INTRODUCTION : DU DEBUT DU SIECLE A AUJOURD’HUI

L'activité des militants révolutionnaires est totalement déterminée par les antagonismes irréconciliables entre bourgeoisie et prolétariat, et cela dans toutes les époques. Cependant nul ne saurait douter que la façon dont s'exprime ces antagonismes varie en fonction des périodes historiques, c'estàdire en fonction du RAPPORT DE FORCE ENTRE LES CLASSES.

Ce rapport détermine l'ouverture ou la fermeture de certaines possibilités. Si donc les fondements de l'antagonisme et les tâches des militants révolutionnaires ne varient jamais, les possibilités et l'importance RELATIVE de chaque tâche varient quant à elles.

C'est donc l'assumation de la totalité des tâches la déterminées par l'antagonisme social qui caractérise la militance révolutionnaire, mais cet te réalité est relativisée par le rapport de force entre le classes.

Le but du présent travai1 est de mettre en avant un ensemble d'éléments permettant de mieux saisir la période historique présente, pour mieux s'y situer pratiquement. Il s'agit de donner un cadre plus précis et plus rigoureux à notre activité en mettant en avant les possibilités actuelles.

Il n'est pas question pour nous d'aligner ici les chiffres de l'OCDE pour "prouver" que nous vivons dans une période de crise et induire par là un lien mécanique entre crise  économique   du   Capital et la lutte de classe.

Lorsque nous parlons de la situation internationale, il ne s'agit pas de définir les rapports entre les différents impérialismes, de décrire les courbes de croissance, ou encore de comparer les Produits Nationaux Brut,... mais bel et bien d'évaluer la situation du prolétariat mondial dans la lutte qui l'oppose incessamment à la bourgeoisie; autrement dit, il s'agit de déterminer, d'évaluer, de vérifier la capacité du proléta­riat à être sujet de sa propre histoire.

Et s'il est vrai que cette réalité est influencée par la crise économique (et nous verrons comment), l'affrontement social la lutte de classes donc n'en demeure pas moins le facteur essentiel, central, pri­mordial, celui à partir duquel il est possible d'expliquer les autres, précisément parce qu'il les a façonnés. La crise impose évidemment des décisions à la bourgeoisie et ces décisions découlent directement de l'af­frontement social entre les classes: le développement de l'austérité et les idéologies antiouvrières sont des exemples de ce que, sur base de la lutte de classes, la bourgeoisie doit développer comme action contre le prolétariat. Mais il est ridicule, sur base des efforts que fait la bourgeoisie pour compenser les effets de la crise, et sur base aussi de la résistance qu'offre le proléta­riat aux mesures prises, d'en déduire que la crise est le sujet de l'histoire.

Il est évident que l'analyse que nous tentons de faire du rapport de force entre les classes prend comme référence l'histoire du prolétariat, c'estàdire les moments où celuici a su s'imposer comme sujet de sa propre histoire. Nous nous référons à la lutte de notre classe, à la fois du fait de l'évident parti pris qui  est le nôtre, mais aussi parce que la lutte prolétarienne est, en tant qu'action sur le monde, l'explication du monde bourgeois, de sa réalité inhumaine et de son caractère transitoire. Au plus notre classe, par sa pratique révolutionnaire remet en cause la paix sociale, au plus apparaît clairement la nature réelle du monde bourgeois, au plus apparaît l'omniprésence de 1'irréconcia1iab1e antagonisme entre les classes, tel qu'il ne peut se résoudre que dans la révolution communiste.

Pour avancer dans la question qui nous est aujourd'hui posée par la réalité à savoir, la situation du prolétariat que nous considérons comme très mauvaise et déterminer les moyens de changer cette sinistre réalité, nous devons nous baser sur l'expéri­ence la plus profonde qu'ait connu notre classe: la vague mondiale de lutte de 1917 à 1923, la plus riche en leçons de toutes sortes. Nous nous basons également, à un deuxième niveau, sur la vague de lutte de 1967 à 1973 qui fit une lézarde dans le mur de la contrerévo1ution érigée sur les ruines du mouvement révolutionnaire écrasé en 1923. Au travers de ces expé­riences, nous réaffirmons l'in­variance des déterminations so­ciales du mouvement communiste et donc de ses points de pas­sages ob1igés.

Il peut sembler étran­ge de prendre comme référence, dans cette introduction, le début du siècle, et ce point de repère pourrait donner à penser (pour ceux qui n'auraient jamais lu nos revues) que nous croyons à l'existence d'un changement de nature quelconque dans le capi­talisme. Nos lecteurs savent à suffisance que nous connaissons et dénonçons l'imbécillité de toutes les théories décadentistes qui ne servent qu'à justi­fier, pour les reproduire, l'en­semble des faiblesses de la classe  ouvrière dans le  passé, et qui ont donc pour fonction la défense de pratiques bourgeoises.

Nous savons que le Capital n'a pas changé de natu­re, qu'il ne changera pas de nature et qu'il doit être dé­truit par le prolétariat. Au travers de ces contradictions mortelles, l'ensemble des anta­gonismes n'a cessé de croître et ne peut connaître de solutionnements que dans la révolution.

Cependant, le rythme du mouvement révolution/contrerévolution, ainsi que les ten­dances qui y sont apparues, permettent de mettre en avant différents éléments pour déter­miner les limites, les faibles­ses et les point de force des luttes à venir. Loin d'être produits de la conscience et de la volonté des militants ou des chefs révolutionnaires, les points de force ou de faiblesse sont produits des formes de développement que prend l'anta­gonisme social dans une période historique donnée et sont déter­minés par les lignes générales du développement du capitalisme et de la lutte ouvrière.

Et si nous parlons ici du début du siècle, c'est parce qu'au travers du développement des contradictions, au travers du développement de la révolu­tion et de la contrerévolution, il semble que la période actuel­le aie plus d'un point commun avec cellelà. Cette affirma­tion, nous la faisons à contrecourant de ce que la situation immédiate donne à voir, à con­trecourant donc des idéologies bourgeoises. Cellesci tentent de nous faire croire, sur base de changements concrets réels mais secondaires, que la nature des choses a changé, que la question du bouleversement révo­lutionnaire de la société ne se joue plus, si ce n'est peutêtre pour certaines "dictatures fascistes", etc.. Il s'agit à la fois de cacher la nature réelle  des mouvements révolutionnaires du passé et de "boucher" l'avenir de notre classe. Face à cela, nous reven­diquons et tirons les leçons des luttes de notre classe dans le passé, et nous affirmons que le développement d'une vague mon­diale de lutte ouvrière remet­tant en question l'ensemble de l'ordre bourgeois est de plus en plus à l'ordre du jour, et cela malgré d'immenses  difficultés  que nous ne devons pas nous cacher.

Nous nous trouvons, en effet, à la conjonction de deux facteurs fondamentaux qui peu­vent permettre le dépassement d'un ensemble de limites que la bourgeoisie imposent par la vio­lence à nos luttes. Et si nous précisons "peuvent permettre", c'est parce que si ces facteurs sont bien indispensables, il n'en reste pas moins que LE facteur déterminant qui les transformera en réelles condi­tions de la révolution reste, bien entendu, la pratique révo­lutionnaire de notre classe et de ses avantgardes. Ces deux facteurs sont d'une part, le développement rapide d'une crise économique extrêmement profonde qui détermine un appauvrissement tout aussi rapide de la classe ouvrière et qui ne peut débou­cher que sur une guerre généra­lisée, et d'autre part, l'exis­tence d'un prolétariat qui, pour l'instant, est assez peu ratta­ché positivement au char de l'Etat bourgeois. La réalité du monde bourgeois est qu'en dehors de la lutte, les prolétaires n'ont pas d'autres choix que d'être liés à ce monde et à son Etat, ne seraitce que par le travail. Et cela nous oblige à mettre les différentes formes de re1ativisation en avant. Nous allons éclairer immédiatement notre propos en l'élargissant. Cet élargissement nous le ferons en comparant la période actuelle avec trois moments "clé" de ce siècle. La guerre et la vague de lutte de 1723, la guerre de 3945, et enfin, la vague de 6773. L'analyse de ces périodes démontre à elleseule 1'imbéci1ité de ceux qui prétendent faire une liaison mécanique entre crise, paupérisme et lutte de classe mondiale. Si bien évidemment, la paupérisation que subit le pro­létariat avant, et surtout pen­dant la guerre de '14, fut un des facteurs du développement des luttes ouvrières, la misère, mille fois plus importante et les destructions, mille fois plus généralisées de la guerre de '39'45, engendrèrent quant à elles, des luttes beaucoup moins importantes; d'un autre côté, le développement de la vague de lutte de 19671973, qui sera beaucoup plus profond que les luttes qui se déroulèrent pen­dant et après la "seconde" guer­re mondiale, se fait sur base d'une situation générale beau­coup moins pénible en terme relatif et absolu que la crise des années 30 et la guerre qui s'ensuivit. La différence fon­damentale est que le prolétariat est totalement écrasé, détruit, atomisé, à la sortie de la vague de lutte de '23 par l'écrasement de celleci. L'ampleur de la lutte, la peur qu'elle a causé àla bourgeoisie mondiale, a dé­terminé une répression sans li­mite, provoquant l'assassinat de tous les cadres prolétariens, la destruction de différentes manières de toutes ses organisa­tions et une repolarisation interbourgeoise de toute la société.

Sur base de cet écra­sement, toute l'histoire des luttes qui l'ont précédé est réécrite. Sur base de cet écra­sement, leur nature réelle est annihilée. Sur base de cet écrasement, de nouvelles et for­midables barrières sont érigées contre la lutte ouvrière et cela notamment par la cooptation d'ouvriers, voire d'organisa­tions ouvrières entières, au sein de l'Etat bourgeois. C'est tout autant le massacre physi­que de tous ceux qui résistent à cette formidable vague contrerévolutionnaire que le dévelop­pement  des syndicats  "rouges",que la "bo1chévisation" des par­tis qui furent communistes, que la création de partis "communistes" directement contrerévolutionnaires, ou en­core, le développement imposé du "parlementarisme révolution­naire", du "syndicalisme rouge", de la création des partis "com­munistes" de masses, ... qui expriment la profondeur de la contrerévolution. C'est enfin la formidable polarisation entre les "pays socialistes", la "démocratie" et le "fascisme" (de fait entre parlementarisme et bonapartisme, futil "ou­vrier"), qui achève d'atomiser le pro1étariat.

Sur les ruines de la plus formidable expérience du prolétariat, la bourgeoisie a pu reconstruire tout son appareil de domination, en le consolidant et en le rendant plus fort encore et plus compact qu'aupa­ravant. C'est face à ce niveau de terreur bourgeoise que se trouve confronté un prolétariat, sans lien et pratiquement sans contact ni organisation, lors­qu'il va subir toutes les ri­gueurs de la crise dans les années 2030 et la guerre qui s'ensuivit. Cela explique pour­quoi les luttes glorieuses qu'il a menées durant cette période sont restées tellement isolées. Pourtant, entre '67 et '73, réapparaît une vague mondiale de lutte où le prolétariat va réus­sir, pour la première fois de­puis l'écrasement de 1923, à redevenir sujet de sa propre histoire, à remettre en question l'ordre bourgeois et cela malgré que la situation économique soit beaucoup moins désastreuse qu'aujourd'hui, qu'en 1917 ou que dans les années '30, toutes proportions gardées bien entendu.

Or, la question de la profondeur de la crise économi­que n'est pas de peu d'importan­ce. Elle détermine ou non, par exemple, l’homogénéisation de la situation immédiate du proléta­riat, de même qu'elle détermine les cartes qu'en cas de dévelop­pement massif de la lutte et de 1'associationnisme ouvrier, la bourgeoisie pourra jouer pour essayer de diviser et d'atomiser la classe ouvrière.

Les années '60 ont vu le développement d'une paupéri­sation qui bien que brutale n'en restait pas moins globalement RELATIVE. C'est ce qui permit à la bourgeoisie d'augmenter les salaires réels de la classe ouvrière dans certains pays (évidemment beaucoup moins vite que l'exploitation) pour briser des luttes. Cela a également déterminé de profonds décalages dans les luttes ouvrières dans le monde: la remise en question du monde était très violente et totalisante en Amérique Latine; au Moyen Orient, par contre, les luttes restèrent assez faibles au cours de la même période; et en Europe, malgré la ferveur des médias et le spectacle qu'en firent les gauchistes, les af­frontements restèrent très limi­tés. Ces décalages s'expli­quent par tout un ensemble de conditions (la faiblesse des luttes au Moyen Orient, par exemple, s'explique notamment par la défaite des luttes dans les années '50 et les campagnes de polarisation arabes / sionis­tes), mais dont la plus détermi­nante est sans conteste, la capacité que la bourgeoisie avait encore de moduler ses atta­ques antiouvrières. Et si, à terme, les mêmes mesures de­vaient bien évidemment être prises partout, la profondeur, le rythme, la forme, le moment où ces mesures devaient être prises, pouvaient varier de pays à pays, ou même de régions à régions, mais aussi entre diffé­rentes franges du prolétariat vivant dans un même pays, etc.

Or, précisément, l'en­semble de ces décalages diminue avec l'approfondissement de la crise. Les mesures que prend la bourgeoisie tendent de plus en plus à développer la paupérisa­tion de l'ensemble de la  classe ouvrière, et cela partout dans le monde, même si des décalages existent toujours puisqu'il s'a­git d'un mouvement qui, loin de les faire disparaître d'un coup de baguette magique, les atté­nuent progressivement. Tout ce mouvement se déroule alors que l'ensemble des idéologies que la bourgeoisie a mis en avant à la fin de la vague révolutionnaire de 1923, ont partiellement perdu de leur force. C'est ce qui explique que si le prolétariat est lié à l'Etat, simplement par sa nonlutte actuelle, cet enrô­lement est beaucoup moins fort qu’il ne le fut.

II s'agit beaucoup plus de subir la répression de la bourgeoisie que de soutenir activement, de participer à ses campagnes. Encore que, comme de bien entendu, et nous allons en reparler, la bourgeoisie mette énormément d'énergie à changer cet état de chose. Mais aujour­d'hui en tous cas, elle ne pos­sède pas une alternative RADICALE ET VIERGE pour encadrer les prolétaires et les transfor­mer en agents actifs de leur assassinat massif. Cela ne si­gnifie évidemment pas que la bourgeoisie ne puisse créer quelque chose en ce sens: les tentatives actuelles de pré­encadrer tout mouvement surgis­sant dans des structures alternatives, telles les coordinations dont la plupart ont d'em­blée et totalement un contenuréactionnaire, en sont les meil­leures preuves. Mais aujour­d'hui, des structures de ce type ne peuvent avoir toute la formi­dable puissance, toute l'aura qu'avaient les partis et l'Internationale "Communiste" après l'écrasement de 1923.

Si donc la défaite de 1973 a pu donner une relance à la contrerévolution amorcée en 1923, et si dans différents pays, elle a permis (à l'image de l'importance de la remise en question de la société dans ces pays) le massacre généralisé des prolétaires et la dispersion de 1' avantgarde  qui  tentait  de surgir de ces luttes, voire même la recrédibi1isation partielle de la société (cf. la "démocrati­sation", l'amnistie, etc., en Amérique Latine), l'importance relative des différents éléments de la révolution et de la contrerévolution donne néan­moins à penser que la défaite de 1973 sera moins lourde et ce, notamment dans le temps que celle de 1923, même si cette défaite comporte, comme nous l'avons souligné, toutes les marques de la contrerévolution (disparition des cadres, rupture de la continuité organique entre les générations de révolution­naires, etc.). Pour resynthéti­ser, il s'agit plus, à partir de 1973, de la re1ance d'un cycle de contrerévolution, avec tou­tes les conséquences que cela peut avoir, que de 1'ouverture d'un nouveau cycle de contrerévolution.

Mais quelles étaient donc les bases du développement des luttes dans les années '60 ? Le cadre en était:

1)            Le développement rapide du taux d'exploitation; la paupéri­sation relative qui s'ac­croît partout dans le mon­de.

2)            L'exis­tence d'un prolétariat qui a connu les luttes de l'aprèsguerre  et la  des­truction des rêves et idéo­logies que la bourgeoisie a mis en avant pour  écraser cellesci (prospérité  pour tous, diminution à courtterme du temps  de tra­vail…).

3)            Comme concrétisation particulière de  ce  dernier  point,  le développement  de la guerre du Vietnam venant  démentir de façon flagrante le mythe de "la dernière guerre pour sauver  l'humanité du  fas­cisme". Les  prolétaires aux  USA voyaient très  mal l'utilité de mourir dans un pays qu'ils étaient pour la plupart incapable de situer sur une carte. En ce sens, la guerre du Vietnam fut un élément concret très puis­sant pour montrer l'ab­surdité de la guerre, l'ab­surdité de l'effort de re­construction et du mythe du "bonheur enfin trouvé".

4)            La décep­tion des prolétaires, dont les luttes des années '50 furent encadrées par les luttes de libération natio­nale qui, très vite, dans la réalité quotidienne de la classe ouvrière, de­vaient montrer leurs carac­tères profondément antipro1étariens.

La lutte dans les an­nées 6773 s'est développée d'une manière extrêmement ra­pide et brutale. Le prolétariat a remis massivement la société en question sans avoir eu le temps de forger des liens, de développer son associationnisme. Il a posé la question de la destruction de l'Etat bourgeois et de toutes ses structures sans avoir eu le temps de se réappro­prier son histoire, dont la profondeur de la contrerévolution l'avait pratiquement totalement coupée. Le surgissement de la lutte, mais aussi de la répression bourgeoise, fut tellement rapide que le prolé­tariat n'a pas eu le temps de forger la direction que le mou­vement révolutionnaire néces­site. Les rares groupes ouvriers qui ont essayé de maintenir le lien avec le passé, et qui ont tenté de tirer le bilan de la vague de 1723 avaient déjà, soit disparu, soit étaient dé­passés par la vague et s'avérè­rent incapables de lui donner une direction centrale et cen­tralisatrice. Cette réalité fut d'autant plus forte que l'espace économicopolitique dont dispo­sait la bourgeoisie lui permis de séparer le prolétariat et  de le battre région par région. Et si le déploiement formidable de la violence bourgeoise fut, cer­tes, un facteur de la défaite ouvrière, c'est bien parce qu'e­xistait un terrain social per­mettant de séparer les masses ouvrières de ses éléments les plus décidés, que cette même violence pu s'exprimer à cette échelle. Les cadres révolution­naires furent assassinés et tor­turés sur une échelle jamais connue, la bourgeoisie utilisant les disparitions comme moyen de gouvernement. Or, en mettant en avant, parallèlement à cela, un certain nombre de réformes, la bourgeoisie a pu empêcher que se développe une continuité dans les luttes qui aurait chaque fois rendu plus indispensable et possible, la réappropriation du passé de notre classe, la ré­émergence des liens internatio­naux du prolétariat, de sa pres­se, etc.

A partir de ce court tableau du cadre et des condi­tions dans lesquelles le prolé­tariat a lutté et a été vaincu au début des années '70, quel­ques remarques s'imposent en terme d'évaluation et de pers­pectives pour la période actuel­le.

Depuis les années '60 et les luttes qui se déclenchè­rent durant cette période, le seul changement qui se soit réalisé, est constitué par L'APPROFONDISSEMENT DE TOUTES LES CONTRADICTIONS. La bourgeoi­sie n'a réussi à mettre aucune réforme en avant qui ait trans­formé qualitativement la situa­tion, et cela non pas parce qu'elle en est incapable, mais parce que la seule réforme qui, dans cette période historique, permettrait un changement quali­tatif de la situation est la guerre généralisée à l'ensemble de la planète. Or celleci est prématurée. Prématurée dans les besoins d'abord, puisque la bourgeoisie peut encore puiser un sursis dans l'aggravation des  conditions de vie du prolétariat mondial, mais prématurée également dans les possibilités, parce que le prolétariat, sou­mis, atomisé et défait comme il l'est aujourd'hui, n'est pas encore prêt à partir la "fleur au fusil". L'austérité massive, avec sa défense de l'entreprise puis de la patrie dans la con­currence mondiale, avec le déve­loppement de la concurrence in­dividuelle et individualiste au sein des prolétaires, avec le développement accéléré de la répression des "traîtres, des saboteurs, des hooligans, des parasites, des agents de l'impé­rialisme...", constitue bien entendu un moment indispensable au renforcement de l'union na­tionale et donc un pas important dans le sens de la préparation à la guerre.

Mais le développement de l'ensemble des facteurs qui ont poussé aux luttes des années '60 était également constitué par le développement des guerres, par le développement de la mi­sère de plus en plus générali­sée, par le fait, toujours plus évident, que la seule perspec­tive envisageable pour réformer le monde soit la guerre mon­diale sur une échelle jamais connue. Un ensemble de carac­téristiques qui ont poussé aux luttes des années 6773 se re­trouvent donc aussi dans les explosions de luttes ouvrières de ces dernières années, qu'il s'agisse du Maroc, de l'Algérie, des pays de l'Est (Pologne , Kosovo, Russie, ...), de l'Ar­gentine (Cf. le texte dans cette revue), de la Birmanie (Idem) ou de la Corée. Mais si ces luttes ont certaines des caractéristi­ques de celles de la vague 6773 et notamment le fait d'être des explosions extrêmement rapides et brutales qui, bien souvent, surprennent la bourgeoisie dans un premier temps, l'absence to­tale de perspectives révolution­naires et l'absence dramatique d'organisation et de direction de la lutte en ce sens, sont des différences notables et inquié­tantes d'avec les mouvements des années '60. De plus, l'écrasement extrêmement rapide de ces explosions ouvrières, écrasement dû, entre autre, à l'incapacité organisationne11e du prolétariat à généraliser ses luttes, ne laisse pas au prolétariat le temps nécessaire à la réémergen­ce des indispensables liens ré­volutionnaires qui furent dé­truits par la contrerévolution des années '20, renforcée par celle des années '60, bref par presque 70 ans de contrerévolution triomphante quasi ininterrompue. Une expression de l'inexistence de ces liens est l'absence de presse ouvrière massive, symptôme dramatique du fossé qui sépare encore le pro­létariat de la révolution.

Une phase révolution­naire ne peut s'ouvrir qu'avec un développement de l'organisa­tion, de la conscience, de la direction, et cela est impossi­ble sans la réappropriation théorique et pratique du passé du prolétariat, sans la réappa­rition de sa centralisation mon­diale et ce, à un niveau supé­rieur, puisque non seulement le niveau le plus élevé du passé se révèle insuffisant, mais qu'en plus la bourgeoisie a tiré des leçons du passé, or, on ne peut discerner aujourd'hui, des élé­ments donnant à penser que les luttes futures se développeront sur un canevas autre.

Les explosions actuel­les de rages ouvrières, qui mettent très rapidement en question l'ensemble des structures et idéologies de la société, entraînent des réac­tions extrêmement brutales de la part de l'Etat et la généralisa­tion des méthodes de gouverne­ment les plus atroces, qu'il s'agisse des disparitions mas­sives, de l'envoi de gosses sur le front, de la torture ou du bombardement des villes ou quar­tiers ouvriers. Cette répression renforce encore la nonorganisation, la désorganisation du prolétariat. Le décalage entre le niveau d'expérience, de

préparation et d'organisation de la bourgeoisie, et celui du prolétariat apparaît encore plus profondément, et cela d'autant plus que DE TOUT TEMPS, LA BOURGEOISIE S'EST ORGANISEE DI­RECTEMENT ET ESSENTIELLEMENT CONTRE LE PROLETARIAT, et dis­pose donc d'une expérience his­torique bien plus large.

Ce décalage prend d'autant plus de poids dans ces luttes qui (comme en Argentine, en Chine et en Algérie) explo­sent très vite et très fort et où le prolétariat se trouve immédiatement face à un dévelop­pement très brutal de l'affron­tement social, et de la répres­sion, sans structure ni direction. Toutes ces difficultés révèlent de façon plus aiguë encore, la nécessité du travail de préparation que mènent les fractions communistes depuis toujours.

Mais cela serait bien défaitiste que de ne mettre que cet aspectlà en avant sans souligner un autre aspect plus encourageant pour le futur. Si, dans les années '70, la bour­geoisie possédait encore des cartes économicopolitiques à jouer (augmentation du salaire réel dans certaines régions du globe par exemple) qui ont per­mis d'isoler les avantgardes ouvrières et de les réprimer, ces cartes n'ont cessé de dimi­nuer. Aujourd'hui, la bourgeoi­sie ne peut plus espérer trouver un sursis important dans des réformes quelconques. Elle se trouve contrainte d'augmenter très rapidement toutes les me­sures antiouvrières et de pré­parer la généralisation à l'é­chelle mondiale de la guerre. Et de fait, elle homogénéise rapidement la situation du pro­létariat mondial, tout en limi­tant les alternatives bour­geoises. La dégradation perma­nente des conditions de vie du prolétariat s'accélérant, même après une défaite importante, celuici n'a plus d'autre alter­native que de reprendre la lutte ou se laisser massacrer que cela soit par la faim ou par la guer­re. Cette réalité le pousse à reprendre rapidement la lutte, renforçant les possibilités pour que la classe tire les leçons des luttes précédentes. De plus, les luttes qui se dérou­lent à un endroit du globe peuvent d'autant plus servir d'exemple que la situation qui les a déclenché fait de plus en plus directement écho à la situ­ation du prolétariat partout ailleurs; les prolétaires en Argentine viennent de le prouver en suivant l'exemple de leurs frères de classe au Brésil et au Venezuela. La façon dont les classes s'affrontent fait égale­ment et directement écho à la façon dont elles se sont affron­tées ailleurs. En cela, et dans l'existence de chaque lutte de prolétaires ayant vécu les luttes précédentes et ayant tiré des leçons de différents types comme par exemple sur les partis politiques de la bour­geoisie, sur sa gauche et ses syndicats se trouvent les pos­sibilités de développement qua­litatif et quantitatif des luttes. Il devient également de plus en plus clair que chaque fraction de la bourgeoisie qui vient au gouvernement prend exactement les mêmes mesures que la fraction qui là précédait. Le mouvement de décrédibi1isation de toutes les fractions bour­geoises que cela implique, se renforce encore du fait même de la lutte et de sa répression par toutes ces fractions.

Maintenant, il ne s'a­git pas non plus de s'illusion­ner: s'il est vrai que l'homogé­néisation dans la répression et la défaite peut constituer, à partir de la similarité d'expé­rience, un facteur renforçant la conscience prolétarienne de l'universalité de sa situation, une défaite ouvrière peut, par son ampleur, remettre l'avenir des luttes en question. Le déclenchement de la guerre est, par exemple, d'abord un facteur d'écrasement du prolétariat même si cela peut ensuite devenir un facteur de renforcement des luttes ouvrières.

Ces difficultés ne rendent que plus évident la nécessité de préparer dès au­jourd'hui ce qui sera le point de passage obligé des luttes du futur (comme ce fut le cas pour celles du passé): l'indispensa­ble travail de préparation des minorités d'avantgarde. Seule cette préparation, cette organi­sation peut permettre à chaque moment de la lutte ouvrière d'exprimer l'ensemble de ses potentialités et de diminuer donc les conséquences de la contrerévolution, permettant de la sorte à la révolution de resurgir chaque fois plus forte, chaque fois plus massive et décidée.

Avec 1'exacerbation de toutes les contradictions, tel­les que nous les avons ici énumérées, nous pouvons donc mettre en avant un relatif optimisme pour ce qui est des luttes à long terme: le Capital a large­ment développé et concentré son fossoyeur historique le pro­létariat ainsi que toutes les conditions de sa lutte histori­que. Nous sommes cependant beaucoup plus pessimiste en ce qui concerne le court terme, dans la mesure où le prolétariat a laissé détruire tous les liens qui l'unissent à luimême, à son passé et à son devenir. Les explosions de rage ouvrière de ces dernières années, et dont nous tirons des leçons de quel­ques unes d'entre elles dans cette même revue, laissent voir en lettre de feu et de sang toutes leurs faiblesses: inorga­nisation, apolitisme, individua1isme.

Les premières grosses luttes ouvrières déclencheront sans doute une contrerévolution compacte et puissante et qui, en révélant plus crûment encore la réalité de ce monde, ouvrira à coup sûr la possibilité d'un dépassement révolutionnaire de ces 1imites.

Le regroupement mili­tant et la centralisation de notre communauté de lutte sont indispensables dès aujourd'hui parce qu'ils constituent des moments essentiels de la réappropriation de notre totalité, parce qu'ils permettent l'indis­pensable préparation préalable à cette réappropriation, parce qu'ils forment la base réelle sur  laquelle devront se  tisser les liens du prolétariat.

Plus la vie du Capital sera longue et plus l'enfante­ment du communisme risque d'être douloureux. Il n'empêche que, quoiqu'en rêvent les bourgeois, le communisme s'imposera comme nécessité de ce monde. C'est inscrit en lettres indélébiles dans l'acte de naissance de leur société de mort.

LA SITUATION ACTUELLE : CRISE ET CONTREREVOLUTION

LA CONCURRENCE

I1 nous faut maintenant analyser la situation de notre classe sur un terme beaucoup plus court. C'estàdire voir comment s'exprime le rapport de force de façon beaucoup plus immédiate et comment il peut évoluer dans les quelques années à venir. 11 nous faut mettre en avant un autre niveau des consé­quences de la crise. Si au niveau le plus général et à long terme la crise détermine des luttes de classe, vu l'exacerbation des contradictions so­ciales, au niveau plus particu­lier et immédiat, elle détermine évidemment une détérioration des conditions de vie du proléta­riat. Mais cette détérioration implique aussi une plus grande difficulté à entrer en lutte, pas seulement parce que les sacrifices consentis deviennent plus lourds, mais aussi parce que la concurrence entre ou­vriers augmente, parce que la débrouille individuelle contre les autres se développe. Il est clair que dans une situation où il n'est pas possible d'imposer par un rapport de force collec­tif le respect de nos besoins, nombreux  sont ceux qui essayent à tout prix de garder leur place, acceptant les baisses de salaires, la détérioration des conditions et de l'ambiance du travail, etc. La débrouille individuelle, c'est la loi de la jungle capitaliste : "chacun pour soi contre les autres".

Dans un premier temps la crise a pu pousser les ouvriers à se détacher des structures de l'Etat, notamment les partis et les syndicats, en montrant pra­tiquement que ces derniers n'em­pêchaient ni les baisses de salaires, ni les expulsions, ni les licenciements massifs, en montrant que les "grèves" qu'ils organisaient ne signifiaient que des pertes de salaires et que tous les partis au pouvoir pre­naient exactement les mêmes me­sures antiouvrières (et que les autres proposaient fondamentale­ment les mêmes pour arracher un petit bout de pouvoir à ronger, en exhibant leurs capacités à prendre toutes les mesures anti­ouvrières qui s'imposent).

Ce type de décrédibilisation de l'Etat était d'évidence un pas en avant du prolétariat, un premier refus du consensus national, une des bases du développement des luttes contre l'austérité. Mais, comme tou­jours, cette situation ne pou­vait prendre son sens réel qu'en se développant, qu'en se trans­formant en refus actif , en lutte contre la société. N'importe quelle réaction ouvrière se doit de se donner une direction tant en terme formel qu'en terme réel sans quoi 1a bourgeoisie 1ui impose une direction qui va évidemment directement à l’encontre de ses buts premiers.

Les  réactions de  "dépolitisa­tion" et de "désyndica1isation" devaient  se transformer en  ac­tions  ouvrières  sous peine de devenir de_1'indifférentisme, de 1'égoîsme individue1, du réa1isme, un refus de "la"  politique en  général et donc un refus de la lutte. Pire, elles devaient servir de base à la réorganisa­tion des prolétaires encore plus atomisés au sein de et pour l'Etat bourgeois. Tant sur le plan "économique" que sur le plan "politique", c'est donc directement la débrouille indi­viduelle, la concurrence, le "chacun pour soi" dans et donc pour le système qui s'est large­ment développé !!

La concurrence signifie directement pousser l'autre au bas de l'échelle (sociale) pour garder sa place. La dépolitisa­tion qui partait de : "tous les hommes politiques disent et font la même chose" s'est transformée en:  "je m'occupe de mes affaires, le reste du monde peut crever!!".

   

LES NOUVELLES MESURES ECONOMIQUES

Si cette réalité est évidemment basée sur la misère grandissante, elle est aussi le produit de la gestion assurément intelligente, par les bourgeois, de la crise et des nécessités économiques qu'elle impose. En premier lieu figure une gestion de la force de travail mieux appropriée aux besoins de cette période, et cela signifie néces­sairement le développement de mesures d'austérité drastiques partout dans 1e monde. C'est encore une fois contre la classe ouvrière que la bourgeoisie se trouve contrainte de montrer l'homogénéité de son monde, la nature mondiale du mode de pro­duction capitaliste qui déter­mine directement la nature mondiale de notre classe et de 1a révo1ution.

Ces mesures, nous pouvons rapidement les résumer en pre­nant quelques exemples partout dans le monde :

La France a connu un développe­ment massif du travail pré­caire et des sousemplois, soidisant "de forma­tion",sous payés. Emplois précaires et sousemplois qui permettent tout juste de survivre à condition de se passer de tout, et qui s'accompagnent de licencie­ments et d'expulsions mas­sives, d'une réduction des allocations et du temps de chômage, etc.

En Hongrie, la reconnaissance officielle du chômage cette année a été proclamée "ac­quis ouvrier" ! Il s'agit en fait avec la reconnais­sance du statut de chômeur et l'octroi d'allocations pendant quelques mois, de préparer des vagues de li­cenciements d'ouvriers "im­productifs". Ce pays a également introduit un im­pôt de 10% sur les revenus (grande première à l'Est) qui est censé être compensé (mais alors où serait son intérêt ?) par des augmen­tations de salaires de plus ou moins 8% ! ! Ce que l'E­tat ne dit pas, c'est que les heures supplémentaires, les 2ème et 3ème boulots (2ème travail après les heures prestées pour l'en­treprise  et/ou travail  en noir) ne sont évidemment pas augmentés alors qu'ils forment l'immense majorité du salaire réel.

Au Maroc, en Tunisie, en Algérie c'est l'heure du "réajuste­ment structurel". Il s'a­git en fait de plier les prolétaires aux exigences d'austérité du FMI. Cela se marque par "l'accentua­tion de la production vers le marché extérieur, (et) un coup de frein à la con­sommation intérieure". Au Maroc, entre '79 et '86 les prix du lait, du gaz, de la farine, du sucre ont augmenté de 133%, les sa­laires de ... 53%. En Tunisie, les produits de première nécessité connais­sent une augmentation con­tinue alors que les sa­laires ont diminué de 15% en termes réels et ce rien qu'entre '83 et '87. Offi­ciellement, le taux de chô­mage est de 17,5% en Algérie, en fait il est une fois et demi, voire deux fois plus important dans les trois pays. Là aussi, c'est de plus en plus les petits boulots journaliers, les petits trafics qui per­mettent de survivre au jour le jour.

En Equateur le chômage et le sousemploi touchent 50% de la population active. Et ce tant dans les villes, où les licenciements et ferme­tures d'entreprises se succèdent, que dans les campagnes où les paysans se trouvent démunis de terre. Encore et toujours, ce sont les emplois précaires, le travail en noir, la contre­bande qui sont les seuls moyens de survie.

Nous pourrions continuer longue­ment cette sinistre énumération mais cela n'aurait que très peu d'intérêt. Il nous semble plus intéressant de montrer à travers un exemple  le  travail   des enfants et trois pays clés la Chine, les USA, et la Russie la nature profonde de ces mesures et ce qu'elles vont permettre (outre les économies sur le capital variable) comme réformes "po1itiques" :

Les USA: la bourgeoisie améri­caine se gargarise aujour­d'hui de sa "relance" et des créations d'emplois ! Il s'agit là d'une de ces "vérités" bourgeoises qui, bien qu'ayant une base réelle, servent avant tout à cacher la réalité totale. Car s'il est vrai que le chômage a reculé en chif­fres bourgeois, s'il est vrai que ces toutes der­nières années il y a eu plus d'emplois crées que supprimés, cela n’est compréhensible  que lorsque l’on sait de quels emplois avec quels salaires il s’agit ! Et de fait, l’ensemble des nouveaux emplois créés rapporte un salaire global largement moindre que celui des emplois supprimés, bien que ceuxci soient nettement moins nombreux.A titred'exemp1e chiffrés: avec l'augmenta­tion du coût de la vie, une personne travaillant plein temps au salaire minimum garanti touche 60% de ce qui  est considéré comme le seui1 de pauvreté ! !

De 1978 à 1984 le nombre ceux que la bourgeoisie dénomme "pauvres" ou "misé­rables" qui travai1lent même à plein temps, a aug­menté de 66% ! Par ail­leurs, 77% des "hispanoaméricains" considérés com­me pauvres travaillent. De plus, les licenciements ont lieu dans les secteurs "traditionnels" : textile, sidérurgie, charbon,... où fermetures et restructura­tion se succèdent, ce qui signifie licenciements, investissement et augmenta­tion de l'intensité du tra­vai1. Les embauches (momentanées) se font de plus en plus (88% des nou­veaux emplois) dans les petites entreprises (moins de 20 personnes) où les salaires sont les plus bas, le contrôle patronal le plus fort et l'isolement le plus grand. De plus, on embauche de plus en plus "a la' tâche", et les estima­tions parlent de 8.000.000 de prolétaires  "flottants" d'un emploi à un autre entre deux périodes de chô­mage. Cela signifie donc un gigantesque développe­ment de la précarité du travail, des emplois sous payés et du chômage. L'exemple des USA le clame: la relance, c'est la mi­sère ouvrière ! !

En Chine: depuis le début des années '80 l'Etat met pro­gressivement fin à la poli­tique du "bol de riz en fer". Or celleci consis­tait en ce que tous les citoyens aient droit au minimum pour survivre, et ce, qu'ils soient considé­rés comme productifs ou non. N'en étaient privés "que" ceux que l'Etat ne considérait pas comme cito­yens, et notamment des Gar­des Rouges qui durant la "révolution culturelle" s'étaient autonomisés des fractions bourgeoises pour, plus ou moins clairement, affronter l'Etat. Ce sont eux également qui dans les années '80 ont mené des luttes violentes contre ce même Etat.

La politique du "bol de riz en fer" était un frein au développement de l'exploi­tation, notamment parce que les ouvriers savaient que même en travaillant comme des fous, ils n'obtiendraient rien de plus que ce minimum vital; les différenciations des salaires étaient faibles, il a fallu les renforcer, en les diminuant tous évidemment, et plus encore, les plus misérables. De surcroît cette politique interdisait les licencie­ments. Sa suppression et la reconnaissance du chô­mage ont permis des vagues gigantesques de licencie­ments.

L'Etat a clairement annoncé qu'il s'agissait de faire la chasse aux "abus", aux "sabotages" et à "la pares­se endémique de certains profiteurs". Les ouvriers "non productifs" perdent maintenant leurs emplois par dizaines de milliers et aussi leur droit au "bol de riz en fer". C'est par la faim que l'Etat en Chine entend faire pression sur les ouvriers (et leur sa­laire), les contraignant à plus d’heures de travail et plus de productivité. La concurrence entre les ouvriers s'en trouve monstrueusement exacerbée. Cette politique n'a pu être réalisée que grâce à la terreur sans limite qu'a essayé d'impo­ser l'Etat par l'intermé­diaire de contrôleurs (pro­tégés par l'armée) dans les entreprises. Ces contrô­leurs ont souvent essuyé la colère ouvrière et certains d'entre eux le payèrent de leur vie. Pour "éviter les excès de toutes parts", la bourgeoisie a autorisé la création de syndicats "libres". Ceuxci doivent permettre de réagir aux excès des patrons qui vou­draient renvoyer abusive­ment des ouvriers. En "échange", les syndicats doivent contrôler les ou­vriers et les empêcher de sortir de la légalité.

En URSS: La campagne menée ac­tuellement par Gorbatchev, audelà de ses effets mé­diatiques, est avant tout une campagne d'austérité et de développement de la pro­ductivité. Il s'agit d'une restructuration de l'économie en URSS. La reconnais­sance des "difficultés du peuple" sert d'abord à dé­noncer les carences économiques du système. Le message, en clair, est : "Développez énormément la productivité par l'augmen­tation de l'intensité et des  heures de travail, et les salaires réels de ceux qui le méritent augmenteront (un tout petit peu)". Entre temps s'organise la chasse systématique au "nonméritant". Les licen­ciements se développent et la chasse à "la paresse, aux sabotages, aux récupé­rations dans les entreprises s'organise". Par ailleurs, le développe­ment de l'autofinancement des entreprises signifie avant tout le développement de la misère ouvrière. Si le message officiel est : "Diminuez vos coûts, augmentez la productivité et vos gains, et l'entre­prise survivra", il signi­fie en clair : "Diminuez les salaires, augmentez l'exploitation et l'entre­prise survivra" ! L'Etat demande à tous et à chacun de participer à l'effort national pour re­construire l'économie. Et comme toujours, cette demande est appuyée par les baïonnettes dans le dos des pro1étaires.

Si la bourgeoisie parvient de la sorte à plus ou moins remettre en marche certains mécanismes économiques de­puis longtemps enrayés, les salaires, eux, n'ont cessé de diminuer. On trouve encore moins de choses dans les magasins, il faut tou­jours des années de sa­laires pour payer une voiture et attendre entre 10 et 15 ans pour avoir un logement.

Le travai1 des enfants : Un des chiffres qui illustre le mieux les mesures que prennent toutes les fractions bourgeoises est celui du travail des enfants et de la dégradation des condi­tions de celuici. Le Bureau International du Travail annonçait 52 mil­lions d'enfants au travail pour l'année 79 et 200 millions pour 88. Et tout le monde  s'accorde sur l'optimisme irrationnel des chiffres.

En GrandeBretagne, plus de 30% des enfants au travail y ont été blessés. En URSS, il y avait officiel­lement 31.000 enfants hos­pitalisés pour accidents de travail en '84 et 35.000 en '86. En outre, les bri­mades en tous genres, les coups et les tortures sont de plus en plus fréquents pour forcer les gosses à travailler.

Il est clair que 1e développement du travail des enfants est un produit direct et "naturel" de la crise du système. D'une part cette maind’œuvre totalement sous payée et plus malléable est toujours plus demandée par les pa­trons partout dans le mon­de; d'autre part, les pa­rents sont toujours forcés de mettre leurs enfants au travail pour que la famille puisse simplement survivre. Et il s'agit évidemment d'une spirale parce que cette maind’œuvre sous payée (comme les femmes, 1es immigrés, 1es vieux,...) augmente la con­currence entre ouvriers et permet de diminuer encore les salaires. Ce qui con­traint de travailler encore plus, de mettre encore plus femmes, vieux, enfants au travail. Le paradoxe, tel­lement intéressant pour la bourgeoisie, c'est qu'au moment même où le chômage s'étend, où l'offre de travail diminue, cette même diminution et celle des salaires  qu'elle  entraîne poussent à un déve1oppement de la demande de travai1, à un déve1oppement de 1'offre de bras.

  

Ces quatre derniers exemples sont intéressants à plus d'un titre parce qu'ils montrent, plus clairement que d'autres, à la fois la brutale dégradation des conditions de vie de notre classe, ce que cela détermine pour celleci et comment la bourgeoisie essaye de la faire accepter. Aspect que nous déve­lopperons plus longuement ultérieurement.

Pour l'instant on peut voir qu'il s'agit d'une paupérisation abso1ue généra1isée à tous 1es pro1étaires, au travail ou non. Bien qu'évidemment la nécessité de diviser la classe ouvrière fait peser plus fortement et rapidement celleci sur des franges précises : femmes, en­fants, immigrés, chômeurs, vieux,... Ensuite, on voit que la tendance est au développement d'une maind’œuvre sous payée et extrêmement mobile. Cette maind’œuvre, dont le manque de formation peut largement être comblé par le nombre (vu la petitesse des salaires), doit répondre aux besoins de force de travail à l'endroit et pour un temps déterminés par les exigen­ces du capital pour se retrouver au chômage une fois cette néces­sité rassasiée.  

Peu importe le moyen (travail au noir, esclavage,…) grâce auquel cette nécessité est imposée ; il faut que se développe une maind’œuvre sous qualifiée et sous payée dont l’existence même fait pression sur les salaires d’ouvriers plus qualifiés !

Cette gestion de la force de travail a plus d'un avantage pour le capital : elle permet une brutale dégradation des sa­laires et de surcroît une indi­vidualisation beaucoup plus poussée de la condition ou­vrière. La tendance est de plus en plus à "un ouvrier, une situation", même si cela ne peut être qu'une tendance. Il y a ainsi les ouvriers qui travaillent en continu, les ouvriers qui travaillent par intermitten­ce, et ceux qui sont condamnés au chômage chronique. Mais même dans ces "catégories" existent d'évidentes différenciations : par exemple les traditionnelles différences de qualification et de salaire, le développement de cellesci par le biais des primes qui forment une partie toujours croissante du salaire. L'intérêt du fonctionnement par primes, de même que celui du salaire aux pièces dont il s'inspire (et qui est en pleine recrudescence), est de lier en­core plus l'ouvrier aux intérêt de l'entreprise (1). Dans l'ensemble des travailleurs précaires existent également plein de situations différentes puisque selon le niveau de qua­lification, les périodes prestées seront plus ou moins longues et régulières et plus ou moins  rétribuées.

C'est l'expression parfaite de la jungle capitaliste où chacun doit jour après jour se battre sur le marché de l'emploi pour mériter sa maigre pitance. Et bien sûr cette bataille a lieu entre prolétaires puisque pour chacun il s'agit de se vendre mieux que les autres. Au chômage les différences sont tout aussi im­portantes entre ceux qui tou­chent ou non des allocations, ceux qui ont droit à des aides et  ceux qui sont exclus de tous circuits. Même dans ces "sous catégories" existent encore des différences puisque l'allocation dépend souvent (quant au montant et à la période) du travail effectué avant, de la durée et de la rémunération de celuici, de la composition familiale, etc. De la même façon, parmi ceux qui n'ont droit à rien existe par exemple des clandestins menacés à tous moments d'expulsion, et ce dans presque tous les pays du monde.

(1)      Cfr. aussi le déve1oppement de la participation des ouvriers à l'actionnariat des entreprises qui se développe massivement à l'Ouest comme à l'Est, réforme capitaliste type, qui implique le retour d'une partie du salaire à l'entreprise sous forme d'actions qui font soidisant accéder les ouvriers à la propriété de leur boite. Or il est évident que le seul but est de les intéresser au déve1oppement de la production puisqu'une partie de leur salaire est versée sous forme de dividendes des actions. Dividendes qui dépendent des bénéfices, donc de la productivité, donc de 1'intensité du travail ! Enfin, les ouvriers ont alors intérêt à défendre 1'entreprise car ces actions perdraient toute valeur en cas de fai11ite.

Ce que tout cela traduit, c'est 1e perfectionnement de l'individualisation et de l'atomisation (notamment impulsés par la crise), la tendance à trans­former encore plus chaque prolétaire en citoyenindividu à la situation unique et particu­lière que le plus de choses possibles distinguent, éloi­gnent, voire opposent aux autres.

L'Etat se charge de gérer cette masse de citoyens atomisés, no­tamment en faisant le tri entre les "productifs" et les "paresseux", les "bons citoyens" et  les "profiteurs" etc. Mais se n'est pas tout, un autre bénéfice pour la bourgeoisie de ce type de mesure est la situa­tion dans laquelle se retrouvent directement des masses toujours croissantes de prolétaires : si l'alternance boulot/chômage sert à diminuer le coût global de la force de travail, il sert aussi à prévenir les explosions so­ciales ! Sous le couvert des discours sur "le partage du temps de travail" et de la "solidarité entre travailleurs", c'est bel et bien le partage de la misère et la solidarité avec l'Etat qui se réalisent. Et ce partage a au moins trois avantages  pour le capital :

  1. Il permet que de nouvel­les masses ouvrières ne soient pas bruta1ement et totalement affamées ! les petites périodes de boulots font "bol d'air", permet­tant de tout juste survivre jusqu'au prochain petit job. Les ouvriers ne sont donc pas brusquement et entièrement rejetés dans un désespoir sans fond qui risquerait trop de les pousser à des révoltes vio­lentes contre la faim et 1'Etat.
  2. De surcroît cette situ­ation fait que des périodes chômées  ne  peuvent plus qu'être des périodes de recherche avide d'un emploi à n'importe quel prix. Cela oblige chacun à ne plus se consacrer, au  boulot comme au chômage, qu'à sa survie et à celle de sa fami11e.
  3. Chacun étant contraint de s'investir à fond dans le travail (y  compris  en période de chômage), que ce soit  pour en trouver  ou pour y rester le plus long­temps possible, l'idéologie du travail s'en trouve ren­forcée ! Chacun est obligé de voir dans le travail le Salut !

C’est sur cette base que peuvent se renforcer une série d'idéolo­gies:"l'ouvrier méritant qui s'est 'fait' à la force du poignet", "l'individu selfmademan qui se réalise seul" en marchant sur la tête des autres et assujetti uniquement à l'Etat, etc.

Il ne reste plus d'autre morale, plus d'autre principe que la conquête sauvage de la survie selon les lois du libéralisme économique.

Enfin,  comme on a pu le voir avec l'exemple de la Chine et l'URSS,  (et dans ce dernier cas principalement, car les mé­dias font un battage incroyable sur cette question), ces réfor­mes économiques sont directement accompagnées de réformes politi­ques qui sont censées en être la contrepartie, "l'achat", "l'ac­quis ouvrier". Mais en fait, elles ne sont qu'un moment de la dégradation de nos conditions de vie et de l'enchaînement du prolétariat à l'Etat. La trans­parence est offerte en échange de  la restructuration,  mais en

vérité la transparence est une condition de la restructuration: connaître les "saboteurs" pour en débarrasser l'économie nationa1e ! Le syndicat est offert "contre" des licenciements, mais en vérité les syndicats permettent et organisent les licenciements en contrôlant, ou du moins en essayant de contrô­ler les réactions ouvrières  !!

LES GRANDES CAMPAGNES DE LA BOURGEOISIE

Sur base de ces réformes nécessaires pour repousser les effets de la crise (le temps de préparer le prolétariat mondial à la guerre), la bourgeoisie mondiale a édifié une gigantes­que construction idéologique. Les fondements de tout ceci sont, rappelonsle encore, les besoins économiques immédiats : besoin d'un prolétariat soumis, peu mobile; besoin d'une plus grande liberté dans les déplace­ments de tout : marchandises et capitaux !

Mais des prolétaires bon marché, mobiles, soumis, ne suffisent pas à rendre l'économie natio­nale concurrentielle, il est beaucoup plus important que les prolétaires veuillent travail­ler, tiennent à participer à l'effort national, se sentent partie prenante de l'Etat ! Il faut que la masse des ouvriers soutienne activement l'effort productif de "sa" nation, qu'el­le croie vraiment qu'en liant son sort à celui de l'entreprise et de la nation, elle s'en sor­tira mieux. Plus sa cohésion nationale est forte, plus un pays sera concurrentiel sur le marché mondial. En plus, cette tentative d'enchaînement des prolétaires à l'Etat est une préparation directe à la guerre mondiale : Défendre "son" entre­prise et "sa" nation c'est déjà défendre "sa" patrie et la sou­veraineté nationale !

La réalité de 1'atomisation ou­vrière avait deux aspects inter­dépendants : d'une part l'atomisation accrue par le développe­ment de la concurrence et de la débrouille individuelle, d'autre part la réalité de la transfor­mation du refus de la politique en "chacun pour soi". Mais cette atomisation restait trop faible pour la bourgeoisie. Son aspect passif ouvrait la possi­bilité à  un  retournement de l'égoïsme individuel en égoïsme de classe. La bourgeoisie ne peut pas"librement" choisir le mode d'encadrement des prolé­taires. Elle est, elle aussi, déterminée par la réalité so­ciale. C'est donc bien cet individualisme apolitique qu'il lui fallait transformer en orga­nisation pour l'Etat. C'est bien ce rejet des syndicats et des partis qu'il fallait dépas­ser et organiser pour le capital en créant un autre type de lien entre les prolétaires et l'Etat; un lien qui dépasse les partis et les syndicats. La bourgeoi­sie a du alors organiser pour le capital une réaction instinc­tive, mais très limitée, du prolétariat contre celuici. Un des axes de cette campagne a été la reprise, par les structures centrales de l'Etat, des campa­gnes menées depuis '68 par cer­taines de ses fractions plus périphériques, à savoir les gau­chistes, écologistes, pacifis­tes , etc.

Cette réalité de l'utilisation, par les fractions centrales de l'Etat, des réformes proposées depuis 20 ans par les fractions plus "radicales" pour encadrer, détourner, détruire les luttes ouvrières est vraie à l'Est comme à l'Ouest, dans les pays "développés" comme dans ceux du dit "tiersmonde". Le but de ces campagnes est proclamé haut et fort par la bourgeoisie ellemême : il s'agit avant tout d'obtenir "la participation de populations pour développer la productivité et ainsi répondre aux besoins". Ce que tait évi­demment la bourgeoisie, c'est que cela signifie développer l'exploitation pour répondre aux besoins du capital. Et là, c'est vrai que la participation de la population est indispensa­ble et que le premier temps de cette participation consiste à approfondir,  autant que  possible, la négation du prolétariat, sa transformation en masse de citoyens !!

Les grandes campagnes actuelles visent donc à renforcer l’atomisation, la citoyennisation et, pardessus tout, à développer la fausse communauté d’intérêts des citoyens au sein de et pour l’Etat bourgeois !

Pacifisme et antiterrorisme

La grande vague de manifes­tations pacifistes en Europe de l'Ouest, qui connut un important battage médiatique, est, en tant que telle, aujourd'hui retombée. Finies les manifestations de masse ! Les organisateurs de ces démonstrations, gauchistes, pa­cifistes, se sont largement fait déborder par les gouvernements des grandes puissances qui ont repris et dépassé, parfois même réalisé, les slogans et revendi­cations de ces mouvements. Ceuxci avaient pour but de recéer une union nationale plus importante en montrant l'intérêt commun de toutes les franges du peuple : riches et pauvres, catholiques et athées de droite et de gauche,... contre la guer­re ! Il s'agissait, et il s'a­git toujours, de noyer le prolétariat dans la masse des "individus effrayés par la guerre". Et ces campagnes n'ont jamais d'autre but que réelle­ment préparer la guerre en enfermant tous les individus dans un grand consensus nationa1 !

Chaque bourgeoisie clame que, comme son peuple, elle ne veut que la paix, qu'elle ne fera la guerre que contrainte et forcée par les agressions. Elle appel­le le dit peuple à adopter la même logique, et en conséquence, à s'apprêter à partir au front défendre "notre pacifique nation contre les barbares" ! Quant aux "barbares", chaque nation a évidemment les siens. Tout cela pendant que la guerre économique ne cesse de faire rage et que quotidiennement la bourgeoisie appelle à faire des efforts pour l'économie nationale, pour que "notre pays" soit plus concurrentiel dans la guerre que se livrent sans cesse les différentes fractions bourgeoises.

Ce "front patriotique" ne se construit pas seulement idéologiquement, il existe un impor­tant allerretour entre la pratique quotidienne de dévelop­pement de la productivité (con­tre l'ennemi extérieur, les autres pays, et l'ennemi inté­rieur les "paresseux", les "saboteurs", les grévistes,...) et les discours pacifistes ! Ils se conditionnent, se développent et se renforcent mutuellement.

Il s'agit donc encore et toujours de développer la citoyennisation en faisant que chaque prolétaire se considère luimême comme citoyen de la nation et comme responsable de son bon fonctionnement et de sa défense, qu'il garantit aujour­d'hui par son travail acharné et qu'il défendra demain sur le front.

Ces campagnes ont été re­prises des mains des gauchistes, pacifistes, etc. qui dès lors pestent contre cette "concurrence déloyale" qui les empêche de prendre le contrôle de certaines franges de la clas­se ouvrière qu'ils auraient pu ensuite troquer contre leur par­ticipation à l'un ou l'autre gouvernement. Et en plus, elles ont été gigantesquement médiati­sées et pas un jour ne se passe sans que l'on ne nous bassine avec les petits pas de danse que font Gorbatchev et Reagan, et aujourd'hui Bush, sur le thème du désarmement. Cela pendant que le pape fait la tournée des "hommes de bonne volonté de gauche comme de droite" pour appeler à la "réconciliation nationale"!

Dans le premier cas, il nous est impossible d'ignorer que les démantèlements militaires ne touchent que des armes de peu d'utilité dans la guerre à ve­nir; dans le second, que " réconciliation nationale " signifie paix sociale pour le développement de l'austérité (comme d'ailleurs les campagnes pacifistes ellesmêmes). Ces deux campagnes se relayent ex­trêmement bien et grâce à leur "condamnation de principe de toute violence", en servent une troisième qui les complète et les renforce : la campagne anti­terroriste. Celleci poursuit différents buts qui rejoignent évidemment ceux des deux pre­mières. Il s'agit toujours de rassembler les citoyens derrière l'Etat, mais cette foisci par la peur. L'ennemi n'est plus seulement extérieur, i1 est aus­si dans "nos" murs, ce sont ces terroristes qui, se glissant dans "nos" défenses sous l'appa­rence de bons citoyens, essayent de déstabiliser l'Etat. Méfionsnous donc les uns des autres et demandons tous aide et protection à l'Etat !! Outre cet aspect, il s'agit bien sûr d'imposer violemment que l'Etat ait le monopole de la violence, toute autre violence étant assimilée à celle des "terroristes". La violence ou­vrière est de la sorte niée idéo1ogiquement et militairement parce que partout dans le monde, ces campagnes terroristes de l'Etat servent à justifier la répression toujours plus claire­ment violente de la bourgeoisie. Chaque fois qu'un prolétaire tombe sous les balles d'un parti de l'ordre, c'est en tant que "pillard", "provocateur", "voyou" ,"terroriste" ! !

La bourgeoisie dit (et c'est vrai) qu'il s'agit d'un ennemi de la démocratie. Par contre, elle ne dit pas qu'en le condamnant à la prison ou à la mort pour des actions terroristes qui mettent en danger la démocratie, elle tente de s'approprier par la violence le monopole de celleci.

A travers cette campagne, la bourgeoisie proclame la "profonde nonviolence de la sociétés démocratique", nonviolence transgressée uniquement lorsqu'on essaye de remettre en question sa domination qui est violence quotidienne ! Violence quotidienne du travail et du chômage, de la faim, de l'absen­ce d'abri, de la guerre,... Violence à laquelle nous sommes censés être habitués, qui est natura1isée par sa quotidienne­té! Violence que la bourgeoisie tente de nous faire passer pour un produit naturel de "l'égoïsme inné de l'Homme" alors qu'elle n'est rien d'autre qu'un produit de son mode de production. Par contre, la violence ouvrière qui est (contre la violence bourgeoise) un produit révolu­tionnaire de cette société et de ses contradictions, puisqu'elle participe au mouvement de des­truction de celleci et avec elle, à la destruction de toute violence , nous est présentée comme monstrueuse, folle, des­tructrice, inhumaine. Alors, contre cette "violence monstru­euse et aveugle", la bourgeoi­sie, "pour le bien de tous", est "contrainte de devenir violente" (en fait, de montrer sa nature violente en la faisant passer de potentielle à cinétique). Pour ce faire, il est nécessaire, au moyen de campagnes antiterroristes, d'assimiler toute violence autre  que ce11e de l'Etat à des actionsqui n'ont rien à voir avec les intérêts de la classe ouvrière. La bour­geoisie parvient de la sorte à :

Chaque nation a ainsi ses terroristes servant d’épouvantai1 démocratique : quece soit l'OLP, les Libyens ou les diffé­rents groupe réformistes armés. L'importance de cette campagne est d'approfondir le verroui1âge et le cadenassage idéo1ogique et militaire de la société, de participer aux campagnes pacifistes/nonviolentes, de mettre en avant la protection de l'individucitoyen et d'habituer ce1uici à la répression la plus féroce pour 1a défense de la démocratie.

LA CAMPAGNE PARLEMENTARISTE

Campagne pacifiste et cam­pagne antiterroriste sont ellesmêmes encadrées dans et par une autre, beaucoup plus générale tant dans l'espace et dans le temps que dans ses im­plications politiques. Plus générale dans l'espace car elle concerne pratiquement toutes les nations du monde; plus générale dans le temps parce que sa vali­dité est plus large et qu'elle pourra continuer à remplir son rôle pendant la guerre; et plus générale politiquement en ce sens qu'elle permet, et a pour but principal, la recrédibi1isation du système dans son ensemb1e.

Cette campagne, c'est celle qui recrédibilise la démocratie et qui passe, selon les pays, par des croisades pour le "syndicalisme libre", le plura­lisme,..., pour le parlementa­risme sous différentes formes.

Depuis le milieu des années '70, ce mouvement de réformes politiques est observable au travers de la succession, tou­jours accélérée, de "chutes de dictatures". Il suffit de citer pour exemples l'Espagne, le Por­tugal, le Pérou, Haïti, les Philippines, l'Uruguay, le Brésil, le Venezuela, l'Argentine,... Toutes ont été remplacées par des régimes parlementaires (sou­vent de centregauche), ou par des gouvernements préparant, avec plus ou moins de "bonne volonté", le passage au parlementarisme. Changements opérés bien sûr sous la pression directe et claire des fractions dominantes de la bourgeoisie mondiale. Mais ce mouvement s'est également réalisé sous d'autres formes comme le multipartitisme, dont un des meil­leurs exemples est le Mexique où, après des décennies de ges­tion de tout le pouvoir, le Parti Révolutionnaire Insti­tutionnel, face à sa décrédibilisation, laisse d'autres partis se présenter aux élections. Et ce pour deux raisons :

C'est directement sous la houlette de la bourgeoisie américaine que ce mouvement a eu lieu. Celleci tolère diffici­lement le risque que le mécontentement ouvrier ne se transforme en lutte juste devant ses portes, d'autant que la situation en dégradation constante des ouvriers des deux cotés de la frontière, ouvre des perspectives d'extension aux USA de mouvements qui naîtraient au Mexique.

Ce type d'évolution est plein d'avantages et de risques pour la bourgeoisie. Avantage en ce qu'elle permet une recrédibilisation globale du système, l'ouverture de soidisant "voies de changements", sans devoir jeter, du jour au 1endemain, la fraction au pouvoir, donc sans perturber la gestion du système. Ces pseudovoies de changements ont toujours signifié un renforcement de  l'Etat. Parfois après ce processus, la fraction au pouvoir, décrédibilisée par des années de "régime totalitaire", doit céder sa place à une autre qui, par exem­ple au travers d'un processus électoral, a su prouver qu'elle contrôlait les ouvriers, ceuxci ayant voté pour elle. Le ris­que, c'est que ces changements ont souvent eu 1ieu après des luttes ouvrières qui démon­traient dans la pratique l'effritement de la crédibilité de la fraction au pouvoir. Ce type de situation place la bourgeoi­sie devant une alternative : soit la répression la plus fé­roce (qui a souvent entraîné une radica1isation des luttes), soit un changement de fraction, mais celuici passe généralement pour un signe de faiblesse de la bourgeoisie et encourage le pro­létariat à approfondir sa lutte. D'autant plus que l'on ne satis­fait pas avec quelques réformes politiques un prolétariat qui, pour la satisfaction de ses besoins, a affronté les balles, les chars.

Tant économiquement par la paralysie de la production, que par le mauvais exemple qu’i1 donne au prolétariat des autre pays, ce type d'évolution comporte un gros risque pour la bourgeoisie.

Le clivage se situe donc de moins en moins entre partis politiques qui ont largement perdu de leur crédibilité mais plutôt entre ceux qui, par­dessus    leurs "antagonismes politiques", "semettent d'accord pour le bien de la patrie ", et ceux qui, "alors que l'heure  est  grave", restent sur "le  terrain mesquin de leur politique". Le spectacle de ces bourgeois qui se mettent d'ac­cord, qui "cohabitent", qui "s'ouvrent", qu'il s'agisse de Reagan/Gorbatchev, ou Mitterrand/Barre, sert à dire aux ouvriers : "Dans ces heures difficiles pour la nation, nous faisons un effort, nous partici­pons à la remise en route de l'économie nationale malgré,  et contre, nos intérêts égoïstes de politiciens que nous sacrifions ! Faites de même, oubliez vos intérêts, participez à l'effort, sacrifiez vos besoins !!". Et c'est vrai que dans ce mouve­ment, ils s'unissent réellement pour l'économie nationale contre nos besoins parce que cette unification, qui est rendue cré­dible par ses "vilains petits canards" nonparticipants, est la meilleur manière de gérer la force de travail, d'annihiler la classe ouvrière, de faire parti­ciper les ouvriers !

Il ne s'agit donc plus de faire participer les ouvriers à un parti, mais directement à l'Etat, à la société. Cette participation est impulsée par différents biais : la reconnais­sance de partis et syndicats libres là où c'est encore possi­ble (Chine, pays de l'Est, gou­vernements de type bonapar­tiste,...); celle d'un individu, ou d'un groupe d'individus, ail­leurs. Cependant, la confiance ne va pas tellement aux person­nes ou aux partis et syndicats "libérés", mais plutôt directe­ment à l'ouverture, au rapprochement, à la démocratisa­tion, à la transparence, etc. Ce, même si cet espoir doit évidemment être incarné par des individus ou des fractions pré­cises. Cellesci ne sont recon­nues que si elles acceptent le jeu de la "réconciliation avec les forces vives du pays par­dessus les querelles du passé".

La fausse communauté d'in­térêts que l'Etat tente de reconstruire pour encadrer les prolétaires largement atomisés et individualisés c'est directe­ment 1'EtatNation, garant des intérêts individuels, et sa dé­fense. Ceci n'est en rien le produit du hasard, c'est cette structure qui appelle les ou­vriers à participer et qui, en contrepartie, leur offre les "droits et libertés démocratiques". La bourgeoisie veut que les ouvriers soient organisés en son sein car c'est elle qui représente le mieux le nécessaire mouvement de cohésion nationale, la meilleure organi­sation pour 1’austérité et la guerre. I1 faut garder les ouvriers aussi atomisés, aussi individualisés que possible mais directement sous le boisseau de l'Etat. Il s'agit de montrer, de faire que la seule organisa­tion "valide", la seule qui puisse défendre les intérêts de tous, ouvriers ou non, est l'Etat. Chacun doit d'une part rester totalement seul à se débattre pour sa survie, et en même temps donner toute sa con­fiance à l'Etat qui garantit le respect des règles du jeu de la 1ibre concurrence entre individusmarchandises ! Parce que, qu'on ne s'y trompe pas, audelà des discours, ce qui a été libéralisé avant tout c'est la circulation de toutes les marchandises, 1eur vente/achat à leur juste valeur grâce à cette libre circulation. Et tant pis si la valeur de la force de travail dégringole à toute vi­tesse ! ! Les mesures gorbatcheviennes ont, comme la "démocratisation" chinoise, deux aspects : d'une part, exiger la participation de chaque ouvrier à l'effort de production; d'au­tre part, essayer de trouver un accord avec les partenaires du monde entier pour développer 1e commerce mondial. La demande de convertibilité du rouble sur les marchés de change internatio­naux, la volonté de devenir membre du FMI, comme celle de la réactivation de 1'ensemble des marchés de l'Est (avec des nuances, cf. la Roumanie) et de la Chine aux capitaux, entreprises et marchandises de 1'Ouest, ne marquent pas autre chose ! Et la bourgeoisie attend de cette participation et de ce développement du commerce mondial un ralentissement des effets de la crise qui permettra de dévelop­per l'encadrement du prolétariat pour la guerre (que cette parti­cipation est déjà)! C'est donc de tous les côtés que le processus de citoyennisation se renforce, et i1 porte en son sein la répression directe de toute action prolétarienne ! On a vu que les campagnes antiterroristes sont un moment de cette répression, tant par la négation de la vio­lence ouvrière que par le pro­cessus d'assimilation. On sépare, de la sorte, des mi1itants du reste de la classe et on justifie leur condamnation par la condamnation de la violence en général. Le pro­cessus de citoyennisation et d'adhésion à l'Etat bourgeois permet de renforcer encore cette répression. L'Etat présente ensuite ceux qui luttent pour leurs besoins comme des sabo­teurs du processus de normalisation, de détente ou de démocra­tisation, comme des traîtres à la patrie, ce qu'ils sont, et, de la sorte il les différencie de la masse du peuple. Cette séparation est déjà la caution de leur massacre. Le processus de démocratisation parlementarisation représente donc un moment du renforcement de l'Etat, ce qui explique le développement de la répression. C'est ainsi qu'aux USA, les emprisonnements et les condamnations à mort se développent rapidement contre les ouvriers qui ne respectent pas la propriété privée; que l'armée en URSS met le HautKarabakh en état de siège et tabasse des grévistes connus ; que 1'armée israélienne déporte, détruit les habitations et tor­ture les prisonniers qui ont participé aux affrontements; qu'en Chine, les saboteurs sont passibles de la peine capitale; que dans différents pays, dont le très démocratique Pérou, mais aussi au Venezuela, aux Philipines, en Iran, en Irak, les assassinats massifs et, de plus en plus, les disparitions systématiques font partie des méthodes quotidiennes des gouvernements. Si ce processus de citoyennisation/répression a fait reculer beaucoup de luttes ouvrières, i1 ne saurait les arrêter. La situation sociale, la dégradation des conditions de vie de toute notre classe déter­minent sans cesse un regain des luttes. Le fait que les luttes  ouvrières aient continué après l’arrivée au pouvoir de Cory Aaquino, après la chute de Duvaliern durant la persetroîka, malgré les syndicats libres de Chine,… marque, mieux que tous les discours, les limites de réformes actuelles. Et ce, malgré le fait que nous devons en tenir compte pour les détruire !

LES LUTTES OUVRIERES

Nous ne pouvions bien sûr pas terminer ce texte sans don­ner une analyse générale succinte des luttes ouvrières aujour­d'hui. Nous avons mis en avant un certain optimisme à long terme, tandis que nous sommes plutôt pessimistes quant au court terme des luttes ouvrières.

Nous devons cependant relativi­ser notre optimisme pour au moins     deux raisons:

·         d'une part l'apolitisation qui s'est développée ces dernières années risque de peser lourd sur le déve­loppement des luttes et l'organisation ouvrière, dans une période où, comme on 1'a dit,

     les choses peuvent bouger très vite;

d'une société sans sépara­tion, sans classe, sans argent, sans travail.

Notre pessimisme est, lui aussi, relatif pour deux raisons

égale­ment:

Les éléments de "parlementarisation/démocratisation" se retrouvent évidemment dans les luttes ouvrières, puisque ce sont elles qui en ont nécessité l'apparition et qui furent le premier terrain d'essai.

Nous ne pouvons faire ici l'analyse de toutes les luttes qui ont éclatées ces dix dernières années. Nous voulons seulement essayer de mettre en avant leurs forces et leurs faiblesses.

Déjà en 1981, citant un de nos textes plus ancien encore,

nous disions à propos du Nicaragua (le Communiste n°18):

"Dans les différents pays d’Amérique centrale, où les gouverne­ments à tête ouvertement militaire contiennent de plus en plus difficilement la lutte, la mascarade des droits de l'homme apparaît comme une nécessité générale pour maintenir la domi­nation capita1iste". Depuis, ce verdict n'a cessé de démontrer sa réalité. Le développement des luttes de classe a contraint la bourgeoisie à étendre cette réalité à l'ensemble de la planète. Les luttes de notre classe ont ainsi poussé la bourgeoisie à consolider son système au travers de réformes telles que celles mises en place en URSS, au Mexique, au Brésil, au Nicaragua, au Venezuela, au Salvador, en Roumanie, en Yougoslavie, en Corée, au Japon, en Pologne, en Birmanie, en Afrique du Sud, en Tunisie, au Maroc, en Algérie, et dans une moindre mesure, en France, au Danemark, en Hollande, etc, etc. Cette liste, qui n'est pas exhaustive, montre mieux que tous les discours, pourquoi c'est dans le monde entier que la bourgeoisie a mené, tambour battant, d'aussi importantes campagnes antiouvrières. Le prolétariat, sans être capable de l'assumer pratiquement, a démontré là SA REALITE MONDIALE, la réalité mondiale de la domi­nation capitaliste et le fait que la révolution sera mondiale ou ne sera pas ! !

En dehors et contre les structures de l'Etat bourgeois !

De fait, si nous considé­rons la plupart des luttes que nous venons d'évoquer, nous de­vons constater leur caractère éminemment spontané. La majorité d'entre elles se sont déclenchées très brutale­ment, sans qu'aucune fraction bourgeoise n'ait pu, préventive­ment, appeler à un rassemblement quelconque. Elles ont donc, d'emblée, dépassé toutes ces fractions et leurs mots d'ordre nationalistes, réformistes, gestionnistes, leurs appels au cal­me, au "respect des biens d'autrui", à faire preuve de "responsabilité". La bourgeoi­sie ellemême est forcée de le proclamer, comme par exemple au Maroc où elle disait : "Les auteurs des dégradations ne sem­blent pas être organisés politi­quement, et les formations syndicales et politiques ne disposent d'aucun moyen de pression sur eux."

Mais cette vérité a été démontrée cent fois. Ainsi en Roumanie où des affrontements sans précédent éclatèrent (Octobre  '82) sans que personne ne les ai appelés, et que personne ne put immédiatement contrôler. De même en Pologne, où les appels au calme et à la grève de solidarité ont plusieurs fois été bafoués avant que l'Etat ne parvienne finale­ment à reprendre la situation en main. Nous n'allons pas ici faire un compterendu de toutes les situations où les diverses franges de la bourgeoisie ont été contraintes de courir après le mouvement. Ils sont légions. Cela a souvent déterminé d'importants aspects de la lutte, c'est à dire, le dépassement de certaines limites que les syndicats arrivent à imposer lorsqu'ils contrôlent le mouve­ment au départ, lorsqu'ils le déclenche préventivement. Ce qui ne signifie pas que ces lutteslà ne donnent jamais lieu, elles aussi, à des débor­dements du cadre imposé par les syndicats !

Les explosions spontanées de luttes sont souvent caracté­risées par d'incroyables flam­bées  de  colère et de  violence

prolétariennes. Et nous précisons tout de suite que ce que nous soutenons n'est évidemment pas 1a violence en soi, mais la défense des intérêts de notre classe qu’elle soit violente ou non.

Ce qui n'a rien avec le déploiement de fractions réformistes bourgeoisie soit pour se recré­dibiliser, soit pour faire pres­sion (ou se débarrasser) d'une fraction concurrente, ce qui en général, va de pair . Nous parlons de l'usage de la violen­ce par les prolétaires du Maroc pour libérer nos frères de clas­se, otages de la bourgeoisie, qui croupissaient dans les geôles de l'Etat; nous parlons de la violence des prolétaires du Brésil, d'Argentine et du Venezuela qui pillèrent les magasins pour se procurer de quoi ne pas  crever de faim, comme le firent aussi, mais de façon plus organisée, les prolétaires d’Angleterre lors des émeutes. Nous parlons de la violence déchaînée contre les commissariats, les parlements, les sièges des partis dans dif­férents pays tels l'URSS, la Roumanie ou la Pologne. Bien sûr cette violence n'est pas le seul élément de rupture contenu dans ces luttes. Le rejet pratique de l'économie nationale, de la solidarité avec l'Etat, du respect de la pro­priété s'est mille fois marqué. Que ce soit par les prolétaires d'Ursus, en Pologne, qui, même après la défaite que devait clôturer les accords de Gdansk, entravaient pratiquement la pro­duction, renforçant encore la banqueroute de l'Etat, ou ceux qui ont éteint les hauts four­neaux, ou les mineurs de GrandeBretagne qui restèrent un an en grève, ou les prolétaires des industries textiles d'Inde dont la grève dura 9 mois, ou encore les cheminots d'Afrique du Sud qui, malgré les licenciements, malgré les balles de police, ont bloqué tous les transports par train; comme les mineurs qui, dans ce même pays, ont entravé des  dizaines de fois toute extraction et se sont, affrontés aux jaunes, à la police, à l'armée... Dans tous ces cas, presque jamais les appels au calme, à la responsabilité, au soutien de l'économie nationale n'ont ébranlé la détermination des ouvriers en lutte. C'est presque systématiquement l'impossibilité d'imposer un rapport de force suffisant pour résister encore à la répression de l'Etat qui arrête les grèves ou les affrontements. En outre, le développement d'idéologies syndicales voulant présenter la reprise du travail, le retour au calme, etc, comme une victoire ouvrière reste très marginal. Non pas parce que les syndicats cessent de le proclamer, mais parce que, dans les luttes, cela n'a pas réussi à s'imposer comme réalité sociale. Pour les mi­neurs d'Angleterre, il était à ce point clair qu'il s'agissait d'une défaite que nombre d'entre eux refusèrent de retourner au travail dans ces conditions. Mille fois les prolétaires ont arrêté la lutte avec le goût amer de la défaite ou la conviction qu'il faudrait sans doute recommencer encore plus fort. Même s'il est arrivé qu'une fraction de la bourgeoi­sie parvienne, malgré tout, à présenter comme "sauveur", tel Bourguiba expliquant que les augmentations des prix incom­baient à ses ministres qui l'avaient mal conseillé, et que dès lors les prix reviendraient à leur précédent niveau. Bien sûr, cela dura le temps de cas­ser le mouvement, puis, une fois que la répression eut fait son boulot, les prix s'enflammèrent à nouveau. Rares sont les va­gues "d'enthousiasme populaire" pour quelque fraction que ce soit. L'attitude la plus "positive" du prolétariat envers l'Etat reste un prudent "On verra". L'exemple des dockers d'Amsterdam est marquant, ils ont refusé les augmentations de salaires dérisoires que leur "offrait" la bourgeoisie après une très âpre lutte, en expli­quant  que le rapport de force leur imposait l'arrêt du mouve­ment pour garder leurs forces, pour pouvoir imposer ultérieure­ment de réelles augmentations de salaires. Même s'il est vrai que depuis ils n'ont plus mené de luttes aussi dures.

Cet aspect de force, que l'on peut constater dans de nombreuses, luttes du passé pro­che de notre classe, a aussi, malheureusement, ses faiblesses. En effet, la désyndica1isation qui s'est opérée ces dernières années, et qui explique partiel­lement le peu de contrôle des syndicats sur les luttes, s'est accompagné d'un apolitisme d'abord contre les partis de la bourgeoisie, ensuite plus géné­ral. Ce désintérêt est positif car la participation des prolé­taires aux élections est de plus en plus réduite malgré les ef­forts de la bourgeoisie. Mais il a aussi un coté négatif car il accroît la difficulté de créer les organisations nécessaires à la lutte au profit de rassemblements spontanés, éphémères dans l'action. Cette faiblesse est importante parce qu'elle en­traîne pratiquement l'impossibi­lité de développer le refus instinctif des syndicats en cri­tique de ces derniers, en lutte contre eux !

Or, le fait de ne pas s'organi­ser contre eux implique qu'on les laisse distiller leur poison antiouvrier dans la lutte. Petit à petit, ils réussissent à y réimposer une série de limites, à la détourner de ses buts classistes. De la sorte, on les laisse faire leur travail contrerévolutionnaire : isoler les plus combatifs, les réprimer directement ou les désigner, voire les livrer à la répression armée d'un autre corps de l'Etat. Progressivement, avec l'affaiblissement de la lutte sous le poids de l'épuisement, de la répression (renforcée par un relatif isolement sur lequel nous reviendrons), les syndi­cats, par le biais des structures syndicales ou par celui des syndicalistes de base, plus "radicaux" et en pseudo­conflit avec la direction, les "bonzes", parviennent, tant bien que mal, à reprendre la direc­tion de la lutte, de son écrase­ment. Pour la bourgeoisie, l'enjeu est d'importance : il consiste non seulement à inter­venir dans le mouvement pour, en se décrédibilisant le moins pos­sible, le freiner et accélérer son écrasement; mais aussi à lui donner, sur le moment même pour les ouvriers qui ont participé comme pour le futur et pour les autres ouvriers, un contenu dif­férent. C'estàdire : faire disparaître les leçons réelles du mouvement, faire oublier qu'il s'agissait d'un mouvement contre l'Etat et non contre une forme de gouvernement; faire oublier que les syndicats ont été parmi les plus importantes structures de répression de l'Etat, etc. De plus en plus, l'avenir des mouvements passe par la reconnaissance du fait que les syndicats non seulement ne défendent pas nos intérêts de classe, mais qu'en plus, ils représentent et défendent direc­tement les intérêts de la bourgeoisie.

Il ne suffit pas de lutter en dehors des syndicats, il faut S'ORGANISER EN DEHORS ET CONTRE EUX. Ceci, d'autant plus que toujours lorsque le prolétariat ne se donne pas de direction, tôt ou tard 1a bourgeoisie 1ui en impose une : la sienne.

Le prolétariat : une et une seule classe internationale et internationaliste

Dix fois, cent fois ces 15 dernières années, le prolétariat a fait et fait encore preuve d'une incroyable combativité; nous en illustrons trois exemples dans cette même revue. Mais, dix fois, cent fois, notre classe s'est fait battre dans ses luttes. L'une des raisons de ces défaites successives est l'isolement dans lequel les franges de notre classe ont, les unes après les autres, mené ces combats.

Si les explosions de luttes ouvrières partout dans le monde ont démontré le caractère mon­dial de la domination et de l'exploitation capitaliste, et, en retour, le caractère mondial de la lutte de notre classe, jusqu'ici notre classe n'a pas été capable de dépasser les frontières nationales. C'est d'autant plus dramatique que cela a, à chaque fois, permis à la bourgeoisie de concentrer ses forces là où le prolétariat mettait son ordre en danger pour l'écraser paquet par paquet, mais également pour tenter d'im­poser le fait que ces luttes n'apparaissent pas contre la bourgeoisie mondiale mais contre une forme de gouvernement. Et il s'agit là de beaucoup plus qu'une idée !! C'est une voie pour tenter d'imposer une prati­que réformiste à la classe ou­vrière; tenter d'imposer que si le prolétariat, à ce momentlà, ne lutte que dans ce payslà, c'est parce que la situation y est différente. Ce qui est, bien sûr, la faute de la fraction qui est au pouvoir que l'on qualifiera dès lors de fasciste, d'irresponsable, d'incapable ou de profiteuse et non plus de la bourgeoisie mondiale et de son système de mort. A cette réali­té s'ajoute le poids des organi­sations "démocratiques"   qui profitent du développement de la lutte de classe pour essayer d'arracher un morceau de gouvernement,  et qui , pour ce faire , organise une pseudolutte parfois violente contre la fraction au pouvoir. Existe également la tentative de créer un amalgame entre les intérêts d'une fraction bourgeoise et ceux du prolétariat pour, de la sorte, nier ceuxci et contrain­dre ce dernier à se soumettre. Or, le fait que les luttes res­tent enfermées dans le cadre national empêche l'apparition pratique et théorique de la solution prolétarienne aux con­tradictions qui ont déterminé cette lutte, à savoir : la révo­lution mondiale. Dès lors, le prolétariat ne peut se diriger dans cette voie et, lorsque la lutte reflue, il se soumet, bien que sans grande conviction, à ces pseudosolutions bour­geoises. C'est d'autant plus important que l'extension à dif­férents pays ouvre la porte à un changement non seulement quanti­tatif, mais aussi qua1itatif des luttes. L'extension audelà des frontières est la plus claire démonstration de l'intérêt commun du prolétariat et de l'absence de solutions dans ce monde puisque, quel que soit le mode de gestion, les luttes éclatent part out. Ce changement qualitatif,  c'est 1'encouragement mutuel que détermine la coexistence des luttes; c'est la possibilité de généraliser les leçons tirées en un endroit; c'est l'expression de la nature sociale de la lutte de classe ! Dépasser les frontières natio­nales est primordial car la révolution sera mondiale ou elle ne sera pas, mais aussi parce que franchir ce pas ouvre et montre la seule voie pour le prolétariat : la révolution mon­diale !

Cela révèle qu'il n'existe de solution ni dans le cadre natio­nal, ni dans les luttes de libé­ration nationale, ni dans les changements de fractions ou de forme de gouvernement, ni dans la "démocratisation",... C'est pourquoi, ce dépassement est un pas indispensable et essentiel aux luttes de notre classe. Mais il ne s'agit en­core que d'un pas. Si l'existence de luttes ouvrières concomitantes est de première importance, c'est aussi et surtout parce qu'elle ouvre la porte à l'apparition de la classe ouvrière mondiale et à sa centralisation mondiale, en s'érigeant en classe donc en parti.

Ce qui signifie 1a soumission de la classe ouvrière à ses propres intérêts historiques et mon­diaux. Soumission qui passe par l'organisation, la centralisa­tion d'une direction; centrali­sation qui permet à la fois d'éviter que se perdent les leçons tirées par notre classe mais aussi qu'elle ne se fasse écraser paquet par paquet. C'est au travers de son unification pratique par, pour, et dans la lutte que nous pouvons réap­proprier pratiquement le passé de notre classe, nous rattacher à toutes ses expériences et reprendre la lutte là où elle s'est arrêtée pour pouvoir la mener à son but :1e communisme!

L’état actuel

Aujourd'hui, du fait  même de la dispersion dans le temps et dans  l'espace  des  luttes, cette  réalité  n'apparaît  pas. Le   prolétariat, s'affrontant paquet par paquet à l'Etat, se retrouve  face au  développement d'une répression insensée, et le travail des  réformistes, additionné à l'isolement et à  1a répression toujours plus féroce, le repousse dans les bras de la contrerévolution. Il est clair que c'est l'égoïsme dominant qui fait que les ouvrierscitoyens se désolidarisent de leurs frères de classe dans d'autres pays. C'est également lui qui fait queces ouvriers atomisés ne profitent pas des luttes en cours pour, eux aussi, s'affron­ter à l'Etat. En conséquence, la bourgeoisie à les mains li­bres pour massacrer encore et toujours. Nous devons encore insister sur le fait que la vague de par1ementarisation est une vague de TERRORISME ANTIOUVRIER !

Le massacre systématique est un produit et un facteur de ces vagues de par1ementarisation, et viceversa. La par1ementarisa­tion permet l'isolement et le massacre de tous ceux qui ne la suivent pas, comme le massacre a permis une fausse polarisation et, donc, un développement du parlementarisme. C'est pour­quoi, partout, l'Etat gouverne par la torture, la prison, l'isolement, les massacres,... et parle de démocratisation, de liberté, etc. Face à cela, souvent, les prolétaires, quand ils se rendent compte de l'impossibilité de résister, se tournent encore vers ce qui se présente comme alternative. Contradiction incroyable des ouvriers de Pologne qui accep­tent de transformer leur grève pour des conditions de vie et de travai1 mei1leures en grève pour la reconnaissance du syndicat libre et indépendant ! ! Et ce, alors même que la minorité dit simultanément qu'en négociant avec l'Etat, Walesa et Solidarnosc "trahissent" les intérêts ouvriers. Tout le monde s'accorde sur le fait que ces derniers ont perdu énormé­ment de crédibilité lors des récentes et éphémères grèves. Contradiction mortelle des jeu­nes prolétaires en Cisjordanie ou à Gaza qui ne suivaient que fort peu les mots d'ordre de l'OLP, qui critiquaient le refus de passer à des opérations plus violentes alors que l'Etat les assassine, et qui, dans le même temps, revendiquent une "Palestine libre" alors que les luttes sont évidemment nées des conditions de vie lamentables. Contradiction des ouvriers en Birmanie qui, luttant contre la misère, reprennent peu à peu le mot d'ordre "d'élections libres" posé comme alternative à la répression dont il est un mo­ment.

On  peut encore donner des exem­ples  de ces contradictions  où, bien souvent,  dominent les as­pects de liberté, de parlementarisme,  de  mu1tipartitisme, de démocratie parce que ces campagnes  mondiales de la bourgeoisie, hypermédiatisées,  posent cela comme le redéveloppement de l'union  nationale donc de la productivité, contre la  misère et la répression.

Si, petit à petit, les ouvriers ont accepté tout cela dans différentes luttes, cette cohésion, indispensable à l'Etat, reste faible. Et ce sont les ouvriers qui, reprenant la lutte malgré et contre la par1ementarisation, les élec­tions, les libertés,... au Brésil, au Pérou, à Haïti, en URSS,... démontrent encore une fois que, s'il existe un enca­drement important de luttes pro­létariennes aujourd'hui, si les prolétaires s'avèrent encore incapables de s'organiser contre toutes les structures de l'Etat, et principalement celles natio­nales, s'ils subissent donc en­core la répression démocratique fasciste et/ou antifasciste paquet par paquet, ils sont très loin d'être écrasés par le capi­tal et que l'avenir est à la révolution communiste mondiale contre toutes les limites bourgeoises.

      

ANNEXE – A PROPOS D’UNE REUNION INTERNATIONALE DE TRAVAIL

Conformément à ce que nous avions annoncé dans nos revues, et dans le cadre de nos perspectives de toujours, nous avons organisé une réunion in­ternationale de travail contre la guerre et la terreur d'Etat, et particulièrement contre son développement brutal en Iran et en Irak.

Pour notre groupe dont la perspective est internationa1e et internationaliste, et dont même le travail interne est international, ce type de réu­nion de travail n'est pas une chose extraordinaire. Elle s'inscrit dans la ligne générale de notre groupe; elle est une des concrétisations de l'activi­té centralisatrice que nous avons constamment mené. La seu­le particularité de cette ins­tance est de s'être concentrée sur un axe particulier (mais d'une importance décisive: la lutte contre la guerre et la terreur d'Etat) de la lutte révolutionnaire et d'avoir fixé comme axe, une région particu­lière (également d'une importan­ce décisive dans les luttes récentes et à venir: l'Iran et 1'Irak).

La perspective de cet axe de travail se situe pleine­ment dans le cadre de notre lutte générale internationale, (en cohérence avec notre "Propuesta" de 1981 (1), ainsi que dans celui de ses premières concrétisations, telle la "Propuesta"  approuvée en Uruguay

en 1986 avec Militance Classiste Révolutionnaire (MCR) et Emanci­pation Ouvrière (EO) (2). Nous maintenons les axes de travail, fixés lors de la "Propuesta", indépendamment du fait que cer­tains de ces militants (ou grou­pes) sincèrement intéressés par les buts de la "Propuesta", se soient (plus ou moins) enfoncés dans le marais démocratique des échanges d'idées et du spectacle de la "confrontation" théorique. Malgré cela, la "Propuesta" n'en a pas moins gardé sa pleine et entière raison d'être.

De la même façon, quelques soient les résultats des différentes concrétisations, nous maintenons la ligne géné­rale des tâches que nous nous sommes fixées et ce, dans la mesure de nos trop faibles for­ces .

Les forces et les fai­blesses des minorités révoluti­onnaires sont l'expression des forces et faiblesses de la clas­se a laquelle elles appartiennent et cela est vrai malgré le fait que la lutte de Parti soit fondamentalement une lutte con­tre le courant.

Nous avons pu vérifier cette réalité dans toutes 1es phases de 1a réunion que nous avons organisée, et cela, quel­ques fois, malgré nos espoirs beaucoup trop optimistes (et cela aussi, c'est une caracté­ristique générale des révoluti­onnaires) par rapport à la tris­te réalité actuelle.

(1)          Cette "propuesta" était organisée en alternative et contre les conférences  internationa1es du milieu pseudorévolutionnaire (cfr. "Contribution au regroupement des révolutionnaires" in Le Communiste, n°7).

(2)          Cfr. "Proposition  internationale" in  Le  Communiste  n°25.

La caractéristique centrale de l'époque actuelle n'est pas l'absence de luttes prolétariennes, mais bien plutôt le manque de luttes organisées, centralisées, conscientes, avec une perspective claire, la fai­blesse des minorités communis­tes, l'absence presque totale d'appropriation du programme communiste de la part de la masse des prolétaires en lutte.

Dans la phase préparative de 1a réunion, nous avons constaté cette triste réalité. Toute l'information que nous possédions permettait de véri­fier le niveau très élevé du terrorisme d'Etat, mais égale­ment le niveau élevé d'affronte­ment contre la guerre en Iran et en Irak (3). Mais si cet af­frontement s'exprimait par des niveaux élémentaires d'organisa­tion de la résistance contre l'Etat, de structuration de la désertion massive et, la paix venue, de non adhésion à la politique d'austérité et de re­construction, le renversement de la praxis n'en restait pas moins très faible comme partout dans le monde et les groupes qui voyaient un peu plus loin que cette organisation immédiate de la résistance et de la survie, restaient rares (nous avons déjà cité quelques uns de ces groupes exilés en Europe, cfr. "Le Communiste" n°27, page 23 et suivantes).

Avec la préparation et la réalisation d'une telle réu­nion, nous visions à coordonner l'activité internationaliste avec ce type d'organisation pro­létarienne et contribuer ainsi à donner une cohérence et une perspective explicite au pro­gramme que contient même s'il ne le sait pas la lutte prolé­tarienne surgie des nécessités de survivre.

Ainsi, par exemple, à propos de 1'information sur les luttes, il existe différents canaux de circulation, que cela soit en Iran, en Irak, dans les prisons ou les camps de réfugiés des pays de la région, ou même encore en Europe. Ces "canaux" sont pour la plupart des groupe­ments occasionnels, formés par la famille ou les amis, et cons­tituent en général le point de passage obligé pour une centra­lisation à un niveau supérieur; c'est en effet dans la vie quo­tidienne que se tissent les liens qui font du prolétariat une classe, mais cela ne suffit pas!

Ces canaux d'information remplissent une certaine fonc­tion, mais ne permettent pas toujours la circulation systéma­tique de l'information parmi le prolétariat en lutte; ils ne permettent pas non plus de con­trecarrer réellement la falsifi­cation des faits opérées par le Capital, ou encore de développer une action cohérente et effi­cace. Avec la réunion interna­tionale, nous prétendions donner un petit pas dans ce sens, avec certains groupes et contacts, (ou pour mieux préciser, avec ceux qui pouvaient participer à une réunion en Europe ce qui, de fait, excluait une par­tie des forces qui aurait pu participer à la réunion, et ce par manque de moyens, ou pour d'autres difficultés) et ainsi structurer un comité de centralisation dont la mission fondamentale devait être l'orga­nisation de ce comité et la répercussion de son activité dans un réseau croissant d'organisations et de militants en lutte.

(3)          Cfr. "Massacre à Ha1labja" in Le Communiste n"27.

Pour ce qui concerne, par exemple, le réseau de survie économique des prolétaires en lutte, persécutés, exilés, em­prisonnés, il existe là une totale prédominance de la démer­de individuelle, familiale, ou "amicale", et ce de façon plus générale en ce qui concerne la solidarité  interc1assiste, ce qui a comme conséquence de favo­riser l'exil organisé par la contrerévolution. Avec nos fai­bles forces et celles des grou­pes et militants proches, nous prétendions organiser, à partir de cette réunion internationale, et à partir également d'une délimitation clairement proléta­rienne, la création d'une adres­se ou d'une boîte postale où s'adresser, la création d'une caisse de fond pour les cas urgents et la constitution d'une équipe pour coordonner l'action face à telle ou telle nécessité, etc.

Et plus largement que les exemples que nous donnons ici à propos de l'information et du réseau de contact et d'en­traide économique face à l'enne­mi, notre groupe était ouvert à la discussion de toute proposition d'action visant les mêmes objectifs: généraliser, organi­ser, rendre conscient, structurer, diriger, la lutte du prolétariat surgie spontanément dans le cours du mouvement.

Mais la réunion de Berne nous a permis de constater (une fois de plus) le manque de réceptivité et de compréhension vis à vis de notre "Propuesta" en général, et des propositions qui la concrétise en particu­lier. Non seulement les répon­ses convergentes, encourageantes furent peu nombreuses (problème auquel nous pouvions nous atten­dre en regard de la phase actu­el le d'antiorganisation, de sec­tarisme,de non concrétisation/cristallisation de la tendance du prolétariat à se constituer en Parti), mais même parmi les camarades et groupes qui manifestèrent leur volonté de participer à une telle initiative, et parmi ceux qui participèrent à la réunion, peu nombreux furent ceux qui virent plus loin que les dis­cussions de connaissance mutuel­le et réussirent a dépasser l'attitude passive consistant a "voir ce que les autres allaient proposer".  Et  si cela handicapait déjà beaucoup la possibili­té de faire une véritable réu­nion organisative, la présence de plusieurs militants qui n'a­vaient pas participé au travail organisatif préalable, qui igno­raient notre conception de la communauté de lutte et qui n'a­vaient jusqu'alors pas développé d'action commune avec nous, ce à quoi il faut encore ajouter de sérieux problèmes de langue et de manque de connaissances mutuelles, tout cela donc a, bien ma1gré nous, limité la portée de cette réunion.

Il serait juste d'a­jouter que les réactions de solidarité aux prolétaires en lutte en Iran et en Irak, tout comme la lutte de ceuxci, nous avaient fait surestimer, dans une certaine mesure, les possi­bilités réelles d'obtenir une concrétisation de nos proposi­tions de toujours, ici et main­tenant, et de ce point de vue, i1 faut reconnaître que nous étions trop peu nombreux. Mais du point de vue de la présence des camarades qui n'étaient pas au courant du cadre de la réu­nion, nous pouvons affirmer (sans aucun préjugé négatif sur la capacité révolutionnaire de ces militants) que nous étions trop nombreux, et que nous en sommes en partie responsables.

En effet, comme tous les lecteurs le savent, il n'a jamais été question pour nous de faire une réunion "publique", non plus qu'une conférence d'é­changes d'avis sur la situation, mais bien d'inviter différents groupes et camarades ayant une activité commune contre la guer­re et la paix en Iran et en Irak, à faire une réunion de travail organisatif contribuant à centraliser l'action directe. Des réunions préparatives en vue de clarifier cette situation avaient été organisées préala­blement, et nous espérions avoir suffisamment débroussaillé le terrain pour qu'il soit possible d'en arriver d'emblée a discuter sur la situation et les perspectives de lutte existantes et déterminer nos possibilités d'action. Malheureusement, cet­te position ne semble pas avoir été assez explicite dans la mesure où les camarades en ques­tion furent invités par des camarades qui travaillaient avec le groupe lors de la préparation de la réunion.

Nous nous considérons donc partiellement responsables des problèmes ayant découlé de cette situation, étant donné que nos camarades avaient comme tâ­che d'assurer les critères de filtrage à Berne. Tout cela a directement entravé le respect de l'ordre du jour. Ces cama­rades, et nul ne peut leur don­ner tort sur ce point, ont voulu en savoir plus sur les positions de l'ensemble des camarades pré­sents et des groupes que cer­tains représentaient. Mais, au cours d'un week end, ce type de présentation, et les questions qui s'ensuivent ainsi que les explications sur la communauté de travail et le pourquoi de l'invitation de tel groupe ou non ... ne pouvaient que prendre beaucoup trop de temps par rap­port aux buts fixés qui euxmêmes exigeaient déjà l'éclair­cissement d'un certain nombre de points.

Après une première tentative de présentation brève des groupes et camarades pré­sents, nous avons voulu repren­dre les discussions de fond et notamment l'exposé sur la pé­riode actuelle et sur les campa­gnes bourgeoises, discussions qui devait servir de cadre pour aborder les luttes de classes en Iran/Irak et leurs perspectives. Mais les camarades qui n'a­vaient pas participé au travail préalable se trouvaient de fait dans une position qui les con­traignait à poser sans cesse des questions qui nous faisaient systématiquement sortir du sujet alors que pour tous les autres, du fait de contacts préalables parfois anciens, ces choses étaient  plus claires. Il en allait ainsi à propos des posi­tions présentes sur la guerre et le défaitisme de façon générale ou sur tel ou tel groupe noninvité pour des raisons qui semblaient évidentes à l'ensem­ble des autres participants.

Nous avons alors proposé de faire deux niveaux de réunion qui tiendraient compte du niveau d'implication commune passée. Cela impliquait que certains camarades quittent la réunion pour travailler, accompagnés de camarades moins impliqués dans l'organisation et le suivi de la réunion, pour répondre à l'ensemble de ces questions, et ce sans entraver le déroulement de la réunion. Malheureusement,cette proposition n'a pas du tout été comprise; ce qui démontre encore une fois la difficulté de rompre avec la démocratie, y compris dans les secteurs d'avantgarde révolutionnaire.

I1 nous semble important de souligner cela pour montrer en quoi dans cette réunion, comme presque toujours et partout, ce qui passait pour la 1igne radica1e révolutionnaire était le nivellement démocratique par le bas. Ce n'est pas que nous mettions des cotations aux cama­rades, mais bien que nous recon­naissions, de fait, qu’il existait réellement différents niveaux, comme c’est le cas dans toute les tentatives d’associationnisme ouvrier et sans que cela résulte d'un quelconque choix. Dans ce type de situa­tion, la tendance est presque toujours d'essayer de mettre en avant le "plus petit commun dénominateur pour être les plus nombreux possibles".  Le critère n'est plus alors déterminé par 1es intérêts de la classe ouvrière mais bien par la situation immédiate de certains mi1itants. Onpasse d'un  critère révolutionnaire qui tient compte des nécessités et du devenir de notre classe à un critère démocraticonumérique.

Ainsi, certains par­ticipants ont défendu qu'il s'agissait d'une proposition sectaire, d'un refus de travail­ler avec ces camarades. Or il s'agissait précisément de la seule proposition qui, tenant compte de la situation, permet­tait de rée11ement travailler avec ces camarades, sans qu'ils ne freinent notre activité ni qu'ils en soient pratiquement rejetés du fait des différences de niveaux. Le travail de débroussai11âge que nous nous proposions de mener avec eux était indispensable pour pouvoir effectivement travailler ensem­ble. S'il s'était s'agit, par contre, de faire de grandes déclarations contresignées par différents groupes, ce type de différenciation de niveaux n'au­rait évidemment pas été néces­saire. Le sectarisme aurait con­sisté à accepter une présence formelle quitte à essayer de se mettre majoritairement d'accord avec (et donc aussi contre!) un tel ou un tel. Encore une fois, nous avons préféré mettre en avant les critères de lutte en essayant de déterminer le type d'activité révolutionnaire pos­sible avec chacun pour, dans cette activité, essayer de con­verger toujours plus fort et clairement vers les intérêts et nécessités de notre classe.

Les réactions néga­tives à notre proposition imposèrent(outre le fait de mettre en évidence les limites dans la rupture avec la démocratie "ouvrière" de certains des par­ticipants), bien malgré nous et en tant que rapport de force incontournable, les limites de la réunion. Nous avons donc demandé à ces camarades de gar­der leurs questions plus géné­rales sur les positions de tout un chacun, et particulièrement du GCI, pour des discussions annexes, de telle sorte que la discussion prévue puisse avan­cer. Malgré les accords sur ce point cela a posé, et ne pouvait que poser des problèmes, ces points généraux surgissant  évidemment dans les autres ques­tions et particulièrement dans toutes les questions concernant les activités futures que nous devions tenter de mettre sur pied.

Malgré toutes les dif­ficultés que cela a entraîné, il faut reconnaître que cette mise en avant très pratique et con­crète de l'influence de la démo­cratie au sein des groupes révo­lutionnaires et de leurs activi­tés, et des discussions et réflexions que cela a pu susci­ter, permit de renforcer cer­tains points de notre critique de la démocratie et de remettre en avant que celleci se concré­tise en tant qu'autocritique pratique du prolétariat dans son activité contre le vieux monde; que la démocratie viendra sous ses différentes formes les plus radicales, essayer d'entraver chaque pas de l'activité et de l'organisation révolutionnaire; que c'est le biais, avoué ou caché, pour que chaque niveau de centralisation prolétarienne se dilue dans un niveau qui lui est inférieur, jusqu'à "aller là ou sont les masses" et ren­trer dans les syndicats ou les partis "réformistes ouvriers", comme mille fois on a pu le voir dans le mouvement ouvrier.

Nonobstant ces impor­tantes limites, la réunion s'est poursuivie en se concentrant sur la discussion de la situation en Iran et en Irak. Il nous faut souligner les apports importants au niveau de l'information, ain­si qu'au niveau de la discussion sur la situation du prolétariat que la réunion a permis. Nous sommes parvenu à déterminer notre accord global sur la situation dans la région (bien que certains aient préféré in­sister sur le haut niveau de destruction actuel du proléta­riat) et sur les perspectives qu'elle traçait. Pour rappel, le cessezlefeu venait d'être si­gné et nous avons tous claire­ment perçu qu'il était produit d'une  forte lutte de classe que l'Etat se devait de rapidement contrôler, et que donc il ne signifiait rien d'autre qu'un renforcement de la guerre contre le prolétariat, un renforcement de la répression. Mais il n'était pas évident que cette paix momentanée n'allait pas déterminer aussi un renforcement de la lutte de classe dans la mesure où la paix signifiait, et signifie toujours, l'effort de reconstruction, la répression, démontrant par la encore plus clairement, la totale absurdité POUR LE PROLETARIAT de ces 8 années de guerre de ces millions de blessés, de mutilés, de ce million de morts, de toute cette misère. Il semble clair AUJOURD'HUI que c'est l'Etat bourgeois qui a renforcé sa position grâce à ce cessezlefeu, comme le soutenaient certains camarades à Berne. Mais l'existence même de ce cessezlefeu montrait que l'Etat en Iran et en Irak n'était pas très sûr de lui et se gardait, et se garde toujours d'ailleurs, bien que cela ce joue moins, la possibilité d'une reprise de la guerre.

Sur base de ces ac­cords, nous avons mis en avant des perspectives de travail, bien que trop rapidement, vu les limites de temps et les problè­mes que nous avions rencontré. Différentes propositions furent faites, allant de la simple proposition de boîte postale commune pour recueillir de l'in­formation, jusqu'à la proposi­tion d'une revue commune, en passant par un comité permanent de contact.

Nous voulons souligner ici l'attitude correcte du groupe qui est à l'initiative de la proposition de revue commune, et, au delà de cette proposi­tion, le fait qu'il soit venu à la réunion avec une proposition de travail concrète et préparée. Cependant, nous n'avons appuyé cette proposition qu'avec réserve, dans la mesure où l'état   actuel des forces de cette communauté de lutte ris­quait de transformer une telle proposition en une revue/tribune d'échanges d'idées, d'exposés des positions de chaque groupe, type de revue à laque1 le nous sommes totalement opposés (cfr. nos remarques à la note d'éclaircissement d'EO dans notre texte sur la "propuesta" in Le Communiste n°25).

Conscients unanimement des faiblesses de la réunion, c'est une proposition beaucoup plus modeste qui a été adoptée et retenue: à savoir, la créa­tion d'un comité pour rassembler les informations sur la lutte de classe dans le monde et plus particulièrement au Moyen Orient, ainsi qu'une récolte de fond pour aider notamment des révolutionnaires dans cette ré­gion à échapper à la répression.

Mais même cette modeste proposition concernant la centralisation de l'informa­tion et d'un réseau de survie économique pour les révolution­naires persécutés s'avère, dans les circonstances actuelles, très difficile dans son applica­tion, chose que nous avons pu vérifier après la réunion de Berne. Ainsi, par exemple, cer­tains camarades présents à la réunion et ayant approuvés la création de ce type de structure continuent malgré cela à ne pas centraliser l'information et à utiliser des critères indivi­duels pour l'envoi d'argent aux réfugiés irakiens et iraniens concentrés dans les camps. Il ne fait aucun doute que ce qui prédomine là sont plus les cri­tères de copinage et d'amitié que les critères collectifs et programmatiques que nous mettons en avant.

La dégradation de la situation sociale et politique du prolétariat, le développement accru de 1'atomisation et de l'individualisme ne facilitent pas l'activité militante. Et plus les liens (aggravés par des questions de distance, de langues, de coût de communication, de voyages) et les accords (aggravés par la vague de dépo­litisation générale (4)) sont lâches, plus il est difficile de maintenir une activité commune continue. La proposition approuvée A Berne, bien que ce soit une proposition très modeste, est très difficile dans son application à 1'heure actuelle.

Mais cette proposition approuvée a une validité beau­coup plus générale que les ré­sultats immédiats que nous at­tendons. En effet, l'activité de notre groupe et celle d'au­tres camarades proches en Europe a eu, depuis notre premier Manifeste contre la guerre en Iran/Irak, des répercussions importantes, soit parce que des groupes de militants ont repro­duit et fait circuler nos maté­riaux (parfois même sans contact direct (5) avec nous), soit parce que l'ennemi de classe répondait publiquement à nos positions et menait des opéra­tions/provocations pour réprimer notre activité en Europe. Et la réunion que nous venons de réa­liser, malgré toutes ses faiblesses, a une validité qu'on ne peut réduire aux faibles forces qui y ont participé directement. Les camarades qui n'ont pu y participer pour des raisons de distance ou d'autres, le soulignent également dans leur correspondance.

C'est pour cela que le GCI a décidé de continuer à impulser les résolutions de la réunion de Berne, malgré l'iso­lement et d'autres difficultés d'applications auxquelles nous faisons face. Nous avons donc appuyé l'ouverture d'une boîte postale et d'un compte courant en Grande Bretagne (6).

NOUS  APPELONS  TOUJOURS LES  CAMARADES QUE LA  LUTTE POUR LA   SOLIDARITE DE CLASSE,  LA  LUTTE CONTRE L'ISOLEMENT  INTERESSENT, A     PRENDRE CONTACT ET A  ENVOYER DES  INFORMATIONS, DES PRISES  DE POSITIONS, DE  L'ARGENT POUR  TENTER DE CENTRALISER A CE  NIVEAU, UNE       ACTION  COMMUNISTE.   Là  aussi,  un   pas  réel  dans la centralisation de  nos forces,  dans  la  coordination  de  nos  efforts vaut  mieux  que  mille  discours  sur  la  solidarité  et l'internationalisme.

(4)          Nous ne nous référons pas ici à. la "dépo1itisation" en tant que désertion massive des prolétaires dans les organisations gau­chistes, les syndicats, ni au désintérêt général pour les élec­tions, etc.. qui sont autant de points positifs dans la situation actuel1e du prolétariat; mais bien à la dépo1itisation dans le sens plus abstrait du dés intérêt général concernant la perspective révo­lutionnaire, au manque de discussions sur la révolution à venir, sur le programme communiste, etc. De ce point de vue, la si tuât i on est la plus grave que ce que n'a jamais vécu le prolétariat depuis des décennies, et dans certaines régions depuis plus d'un siècle.

(5)          Ce même phénomène s'est déroulé éga1ementen Amerique Latine et particulièrement en Colombie ( où les contacts directs ont été rompus) et au Sa1vador (où nous n'avions pas de contacts directs)

(6)          Ecrire à :A1exandre

BOX  3537 STOKES  CROFT

            BRISTOL   BS1   3PY


CE29.1 Quelques notes sur le rapport de force mondiale entre les classes