On ne nous a jamais autant cassé les couilles à propos de la fin du communisme, du règne de l'harmonie universelle, de la paix dans le monde, du libre arbitre,... On ne nous a jamais autant emmerdé avec toutes ces fables sur la soi-disant fin de la lutte de classe et sur la paix sociale et internationale, aujourd'hui, oui, enfin et éternellement consacrée! Une fois encore, il n'a pas manqué de théoriciens du Capital pour annoncer, sur les cinq continents, la fin de toutes les contradictions, voire même, comme l'a publié le quotidien espagnol "La Vanguardia", la fin de l'histoire des contradictions et des violences en général!

Mais tous ces beaux parleurs n'ont pas réussi à éviter la catastrophe de la société capitaliste. La barbarie, la crise, la guerre continuent à être bien présentes, au coin de la rue, à cet instant précis,... et au moment même où se signe le dernier traité de paix!

Quant à nous, on nous traite de fous, d'aigris, de rabat-joie..., parce que nous n'avons jamais partagé cet optimisme idyllique avec lequel les médias abrutissent régulièrement les gens; et alors que tout le monde parle de la paix, de la fin des guerres,... nous continuons à diffuser nos positions invariantes et à montrer la réalité telle qu'elle est: le capitalisme n'élimine jamais les guerres, il les généralise; sans les guerres, le capitalisme ne survivrait pas! Et plus encore, à l'encontre de cette stupide opposition entre guerre et paix que nous présente l'opinion publique, nous réaffirmons à contre-courant, les positions de toujours du communisme révolutionnaire: la paix n'est rien de plus qu'une partie de la guerre capitaliste et impérialiste, la paix reste toujours une paix armée entre des puissances qui préparent une nouvelle guerre; en même temps, nous mettons en évidence le rôle invariant de tous les pacifistes, en tant que contribuant au développement de la guerre, et nous dénonçons chaque parlotte de paix ou traité de paix, comme un pas de plus dans la préparation de la guerre.

"Quand les bourgeois parlent de paix, c'est qu'ils préparent la guerre!". Cette affirmation, alors que le spectacle de la paix est omniprésent, est plus actuelle que jamais:

Mais les exemples de ce type sont infinis. En tout lieu et à toute époque, la guerre fut menée au nom de la "Paix". Avant de pouvoir lancer des millions de prolétaires dans des boucheries guerrières plus sanguinaires les unes que les autres, chaque camp bourgeois se doit de réaliser l'Union Nationale nécessaire à la guerre, démontrant que sa bonne volonté a vraiment épuisé toutes les possibilités d'un règlement pacifique, et qu'il s'agit maintenant d'avoir recours à la guerre... pour obtenir la paix!

Mais aujourd'hui ou demain, lorsqu'ils veulent faire porter le chapeau de la guerre à tel ou tel bouc émissaire et qu'ils nous mènent au massacre sous prétexte de lutte pour la paix, pour la démocratie, la civilisation, le progrès ou pour n'importe quelle connerie, notre réponse fut, est et sera toujours:
 
 

Luttons contre notre propre bourgeoisie,

Opposons à la guerre capitaliste,

La Révolution sociale universelle !
 

Aujourd'hui, en Occident, le bouc émissaire est Saddam Hussein. Ni plus, ni moins que celui qu'on considérait hier comme "le rempart du monde libre face au fanatisme religieux de l'Iran", et qui recevait l'appui systématique de toutes les grandes stars universelles lors des parlottes sur la paix (à titre purement exemplatif, il suffit de nous rappeler que les puissances qui ont vendu le plus d'armes à l'Irak durant cette dernière décade, furent l'URSS de Gorbatchev et la France de Monsieur Mitterrand!).

Quelle saloperie! Quel cynisme! Les mêmes qui taisaient hier la guerre sociale qui se déroulait en Irak, la résistance du prolétariat à aller à la guerre et les assassinats massifs de déserteurs à travers tout l'Irak, qui taisaient les bombardements des régions des marais --là où se concentrait la résistance massive à la guerre-- par l'aviation irakienne elle-même, et occultaient la barbarie suprême menée par Saddam Hussein (1), ceux-là mêmes, hurlent aujourd'hui à la lune, parce que ce même Saddam Hussein occupe quelques kilomètres carrés (où règne une forte odeur de pétrole!), sans que cela leur paraisse contradictoire de s'être tus lorsque les Etats-Unis se sont mis dans l'idée d'occuper Panama ou la Grenade!

Ils nous disent que ce Saddam Hussein, est maintenant un barbare, un danger universel, un nouvel Hitler (de la même manière qu'ils nous préparaient hier contre l'ayatollah Khomeyni ou Khaddafi!)..., avec le même "naturel" que celui qu'ils montraient hier lorsqu'ils adulaient Hussein dans le but de lui vendre leurs sophistiquées machines à tuer. C'est ainsi que Paris a signé les premiers contrats pour la vente de septante avions Mirage et de deux cents chars de combats AMX, en 1975, pendant que Jacques Chirac, le premier ministre de l'époque, déclarait: "Saddam Hussein est un dirigeant réaliste, conscient de ses responsabilités, soucieux des intérêts de son pays et du bon équilibre de cette région du monde". Cette idylle entre ces deux puissances terroristes, n'a pas cessé tout au long de ces 15 années. Ainsi, cette année-ci, le 7 février 1990, le ministre français de la défense, Jean-Pierre Chevènement déclarait que "Mr. Hussein est un dirigeant courageux et aimé qui a une vision d'ensemble et à long terme", en même temps qu'il félicitait les autorités de ce pays pour le lancement d'un nouveau missile balistique, parce qu'il constituait selon lui "un succès dans le renforcement de la défense du pays".

Mais dans leurs mensonges et leurs magouilles, il n'empêche qu'ils expriment une partie de la vérité (à leur manière et selon leur point de vue de classe) en affirmant par exemple aujourd'hui, que Saddam Hussein est un monstre sanguinaire (pour des raisons, bien entendu, très différentes de celles qui nous amènent à affirmer la même chose) et en ne trouvant pas assez d'espace médiatique pour affirmer que l'Etat d'Irak est un Etat Terroriste (à cause de ce qu'ils appellent la "prise d'otages" (2)). En réalité, tant Bush, que Mitterrand et Gorbatchev, tout comme leur admiré pair Saddam Hussein, si "réaliste et conscient de ses responsabilités", sont des monstres sanguinaires, de la même manière que sont terroristes chacun de leurs états (états qui ne sont, en réalité, rien de plus que des tentacules locales de l'Etat terroriste mondial du Capital).

Mais même, ce n'est pas parce que ces messieurs sont barbares et cannibalesques que le monde est à nouveau soumis à la folie et à la barbarie d'une mobilisation militariste généralisée; la réalité est que cette société barbare et criminelle ne peut que coopter ce type de personnage en tant que dirigeants. Hitler, Roosevelt et Staline, eux non plus, n'étaient pas fous: ils constituaient les produits cohérents du Capital et de sa barbarie.

Ce n'est pas le lieu ici pour apporter notre grain de sable à la spéculation généralisée sur le devenir d'un déclenchement ou non de la guerre (3); simplement, il nous semble important de souligner que l'actuelle repolarisation du monde et les affrontements qui se préparent ne nous paraissent pas mûrs quant à la constitution de blocs et de mystifications réalisant l'objectif suprême de la bourgeoisie: mener le prolétariat mondial à la guerre. Sans pour cela sous-estimer l'adhésion qu'a suscitée Saddam Hussein pour d'importantes masses du prolétariat international, à cause de la haine que ceux-ci ressentent face aux états gendarmes des grandes puissances impérialistes, il nous semble que le "boucher de Bagdad" est bien trop brûlé face à ses propres troupes et sa population (de la même manière que le sont Yasser Arrafat et Kadhafi), que pour atteindre les objectifs suprêmes du Capital. Cette affirmation n'exclut cependant pas le développement de la polarisation et des conflits militaires à court terme, mais vise à avertir du danger d'une polarisation bourgeoise internationale bien plus nette, bien plus "attrayante" et donc plus dangereuse pour le prolétariat mondial, si les mêmes drapeaux que ceux de Saddam Hussein sont repris par des fractions du Capital moins brûlées face à leurs propres populations.

Mais, affrontement immédiat dans le Golfe ou non, la nouvelle déclaration de guerre contre le prolétariat mondial n'en reste pas moins évidente depuis le début du mois d'août de cette année, lorsque dans les pays du monde entier, on a appelé à la mobilisation, à la défense de la patrie, et on a demandé de supporter une austérité beaucoup plus violente, justifiée et prétextée par la guerre que ceux-là mêmes préparaient.

L'agitation autour de la guerre du Golfe assume ainsi différentes fonctions.

Au-delà des évidentes contradictions inter-impérialistes qui ne constituent que la partie la plus visible des enjeux actuels pour la bourgeoisie, la véritable croisade menée par la bourgeoisie occidentale "progressiste et civilisée" pour mater "Saddam le Barbare", manifeste la confirmation du rôle de gendarme international que ce camp bourgeois joue et prétend jouer dans le monde. Les croisés de la Démocratie, à coups de glasnost et de campagnes pour les Droits de l'Homme (bourgeois!), veulent garantir ainsi leur droit (4) d'intervenir où bon leur semble afin d'affirmer chaque fois plus la dictature terroriste de la liberté d'échange et d'entreprise sur le monde, la dictature de la Démocratie!

La possibilité évoquée par la France, l'URSS et les Etats-Unis d'assumer une action armée à l'encontre de Ceaucescu, en décembre de l'année passée, lors des luttes en Roumanie (voir le texte correspondant dans la revue précédente), consistait déjà un pas supplémentaire dans l'affirmation du processus guerrier que les gendarmes de la démocratie entendent imposer au prolétariat. L'envoi de troupes américaines, françaises, anglaises dans le Golfe, accompagné des bons voeux de Moscou et des Nations-Unies n'est que la continuité de la préparation à une guerre totale, beaucoup plus généralisée, comme solution finale proposée par le Capital pour résoudre la crise qui le secoue.

Les pas dans cette préparation à la guerre se marquent aujourd'hui principalement par l'ambiance de terreur composée autour de ces tensions dans le Golfe, comme dans tout le Moyen-Orient et secondairement, par la militarisation d'autres conflits, tant en Afrique qu'en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Parallèlement aux campagnes pacifistes qui tendent à prouver que la guerre est bien la dernière chose à laquelle la bourgeoisie se résoudrait, on prépare ainsi le prolétariat à s'accoutumer à l'idée de la guerre avant que de l'envoyer prendre les premières balles au front. Mais la guerre est déjà bien plus qu'une idée pour les milliers et les milliers de miliciens envoyés au front dans le cadre de leur service militaire: pour eux, pour leurs amis et leurs familles, crever à vingt ans pour satisfaire les intérêts des marchands est, déjà aujourd'hui, une perspective bien matérielle.

La catastrophe de la société du Capital est chaque fois moins occultable: la paix criminelle (les conférences sur l'enfance reconnaissent que 40.000 enfants sont assassinés chaque jour par "la misère"), associée à une dépression explosive qui a déjà commencé, sera combinée à des guerres impressionnantes dont personne ne pourra limiter la barbarie, pas plus que la prévoir.

La barbarie et la guerre ne sont pas dans le Golfe, ni dans un autre coin du monde, mais bien partout, dans la vie courante, dans le fait d'être condamné au chômage, au travail, à la misère, à l'austérité, à la défense de la patrie, à la persécution, à la prison...

En effet, tout le spectacle autour du Golfe, l'ensemble de ce qui se fait et se dit aujourd'hui autour du Golfe vise à nous faire oublier que la véritable guerre est ici et maintenant, face à la bourgeoisie qui nous exploite et nous terrorise. La véritable guerre est la guerre menée par "nos" gouvernements pour nous imposer l'austérité et nous faire taire aujourd'hui toute opposition face au "danger de guerre". La guerre n'est pas cette idée lointaine et si éloignée de nous: la guerre, c'est ici et maintenant, celle que la bourgeoisie mène contre notre classe pour l'exploiter plus encore, et lui faire porter le poids de la crise capitaliste, le poids de la misère qu'on nous propose, le poids de conditions de vie chaque fois plus merdiques avant le poids de la mort et la paix des tombes!

Dans la survie de tous les jours à laquelle nous sommes condamnés, s'exprime aujourd'hui plus que jamais le cannibalisme suprême de décades de contre-révolution. Ce sinistre monde de mort et de terreur d'Etat, ne pourra seulement être mis en terre que par la lutte prolétarienne, par la révolution.

Du point de vue de l'humanité entière, il n'y a pas d'autre chemin, d'autre issue que de répondre à la violence et au terrorisme de cette société en putréfaction, par la violence et le terrorisme libérateur du prolétariat révolutionnaire. Aujourd'hui comme toujours, nous luttons pour la constitution du prolétariat en classe et donc en Parti Mondial, véritable fossoyeur de cette société criminelle.
 
 

12 novembre 1990
 



 
 

NOTES :

1. Cela fait plusieurs années que notre groupe dénonce de façon permanente, la guerre Iran/Irak comme une guerre du capital contre le prolétariat des deux pays, et sur base d'éléments concrets envoyés par nos camarades dans ces pays et/ou dans les camps de réfugiés, nous n'avons pas cessé de dénoncer des deux côtés du front, la lutte des Etats terroristes pour encadrer le prolétariat.

2. Cette question de définir quand il s'agit d'une "prise d'otages" et quand il s'agit d'"arrestation de délinquants", comme pour tout ce qui concerne les moyens de fabrication de l'opinion publique, est arbitraire, subjectif (point de vue de classe et de fraction), et absurde. Ce qui nous apparait clairement, c'est que le même fait, selon celui qui le présente est tantôt "prise d'otage et violation des droits internationaux", tantôt "persécution de terroristes réfugiés dans les ambassades", comme cela s'est présenté il y a peu lorsque les soldats français encerclaient l'ambassade d'Iran dans ce pays pour s'emparer de tel ou tel représentant. Ce qui semble également évident, c'est que dans toute cette question des "otages", on nous vend la Tour Eiffel, on nous magouille; on peut en effet difficilement s'expliquer comment les diplomates sont pris en otage... et que presqu'en même temps, les journaux du monde entier nous annoncent que "l'Irak durcit sa position et expulse des dizaines de diplomates occidentaux", parmi lesquels on retrouve les responsables militaires des principales puissances occidentales. Personne n'a jamais vu expulser... ceux qu'on détient en otage!!! Et encore moins lorsqu'il s'agit des colonels et généraux occidentaux qui constitueraient, de leur point de vue, les otages par excellence. Cela ne s'explique pas, sauf... si l'on comprend que déjà maintenant ils sont occupés à se mettre d'accord, dans les coulisses du spectacle, et qu'ils s'arrangent entre eux pour "expulser mutuellement" les bourgeois importants des deux camps, et que les véritables otages donc, ne sont pas ces hauts personnages, mais bien les travailleurs de l'un et de l'autre pays, la population civile,... Et en réalité nous savons que derrière le show qu'ils nous font, les bourgeois négocient toujours entre eux et s'embrassent en secret, pendant que les seuls et véritables otages sont les prolétaires des deux camps.

3. De toutes façons, ce ne sont jamais les prétextes pour déclencher une guerre qui manqueront! Et pour ceux qui en doutent encore, il suffit de regarder les affrontements militaires au Rwanda qui ont constitué un prétexte suffisant pour une autre intervention militaire de ces assassins et tortionnaires avec permis officiel, que sont les paracommandos français et belges, qui iront tuer comme toujours, au nom d'une "mission humanitaire".

4. Comme tout droit, basé sur la force et la violence!
 


CE32.1 Editorial : Contre la guerre et la paix de ce monde de merde