"Travail" est aujourd'hui devenu pratiquement synonyme d'"activité". Parler d'une société sans travail, c'est s'exposer à l'inévitable et toujours originale question du "mais que fera-t-on alors?!?". Pourquoi? Parce que la bourgeoisie a mis le "Travail" au centre de ses valeurs, tout près de ses soeurs "Famille" et "Patrie". Et pour cause, c'est bien le travail, cette dégradante activité imposée aux prolétaires sous peine de crever, qui crée la Valeur et procure la richesse au capitaliste.

Mais l'obligation du travail, son extension et son intensification, ne se sont imposées que progressivement, au fur et à mesure du développement du Capital et de la classe qui le représente. Un exemple: c'est la bourgeoisie qui détient l'immense privilège d'avoir véritablement libéré le travail. Alors que sous l'Ancien Régime, les lois de l'Eglise garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés) pendant lesquels il était strictement interdit de travailler, la dite "Révolution Française" a, en effet, aboli les jours fériés et remplacé la semaine des sept jours par celle des dix jours! Telle est la cause principale de l'irréligion de la bourgeoisie! Sa haine des jours fériés n'apparaît que lorsque la bourgeoisie industrielle prend corps et se développe, entre les XVème et XVIème siècles. La nouvelle classe dominante entendait imposer son progrès en affranchissant les ouvriers du joug de l'Eglise, pour mieux les soumettre à celui du Travail!

Mais l'origine des mots nous en dit énormément plus encore sur la façon dont la bourgeoisie a petit à petit réussi à transformer la connotation complètement négative du travail, en une valeur à défendre!

Ainsi, étymologiquement, "travail" vient du mot latin "tripalium", instrument de torture; en latin classique, on trouve "tripalis" qui signifie "à trois pieux". Le verbe "travailler" vient de "tripaliare" et apparaît aux environs de 1080 de notre triste millénaire: il signifie "torturer avec le tripalium". "Travaillé" en latin, signifie alors être "très fatigué".

Quant au terme "travailleur" ("travailleor"), il renvoyait... au tortionnaire, à celui qui fait souffrir, au bourreau! On voit à propos de ce dernier mot, qu'une "amusante" inversion d'usage a transformé le bourreau d'alors en victime actuelle!

A l'origine donc, le mot "travail" ne signifie rien d'autre qu'"instrument de torture". Ce n'est que par extension que la souffrance de l'exploité, soumis à un effort comparable aux horreurs qu'enduraient les suppliciés du "trepalium", finit par devenir synonyme de "travail". Le "trepalium" disparut alors petit à petit,... le travail demeura. Mais même à ce moment, aux environs de 1200, "travail" résonne encore uniquement aux oreilles des hommes, comme l'état de celui qui souffre, qui est tourmenté, qui effectue une activité pénible.

Personne, parmi ceux qui en subissent les torts, ne songe à le défendre comme valeur!

Il faudra cette libération du travail effectuée par la bourgeoisie à laquelle nous avons fait allusion plus haut, pour que la classe honnie nous impose finalement le sens dominant qu'on lui donne aujourd'hui. L'écrivain et Comte de Vigny dira:

On suppose qu'il entendait ainsi encourager les prolétaires à trimer pour qu'ils oublient l'origine de sa propre richesse, et ne s'attardent surtout pas sur les raisons qui permettaient au Comte de ne pas avoir à travailler!

Mais c'est chez Anatole France que nous trouvons un des plus beaux éloges de l'aliénation:

Sans commentaires!

Il est intéressant de noter également que les Romains désignaient sous le terme de "Sordidae Artes" (les "Arts Sordides"), les métiers qui appartenaient de droit aux esclaves; les Romains considéraient l'agriculture et la guerre comme les seules activités "libres et nobles".

Le mot "labeur", qui donnera "laborieux" par extension en français, et qui est également à la racine de bon nombre de mots espagnols, portugais ("laboral", "laborante",...) et même anglo-saxons ("labour"), vient également du latin, et signifie littéralement "peine": un labeur est un travail pénible et soutenu.

De même, le mot allemand "Arbeit" est un dérivé de "orbho" qui signifie dans les langues indogermaniques, "petit", "pauvre", "bas", "orphelin", "serf". Ici, l'origine du mot a l'avantage de clarifier la situation, la condition des hommes auxquels était infligée cette torture qu'est le travail!

L'oubli actif des origines du mot "travail" pour la bourgeoisie, trouve un intéressant prolongement dans l'occultation savamment entretenue par les maoïstes, trotskystes staliniens, et autres salopes teintes en rouge, pour les mots d'ordre d'abolition du travail prononcés par les communistes, et en tout premier lieu, chez celui qu'ils ont tenté de récupérer en en faisant une icône, Karl Marx.

Non content de ne jamais faire allusion au programme d'abolition du travail, formulé à de multiples reprises, en long et en large, par le vieux Charlie (cf. les extraits des "Manuscrits de 1844", dans cette même revue), ces apologues du travail vont jusqu'à trafiquer les traductions qu'ils effectuent des textes de Marx, et n'hésitent pas à y adjoindre, lorsque leurs falsifications risquent vraiment d'être trop visibles,... leurs propres commentaires sur "ce que Marx voulait dire"!!!

Ainsi, à la suite de cette citation que nous laissons ici en conclusion de notre petit parcours étymologique, et au terme de laquelle Marx précise une fois de plus que le programme du prolétariat contient l'abolition du travail...:

... les Editions Sociales nous expliquent que "plus tard, Marx, précisant cette notion de travail, préconisera l'abolition du seul travail salarié" (in "L'idéologie allemande" des Editions Sociales - 1976, pg. 64)!!!

Non merci, staliniens, quelques 2000 ans d'exploitation, ça suffit! Mais nous n'oublierons pas! Et lorsque notre classe en aura fini avec cet immonde esclavage auquel vous n'êtes pas les derniers à nous soumettre, lorsque nous imposerons enfin la dictature de nos besoins, et avant de jeter définitivement le "Travail" aux orties (pauvres orties!), alors bourgeois, jusqu'à l'extinction de cette activité mortelle, à vous de crever au travail! Allez-y! Bossez! Marnez! Trimez! Chiadez! Bûchez! Grattez! Turbinez! Boulonnez!
 


Une position invariante des communistes :

A bas le travail !

 

"En refusant de considérer le rapport direct entre l'ouvrier (le travail) et la production, l'économie politique cache l'aliénation qui marque le travail. Certes, le travail produit des merveilles pour les riches, mais le dénuement pour l'ouvrier, il produit des palais mais pour l'ouvrier il n'y a que des tanières. Il produit la beauté, mais l'ouvrier est estropié. Des machines remplacent le travail, mais une partie des ouvriers est rejetée dans un travail barbare, l'autre est elle-même transformée en machines. Il produit l'esprit, mais, pour l'ouvrier, c'est l'imbécillité et le crétinisme. (...) 

Nous n'avons considéré jusqu'ici l'aliénation, la dépossession de l'ouvrier, que sous un seul aspect, celui de son rapport aux produits de son travail. Or l'aliénation n'apparaît pas seulement dans le résultat, mais aussi dans l'acte de la production, à l 'intérieur de l'activité productrice elle-même. Comment l'ouvrier ne serait-il pas étranger au produit de son activité si, dans l'acte même de la production, il ne devenait étranger à lui-même? En fait, le produit n'est que le résumé de l'activité, de la production. Si le produit du travail est dépossession, la production elle-même doit être dépossession en acte, dépossession de l'activité, activité qui dépossède. L'aliénation de l'objet du travail n'est que le résumé de l'aliénation, de la dépossession, dans l'activité du travail elle-même. 

Or, en quoi consiste la dépossession du travail? 

D'abord, dans le fait que le travail est extérieur à l'ouvrier, c'est-à-dire qu'il n'appartient pas à son être; que, dans son travail, l'ouvrier ne s'affirme pas, mais se nie; qu'il ne s'y sent pas satisfait, mais malheureux; qu'il n'y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C'est pourquoi l'ouvrier n'a le sentiment d'être à soi qu'en dehors du travail; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il n'est pas lui. Son travail n'est pas volontaire, mais contraint. Travail forcé, il n'est pas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. La nature aliénée du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, on fuit le travail comme la peste. Le travail aliéné, le travail dans lequel l'homme se dépossède, est sacrifice de soi, mortification. Enfin, l'ouvrier ressent la nature extérieure du travail par le fait qu'il n'est pas son bien propre, mais celui d'un autre, qu'il ne lui appartient pas; que dans le travail l'ouvrier ne s'appartient pas à lui-même, mais à un autre. Dans la religion, l'activité propre à l'imagination, au cerveau, au coeur humain, opère sur l'individu indépendamment de lui, c'est-à-dire comme une activité étrangère, divine ou diabolique. De même, l'activité de l'ouvrier n'est pas son activité propre; elle appartient à un autre, elle est déperdition de soi-même. 

On en vient donc à ce résultat que l'homme (l'ouvrier) n'a de spontanéité que dans ses fonctions animales: le manger, le boire et la procréation, peut-être encore dans l'habitat, la parure, etc.; et que, dans ses fonctions humaines, il ne se sent plus qu'animalité: ce qui est animal devient humain et ce qui est humain devient animal. 

Sans doute, manger, boire, procréer, etc., sont aussi des fonctions authentiquement humaines. Toutefois, séparées de l'ensemble des activités humaines, érigées en fins dernières et exclusives, ce ne sont plus que des fonctions animales. 

Nous avons considéré l'acte par quoi l'homme aliène son activité pratique, c'est-à-dire le travail, sous deux aspects: 1/ Le rapport de l'ouvrier au produit du travail comme objet étranger qui le tient sous sa puissance. Il se trouve dans le même rapport au monde extérieur sensible qu'aux objets de la nature, c'est un monde étranger, qui lui est contraire et hostile. 2/ Le rapport entre le travail et l'acte de production à l'intérieur du travail; c'est le rapport de l'ouvrier à sa propre activité comme activité étrangère, qui ne lui appartient pas; c'est l'activité comme passivité; c'est la force comme impuissance, la procréation comme émasculation; c'est sa propre énergie physique et intellectuelle, sa vie --car qu'est-ce que la vie, sinon l'activité?-- comme activité dirigée contre lui-même, indépendante de lui, ne lui appartenant pas. C'est l'aliénation de soi venant après l'aliénation de l'objet." 

Extrait du chapitre "Le travail aliéné", des "Manuscrits de 1844" de Karl Marx. 

 



 
 
"Une autre source de l'immoralité des travailleurs, c'est le fait qu'ils sont des damnés du travail. Si l'activité productrice libre est le plus grand plaisir que nous connaissons, le travail forcé est la torture la plus cruelle, la plus dégradante. Rien n'est plus terrible que de devoir faire, du matin au soir, quelque chose qui vous répugne. Et plus un ouvrier a des sentiments humains, plus il doit détester son travail, car il sent la contrainte qu'il implique et l'inutilité que ce travail représente pour lui-même." 

-F. Engels, in "La situation de la classe laborieuse en Angleterre"- 

"Le 'souci' n'est rien d'autre que ce sentiment d'oppression et d'angoisse qui, dans la bourgeoisie, accompagne nécessairement le travail, cette vile activité du gagne-pain besogneux. Le 'souci' fleurit sous sa forme la plus pure chez le brave bourgeois allemand: il est pour lui chronique et 'toujours égal à lui-même', misérable et méprisable, tandis que la misère du prolétaire prend une forme aiguë, violente, le pousse à engager un combat à la vie et à la mort, le rend révolutionnaire et produit, par conséquent, non le 'souci' mais la passion. Or, si le communisme veut abolir le 'souci' du bourgeois tout comme la misère du prolétaire, il va de soi qu'il ne peut le faire sans abolir la cause de l'un et de l'autre: le travail." 

-K. Marx, in "L'idéologie allemande"- 

"Nous sommes bien amoindris et bien dégénérés. La vache enragée, la pomme de terre, le vin fuchsiné et le schnaps prussien savamment combinés avec le travail forcé ont débilité nos corps et rapetissé nos esprits. Et c'est au moment-même où l'homme rétrécit son estomac et où la machine élargit sa productivité, que les économistes nous prêchent la théorie malthusienne, la religion de l'abstinence et le dogme du travail? Mais il faudrait leur arracher la langue et la jeter aux chiens." 

-P. Lafargue,in "Le droit à la paresse" -1848- 

"Si, déracinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l'homme, qui ne sont que les droits de l'exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail qui n'est que le droit à la misère mais pour forger une loi d'airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d'allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers..." 

-P. Lafargue, in "Le droit à la paresse" -1848- 


CE34.3 Ce que l'origine des mots nous révèle !