"1984"... 85, 87.... ....pire que prévu

Citoyennisation de la vie.

Un exemple : la France.


En France aussi, avec la grève des cheminots et le mouvement "étudiant" (1), le front de la paix sociale vient d'être quelque peu secoué par le prolétariat, seule force capable d'apporter une réponse définitive à la crise de ce système de misère et de mort. Mais cette paix sociale qui a dominé pendant de longues années les esprits et la pratique même de notre classe, laisse ses marques sur les luttes que mènent les prolétaires aujourd'hui, et son poids néfaste subsistera encore longtemps comme entrave à toute radicalisation. Pour combattre ces entraves, mieux les comprendre (comme une des conditions de leur dépassement futur), nous avons cru utile d'analyser les traits principaux des années qui viennent de s'écouler et ceci plus spécifiquement à la lumière de ce qui s'est passé, en France, notamment depuis l'installation de la gauche au gouvernement.

En nous référant à "1984", titre du fameux livre, nous avons voulu indiquer comment certaines. tendances de la société actuelle ont pu être prévues de longue date par quelques hommes. Mais n'oublions pas que dans le monde imaginaire d'Orwell, la lutte de classe a été supprimée par Big Brother. Ceci est une illusion réactionnaire, en ce qu'elle doit NIER les luttes, et il est triste de constater comment de plus en plus souvent le camp des réactionnaires est rejoint par les déçus désabusés du prolétariat et de la révolution communis­te. Pour nous, le développement de la misère, le renforcement de la domination marchande sur la société, la concurrence grandissante entre prolétaires qui ont marqué ces dernières années (en l'absence d'une riposte quelque peu significative du prolétariat), ont certes traduit un écrasement temporaire mais bien réel du prolétariat —d'ailleurs plus fortement encore en France qu'ailleurs— mais nous y voyons avant tout un renforcement des déterminations qui inévitablement —inexorablement— pousseront notre classe vers des affrontements décisifs. Telle sera la conclusion de l'article qui suit. Dans ce texte nous indiquons des phénomènes tendanciels, qui certes sont en actes, qui existent réellement, mais qui pour nous —bien loin de la supprimer— ne peuvent qu'accentuer la permanence de l'affrontement de notre classe à l'encontre des efforts de la bourgeoisie pour nous noyer dans la démocratie.


par|f 39


INTRODUCTION

Ces derniers temps, le souvenir de mai '68 a été évoqué à plusieurs reprises (émission télé de Cohn-Bendit, lors du mouvement d'agitation de la jeunesse,...); à chaque fois ce ne fut que pour en voiler encore davantage la signification réelle, pour en occulter le mouvement réel tel qu'il avait secoué la société capitaliste tout entière (ainsi les premières minutes de l'émission "Nous l'avons tant aimée, la révolution" ne montraient que le matraquage systémati­que de manifestants).

Certes, en France et en Europe en général, '68 et les années qui suivirent ont marqué la renaissance de la perspective révolutionnaire, absente de la vie sociale de ce continent depuis 50 ans, mais ce cycle de luttes avait démarré bien auparavant, notamment en Amérique Latine et en Asie où les premières réponses du prolétariat à la crise du système capitaliste mondial surgirent dès les années '50. C'est au cours de ces mouvements que le prolétariat mondial réapprend à lutter, à s'organiser, à reconnaître ses intérêts et sa nature historiquement antagonique à la société existante. Soixante-huit n'était point l'apogée du mouvement communiste, mais "seulement" un épisode de ce mouvement, apportant une confirmation supplémentaire de la nature internationaliste de notre combat. En ce sens toute cette période est importante comme moment de ressurgissement de la subversion prolétarienne enfouie depuis plusieurs décennies par la force de la contre-révolu­tion.

Dans les années qui suivirent, il allait devenir clair —tragiquement— que cette première réémergence du prolétariat était restée marquée par de nombreuses faiblesses et illusions qui devaient influencer le cours des affrontements à venir: ainsi l'importance réelles de ces luttes mondiales n'est pas restée comme un acquis, une pratique collective du prolétariat, mais a pu être complètement dévorée par la contre-révolution qui n'allait pas tarder à les transformer en produit/marchandise de "contre-culture" et de consommation (que l'on pense aux massacres des prolétaires au cours des luttes de libération nationale tant vantées en Europe durant ces années). La force du mouvement avait été telle que la perspective et le "désir" d'une révolution étaient redevenus une donnée concrète pour bon nombre de prolétaires de par la monde. Mais il est évident, et c'est une des faiblesses les plus marquan­tes de cette période, qu'en ce qui concerne surtout l'Europe et les Etats-Unis, les moyens de cette révolution (dictature du prolétariat pour la destruction de l'Etat et du travail salarié) ne furent jamais réellement inscrits à l'ordre du jour, mais furent remplacés par un programme de la réalisation des "désirs" et même souvent identifiés à ce programme. D'où les nombreux projets autogestionnaires qui virent le jour. Ce sont également ces illusions qui furent à l'origine des nombreuses expériences "communautaires" dans lesquelles beaucoup de jeunes et moins jeunes allaient par la suite s'engager, ceci étant le résultat de leur incapacité à porter leur critique contre la société. Ce vécu "parallèle", en conflit à l'origine avec les valeurs morales du pouvoir en place, le capital par son mouvement propre de valorisation et de démocratisation, allait le résorber petit à petit pour en faire un facteur actif d'accumulation et de contre-révolution.

En France, durant toute la période de l'après '68, le but essentiel de la gauche fut d'écraser le mouvement subversif, pour, par la suite, essayer de démobiliser définitivement le prolétariat. Celui-ci devra "mettre en suspens" ses aspirations en attendant la victoire électorale du "Programme Commun" (programme de gouvernement PC-PS). Les années '70 voient l'apogée des "luttes" gauchistes: écologie (Malville, Larzac), féminisme (lutte pour l'avortement libre), autogestion (Lip). Ces mouvements réformistes sont évidemment la réponse du capital à la subversion, tentant de la travestir en un mouvement pour la réforme et l'adaptation de la société; les formes et modes de vie archaïques sont restructurés et modernisés par ceux-là mêmes qui avaient relevé formellement le défi de les attaquer.

L'année 1978, avec l'échec de la gauche aux élections législatives de mars et les désillusions qui s'en suivaient chez les ouvriers et chez ceux qui préten­daient oeuvrer pour la transformation de la société en appuyant la gauche, marque le début de la crise du "militantis­me": en France, les réunions et mobilisations tant gauchistes que syndicales seront de plus en plus désertées, les grèves se feront de plus en plus rares. Quand trois ans plus tard la gauche l'emporte aux élections, ce ne sera nullement par hasard, mais pour parachever véritable­ment cette démobilisation de la classe ouvrière en France. Forte de cet acquis —pendant toute cette période, le nombre des journées de grève baissera sans cesse— la gauche, sans oublier son rôle historique sur la scène internationale comme garant de l'ordre capitaliste, va donner une cohérence globale à la restructuration nécessaire de la société française: immigra­tion, productivité (« les 35 heures »), modernisation des différents corps de répression, armées, flicage dans les quartiers et usines,... sur tous ces fronts, elle va mener son offensive afin de renforcer la place de la France parmi les requins capitalistes.

DE QUELQUES TENDANCES MARQUANT L'ATMOSPHERE SOCIALE D'AUJOURD'HUI

Il n'existe plus aujourd'hui que quelques groupes pour évoquer un "nouveau sujet" de la révolution, chère à l'autonomie de la fin des années '70 (les "jeunes", les "femmes", les "immigrés", les "prison­niers", les "homosexuels",...) (2) personne ne parle plus aujourd'hui de secteurs de lutte spécifiques! la raison en est que la plupart des aspirations qui étaient portées —confusément— par ces secteurs, ont été intégrées (en en niant le fondement même) par le capital lui-même: les femmes ont leur ministre à la condition féminine, les écolos ont leurs spécialistes au sein des ministères, les immigrés ont à leur disposition un lobby puissant et en plus... un secrétaire d'Etat aux droits de l'homme. Que cette récupération par la société capitaliste des aspirations des jeunes, des immigrés, etc ... aie comme contre-partie inéluctable l'aggravation de la situation de ces différentes catégories de prolétaires, est une évidence: c'est justement pour masquer cette aggravation et pour rendre toute véritable réponse contre notre misère encore plus difficile, que ces réformes ont été mises en place.

Là, apparaît aussi la nature néfaste de la théorie du "nouveau sujet" de la révolution, dans la mesure où ce n'est qu'en luttant en tant que classe mondiale, c'est-à-dire en élargissant toute lutte à l'ensemble des prolétaires, que la sentence définitive —communiste— pourra être apportée contre cette société d'exploitation et de classe. Le désaveu de ces schémas par la réalité est devenu plus tranché encore, avec l'approfondissement de la crise qui touche de plus en plus l'ensemble des prolétaires. Un nivellement relatif des conditions de vie des différents secteurs du prolétariat a en effet eu lieu, le mot d'ordre de la gauche "Réduire la hiérarchie des salaires!" s'est ainsi concrétisé par le doublement en trois ans du nombre des smicards. Et même la plus importante division, celle entre actifs et chômeurs (et à travers cette division, celle entre jeunes et moins jeunes), qui, en période de crise se voit toujours "promise à un bel avenir", est aujourd'hui contrecarrée par le développement de la flexibilité, des contrats de formation, par l'intérim, les reconversions, les T.U.C.,... Ce qu'avant tout nous voyons, c'est que c'est la faiblesse de la riposte prolétarienne qui a rendu possible une telle attaque contre nos conditions de vie. Cela s'éclaire au vu du renforcement de l’atomisation des prolétaires qui accompagne inévitablement une si terrible aggravation de leur conditions de vie. Ecrasés par la misère, les prolétaires atomisés ne se reconnaissent plus en tant que frange d'une classe mondiale aux intérêts communs, mais se soumettent de plus en plus aux exigences de la survie capitaliste, le chacun pour soi et tous pour l'économie nationale! Les luttes du mois de décembre et de janvier, où l'on a vu se mobiliser cheminots, agents de la RATP, de l'EDF, enseignants, tous encadrés et limités par les syndicats, nous ont montré chaque frange s'insurgeant uniquement vis-à-vis d'attaques portées contre sa situation propre.

Ces jeunes prolétaires, en se battant à l'avant-garde, nous indiquent clairement la perspective révolutionnaire. Ils montrent pratiquement comment le choix n'est pas entre crever à l'usine ou crever au chômage, ou encore entre mourir de faim ou mourir d'ennui, mais entre crever ou lutter, entre accepter de se soumettre à cette société où la marchandi­se et l'argent dominent tout, y compris la vie même, ou se battre. Voilà la réelle alternative, la seule! Contre le renforcement de la misère, contre les plans d'austérité qui succèdent aux mesures de rigueur, contre les gouverne­ments de gauche qui succèdent aux gouvernements de droite,... contre le renforcement de la démocratie, la seule voie, c'est la lutte. Dans cette société de mort, la lutte reste la seule perspective réaliste!


Mais une telle aggravation de nos conditions de vie, bien qu'elle ne constitue pas automatiquement et mécaniquement la base objective à un mûrissement de la situation révolutionnaire, n'en implique pas moins un approfondissement de l'antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat, cet approfondissement donnant à son tour les dimensions des combats à venir.

Il en va ainsi pour les jeunes prolétaires, ce sont souvent eux qui sont à la tête des affrontements avec l'Etat; - c'est vrai au regard de tous les mouve­ments révolutionnaires du passé, où ils ont toujours fourni l'audace indispensable à toute entreprise subversive;

- c'est vrai aujourd'hui lorsque nous voyons les jeunes prolétaires aux premiers rangs des combats en Afrique du Sud, ou plus récemment à Constantine, en Cisjordanie, ou encore au Limbourg, où c'étaient les jeunes chômeurs et les fils de mineurs qui s'attaquaient violemment aux sièges des partis et syndicats;

- c'est vrai encore en ce qui concerne les jeunes des cités et banlieues anglaises et d'ailleurs, qui refusent de se laisser embrigader dans et par les campagnes et/ou organisations bourgeoises, et qui régulièrement concrétisent la critique qu'ils portent contre la misère.

Mais c'est justement à cause de cette réalité (ces jeunes prolétaires qui s'insurgent et n'acceptent plus), que les efforts de la société en vue de soumettre et de dominer ses esclaves salariés sont, en grande partie, dirigés et concentrés contre cette jeunesse. C'est donc aussi dans son sein que nous rencontrons souvent la pire des atomisations, le plus grave des désespoirs (illustré de façon brutale par la propagation de l'héroïne parmi les jeunes, moyen utilisé par l'Etat pour démobiliser et réprimer les jeunes prolétaires).

C'est la société elle-même, son évolution et son adaptation constante aux nouvelles données de la guerre de classes (c'est-à-dire de l'affrontement au sein de la société entre deux projets contradictoires) qui induisent et renforcent l'atomisation. Ainsi, l'inadaptation de la jeunesse au travail s'accompagne d'une évolution de l'école qui, tout comme la famille, n'a plus comme fonction (ou en tous cas, n'est plus capable) d'affirmer une autorité, d'imposer une discipline en vue de la "vie active": en ce sens, la crise de l'école, de la famille des années '70, a été digérée par la société, aboutissant à la démocratisa­tion de ces institutions. La réalité de cette démocratisation, c'est... les écoles transformées en véritables "parkings" (prisons) produisant des millions d'illettrés, c'est... la famille en tant que cellule pédagogique (castration) réduite à sa plus simple expression (voir plus loin sur la question de l'individualisation) où, de plus en plus, le soin de "sociabiliser" les enfants est laissé à la télévision. Si dans un même temps, la famille retrouve une certaine importance, c'est pour la sécurité économique (augmentation du taux d'exploitation, avec un seul salaire pour entretenir et reproduire 3, 4, voire plus de prolos) et affective qu'elle croit pouvoir offrir. Nous ne voulons pas nier les différentes tentatives de la bourgeoisie pour re-valoriser tant idéologiquement que moralement et économiquement aussi bien l'école que la famille: la traditionnelle opposition gauche/droite permet tout à fait une telle réactualisation régulière de ces valeurs sûres de la contre-révolution (ainsi, en France, l'orientation actuelle consiste à faire rentrer l'école dans l'usine, dans l'armée et dans la famille, et parallèlement, l'usine, l'armée et la famille visitent l'école; voilà la dé­mocratisation, la soumission de chacun aux besoins de valorisation du capital!).

Avec cette démocratisation de la misère, les jeunes prolétaires souvent si impatients et exigeants se trouvent dilués, avec leur révolte, au sein de cette masse amorphe de citoyens/électeurs, et ne peuvent presque plus voir aujourd'hui d'adversaire immédiat contre qui exercer et développer leur révolte. Avec l'approfon­dissement de la crise, c'est beaucoup plus directement l'ensemble du rapport social marchand qu'il s'agit d'attaquer.

C 'est aussi une certaine "tradition" de la révolte (...à l'école, à l'armée,...), vivace dans les années '60, qui ne s'est plus transmise à la nouvelle génération et qui a complètement disparu, souvent au profit d'idéologies démocratiques et conservatrices. Beaucoup de jeunes d'aujourd'hui n'ont jamais connu que la télévision comme principal instrument de "socialisation" (signalons au passage que des feuilletons comme "Starsky et Hutch", qui passent à la télé française, peuvent être considérés comme étant extrêmement riches et intelligents, en rapport à la moyenne des feuilletons plus récents qui défilent 24 heures sur 24 sur les écrans américains!), c'est dire l'exercice permanent d'oubli de tout passé collectif auquel ces jeunes sont soumis. La plupart d'entre eux n'ont aucune expérience de lutte, n'ont jamais, même de loin, assisté à une grève quelconque, et de telles expériences ne font donc pas partie de leur cadre de références; ils vivent dans un présent permanent qui leur échappe.

Une certaine mise en spectacle de la jeunesse et de ses refus s'est ainsi dévelop­pée, notamment à travers la musique (punk, new wave,...) en particulier nourrie de l'expérience du chômage, et du refus à l'idée d'accepter les quelques sales petits boulots de disponibles. La musique n'est rien d'autre qu'un moyen d'intégration de la jeunesse qui, ainsi, peut elle même se donner l'illusion d'être au centre de ce monde: l'affirmation "le monde appartient aux jeunes" cache la triste réalité des jeunes appartenant à ce monde... de la valeur!

La haine des années '60 envers la jeunesse et ses valeurs —ou plutôt anti-valeurs— a complètement disparu au profit d'une sorte de drague éhontée des jeunes et de leur respectabilité, de leur sens des responsabilités (comme nous l'avons vu tout récemment avec la propagande autour des manifs des "enfants de la République" (!) dixit Libé). En fait, il ne s'agit ici pas tant de l'adaptation des jeunes, mais bien avant tout de l'adaptation du capital, de sa force d'atomisation, de démocratisation: le capital tolère, intègre et développe toute contestation parcellaire non totalisante. Tout ceci lui a certainement entraîné quelques succès: lorsqu'on voit plus de 100.000 jeunes descendre dans la rue (décembre '84) en faveur d'une radio libre (NJR), ça fout les boules!!! Lorsqu'on voit le succès qu'ont pu obtenir certaines campagnes médiatiques directement orchestrées par l'Etat (l'Ethiopie, la fête anti-raciste de la Concorde, ...), il y a de quoi enrager, surtout quand on sait que dans la vie, les jeunes sont parmi les premiers à subir la misère croissante (T.U.C., T.I.C., taux de chômage de loin le plus élevé).

Et il est vrai que pour l'instant, chacun essaie souvent de s'en sortir seul, en espérant ne pas être au nombre des perdants. S'il y a 20 ans, les jeunes parlaient volontiers du pouvoir, de l'argent, du profit,... pour cracher dessus —ces valeurs étant clairement reconnues comme des valeurs de la société bourgeoise—, aujourd'hui, on est souvent confronté au cours des discussions (quand toutefois on arrive encore à discuter avec quelqu'un) à l'apologie, voire l'exaltation de ces valeurs. La compétition interindividuelle est justifiée au nom de ces valeurs. Nous assistons donc à une réelle fuite en avant dans l'individualisme qui empoisonne toute l'atmosphère sociale.

ATOMISATION ET PROGRES .

Mais comme vient de nous le montrer le mouvement "étudiant", cette fuite en avant est fragile, elle ne durera pas, et, il faut donc à la contre-révolution une victoire, une solution plus définitive. Cet individualisme, que le capital produit sans cesse, l'Etat, va tout faire pour lui donner des bases encore plus solides. A l'abrutissement ordinaire s'ajoutent les suicides (plus de 10.000 par an en France), les mysticismes, les drogues (alcools, médicaments,...), la folie (50.000 taulards, mais quatre fois plus de personnes en hôpitaux psychiatriques), comme "voies" pour tous ceux qui "n'osent" pas et ne peuvent pas encore faire de leur vie une révolte; l'Etat travaille en permanence, méthodiquement, scientifi­quement, à notre destruction pure et simple!

Le rapport entre l'individu et l'Etat, qui s'impose à chacun de nous dans la vie quotidienne en tant que citoyen atomisé, devient un élément-clé de la contre-révolution. Pour construire l'individu-atome, l'Etat doit réaliser la "Liberté"'. Cette "Liberté", tant vantée, ne doit plus seulement rester une référence à un idéal abstrait (qui d'ailleurs, en tant que tel, a mené tellement de luttes vers la défaite), mais doit être réalisée concrètement, "ici et maintenant". Cette liberté doit devenir notre raison d'être, doit parcourir nos veines, irriguer nos vaisseaux, nourrir nos cerveaux... "L'individu est libre!!!"... le gardien de cette liberté, c'est l'Etat!


L'Etat doit réaliser son idéal: la destruction de toutes les communautés non directement soumises à lui; la réalisation de la communauté fictive: individu-argent-Etat (c'est-à-dire la démocratie).

"L'argent lui-même est la com­munauté et ne peut en tolérer aucune autre qui lui soit supérieure (...) Là où l'argent n'est pas lui-même la communauté, il faut nécessairement qu'il dissolve la communauté."

Marx - Grundisse

A la base de l'atomisation des prolétaires, nous trouvons le capital lui-même; c'est au sein de la sphère des marchandises que disparaît la classe pour faire place aux citoyens libres et égaux.

"Dans la sphère de la circulation de la marchandise, il n'existe pas de classes: tout le monde apparaît comme acheteur et vendeur de marchandises, égal, libre et propriétaire. Même dans le cas de l'achat et de la vente de la force de travail, on se trouve dans le paradis des droits de l'homme et du citoyen. Chacun vise ses propres intérêts privés dans le règne de l'égalité, de la liberté et de la propriété privée."

("Contre le mythe des droits et libertés démocratiques" - Le Communiste n°10/11)

Pour réaliser davantage l'individu, l'Etat investit de plus en plus tous les aspects de la vie sociale: les flics, les spécialistes, les psychiatres, les assistants sociaux, les curés (qui reviennent en force), les conseillers,... sont partout (3). Est-ce vraiment étonnant alors que ce soit l'avocat qui, surtout aux Etats-Unis, soit aujourd'hui devenu le presque indispen­sable intermédiaire entre l'homme et la femme, entre les parents et les enfants ?

La famille, qui tout au long de l'histoire des sociétés de classe existait comme une des bases les plus solides des rapports de production, se réduit souvent à l'heure actuelle au petit noyau papa + maman + enfants... alors que dès l'âge de trois mois, les crèches "accueillent" nos enfants 12 heures par jour.

C'est donc l'individu qui de plus en plus devient la pierre angulaire de la société. Non pas que la famille représente un quelconque danger pour la société marchande, bien au contraire, elle garantit la pérennité des rapports bourgeois de propriété, mais dans la mesure où à l'intérieur de la famille, des liens (même aliénés) existent entre prolétaires, ceux-ci, cette simple existence de liens au sein de la famille apparaît au capital comme un danger potentiel contre l'atomisation: l'individu doit être directement redevable devant l'Etat: tout autre lien que celui individu-Etat est à priori suspect... de pouvoir échapper au contrôle de l'Etat... est donc susceptible d'engendrer un peu de solidarité humaine... est donc dangereux.

L'Etat n'a jamais hésité à torturer et à supprimer une personne à cause des liens familiaux qu'elle avait avec quelqu'un d'autre. Mais alors, que de progrès accomplis lorsque c'est directement le fils même qui dénonce ses parents à la police, comme cela a récemment pu se voir aux Etats-Unis (pays de la liberté!) dans une affaire de drogue. Et plus près de nous, dans l'anonymat et la peur des cités urbaines, tous les jours des prolétaires disparaissent, morts de froid sur une bouche de métro, ou morts dans une petite piaule sans que personne ne s'en inquiète, sans même que personne ne s'en aperçoive, si ce n'est un agent EDF venu relever un compteur d'électricité, ou les voisins, gênés par l'odeur nauséabonde d'une société... et d'un cadavre en décomposition. Pourquoi s'étonner dès lors que cette misère extrême (extrême, car existant au sein même d'une collectivité d'hommes rendus incapables de solidarité) s'accompagne d'un battage médiatique sur les "winners", de l'exaltation de l'individu et de sa liberté, de sa réussite! En retour, cette idéologie du "chacun pour soi" ("l'homme est un loup pour l'homme") se double d'une forme prostituée par le capital de ce sentiment humain de solidarité: la charité. Et de voir se développer, au coeur même de cette misère, les campagnes directement étatiques de "solidarité" avec les "nouveaux pauvres" (qui sont les pauvres de toujours!), avec l'Ethiopie, les beurs,...

L'Etat moderne se renforce de plus en plus. Plus il arrive à imposer sa toute puissance, plus il doit contrôler les particules qu'il domine, et pour cela les identifier et les individualiser.

*

Mais à part ces campagnes idéologiques qui constituent une force matérielle contre la lutte du prolétariat, c'est surtout avec le développement même des forces productives que la démocratie, c'est-à-dire le règne des atomes égaux et libres détruisant les rapports réels entre les hommes, se renforce.

Ceci n'est pas une innovation, ou une nouvelle donnée dans la société de classe, bien au contraire. Comme nous l'avons déjà souligné et analysé ailleurs (voir "Communisme contre Démocratie" -Le Communiste n°19), la démocratie se développe de façon concomitante avec la marchandisation de la société. Ce développement de la démocratie et des forces productives induit d'ailleurs directement les différentes idéologies que nous venons d'évoquer, c'est-à-dire qu'elles naissent à partir de la base matérielle de la marchandisation du monde.

"On pourrait écrire toute une histoire au sujet des inventions faites depuis 1830 pour défendre le capital contre les émeutes ouvrières."

Marx —Le Capital—

" ... le balancier de la pendule est devenu la mesure exacte de l'activité relative de deux ouvri­ers, comme il l'est de la célérité de deux locomotives. Alors, il ne faut pas dire qu'une heure d'un homme vaut une heure d'un autre homme, mais plutôt qu'un homme d'une heure vaut un autre homme d'une heure. Le temps est tout, l'homme n'est plus rien, il est tout au plus la carcasse du temps. Il n'y est plus question de la qualité. La quantité seule décide de tout: heure pour heure, journée pour journée ..."

Marx -Misère de la philosophie-

Nous avons depuis longtemps insisté sur le caractère destructeur des forces productives, sur les antagonismes qui opposent ces forces productives du capital aux exigences même minimales de la vie (faut-il rappeler ici Tchernobyl, ou plus récemment la catastrophe certaine­ment encore plus destructive au Brésil, que toute la presse occidentale a largement camouflée?).

Ces antagonismes, les prolétaires les vivent dans leurs corps jour après jour. Cela débute tôt le matin, quand sonne le réveil, et cela se termine quand nos rêves mêmes sont hantés par la peur de cette société. La rationalisation constante du processus de travail fait que les propriétés et particularités du travailleur apparaissent de plus en plus comme de simples sources d'erreurs. L'homme n'apparaît, ni objectivement, ni dans son comportement à l'égard du processus de travail, comme le véritable porteur de ce processus, il est incorporé comme rouage dans un système mécanique et informatique, qu'il trouve devant lui achevé et fonction­nant dans une totale indépendance par rapport à lui, aux lois auxquelles il doit se soumettre. Toute activité dans cette société est soumise aux besoins du capital, c'est-à-dire aux besoins de la valeur, de l'ordre, de la mort.

L 'uniformisation de l'activité productrice des hommes rend possible sa mesure en quantité de temps pour opérer l'échange marchand par l'intermédiaire d'un équivalent général (l'argent). Cette analyse, si clairement énoncée par Marx il y a plus d'un siècle, se vérifie une fois de plus aujourd'hui dans l'évolution actuelle de l'organisation du travail, comme dans l'évolution des techniques, des sciences, du progrès.

Le développement de la crise et les méthodes de rationalisation que la bourgeoisie met en place pour enrayer la baisse de son taux de profit, ont imposé aux travailleurs une soumission encore plus totale aux exigences de la production capitaliste. La flexibilité, le travail du dimanche, le chômage total et/ou partiel, ... impliquent non seulement une plus grande disponibilité des prolétaires (prenons comme exemple, les horaires mobiles, c'est-à-dire à l'année, qui cassent totalement le rythme des nuits, des week-end, des saisons, des vacances,...), mais impliquent avant tout, leur adhésion à l'esprit de l'entreprise, de la France, voire leur mobilisation pour les projets capitalis­tes. Ainsi, nous évoluons vers l'instauration d'un véritable contrat de confiance au sein des entreprises entre travailleurs-citoyens et le patron (voir dans le même ordre d'idée, les fameux "cercles de qualités").

C'est peut-être le projet du salaire au mérite (qui, rappelons-le, était au coeur de la grève des cheminots) qui illustre le mieux cette évolution. Il ne suffit plus de simplement bien travailler pour le patron et la patrie, encore faut-il faire preuve de dévouement envers eux. Il devient ainsi de moins en moins possible de rester neutre dans la société, car l'Etat exige avec toujours plus d'insistance que l'on s'exprime pour lui, que l'on participe activement à son renforcement.

A l'époque moderne, l'introduction de l'ordinateur, de la vidéo, de la téléma­tique... (grâce entre autre à leur miniaturi­sation), et ceci non seulement sur les lieux de production mais surtout au sein de tous les aspects de la vie quotidien­ne, signifie à coup sûr un progrès énorme dans notre déracinement; aussi bien par rapport à l'espace, que par rapport au temps. Les exemples abondent. L'introduction de l'informatique a systéma­tiquement entraîné une augmentation de la charge de travail. Le développement de la vidéo, de la télédistribution coupe généralement court aux conversations. La mise en place des moyens de transport plus modernes, nous a soumis encore davantage au diktat de la pendule. Paradoxalement, plus les moyens d'abolir le temps et l'espace sont développés, plus l'homme est devenu esclave du temps comme de l'espace. Au royaume de la marchandise, l'homme n'est plus qu'un objet, un atome, indifférent aux autres atomes.

Un rapport présenté en '82, au sommet de Versailles, précise que « la technologie moderne aide a libérer les hommes de la double contrainte de la distance et du temps". Pour l'être bourgeois, là se trouve son idéal; il veut la valeur, les richesses... éternelles, sans restrictions aucunes, sans limites, ni dans le temps, ni dans l'espace, épurées de toutes les entraves "terrestres" tels que... les hommes et leurs luttes. Mais une telle vie, ce n'est rien d'autre que la négation de la vie, C'EST LE REGNE DE LA MORT !

C 'est la mort pour tous les exploités de ce monde: leur univers est atemporel et aspatial. Que reste-t-il de la vie, quand on est ballotté d'un pays à un autre, toujours exilé ??? Pour les prolétaires, ce n'est qu'une même réalité de privations et de souffrances, de la naissance jusqu'à la mort...

Ce qui distingue l'homme des choses, ce qui lui permet de rompre avec son état de "chose" dans la société, c'est de pouvoir et de devoir se lier à son environnement, de se repérer dans le temps et dans l'espace, c'est de se réapproprier le temps, l'espace, l'environnement. Sans ces liens avec la vie qui nous entoure, et en premier lieu avec les autres hommes, avec comme passage obligé la réappropriation de notre passé et de notre futur (nos projets), nous sommes effectivement réduits à l'état d'objet.

L'immédiateté, c'est-à-dire la discontinuité avec l'absence de repères dans le temps et l'espace, qui fait que la réalité dialectique en mouvement ayant un passé, un présent et un futur disparaît au profit de notre croyance en nos propres projections mentales, qui tendent à se substituer à la réalité, produit la folie et la mort. Nos tortionnaires l'ont très bien compris, puisqu'ils généralisent et intensifient l'utilisation de la torture blanche (où il s'agit justement de supprimer tout repère d'ordre spatio-temporel par la privation de sommeil, par la suppression de tout contact, au moyen d'un environ­nement indifférencié: lumière artificielle 24 heures par jour, surveillance par caméra uniquement, jamais de visite, absence d'objets, murs blancs avec angles arrondis,...) pour mieux briser nos résistances.

C'est cet "oubli" de notre passé, et notre atomisation par rapport aux autres prolétaires, que la bourgeoisie organise de plus en plus rationnellement. Il est tout à fait normal que la bourgeoisie essaie de toutes ses forces d'étouffer dans l'oubli, de cacher, et lorsque ce n'est plus possible, de falsifier l'histoire de notre classe, de ses luttes (ainsi, elle avoue la terreur qu'elle ressent à se voir confrontée une nouvelle fois aux forces qui l'anéantiront). Il est tout aussi normal que le prolétariat lutte pour déterrer son histoire, pour la faire connaître, en faire le bilan, la rendre vivante, car ainsi nous exprimons le besoin d'aller au-delà des erreurs du passé.

En nous imposant un éternel présent, l'Etat cherche bien à faire disparaître à tout jamais jusqu'à l'idée même de la perspective révolutionnaire. Ce présent nous est imposé de mille manières.

Nous avons déjà évoqué l'abrutissement par la télévision comme moyen essentiel de la "socialisation" des jeunes. Mais n'oublions pas non plus l'enfermement quotidien des prolétaires dans leurs "cages dorées", où ils subissent sans cesse la propagande sur l'horreur nazie du passé et sur les dangers de l'holocauste nucléaire à venir; sans parler des grandes campagnes sur la barbarie qui existe toujours "ailleurs", par exemple "dans les pays du Tiers-Monde",..., et qui nous sont servies à toutes les sauces. Et pour ceux qui refusent leur embrigade­ment dans le présent et dans l'immédiateté, pour ceux qui tissent des liens entre les exploités d'ici et d'ailleurs et de partout, pour ceux qui préparent le futur en tirant les leçons du passé, pour tous ceux-là...il existe le chantage permanent aux prisons, aux tribunaux, aux asiles, aux troupes de chocs de l'Etat.

ETAT - INDIVIDU – GUERRE

Chacun sait que le Capital, pour faire face à ses contradictions internes et surtout pour faire face à sa contradiction mortelle, celle incarnée par la lutte que mène le prolétariat, doit systématique­ment s'affronter à son pôle négateur, doit l'éliminer.

La guerre est le moyen privilégié de cette élimination.

La guerre, qui en "devenant continue, a cessé d'exister", s'est généralisée petit à petit pour devenir une donnée permanente de la société civile.

La guerre n'existe donc pas seule­ment comme une menace qui plane au dessus de nos têtes, mais elle existe jour après jour, en permanence. Cette existence permanente est rendue possible avec le renforcement du rapport individu-Etat. Chaque citoyen est lié à l'Etat par un pacte de sang où il est précisé que l'on doit sacrifier ses forces à l'économie nationale, sa chair et ses os à la nation.

Ce n'est donc pas seulement comme une menace qui plane au dessus de nos têtes, ce n'est pas seulement "demain et ailleurs" que se déroulera la guerre, mais elle se déroule déjà "ici et mainte­nant". La guerre existe certes comme la menace d'un pas qualitatif de la misère encore à venir que la bourgeoisie réserve au prolétariat mondial..., mais l'atomisation grandissante, l'individualisation, les multiples sacrifices sont autant de pas et de conditions de la guerre généralisée. Et ceci d'autant plus fortement que la lutte des prolétaires restera absente de la scène sociale! Les tendances à l'individualisation toujours grandissante ne sont pas des élucubrations fantaisistes ou futuristes, mais correspondent à des tendances réellement existantes dans la société. Pouvoir pousser à bout ces tendances impliquerait la robotisation des prolétaires, leur renonciation à la lutte, à la vie, ... et nous savons qu'il n'en est rien de ce rêve bourgeois!

De la doctrine de la "réponse flexible" dans l'emploi, des armes nucléaires tactiques dans le cadre de l'OTAN jusqu'aux multiples conflits armés et locaux qui, depuis la deuxième guerre mondiale ont décimé plus de prolétaires que la première et la deuxième guerre réunies,... de la déclaration de Weinberger (secrétaire américain de la défense) "sur le nécessité pour les Etats-Unis d'être prêts à déployer deux guerres de grande envergure en même temps, l'une en Europe et l'autre dans une autre région du monde, par exemple le Moyen-Orient"... à la mise au point et à la fabrication en série de la bombe à neutrons (arme thermonucléaire à rayonnement renforcé, conçue spécialement pour « privilégier sur le champ de bataille le dégagement du flux de neutrons à haute énergie, de façon à être capable de causer des dommages significatifs à un adversaire, comme ultime avertissement avant le recours aux armes stratégiques »)… autant de faits qui confirment que nous sommes déjà en guerre et que cette question de la guerre se rattache directement aux luttes que mène le prolétariat aujourd'hui. La position des communistes qui dit que "le défaitisme révolutionnaire contre la guerre n'est pas un mot d'ordre futur, mais se pratique directement aujourd'hui par la non-adhésion à l'économie nationale, par le sabotage des projets bourgeois", prend ici toute sa signification.

Nous pouvons facilement comprendre la nécessité de la paix (et autres négociations sur le désarmement) comme un moyen privilégié de la régulation de cette guerre permanente, comme une condition réelle de la guerre: il s'agit en effet de négocier en permanence les termes de la guerre, le montant des sacrifices à consentir, l'importance des destructions à accomplir. Mais ces guerres localisées, circonscrites, nécessitent avant tout l'adhésion des citoyens atomisés, leurs sacrifices et leur consentement. L'orchestration par l'Etat des campagnes terroristes et anti-terroristes sert directement ce but-là. "Nous sommes en guerre. Tout le monde avec l'Etat!" (4).

 CONCLUSION

Nous avons évoqué l'atomisation grandissante des prolétaires, comment le capital, par l'évolution de sa société même, renforce l'individualité de chaque prolétaire, la destruction de sa constitution en classe) et ceci principalement en réponse à la menace que constitue pour sa domination un prolétariat soudé autour de ses intérêtsde classe historiques. Les idéologies de la liberté, du gagnant et de la réussite sont là pour justifier et donc renforcer davantage le "chacun pour soi".

En analysant quelques-unes de ces tendances de la société moderne, nous avons voulu montrer le réel pas en avant qu'accomplit le capital en renforçant l'atomisation des prolétaires. Or, comme la présence et le danger du virus devient évident seulement par la masse des anti­corps qui l'attaquent, l'aspect subversif de la situation actuelle se manifeste beaucoup plus dans ce que font les forces de la contre-révolution dressées contre lui, que par ce que le mouvement révolution­naire fait —à l'heure actuelle— lui-même.

Si la bourgeoisie trouve à tout moment le programme de ses intérêts historiques (la contre-révolution) inscrit dans sa situation immédiate; le prolétariat non! Notre situation immédiate est mystifiée, elle ne nous paraît pas telle qu'elle est dans la réalité (5). Et tous les modernis­tes d'entériner cette mystification, de joindre leur voix aux discours dominants sur la disparition du prolétariat, la caducité du mouvement communiste,...

La grande erreur des groupes théorisant la défaite, voire la disparition du prolétariat de la scène sociale, c'est de ne pas comprendre la détermination matérielle —inéluctable— du surgissement révolution­naire des entrailles mêmes de la société actuelle. Il ne leur reste plus alors qu'à remplacer cette détermination disparue, par la "volonté" des hommes à instaurer une société... non déterminée (communiste), mais rêvée et libre (à travers la volonté des hommes). Non que nous-mêmes nous cherchions à nier l'importance de l'imagination dans le projet communiste, mais alors l'imagination telle qu'elle devient, libérée par la disparition des rapports réifiés et par l'instauration de rapports véritables entre les hommes. Ceci n'a rien en commun avec l'imagination/phantasme d'aujourd'hui, complètement abrutie par la misère (détermination négative), c'est-à-dire l'imagination du prolétaire-citoyen atomisé qui, par ailleurs, se consomme déjà quotidiennement au sein de la société marchande.

En réalité, c'est du fond de toute la merde de la société moderne, de cette frustration permanente (d'être privé... de véritables rapports avec la nature, les autres hommes, la vie), que surgit le mouvement de subversion, de négation de l'ordre établi. Notre situation de classe exploitée au sein des rapports de production capitalistes constitue la détermination essentielle de la révolte et du combat des prolé­taires. A ce sujet, il est donc juste de parler d'un déterminisme, d'un non-choix de lutte —nécessairement violente et anti-démocratique— contre l'inhumanité. Et nous comprenons ce déterminisme dans sa signification historique, à savoir que le prolétariat est socialement et historiquement condamné à s'affirmer comme LA FORCE SOCIALE qui, depuis qu'il existe, organise sa lutte pour détruire le capitalisme et pour imposer une nouvelle communauté, enfin humaine(6). Au libre choix de l'individu dans la société bourgeoise, s'oppose le mouvement com­muniste qui détermine le prolétariat à emprunter la voie toute tracée de la lutte globalisante contre l'exploitation.

C'est en dévoilant l'ennemi, en dénonçant clairement les dangers qui guettent le prolétariat et ses luttes, que les communistes peuvent contribuer au surgissement révolutionnaire, peuvent contribuer à briser la complicité des prolétaires avec ce qui les tue.

NOTES :


(1)   A ce sujet, voir notre analyse dans "Parti de Classe" n"7 - "Cheminots: leçons pour l'avenir" ; "Etudiants ou Prolétaires".

(2)   II y a une exception importante, à savoir les Verts, notamment en Allemagne, qui continuent à mobiliser sur le thème de l'écologie et du pacifisme. Il n'est pas difficile de voir que sur ces deux points, c'est directement le capital qui a intérêt à promouvoir la recherche et l'expérimentation de solutions plus appropriées et équilibrées à sa course frénétique vers la mort et la destruction.

(3)   Les gauchistes se font régulièrement le devoir de dénoncer le flicage de plus en plus poussé de la société, sans jamais voir comment cet investissement direct de l'Etat dans toutes les sphères de la vie sociale, est un fait inéluctable de la société bourgeoise. Ce fait invalide du même coup leurs prétentions pacifistes selon lesquelles le prolétariat ne devrait pas avoir recours à la violence pour se battre, mais devrait simplement agir massivement pour faire pression sur l'Etat et le forcer à reculer. Nous constatons bien au contraire, que l'Etat ne cesse jamais de s'armer et de se surarmer et ceci d'autant plus en période de paix sociale. Seules les actions résolues, massives et violentes de la part de notre classe, en se centralisant vers la constitution d'une force de classe mondiale pour imposer le communisme, peuvent aller dans le sens de la nécessaire destruction de l'Etat.

(4)   Sur cette question de la guerre, voir également l'article "Cours catas­trophique du Capitalisme et lutte de classe", in l'Aube Internationaliste d'août 1986.

(5)   L'énorme pouvoir réel des médias réside justement dans leurs capacités à mystifier la réalité, à la "déréaliser", et non dans leur pouvoir critique de la réalité, comme ils se plaisent à le croire! Le prolétaire atomisé, totalement aliéné au sein de la société moderne de toute intervention sur l'histoire, peut contempler, tous les soirs, entre deux pages de publicité, et à travers quelques images spectaculaires, l'événement du jour, présenté par sa speakerine préférée!

(6)   Pour plus de précisions, lire "Les tâches des communistes", in LC n°21.


 

 


CE27.3 Citoyennisation de la vie: un exemple, la France