Ces dernières années ont été marquées par un ensemble d'explosions brusques et sporadiques du prolétariat, un peu partout dans le monde. Ces révoltes ont toutes comme caractéristiques, d'être très violentes, très brèves, et apparemment sans cohérence entre elles. La bourgeoisie médiatise et commente ces événements en insistant sur ce qui les distingue vulgairement (différence d'âge, de couleur, de drapeau, d'objectif immédiat,...) pour mieux faire passer ces explosions comme des coups de folie brusques et sans relation entre elles. Elle tente ainsi d'occulter la caractère commun de l'aggravation des conditions de vie, qui détermine ces explosions.

La société capitaliste n'a effectivement aucun intérêt à ce qu'apparaisse la communauté d'intérêt réelle, objective sur laquelle se basent ces attaques contre l'Etat, de la part de prolétaires. C'est dans ce but que les médias isolent à chaque fois la lutte dont ils nous (dés)informent, en tronquant la réalité et en opposant pour ce faire, les luttes des pays dits "sous-développés" à celle des pays dits "développés", les explosions à l'Est des émeutes à l'Ouest, les luttes "économiques" (appelées "émeutes de la faim") des luttes "politiques" ("pour l'Islam", "pour le multipartisme", etc)...

Face à l'insistance avec laquelle la Démocratie tente d'atomiser ces luttes en autant d'événements étrangers les uns aux autres, nous voudrions rappeler ici que ces brutales manifestations de colère sont toutes produites de l'aggravation des conditions mondiales de vie du prolétariat, et mettre en avant la communauté de lutte qu'exprime de fait, pratiquement, l'affrontement de prolétaires aux forces de l'Etat qui leurs font face, en insistant sur la communauté d'intérêt qui sous-tend chacun de ces moments de lutte des prolétaires.

La bourgeoisie aimerait nous faire croire que les mouvements sociaux, les luttes prolétariennes ne sont plus "d'actualité"! Heureusement il n'en est rien. Partout, toujours, le prolétariat a lutté, lutte et luttera. Les quelques exemples dont nous allons parler montrent que la soumission totale au Capital est un mythe démoralisateur et faux, et que le prolétariat n'est pas mort!

L'année dernière encore, de nombreuses révoltes ont éclaté un peu partout dans le monde. Rappelons-nous Trafalgar Square ponctuant la lutte contre la Poll Tax; rappelons-nous Vaux-en-Velin (près de Lyon) et ses deux jours d'émeute contre la misère et les "bavures" policières; souvenons-nous des squatters de Berlin, aussi déterminés que leurs aînés des années '70; des casseurs... de propriété privée et de flics à Paris, profitant de la grande moutonnerie lycéenne; des prolétaires du Maroc enfin, détruisant encore une fois les signes de richesse qui narguent leur pauvreté.

Cette année le prolétariat s'est exprimé en Irak, refusant la misère et la guerre, au Togo où de jeunes révoltés ont saboté et débordé l'opposition démocratique, dans l'île de la Réunion où une semaine d'émeutes, de pillages, d'incendies, sont un rejet pur et simple de la misère, au Mali où les heurts entre les flics et nos camarades ont été extrêmement violents, se soldant hélas par la mort de trop nombreux insurgés. Arrêtons cette liste, mais ne perdons pas de vue qu'elle n'est pas exhaustive, que les médias ne rapportent évidemment pas toutes les expressions de lutte de notre classe.

Nous voudrions avant tout exprimer clairement notre total soutien à ces luttes, pillages et affrontements. Ils expriment la destruction de ce qui nous détruit. Ils expriment un refus pratique de tous les consensus nationaux avec leurs cortèges de sacrifices, de soumission, de votes, d'humiliation, d'abrutissement. Ces luttes expriment un début de réponse à la misère et si nous critiquons les faiblesses de ces actions, ce n'est surtout pas pour les dénigrer; au contraire, ce sont tous ces prolétaires qui rompent la paix sociale, le consensus du silence, même si tout cela ne constitue encore qu'un timide début de réponse face aux nécessités gigantesques d'organisation et de centralisation de ces luttes. Et ici, parler des limites de ces luttes devrait nous servir de leçon, pour ne pas nous casser la tête sur le mur de notre manque de préparation, à chaque fois que nous engageons ces luttes.

Ces luttes sont aussi un crachat à ceux qui théorisent les différences de condition de vie en Afrique et en Europe par exemple, et préconisent donc des réponses différenciées. Ce qui relie organiquement toutes ces luttes ce sont justement --outre la communauté prolétarienne d'intérêt dont elles émergent-- leurs caractéristiques: l'affrontement sans concessions, sans discussions. A identité d'exploitation, identité d'action. Les médias occidentaux qui nous vendent des émeutes "de la faim" dans les pays lointains, "sous-développés",... pour mieux nous vendre la soumission ici... ont reçu comme réponse: les émeutes d'ici, contre notre dégoût, notre rejet de leur société! Nous avons faim de vivre, et les menteurs patentés de la presse putride qui se sont fait casser la gueule à Vaulx-en-Velin et à Paris n'ont eu que ce qu'ils méritaient. Certains des émeutiers se sont fait arrêter à cause de photos parues entre autre dans "Le Quotidien de Paris"... Nous n'oublierons pas! Profitons de l'occasion pour affirmer notre soutien à tous ceux qui cassent du journaliste, ces faux-culs de la délation.

Avant de poser quelque critique que ce soit à propos des faiblesses de ces mouvements, nous voulons d'abord insister sur le caractère foncièrement prolétarien, de notre point de vue, de ces explosions de violence.

A un moment donné, les barricades délimitent clairement les classes, l'affrontement clarifie les antagonismes de classe. Même la presse au Maroc parle de la "cassure qui sépare la société entre une minorité de nantis et une majorité de laissés pour compte." Et la bourgeoisie ne s'y trompe pas qui répond à cette violence par une violence plus grande. Là plus de discussions, plus de négociations... dans l'affrontement s'exprime la lutte de classe dans son ultime conséquence: il faut qu'une classe domine l'autre.

La façon dont la bourgeoisie, par sa bouche vérolée -la presse- dénature la lutte de nos frères en les traitant de casseurs, voyous, provocateurs, chômeurs (devenu carrément péjoratif), désoeuvrés (comprenez: inutiles), manipulés, etc. répond à une peur et à une nécessité de diviser le prolétariat. En effet, il s'agit pour la bourgeoisie d'opposer le prolétaire consciencieux au travail, qui exprime des revendications (voire même qui fait la grève) à celui qui casse tout, qui exprime le fait qu'on ne peut pas discuter. Et, de fait, à chaque multiple fois que les ouvriers discutent, négocient avec nos maîtres, ils se font entuber! Quand nous faisons grève, la limite, la fracture intervient quand nous organisons notre lutte, quand nous nous centralisons pour généraliser la grève, en lui donnant des perspectives révolutionnaires, en l'étendant à tous les secteurs du prolétariat, sans tenir compte de toutes les divisions imposées par les bourgeois; et comme à tous ces moments, la bourgeoisie résistera violemment pour maintenir son ordre en place, le saut de qualité s'exprime également lorsque nous organisons notre réponse à leur terreur.

La bourgeoisie, par l'intermédiaire de la bave médiatique, a essayé de disqualifier ces luttes saines et revivifiantes en parlant de "bandes de jeunes". Pour nous le prolétariat n'a fondamentalement pas d'âge! C'est vrai qu'à Vaux-en-Velin ou au Togo ou à Paris... les émeutiers étaient très jeunes. Et alors? Si à douze ans on a déjà la rage face à ce monde pourri, et qu'on ressent que la société ne va offrir que la misère, comme celle que subissent les aînés, on n'a pas dix mille solutions: ou bien se soumettre à la société en se droguant, en se suicidant, en retournant à l'école, etc., ou bien rejeter d'un bloc ce qui apparaît comme inhumain. Les jeunes prolétaires qui ont soudainement débordé la manifestation pacifiste organisée par des lycéens "responsables" à Paris, et qui ont chargé les flics en gueulant "Vaulx-en-Velin! Vaulx-en-Velin!" expriment un réflexe de vie, outre qu'en se référant de telle manière à leurs frères en lutte à Lyon ou en Palestine, ils tracent aussi les perspectives internationalistes de généralisation et de solidarité qui dorment dans chacune des expressions de lutte de notre classe. Suivons l'exemple!

La bourgeoisie, par ses médias fianteux, a essayé de dénaturer ces luttes en parlant d'immigrés, de banlieues ou quartiers pauvres. Pour nous le prolétariat n'a pas de nationalité! Que dans les quartiers pauvres se retrouvent en majorité des "immigrés" est certain; mais nous sommes tous des émigrés du capital. D'autre part les luttes au Maroc, sont-elles le fait d'émigrés? Pour nous oui!! L'identité de misère dont nous parlions produit les mêmes réactions, que ce soit dans les quartiers "pauvres" de l'île de la Réunion, de Berlin ou d'ailleurs. La télé vénéneuse voudrait bien que l'ouvrier blanc consciencieux ne s'identifie pas à ces "pauvres". Peine perdue, la Poll Tax a réuni toutes les composantes du prolétariat; de même, les casseurs à Paris et à Berlin n'étaient pas tous basanés...

Ceci dit ne rêvons pas: le message est passé messieurs les technocrates "bonne-conscience" de notre abrutissement: vous avez globalement réussi à isoler ces luttes, à les faire considérer comme des cas isolés, par des gens aux intérêts différents, de culture et d'origine différentes, etc., et c'est d'ailleurs pour cela que vous pouvez en parler.

La bourgeoisie a essayé de clore rapidement ces explosions de violence en les enfermant dans une réaction ponctuelle, presque compréhensible. L'important pour elle c'était de nous dire: "un coup de sang, ça peut arriver à tout le monde, maintenant heureusement tout est rentré dans l'ordre". A cela nous répondons d'abord que ni au Maroc ni dans l'île de la Réunion ni en Angleterre, la lutte n'a été le fruit d'une flambée de violence sans suite, mais surtout que la suite de toutes ces luttes, ce qui les relie toutes et celles à venir, c'est justement leur caractère historique (qui dépasse les raisons immédiates de leur déclenchement) et mondial (qui fait que la nature prolétarienne de ces luttes est identique, que le rejet de la société ici ou ailleurs est fondamentalement le même). Bourgeois, l'ordre de votre société n'est qu'apparent; tôt ou tard des émeutiers, des pillards viendront vous réveiller pour vous le rappeler!

L'organisation du prolétariat implique l'organisation de sa violence de classe. Les explosions violentes citées plus haut choqueront les gauchistes, puristes de la manif encadrée, avec organisation de la violence selon les schémas traditionnels (du style force contre force, comme si on avait intérêt systématiquement à chercher le contact avec les flics dont c'est la fonction de se battre), démonstration de force (manif de masse), etc. Mais nous avons bien vu en Angleterre, quand ils ont confisqué la lutte contre la Poll Tax, ce qu'ils entendaient par manif sérieuse et responsable: récupération, dénonciation, écrasement de la lutte. Non, la violence de classe ne se discipline pas, elle se centralise et se renforce!

Le pas suivant dans le renforcement de telles luttes ne peut passer que par la recherche de cibles vraiment paralysantes pour le capital, l'extension de la lutte à d'autres secteurs, endroits, etc.

La centralisation de ces explosions spontanées de violence, leur plus grande organisation représentera un pas qualitatif dans notre mouvement vers le communisme. Mais il est faux de croire que spontané implique: n'importe quoi, n'importe comment. Les jeunes prolétaires de Vaux-en-Velin et de Bamako attaquaient par petits commandos, puis se repliaient. Ils attendaient la nuit, étant moins repérables par les porcs armés. Leur force résidaient dans leur mobilité. Par contre, au Mali justement, les mères manifestant "classiquement" en soutien à leurs enfants, ont été mitraillées plus facilement par nos ennemis.

Les cibles que se donnent les émeutiers sont aussi très importantes. On remarque que partout le feu purificateur anéantit les "marques du pouvoir". Les bâtiments publics où se réunissent les gérants de notre misère brûlent fréquemment; tout ce qui ne brûle pas est pillé; quelle joie de piller! C'est toute la politesse du Capital, quand il nous oblige à sourire à la caisse... qui explose soudain. Et cela la bourgeoisie ne peut le supporter! Notre soutien aux pillages n'est pas un quelconque coup de sang activiste. Le pillage, c'est la réappropriation naturelle du produit social par ceux qui le produisent.

Spontanées, les luttes ne signifient pas inorganisées; dans toute lutte il y a des éléments plus clairs, plus moteurs, plus organisatifs qui proposent et assument une direction au mouvement. C'est ceux-là sur lesquels la réaction essayera de s'abattre, quand le mouvement sera retombé. Au Maroc, les successives luttes des dix dernières années ont systématiquement été décapitées de leurs éléments les plus combatifs par une répression continue et pernicieuse même longtemps après les luttes.

Mais maintenant que nous nous sommes clairement démarqués de tous ceux qui dénigrent et dénaturent ces réactions de notre classe, il faut aussi insister sur la nécessité d'organisation de la lutte, en soulignant alors que oui, ces luttes ne sont encore qu'une expression trop élémentaire du prolétariat. Et si nous avons précisé que la spontanéité de ces mouvements contient néanmoins certains éléments d'organisation, force nous est de constater que ces éléments d'organisation restent encore trop peu présents. La spontanéité de ces luttes, si elle marque la rupture avec la paix sociale, marque également leur limite: manque de perspective, de massivité, de coordination, d'organisation, de continuité, etc.

Le caractère éphémère de tels mouvements est limité. S'organiser pour casser sans chercher à relier ces luttes à celles du passé, ni surtout à celles du présent dans d'autres lieux (soutien/extension à d'autres luttes, d'autres grèves, d'autres endroits...) peut être dangereux. Au Mali, au Togo par exemple, la confiscation de la lutte par l'opposition bourgeoise est certaine.

Ensuite la récupération de cette façon de lutter existe chez nos trop connus gauchistes. Danger de mythification sur cette forme-là de lutte qui peut déboucher sur une vision de la violence en soi. On a déjà vu cent fois des syndicats ou des partis de gauche organiser des manifs défoulatoires pour désorganiser un mouvement en contrecarrant des propositions de sabotages, en proposant des affrontements massifs avec les flics plutôt que de rechercher des cibles plus sélectionnées, etc.

Il ne s'agit pas d'opposer une forme de lutte à une autre, il s'agit de se renforcer toujours et partout et de ne pas se fixer sur l'affrontement "classique" de rues dans lequel la bourgeoisie a une aussi grande expérience que nous. Prenons un exemple: à Berlin il y a quinze ans, les squatters, contre tout emprisonnement d'un de leur pote, cassaient pour autant de milliers de DM de biens publics dans la ville!

Nous ne croyons en tout cas pas en des luttes "propres"! Le prolétariat dans sa lutte contre l'ordre fera des erreurs jusqu'à l'avènement du communisme. La pire des choses, c'est de regarder sans broncher la télévision nous donner sa version de la vie de notre classe. C'est çà la non-vie! La vie du prolétariat est constituée de luttes imparfaites, faibles... mais cela ne durera pas éternellement.

Il nous faut impérativement, malgré tout, reconnaître les erreurs et les limites de ces moments de lutte pour en tirer des leçons. Mais à aucun moment la critique d'une faiblesse n'implique un jugement du style: ils n'avaient qu'à pas lutter!

La faiblesse principale réside toujours dans le manque de soutien des autres prolétaires, reflet de la division idéologique que la bourgeoisie réussit à imposer et dont nous avons fait part dans cette même revue, lorsque nous avons relevé la tragédie qu'a constitué le manque de réaction et d'organisation à l'envoi de soldats pour la guerre en Irak, principalement dans le camp occidental. Cette absence d'internationalisme est l'expression du manque de conscience de cette communauté de lutte qui s'exprime dans chacune des révoltes dont nous avons parlé! Ainsi, si nous mettons en avant les points de rupture qu'expriment ces affrontements spontanés à l'Etat, il nous faut également relever l'immense faiblesse que contient le fait que lorsque les prolétaires en lutte dans un endroit du monde s'affrontent, ils ne prennent que trop rarement conscience de cette communauté d'intérêt et de lutte qui existe entre eux,... et les autres fractions du prolétariat en lutte dans tel ou tel autre endroit du monde.

De même, une autre immense faiblesse est le caractère trop éphémère que revêt les niveaux d'organisation de ces luttes: presqu'à chaque fois que la lutte est écrasée, le prolétariat abandonne son effort d'organisation, ne lui donne pas continuité, ne tire pas les leçons et ne pourra ainsi malheureusement que retomber dans les mêmes limites lorsque resurgira la lutte. La caricature de cette réalité, est l'existence de ces prolétaires combatifs qui veulent lutter là où il se passe quelque chose, et qui pour ce faire, sautent de lutte en lutte, sans donner d'autre continuité que ces affrontements immédiats aux flics et autres bourgeois. Nous devons faire en sorte que nos luttes soient de moins en moins improvisées, de plus en plus centralisées, homogènes, organisées. Nous devons viser à étendre "géographiquement" les leçons que nous tirons dans un endroit de lutte. Nous devons impulser les discussions autour des différentes leçons que nous tirons des multiples expériences de lutte du prolétariat dans le monde et dans l'histoire.

Quand le feu des insurgés de Berlin, de Fès, de Vaux-en-Velin, de Paris et de bien d'autres endroits, coulera dans les veines des prolétaires aujourd'hui endormis, nous saurons qu'en ces endroits-là aussi s'opère le grand réveil de notre classe.

Mais lorsque le prolétariat dirigera le grand rassemblement de tous vers une même action, et que s'exprimera le saut de qualité que constitue la préparation, l'organisation, la direction de ses luttes vers la destruction définitive de l'Etat, alors le temps ne sera plus loin où l'agonie du Vieux Monde nous réjouira.
 


CE33.4.1 Nous soulignons :

A identité d'exploitation, identité d'action