par l'homme; il se place ainsi contre les intérêts historiques du prolétariat.

Ce discours reste au fond un discours essentiellement bourgeois, non seulement parce qu'il sert le Capital, mais en plus parce qu'il est tenu par le Capital, et cela malgré qu'il le soit par l'intermédiaire d'une autre voix.

En effet, c'est le Capital lui-même qui dans son propre procès d'industrialisation mondiale, de procréation de la richesse et de la misère qui le caractérise, développe chaque fois plus les techniques pour faire travailler ses esclaves, pour que ceux-ci augmentent leur rendement, pour qu'ils laissent leur vie dans les choses qui en dernière instance sont leur non-propriété, un monde aliéné de choses qui s'oppose à eux, les exploite et les opprime.

Nouvelles méthodes, nouvelles machines, musique fonctionnelle, ascension dans le parti, discours syndicalistes et politiques, contrôle des temps et mouvements, promotion dans le syndicat, "vive le travail" (même affirmé par les travailleurs eux-mêmes!),... signifient: tout pour exploiter plus et mieux.

C'est le Capital lui-même qui s'est perfectionné et qui a perfectionné ses méthodes d'intensification de l'exploitation. Pour cela rien de plus utile qu'un travailleur qui lance: "travaillez!". En cela, celui-ci ne se révèle rien de plus qu'un cheval de trait, qu'une bête de somme dépensant une énergie brute, générale, indifférente, abstraite pour la transformer en puissance oppressive, c'est-à-dire en capital exigeant à nouveau du sang frais de cette même bête de somme pour qu'il se change en capital. Processus qui nécessite encore plus de travail, plus de dépense musculaire, de bras, de corps. Ce nouveau capital exige à son tour de sucer la vie pour être toujours plus capital, en intensifiant l'effort de ses propres pantins. Ainsi, il est impossible de renouveler sans cesse le capital, sans nécessairement tuer les prolétaires au travail. Le Capital ne peut exister et perdurer qu'en se transformant toujours plus en capital. Comme reproduction élargie de l'exploitation du travail, il est impérieux pour le Capital, pour son essence de travail mort, de tuer le travail vivant pour être plus capital. C'est ce qui le fait se mouvoir. Pour cela, il doit amasser les cadavres, les montagnes d'objets, qui n'ont d'autre utilité que la destruction. Ce qui, finalement, n'est jamais qu'une double manière d'accumuler le travail mort. Le Capital ne peut faire autre chose que devenir plus de capital en se servant du travail, en l'accumulant comme travail mort, et, notamment, en se servant des idiots utiles qui l'adulent en criant "vive le travail"... Ce cycle infernal ne peut avoir comme fin que la dictature contre le Capital et la société d'esclavage salarié.
 
 
 
 

Lutte contre le travail

Depuis les temps immémoriaux les exploités, qui furent soumis par la violence au travail, se soulevèrent contre lui et contre toutes ses conditions de réalisation. Personne dans l'histoire ne travaille parce qu'il le veut, mais parce qu'il y est obligé; que ce soit par le fouet, la religion, le sang et le feu et/ou parce qu'il est séparé violemment de la propriété de ses moyens de vie (ce qui au fond revient au même). Les esclaves, les serfs, les indigènes soumis aux "découvertes", les prolétaires modernes,... tous les exploités ont lutté inlassablement contre le travail. Rébellions, évasions, insurrections partielles ou générales ont toujours eu comme causes étroitement liées: Tout peut se résumer à la lutte pour mieux vivre, ou simplement, à la lutte pour la vie humaine. Une lutte contre ces sociétés qui avaient imposé la torture, le travail, une lutte pour travailler le moins possible (tant extensivement qu'intensivement), une lutte pour s'approprier la plus grande quantité possible du produit social.

Avec la formation et le développement du prolétariat et de son Parti historique (7), ces revendications ne sont pas abandonnées, mais se développent et se précisent. Le communisme, en tant que mouvement du prolétariat organisé, lutte pour la réduction générale du travail à son expression minimale (tant en intensité qu'en extension), et pour l'appropriation du produit social par le prolétariat. Mais il déclare ouvertement que ces revendications ne peuvent être réellement et intégralement réalisées qu'avec la dictature révolutionnaire du prolétariat, laquelle dirigera le monde contre toutes les normes actuelles (dictature contre la valeur d'échange), et en fonction des nécessités de l'humanité en formation. Contre tous les socialismes bourgeois qui prétendent que le travail est inhérent à l'être humain, et qui conçoivent le socialisme comme un simple procès de distribution des biens pris aux "riches", pour les répartir entre les "pauvres", le communisme érige la nécessité non seulement de révolutionner la distribution (qui en dernière instance n'est qu'une conséquence indissociablement unie à la production), mais aussi de détruire les fondements même du mode de production. En cela, il révolutionne fondamentalement l'objectif même de la production, pour que celle-ci ne se décide pas en fonction du taux de profit, mais pour améliorer la vie, pour alléger le travail, et ainsi travailler moins; ce qui implique à la fois la liquidation tant de l'argent, que du mercantilisme, ou du travail salarié. Seule cette destruction peut créer les bases pour que le travail cesse d'être du travail, pour que l'activité productive en général soit réintégrée à la vie-même de l'homme.

Le développement du capitalisme, c'est le développement simultané et contradictoire de la bourgeoisie et de la contre-révolution, d'un côté, et du prolétariat et de son programme, de l'autre. La lutte contre le travail, pour l'appropriation du produit social, pour la révolution est générée par le Capital, lequel génère en même temps le développement et la fortification de la réaction. Toute réduction du temps de travail est chaque fois compensée par les augmentations de la productivité du travail et par sa plus grande intensité: de la manufacture à l'usine et de celle-ci à la production en chaîne, le taylorisme,... jusqu'aux "nouvelles méthodes d'administration du travail". Parallèlement et en parfaite concordance avec ce procès, se développent les partis social-démocrates, les partis du travail, du syndicalisme bourgeois, le travaillisme et plus récemment le stalinisme, le national-socialisme, le populisme (dans toutes ses variantes, y compris le péronisme, le castrisme...); c'est-à-dire l'ensemble des forces et partis bourgeois, qui pour encadrer les travailleurs et les mettre à leur service prennent comme centre idéologique de leurs campagnes: l'apologie du travail.
 
 
 
 

Le développement des partis du travail

Dès la moitié du siècle dernier, l'apologie bourgeoise du travail se constitue en parti. Jusque là, les partis bourgeois pour les travailleurs se nommaient seulement "populaires". Mais à partir de là, les courants bourgeois particulièrement aptes à encadrer les travailleurs vont prendre pour nom: "partis socialistes", "partis des travailleurs", "partis social-démocrates", "partis ouvriers", "partis du travail"...

Le parti de Lassalle, la social-démocratie allemande, et plus tard la social-démocratie internationale, seront les exemples types des partis bourgeois (par leur programme, leur vie, leur action...) à composition majoritairement ouvrière, qui feront de l'apologie du travail et des travailleurs le point fondamental de leur programme. L'idéologie bourgeoise du travail, comme source de toute richesse (8), est le centre de la théorie et l'objectif du parti et du socialisme; "l'émancipation du travail" y est revendiquée comme mot d'ordre, et est toujours accompagné d'autres consignes telles celle de "la constitution d'un Etat populaire et libre" (9). Et de la même manière que plus l'Etat se libère, plus il opprime la société civile, l'émancipation du travail ne peut être autre chose que la fortification du capitalisme (10).

Après la mort de Marx, la social-démocratie sans changer fondamentalement son programme lassallien d'apologie du travail, cherchera à se faire "marxiste". Elle supprimera, falsifiera, tout ce qu'il y a de révolutionnaire et de subversif dans l'oeuvre de Marx, créant ainsi ce qui s'appellera (et continue de s'appeler aujourd'hui) "marxisme": c'est-à-dire la plus répugnante apologie du travail et des travailleurs qui existe.

Peu à peu, ce qui dans l'oeuvre de Marx est considéré comme une calamité, l'être travailleur, le travail, et qui y est dénoncé comme le summum de la bestialisation, de l'inhumanité, de la bassesse... en est venu à être pour les "marxistes" du monde entier une nécessité, un honneur... et c'est au nom des travailleurs, que ces partis du travail en feront la propagande comme synonyme de la réalisation de l'homme ("le travail libère l'homme"). D'ici aux camps de travail de Staline et d'Hitler, il n'y a plus qu'un pas!

Et ce pas sera allègrement franchi avec la défaite de la révolution internationale de 17-23. Dans la Russie-même, au même rythme auquel s'impose la contre-révolution par la liquidation du prolétariat révolutionnaire et de son avant-garde communiste, se consolide une véritable armée du travail. Sur base de la théorie social-démocrate défendue par Lénine et selon laquelle le développement du capitalisme est une avancée réelle jusqu'à la révolution, tout est subordonné à la production capitaliste, au travail salarié, avec les rythmes qui leur sont propres. Mais comme l'Etat National Capitaliste exige d'être compétitif, il est nécessaire d'appliquer les méthodes plus modernes d'exploitation du travailleur. Le taylorisme (11), que le Lénine d'avant l'insurrection dénonçait comme "l'esclavage de l'homme par la machine", en arrive à être considéré par Lénine administrateur du Capital et de l'Etat, comme une panacée; par conséquent, prisonnier de l'idéologie social-démocrate, il considère l'augmentation de l'intensité du travail, non comme l'acte le plus anticommuniste qui puisse se concevoir, mais comme un terrain neutre qui selon lui peut aussi bien servir le socialisme que le capitalisme (12)!

Cette oeuvre de soumission au travail à un rythme forcé, qui en Russie atteignit des niveaux paranoïaques, fut dirigé par ces grands chefs du bolchevisme que sont Lénine, Zinoviev, Trotsky, Staline,..., lesquels se montrèrent alors les plus sanguinaires dans l'application de ces nouveaux rythmes et méthodes que le capitalisme nécessitait pour sa réorganisation en Russie: Zinoviev se convertit en chien sanglant de Petrograd, organisant la répression ouverte de toute lutte contre le travail et l'Etat; Trotsky fut le porte-drapeau de la militarisation du travail, de la création de camps de travail forcé et fut le chef des corps répressifs dans les moments décisifs...; enfin Staline (qui plus tard sera accusé de tout!) portera cette oeuvre à son point culminant avec les camps de travail. Camps par lesquels passèrent plus de 15.000.000 de travailleurs. Et, pour représenter la direction d'une société dans laquelle le Capital liquide jusqu'à l'extrême toute forme de lutte contre l'exploitation, "travailler", et surtout "travailler à un rythme exemplaire", se transforme pour la première fois (en même temps qu'en Allemagne, en Italie, etc.), lié en cela à la propre figure de Staline, en une idole, un Dieu, une bête sacrée et intouchable: c'est le règne funeste des Stakhanovs (13).
 
 
 
 

Stalinisme, nazisme, castrisme

Le capitalisme et son opinion publique dissimulent les contradictions décisives (communisme-capitalisme) et nous présentent, à la place, un ensemble de fausses contradictions (tel par exemple "fascisme-antifascisme"), ce que nous dénonçons régulièrement. Et bien que dans la guerre capitaliste impérialiste, les diverses bourgeoisies assument différents drapeaux et réalisent effectivement la guerre (car celle-ci n'est guère plus que le prolongement de la concurrence), leur programme est essentiellement le même. Le fascisme et l'antifascisme représentent le même type de société: le capitalisme, ou plus précisément le capitalisme se reformant après la vague révolutionnaire la plus importante de l'histoire du prolétariat, et qui imposera la plus grande et impressionnante contre-révolution, dont nous subissons encore aujourd'hui la réalité.

En tant que socialisme national, le régime de Staline, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, a exactement le même programme et effectue à la base les mêmes réalisations que le national-socialisme de son ancien allié Hitler. Et cela non pas en fonction du fait qu'ils aient pu ou non coïncider selon les époques, sur le plan de la politique nationale ou internationale, mais surtout fondamentalement parce qu'ils ont basé la gestion de la société sur un projet national de socialisme. L'idéologie centrale se trouve être le travail, dans un parti du travail. Il est évident qu'il y a des nuances dans les discours, et si Hitler base son ascension sur la défense d'un socialisme qui lutte "contre le capital financier et usurier international (14), contre le gouvernement, la ploutocratie et pour un véritable socialisme de la nation allemande", Staline préféra dire que son socialisme (dans un pays) luttait contre les "pays capitalistes" et pour les "démocraties populaires"; mais dans les deux cas, tant Staline qu'Hitler concentrent leur programme sur un gigantesque effort laborieux, sur la grande industrie, et plus particulièrement sur l'infrastructure des communications et de l'énergétique et sur les constructions "pour le peuple travailleur". Au centre de chacun des régimes se trouvent les Services du Travail, les camps de travail, l'apologie du travail et l'obligation du travail présenté comme un honneur:

Aujourd'hui, face à une situation dans laquelle tous les régimes du monde appellent, "au nom des travailleurs", à travailler plus en mangeant moins, (surtout dans les endroits où l'on trouve à la direction de l'Etat un parti de socialisme national, un parti du travail (16), comme par exemple à Cuba), il est très important de mettre en évidence que cette politique n'a au fond rien d'original par rapport à leurs prédécesseurs que sont stalinisme et nazisme. C'est pourquoi il faut surtout insister sur ce dernier, sans aucun doute beaucoup moins connu que les autres. Le nazisme n'est pas un exemple parmi d'autres de parti du travail, il est sans doute le plus perfectionné du genre, que ses successeurs honteux (car ils ne peuvent le reconnaître) ne font guère plus qu'imiter (qu'ils le sachent ou non).

En réalité, il n'y a aucune originalité dans les discours et les réalisations d'un Fidel Castro. Même pas quand celui-ci prétend que son parti représente la lutte des producteurs manuels et intellectuels contre la bourgeoisie, ou qu'avec l'accès au pouvoir des travailleurs (représentés évidemment par le parti socialiste), ceux-ci conquièrent la possibilité d'administrer les affaires de l'Etat.

Ce n'est pas un discours de Fidel Castro, mais bien celui du célèbre nazi Goebbels, lequel avec autant de cynisme que l'autre n'a pas peur d'ajouter: Dans ce qui suit, nous nous référons presque exclusivement aux nazis. Rendre à chaque fois le parallélisme explicite avec des citations et des références aux "réalisations" des socialistes n'est pas nécessaire, chaque lecteur retrouvera dans son entourage, ces socialistes et castristes qui par malheur s'efforcent depuis cinq décades d'imiter les nazis.

Toute la propagande du régime nazi se basait sur les bénéfices qu'aurait obtenu selon eux le peuple travailleur avec ce régime. Elle insistait avant tout sur l'élimination complète du chômage qui s'opposerait à la "décadence du capitalisme corrompu". Quand la France fut occupée, on était déjà passé d'un chômage de plus de 6 millions de personnes au recrutement systématique de travailleurs "volontaires" hors d'Allemagne pour pallier la pénurie de force de travail. En réalité, cette prétendue "élimination du chômage", ne fut ni plus ni moins que l'obligation pour les chômeurs de travailler, situation générale dans le monde qui fut appliquée avec des succès divers par tout le Capital, de Staline à Roosevelt. Ce fut la reconnaissance généralisée de la nécessité de recourir à la politique des dépenses publiques (théorisée plus tard par Keynes), des grands travaux, de la militarisation exacerbée de l'économie, jusqu'à la guerre impérialiste. Pour le travailleur allemand, comme pour n'importe quel autre travailleur à qui est imposé le travail capitaliste, quand le capitalisme ne peut offrir que du chômage, c'est alors du travail mal payé, régimenté, militarisé qui le conduit à la guerre et à la mort. Mais à l'époque les choses étaient présentées différemment, les pauvres types qui allaient dans les camps (18), racontaient qu'ils partaient, contents d'échapper au chômage et à la décadence, pour aller "travailler"! Les nazis basaient leurs campagnes sur les réalisations "concrètes", sur les constructions pour ouvriers, sur les maisons et lieux de tourisme pour travailleurs, sur la liquidation de l'analphabétisme et les campagnes d'éducation populaire, etc., et que de nombreux socialistes latino-américains, ou d'ailleurs, se soient appropriés ces tâches en tant que programme pour le socialisme, ne fait que montrer les choses telles qu'elles sont! Ainsi, le programme du Parti National Socialiste désirait-il "donner une patrie au travailleur allemand, construire des logements salubres avec de la lumière, de l'air, du soleil pour la jeunesse vigoureuse" (19), et le "Gramma" ou le "Barricada" (20) de l'époque, qui s'appelait "Völkische Beobachter", d'apporter les éléments "concrets" (21) de réalisations de maisons, constructions de "quartiers ouvriers modernes", de "nouvelles installations dans les quartiers de travailleurs", etc. Dans sa rubrique permanente intitulée "Le socialisme dans les actes", ce journal présentait la purée démagogique classique des idiots utiles au service de l'Etat. David Schoenbaum exemplifie ainsi le contenu de cette rubrique (22):

*

De la même manière, sous le nazisme, les campagnes pour la culture populaire furent intensifiées, tout le système d'enseignement fut modifié et modernisé. L'accès à l'éducation fut généralisé et présenté, comme dans d'autres cas, en tant que synonyme de la libération humaine et du Socialisme. De fait, il s'agissait de réorganiser les forces de travail pour qu'elles servent mieux le capitalisme, pour que tous puissent recevoir "la culture" (24); il s'agissait de promouvoir les carrières techniques et professionnelles; et il s'agissait surtout d'un profond lavage de cerveau pour subordonner plus intensément encore, le travailleur en tant qu'idiot utile à l'Etat national et à ses intérêts. Ceux qui furent reçus et obtinrent des diplômes, ceux qui démontrèrent par leur empressement être les vassaux les plus serviles, furent traités en héros: Il est évident que cette "promotion sociale" s'accompagnait d'un battage publicitaire intensif. Dans la presse, abondaient les exemples de travailleurs qui, le jour avant, ne savaient pas où se coucher, ou encore de "paysans" licenciés qui n'avaient rien. Il n'est pas besoin d'insister sur la théâtralisation des situations personnelles que la presse décrivait "avant" et "après" avoir "triomphé". Schoenbaum commente:

*

Comme tout cynique socialiste dans le gouvernement d'un Etat capitaliste, Hitler se présentait comme l'exemple du travailleur. Il se faisait photographier accomplissant le "travail volontaire", en étant le "numéro 1 dans les camps de travail". Ici non plus les barbus coupant la canne à sucre n'ont rien d'original. Les tracts que distribue la CEDADE aujourd'hui, reproduisent d'un côté les masses de travailleurs musclés marchant résolument avec leurs pelles et autres instruments de travail et de l'autre, Hitler lui-même entouré de militaires, donnant l'exemple du travail pelle à la main, bêchant la terre, et accompagnant tout cela de quelques strophes de la chanson du Front du Travail, "nos pelles sont des armes de paix..." (27)

Toute cette "glorification indifférenciée du "travailleur" reposait sur une invocation incessante de la mobilité sociale, mettant agressivement l'accent sur l'égalisation sociale" (28). Comme dans tous les autres domaines, l'exemple de Hitler en personne était avancé. Comme tout régime de travail, il n'y a rien de meilleur que démontrer que son meilleur représentant est un travailleur qui vient de la "classe laborieuse". Et ici Hitler gagnait tous les prix (29). Dans le parti national-socialiste était récité un véritable catéchisme qui disait ainsi: "quelles professions a exercé Adolf Hitler?" Réponse: "Adolf Hitler a été ouvrier du bâtiment, artiste et étudiant". Et chaque fois qu'il le pouvait (et que l'auditoire le lui demandait!), Hitler rappelait sa qualité "d'ouvrier exemplaire et persévérant":

*

La véritable transformation du 1er mai, qui avait surgi comme symbole de la lutte contre le Capital, en jour de travail, en jour de fête, fut naturellement l'oeuvre des nazis. Ici, comme sur d'autres points, Hitler a réalisé le programme que les socialistes bourgeois, les social-démocrates avaient toujours promis (31) et les grands défilés et fêtes que nous trouvons aujourd'hui de toutes parts pour célébrer la répugnante servilité des travailleurs envers l'Etat national (l'antagonisme même des héros révolutionnaires de Chicago (32)), ne peuvent absolument pas être considérés comme l'invention de Staline, Mao, Peron ou Fidel Castro, mais bien comme l'oeuvre d'Hitler.

*

Les mots d'ordre centraux du régime étaient sans conteste: "Arbeit adelt" ("le travail anoblit") et "Arbeit macht frei" ("le travail rend libre", "l'homme s'émancipe en travaillant"). Et pour comble, sur les grilles du plus grand camp de concentration, Auschwitz, figurait en lettres géantes: "ARBEIT MACHT FREI" (33). Ce n'est pas que de l'humour noir, mais la croyance réelle d'un système pourri, le capitalisme en décomposition, d'un système qui conduit l'homme à sa perte extrême, au sacrifice total de sa vie sur l'autel du Dieu Travail, à la mort. C'est dire que, comme pour Staline, ou tant d'autres de ses successeurs actuels, le héros travailleur n'est pas celui qui lutte contre sa propre condition, qui conspire et qui, comme tel, existe tel qu'il s'est toujours présenté dans l'histoire, grand ou petit, avec des lunettes ou sans, femme ou homme, en bleu de travail ou en cravate, immigrant ou "national", vieux ou jeune, rachitique ou gros,... mais c'est la bête laborieuse, celui qui soutient avec la force de ses bras tout le régime, le baraqué, exactement le même personnage que mettent à la mode tous les régimes de travail forcé (macho, jeune, fort, national, nationaliste, travailleur (35)). La publicité délivre également partout dans le monde ce même type d'archétype de l'ouvrier beau, jeune, pétant de santé et costaud.

*

Comme il n'y a pas d'autre manière pour maintenir les rythmes les plus élevés dans l'intensité du travail et par conséquent d'exploitation, l'idéalisation du travail devait s'accompagner de certaines miettes et d'une organisation du temps libre de sorte que les travailleurs se trouvent toujours dans de bonnes conditions pour recommencer à travailler avec courage. En cela les nazis furent aussi les maîtres de tous les socialistes travaillistes, y compris Staline. Ils créeront une organisation spéciale "Kraft durch Freude" connue comme KdF c'est-à-dire la "Force par la Joie", par la détente. Cette organisation qui était financée avec les fonds des syndicats dissous, eut indéniablement un succès retentissant dans l'encadrement des travailleurs. Son programme d'activité était très large: représentations théâtrales, conférences, réunions culturelles, associations sportives subventionnées, concerts, clubs de danses folkloriques et modernes, cours pour adultes, expositions d'art, ciné-clubs, etc.

Hitler pouvait se vanter de maintenir tous les mythes qui permirent une importante augmentation de l'exploitation dans son socialisme nationaliste:

Le plus grand succès de la KdF était son organisation de tourisme pour les travailleurs. Ici aussi tous les travailleurs et socialistes patriotes postérieurs ne sont guère que de vulgaires imitateurs. La KdF parvint à organiser le temps libre de millions de travailleurs en les envoyant en vacances organisées (il n'y a pas besoin de beaucoup d'imagination pour se faire une idée de celles-ci!) et en portant le secteur du tourisme, grâce au tourisme subventionné, vers une expansion sans précédant dans le monde. Son expansion, provoquée par les nécessités du capital industriel, se répercutait favorablement dans l'industrie étant donné que la KdF impulsera l'industrie des transports, à travers la construction de deux énormes paquebots et le développement de l'industrie automobile, appelée KdFwagen et plus tard Volkswagen. Comme on le sait tout cela servait directement à la préparation de la guerre et plus tard à la guerre elle-même (37).

A travers la promesse de popularisation des autos (qui en grande partie ne cesse pas d'être nominale) et surtout du tourisme, qui à l'époque étaient considérés comme les symboles de la richesse, comme les possibilités exclusives de la bourgeoisie, le nazisme sema l'illusion de la disparition des classes. Ce mensonge énorme et absurde que tous les grands représentants du régime se chargeaient de propager était cependant profondément enraciné dans la société allemande. A propos du tourisme, R. Ley déclarait:

Et à la Conférence Internationale sur la politique des loisirs et des temps libres (38), Ley déclarait officiellement: Mais comme dans n'importe quel autre régime socialiste patriote qui cherche la plus grande exploitation et la meilleure chair à canon pour la guerre impérialiste, les dirigeants ont une conscience claire de ces objectifs, et il y en a quelques uns qui, de temps en temps, ont le courage, ou l'inconscience, de les divulguer. Ainsi Starcke, attaché de presse du Front du Travail déclare avec la plus grande désinvolture:

*

C'est avec cette perle de sincérité que nous concluerons le chapitre à propos de l'apologie nazie du travail, apologie si semblable à celle que tous les socialistes nationaux nous font. Et puis, le lecteur doit sans doute être suffisamment écoeuré de cette soupe de travaillisme, de fanatisme national et socialiste pour le travail. Retournons donc à notre lutte contre le travail!
 
 
 
 

Le problème de la conscience ouvrière dans la lutte contre le travail

Quiconque n'a d'autre chose pour vivre que la vente de sa force de travail sent, en dépit de tous les discours qu'on lui tient, qu'il effectue ce travail parce qu'il n'a pas d'autre solution, que c'est la seule façon pour lui de se procurer ses moyens de vie, que c'est la seule manière qu'il lui reste de subsister.

Dès lors, il travaille le moins possible et s'il le peut, il ne travaille pas, ou quand cela se révèle possible, il travaille en essayant au moins de vivre un peu (si cette vie atrophiée peut s'appeler "vie"), il s'attarde aux toilettes, fume une cigarette, "dérègle" la machine, essaye de communiquer avec un autre travailleur, ralentit le rythme, essayant toujours -et à l'encontre des faits- de se comporter comme un homme et non comme une machine, comme s'il pouvait retrouver une existence humaine en communiquant avec un autre quand le chef ne le voit pas, durant les pauses du travail, ou en cachette aux toilettes. L'un s'absente quand c'est possible, l'autre tombe "malade"; il lui vient subitement un mal de dents, de tête, ou aux épaules, mal que personne ne peut vérifier (ce n'est pas toujours une invention, parce que parfois par dégoût du travail, l'un ou l'autre finit par se blesser gravement) et tout confirme que ce sont les lundis matins et les lendemains de vacances pendant lesquels les travailleurs tombent le plus souvent malade.

L'absentéisme va en se généralisant dans tous les endroits du monde, les saboteurs de la production sont dénoncés, répondant comme ils peuvent à toutes les inventions pour augmenter le rythme de travail; dans toutes les usines et bureaux, des milliers de contre-inventions se sont développées pour les contrecarrer...

Ne pas voir dans ces faits apparemment sans lien une lutte obscure, mais ô combien réelle, entre les deux classes antagoniques de la société, serait se fermer les yeux; dans chacun de ces actes s'opposent la lutte contre le travail pour la société communiste, contre le maintien de l'esclavage salarié.

Tels sont les faits, indiscutables, vivants, qui démontrent la putréfaction d'une société basée sur le travail, et la haine qui se concentre contre celle-ci en chacun de ses esclaves salariés... comme c'est aussi un fait que la "fainéantise", la "paresse", qui dans le fond ne sont que de timides tentatives de résistance humaine et intuitive contre le travail, sont chaque fois plus considérées comme des délits, pour ne pas encore parler des camps de travail destinés aux "parasites sociaux" ou aux "délinquants dangereux", ce qui à Cuba est par exemple le synonyme de ceux qui sabotent la production.

Cependant, dans la phase actuelle de contre-révolution de laquelle le prolétariat a beaucoup de mal à se défaire, ces faits ne sont pas encore assez souvent globalisés. Même ceux qui font leur possible, qui vivent en escroquant chefs, patrons, Etat, ne sont pas capables de comprendre la portée révolutionnaire de leur propre action, et dans certaines circonstances, ces mêmes types non seulement ne se joignent pas aux revendications ouvrières et à la lutte, mais même le mot d'ordre révolutionnaire "contre le travail" leur paraît sans signification et, quand ils vantent une autre personne, ils ont recours aux slogans bourgeois du genre "c'est un brave homme, c'est un travailleur", "c'est un travailleur exemplaire"...

Tous les jours nous rencontrons dans notre vie quotidienne des exemples pareils, dans lesquels il se trouve des personnes pour se prendre la tête en clamant qu'il s'agit d'"un mensonge". L'action contre le travail bien qu'elle soit socialement massive se fait seule ou avec un petit groupe (41). La conscience des travailleurs reste en général atrophiée par l'idéologie bourgeoise du travail, et les acteurs même de la lutte contre le travail, condamnent cette dernière quand il leur est dit ouvertement qu'ils se battent d'abord et avant tout contre le travail.

Mais il n'y a pas lieu d'avoir peur de cette situation. Au contraire, c'est la situation de toujours dans laquelle luttent les communistes, contre le courant, contre la pensée et la conscience des majorités, mais pour l'action et les intérêts de celles-ci, cherchant à rendre conscientes les méthodes de lutte qui surgissent spontanément. Le plus important, pour être précisément subversif, c'est de mettre en évidence que dans ces actes isolés de sabotage du travail que nous vivons quotidiennement, est enfermée la puissance révolutionnaire qu'il est nécessaire de libérer pour faire voler en éclats toute cette société. C'est pourquoi il est impérieux aujourd'hui, non seulement de lutter pour travailler moins, mais de crier clairement "à bas le travail!", "vive la lutte contre le travail!".
 
 
 
 

"Vive le prolétariat!"

Nos ennemis, les apologistes du travail, les partis du socialisme national, surtout quand ils s'auto-proclament marxistes, chantent les louanges du prolétariat. Ici comme dans d'autres cas, comme nous l'avons vu dans tout le texte, le prolétaire ne les intéresse en réalité qu'en tant que travailleur, et ce qu'ils crient en réalité, c'est: "vive le prolétariat travaillant", "vivent les travailleurs disciplinés", "vive le développement du pays"; et qu'ils le proclament ou non: "vive la patrie". Cela signifie en outre que les vivats au prolétariat lancés par la bourgeoisie sont exactement le contraire même des intérêts élémentaires de la situation prolétarienne, et traduisent encore plus clairement ce qu'ils veulent réellement dire: "travaillez plus, serrez-vous la ceinture, la nation en a besoin". Et Fidel Castro ou les Sandinistes ne nous démentiront pas, c'est ça et rien de plus qu'ils mettent dans leurs vivats au prolétariat, lequel pour eux devrait continuer à exister pour des siècles et des siècles.

Quand des révolutionnaires disent "vive le prolétariat!", il ne s'agit pas simplement de quelque chose de différent mais de l'exact opposé, tant dans ses prémisses que dans son contenu et ses conséquences! Comme prémisse, car pour vivre, le prolétariat doit lutter. En effet, si pour les "marxistes" le prolétariat représente la somme sociologique des hommes qui travaillent, pour nous le prolétariat existe dans son affrontement avec la bourgeoisie, et cette opposition existe dans la lutte générale pour la vie, depuis la production d'objets matériels jusqu'à l'organisation en parti et la lutte armée. Comme contenu parce que la vie du prolétariat ne se trouve pas dans le travail, parce que le prolétaire vit en reconnaissant, chez lui-même et ses camarades, des être humains, et il ne peut le faire que dans la lutte contre le travail. Enfin comme conséquence, car le prolétariat, contrairement à la bourgeoisie, n'a pas d'intérêt à prolonger son existence, mais au contraire, contient son existence comme opposition au Capital. Son développement, jusqu'à sa transformation en classe dominante, a pour objectif la suppression de toutes les classes et par conséquent son auto-suppression.

En résumé, tandis que les vivats adressés au prolétariat par nos ennemis sont des cris signifiant "vive la situation actuelle des prolétaires", le "vive le prolétariat" des communistes signifie: "vive l'organisation du prolétariat en classe, en classe dominante pour sa propre suppression, pour liquider totalement la situation actuelle, pour abolir le travail salarié, pour que l'activité productive cesse une fois pour toutes d'être du travail et devienne la vie humaine, pour que l'humanité puisse enfin commencer sa véritable histoire comme communauté humaine".
 



 
 
"Si, déracinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l'homme, qui ne sont que les droits de l'exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail qui n'est que le droit à la misère mais pour forger une loi d'airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d'allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers..."  

-P. Lafargue, in "Le droit à la paresse" -1848- 

 



 
 

NOTES :

1. Ce texte est une traduction d'un texte écrit en 1982, et publié dans le numéro 12 de notre revue centrale en espagnol

2. "Il va sans dire que le prolétaire, c'est-à-dire celui qui, sans capital ni rente foncière, vit uniquement du travail, d'un travail unilatéral et abstrait, n'est considéré par l'économie politique qu'en tant qu'il est ouvrier. Elle établit donc en principe que l'ouvrier, tel un cheval, doit gagner assez pour pouvoir travailler. Elle ne le considère pas dans le temps où il ne travaille pas, en tant qu'homme, mais elle en laisse le soin à la justice criminelle, aux médecins, à la religion, aux tables statistiques, à la politique et à la charité publique." (Marx in "Manuscrits de Paris")

3. "... D'une part, le capitaliste gouverne l'ouvrier au moyen du capital, et d'autre part, le pouvoir du capital gouverne le capitaliste lui-même." (Marx)

4. "Arbeit macht frei", voir plus loin.

5. C'est le moment de se rappeler qu'"idiot" vient du grec et désignait celui qui ne s'occupait pas, ne connaissait pas, ignorait, se désintéressait des affaires de la "polis" (cité), c'est-à-dire de la politique, servant par ce désintérêt les tyrans. C'est également le cas des ouvriers qui se désintéressent de la politique de leur classe et constituent les meilleurs serviteurs des tyrans.

6. D'autre part, nous voyons l'unité indissociable des intérêts immédiats et historiques de la classe ouvrière que tout le révisionnisme s'est acharné à falsifier en les séparant.

7. Formation et développement qui comprend évidemment tant les points les plus élevés de la constitution en classe et par conséquent en parti politique (phase révolutionnaire), que les moments de désorganisation maximale, de dispersion et d'atomisation (phase contre-révolutionnaire).

8. Critiquant le programme du parti social-démocrate dans son premier point ("1. Le travail est la somme de toute richesse et de toute culture..."), Marx dira: "Le travail n'est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d'usage (et c'est bien en cela que consiste la richesse matérielle!) que le travail, qui n'est lui-même que la manifestation d'une force matérielle, de la force de travail humaine. La phrase ci-dessus se trouve dans tous les abécédaires et elle est correcte dans la mesure où l'on suppose que le travail opère avec les objets et les moyens qui s'y rattachent. Toutefois, un programme socialiste ne saurait permettre à ces phrases bourgeoises de passer sous silence les conditions qui seules leur donnent un sens. (...) Les bourgeois ont de bonnes raisons d'attribuer au travail une puissance de création surnaturelle; en vérité, c'est précisément le lien qui unit le travail à la nature qui fait que l'homme n'ayant d'autre propriété que sa force de travail doit être dans toutes les sociétés et civilisations l'esclave des autres hommes qui se sont rendus propriétaires des conditions matérielles du travail. Il ne peut travailler qu'avec leur permission, il ne peut donc vivre qu'avec leur permission." (Marx, Critique du programme de Gotha)

9. Voir la critique de Marx à ce sujet dans "Critique du programme de Gotha", ainsi que la correspondance de Marx et Engels à la même époque avec Bebel, Kautsky, etc.

10. Le Capital, c'est précisément l'émancipation réalisée du travail, la libération du travail de son caractère inséparable par rapport à celui qui l'a produit en tant qu'activité. Si le travail était seulement une activité productive, il serait indissociablement lié à cette activité et pour le dire autrement, partie intégrante et esclave de l'être du "travailleur". Mais sous le capitalisme cette émancipation se produit, car le procès de travail est dominé par le procès de valorisation, parce que la réalisation même du travail c'est sa négation comme activité, de laquelle ce qui reste est le travail chosifié. Plus encore, le travail s'est tellement émancipé, qu'il opprime celui qui le réalise, et que loin de représenter le pouvoir de la classe qui durant des générations laisse sa vie en lui, il est aujourd'hui en tant que travail mort, la puissance émancipée dont se sert la classe ennemie pour perpétuer l'exploitation. Ce qu'il faut revendiquer, ce n'est donc pas l'émancipation du travail. Il faut s'émanciper du travail! Dans la première conception, le travail est le sujet qui s'émancipe, dans notre conception, c'est l'homme qui s'émancipe du travail.

11. Taylor fut un bourgeois extrêmement lucide de ses intérêts de classe, qui pour comprendre tous les subterfuges que notre classe utilise pour travailler le moins possible se mit à travailler comme ouvrier un bon moment, sur base de quoi il a élaboré un série de normes pour éliminer les "temps morts". Sa science consiste à contrôler les temps et les mouvements, pour rendre scientifique l'administration du travail, pour promouvoir des méthodes de "rétribution" des travailleurs qui conduisent à exacerber la concurrence qui se joue entre eux, pour que ne restent plus que les travailleurs, et que les "fainéants" soient obligés de chercher du travail autre part, etc.

12. "Apprendre à travailler, c'est là la tâche que le pouvoir des soviets doit exposer au peuple dans toute son ampleur. Le dernier mot du capitalisme à ce sujet c'est le système Taylor, qui lie tous les progrès du capitalisme, la cruauté raffinée de l'exploitation bourgeoise avec les conquêtes scientifiques les plus précieuses (pour Lénine comme pour tout matérialiste vulgaire la science est neutre -NDLR) en ce qui concerne l'analyse des mouvements mécaniques dans le travail, la suppression des mouvements superflus et malhabiles, l'introduction des meilleurs systèmes de comptabilité et de contrôle, etc. La République des Soviets doit faire siennes, coûte que coûte, les conquêtes les plus précieuses de la science et de la technique dans ce domaine. Nous pourrons réaliser le socialisme justement dans la mesure où nous serons capables de combiner le pouvoir des soviets et le système soviétique de gestion avec les plus récents progrès du capitalisme. Il est nécessaire d'organiser en Russie l'étude et l'enseignement du système Taylor, son expérimentation et son adaptation systématiques." (Lénine in "Les tâches immédiates du pouvoir soviétique" - 1918)

13. Le nom vient d'un mineur stalinien célèbre pour sa capacité physique, comme bête humaine, à travailler dans le même temps beaucoup plus que ses "camarades" (à supposer que ceux-ci le considéraient comme tel) de travail et que le stalinisme a adopté comme un héros, un exemple. En réalité le capitalisme n'a pas d'autre idéal de l'homme travailleur que les Stakhanov.

14. Adolf Hitler - "Mein Kampf". Hitler ajoute que c'est "le point programmatique le plus important".

15. Konstantin Hierl, chef du service du travail des nazis.

16. Il est évident que toute la bourgeoisie fait l'apologie du travail, mais nous prenons ici les secteurs les plus représentatifs de cette apologie faite par le Capital, les gouvernements et partis où le travail et les "héros du travail" furent au centre de toute la politique économique et sociale.

17. Cité de David Schoenbaum in "La Révolution Brune", (pp 51 et 52).

18. Il faut tenir en compte que l'internement massif des travailleurs dans les camps s'est fait au vu et au su de la bourgeoisie mondiale, et que les organisations bourgeoises, juives y compris, ne manquèrent pas pour contribuer à cette entreprise criminelle.

19. Reproduit sur des tracts de la CEDADE, organisation nazie de Barcelone.

20. Journaux officiels respectivement du "socialisme réalisé" à Cuba, et "en voie de réalisation" au Nicaragua.

21. Il n'y a pas de doute que c'est précisément ce terrain du "concret", du "particulier", "de la solution du problème de chacun" qui se prête le mieux à la démagogie officielle et au mensonge généralisé sur lesquels un régime fonde sa propagande.

22. Voir le livre précédemment cité (pp 84 et 85). Ceci est anecdotique et il pourrait paraître absurde de l'inclure ici. Cependant, tant par leur forme que par leur contenu, le lecteur reconnaîtra dans les "exemples concrets de socialisme" plus d'un discours de ses ennemis.

23. ibid.

24. Nous ne résistons pas au plaisir de soumettre au lecteur deux citations illustrant la croustillante similitude existant entre l'apologie stalinienne et l'éloge nazie de la culture:

25. Schoenbaum, ibid (p 84).

26. Schoenbaum, ibid.

27. Tract du CEDADE.

28. Schoenbaum, ibid (p 88).

29. Si certains régimes ne sont pas un exemple ici, comme le castrisme, cela est dû au fait que Fidel Castro, au contraire de Hitler, provient de la haute bourgeoisie cubaine, et que dès lors il préfère se taire. Ce qui est sûr c'est que chaque fois qu'elle le peut la bourgeoisie ne perd pas l'opportunité d'embrouiller les choses, en faisant briller l'extraction, l'origine, de classe comme si elle était la garantie de quelque chose. En réalité, comme le montre l'exemple Hitler-Castro (et comme on peut en trouver des centaines d'autres) ce n'est pas l'extraction de classe qui est décisive, mais la pratique réelle en faveur ou contre le régime d'esclavage salarié.

30. Discours tenu à l'usine Siemens en novembre 1933.

31. "De fait le "programme de socialisation" que les social-démocrates n'osèrent jamais réaliser quand ils détenaient le pouvoir, fut réalisé en grande partie par les fascistes. De la même manière que les revendications de la bourgeoisie allemande ne furent pas satisfaites en 1848, mais après, par la contre-révolution qui suivit, le programme de la social-démocratie fut accompli par Hitler. En effet, c'est Hitler, et non la social-démocratie, qui a proclamé le 1er mai jour férié, et de manière générale il suffit de comparer ce que les socialistes disaient vouloir réaliser, mais qu'ils ne réalisèrent jamais, avec la politique pratiquée en Allemagne à partir de 1933, pour se rendre compte que Hitler a réellement accompli le programme de la social-démocratie sans recourir à ses services." (Paul Mattick in "Intégration capitaliste et rupture ouvrière")

32. Voir à ce sujet notre organe central en espagnol: Comunismo No.8.

33. Le régime militaire en Uruguay qui a construit le pire de ces camps de concentration sous le nom de "Liberté", n'a pas non plus dépassé le nazisme en cynisme.

34. Schoenbaum, (p 109); les mots soulignés le sont par notre rédaction.

35. Avec les révolutions industrielles postérieures à la "seconde" guerre mondiale, la force physique du travailleur est aujourd'hui beaucoup moins importante, et peu à peu l'image du travailleur, modèle chez les fascistes et socialistes nationaux actuels, s'est adaptée à cette évolution, incorporant un type plus commun d'homme et de femme.

36. Déclaration d'Adolf Hitler citée par la CEDADE.

37. Ces paquebots touristiques servirent au transport de troupes et les Volkswagens servirent de véhicules militaires pour tout usage. Idem pour les autoroutes qui ont été les premières au monde et qui ont servi pour le transport de troupes et de blindés.

38. Le gouvernement socialiste français a considéré, dans les années '80, comme une originalité la création d'un véritable ministère du temps libre!

39. Les citations de Ley sont extraites du livre de Schoenbaum (pp 132, 133, 134).

40. Schoenbaum ibid, (p 134).

41. Quand elle se transforme en action d'une usine entière c'est déjà un fait exceptionnel (comme cela s'est passé plusieurs fois), quand elle dépasse ces barrières et s'étend à toute la société, la révolution ne peut plus être entravée.
 


CE34.4 A propos de l'apologie du travail