MASSACRE A HALLABJA

1. INTRODUCTION

Le texte que nous publions ci-après se veut être un jalon de plus vers l'or­ganisation d'une réunion internationale de coordination et de mise sur pied d'une action commune contre la guerre Iran-Irak.

Rappelons brièvement que cette proposition de réunion, formulée explicitement dans le texte concrétisant la "Propuesta" (publié dans "Le Communiste" n°25, et "Comunismo" n°23, au point 2 : "Invariance de notre travail international"), trouve son origine ... dans l'origine du GCI, et, au delà de notre petit regroupement, dans, bien entendu, toute l'histoire de la lutte du prolétariat contre la guerre. En 1980, alors que le groupe existait depuis moins de deux ans, nous avions lancé une proposition internationale pour "constituer une coordination" des groupes et militants révolutionnaires et pour "organiser et centraliser inter­nationalement l'unité de l'action prolétarien­ne" (cf "Vers l'organisation internationale du prolétariat", dans "Le Communiste" n°7 et "Comunismo" n°4).

En 1986, nous avions porté et approuvé en Uruguay, le texte de la "Propuesta", texte que nous avons publié intégralement dans nos revues centrales, en français (LC n°25), en espagnol (C n°23) et en anglais (C n°4).

C'est dans le texte proposant des éléments pratiques pour concrétiser la "Propuesta" que nous avions proposé le lancement, dans les plus brefs délais, d'une campagne internationale contre la guerre capitaliste et, dans ce cadre-là, la mise en place d'une réunion de coordination permettant le lancement d'une campagne spécifique contre la guerre Iran-Irak :

"Nous essayerons de mettre en place une réunion de coordination qui, même si elle se concrétise dans des lieux et des langues non accessibles à l'ensemble de ceux qui ont pris l'initiative de la "Propuesta", sera directement une concrétisation de celle-ci, indépendamment de la présence physique de chacun, due à des contingences de voyage, de traduction, etc, les camarades qui adhèrent pratiquement à la "Propuesta", seront présents."

Nous rappelions également à cette occasion que cette proposition de réunion n'était pas dictée par une simple lubie ou par un désir d'agitation immédiate, mais bien par la réalité elle-même: la situation d'agression capitaliste à laquelle était -et continue à être- soumis le prolétariat en Iran et en Irak, à travers la guerre que les bourgeois "rivaux" de ces régions mènent contre lui. Cette situation d'agression donc, en déterminant une série de ruptures d'avec les unions nationales respectives et complémentaires qu'impose l'Etat capitaliste mondial, posait et continue à poser la nécessité d'une co­ordination, d'une action commune opposant les intérêts du prolétariat à toute économie de guerre, posait et continue à poser la nécessité d'une dénonciation du Capital, comme responsable de toutes les guerres bourgeoises et inter-impérialistes.

Cette réunion fut d'ailleurs proposée comme une nécessité par des camarades issus de cette région. Une telle réunion tentera donc de coordonner des aspects de l'action défaitiste révolutionnaire des prolétaires en Iran et en Irak, contribuera à ce que se développe un vaste réseau d'échanges d'informations inédites en Occident et organisera la coordination d'un ensemble de tâches pratiques sur des problèmes concrets.

Il est donc clair pour nous que cette réunion ne sera pas une réunion de conféren­ciers, avides d'échanger leur camelote idéologique respective et pressés d'imposer leur théorie comme vérité incontournable. Au contraire, cette réunion est conçue comme une réunion visant à rendre opération­nelles les propositions que ses participants y feront. C'est en ce sens qu'elle est déjà le résultat d'un travail en commun avec une série de militants éparpillés de par le monde et qui tentent de centraliser et d'organiser la communauté de lutte prolétarienne. C'est également au travers de cette communauté de lutte qu'ont déjà pu se vérifier pratiquement les liens de solidarité et de confiance qui nous unissent à ces camarades, à travers la vérification permanente des engagements et la démarcation qui en a découlée. Encore une fois ici, si bien des "révolution­naires" n'ont que les mots "communauté de lutte", "internationalisme","centralisation", "solidarité prolétarienne",... à la bouche, bien moins nombreux sont ceux qui, au-delà des discours, voire même des actes ponctuels, pour l’organisation de notre classe, donnent une continuité, une permanence, une conséquence, une force à leurs paroles!

A tous ceux qui, face à l'agression permanente que subit notre classe, n'ont que la démobilisation, la désorganisation et l'indifférence à proposer..., A tous ceux qui ne seraient pas intéressés par l'organisation de telles tâches, parce qu'elles ne concernent que des pays qu'ils définissent, de façon raciste, comme "périphériques au Capital"..., A tous ceux qui, à l'opposé, ne seraient intéressés par notre proposition que pour la seule et unique raison "nationaliste" qu'elle concerne le pays d'où ils sont originaires...,

A tous ceux qui déterminent le fait de bouger leur cul en rapport avec leur idéologie ou leur racisme propre…, à tous ceux-là, nous ne proposons pas de travailler ensemble à l'organisation de cette réunion !

A tous nos camarades lecteurs, sympathisants, et plus largement à tous les prolétaires combatifs qui malgré la situation de paix sociale mondiale que nous subissons pour l'instant, continuent, à contre courant, à développer un internationalisme militant, pratique et conséquent, nous appelons par contre à la participation, dans la préparation à l'organisation de cette réunion, en nous écrivant, en faisant circuler les différentes contributions à propos de la guerre Iran-Irak, en nous faisant parvenir leurs propositions, leurs contributions, leurs critiques, en nous filant du fric pour soutenir les efforts que nous menons en vue de libérer les militants ouvriers coincés dans les terribles tenailles que constituent les frontières capitalistes,... bref, en nous contactant pour tenter de mettre nos forces en commun et rendre ainsi possible l'organisation de la lutte contre toute guerre capitaliste, et dans ce cadre-là, d'une réunion inter­nationale, pour une campagne défaitiste à propos de la guerre Iran-Irak. Une série de textes de travail circulent pour l'instant de par le monde entre les différents camarades intéressés à la préparation de cette réunion. Contactez-nous si vous êtes intéressés à contribuer, à quelque niveau que ce soit, à cette préparation. Nous centraliserons et ferons circuler vos propositions.

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Le texte qui suit pose, à travers les récents massacres que la bourgeoisie a perpétrés à Hallabja, quelques uns des thèmes que nous abordons pour préparer la réunion internationale: le terrorisme d'Etat, le nationalisme, le pacifisme, la situation internationale, etc... Il retrace également quelques points de repère de l'histoire de la lutte de notre classe en Iran et en Irak, tout en dénonçant les massacres des bourgeois islamistes, nationalistes, gauchistes,... pour égarer la lutte de classe dans les prières des curés et noyer le prolétariat dans la sanglante "union sacrée". C'est en ce sens que, tout en n'ayant pas la prétention d'avoir fait le tour de toutes ces questions, nous pensons néanmoins contribuer, avec ce court texte, à poser un jalon supplémentaire dans le sens de la tenue d'une réunion internationale, en remettant, une fois de plus, au centre de la problématique révolutionnaire, le véritable sujet de l'histoire: le prolétariat !

Rappelons pour terminer que différents textes concernant plus spécifiquement la guerre Iran-Irak ont déjà été publiés dans nos différentes revues centrales et qu'ils composent un complément essentiel au contenu de ce texte-ci. En voici les références pour les textes publiés dans "Le Communiste":

- "Iran: les régimes se succèdent, l'oppression demeure", in LC n°2 - Juillet 1979.

- "Kurdistan: le piège de la libération nationale'", in LC n°3 - Sept. 1979.

- "Contre la guerre impérialiste: la révolution communiste mondiale" et "La guerre et la paix contre le prolétariat (manifeste)", in LC n0 14 - Juillet 1982.

-         "Iran-Irak: Guerre de classe contre guerre impérialiste!", in LC n°20 - août 1984.

-         "Proposition internationale", in LC n°25 - novembre 1986.



2. MASSACRE A HALLABJA

Le bombardement chimique d'Hallabja, qui a fait officiellement 5000 morts, mais dont la réalité est beaucoup plus terrifiante encore (entre 10.000 et 15.000 morts, à moyen terme), a soulevé un tollé d'indignation chez les "gens biens"! Tous ont clamé leur horreur des "excès dans l'excès" qu'est la guerre. Celle-ci, avec ses 8 années de massacres et d'horreurs ininterrompues, était devenue banale, "naturelle". Sa longueur est produite des nécessités du capital de détruire des prolétaires excédentaires (les vagues successives d'adolescents, envoyés, fusil dans le dos, face aux mitrailleuses et aux canons, le prouvent à suffisance). Mais la guerre a aussi pour but d'écraser les luttes prolétariennes qui se développaient dans cette aire géographique. On parle généralement plus de celles qui ont eu lieu en Iran, parce qu'elles ont amené la chute du Shah, mais l'Irak n'a évidemment pas été épargné par les révoltes ouvrières. Aujourd'hui, personne n'est capable d'empêcher les luttes ouvrières de se développer dans cette région, et, en Irak comme en Iran, elles se maintiennent depuis 1980, sous différentes formes, qui vont de la grève aux émeutes, et des désertions massives aux éphémères tentatives insurrectionnelles localisées. La guerre, avec son cortège d'unions nationales renforcées, de répression sans fard (exécutions massives, envois sur le front,...), permet de maintenir ces luttes à un niveau "supportable" pour la bourgeoisie mondiale. C'est encore cette nécessité, qui fait que cette guerre se prolonge intermina­blement, et que tous les bourgeois du monde, de gauche comme de droite, l'admettent et l'encouragent au nom de l'islam, du socialisme, de la démocratie (... ou de tout cela combiné !). Et c'est cette polarisation qui permet que les ouvriers partout dans le monde la tolèrent de fait, par leur passivité. C'est cette nécessité encore, qui fait que la bourgeoisie ne "réagit" que concernant les "excès", tels les bombardements de "populations civiles", et ce, avant tout, parce que ces bombardements montrent trop clairement le but de toutes les guerres impérialistes: le massacre systéma­tique de tous ceux qui ont commis le double crime d'être force de travail excédentaire et de refuser la logique qui les met dans cette situation, la logique de mort de la société bourgeoise. Nous crachons sur tous ces beaux messieurs, qui demandent une guerre propre, où l'on ne montre pas le terrible spectacle de ces prolétaires, femmes, hommes, enfants et vieillards confondus, rattrapés et épinglés par la mort pour les nécessités de valorisation du capital.

Parce qu'évidemment, le massacre d'Hallabja, comme la guerre, n'est pas plus un excès qu'une erreur! Il est l'application froidement déterminée des nécessités de la bourgeoisie. Celle-ci savait très bien qui elle massacrait de la sorte. Et il ne s'agissait pas là pour la bourgeoisie irakienne, ni de bombarder les Pasdarans, troupes de choc de la bourgeoisie en Iran, ni les nationalistes kurdes, mais bien les prolétaires !!!! L'objectif ne fut pas choisi au hasard, il est directement produit de l'échec de la politique d'unité nationale menée tour à tour par les différentes fractions de la bourgeoisie locale, qu'il s'agisse du Parti BAAS irakien, des "révolutionnaires" islamiques ou des "libérateurs du peuple kurde". Cet échec s'est concrétisé par la non-obéissance générale à cette politique et par l'affrontement répété aux forces de l'ordre. Le prolétariat a lutté contre toutes les campagnes de mobilisation et de recrutement, destinées à prolonger la guerre. La bourgeoisie savait très bien que pour cette raison notamment, la région était remplie de déserteurs, et ce principalement dans Hallabja. Saddam Hussein lui-même, trois jours avant le bombardement, annonçait à quelques kilomètres de là:

"Tous ceux qui ne défendent pas leur nation, leur terre, sont considérés comme ennemis et traîtres, que l'on n'hésite pas à anéantir par tous les moyens dont on dispose. Dans cette perspective, on n'agit qu'en fonction de notre devoir de châtier tous ceux qui trahissent leur nation."

Aussi, quand l'armée irakienne a commencé à quitter la ville, les ouvriers ont pris conscience de la préparation des bombar­dements, et ont commencé à quitter la ville pour trouver refuge dans les villages et les montagnes avoisinantes. Mais les nationalistes kurdes de l'union des patriotes kurdes (UPK), dont une forte majorité sont membres de Komala, organisation marxiste-léniniste, mais également d'une fraction de l'ancien PDKI (parti démocratique du Kurdistan irakien qui a à leur tête Talabani), ont empêché ces départs. Et cela avec l'aide des pasdarans iraniens. Le prétexte évoqué étant qu’Hallabja était alors une "ville libérée" dont il fallait fêter et défendre la libération. Mais les pasdarans iraniens connaissaient suffisamment le sort qui attendait les ouvriers que pour s'être tous munis de masques à gaz et avoir laissé sortir leurs partisans! Après le bombardement, les survivants d'Hallabja ont été entassés dans des camps de la région frontalière, tactique de toujours pour les exposer, en premières lignes, aux bombardements ultérieurs. Ils y subissent des conditions de vie extrêmement dures et sont soumis à la répression, aux maladies, aux famines,... Ainsi, après que l'Etat irakien ait été obligé de bombarder des "populations irakiennes" (ce qu'il avait déjà été obligé de faire en bombardant certains de ces propres régiments), après que les nationalistes kurdes, aidés des pasdarans iraniens, aient objectivement participé à ce massacre, et après qu'ils aient fait semblant de pleurer les "innocentes victimes", ils torturent et affament maintenant les survivants.

Les forces de l'ordre irakienne, après les bombardements, ont dévasté tous les villages avoisinants (Said Sadek, Karadakh et la région de Char a Zour), poursuivant les déserteurs survivants et contraignant les populations à prendre les armes pour faire face "l'invasion iranienne". Le refus d'obéir à ces ordres a entraîné des exécutions massives: l'armée irakienne a fusillé notamment 400 insoumis, parmi lesquels de nombreux déserteurs qui avaient été amnistiés lorsque les luttes prolétariennes, et entre autre les émeutes de 1984 à Souleyma­nia, avaient contraint l'Etat à faire marche arrière.

Cet exemple montre bien comment les deux camps se partagent le travail (tout en s'affrontant) pour obliger les prolétaires à participer à leur guerre impérialiste et pour réprimer, par le massacre, les récalcitrants à chaque fois que c'est possible.

Comme les faits l'ont mille fois montré, quand les ouvriers ne se sacrifient pas pour leurs ennemis, quand ils refusent de défendre leurs intérêts en devenant chairs à canons, la terreur bourgeoise a comme seule limite LA FORCE DE NOTRE CLASSE. Mais cette pratique de résistance, est la réalité de leur (de notre!) trahison de la nation, et par là même, est un facteur essentiel de la défaite de leur propre bourgeoisie. La pratique du massacre systématique ne s'est d'ailleurs pas limitée à Hallabja, qui n'est ni le premier, ni le dernier massacre organisé par la bourgeoisie contre notre classe.

C'est dans les deux camps que le prolétariat a manifesté violemment, à plusieurs reprises et en différents lieux, son refus de l'ordre bourgeois. Et à chaque fois que cela lui a été possible, la bourgeoisie a fait face à ces luttes par la violence sans masque. Toutes les autres fois, elle a appliqué la politique des réformes pour endormir le prolétariat et pouvoir ainsi l'assassiner dans son sommeil ! Entre 1977 et 1979 en Irak, il y eut au moins 3000 exécutions. L'Etat refusait de restituer les corps des fusillés, craignant les martyrs potentiels qu'ils représen­taient et, du fait de ces massacres, l'Etat craignait surtout les émeutes. Un cimetière spécial fut créé pour y ensevelir ces milliers de morts. Certains corps purent être récupérés par leur famille moyennant une somme à payer, et seulement quelques mois plus tard, dans un état de décomposition avancée, afin qu'on ne puisse pas distinguer les traces de torture!

On estime qu'il y avait en 1983 50.000 déserteurs, dont bon nombre en armes, dans la seule région de Souleymania. De nombreuses luttes eurent lieu contre la mobilisation et l'économie de guerre. L'Etat a alors décrété une amnistie, à condition que la "vie normale" reprennent et que les déserteurs s'y intègrent, promet­tant à ses conditions-là de ne pas les renvoyer au front. Une partie d'entre eux sont alors réapparus et les autorités locales les ont arrêtés et les ont envoyés sur le front, malgré leur promesse. Cela a déclenché une vague de lutte très radicale, mettant en danger la paix sociale. Saddam Hussein lui-même dut intervenir pour dire qu'il s'agissait d'une erreur d'interprétation de la part des autorités locales, et qu'il fallait que tous retournent chez eux. On ira jusqu'à faire arrêter les "responsables" et même jusqu'à faire pendre l'un de ses plus proches collaborateurs à Souleymania, pour calmer le mécontentement ouvrier. Mais aujourd'hui, alors que les luttes sont moins fortes dans cette région, les mêmes déserteurs qui furent amnistiés, subissent l'implacable loi de la société contre ceux qui se sont rebellés, puis démobilisés: la mort. Lorsque les déserteurs se sont massivement retrouvés dans la région des marais de sud, l'Etat irakien a détruit des dizaines de villages, bombardant et noyant les habitants et les déserteurs, faisant de la sorte plus de deux mille morts. Les quelques centaines de survivants dont la plupart était des déserteurs en armes, ont été forcés de fuir vers la région du centre à proximité de Bagdad, de Nassourya et d'Amara, où ils continuent leurs activités de sabotage, attaquant des convois d'armes et des dépôts de munitions. L'armée irakienne, qui avait été contrainte, parce qu'elle ne pouvait plus les contrôler, de bombarder des centaines voire des milliers de ses propres soldats, avait déjà réalisé des bombardements chimiques, notamment dans la région de Souleymania et d'Ardil.

La désobéissance est telle que le régime irakien est contraintde menacer de mort, comme traîtres, tous les officiers qui ne parviennent pas à faire monter leurs troupes au front; leur famille sert d'otage pour empêcherces officiers de déserter et ce sont leurs propres femmes qui sont contraintes de les exécuter, s'ils ont failli dans leur mission, et cela sous peine d'être elles aussi exécutées comme traîtres à la patrie!

Mais la répression la plus violente n'est évidemment pas l'apanage de l'Etat en Irak, et se répète presque quotidiennement en Iran, et cela en parfaite continuité avec les pratiques du gouvernement du Shah et de sa tristement célèbre Savak. Le chef de l'Etat, Khomeiny, n'a-t-il pas clairement revendiqué cette continuation et même le développement de cette politique de terreur lorsqu'il a dit:

"Aujourd'hui, il est du devoir de tout croyant de faire le travail de la Savak en dénonçant les opposants et les suspects (...). Ainsi, nous aurons une Savak constituée de 36 millions d'Iraniens."

Et cette politique n'est pas neuve! Dès la chute du Shah, les différentes fractions de la bourgeoisie en Iran se sont partagées le travail d'écrasement de la force ouvrière qui, dans les luttes, s'était constituée. En deux mots, on peut dire que le premier temps à consisté pour l'Etat à gagner du temps. La vague de lutte qui a balayé l'Iran avait mis à mal toutes les structures de l'Etat, faisant éclater l'armée et la police, et obligeant ses membres reconnus à se cacher. L'Etat se trouvait incapable d'affronter militairement le mouvement ouvrier, même avec l'aide des rares structures qui tenaient en place, et principalement le clergé chiite et les gauchistes. Il fallait d'abord dissoudre le prolétariat en armes dans le "peuple révolutionnaire d'Iran", et reconstituer des structures étatiques solides. Toutes les fractions vont se partager le travail. Dans un premier temps seront formés des gouvernements "libéraux-islamiques", celui de Bazargan puis celui de Bani-Sadr, avec mise en avant de mesures populaires destinées à calmer les ouvriers, telles l'augmentation de salaires et al­locations, l'exécution de certains tortionnaires de l'ancien régime, le développement des shoras (conseils), etc,... L'Etat fut soutenu dans son oeuvre, par toutes les fractions jusqu'aux plus radicales. C'est ainsi que les moudjahidines participeront de fait aux gouvernements qu'ils travailleront à crédibiliser... de façon critique. Celase marquera notamment par le fait qu'ils formeront le service d'ordre et de protection de Bani Sadr.

Depuis, pour pouvoir pleinement participer à l'encadrement du prolétariat dans le massacre systématique qu'est la guerre impérialiste, ils ont créé leur propre armée (armée de libération nationale de l'Iran). Celle-ci, organisée en Irak, compterait entre 20.000 et 50.000 soldats. Elle a mené sa plus grosse offensive en avril 1988. Les moudjahidines tentent de refaire participer les prolétaires iraniens à la guerre, mais cette fois, contre Khomeiny, au nom de la défense de la patrie iranienne.

Les Fedayins, plus "radicaux", accepteront aussi le régime de Bazargan pour "oeuvrer au sein du système"... de façon critique aussi, bien sûr. Leur "radicalité" fera qu'ils seront réprimés les premiers, repassant dans la clandestinité dès juillet 1979, pour tenter de se recrédibiliser. Les Fedayins se battront alors pour la constitution de "zones nationales libérées", en participant aux luttes nationalistes dans le Kurdista, et pour les turkmènes dans la province du Mazardan, ils travailleront de cette façon aussi pour l'Etat, en divisant le prolétariat par "nationalités" et en entraînant les ouvriers ainsi soumis dans la guerre impérialiste et dans la défense de l'Etat, au travers du soutien aux fractions bour­geoises, en acceptant les luttes de libération nationale. Les gauchistes ayant assumé leur fonction de division des prolétaires, et une fois la force militaire reconstituée grâce à la stabilisation de l'armée officielle et grâce également au développement et à la militarisation des comités "révolu­tionnaires" islamiques, la répression a pu s'abattre. Les shoras furent "islamisés", et, dès 1980, ceux qui résistaient à cette "islamisation" (qui n'est que le nom idéologique de la démarche pour les étatiser, pour leur faire défendre les intérêts de l'Etat bourgeois), furent réprimés.

Les dirigeants des ouvriers du pétrole qui prirent une part extrêmement active, centrale dans les luttes préalables à la chute du Shah, furent arrêtés. Certains furent exécutés en secret, et les shoras comme ceux des chemins de fer, comme le centre des shoras indépendants et comme les shoras islamiques "révolution­naires" également, furent détruits. Les pasdarans, troupes de chocde la bourgeoisie, forts de plus ou moins 25.000 hommes (jouissant de tous les privilèges et prêts à toutes les ignominies contre la classe ouvrière pour les garder), ainsi que les associations islamiques, les services idéologiques et les comités de mosquée, vont prendre toutes les fonctions de direction de la société en main. Le gouvernement libéral de Bani Sadr est balancé. Celui-ci avait tenté une ultime recrédibilisation, en passant dans la clandestinité le 13 juin 1981, et en appelant "le peuple à la résistance contre le despotisme". Il est destitué le 21 juin. La politique de reprise en main de l'ensemble de la société s'accélère alors. Les épurations dans l'enseignement, qui avait commencé par les livres, s'étendent très rapidement aux enseignants, qualifiés de communistes et de contre-révolutionnaires. Des dizaines de milliers d'entre eux seront licenciés et remplacés par des conseillers islamiques ayant fonction de guides idéologiques, de chefs de renseignement et d'agents de propagande. Ces conseillers islamiques organiseront la dénonciation, l'arrestation et l'exécution des lycéens et étudiants ayant des "opinions négatives". C'est ainsi que 114 lycéens seront exécutés en secret en septembre ou octobre 1981. Cette exécution sera à la source de manifestations armées à Téhéran, qu'es­sayeront d'encadrer les moudjahidins khalq. Ceux qui, hier, soutenaient le régime de manière critique, appellent à la lutte contre ce même régime, peu de temps après. Mais leur politique de fond, la défense de l'ordre, du travail et de l'Etat, contre la classe, cela n'a certainement pas changé!

Avec ses syndicats, ses écoles et ses forces de l'ordre, la "révolution islamique" a reconstitué l'essentiel des structures de l'Etat, et développe son offensive armée contre notre classe. Dès 1980, la répression devient massive. Les prolétaires sont exécutés par dizaines pour "faute" de "guerre contre dieu et son prophète", et pour "insoumission aux gouvernements de la république islamique". Après deux ans de "révolution", "Amnésie Internationale" parle de 4000 exécutés. Mais la réalité est sans aucun doute dix fois plus importante, parce que les seules exécutions que l'Etat en Iran se permet de revendiquer mas­sivement, sont celles qui peuvent lui donner une image "révolutionnaire islamique". Les autres, comme celles des lycéens sus-mentionnés, sont le plus souvent cachées, parce qu'elles risquent de déclencher la colère et les luttes de notre classe.

De surcroît, les salaires diminuent très rapidement, les licenciements pleuvent, les pénuries se développent. Les ouvriers en grève, lorsqu'ils ne sont pas exécutés, sont envoyés au front. Quand une grève éclate, comme celle de la sidérurgie à Ispahan le 12 mai 1982, les pasdarans interviennent, attaquent les piquets, menacent les familles, enlèvent et exécutent les grévistes s'ils le peuvent. C'est aussi cela qui explique que, très rapidement, les ouvriers en grève se sont armés pour se défendre contre l'Etat.

Evidemment, cette situation fut rendue possible par le déclenchement de la guerre, en septembre 1980. Et, si dans la tête de la bourgeoisie irakienne, cette date semblait extrêmement favorable, précisément parce que l'Etat en Iran était fortement déstabilisé, et qu'en terme d'impérialismes concurrents, il était "normal" d'en profiter, c'est ce raisonnement même et le fait de vouloir profiter de la lutte de classe pour battre un ennemi dans la guerre impérialiste, qui permet, quelle qu’en soit la conscience des protagonistes bourgeois, de mener des guerres impérialistes contre le prolé­tariat, contre la lutte de classe. La guerre impérialiste, déterminée par les contradictions entre les classes (telles qu'elles s'expriment aussi dans la sphère de l'économie), tente de résoudre momentanément ces contradictions, en écrasant le prolétariat. Et ce, notamment, en le subsumant par les polarisations inter-bourgeoises pour le faire quitter son terrain de classe et participer à la paix sociale —la paix des tombes— dans la guerre impérialiste. Ainsi, dans un premier temps, l'invasion irakienne (l'envahisseur est, aujourd'hui, plus ou moins présenté comme la victime) a permis d'encadrer les ouvriers au sein de l'hystérie nationaliste. Toutes les organisations bourgeoises, de gauche comme de droite, ont alors serré les rangs, soi-disant contre l'envahis­seur, mais de fait, contre la classe en lutte. Ce sont les conditions de vie qu'a engendrées cette guerre, qui font que, petit à petit, cette arme contre la lutte de notre classe s'est transformée en facteur de luttes. Mais le spectacle des exécutions quotidiennes de "satans" et de "Kharjit" (extérieurs à la religion) a démontré la faiblesse de l'union nationale qui avait permis d'écraser tant de luttes dans le passé. De nombreuses victimes de cette répression sont membres de groupuscules en rupture avec les organisations gauchistes (fedayins, moudjahidines et peykar) et tentent aujourd'hui de s'organiser, et cela surtout dans des villes comme Tabriz, Sanadesh ou Téhéran.


3. PAIX DES TOMBES EN IRAN ET EN IRAK

Après ces huit années de guerre, de répression et d'union nationale, les luttes de classe continuent de plus belle tant en Iran qu'en Irak. Dans les deux pays, des grèves contre l'austérité se développent ainsi que des manifestations avec affrontement contre les forces de l'ordre.

Le seul blocus qu'opère réellement la bourgeoisie mondiale n'est évidemment pas celui de la vente des armes, armes que les deux pays continuent à recevoir de manière fantastique, mais bien plutôt, par exemple, celui de l'information. Et ce notamment au moyen de la déformation systématique de tous les faits, non seulement dans les pays en guerre, mais dans l'ensemble du monde. Ceci est relativement normal puisque la bourgeoisie vit, en permanence, avec ses oeillères de classe, oeillères qui l'empêchent de concevoir la réalité de l'affrontement social entre les deux classes, tel qu'il mène à la dictature du prolétariat pour l'abolition du travail salarié.

C'est ainsi que tout le monde parle de l'Iran comme d'une nation fanatisée, où tout le monde va à la guerre la fleur au fusil et le "Allah akbar" à la bouche. Mais la réalité est toute différente, et la bourgeoisie est bien forcée de reconnaître, ayatollas inclus, que pour elle tout n'est pas si rose! Malgré que de plus en plus nombreux, les ouvriers soient poussés, fusil dans le dos, à prendre l'uniforme, ceux-ci marquent en grand nombre leur refus de participer à cette boucherie; ils sont de plus en plus nombreux à refuser de TOUT sacrifier à l'économie de guerre.

Le régime en Iran a été forcé de reconnaître que certaines zones de combat ont dû être délestées d'une partie des troupes: celles-ci étant ramenées dans certains centres urbains pour participer à la répression des troubles sociaux. De la même façon, un haut dignitaire du régime a été forcé de reconnaître que, malgré la situation désastreuse de l'économie, il semblait difficile, dans la situation actuelle, de prendre encore des mesures d'austérité qui tombent directement sur une frange de la population déjà démunie et prête à se désolidariser de la "révolution".

Beaucoup de choses portent également à croire que si l'armée irakienne a pris si facilement la péninsule de Fao, c'est à la fois grâce au retour d'une partie des troupes de choc à l'arrière, et plus directement parce que les troupes restantes ont montré peu d'enthousiasme à aller se faire trouer la panse pour le bonheur de la nation.

Les troubles sociaux dans les villes, où ont dû être envoyés les pasdarans, déterminent directement la défaite sur le front. Chaque grève est un acte de défaitisme. La rupture de l'union nationale, en obligeant les gendarmes de cette nation à quitter le front, empêche ces mêmes gendarmes d'exercer cette même pression sur les prolétaires en uniforme. Ces grèves montrent l'unité que forment les différents moments de la lutte du prolétariat comme pratique défaitiste révolutionnaire, comme pratique visant à défaire l'Etat, "son propre" Etat, comme pratique visant à faire péter les structures de contrôle et de répression de l'Etat. Contrairement à ce qu'a essayé de faire croire le comman­dement irakien, l'armée irakienne n'a pas "pris la péninsule de Fao, pied à pied, après des combats d'une violence incroyable". Les troupes iraniennes se sont enfuies, laissant sur place armes et bagages et même chaussures. De surcroît, l'armée irakienne s'est elle-même arrangée pour que cette fuite soit possible en laissant intact un pont qui relie la péninsule à l'Iran. Les soldats iraniens, moins nombreux, démoralisés, et surtout moins bien encadrés militairement, ont fui durant les bombardements qui ont précédé l'attaque. C'est ce qui explique que tous les observateurs étrangers aient remarqué que, contrairement à l'habitude, les corps étaient relativement peu nombreux. Une présence plus massive des pasdarans aurait permis de contraindre les prolétaires à subir ces bombardements intensifs sans bouger, et cela "au nom de la révolution", en menaçant de fusiller tous ceux qui auraient tenté de fuir.  C'est d'ailleurs la pratique de toujours de la bourgeoisie dans les guerres: ceux qui refusent de se battre sont assurés de mourir sous les balles des gendarmes qui entourent les prolétaires sous l'uniforme; ceux qui vont de l'avant et se battent contre leurs frères de classe ont une toute petite chance de survivre et cela aussi longtemps que ce c'est pas une force collective qui s'affronte à l'Etat!!!

Il en va d'ailleurs exactement de même dans les usines. Les prolétaires qui se sont battus dans les usines, outre qu'ils luttaient directement pour l'améliora­tion de leurs conditions de vie, —en créant ainsi les bases de l'unité nécessaire à la victoire définitive du prolétariat—, ces prolétaires, donc, ont directement amélioré le sort de leurs frères de classe sur le front, en leur permettant de fuir; comme d'ailleurs chaque lutte des ouvriers sur le front, par l'immobilisation des gendarmes qu'elle permet, donne des possibilités d'action plus grandes aux ouvriers restés dans les entreprises. Par leurs actions communes, les prolétaires au front et à l'usine déstabilisent l'Etat, marquent leur unité et se donnent les bases pour s'organiser. Ils travaillent ainsi à la défaite de leur propre bourgeoisie, défaite lourde de conséquences: elle discrédite l'Etat et l'union nationale, elle mine le moral des troupes (que celles-ci se battent sur le front de la production ou sur l'autre), elle montre directement l'unité d'intérêt du prolétariat, la contrainte qui lui est faite de s'unir contre toutes les fractions de la bourgeoisie par dessus toutes les frontières. Les défaites "nationales" améliorent donc directement les conditions de lutte du prolétariat dans le pays défait et celui-ci, de ce simple fait, devient l'exemple qui permet le défaitisme en face, non pas en tant qu'exemple passif, mais par la réalité de son action défaitiste et internationaliste, par la réalité des fraternisations pratiquées par la classe dans le pays défait, par la réalité de sa propagande et de ses actions, non pas contre ses frères de classe "étrangers", mais contre la bourgeoisie mondiale.

Le développement des luttes en Iran, la décrédibilisation de l'Etat, le fait qu'il est toujours plus clair que la bourgeoisie, par ayatollahs interposés, a pris, au lendemain de la chute du Shah, les mesures anti-ouvrières que la crise impose à la bourgeoisie mondiale, expliquent les luttes de pouvoir au sein de la bourgeoisie. La fraction "dure", dirigée par Khomeiny, pense que seul le développement de la guerre va lui permettre de garder le relatif contrôle qui existe sur le prolétariat. Cette fraction prône la reprise à grande échelle de la tactique des vagues humaines pour battre l'Irak. Mais il semble que cette tactique aie été abandonnée parce qu'elle poussait trop rapidement les ouvriers à la révolte. L'autre fraction pense que la situation sociale contraint l'Etat à rechercher une alternative à la guerre qui pourrait être crédible. Ce qui signifie sans doute la mise en avant d'une frac­tion de la bourgeoisie elle-même crédible, et qui pourrait imposer la paix sociale, la paix impérialiste, la paix des tombes, en échange de l'arrêt ou de la suspension de la guerre.

En Irak, la situation est relativement différente. Si la détérioration des conditions de vie a déterminé des luttes très importantes et cela, d'après les informations qui filtrent, dans l'armée et la région du Kurdistan principalement, on a vu que l'Etat irakien a dû faire face à des vagues de désertions le contraignant à menacer ses officiers, à organiser des bombardements contre sa propre armée, et à créer des affrontements au sein de ses propres troupes. Mais la force de l'Etat est de parvenir à, plus ou moins, circonscrire les luttes dans certaines régions qui alors, échappent pratiquement à son contrôle, et d'y isoler le mouvement, pour ensuite, l'écraser paquets par paquets. Les déserteurs sont évidemment contraints de choisir, pour s'y réfugier, des zones mal contrôlées par l'Etat, des zones où il est possible d'imposer un rapport de force à celui-ci, comme cela fut le cas lorsqu'il fut obligé de reculer à Soûle mania. Cette contrainte est déjà en elle-même un facteur d'unification du mouvement. Il n'empêche qu'apparaît une difficulté chronique à unifier, dans le temps et dans l'espace, les différents moments de la lutte ouvrière, une difficulté chronique du mouvement à se donner une véritable direction, à ne plus seulement sortir des organisations bourgeoises, mais bel et bien à se centraliser, s'organiser en dehors et contre elles.

En plus, il semble bien qu'au travers de la guerre, l'Etat en Irak aie réussi à réorganiser l'économie chancelante ce qui participe aussi à l'explication de ses avancées dans la guerre impérialiste. Encore une fois, si l'Etat réussit cette réorganisation, c'est directement contre la classe ouvrière et en imposant un fort développement de l'exploitation. Ce même développement est un double affaiblissement du prolétariat. D'une part, il recrédibilise et renforce directement l'Etat, d'autre part, cela permet des victoires dans la guerre impérialiste, victoires qui sont autant de facteurs d'union nationale, et qui, en permettant d'isoler les fractions les plus décidées du prolétariat, permettent ensuite la défaite de l'ensemble de notre classe. La difficulté à contrôler le prolétariat de cette région explique pourquoi la bourgeoisie mondiale, et plus concrètement les deux impérialismes en présence, tombent d'accord pour prolonger la guerre. La prolongation de cette guerre sert d'élément stabilisateur, mais détermine également, comme cela s'est déjà produit dans le passé, le prolétariat à lutter. Et le développement plus rapide des luttes en Iran ne peut, à terme, que devenir un exemple direct pour les prolétaires en Irak, et plus largement pour les ouvriers du monde entier.

Ce qui a été un facteur de tassement des contradictions sociales, -la guerre-, ne peut s'exprimer à terme et toujours plus fortement que comme un facteur de la lutte de classe. Illustration de cette insoluble contradiction pour la bourgeoisie: le bombardement des villes. Ce qui devait devenir un facteur du développement de l'union nationale contre "l'ennemi qui massacre les populations innocentes", est devenu un facteur de lutte de classe. En Iran, lorsque les pasdarans débarquent autour d'un quartier bombardé, ils sont contraints de faire des cordons sanitaires pour isoler les victimes, la vue de celles-ci rendant les prolétaires fous de rage contre l'Etat qui poursuit et développe cette guerre. Ces cordons de "gardiens de la révolution" se sont rapidement fait insulter, puis agresser, et les cris de haine des ouvriers s'exprimaient moins à l'égard de Saddam Hussein, qu'à l'égard de "leur" oppresseur direct: "A bas Khomeiny", crient les prolétaires bombardés à Téhéran! C'est cette réalité qui a fait ralentir les bombardements des villes et certainement pas les larmes de crocodile des bourgeois du monde entier, eux, qui touchent une première dividende directe à l'explosion de chaque bombe, une seconde dividende, pour chaque prolétaire excédentaire assassiné, et une troisième dividende dans la répression des luttes de classe. Les terribles événements de cette région nous rappellent, avec la dernière brutalité, des leçons de toujours que le prolétariat tire dans sa lutte.

Nationalisme et pacifisme sont toujours contre le prolétariat. Le prolétariat oppose au premier son internationalisme, et au second, son défaitisme révolutionnaire, comme il est en train de le faire en Iran et en Irak, encore avec d'énormes faiblesses et difficultés, produites notamment de son isolement.


4. NATION ET INTERET NATIONAL SIGNIFIENT TOUJOURS L’EXPLOITATION ET LE MASSACRE DES PROLETAIRES.

Les prolétaires n'ont pas de patrie. La nation constitue, toujours la force de désorganisation de l'unité internationaliste du mouvement prolétarien. La nation, c'est la prison des prolétaires. La lutte du prolétariat est toujours antagonique avec tout intérêt national.

Exactement de la même façon qu'à l'intérieur de chaque pays le capital veut lier les prolétaires à l'intérêt de telle ou telle usine ou de tel ou tel secteur de production, de la même manière, au niveau mondial, la bourgeoisie essaie de lier l'intérêt des prolétaires à l'intérêt national pour ainsi empêcher la réalisation de l'unité internationaliste du prolétariat.

Mais quand la bourgeoisie dans un pays voit la nécessité d'anéantir la force des prolétaires, elle n'hésite jamais a utiliser les forces d'une autre région pour cette besogne; de la même manière, au niveau mondial, quand un mouvement surgit dans un pays, la bourgeoisie utilise les forces d'un autre pays pour l'écraser. Pour le capital, il n'existe donc pas de frontières quand il s'agit d'écraser les luttes: tous les états détiennent le passeport international du capital pour la répression et l'écrasement du mouvement prolétarien mondial. Les nations n'ont de signification que pour entraver le mouvement prolétarien: elles constituent la force de choc pour briser nos luttes et pour organiser la domination capitaliste. Chaque fois que le prolétariat surgit de manière révolutionnaire, la nation s'oppose à lui en tant que force brutale d'écrasement.

Quelle répression, quel massacre n'ont pas été organisés au nom des guerres de libération nationale?

Quand et où la victoire et la force de la nation ont-elles constitué la victoire et la force du prolétariat?

En réalité, les bourgeois de tous pays aiment de tout leur coeur leur nation et aucun parmi ces exploiteurs n'a jamais hésité une seconde pour couper la tête des "traîtres" qui mettent en cause l'intérêt de la nation.

L'histoire du mouvement prolétarien mondial a suffisamment montré que les prolétaires n'ont aucun intérêt en commun avec leur nation et qu'ils n'ont rien à gagner et tout à perdre en soutenant telle ou telle fraction bourgeoise, ou tel ou tel pays dans la guerre. La guerre entre fractions bourgeoises, entre pays, c'est la guerre de la production de profit, c'est la guerre d'exploitation et de massacre des prolétaires, c'est la guerre anti­communiste par nature.

Ceux qui luttent sous la bannière de la défense de l'intérêt et de l'économie national, ceux qui soutiennent tel pays "progressiste" ou tel autre pays "socialiste"..., ne s'affirment que comme ennemi du prolétariat. Leur seul objectif, c'est l'affaiblissement de toute tentative de resurgissement de la lutte ouvrière.

Tous les pays du monde ont activement participé aux massacres en Iran et en Irak, comme ils l'ont fait dans toutes les guerres passées.

L'exploitation du prolétariat, l'attaque contre son mouvement en France, en Angleterre, à Cuba, en U.R.S.S., au Nicaragua, aux Etats-Unis et dans tous les pays, le massacre dans la ville d'Hallabja, le massacre des prolétaires de Tel-el-Zatar (1976), de Sabra et Chatila (1982), de Sanandadj (en été 1979 quand Fedayin du peuple, Komala,... et tous les autres groupes gauchistes ont livré la population, après l'avoir désarmée, aux attaques de l'armée iranienne-pasdarans). Tous ces massacres constituent le même mouvement d'extermination de notre classe.

Les différentes fractions du mouvement nationaliste kurde, iranien et irakien et chacune d'après son point de vue et ses intérêts politiques, versent des larmes pour les "martyrs" d'Hallabja. Chacune de ces formations, d'après la place qu'elles occupent dans la gestion sociale du rapport capitaliste et dans le processus d'attaque contre le prolétariat, défend tel ou tel belligérant dans cette guerre. D’autres encore, derrière quelques prétextes hypocrites, demandent la création d'un Etat démocratique et progressiste dans les deux pays, dans chaque camp. Ainsi, le parti communiste d'Irak qui, il y a à peine dix ans, était encore tout occupé à renforcer l'unité nationale, cette unité qui était l'élément nécessaire pour mater tout surgissement révolutionnaire. N'était-ce pas ce même P.C d'Irak qui appelait les prolétaires à soutenir l'Etat et Saddam car "le pays était en voie de socialisation"? N'était-ce pas ce même parti qui avait participé au massacre de milliers de prolétaires sous prétexte de lutte contre l'impérialisme américain et contre le Shah d'Iran? Le bombardement par l'aviation irakienne de la ville d'Hallabja, déjà bombardée en avril 1974, de même que la ville Kaladiza, restera toujours vivant dans la mémoire de notre classe. Ces actes, et d'autres déjà trop nombreux, sont la marque sanglante de la politique anti-prolétarienne que mènent les parties en présence en Irak.

Partout dans le monde, les salauds qui ont participé cent fois aux massacres de prolétaires ont versé leurs larmes de crocodiles d'Hallabja. UPK dénonce partout ce "crime atroce" auquel il a objectivement participé et ce depuis de nombreuses années. Son chef Talabani est venu en Europe pour essayer ici comme là-bas d'encadrer le prolétariat en employant comme marchandise la mort de nos frères de classe, qui devient ainsi un spectacle utile pour la bourgeoisie. Il s'agit de profiter de cet événement pour développer une campagne de mobilisation nationale kurde contre "Saddam Hussein fasciste!" pour faire participer les ouvriers au Kurdistan, au côté de l'Iran, à la guerre contre le prolétariat. Ces salauds qui ont retourné dix fois leur veste dans la guerre impérialiste, en fonction de la meilleure façon de combattre le prolétariat, utilisent son massacre contre lui. Talabani vient de la fraction du PDK irakien qui a rejoint Komala pour fonder l'UPK. Le PDKi avait alors lié des accords avec le gouver­nement irakien de 1970 à 1973, accords qui seront brisés parce que le chef Barzani veut l'autonomie, l'entièreté des territoires "kurdes" et donc aussi et principalement ceux où se trouvent concentrées les industries, ce que Bagdad refuse. De surcroît, même après, Talabani et consort étaient soutenus par la Syrie, alliée de l'Irak, ce qui valait une certaine méfiance de la part de certaines fractions de Komala, nationalistes plus "purs" et "radicaux".

Ces "contestataires", qui servaient d'ailleurs avant tout à encadrer sur le terrain nationaliste les ruptures de classe qui auraient pu apparaître au sein de ces organisations, seront réprimés, emprisonnés et/ou exécutés par les branches orthodoxes d'UPK. Cela a permis de faire passer l'exécution de militants qui rompaient avec le nationalisme pour un conflit entre fractions nationalistes, et donc, à étouffer militairement et politiquement des tentatives de ruptures classistes. Mais les retournements de ces beaux messieurs ne s'arrêteront pas là. En 1977, ils s'allieront avec d'autres fractions en rupture avec le PDKI (PDKi préparatoire, PDKi provisoire) au début de la guerre, ils soutiendront l'Iran pour changer de camp en 1983, quand l'armée iranienne occupa certaines parties de l'Irak. Ils soutiendront alors le gouver­nement pour "lutter contre l'ennemi principal" et "pour sauvegarder l'unité nationale". Talabani menait depuis tout un temps des négociations secrètes avec Bagdad. A l'issue de celles-ci, les membres d'UPK pourront rentrer armés dans les villes... pour réprimer le prolétariat. C'est ainsi qu'en 1984 notamment, ils participeront directement à la répression des émeutiers de Souleymania en tirant sur les manifestants du haut des toits. UPK participera systématiquement à la répression de toutes les formes de luttes ouvrières dénonçant les déserteurs et les clandestins, en échange de la libération de certains de le leurs leaders emprisonnés, participant à la répression des grèves, tirant dans les manifestations, participant avec l'armée et la police à la chasse aux déserteurs, aux groupes et individus qui s'opposaient à l'ordre et se cachaient dans les montagnes. Si les accords entre UPK et l'Etat irakien tourneront court, la pratique de répression des éléments en lutte de notre classe se maintiendra. Aujourd'hui, UPK est allié à l'Etat iranien, mais ses multiples retournements toujours plus difficiles à expliquer, ont déterminé des ruptures. Nous nous en foutons qu'une fraction bourgeoise défende telle ou telle autre fraction bourgeoise: même si UPK ne passait que son temps à changer d'alliés, cela ne changerait rien, ni à notre opinion, ni surtout à la pratique de notre classe à l'encontre de ces organisations. Il est cependant intéressant de voir que ces retournements ne sont pas neutres dans les affrontements entre les classes. Ils ont toujours servi à réactualiser l'idée et la pratique d'une guerre juste à laquelle doivent participer les prolétaires. Cette guerre juste, c'est pour eux la guerre de défense de "son" territoire, ou la guerre de "libération" de la nation kurde, ou la guerre contre le fascisme. Et au nom de cette guerre juste, il s'agit de massacrer tous les prolétaires qui refusent d'y participer, que cela soit sur le front de la production, ou sur le front militaire. Ces prolétaires sont alors présentés comme ennemis de la patrie, du socialisme, de l'islam, ou de la paix, ce que, conformément à la réalité de leur classe, ils sont objectivement.

Maintenant que ces organisations ont largement épuisé, après leurs multiples revirements, le crédit qu'elles ont pu avoir auprès des prolétaires, certains groupuscules (fractions M-L) se présentent comme de vrais et authentiques nationalistes et veulent sauver le mouvement de libération nationale des mains de ces "traîtres". En réalité, leur programme n'est que le programme et la politique du mouvement historique de libération nationale et de luttes anti-impérialistes. La seule différence entre eux et leurs prédécesseurs, c'est que, à la fin de toutes leurs décla­rations, ils ajoutent quelques mots comme "prolétariat" ou "communisme". D'après ces organisations marxistes-léninistes, ce sont uniquement le prolétariat et les masses exploitées qui sont capables de réellement résoudre le problème des minorités nationales par la victoire et l'instauration du socialisme en Iran et en Irak (ceci montre le vrai visage de leur prétendu internationalisme). Les défenseurs de cette ligne politique, ce sont le Komala (parti communiste d'Iran) du côté iranien et « la voie de la révolution » (fraction sortie de l'UPK en 1984), ainsi que d'autres éléments sortis récemment du PC du côté irakien.

Le but de ces fractions et l'espoir qu'elles portent au nom des prolétaires, et la raison pour laquelle elles massacrent nos frères de classe par centaines de milliers, sont les mêmes que ceux des nationalistes vietnamiens, quand ils luttaient contre l'impérialisme et pour la création d'un Etat national socialiste. Les seuls acquis des prolétaires au Vietnam, c'était le retour à la production, exactement de la même façon qu'avant l'indépendance, et peut-être même pire, parce que "la jeune nation, épuisée par la guerre, à besoin d'encore plus de travail, encore plus de produits, pour concurrencer les autres Etats développés du monde moderne". Oui, de cette façon, la nation émancipée est devenue la prison pour faire suer les prolétaires. Sans aucun doute, dans une nation libérée par le sang de millions de martyrs, comment les prolétaires oseraient-ils lutter pour leurs intérêts quels qu'ils soient, car avec ces luttes, ils renforcent les desseins de l'ennemi impérialiste!? Le gouvernement socialiste du Vietnam —référence par excellence de tout nationaliste M-L qui se respecte— garde des milliers et des milliers de prolétaires enfermés dans ses geôles, pour "protéger les acquis de la révolution". Cet exemple n'est pas particulier au Vietnam. Les prolétaires peuvent vérifier quotidiennement, dans le Cuba de Castro, dans la Chine de Mao, dans le Nicaragua d'Ortega,... que les ouvriers, sous la coupe de quelques gouvernements socialistes et populaires, produisent comme classe exploitée pour leur ennemi de classe, la bourgeoisie, la nation, l'économie nationale.

Pour ces marxistes-léninistes, toute référence au caractère internationaliste du prolétariat et de sa révolution n'est qu'un rêve infantile car comme ils le disent, "pour chaque situation concrète, il faut une politique réaliste". D'après leur schéma, le prolétariat devrait suivre pas à pas le programme qu'ils ont conçu pour pouvoir arriver au but. Nous disons clairement à ces gens-là que la position et la politique réelle du prolétariat est et sera toujours et partout la même, à savoir la lutte intransigeante pour ses intérêts de classe, et jamais au profit de ses ennemis historiques: la nation, le travail, les droits, les libertés, la démocratie. Les intérêts du prolétariat sont antagoniques à tous les programmes politiques qui donnent vie à ce système d'exploitation. Le but du prolétariat est la réalisation de la révolution communiste mondiale et cette réalisation ne procède pas par étapes. La révolution communiste se déroulera en dehors des étapes et, de fait, elle devra détruire toutes les étapes sous peine de périr. A travers les étapes, la bourgeoisie essaie de lier les bras des prolétaires à ses intérêts à elle. Ce que les nationalistes appellent une étape vers la victoire du prolétariat n'est en vérité que la force de retardement de la révolution communiste, et ce poids pèse très lourd sur les épaules du prolétariat. Tous les fameux "acquis ouvriers" ne sont en réalité, que des chaînes sup­plémentaires qui emprisonnent les prolétaires.

Le seul acquis que le prolétariat se reconnaît, c'est l'acquis de sa force, de son organisation internationaliste et de son armée révolutionnaire. Les prolétaires doivent savoir que les "acquis" que les nationalistes leur préparent, ce sont les bagnes de production et de plus-value, c'est leur massacre sur l'autel de la valeur.

L'internationalisme prolétarien assume l'unique réponse de notre classe à la bourgeoisie mondiale, à l'Etat capitaliste: cette réponse s'exprime, aujourd'hui comme hier, par la rupture avec la paix sociale, par le renforcement de toutes les luttes partout où elles surgissent, c'est la seule voie possible pour imposer l'unique solution révolutionnaire et définitive à la crise et à la guerre du capital. Révolution communiste, guerre de classe CONTRE guerre de la bourgeoisie. La réponse du prolétariat à la guerre impérialiste, c'est :

- L'organisation du sabotage de l'économie, de la production, des convois d'armement... de tout le consensus nationaliste,…

- L'organisation de toute action visant à saper tant le moral que l'envoi de prolétaires à la boucherie,...

- L'organisation de la désertion la plus massive possible,…

- L'encouragement à la fraternisation, à la mutinerie, au retournement des fusils contre "ses" supérieurs,…

- L'action la plus décidée et la plus offensive en vue de transformer la guerre impérialiste en guerre civile pour le communisme.

Evidemment, le défaitisme révolutionnaire ne peut se concevoir dans un seul camp. Les directives communistes de sabotage sont fonction de la nature internationale de la classe ouvrière et s'adresse donc au prolétariat du monde entier. Le défaitisme prolétarien signifie la lutte à outrance contre "sa bourgeoisie" et ce dans tous les camps, dans tous les pays.

Ces activités ont été assumées —à des niveaux très variables, il est vrai, selon les lieux, les moments..., allant de la fuite simple, de la désertion, etc, jusqu'au sabotage actif, à la frater­nisation avec ceux d'en face...— par les prolétaires des deux camps. Mais la plupart du temps, ces actions sont restées isolées: ainsi la bourgeoisie a pu relativement facilement anéantir ces révoltes.

Pour que ces luttes prennent un aspect plus général, pour qu'elles sortent du cadre local, la tâche des fractions d'avant-garde est de militer pour l'organi­sation de ces mouvements défaitistes, en vue de réaliser l'unité internationaliste qui est à la base de la transformation de cette guerre en une guerre de classe entre le prolétariat organisé et la bourgeoisie.

Cela prouve une fois encore le fait que le défaitisme révolutionnaire ne peut se renforcer durablement dans le cadre d'un seul pays, d'une seule région, mais doit nécessairement —question de vie— s'étendre au-delà de toutes les barrières.

Très concrètement, nous voulons insister sur le fait que du point de vue du prolétariat révolutionnaire, le défaitisme, et l'activité subversive en général, ne commençait pas avec les événements d'Hallabja. L'Etat non plus n'a pas commencé le massacre des prolétaires avec les bombardements d'Hallabja. Comme nous l'avons dit, celui-ci ne constitue qu'un moment d'une suite ininterrompue d'attaques perpétrées contre notre classe.

Evidemment, les informations qui nous parviennent aujourd'hui d'Hallabja sont des plus terrifiantes. Nous ne pouvons pas ne pas riposter à ces massacres. Mais pour riposter réellement, pour renforcer notre camp, pour dépasser la simple réaction, nous devons être très exigeants, très durs aussi envers nous-mêmes, envers tous les camarades. Nous crachons sur les pleurnicheries et les lamentations sans objet. Nous crachons plus que jamais sur ceux qui parlent de communisme, d'humanité, d'internationalisme... sans une activité internationaliste conséquente. Nous en avons marre des lamentations et des auto-proclamations, nous en avons marre des prétextes sans cesse renouvelés pour ne pas agir, pour ne pas s'organiser. Nous ne voulons pas des dénonciations des massacres capitalistes sans une pratique conséquente d'organisation et d'opposition à cette société.


5. LE FASCISME SIGNIFIE TOUJOURS PLUS LA PAIX SOCIALE, LA PAIX DU CAPITAL.

Nous avons déjà traité à plusieurs reprises de la question du pacifisme dans nos revues en français et en espagnol. Le pacifisme a toujours servi à ranger le prolétariat derrière sa bourgeoisie et à rétablir la paix sociale. Mais nous n'allons pas répéter ici l'essentiel de nos arguments contre le pacifisme. Nous allons cependant en rappeler les axes centraux pour les appliquer à la guerre Iran-Irak.

Comme toujours, les deux protagonistes guerriers se sont respectivement présentés comme les plus fervents défenseurs de la paix, "malheureusement" obligés de faire la guerre parce que "l'autre" est un ennemi de la paix. En effet, toutes les fractions bourgeoises doivent avoir un discours de paix, précisément parce qu'il est difficile de mobiliser le prolétariat dans et pour la nation, en lui faisant comprendre qu'on va faire la guerre, et que l'on veut, et que l'on doit faire la guerre parce que, comme toutes les autres fractions de la bourgeoisie, on est obligé de se débarrasser des prolétaires excédentaires! Le bourgeois qui commettrait la bêtise de dire les choses aussi crûment se ferait immédiatement éjecter par ses frères de classe, pour incapacité à "parler" aux ouvriers. De plus, il est évident qu'il ne s'agit pour aucun bourgeois d'une question de choix: c'est la réalité des contradictions sociales, qui se matérialise notamment dans la crise économique de leur système et dans nos luttes, qui les contraint à la guerre. Chaque bourgeois sait que la victoire qu'il désire dépend évidemment avant tout de la bonne marche de l'économie et de l'ensemble de système, ainsi que de la cohésion sociale; il est donc contraint de se présenter —pour obtenir cette union nationale— comme le défenseur des ouvriers, de leurs acquis, de leurs droits, de leurs intérêts historiques,... comme le défenseur de la paix. Dans ces périodes de crise, il faut donc préparer la guerre à différents niveaux: les bourgeois poussent alors les ouvriers à fusionner avec "leur" nation. Ils organisent donc par exemple des grandes démonstrations pour la paix et l'intégrité nationale. Dans ces démonstrations (qui ne sont que l'un des aspects les plus visibles d'une pratique beaucoup plus globale), tout le monde, bourgeois et prolétaires, se retrouvent mélangés dans la peur de la guerre; mais ils se retrouvent surtout confondus dans le peuple défendant sa nation ou l'un des blocs impérialistes considéré comme "meilleur" (c'est-à-dire plus pacifique que l'autre). La force de l'Etat, c'est de présenter chaque pas réel vers la guerre comme un pas vers la paix. Une fois la paix acceptée comme la panacée universelle, —alors qu'elle ne peut que signifier paix sociale, donc guerre quotidienne de la bourgeoisie contre le prolétariat, et donc aussi, du moins à terme, guerre impérialiste— il est normal qu'elle serve de base pour tenter d'écraser plus encore le prolétariat. Les arguments des bourgeois ressemblent à ceci: "Celui qui fait grève nous déforce et pousse donc notre ennemi à nous faire la guerre; c'est un fauteur de troubles; il faut se serrer la ceinture autour de l'Etat, consolider celui-ci, faire des sacrifices, pour que nul n'ose nous attaquer". Les prolétaires, qui sont ennemis de la guerre comme ils sont ennemis de la paix, sont ainsi dévoilés comme ennemis de LA NATION, pendant que la masse des citoyens est toujours plus liée à celle-ci, et donc non-solidaire avec les prolétaires en lutte.

C'est de la même façon que les "révolution­naires" islamiques se présentent comme des défenseurs de la paix, puisqu'ils veulent pousser le monde entier —en commençant par les pays musulmans—, à se soumettre à la "voie islamique". Celle-ci impliquerait, selon eux, la paix universelle, puisqu'il n'existerait plus de nations antagoniques et que la vie, selon les préceptes de l'Islam, impliquerait de vivre en paix. Cette voie n'est évidem­ment rien d'autre que la voie capitaliste qui se cache derrière le seul nom qui pouvait aussi rapidement encadrer les prolétaires de cette région. Les faits ont montrés que la "voie islamique" implique l'exploitation, la répression, et la guerre. Enfin, et ce n'est que l'un des paradoxes de cette guerre, bien que l'Irak aie commencé les affrontements, c'est l'Iran qui est aujourd'hui présenté comme l'agresseur, comme le mauvais dont l'existence sert à justifier, face au prolétariat du monde entier, le massacre de leurs frères de classe. L'Etat en Iran parle lui, de guerre de défense qui s'est transformée en guerre sainte.

Le pacifisme sert autant à préparer le prolétariat à la guerre, qu'à le contraindre à arrêter les luttes de classe qui surgissent pendant la guerre et contre elle. Mais ces luttes surgissent contre la guerre permanente que la bourgeoisie mène à l'encontre du prolétariat; ces luttes surgissent contre l'exploitation et contre la mort qu'engendre, en temps de guerre comme en temps de paix, la civilisation. Si les luttes surgissent à ce moment, c'est avant tout parce que l'exacerbation de toute la souffrance que nous impose cette société la rend plus clairement insupportable. C'est parce que la crise, dont la guerre n'est qu'un moment, pousse à son comble toutes les contradictions de la société, qu'elle devient une condition nécessaire, mais non suffisante, à la lutte de classe. Lorsque les luttes éclatent, la bourgeoisie essaie toujours de les présenter et de les orienter comme des luttes contre les excès de ce système, et cela pour recrédibiliser le reste. C'est possible parce que c'est bien souvent un aspect qui apparaît comme excessif qui a déclenché la lutte. Mais comme nous l'avons dit, cet excès, ce moment, n'est qu'un PRODUIT NECESSAIRE DE LA TOTALITE. Détruire l'excès implique nécessairement détruire la totalité.

Les pacifistes sont spécialistes de cette tactique qui consiste à nous faire lutter contre les excès, pour mieux défendre ce qui produit ces excès! Ils essaient de nous faire lutter pour préserver la paix, ou la rétablir, alors qu'ils défendent objectivement une société qui implique nécessairement la guerre. Et c'est cette nécessité de la guerre, pour le capital, qui, sous prétexte de défense nationale, d'intégrité du territoire, ou de n'importe quoi d'autre, pousse également les pacifistes a la guerre. Si la lutte contre la guerre fut un des moments de la chute du tsar en Russie, la continuation de cette guerre par Kerensky va pousser à la révolution. Mais le plus grave alors c'est que, le développement de la lutte de classe ayant poussé la bourgeoisie mondiale à faire la paix contre le prolétariat, les bolcheviks vont accepter de gérer la paix impérialiste. Celle-ci servira directement à écraser le prolétariat pour lui imposer la répression, l'exploitation, et très vite après, pour lui imposer une nouvelle guerre avec une classe largement affaiblie qui ne parviendra alors que très faiblement à s'organiser contre la guerre. En Iran et en Irak aussi, la paix est une arme contre le prolétariat. D'une part, parce qu'elle sert directement à enrôler les prolétaires dans la guerre; d'autre part, parce qu'elle peut servir de solution bourgeoise au développement des luttes dans cette aire, avec la perspective d'une guerre encore plus généralisée, une fois le prolétariat calmé. Que cette guerre se passe là et/ou ailleurs, la situation du prolétariat restera globalement la même: une défaite qu'il paiera de sa sueur et de son sang.

Aujourd'hui, les prolétaires de cette zone ne posent pas la paix impérialiste en "alternative" à la guerre impérialiste. Pratiquement, ils agissent et s'organisent dans le sens du défaitisme révolutionnaire, pour la défaite de « leur propre bourgeoisie ».


6. CONTRE L'UNION NATIONALE, CONTRE LA GUERRE, CONTRE L'EXPLOITATION: LE DEFAITISME

          Le défaitisme révolutionnaire est la négation du pacifisme, en ce qu'il ne défend pas la paix sociale, mais agit pour la défaite de la bourgeoisie dans le sens d'une transformation de la guerre impérialiste en guerre civile internationale, en guerre de classe!

En prônant la défaite de "son" pays, le prolétariat lutte pour la défaite de tout nationalisme. Il ne cherche pas à revenir à une situation "d'avant-garde", mais bien à transformer la lutte de résistance contre la guerre en une lutte pour la destruction de tout le système social qui engendre la guerre, en une lutte internationaliste pour le communisme. Nous avons vu dans les chapitres précédents en quoi, le défaitisme implique évidemment beaucoup plus que la lutte des seuls prolétaires sous l'uniforme, et que le front qui délimite les classes se situe tout autant dans les tranchées que dans les usines.

Un autre aspect important de l'action défaitiste est le fait que toute lutte ouvrière visant à briser la paix et l'union nationale signifie, dans un premier temps, l'affaiblissement de son état, ce qui implique évidemment, directement et concomitamment, l'affaiblissement de la bourgeoisie mondiale, même si cela passe par le renforcement très momentané de la fraction bourgeoise ennemie dans la guerre impérialiste.

Si nous insistons sur ce point, c'est qu'évidem­ment, de tout temps, face à ce danger que sont les luttes ouvrières pour les exploiteurs, tous les secteurs de la bourgeoisie se sont mis à hurler, arguant que la lutte du prolétariat bénéficie à l'ennemi. Ce qu'ils tentent de faire, c'est de se poser en défenseurs du peuple (de la patrie) et de nous imposer leurs intérêts par la psychose de la peur.

Le fait est que, face au renforcement de la lutte ouvrière, la bourgeoisie se sent vraiment faible, et dans certains cas extrêmes, arrive à être terrorisée et exprime cette terreur à sa façon. D'un autre coté, il est vrai que cette lutte "bénéficie à l'ennemi" de la bourgeoisie, qui n'est rien d'autre que le prolétariat lui-même. C'est seulement parce que son ennemi intérieur, véritable et total exprime, dans sa lutte, son opposition à se faire utiliser dans la guerre nationale impérialiste (et comme nous l'avons dit toute véritable lutte ouvrière, bien que s'exprimant par des motifs purement économiques, est essentiellement une mise en question de l'adhésion des prolétaires à la guerre et/ou à ses préparatifs), que la bourgeoisie est plus faible face à son "ennemi" extérieur. De notre point de vue, nous n'avons rien à perdre et tout à gagner dans la fortification de notre lutte et dans la faiblesse de "notre" propre bourgeoisie à nous imposer sa guerre.

Il est tout à fait logique que les ennemis du prolétariat disent que nous faisons le jeu de l'ennemi extérieur, que nous aidons l'envahisseur étranger; tout ouvrier révolutionnaire sera d'ailleurs persécuté et accusé d'espionnage. Lénine lui-même, à l'apogée de sa rupture révolutionnaire insurrectionniste contre la sociale-démocratie de tous les pays, fut accusé en Russie d'être l'agent "des Allemands". Nous autres, nous continuerons notre chemin en combattant face à "notre" bourgeoisie, face à celle qui directement nous impose la misère et la guerre; nous organiserons son échec et nous lutterons pour la désorgani­sation de son armée, et de toutes les institutions qui recrutent et mobilisent pour sa guerre (églises, partis, syndicats, ...). Notre organisation autonome constitue en même temps la base de la destruction de l'état bourgeois et le germe de l'organisa­tion de notre classe en classe dominante. Et ils continueront à insister sur l'ennemi extérieur. Evidemment que nous avons aussi des ennemis à l'extérieur: la bourgeoisie de tous les pays, et pour cela, il est clair que nous sommes directe­ment intéressés à ce que nos frères de classe agissent de la même façon, en détruisant "leur" armée, l'économie de guerre de « leur » propre bourgeoisie. Mais nous autres, nous n'avons qu'une seule manière de contribuer à ce que font les prolétaires de tous les pays: l'organisation internationale du prolétariat et notre action directe contre "notre" bourgeoisie, contre "notre" armée, contre la paix sociale de "notre" état national, sans laquelle aucun discours sur la solidarité internationale du prolétariat n'a de sens.

"Le prolétariat ne peut assener un coup de classe à son gouvernement, ni tendre (en vérité) la main à son frère, au prolétariat d'un pays "étranger" en guerre avec "nous autres", sans commettre un "délit de haute trahison", sans contribuer à la défaite, ni aider à la désagrégation de "sa grande" puissance impérialiste."

En effet, la défaite de "notre propre" bourgeoisie est identique à la décomposition de l'armée et est la possibilité effective de prendre l'initiative dans la fraternisation entre soldats de "camps rivaux" et par conséquent, la possibilité d'agir directement pour détruire l'armée rivale.

"Les adversaires de la consigne de la déroute ont une peur pure et simple d'eux-mêmes, parce qu'ils n'osent pas regarder en face le fait évident qu'il existe une relation indissoluble entre l'agitation révolution­naire contre le gouvernement et la nécessaire contribution à sa défaite."

Lénine - Sotsial demokrat n°43, 26/7/1915.

Il est clair que jamais la décomposition des armées ne sera égale "des deux côtés" et évidemment que ce fait sera utilisé par la bourgeoisie pour essayer de nous convaincre de faire la guerre pour son bénéfice: "notre ennemi est fortement organisé, nous autres sommes désorganisés" diront-ils ! Pour nous, c'est une raison de plus pour déployer tous les efforts nécessaires afin de détruire totalement l'armée, parce que nous savons (comme la révolution de 1917 l’a mis en évidence) que cela mettra le feu aux poudres dans les armées du monde entier, parce que nous savons que cela est la meilleure contribution au travail fait par les révolutionnaires des autres pays, parce que nous savons que le fait de mettre en évidence devant les millions d'ouvriers en uniforme du monde entier qu'ils peuvent arrêter de tuer et de se faire tuer dans une guerre qui n'est pas la leur, imposant de ce fait leur propre pouvoir sur la société, est le fait le plus subversif et le plus désorganisatif qui puisse se produire dans "l'armée rivale", parce que nous savons que c'est le seul chemin pour éliminer non seulement cette guerre, mais toutes les guerres, éliminant les causes des guerres: la société capitaliste.


7. A BAS LA GUERRE !

Si en Irak et en Iran même, de plus en plus de prolétaires rompent avec l’ensemble des forces bourgeoises et nationalistes, ces ruptures se sont marquées en Europe aussi, par la diffusion de tracts dénonçant la pratique de ces organisations et leurs campagnes de recrutement partout dans le monde.

Là-bas comme ici, il existe des militants qui tentent d'organiser des ruptures. Ces ruptures sont encore trop dictées par la réalité quotidienne et ne parviennent pas, de ce fait, à se donner une direction. L'ensemble des ripostes et des ruptures opérées diversement et spontanément par notre classe ne se cristallisent pas encore en une force unique et internationale. Ces faiblesses sont rendues d'autant plus faciles que les forces ouvrières subissent depuis des années et des années, des formes de répression extrêmement violentes qui déciment les organisations communistes, à l'image d'ailleurs de la façon dont le prolétariat tout entier est décimé dans cette guerre. Les polarisations inter-bourgeoises, de même que les terribles conditions de survie auxquelles sont soumis les militants, rendent compliquées la continuité de l'activité communiste et les tâches de réappropriation théorique. Il n'empêche qu'il est plus que probable, même si les informations nous manquent à ce sujet, que cette activité se déroule à différents niveaux. En Europe, cela s'est exprimé (encore une fois faiblement du fait du rapport de force très défavorable à notre classe au niveau mondial) par la distribution de tracts contre la guerre et parfois par l'amorce d'affrontement entre nationalistes et internationalistes.

A Vienne notamment, un tract a été distribué le 27 mars 1988:

"Toutes les organisations nationalistes soutiennent l'état islamiste et contre tous ceux-là, qui participent réellement à la guerre Iran/Irak, qui massacrent les prolétaires, nous faisons appel à la solidarité internationaliste.

A bas les deux camps !

Le prolétariat n'a pas d'intérêts dans cette guerre !

Luttons contre l'envoi d'armes !"

-Un groupe de Kurdes de Vienne

Voici le contenu d'un autre tract distribué en Europe:

"La guerre de destruction entre l'Iran et l'Irak sert l'intérêt du système capitaliste mondial; elle dure depuis huit ans avec comme objectif le renforcement de l'état capitaliste dans les deux camps pour développer et renforcer la répression contre le mouvement ouvrier exploité dans la région, en les utilisant comme chair à canon.

A bas les deux états capitalistes Iran et Irak!

Que se renforce de plus en plus la lutte des prolétaires!

Que soient plus démasquées les organisations qui soutiennent cette guerre et y trouvent leur intérêt!

Vive la solidarité internationaliste du prolétariat!"

Un autre tract encore:

"Ouvriers et exploités ! La seule voie pour en finir avec cette sale guerre c'est le renforcement de l'unité de nos luttes, contre les deux côtés, en transformant cette guerre en guerre civile, pour abattre les deux états. A bas L'Irak ! A bas l'Iran !

A bas toutes les organisations dans la région ! Vive l'unité des luttes prolétaires des deux camps !"

-Quelques révolutionnaires en exil.

Il s'agit évidemment chaque fois d'extraits. Malgré le fait que du haut de leur chaire idéologique, certains "révolutionnaires" pourraient trouver des faiblesses dans ces tracts (ce qui ne fait pas l'ombre d'un doute), nous tenons pour notre part à saluer l'effort de ces militants ouvriers pour, malgré toutes les difficultés de l'époque, faire entendre la voix de notre classe par dessus les frontières des pays où se déroule le plus clairement la lutte de notre classe. Mais, bien sûr, cet effort ne suffit pas. Et autant les ouvriers du monde entier perpétuent leur propre exploitation en ne s'opposant pas aux massacres qu'opèrent les bourgeois - passivité mortelle -, autant les larmes, même "sincères" des pseudo-militants tels qu'en compte le "milieu révolutionnaire" (et ici nous ne parlons évidemment pas des camarades qui, par exemple, ont fait ces tracts) nous laissent indifférents. Nous n'avons rien à foutre de tous ceux qui se gargarisent d'internationalisme en prenant pitié de ces "pauvres hères" massacrés, mais qui ne lèvent pas le petit doigt pour assumer le minimum qu'un rapport de force extrêmement défavorable laisse tout de même possible ! Pour notre part, nous répétons pour la concrétiser notre perspective de travail international et internationaliste telle qu'elle fut définie dans la proposition de travail international faite à Montevideo en commun avec Emancipation Ouvrière (la Propuesta).

L'évolution désastreuse de celle-ci, à savoir, l'échec de l'activité internationaliste au profit du discours "internationaliste" (qui ne parvient d'ailleurs pas à se concrétiser vu les querelles de chapelle que ce type de proposition ne peut manquer de faire naître), nous détermine à reproposer de travailler à la constitution d'une véritable centralisation des trop faibles forces internationalistes.

Nous ne nous faisons pas plus d'illusions sur les possibilités de ce travail que nous ne nous en faisions en 1980 (L.C n°7 et "Comunismo" n°4) ou en 1986: ce travail sera pénible mais ne résulte pas de nos libres choix intellectuel. Il s'agit d'une nécessité vitale pour notre classe !!!

Il ne s'agit pas d'une nouvelle proposition pour pallier aux échecs des propositions précédentes. Il ne s'agit que de la concréti­sation de la proposition faite précédemment (cf le texte sur la proposition internationale dans L.C n°25):

1. Le lancement dans les plus brefs délais d'une campagne internationale contre la guerre capitaliste.

2. La création d'un minimum de structures, d'un comité de coordination restreint qui auraient pour tâche de structurer cette campagne et d'organiser nos réponses communes dans les situations concrètes d'une manière rapide et unifiée.

Seule la détestable situation que nous vivons nous oblige à reprendre, presque seuls, cette proposition pour réellement la concrétiser. La situation nous montre tous les jours que ces propositions correspondaient totalement aux besoins de notre classe.

Comme nous l'avions indiqué dans cet article, la guerre ne cesse d'être toujours plus à l'ordre du jour de la bourgeoisie mondiale, tant dans sa perspective de généralisation mondiale que dans l'écrasement direct des luttes qu'elle réalise. C'est pourquoi, elle ne peut cesser d'être à l'ordre du jour de l'activité des avant-gardes révolutionnaires. Si, déjà à l'époque, nous avions proposé la guerre Iran-Irak comme premier axe de la tentative de concrétisation de la proposition internationale, et si nous le reproposons aujourd'hui, c'est parce que s'y jouent des luttes extrêmement importantes dans leur devenir pour le prolétariat mondial.

Ce n'est pas parce que nos forces sont extrêmement faibles et qu'elles ne changeront sans doute pas grand chose de façon immédiate à la situation de nos frères de classe, que nous devons nous croiser les bras. Ce serait se condamner à se retrouver à chaque fois plus incapables de réagir face à ce tragique décalage. La mise sur pied de ce type de centralisation a une validité et une importance qui dépassent de loin les résultats concrets que chaque concrétisation de cette proposition peut obtenir.

C'est dans la capacité à assumer réellement et collectivement les tâches que la situation historique détermine aujourd'hui que nous forgeons les structures internationales, nécessaires et vitales pour les vagues révolutionnaires futures. Nous crachons autant sur les pleurnicheuses de la lutte de classe que sur ceux qui attendent "que ce soit possible" pour le rendre possible !

Les possibilités dans ce domaine dépendent beaucoup de notre volonté de lutter contre l'attentisme et l'indifférentisme pratique que tente de nous imposer le capital.

Cette lutte pour la centralisation, que nous continuerons à mener, est une tâche vitale des avant-gardes ouvrières, tâche à laquelle nous invitons directement tous les groupes, organisations, individus intéressés à participer. Nous n'allons pas revenir ici sur les bases suivant lesquelles nous comptons mener ce travail: nous renvoyons les lecteurs intéressés aux textes qui existent à ce propos dans les revues sus-mentionnées. Nous rappelons cependant qu'il ne nous intéresse pas du tout —parce que cela ne participe pas de la lutte de notre classe— de faire de grands débats et proclamations sur ce que nous aimerions que soient le monde ou la lutte de classe, pas plus qu'il ne nous intéresse, pour les mêmes raisons, de faire des combats et/ou des accords d'idées.

Cela ne signifie nullement, contrairement à ce qu'aimeraient faire croire nos nombreux détracteurs, que nous pensons que le programme de ce type d'organisation et de centralisation n'a aucune espèce d'importance et que nous ouvririons, sous prétexte de non sectarisme, la porte à tout le monde et n'importe qui. Si nous la fermons violemment aux blablateurs du petit milieu pseudo-révolutionnaire, ce n'est pas pour l'ouvrir toute grande à d'autres, qui reprendraient les mêmes déviations que les donneurs de leçons. Les délimitations programmatiques de ce type de centralisation existent, elles sont claires et nombreuses; elles ne sont pas dictées par notre bonne ou mauvaise volonté, mais bien par les impératifs de la lutte de classe. Le programme communiste n'est pas une table de lois établies par la science d'un quelconque "Moïse" révolutionnaire. Nous comprenons le programme comme la totalité théorique et pratique que nous impose la réalité sociale. Le programme communiste est l'expression en pratique et en théorie du "mouvement réel d'abolition de l'ordre établi qui se déroule sous nos yeux" !

Il s'agit pour nous d'affirmer —c'est-à-dire d'organiser et de centraliser— les accords pratiques qui expriment la lutte contre le nationalisme, contre la démocratie, contre le syndicalisme,... C'est l'assumation réelle de ces tâches et la compréhension pratique de la nécessité d'organiser et de centraliser cette activité qui détermine aujourd'hui l'appartenance à la communauté de lutte de notre classe.


A BAS LE NATIONALISME!

A BAS LA GUERRE!


CE27.1 Massacre à Hallabja