"Selon l'économiste national, l'intérêt du travail­leur ne s'oppose jamais aux intérêts de la société. En réalité, la société s'oppose toujours et néces­sairement aux intérêts du travailleur."

Marx 1844

"L'humanité se trouve en dehors et l'inhumanité à l'intérieur de l'économie nationale."

Marx 1844.

LE PROLETARIAT EN OTAGE.

« On ne peut sortir du cercle infernal de la misère et du sous-développement, sans aborder et solutionner le problème de la dette. Le problème de la dette, est le problème de tous les habitants du tiers-monde et plus particulièrement des pauvres, des masses opprimées ... Bien sûr, ils ne sont pas responsables de cette situation, car elle est due aux multi­nationales, à l'impérialisme, mais avec une dette aussi énorme que celle de notre pays, on ne peut pas prétendre avoir du pain pour tout le monde... Les sacrifices sont inévitables, mais si nous continuons à payer, et à redemander de nouveaux financements,... le problème ne sera jamais résolu! Il n'y a qu'à chercher une autre issue; soit le moratoire de la dette, soit l'unité des débiteurs pour pouvoir négocier en position de force, soit/et faire pression pour la suspension unilatérale du paiement de la dette. Ainsi, nous arriverons à imposer nos conditions au capital financier, à l'impérialisme,... ainsi le pays pourra se développer et la situation s'améliorera. »

A quelques variantes près, c'est de cette façon que les gouvernements, les armées, les partis de droite et de gauche, les syndicats et les églises, etc... en somme toute la bourgeoisie (de droite comme de gauche) nous présente la situation. Bien sûr, cette identité de points de vue, apparaît seulement quand nous fouillons un peu derrière les soi-disant alternatives qui apparaissent: pour certains, le seul remède c'est payer, le seul remède... les sacrifices qu'ils nous imposent; les autres (qui voient plus loin du point de vue bourgeois) proposent le moratoire ou l'annulation unilatérale de la dette. Mais tous se mettent d'accord sur le fait que le destin du prolétariat et celui de l'économie nationale sont liés, que le problème de la dette est le problème du prolétariat et que le prolétariat, qu'il le veuille ou non, est solidaire et concerné par la dette de sa propre bourgeoisie. Le prolétariat apparaît ainsi comme l'otage, prisonnier dans la geôle de l'économie nationale, qui, s'il ne veut pas crever, se doit de plier l'échine pour défendre sa propre prison, se modeler aux nécessités du développement national, accepter les privations correspondantes ou/et se con­former en base d'appui disciplinée de la bourgeoisie (et quelque fois pas même de l'opposition) dans sa négociation et renégociation (dans laquelle la position de moratoire généralisé ou de non-paiement, fait figure de radicalisme) de la dette. Toute action pour ses intérêts propres (grèves, paralysie de la production et occupation des lieux de travail, manifesta­tions autonomes, actions violentes... contre le capital "national") aggrave la situation de l'économie nationale et de fait, la sienne. Et avec une totale continuité logique pourquoi casser l’harmonie des rapports internes à l'économie nationale, avec tout ce qu'elle contient de bourgeoisie et de prolétariat et de révolution sociale pour détruire le capitalisme. Le véritable dilemme est "libération ou dépendance", "sous-développement ou libération nationale" comme le crient ceux qui sont les plus efficaces pour utiliser les prolétaires comme otages de leurs intérêts capitalistes: en fin de compte l'intérêt de l'emprisonné devient... améliorer sa prison,... produire davantage de grilles bien peintes; peut-on aspirer à mieux ! Le but de ce petit texte est de procurer des éléments de base afin de critiquer cette idéologie réactionnaire.

LA DETTE, C'EST LA DETTE DES BOURGEOIS.

Commençons par cet ABC que tout ouvrier connaît: une chose est la propriété du patron, une autre est notre misère; ce sont deux choses très différentes, une chose est la richesse de l'Etat, et une autre très différente la pauvreté que nous supportons. Mais, patrons ou Etat, chaque fois qu'ils doivent nous expliquer qu'il va nous falloir nous serrer la ceinture, chaque fois qu'ils nous imposent de nouvelles baisses de salaires, semblent oublier cette différence; et ils nous disent que "notre" pays n'est pas développé, qu'il est pauvre, qu'il doit beaucoup d'argent; que les entreprises et le pays nous appartiennent, que nous devons nous sacrifier. C'est-à-dire que ces fils de putes parlent de partager quand la seule chose qu'il y a à partager, c'est la merde.(l)

Pour nous, la situation objective est la suivante: nous autres, nous n'avons pas de dette, de la même manière que nous ne possédons pas la propriété des moyens de production (condition indispensable pour avoir accès à la dette et pour en avoir la jouissance). Ce sont au contraire les patrons, les propriétaires, de là où nous travaillons, l'Etat, vêtu en militaire ou avec un manteau "civil" qui ont une dette considérable, avec d'autres messieurs auxquels, soit-dit en passant, rien ne manque. C'est-à-dire que nos exploiteurs, nos oppresseurs, nos tyrans ont avec leurs semblables (eux aussi exploiteurs, oppresseurs, tyrans d'autres prolétaires, nous y compris) quelques petits embarras financiers. Mais comme dans tout autre problème similaire, compétence commerciale, lutte pour la répartition des forces productives,... l'intérêt des exploiteurs, c'est de faire de ces petits problèmes interbourgeois, un problème directement humain (comme si l'inhumanité n'était déjà pas implicite dans le système d'exploitation et d'oppression de l'être humain qu'ils défendent), un problème qui concerne tous les hommes, du fait qu'ils produisent et qu'ils vivent sous son autorité. L'objectif est évident: négocier dans de meilleurs conditions avec leurs pairs, utiliser leurs exploités et opprimés comme base d'appui à leurs exigences inter-capitalistes (inter­impérialistes) et, si cela s'avérait nécessaire, comme cela c'est souvent produit, les utiliser comme chair à canon dans le cadre de la défense de leurs intérêts capitalistes.

Mais convaincre les prolétaires n'est pas facile! Si les choses se présentent telles qu'elles sont; la dette de telle ou telle société anonyme, de telle ou telle entreprise, de telle ou telle banque (puisque en dernière instance, la quasi totalité de la dette a un débiteur spécifique juridiquement personnalisé) ou une dette contractée afin de construire des prisons, de payer des généraux, et de groupes de choc syndicaux ou para-policiers,... il est effectivement difficile que l'ouvrier se sente concerné par la question de la dette et par la polémique imbécile qui consiste à se demander si on va la payer ou non. Pourtant, même si le patron n'est pas une lumière, il dispose d'une bande de sycophantes (larbins), -sociologues, écono­mistes, gauchistes, curés...- qui présentent les choses différemment, sous forme beaucoup plus subtile. En effet, on cache totalement le fait que la dette n'existe qu'entre bourgeois, sociétés anonymes, banques,... et même internes à ces entités (inter-multinationales).(2)

Et on nous la présente comme la dette d'une nation, la dette de tous! La compta­bilité nationale, par le biais de laquelle on parvient à quantifier la dette (pas seulement comme résultat, comme fausse description d'une réalité, mais aussi comme structure et comme méthode), est la plus honteuse falsification de la réalité sociale de l'exploitation, au bénéfice du capital, et ce précisément pour que l'exploité se sente participer à cette fausse communauté de vie qu'est la nation (4).

Autrement dit: si on essaye aujourd'hui de convaincre un ouvrier latino-américain que son entreprise constitue sa communauté, que ses intérêts et ceux du patron sont les mêmes et que plus son entreprise sera prospère, plus il sera heureux ... nous croyons que celui qui tient de tel propos ne pourra terminer tranquillement son argumentation, que si la police vient pour le protéger!

C'est alors que le problème se complique, les idéologues et les spécialistes, dont la véritable fonction est d'adapter les situations en fonction des nécessités de domination du capital, parlent de chiffres et de concepts que personne ne comprend, tout ça pour nous expliquer la même chose, mais d'une autre manière: la dette est une dette nationale, c'est-à-dire la dettede tous les habitants du pays, le pays est notre communauté de vie, si le pays se casse la gueule, nous sommes tous dans la merde. Le gauchisme qui se croit à la pointe du radicalisme quand il crie "ne payons pas la dette extérieure", ne fait rien d'autre au fond que convaincre l'ouvrier que les problèmes de ses patrons sont les siens et par conséquent, il joue le rôle réactionnaire qui consiste à assujettir l'ouvrier à l'Etat et à l'économie nationale.

QUELQUES CHIFFRES.

Un économiste bourgeois a dit un jour que les statistiques sont comme les bikinis, parce que ce qu'ils montrent est important, mais ce qu'ils cachent est essentiel. Le problème est beaucoup plus grave: les statistiques sont établies en fonction de ce qu'on veut montrer et de ce qu'on veut cacher et, sur leurs bases, les Etats manipulent les prolétaires. Le terrain sur lequel les statistiques se situent -comparaison entre les nations-et les critères généraux de base pour leur confection -négation de l'exploitation, unité d'intérêts entre exploités et exploi­teurs...- est un terrain étranger aux intérêts des exploités. Croire à l'objectivité des chiffres -dont la fonction est précisément de présenter le point de vue subjectif bourgeois comme un point de vue objectif et scientifique- comme le font les gauchistes qui s'agenouillent devant l'autel de tout ce qui respire la science, c'est aussi stupide que de prendre pour vérité absolue ce que la grande presse nous raconte à propos de telle ou telle lutte de prolétaires dans diverses parties du monde. Mais de la même façon que, dans la majorité des cas, la seule information dont nous disposons sur les luttes développées par nos frères de classe dans d'autres parties du monde est celle que nous octroie nos ennemis, nous sommes contraints à l'utiliser; information que nous relisons entre les lignes, en réinterprétant, en restant méfiant sur ce qu'ils disent. A propos des statistiques et de la dette, nous sommes contraints à agir de la même manière. D'une part, parce que nous ne disposons pas d'autres chiffres, et d'autre part, parce que ces mêmes chiffres qu'ils nous donnent, nous permettent de visualiser la façon dont ils nous manipu­lent; mais pas un instant, nous ne pouvons considérer que ce terrain est objectif, neutre.

La bourgeoisie a intérêt à grossir ses problèmes. Ainsi, dans les pays d'Amérique Latine, on insiste sur un ensemble de points que l'on nous présente comme incontestables:

- La dette est un problème du "Tiers-monde".

- En général, on dit que "la dette par habitant" dans le pays en question est la plus élevée du monde; et en Amérique Latine, les chiffres utilisés oscillent entre mille et deux mille par habitant.

-         On prend comme base de raisonnement que la dette concerne les pauvres et les pays pauvres, que plus on est pauvre, plus on a de dette.

De tout point de vue, chacune de ces affirmations que la bourgeoisie nous a habitué à croire sont catégoriquement fausses.

La dette n'est pas le problème de ce qu'on appelle le tiers-monde, mais celui du capitalisme mondial,... La dette par habitant (5) la plus élevée du monde n'est pas celle de tel ou tel pays d'Amérique Latine mais bien, et dans une très grande mesure, celle des Etats-Unis.

Les entreprises les plus prospères et les plus dynamiques du capitalisme mondial sont celles qui ont le plus contribué à la croissance anarchique de la dette, et qui sont pratiquement les plus endettées. La dette publique et privée de ce qu'ils appellent le Tiers-monde, c'est-à-dire en prenant la totalité des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine, est encore inférieure au billion de $, alors que la dette publique et privée des Etats-Unis (par rapport au même système bancaire international) atteint 6 billions de $.(6)

Ceci est décisif, non seulement afin de détruire le mythe maintenu par tous les bourgeois du monde: à savoir que la crise (de notre point de vue inévitable à moyen terme) de paiements internationaux (qui foutra la merde dans tout le système financier international) dépend du bon vouloir des gouvernants du "Tiers-monde" et non de l'évolution inéluctable du capital mondial, mais aussi à liquider l'équation: pauvreté=dette, dette=absence de développement. De fait, seuls les débiteurs, les plus grands débiteurs ont eu une bonne expansion ces dernières années (expansion relative et limitée, qui ne saurait être différente pendant ces années de crise profonde de tout le système): la seule dette des entreprises américaines est de 2 billions et demi de $!! c'est-à-dire plus de deux fois et demi la dette de tout le "Tiers-monde"; quelque chose comme 25 fois la dette publique et privée du Brésil ! Ils disent que la dette est un problème pour le développement, que celui qui s'endette ne peut se développer. Nous constatons que les seules entreprises nord-américaines, avaient il y a dix ans plus de dette que tout le "Tiers-monde" aujourd'hui, et que si on peut parler de développement capitaliste ces dernières années, ce sont précisément ces entreprises qui ont multiplié -en chiffre inconnus jusqu'à présent- leur dette par deux et demi, qui se sont le plus développées. Poursuivons... sur ce terrain absurde et glissant des statistiques de nos ennemis, pour entrevoir au moins quelque chose de la manière qu'ils ont de nous manipuler et de nous cuisiner avec ces chiffres,... En une seule année le gouvernement américain devra payer pour les intérêts de sa dette, plus que la totalité de la dette du Brésil!!!

Il est évidemment ridicule de comparer la dette par habitant, d'un américain des Etats-Unis, avec celle d'un habitant du dénommé "Tiers-monde". En effet, le concept de produit par habitant, dette par habitant... qui s'obtient en divisant la propriété de la bourgeoisie (la dette n'est rien d'autre que la propriété en terme de négation immédiate)... entre les habitants d'une pays, cache les contradic­tions de classe et cherche à ce que l'exploité se sente solidaire avec les richesses (positives, négatives ou les deux) de ses exploiteurs (7). Mais étant donné les fantastiques inventions des grandes bourgeoisies sud-américaines, qui prétendent que la dette de "tout homme latino-américain" (cynique expression qui acquiert toute sa vérité quand les Montonéros, les trotskystes et les divers populistes nous appellent par exemple a défendre les Malouines aux côtés des tortionnaires et des assassins!) souffre de la dette la plus importante du monde, ou que comme le disent les Tupamaros dans la défense de leur plan de sauvetage national, que "l'homme uruguayen a la dette par habitant la plus élevée du monde", il est important de faire une comparaison. Dans le cas de l'Uruguay, ils l'estiment à 1750 $ par habitant, dans le cas de l'Argentine les chiffres seraient inférieurs. En appliquant exactement les mêmes critères bourgeois à "l'homme des Etats-Unis" (quelle terminologie pourrie et anti-marxiste!) la dette par habitant est de 27.000 $. Tous ces chiffres ne prouvent, de notre point de vue, absolument rien, d'autant plus qu'ils mentent. Toutes ces identités: dette=misère, développement=absence de dette,...ou développement de l'économie nationalee moins de misère pour les prolétaires (8), sont catégoriquement fausses.


LA VRAIE REALITE DE LA DETTE.



Ce que nous sommes en train d'affirmer va à l'encontre de tout ce qui peut se lire et s'entendre, ce qui en réalité ne nous effraie pas. Nous sommes partis du discours dominant et nous avons vu que l'on nous mentait; qu'au fond la dette est un problème inter-bourgeois, un problème qui n'a rien à voir avec la plus ou moins grande misère du prolétariat, ... mais qu'on fait tout ce qu'il est possible de faire pour cacher cette réalité, et nous présenter le sort du prolétariat comme lié à celui de la bourgeoisie et à c«lui de l'économie nationale, ce qui concorde avec les intérêts réels de la bourgeoisie de tout poil et couleur. On pourrait penser de ceci, que toute la "question de la dette", ne nous intéresse pas, que nous conseillons une attitude indifférentiste face à ce genre de problème. Absolument pas, de la même façon que pour n'importe quelle autre question inter-bourgeoise, nous ne sommes jamais indifférents, au contraire nous luttons contre les deux pôles de polarisation que nous impose le capital. Face à la guerre impérialiste, le problème n'est pas de choisir entre une pôle fasciste ou un pôle anti-fasciste, mais de lutter contre le capital et sa guerre, pas plus qu'il n'est de choisir entre Thatcher ou Bignone, mais au contraire de s'affronter aux deux... ou, face à n'importe quelle autre contradiction inter-bourgeoise, dont la guerre en est l'expression supérieure puisque ces deux mêmes pôles détruisent le prolétariat en tant que force.

De plus, si la question de la dette ne peut être comprise de notre point de vue comme une question entre pauvres et riches, entre pays pauvres et pays riches, comme ils veulent nous le faire croire, ceci ne veut pas dire que nous devons nous limiter à dire que la dette est inter-bourgeoise. Comme dans toute explication sur le fonctionnement du capital, un niveau d'approximation est le fait de comprendre l'interaction inter-capitaliste; un autre niveau plus profond consiste à expliquer ce même problème du point de vue de la totalité: c'est-à-dire du point de vue du capital total; niveau de compréhension qui est en rupture méthodologique complète avec celui de l'économie politique, et qui pour la première fois a été expliqué par Marx sous forme pertinente dans ses différents écrits critiques sur cette discipline bourgeoise (critique de l'économie politique).

Bien plus, nous pourrions dire que ce qui est décisif dans la rupture de Marx avec tous les économistes, c'est le fait de n'avoir jamais perdu de vue que la valeur en procès (qui est l'essence du capital) est une réalité universelle, un totalité que l'on ne doit pas confondre avec la somme des capitaux particuliers ou pire encore, avec l'addition des capitaux nationaux. En termes trop simplistes, cette dernière ligne reviendrait à dire que sur un plan mondial (totalité étant entendue dans le sens d'addition) le capital ne gagne rien avec la dette, puisque entre les débiteurs et les créditeurs les déficits et surprofits se compensent ou en termes d'agrégation internationale de tous les capitaux nationaux, la dette n'altère pas l'économie mondiale étant donné que tout se compense. Ce point de vue est le même que celui qui ne voit dans la guerre inter-capitaliste qu'une guerre inter-bourgeoise, en perdant de vue que dans tous les cas il s'agit d'une guerre par et pour le capital, une guerre dont la rapine de tel ou tel impérialisme à l'égard de tel autre, n'est pas le seul objet (comme le croient les économistes ou les partisans de la théorie sur l'impérialisme lénino-stalinien), mais qui se trouve dans l'essence même du capital en tant que réalité mondiale, qui existe comme affirmation de 'l'être capital" universel niant par là même son ennemi historique: le communisme (destruction organique et physique du sujet même de la révolution sociale, le prolétariat).

Marx, dans ces différents écrits sur la critique de l'économie, expose avec luxe de détails, comment le crédit constitue un levier indispensable non pas de tel ou tel capital mais du capital lui-même comme totalité. La dette n'a rien à voir avec la pauvreté (qui va faire crédit aux pauvres?!?) ou avec le "sous-développement", non seulement parce que nous l'avons constaté quantitati­vement, mais parce qu'elle est conceptuel­lement liée à la richesse et au développement du capital… En effet, le capital qui est essentiellement une valeur se valorisant à l'échelle universelle (9), se développe comme tel, en contradiction permanente à l'égard des valeurs d'usage par lesquelles il est obligé de passer (matières premières, force de travail, produits industriels ou agro-industriels,...) en essayant par sa dynamique propre de reproduction élargie de valeurs, de dépasser les limites imposées par l'autre pôle de la contradiction. Le système d'endettement généralisé, le système bancaire international, les organismes de crédit internationaux, la bourse des valeurs où, non seulement se négocient les titres de propriétés sur le travail futur d'autrui -réel, possible- mais encore des titres qui fonctionnent comme capital, alors qu'en général ils ne sont pas autre chose que des papiers attestant d'une dette (titres de dettes publiques, obligations d'entreprises publiques ou "privées"...), la fabrication de signes de valeur qui fonctionnent comme tels sans une contrepartie productive, agissent comme stimulant objectif de la production matérielle, en la poussant à dépasser ses propres limites; mais dans le même temps développent une contradiction insurmontable entre la masse totale de "capitaux" (encore qu'une part d'elle même, ne le soit pas en réalité = capital fictif) (10) qui cherche (et c'est sa raison essentielle d'existence) une valorisation adéquate, et le capital qui effectivement se valorise dans la pratique sociale c'est-à-dire qui s'approprie le travail d'autrui comme résultat d'une production réelle de valeurs nouvelles.

Devant la fin de la phase expansive consécutive à la seconde guerre mondiale (dans toute l'histoire du capitalisme, les guerres, les reconstructions, les déroutes du prolétariat... constituèrent les antécédents inévitables qui rendirent possible un développement "sain"), le capitalisme mondial a uniquement réussi à reporter les dépressions catastrophiques, créant une masse impressionnante de capital fictif. Les niveaux atteints à ce sujet, non seulement en termes absolus, mais en termes relatifs à la production mondiale réelle sont de très loin supérieurs à tout ce que l'on a pu voir dans le passé. Bien plus, au plan international règne la plus gigantesque anarchie et l'absence de contrôle généralisé dans la relation entre deux magnitudes, ceci laissant prévoir que dans une des phases dépressives les plus proches, cette situation sera multipliée (ou mieux dit, élevée à une puissance aux conséquences imprévisi­bles) par la destruction massive et brutale de capital fictif qui fera exploser toutes les contradictions de ce système social à un niveau totalement inconnu jusqu'à présent. Les différentes phases de crédit facile et généralisé de l'après-guerre, l'endettement massif de tous les gouverne­ments, ainsi que la création effrénée de signes de valeur qui, au fond ne représen­tent aucune valeur, correspondent aux "décollages", chaque fois plus courts et plus pauvres de l'économie mondiale. Cette "dope", cette espèce de drogue administrée à un corps épuisé, a eu à chaque cycle un effet stimulant, qui fait fonctionner le système de reproduction international élargi du capital comme si le système était un gamin,... jusqu'à ce que l'effet passe,... jusqu'à ce que les doses de plus en plus fortes deviennent insuffisantes et que dans le même temps le remède commence à faire empirer la maladie, et que... de plus en plus le capital apparaisse pour ce qu'il est effectivement, un vieux décrépit et putréfié sous morphine.

Pour le prolétariat, seule perspective existante pour l'espèce humaine, le fait de dévoiler cette dynamique mondiale infernale est fondamentale: contre tous les mythes dominants, il est décisif de mettre à jour que la dette (ou plutôt l'actuel endettement généralisé et insoluble) n'est ni plus ni moins qu'une des manifestations les plus remarquables de l'anarchie et de la fin historique d'un système qui englobe la totalité du genre humain. Il y a une chose que dit la bourgeoisie et ses larbins, qui est vraie: on ne peut pas payer la dette. Les actifs productifs dans le cas des entreprises endettées -ce qui apparaît comme le plus mesurable-, de même que les chiffres d'affaires espérés, constituent des pourcentages ridicules, par rapport à la dette qu'ils possèdent. En ce qui concerne les pays, on arrive à des conclusions similaires, quand on compare par exemple les exporta­tions, ou le produit brut espéré en rapport avec la dette, ou au "service" de celle-ci. Encore que ne devons pas oublier que ce type de présentation et de comparaison entre pays, ne sont pas autre chose que la même incapacité réelle des entreprises à accomplir leurs obligations présentées face à une clientèle plus vaste: l'opinion publique. Comme nous l'avons dit, la bourgeoisie a tout intérêt à présenter la dette non comme son problème particulier, ni même comme le problème spécifique de ses entreprises et de sa fraction, mais comme le problème de tous les concitoyens.

La conscience grandissante de la bourgeoisie que la dette ne se paiera pas, ne reflète pas pour autant la conscience de l'inéluctabilité d'une catastrophe financière et économique sans précédent, mais bien plutôt les difficultés chaque fois plus grandes qu'elle rencontre pour valoriser son capital particulier. Les dettes dans le système capitaliste (et nous ne parlons pas des dettes que tel ou tel consommateur contracte par le crédit obtenu pour s'acheter une maison ou pour s'approvisionner en aliments) ne sont pas faites pour être payées, encore que ceci est ce que croit l'imbécile opinion publique; mais, comme nous l'avons dit, pour faire fonctionner le capitalisme. Quand un gouvernement émet un titre de dette publique, ce n'est pas pour payer sa dette plus tard, mais pour la laisser de côté pour le futur; en réalité pour ne jamais la payer, parce que plus tard il émettra un nombre plus élevé de titres pour les substituer aux antérieurs. Et n'importe quel bourgeois pas trop crétin, connaît ce mécanisme sans fin qu'il utilise directement en émettant des obligations, en sollicitant des crédits bancaires etc, ...  Seul l'homme de la rue croit que les dettes se payent parce que c'est sa réalité. Si aujourd'hui on parle autant de possibilité ou d'impossibilité de paiement de la dette, ce n'est donc pas parce que le bourgeois pense comme ce dernier, mais parce que la crise généralisée du capital menace déjà directement son pouvoir, non de ne pas pouvoir payer la dette ou ne pas pouvoir toucher ce qu'on leur doit, ce qui ne dépasserait pas le problème inhérent au capital; mais de la destruction pure et simple de chaque capital particulier, c'est-à-dire la dévalorisation violente du capital. La surproduction de capital (y compris fictif) est telle, que chaque capital particulier se voit menacé de ne pouvoir se valoriser en absolu, de la faillite généralisée et c'est uniquement au travers de cette possibilité terrifiante qu'il entrevoit -chaque capital particulier-, sous formes plus ou moins troubles, les limites de son système social.

Ainsi que le capital particulier ne peut concevoir d'autres mécanismes de défense que d'amener la concurrence généralisée sur le terrain de la pression, d'utilisation de toute la nation pour renégocier la continuité de la politique de crédit avec des conditions plus favorables pour sa fraction, ce n'est pas par hasard que plus se multiplient les manifestations de la crise du capital, plus se posent à l'ordre du jour les pressions protectionnistes et la discussion autour de la dette.

Du point de vue du prolétariat, ceci pourrait le situer dans une position de force car c'est le système de son ennemi historique qui s'enfonce et non, comme ils veulent nous le faire croire, "sa" "communauté nationale". Mais l'absence d'organisation internationale du prolétariat et de développement réel de la centralisation effective des luttes ouvrières dans le monde (ce qui correspond aussi au résultat de la contre-révolution la plus profonde de toute notre histoire) provoque la séparation du prolétariat à l'intérieur de différents pays et sa soumission à la dénommée bourgeoisie "nationale"... ce qui conduit à des guerres intercapitalistes fratricides, qui se développent aux quatre coins du monde... La forme suprême qu'adopte l'aliénation idéologique qui conduit des millions d'hommes à crever pour ses propres exploiteurs, pour sa patrie, sa religion et son roi, c'est la défense d'un des trois mondes: "monde libre", "monde socialiste" et "tiers-monde".

Sur la question de la dette, toute la contradiction révolution/contre-révolution est latente: ou bien le prolétariat dans des journées de luttes chaque fois plus décisives, conquiert son autonomie de classe et lutte pour ses propres intérêts, ce qui implique de lutter -non contre telle ou telle fraction ou. expression du capital, mais bien contre le capital lui-même (ce qui le conduirait à ce que toutes les contradictions cachées de ce système pourri éclatent); ou bien il se laisse diriger par telle ou telle fraction de la bourgeoisie, servant ainsi de base de manoeuvre et d'appui aux gouvernement qui aujourd'hui veulent renégocier la dette avec d'autres fractions du capital et tend à se constituer comme chair à canon de la guerre inter-capitaliste. Par conséquent, définissons quelle est la politique concrète du prolétariat pour développer son autonomie et comment nous devrons orienter l'action des communis­tes pour cela.

LA POLITIQUE CONCRETE DU PROLETARIAT.

Etant donné ce que nous venons d'exposer, il n'y a aucun point commun entre la politique concrète du prolétariat et les diverses options que la bourgeoisie nous présente. La ligne du prolétariat est celle de la lutte contre tous les sacrifices, contre tous les efforts de développement de l'économie nationale. L'économie nationale est malade et cela porte préjudice au prolétariat, voilà ce que crient nos ennemis. Si elle est malade qu'elle crève!!! Voilà notre consigne. La catastrophe générale de l'économie nationale n'est pas autre chose que la putréfaction effective de ce système d'exploitation, d'oppression, de misère, de privations, de répression,... que nous devons abolir. La faillite de l'économie de nos oppresseurs, n'est pas notre mort, mais bien celle de cette société infernale de famine et de misère.

Autonomie totale contre la bourgeoisie, aucun appui à la politique de sacrifices en faveur de l'économie nationale, aucun effort pour la production capitaliste, lutte contre toute augmentation de l'extension ou de l'intensité du travail, lutte contre l'augmentation du taux d'exploitation, pour la réduction relative de la plus-value et sa correspondance, l'augmentation du salaire relatif... LUTTE POUR AUGMENTER TOUTES LES FORMES INDIRECTES DE CAPITAL VARIABLE (pensions, retraites, assurances chômage,...) et pour diminuer la part de produit exproprié et mis au service de la domination et de l'oppression (dépenses militaires, prisons, églises,...). Et surtout alerte prolétaire face à toutes tentatives de diviser l'unité indissociable que constituent toutes ces bannières entre elles et le programme général de la révolution sociale, la dictature du prolétariat pour abolir le travail salarié: il ne sert à rien de lutter pour avoir moins de militaires et plus de biens de consommations, si nous perdons de vue que le plus important est l'unité croissante et l'organisation du prolétariat pour abolir à tout jamais, les prisons, les militaires, le système judiciaire ou si nous oublions que la lutte pour augmenter le salaire relatif est inséparable de la lutte pour abolir le travail salarié !

Face à la consigne de non-paiement de la dette externe, moratoire indéfini, rupture avec le F.M.I..., il faut dénoncer ouvertement et sans scrupules qu'à travers tout ceci la bourgeoisie progressiste de gauche, joue une fois de plus la carte de l'assujettissement du prolétariat à sa politique réactionnaire (11). Tous ces mots d'ordre de la bourgeoisie ont pour seul objectif conservateur d'entraîner le prolétariat pour qu'il soit le fourgon de queue de la bourgeoisie nationale et la chair à canons de demain. Enfin viennent les plus subtils: les gens de la gauche qui prévoient le futur en utilisant un langage "plus marxiste", et qui n'arrivent pas à cette caricature réactionnaire: considérer que l'opposition fondamentale est entre les pays, ou bien que la contradic­tion décisive se situe entre 'libération ou dépendance". Dans cette catégorie on retrouve des expressions bourgeoises telles que: le trotskysme et ses diverses tendances; quelques groupes radicaux de marxistes-léninistes qui analysent la situation en termes de contradiction de classe. Mais leur "révolutionnarisme" ne va pas plus loin que ça: ils se gargarisent de la contradiction bourgeoisie/prolétariat et ils proposent immédiatement après que le prolétariat exige de la bourgeoisie nationale et du gouvernement le non-paiement de la dette et la rupture avec tout le système financier international. Comme à propos d'autres sujets similaires ("révolution démocratique", développement des forces productives,...), ce qu'ils proposent, c'est que les ouvriers ne soient pas à la traîne, mais à l'avant-garde de ces revendications, qu'ils reconnaissent eux-mêmes comme étant des revendications démocratico-bourgeoises.

Comme si le prolétariat n'avait pas assez avec la lutte pour ses propres intérêts, avec déjà d'énormes difficultés à s'autonomiser et à s'organiser, et devrait lutter pour réaliser les objectifs et les revendications de telle ou telle fraction de la bourgeoisie! De plus, ce type d'argumentation est basée sur le soi-disant intérêt commun qu'aurait le prolétariat avec une certaine fraction bourgeoise, considérée progressiste. D'autres exemples de ces intérêts communs, que nous avons déjà combattus en certaines occasions:

la démocratie ne constitue pas un terrain commun que les ouvriers partageraient de bon coeur avec la bourgeoisie, mais au contraire, le contenu même de la dictature du capital sur le prolétariat; quant au développement des forces productives, celles qui profitent au capital, et celles dont aurait besoin l'humanité pour vivre, elles sont en réalité antagoniques, et non une seule et même chose, comme le prétendent les staliniens et les trotskystes. A propos de cet exemple-ci, ils basent leur raisonnement sur le fait que le non-paiement de la dette profiterait aux deux classes sociales, puisque cela permettrait le redressement national, et que, par conséquent, le prolétariat s'en porterait bien mieux. A ceci, nous répondons que le développement capitaliste est le seul développement que peut connaître le développement historique réel, avec toutes les misères, toutes les contradictions et anachronismes qui lui sont inhérents, qu'il s'est réalisé en développant le système international de crédit, et (aussi), grâce à lui, c'est-à-dire, en se servant du système de la dette, et qu'en plus, l'identité du développement national, du bien-être du prolétariat est la falsification historique et théorique la plus grossière qui soit.

De façon plus précise, on dira par exemple, que la dette gouvernementale est énorme, qu'elle empêche d'améliorer un ensemble de services et un ensemble de rétributions dont bénéficie le prolétariat; retraites, pensions, salaires, santé publique, parcs,..., et que c'est pour cela que nous avons intérêt à soutenir la position de non-paiement de la dette. Dans cette affirmation, il y a un ensemble de leurres, le principal d'entre eux étant celui qui consiste à accepter l'idéologie de l'Etat bienfaiteur, c'est-à-dire que la fonction de l'Etat serait celle d'augmenter le bien-être de la population. L'intérêt du prolétariat est bien d'augmenter toutes ces rubriques qu'on peut considérer comme part de capital variable, et non comme plus-value, mais en même temps, lutter pour diminuer tout l'argent qui va à l'Etat. Pas une minute, on ne doit oublier que la fonction de l'Etat n'est pas le bien-être public, mais que ceci n'est rien de plus qu'un prétexte pour préserver sa nature essentielle; être le capital organisé comme force de domination. Il est plus légitime, et spécialement en ce moment en Amérique Latine, de penser que si les Etats possédaient davantage de fric, ils se procureraient encore plus de militaires, et de corps para-policiers, de fusils et de tanks, et construiraient plus de prisons en prévision d'explosions sociales à venir. Par conséquent aucun appui au non-paiement de la dette venant de "notre Etat" national, qu'ils se démerdent entre eux. S'ils font faillite, si l'Etat fait banqueroute, comme nous en menacent les SUAZO, les ALFONSIN,... tant mieux. Contrairement à ce qu'ils veulent nous faire croire ceci ne signifie pas moins de pain (ceci dépendant plus que tout autre chose de notre lutte) mais moins de militaires, moins de prisons, etc... On nous dira alors que le prolétariat "assumant le rôle d'avant-garde de la lutte nationale (langage putride imposé par la bourgeoisie et la contre-révolution internationale surtout depuis les années 20/21) devra non seulement exiger de la bourgeoisie et du gouvernement national le non-paiement de la dette mais qu'il ne destine pas de tels fonds à la militarisation du pays mais au bien-être public".

Ils changent les hypothèses de départ. Si le prolétariat est politiquement en mesure d'exiger, d'imposer à son ennemi historique, une réduction de plus-value, une augmentation du salaire relatif (ce qui constitue une diminution réelle du taux d'exploitation), quel peut être l'intérêt à brandir les bannières de la négociation inter-bourgeoise sur la dette pour, seulement ensuite, brandir ses propres bannières. Est-ce dire que ces fonds se dépensent en amélioration des conditions de vie? Personne d'autre que la contre-révolution personnifiée peut avoir intérêt à faire passer une nécessité ouvrière au travers de la médiation d'une contradiction inter-bourgeoise pour continuer à empêcher son autonomie de classe.

Si on détient la force d'exiger, alors quoi de plus direct, de plus organisatif, de plus prolétarien, que de lutter et d'exiger directement quelque chose dont bénéficierait le prolétariat (sans passer par quelque chose qui, par exemple, fortifie le rapport de force du côté de l'endetté face au créancier! et qui ne profite en rien au prolétariat). Exigeons donc directement l'augmentation des salaires, des pensions, des indemnisations de chômage, des retraites,... la construction de logements ouvriers,... les investissements pour la santé publique, etc... la réduction simultanée des dépenses militaires, la liquidation des tribunaux,... Oui, cela c'est lutter directement pour la réduction du taux d'exploitation et cette démarche s'inscrit objectivement dans la ligne de la lutte contre l'exploitation, et spécialement si cette lutte réussit à s'imposer, et va en affirmant sa force vers l'insurrection généralisée.

Devant ce type de lutte réelle, la bourgeoisie et le gouvernement de quelque bord qu'il soit, sera obligé de faire des concessions et entre autre chose aura, que cela lui plaise ou non, à expliquer à ses créanciers qu'elle ne peut pas payer.

Une conclusion superficielle, face à de telles circonstances, pourrait être que les résultats seront les mêmes et que la dette ne sera pas payée. Ceci est partiellement vrai ( globalement faux): du point de vue bourgeois, ou inter-bourgeois, c'est exactement la même chose. Par contre du point de vue prolétarien, ce qui est décisif n'a rien à voir avec ceci, ce sont l'organisation, l'autonomie et la conscience croissante de ses objectifs classistes qui sont détermi­nants. Dans un cas on arrivera à cette situation —de non-paiement de la dette— comme résultat de l'affirmation de la ligne historique du prolétariat, ses intérêts; dans l'autre cas, on déviera sur des consignes coïncidant avec quelques secteurs du capital, renforçant une ambiance d'unité nationale. Ceci montre jusqu'à quel point les résultats ne sont pas les mêmes, mais bien plutôt opposés.

Il n'y a donc pas de doute, que même dans le meilleur des cas, dans celui qui arrive à "ce même résultat", la consigne qu'elle soit le moratoire ou le non-paiement de la dette, ajoute seulement de la confusion dans le prolétariat et le subordonne à l'intérieur de ce front à son ennemi historique: la bourgeoisie.

En résumé toutes les consignes d'appui au moratoire, de suspension de paiement de la dette, etc... servent uniquement à liquider l'autonomie du prolétariat en ce qui concerte les contradic­tions inter-capitalistes, pour le désorganiser comme classe et comme force, pour le transformer en wagon de queue de telle ou telle fraction bourgeoise.

A tout ceci, nous devons opposer les consignes directement prolétariennes: contre toutes sortes de "serrements de ceinture", aucune solidarité avec l'économie nationale, contre tout effort productif ou même d'austérité, pour l'augmentation généralisée de tous les bénéfices prolétaires, pour la réduction ou la gratuité de tous les services publics. Ils nous dirons qu'il est impossible que le pays puisse nous donner cela, que l'économie est en crise, que le pays est gravement malade ...

Et c'est la vérité, pour que le pays et l'économie nationale vivent, le prolétariat doit crever, il doit continuer à cracher son sang et manger de la merde...

Non, il n'existe aucune autre option, nous devons proclamer bien haut, la question est entre l'économie nationale ou nous; entre l'Etat capitaliste et nos intérêts,... si la société est gravement malade, AIDONS-LA A CREVER!".



-NOTES-


(1) Et ceci sans allusion aux femmes qui ne trouvèrent pas d'autre forme pour vendre leur force de travail que la prostitution, contre celles-là et leur fils nous n'avons effectivement rien. Ce qui se passe c'est que y compris les formes disponibles d'insultes sont marquées jusqu'au bout par l'idéologie bourgeoise.

(2) Un pourcentage non dépréciable, mais que personne ne peut calculer de la dette, est constitué par exemple, par un jeu d'écriture interne à une même entreprise oeuvrant dans plusieurs pays, par une fiction comptable qui rend possible la réalisation d'une part de plus-value effectuée à l'intérieur d'un holding ou un trust de capitaux.

(3) Nous ne pouvons aborder ici une critique de la comptabilité nationale, mais nous mentionnerons au passage, que dans le monde fantastique de la comptabilité nationale, le capital, la terre et le travail créent la valeur ajoutée; que les classes sociales n'existent pas, et que les institutions qui apparaissent sont par exemple "les ménages" (c'est à dire tous les ménages!!!).

(4) Fausse parce que entre exploité et exploiteur il n'y a aucune communauté réelle d'intérêts (voir à ce propos: "Contre la mythologie que sous-tend la libération nationale" dans Le Communiste n° 15, 16, 20), de vie. Quelle communauté profonde de vie peut exister entre un général et un chômeur, entre un membre d'un groupe para-policier et un militant révolution­naire, entre un entrepreneur et une prostituée ?

(5) Ici nous utilisons toute la terminologie de nos ennemis, toutes les catégories de la comptabilité nationale qui comme la "dette par habitant" ou "tiers-monde" sont la négation insolente de l'existence de classes, les chiffres furent obtenus en général de la lecture du "Monde Diplomatique" (plusieurs n° de 1984/85).

(6) Un billion est un million de millions ou mille milliards A titre comparatif, la dette du Brésil est de 100 milliards de $, celle de l'Argentine quelque chose comme 40 milliards, et celle de l'Uruguay approximativement de 5 milliards de $.

(7) Dès que nous entendons, donc "dette per capita", et "dette par habitant", il faut se méfier. Chacune de ces expressions (la dette de chaque bolivien est autant de $ US) se rend complice du processus par lequel le prolétariat se met politiquement (économiquement il l'est toujours) au service de la bourgeoisie.

(8) Au cas où il serait encore nécessaire de le démontrer, les dernières années de croissance exemplaire de l'économie US furent accompagnées de l'augmentation sans précédent au cours de ce siècle non seulement de la misère relative du prolétariat, (ce qui est inévitable dans toute expansion capitaliste) mais du nombre de prolétaires dans la misère absolue: aujourd'hui il y a plus de deux millions de prolétaires sans maisons, et plus de vingt millions, qui ne gagnent pas le salaire considéré comme minimum subsistanciel.

(9) Et la valeur au sens propre du terme, qui se constitue comme une abstraction sociale réelle et historique existe seulement, dans tout le sens pratique de l'abstraction, comme réalité mondiale. Dans la période précapitaliste, l'existence de diverses valeurs pour une même valeur d'usage qui permettait l'existence des formes primitives du capital (marchand et usurier) indiquait que l'abstraction même était totalement inachevée et que par conséquent la valeur en tant qu'être était encore en formation (accumulation originaire du capital).

(10) Capital qui accomplit ces fonctions en tant que tel, étant donné qu'il permet à son propriétaire l'appropriation d'un certain intérêt (D-D') sans l'être en réalité, puisqu'il n'a aucune réalité physique en tant que travail accumulé. Il s'agit d'un concept fondamental pour la compréhen­sion générale du capital, totalement escamoté et liquidé par toute l'économie politique marxiste (social-démocrate, trostkyste, stalinienne,...) et qui aujourd'hui devient décisif pour comprendre les limites historiques de tout le système de production bourgeois mondial. Marx a exposé le développement social du capital fictif dans l'ensemble de son oeuvre et plus spécialement dans le livre III du Capital section 5.

(11) Souvent progressistes et réactionnaires — plus spécialement dans la terminologie de l'opinion publique "de gauche" — apparaissent comme des absolus et opposés. Dans la réalité , le capital est toujours progressiste, réformiste, puisque son essence le force à remodeler en permanence toute la structure productive, et en général toute la société , et face à l'émergence et l'organisation de son ennemi historique —le communisme— montre son caractère totalement réactionnaire. En général les fractions qui ont une plus grande capacité contre-révolutionnai­re, avec une plus grande force d'organisation de la réaction, seront précisément celles qui ont la plus grande capacité d'adaptation aux nécessités de progrès et de réforme du capital.


CE27.2 La question de la dette: Assez de prose !