INTRODUCTION

Contre tous ceux qui hurlent avec les loups dans toutes les campagnes

anti-terroristes organisées par l'État capitaliste mondial, et qui voudraient que nous en fassions autant, notre position est celle des communistes de toujours: AUCUNE SOLIDARITÉ OU FRONT AVEC LA BOURGEOISIE, SUR AUCUNE QUESTION!

Toutes ces campagnes écœurantes sont organisées pour que nous défendions l'exploitation à laquelle nous sommes soumis, entre autres par notre adhésion aux idéologies justifiant le renforcement de l'État. Et si la bourgeoisie verse quelques larmes de crocodile sur les morts engendrés par quelques attentats ce n'est que pour mieux nous faire tomber dans le piège du soutien à ses campagnes anti-terroristes par lesquelles elle entend bien garder le monopole de la terreur quotidienne (exploitation, massacres,... de prolétaires); par ces campagnes, la bourgeoisie veut aussi nous faire adhérer à la répression des luttes qui surgissent et surgiront, et ce, au nom de la sécurité du citoyen, de la paix,...

Refusons le terrain que la bourgeoisie veut nous imposer, car "A qui profite le crime " de ces campagnes anti-terroristes ? A L'ORDRE CAPITALISTE!

Ceux qui soutiennent d'une manière ou d'une autre ces campagnes sont ceux qui applaudissent et applaudiront à la répression de nos luttes, sous les mêmes prétextes d'anti-terrorisme, de lutte contre "la" violence et pour la sécurité,...

Nous republions, ici, une mémoire ouvrière qui prend, de notre point de vue de classe, une position globalement juste sur les campagnes que la bourgeoisie a organisées et organise aujourd'hui sur la question du terrorisme. N'en déplaise à tous les opportunistes d'hier et d'aujourd'hui !! (1).

II s'agit d'un texte que nous avons sorti du n°3 de Bilan, revue de la Gauche Communiste, texte qui fut republié à l'occasion de la campagne internationale des démocrates de tous bords, pour demander la "tête" de Van der Lubbe, ce prolétaire qui mit le feu au Reichstag peu avant la boucherie mondiale de 1940-1945. A cette époque déjà, par cette "mémoire ouvrière", Bilan entendait réaffirmer la position des communistes dans l'histoire, face aux campagnes que la bourgeoisie lance de façon permanente contre tout ce qui remet son ordre en question. Pour ce faire, ils republièrent une résolution du PCI en 1921 et qui déjà, affirmait clairement la position communiste face à l'utilisation que la contre-révolution fait des attaques dont elle est l'objet. Mais laissons Bilan présenter lui-même le contexte dans lequel s'opéra cette republication:

POUR LES FUNERAILLES DES VICTIMES DU DIANA.

Le procès du Reichstag s'est déroulé dans une atmosphère de désaveu total des actions terroristes. Méprisant les enseignements de Marx et de Lénine à propos des actions terroristes de la "Volonté du Peuple" en Russie, toutes les organisations, y compris le centrisme, se sont empressées de se désolidariser de l'acte de Van der Lubbe, jusqu'à demander au fascisme la tête d'un prolétaire voulant, par son action désespérée, ranimer l'esprit de lutte du prolétariat allemand. Nous estimons opportun de publier aujourd'hui une résolution adoptée par le P.C.I. ayant à l'époque une direction de gauche à sa tête, à propos d'un attentat terroriste commis par des éléments anarchistes, jetant une bombe dans un théâtre de Milan, blessant et tuant des spectateurs. Cela se passait en 1921, sept mois après l'occupation des usines. Les fascistes étaient parvenus à cette époque, avec l'aide de l'appareil étatique, à conquérir les provinces agricoles et se préparaient à passer à l'attaque des villes rouges, bastions du prolétariat révolutionnaire. Immédiatement ils essayèrent d'exploiter cet acte désespéré, pour traîner à leur suite les couches incertaines de la petite bourgeoisie et pour accentuer leurs réactions anti-prolétariennes.

Le parti communiste qui s'était à peine fondé deux mois auparavant, n'hésita pas, malgré le vacarme fasciste, la panique de la social-démocratie, à

prendre résolument des positions de classe, tout en s'efforçant d'expliquer

les circonstances politiques qui déterminent les attentats terroristes. Les chefs de la social-démocratie, tels Turati et consorts préconisaient la non-violence et exhortaient les classes à mener une lutte "civilisée" càd à rejeter solennellement tout emploi de la violence pour résoudre les antagonismes sociaux politiques, pour finalement conclure un pacte de pacification avec l'ennemi de classe, le fascisme, suivant les règles en vigueur dans la conclusion des traités diplomatiques. Le parti communiste, par contre, préconisa une attitude de résistance à toute velléité fasciste d'exploiter ce fait contre la classe ouvrière, et alerta ainsi les prolétaires pour préparer une offensive ultérieure. Cette position est en opposition flagrante avec l'attitude du centrisme en Allemagne, s'efforçant lamentablement de démontrer sa non-participation à l'incendie du Reichstag au nom de l'innocence politique de ses militants et du fossé profond qui séparait son activité des actions terroristes. Le P.C.A. permit ainsi au fascisme d'exploiter ce fait, en passant immédiatement à la répression féroce du mouvement ouvrier, lequel, à cause aussi de la position politique du parti, recula, et fut écrasé impitoyablement.

TRAVAILLEURS DE MILAN !

Les événements survenus ces derniers jours donnent aux partis de la classe bourgeoise l'occasion d'effectuer une spéculation manifeste et nous devons nous préparer à y riposter.

Des minorités audacieuses organisées pour l'action contre-révolutionnaire et appelées à s'opposer à l'avance de la classe ouvrière vers les objectifs de la lutte fixés par le programme communiste, cherchent à exploiter un sentimentalisme facile pour drainer derrière elles les couches intermédiaires et tous les éléments incertains et sans parti afin de susciter, dans la soi-disant opinion publique de notre ville, un état d'âme hostile au prolétariat révolutionnaire.

Cette manœuvre qui, ailleurs, a réussi en partie à cause des insuffisances et des inepties de certains dirigeants de masses, ne peut et ne doit pas réussir à Milan (2). Nous, communistes, certains de la conscience des masses ouvrières de Milan, sentons le besoin de mettre en évidence le jeu de nos adversaires et de marquer les erreurs dans lesquelles l'on pourrait tomber si l'on agissait dans la circonstance de la façon erronée que déjà les dirigeants socialistes semblent vouloir adopter. On veut répéter ce que l'on fit à Bologne après le meurtre du conseiller communal bourgeois par des inconnus. Les dirigeants du mouvement ouvrier de la ville ressentirent le besoin de désavouer un acte dont ils étaient accusés, uniquement pour permettre une spéculation politique sur un cadavre.

Ils eurent fait tomber cette spéculation en mettant en évidence la distance qui existait entre leurs méthodes politiques et celles de ceux qui commirent l'attentat. Mais ils ne réussirent qu'à semer le défaitisme parmi les travailleurs et à favoriser la manœuvre des adversaires. Ceux-ci, profitant de la désorientation et de l'absence de positions responsables des dirigeants des organisations ouvrières, prirent courage pour déclencher une offensive et, trouvant les ouvriers désorganisés, ayant perdu confiance en leurs organisations, obtinrent une facile victoire, qui gifla la fierté de la classe ouvrière et brisa ses conquêtes.

Sur les victimes du "Diana", on veut répéter la spéculation cynique et vile, afin de briser la cohésion de la masse ouvrière. La bourgeoisie ne s'émeut certainement pas pour les morts et les blessés du "Diana", elle ferme ses magasins à cause de l'imposition fasciste, mais elle continue, les volets baissés, la chasse au profit qui représente toute sa moralité de classe. Mais entre temps la spéculation se complète. Mais entre temps certains de vos dirigeants lancent des phrases que l'adversaire attend pour les exploiter, comme des conséquences de son action punitive, qui brise et qui repousse l'idéal révolutionnaire.

Prolétaires communistes,

Bien différente doit être notre, votre réponse.

Le bruit fait à dessein par nos adversaires ne nous oblige pas à exprimer notre jugement sur des actes que ces derniers choisissent pour faire réussir leurs manœuvres. Notre programme est connu, nous ne cherchons pas à le modifier ou à l'excuser pour fournir des explications à l'insolence de la presse anti-prolétarienne et de la propagande contre-révolutionnaire.

Le déclenchement d'une lutte, qui a pour conséquence de tragiques épisodes ne doit pas être jugé par nous, en donnant ou en refusant une sanction. Nos responsabilités dérivent clairement de notre déclaration programmatique. Du reste, nous croyons devoir reconfirmer la grande vérité historique proclamée par le communisme, qu'il n'y a pas d'autre issue à la situation que la victoire révolutionnaire des travailleurs, dans un nouvel ordre vraiment civilisé ou l'engloutissement de toute la vie sociale dans la plus noire des barbaries.

La bourgeoisie, plutôt que de disparaître de l'histoire, veut la ruine totale de la société humaine. Les bandes blanches qui se constituent pour briser l'avance émancipatrice des travailleurs, travaillent pour cette seconde solution sinistre. Nous espérons et nous croyons que ces bandes seront écrasées par1a force, par la force consciente du prolétariat. Mais même, au cas où cela ne serait pas, jamais elles ne pourront sauver de la chute finale l'ordre pourri de la société bourgeoise. Le prolétariat de Milan ne doit donc pas aujourd'hui se laisser impressionner par une habile mise en scène et une commisération de leur mouvement de classe.

         L’adversaire ne doit pas avoir la satisfaction de voir le prolétariat milanais s'associer à sa manifestation hypocrite, qui représenterait la première étape dans la voie de la violence qu'il se propose d'emprunter.

Qu'on fasse donc les funérailles des victimes. Nous serons absents

d'une manifestation à laquelle on veut, bien à propos, donner un caractère

anti-prolétarien et avec laquelle on veut, encore une fois, réaliser une

solidarité de classe qui cache le guet-apens et l'envie effrénée de domination

de la classe privilégiée. Mais si la manifestation faisait un seul pas dans la voie de l'agression au prolétariat et à ses institutions de classes, de l'outrage, de notre, votre idéal révolutionnaire, alors, travailleurs de Milan, nous répondrons avec toute notre et votre énergie. La manœuvre des contre-révolutionnaires ne doit pas réussir. Le prolétariat de Milan, qui n'oublie pas son passé, se trouvera à son poste pour se défendre, pour défendre l'honneur de sa bannière rouge, le sort de l'offensive de demain au travers de laquelle il prendra place parmi les compagnons de lutte d'Italie et du monde entier, pour la victoire

de la révolution mondiale.

« Il Communiste », 30 Mars 1921.

NOTES :

(1) Voir à ce sujet, notre article dans cette même revue: « Une fois de plus... le CCI du côté des flics, contre les révolutionnaires! »

(2) Dans la ville de Bologne, le jour de l'entrée en fonction de la municipalité socialiste, élue grâce à une forte majorité, se produisirent de graves accidents. Plusieurs coups de revolver furent tirés contre des représentants de la minorité bourgeoise du conseil municipal et un de ceux-ci fut tué. Les fascistes s'empressèrent d'exploiter ce fait et les dirigeants socialistes, pris de panique, ne surent que se désolidariser publiquement, permettant ainsi la réussite de la manœuvre bourgeoise et la dégringolade du mouvement ouvrier de Bologne, qui fut la première grande défaite du prolétariat italien. (N.D.L.R.)


CE26.5 Mémoire ouvrière:

"Pour les funérailles des victimes du Diana", Bilan