I. Introduction : Transformer nos faiblesses en forces !

Nous voulons, par cet éditorial, faire un premier pas dans la définition de la fin d'une étape et du début d'une autre. Contrairement à la politique des "bons vœux" qui consiste à effacer le passé et "repartir à zéro", tout notre effort tend aujourd'hui à synthétiser, sous forme de leçons, de conclusions politiques, les huit années d'existence du groupe. Une organisation communiste n'est pas une petite société communiste en pleine société capitaliste. Une organisation communiste n'est pas non plus un oasis de perfection même si se cristallise en son sein l'avant-garde réelle du prolétariat. Un groupe communiste est une expression de la contradiction réelle qui fait avancer le prolétariat en lui permettant d'aller de l'avant, de ruptures en ruptures (la lutte communiste est une constante de négations, ruptures, dépassements...) mais il est clair qu'il y a et qu'il y aura toujours différentes expressions ou matérialisations de la non-rupture avec la société présente. Le matérialisme vulgaire ou l'idéalisme, en général combinés, sont des déviations constantes, existant dans toutes les organisations communistes, depuis les premières tentatives de lutte contre le capital et l'Etat. Des expressions de ce type de déviations peuvent se manifester dans les différentes gammes d'action révolutionnaire et notamment dans les publications. Pour lutter contre cela, notre groupe ne voit que l'autocritique permanente, l'attention plus grande à toutes les critiques qui viennent des différents contacts, correspondants ou prolétaires en général, et la centralisation de l'ensemble de cette critique par la polémique interne que nous avons toujours mené. C'est la permanence de cette critique qui nous permet d'avancer, cette critique étant assumée par l'ensemble des militants et centralisée par une série de mécanismes organisationnels.

Il y a quelques temps, notre groupe a annoncé dans sa presse la critique d'articles tels que "Pour un front de classe" paru dans Le Communiste n°3 et "La nature catastrophique du capital" dans Le Communiste n°7. Cette critique a matérialisé pour le groupe un niveau certain de clarification qui a permis d'approfondir la rupture d'avec l'économie politique et la politique de la gauche social-démocrate. Tout cela s'est concrétisé dans la rupture/ exclusion de certains camarades appelés à constituer ultérieurement un regroupement sans perspective (la Fraction Communiste Internationaliste). Dans la dernière phase vécue par le GCI, cette même tendance, caractérisée par l'idéalisme et le dualisme propre à la social-démocratie, a refait son apparition et s'est manifestée par différentes pratiques et expressions qui ont mené à une phase ultime de clarification aboutissant, elle aussi, à des exclusions.

La déviation centrale de l'article "Pour un front de classe" était de voir, avant toute chose, dans le prolétariat, l'hétérogénéité, mettant au second plan la communauté d'intérêts, de perspectives, de projet social, de programme, au détriment des déterminations essentielles de ce qu'est une classe. Cette même déviation se retrouve chez les principaux porteurs de la ligne idéaliste contre laquelle nous avons dû récemment lutter, mais ceci n'est évidemment qu'un exemple. Nous reviendrons plus loin, dans ce même article, sur un ensemble de caractéristiques propres à ces deux expressions de l'idéalisme. Toujours est-il que cette ligne idéaliste a été exprimée dans différents articles de nos revues et même certains textes globalement corrects, qui orientent notre activité, sont imprégnés d'expressions qui reflètent la pénétration d'une conception idéaliste. Il en va ainsi du texte "Les tâches des communistes" paru dans Le Communiste n°21 où il est notamment écrit : "Et encore une fois, quitte à faire rugir les nouveaux philosophes de l'ultragauche démocratique, ce qui différencie prolétariat et bourgeoisie, c'est justement la volonté (sic !) de lutter contre l'aliénation et toute la merde capitaliste" (P. 5). Cette même déviation s'exprime encore dans Le Communiste n°25, cf. l'autocritique développée ci-dessous. De même, la brochure "Barcelone-Mai '37" que nous avons publiée en commun avec RAÏA, comporte de gros problèmes, toujours en relation avec cette ligne idéaliste que nous critiquons. Ici aussi, le parti est présenté comme un être extérieur et étranger aux prolétaires : le "manque" de parti n'est pas exprimé comme la faiblesse d'un rapport de forces mondial, pas plus que comme la faiblesse du niveau de préparation et de centralisation des luttes, mais comme l'absence immédiate d'une organisation "Zorro" détentrice des leçons à donner aux prolétaires. On gomme ainsi la conception internationaliste ("Bilan" était une expression de parti et elle ne se trouvait pourtant pas en Espagne à cette période !) et historique du parti. Tout comme Marx, lorsqu'il traite sur le vif de la Commune de Paris, nous reconnaissons d'abord et avant tout dans les insurrections de notre classe, l'expression de la lutte historique de notre parti !

"Quoi qu'il en soit, l'insurrection parisienne, même si elle vient à être réduite par les loups, les cochons et les chiens de la vieille société, est le plus glorieux exploit de notre parti depuis l'insurrection parisienne de juin."

Marx à Kugelmann - 12/4/1871.

Ces quelques exemples ne sont nullement limitatifs. Notre groupe

a lutté et luttera de façon permanente, à l'intérieur comme à l'extérieur de

l'organisation, contre les multiples expressions de cette ligne idéaliste qui

pourrit l'ensemble du mouvement ouvrier. Contre ceux qui confondent le drapeau avec le mouvement, qui croient et affirment le Parti historique non pas comme le parti dans l'histoire mais comme un certain idéal à atteindre, qui pensent que la transformation du monde dépend principalement de notre activité volontaire et s'activent à la création de n'importe quel comité sous n'importe

quel prétexte; contre ceux qui théorisent l'abolition de la famille en pleine

société capitaliste, qui identifient le matérialisme dialectique à une méthode

de connaissance, qui croient que le communisme se développe immédiatement

des contradictions de la société capitaliste, qui définissent le prolétariat

non pas par sa pratique réelle de classe exploitée et révolutionnaire mais par

ce qu'ils voudraient qu'il soit : uniquement révolutionnaire; contre ceux qui

voient l'action organisée des communistes comme une action d'incitation, d'excitation, de création (!) du mouvement plutôt qu'une action de direction d'un

mouvement qui surgit spontanément de la putréfaction de la société existante;

contre ceux qui confondent l'organisation communiste avec un bureau de penseurs, qui identifient les concepts à la réalité, qui identifient le programme communiste à la Conscience ou à l'Idéal; bref, contre l'ensemble de ces déviations typiques de l'idéalisme pur, nous affirmons le matérialisme pratique, le matérialisme communiste (1). L'idéalisme explique toujours l'histoire à partir de l'individu, de sa volonté et de ses idées; le matérialisme historique explique comment ce sont les conditions sociales matérielles qui produisent l'individu, sa volonté et ses idées. L'idéologie elle-même est toujours une pratique, un moment de la pratique. L'idéologie est matière ! En tant que matérialistes, nous partons donc toujours, non pas des idées qu'on se fait sur le monde, mais de la vie sociale, de l'arc historique qui part des communautés primitives et aboutit au communisme intégral; bref, de la vie réelle !

Mais comme nous l'avons dit plus haut, une organisation communiste n'est jamais complètement imperméable à ce type de déviation propre au monde de la Raison qu'impose la bourgeoisie et il est tout aussi inutile de chercher les garanties pour que de telles déviations ne s'expriment plus au sein d'organisations révolutionnaires, tant dans les mécanismes organisationnels que dans la pureté de la Pensée. La critique et l'autocritique sont donc, comme on peut le voir, des moments importants de notre activité et nous n'avons trouvé à ce jour, d'autres "garanties" pour le développement de notre lutte. L'histoire de la lutte de notre classe est parsemée d'erreurs, de tâtonnements, de reculs... Transformer ces faiblesses en forces, a été, depuis toujours, la pratique invariante des éléments les plus décidés du Parti; telle est aujourd'hui notre pratique et notre ligne directive.

II. CONTRE L'IDEALISME

Le milieu des années '60 avait vu le prolétariat ressurgir comme force

sociale sur la scène de l'histoire. Après des dizaines d'années de contre-révolution, la vieille taupe montrait encore une fois à tous ceux "qui ne

voient que ce qu'ils croient", que la révolution communiste n’était pas morte et creusait dans le sommeil forcé que lui avait imposé la paix sociale. Les combats menés par notre classe un peu partout dans le monde redonnaient force et confiance à tous ceux qui n'avaient cessé de défendre nos projets

d'abolition des classes. A l'effroi de la bourgeoisie face au spectre de

la révolution, correspondait, pour le prolétariat, un renforcement des liens

dans et par la lutte, et la victoire de tous ceux qui luttaient était cette

solidarité qui grandissait à mesure que s'organisait l'affrontement à l'ennemi capitaliste. Dans de telles périodes, l'organisation en force, la tendance à

nous constituer en Parti, à donner un centre à nos luttes, n'est pas l'apanage de tel ou tel groupe : c'est la réalité elle-même qui exige et impulse

le regroupement des révolutionnaires !

Mais le reflux des luttes dans les années '70, a fait réapparaître l'horrible image de la paix sociale. Concurrence, sectarisme, anti-organisationnalisme, individualisme... allant jusqu'à la destruction de l'autre, sont les terribles marques de la période actuelle. Dans d'autres régions du monde, c'est pire encore. en Amérique latine, au Proche Orient, règne la terreur ouverte d'Etat. En Europe aussi, l'Etat marque des sauts qualitatifs dans l'affirmation terroriste de la paix sociale -cf. dans cette même revue, le texte sur le terrorisme d'Etat.

Face à cela, les quelques brèches ouvertes dans le mur de la paix sociale ne sont pas suffisamment larges pour laisser s'engouffrer l'irrésistible courant révolutionnaire qui emportera définitivement les briques de l'empire capitaliste, et si le fait de s'enfoncer dans la crise met chaque fois plus de plomb dans l'aile des mots d'ordre bourgeois, cela ne conduit toutefois pas encore à la transformation révolutionnaire de ce monde.

Dans ce climat de repli général où chacun espère s'en tirer seul et jouir d'un répit dans la défense de ses illusions, l'écart entre les minorités de prolétaires en lutte et la majorité de la classe ouvrière qui ferme sa gueule, est plus spectaculaire que jamais. Cette terrible réalité propre à la contre-révolution et généralement produite de la défaite d'une vague de luttes, vient s'exprimer idéologiquement dans la conception idéaliste qui consiste à considérer le prolétariat comme un objet sur lequel il faut intervenir par l'intermédiaire d'un petit groupe d'intellectuels qui se croient "sujets" de la révolution parce qu'ils en auraient la "conscience" et/ou la "volonté"! Ici encore, la contre-révolution produit la contre-révolution : l’ensemble des théories qui divisent le mouvement communiste en plaçant d'un côté les ouvriers et de l'autre les intellectuels révolutionnaires, n'est que le monstrueux reflet de la réalité actuelle qui, comme photographie, c’est-à-dire en termes non dynamiques, fait effectivement apparaître d'un côté, des ouvriers atomisés et de l'autre, des petits groupes qui théorisent.

Mais on sait que la photographie de la réalité, c'est comme l'arbre qui cache la forêt : arrêter la réalité à ce qu'on a sous les yeux, ici et maintenant, c'est cacher toute la dynamique d'un être --le communisme-- qui ne peut que s'exprimer dans toute la richesse de son affirmation dans l'histoire --hier, aujourd'hui, demain--. Perdre ce point de vue, c'est construire, de manière formelle et logique, une inférence, une projection mécanique, dans le futur, des faiblesses du prolétariat aujourd'hui. Pour nous, c'est la société sans classe, c'est l'existence d'un titre collectif unitaire --la Gemeínwesen-- qui éclaire et détermine notre lutte contre cette division (encore une fois : produite de la contre-révolution !) imposée par la démocratie, le terrorisme d'Etat, et qui tend à dissocier, à atomiser les prolétaires pour en faire des individus libres, éloignés des "communistes", transformés également ici, en "importateurs de conscience", en individus libres, en curés !

Nous avons souffert en notre propre sein de cette terrible maladie idéaliste, dualiste qui consiste --en méconnaissant les déterminations sociales matérielles de notre communauté de lutte, d'intérêts, de programme, de besoin, de perspective révolutionnaire de laquelle notre groupe est produit et facteur historique!, communauté de lutte cristallisée invariablement, au cours de chaque période de lutte, dans la tendance inéluctable à la constitution du prolétariat en classe et à la centralisation unique en Parti-- qui consiste donc à théoriser la classe comme étant déterminée par l'ici et maintenant, par l'hétérogénéité, par la contingence, par l'immédiat, par la volonté de lutter... pour une place dans cette société, par le manque de conscience, etc. d'une part, et d'autre part, le Parti, par l'hier-aujourd'hui-demain, par l'homogénéité, par le général, par la volonté, par la conscience, par la révolte...

"La concurrence isole les individus les uns des autres; non seulement les bourgeois mais bien plus encore les prolétaires... Les individus isolés ne forment une classe que pour autant qu'ils doivent mener une lutte contre une autre classe; pour le reste, ils se retrouvent ennemis dans la concurrence."

Marx - L'idéologie allemande.

Le GCI n'étant pas un îlot de communisme en plein capitalisme, dans un contexte social où la concurrence et l'individualisme sont à leur paroxysme et malgré le fait qu'il soit un pôle de lutte contre toute cette merde, il ne peut pas ne pas refléter en son sein, certaines des faiblesses actuelles que vit l'ensemble du prolétariat dans son difficile processus de constitution en classe.

A contre-courant, cela fait plusieurs années que nous tentons, avec les énormes faiblesses auxquelles nous soumet la période, d'assumer ce pourquoi nous existons : développer l'internationalisme, tirer de façon permanente et dans toute l'histoire de nos luttes, les leçons des défaites de notre classe, impulser l'organisation en force du prolétariat par le regroupement des révolutionnaires et la lutte pour une centralisation unique. Mais tout notre effort pour réaliser les tâches des communistes ne nous empêche pas d'avoir à souffrir de l'ensemble des déterminations décrites ci-dessus : l'anti-organisationnalisme et l'individualisme sont des poisons contre lesquels nous menons une lutte sans merci en notre propre sein. La ligne idéaliste dont nous avons eu à souffrir cette dernière année et qui a été sanctionnée, visait à liquider, par son contenu anti-parti, notre communauté de lutte.

Comme toujours, notre vieil ennemi n'a de cesse de réapparaître sous de nouveaux atours, mais l'idéalisme se trahit en ce qu'il finit toujours par considérer le "Parti", "les communistes", comme quelque chose de pur, en dehors de toute détermination sociale.

Le point de vue invariable de l'idéalisme est celui-ci: il y aurait d'un côté les ouvriers atomisés, enfoncés dans toute la merde de la société et, de l'autre, un "Parti" conçu comme quelque chose de pur, strictement déterminé par l'effort de révolte, la volonté d'en découdre et/ou les faits de conscience et de volonté, selon les variantes. Ainsi éloignée de la lutte réelle des prolétaires réels, l'idéologie d'un parti construit dans l'idée de ce que ces "zorros" du prolétariat voudraient qu'il soit, ne peut aboutir... qu'à l'apologie des luttes immédiates ! En effet, quand l'effort d'organisation en force de la classe, quand les besoins de centralisation des ouvriers, quand la constitution du prolétariat en classe est limitée "aux militants renforçant le communisme là où il existe" ou aux intellectuels du pur parti de la théorie qui sauvera les prolétaires, toute lutte

ouvrière devient l'objet d'une course pour rendre enfin « réelle » l'idée du communisme qui manquerait à ces prolétaires pour réaliser la révolution. Conçus comme cet être idéel, les idéalistes se sentent maintenant obligés de justifier leur existence et leurs idéologies en courant derrière le premier pet ouvrier. L'idéalisme dérive ainsi invariablement dans l' immédiatisme et l'ouvriérisme le plus plat. Comme toute idéologie bourgeoise, cet idéalisme dénoncé ici n'est donc pas qu'un conglomérat d'idées; c'est bien d'une pratique qu'il s'agit, d'une pratique de lutte réelle de sabotage de notre communauté de lutte, de sabotage de nos efforts de constitution d'un cadre organisationnel commun, d'une pratique individualiste.

La théorie de « l’individu communiste » est le point de départ de cette déviation qui consiste à nier le prolétariat comme sujet de l'histoire. Cette idéologie surgit de la déception de minorités face à la faiblesse du prolétariat. Pour combler leur désillusion face à une révolution qui ne "vient" pas, ces minorités pensent pouvoir substituer aux faiblesses ouvrières, de simples faits de conscience et de volonté et croient qu'une association de révoltés ou de théoriciens va pouvoir changer le monde. En tant que communistes, nous savons qu'au-delà de notre volonté et de notre conscience, existent des rapports de forces qui nous dépassent et ne sont en aucun cas restrictibles à notre groupe quand le prolétariat n'exprime pas dans l'immédiat sa tendance inéluctable à s'organiser en force, à se centraliser en Parti, l'organisation internationale des forces révolutionnaires existantes s'en ressent évidemment et en est rendue d'autant plus difficile.

La phase actuelle est une phase sectaire, reflet de l'accroissement de la concurrence générale que subit le prolétariat et historiquement liée aux périodes de reconstitution embryonnaire du prolétariat. Nous mettons toute notre

volonté et notre conscience pour lutter contre le sectarisme propre à la phase

actuelle, mais nous n'oublions pas que le communisme surgit des entrailles

du capitalisme, de la merde de ce monde. Jamais la conscience et la

volonté de minorités révolutionnaires, isolées dans la paix sociale, ne suffira, pour détruire le capital. Les limites auxquelles s'affrontent aujourd'hui même les révolutionnaires --pour lesquels l'internationalisme n'est pas un mot creux-- qui tentent réellement, pratiquement d'organiser une communauté de lutte et d'action par-delà toute frontière, toute nation, sont les limites de la période. Penser pouvoir substituer aux rapports de forces réels de ce monde "des faits de conscience et de volonté", conduit tous ces immatérialistes (dans le sens où ils nient la puissance matérielle du rapport de classes) à construire des partis et organisations plus "purs" les uns que les autres, croyant ainsi fabriquer avec leur tête, le lit de la révolution dans lequel le prolétariat n'aurait plus qu'à se coucher pour réaliser le communisme.

Quelles que soient donc les formes que prend cette déviation, ceux qui pensent substituer leur conscience et/ou leur révolte personnelle au mouvement réel d'abolition de l'ordre établi, tombent irrémédiablement dans l'apologie de leur individu. Cela s'est matérialisé au sein du groupe par toute une série de pratiques individualistes tendant plus ou moins toutes à rassembler le prolétariat autour de leur nombril, rendant tout travail et toute discussion impossible, cf. leur acharnement à défendre leur "libre pensée" dans le groupe, qui a conduit à une pratique de secte dont le point de départ tautologique et idéaliste était :

« Qui ne pense ou n'agit pas avec moi, est contre moi »! A la facilité d'avoir rassemblé quelques supporters pour leurs monologues, nous préférons continuer à affronter nos difficiles expériences, nos provenances différentes, nos histoires distinctes, les leçons que nous avons à tirer de l'affrontement avec l'État.

La lutte politique au sein du GCI contre cette déviation ne date pas d'aujourd'hui et n'est certainement pas achevée. Depuis 1979, date de naissance de notre organisation, cette lutte s'est matérialisée par de multiples ruptures qui ont toutes conduit soit à l'indifférentisme, soit à l'activisme, quand ce n'était pas à l'abandon pur et simple de la militance. A chaque fois, nous constatons que les "gros désaccords programmatiques" mis en avant ne sont que la feuille de vigne idéologique recouvrant un certain découragement -un découragement certain- face à la nécessité de continuer la difficile lutte à contre-courant et cachant une pratique individualiste et irresponsable, une incapacité à assumer les responsabilités militantes, camouflant une rupture réelle du cadre organique; les "gros désaccords programmatiques" ne sont en fait que le paravent pour cacher une série de désillusions successives face à l'activité immédiate et qui se concrétisent maintenant par l'incapacité à maintenir les priorités fixées centralement par le groupe. Le point d'aboutissement de ce type de rupture avec la communauté de lutte et le centralisme organique est toujours l'individu. C'est lui qui fixe dès lors ses propres priorités, comme bon lui semble, au jour le jour, tombant un moment dans l'agitation effrénée et immédiate, mettant en question toute activité centralisée, proposant un jour l'exclusion des camarades qui n'assument pas les tâches et cherchant le lendemain à constituer avec eux, une organisation dans l'organisation pour tout remettre en question, développant un jour l'illusion de l'abolition immédiate de la Famille sous le capital et revenant le lendemain aux pires caricatures social-démocrates en ce qui concerne la lutte (fonctionnariat politique et "chacun chez soi"); enfin, en décidant, toujours individuellement d'arrêter l'assumation des tâches décidées centralement et collectivement, parce que cet opportuniste qu'est l'individu, soumis aux humeurs de son nombril, considère soudainement qu'il y a d'autres tâches bien plus importantes.

Pour notre groupe, cela s'est traduit, par exemple, par la non-assumation d'une revue centrale en italien comme cela avait été décidé, par le fait de ne pas être intervenu adéquatement (càd avec moins de forces que ce nous devions et pouvions mettre) dans la grève des cheminots en France, dans le ralentissement, voir la paralysie de certaines tâches centrales (dont l'élaboration de nos "thèses d'orientation"), etc.

Face à ces ruptures de la discipline organique, l'organisation n'a plus dès lors qu'à sanctionner une situation où, de fait, l'individu a déjà retrouvé sa sacro-sainte liberté de pensée et d'action. Avec pour devise "Bougnat est maître chez soi", les "bons vœux" d'activité révolutionnaire se transforment alors irrémédiablement en une pratique sectaire que des pages de mystification écrite et d'essouflants sprints après les luttes "immédiates" du prolétariat ne parviennent pas à camoufler. Nous ne souhaitons pas aux militants qui ont récemment été exclus du groupe de connaître la triste fin des ruptures précédentes, mais nous attirons leur attention sur le fait que la pratique sectaire et individualiste qui a mené à ces ruptures ne peut conduire qu'à reproduire ces tares en leur sein. On ne résout pas les innombrables problèmes que pose l'organisation d'une communauté de lutte internationale, en pleine période contre-révolutionnaire, par la rupture sur base du premier argument idéologique venu; tôt ou tard, l'incapacité à assumer en commun, les inévitables et indispensables débats liés à l'action communiste, conduira à une pratique de secte (2).

Il reste encore à dire, pour exprimer la totalité de notre critique, que nous ne nions évidemment pas qu'il existe aussi de véritables désaccords programmatiques, mais en général, ce ne sont pas ceux qui croient les développer qui expriment ces désaccords. En effet, ce ne sont pas les idées qui déterminent leur pratique, mais bien leur pratique qui détermine leurs idées. C'est ainsi que, par exemple, le pire des activismes sans principe peut être couvert par un discours idéologique théorisant le "partitisme" le plus pur. L'expérience de la classe et notre propre expérience (l'ex-camarade qui a formé la Fraction Communiste Internationaliste) nous confirment cela. Le liquidationnísme organisationnel a toujours été couvert d'une idéalisation du parti ou de la société à venir : la perfection et purification à atteindre rendent toujours dispensable, de ce point de vue, l'action pratique organisative d'aujourd'hui ! En ce sens, l'idéologie des individualistes, sectaires et liquidationnistes, est importante et doit être analysée. Elle peut en outre, cimenter leur activité et attirer des suivistes dans leur même merde, mais l'idéologie ne peut cependant jamais constituer le point de départ de l'explication… pas plus que de l'action. Le véritable point de départ de toute cette pratique est la société bourgeoise, la concurrence entre les prolétaires !!! De même que pour toute idéologie, il ne peut ni expliquer ni être le nœud de la compréhension et de l'action (cf. l'idéologie nationale) mais en tant qu'idéologie, elle devient un élément matériel de cohésion dont la considération est indispensable à un deuxième niveau d'abstraction.

En ce qui nous concerne, en tout cas, cette pratique dénoncée ici

devenait toujours plus clairement contradictoire avec nos efforts pour

nous doter d'une réelle organisation de lutte. Les attitudes anti-organisationnelles se matérialisaient par des décisions individuelles et de

libre-arbitre en ce qui concerne toutes nos tâches, ainsi que par des prises

de position et des attitudes qui se situaient de fait à l'extérieur du

groupe tout ceci en rupture avec la discipline tant organique qu'organisationnelle à laquelle chaque militant se soumet en s'intégrant au groupe.

Et ces méthodes irresponsables (vis-à-vis du groupe, vis-à-vis de la collectivité

de lutte que constitue le groupe et quasi vis-à-vis du Parti historique) qui

étaient défendues et pratiquées par certains camarades, outre le fait

que dans la réalité elles se sont révélées anti-organisationnelles,

n'ont pas non plus permis de clarifier quoi que ce soit au travers des confrontations, même quand tout le monde estimait important d'approfondir les questions soulevées. Les arguments qui étaient systématiquement avancés pour contrer nos positions, se sont, de plus en plus, révélés n'être que la feuille de vigne cachant une réelle soumission à la société des citoyens atomisés, l'apologie de l’individu révolté et isolé (3).

III. Autocritique de l’éditorial de "Le Communiste" n°25.

Dans la revue précédente, est paru un éditorial dont nous avons considéré dès la parution, qu'il ne correspondait pas aux positions de notre groupe. Comme nous l'avons déjà souligné, cet éditorial du numéro 25 de notre organe central "Le Communiste" et la parution aujourd'hui de cette critique sont l'expression d'une lutte politique qui s'est déroulée au sein du groupe autour des axes que nous avons toujours défendus -avec lesquels l'éditorial constitue une rupture!- et que nous voulons réaffirmer ici. Nous ne considérons pas que cette lutte soit aujourd'hui achevée, même si la pratique et les méthodes qui devenaient de plus en plus incompatibles avec notre activité militante, ainsi que les positions (et ceux qui les défendaient) qui servaient de plus en plus de caution à une telle pratique (l'éditorial en est une concrétisation) ont maintenant été sanctionnées.

Si nous sommes amenés à critiquer plus particulièrement l'idéalisme et le volontarisme tels qu'ils se sont manifestés dans ce dernier éditorial, c'est que ces déviations ont aujourd'hui un poids important et pèsent lourdement sur tous ceux qui veulent combattre cette société. La prolifération et l'évolution de différents groupes sans autres perspectives avouées et revendiquées que la transformation immédiate de leur propre réalité (nous pensons ici à des groupes comme "Voluntad", l’"Insécurité Sociale", la "Banquise" et autres cercles aux noms fleuris et éphémères dans le monde entier...) est une illusion caricaturale de ce volontarisme; mais les multiples regroupements, cercles... sans lendemain, les contributions sans suite, les publications ponctuelles... n'en sont pas moins une manifestation importante.

Si cette faiblesse se révèle être aussi largement répandue ces dernières années, c'est qu'elle est un produit de la période. Pour l'instant, nous voulons préciser simplement que, pour nous, il est erroné de parler de ces faiblesses comme s'il s'agissait de quelques nouvelles idées, d'une nouvelle catégorie abstraite qui viendrait simplement fausser la vision que peuvent avoir ces groupes, cercles, individus... de la réalité : au contraire, il nous faut analyser le volontarisme et l' immédiatisme en tant que produits --et facteurs-- des luttes ou plutôt du manque de luttes, c'est-à-dire, voir plus précisément en quoi ils sont propres à la période que nous vivons.

Aux difficultés particulières qui découlent de la période actuelle, les groupes tels "Voluntad" cherchent à répondre à leur façon, en substituant à leur incapacité à assumer ne fût-ce qu'un des aspects de la lutte de classe (sans même parler ici de l'activité communiste comme totalité de tâches à assumer) leur propre volonté à eux, individus libres, conscients et "combatifs", de déjà changer leur propre réalité, de déjà organiser leur propre survie. La suite de leurs activités est alors envisagée comme un développement et une multiplication de telles initiatives. Pour justifier cette démarche, ces groupes doivent alors, en se basant sur la réalité immédiate qu'ils ont sous les yeux, théoriser la disparition du prolétariat comme sujet de l'histoire, la caducité du mouvement communiste,

bref, la négation de notre combat et son passage inévitable dans le camp de la contre-révolution. Tous ceux pour qui le prolétariat a disparu, proposent la "volonté", la "conscience" comme catégories en soi, kantiennes, comme des catégories religieuses, devant remplacer le sujet révolutionnaire.

Nous critiquons ces "nouvelles" théories (en fait des rabâchages d'une déviation que les communistes ont toujours dû affronter) comme relevant d'une conception idéaliste (4).

La déviation que nous combattons en notre propre sein, et dont tout l'éditorial "l'Europe des Versaillais" que nous critiquons ici n'est qu'une expression, même si elle est loin de se transformer dans des extrémités telles qu'elles sont théorisées ouvertement par des groupes comme "Voluntad" ou l’"Insécurité Sociale", fait néanmoins de graves concessions au volontarisme, à l'immédiatisme et trahit globalement une conception idéaliste de la lutte de classe. Si nous avons à combattre cette vision y compris à l'intérieur de notre propre organisation, c'est en sachant qu'il s'agit d'une force sociale beaucoup plus largement présente aujourd'hui dans l'ensemble du mouvement communiste (produit de la période) et qu'il nous faut donc la combattre comme telle. Cette critique est une contribution à ce combat.

C'est une vision idéaliste et statique que de penser qu'il existe des catégories telles les "communistes", le "parti", le "milieu", qui seraient à l'abri des forces sociales qui s'affrontent dans la société et qui, du haut de leur tour d'ivoire, n'auraient qu'à dispenser leurs bons conseils à ceux qui les écoutent. Ce sont les partisans de l'invariance formelle qui considèrent que le marxisme est une religion pour laquelle un certain nombre de textes sacrés font office de Bible et il n'est donc nullement surprenant que ce soit justement chez ces gardiens de musée que les retournements de positions et de pratiques soient souvent aussi inattendus qu'inexpliqués.

Si nous réclamons une invariance réelle, c'est au sens où pour nous les déterminations fondamentales de la lutte prolétarienne restent toujours les mêmes (ce qui détermine la position invariante des communistes contre le frontisme, contre le parlementarisme, contre le syndicalisme...) et il s’agit là de forces matérielles réellement existantes --ainsi la transgression de ces frontières de classe a toujours été sanctionnée, violemment, par la défaite du prolétariat, par son écrasement et sa dissolution au sein de la société civile bourgeoise--. Cette invariance n'a rien de commun avec les références immuables aux différentes formalisations contingentes et partielles de la lutte historique du prolétariat à un moment donné --telle organisation, telles thèses, tel discours...

Pour nous, c'est la critique sans relâche de ce monde, de sa misère et de tous ses produits, qui constitue la seule garantie d'une quelconque qualité révolutionnaire. Une telle critique, c'est le sens de toutes nos contributions sur les questions du "parti", de la "démocratie", de l'«économie politique»... qui, malgré leurs formes non-achevées" --par leur aspect non-immédiat et universel et par le fait qu'elles replacent la perspective communiste et la lutte

prolétarienne au cœur même de chaque question-- constituent des apports

essentiels à la transformation pratique de ce monde et donc à l’œuvre indispensable de restauration programmatique. La pratique de lutte contre la société marchande, avec tout ce que cela suppose aujourd'hui comme travail organisationnel, comme tâches d'intervention, comme travail de rédaction et d’édition... en permanence entravée par la terreur d'Etat contre les communistes et contre leurs activités, ne doit jamais nous faire perdre de vue le but même et

les moyens de ce combat, à savoir la destruction violente de cette société et de tous ses défenseurs par l'instauration d'une dictature prolétarienne sur le reste de la société.

L'attitude a-critique (notamment dictée par les encenseurs de l'invariance formelle) qui consiste à prétendre soumettre cette exigence historique de la révolution communiste aux besoins de développement à court, moyen ou long terme de telle ou telle organisation formelle, devient tout simplement contre-révolutionnaire.

Une de nos principales objections contre les positions défendues dans l'éditorial que nous critiquons ici, est qu'il nie le mouvement réel (5), la lutte du prolétariat et la lutte de classe tout court, en ne `s'adressant qu'à "ceux qui ne s'y retrouvent pas dans cette jungle", "dans ces eaux glacées du calcul égoïste". Cf. encore : "Notre activité s'adresse à ceux qui, face au chantage terroriste de l'Etat, refusent de payer la rançon..." et, ceci, après avoir sommairement dressé un tableau d'une Europe où "les Versaillais continuent à canonner" et où, malgré quelques timides réponses, "locales", "vite neutralisées", "la force de non-lutte reste gagnante". Ainsi donc, toujours selon de texte, l"'Europe n'est, pour l'instant, pas un centre de lutte de classes." Et le premier chapitre de conclure... (face à la force du capital) "seule peut quelque chose l'association des minorités de militants communistes internationaux, renforçant le communisme là où il existe, plus exactement lui déblayant le terrain".

L'analyse développée dans ce premier chapitre est, à elle toute seul, un parfait condensé de la négation idéaliste et volontariste de notre démarche.

Nous avons développé dans les chapitres précédents, en quoi les différentes idéologies qui tentent de ne voir dans le prolétariat que de l'hétérogénéité ou de l'écrasement et dans le parti, la conscience ou la volonté pure, ne sont en fait qu'autant de manifestations de l'idéalisrne le plus plat en ce que ces conceptions sont incapables de saisir le mouvement communiste à partir du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui et qu'elles renvoient donc à un idéal à atteindre. L'idéal, ici, prend la forme d'un communisme existant (!) pour les "quelques minorités révolutionnaires"; le prolétariat quant à lui est défini par la non-lutte et le Fatal.

De même, quand le texte définit la crise "comme l'arme la plus puissante de la contre-révolution" et qu'il nie la détermination qu'elle constitue dans le développement des contradictions de classes, il nie du même coup les déterminations du prolétariat. Nous distinguons la crise du capital et la crise révolutionnaire. La crise révolutionnaire, c'est l'action généralisée, organisée et centralisée du prolétariat pour détruire le capital (et où l'action de direction volontaire et consciente d'une minorité est décisive). C'est donc elle, la véritable crise catastrophique qui, contrairement à ce que semble induire le mot "catastrophe", n'est pas le résultat mécanique d'une incapacité mortelle du capital à s'autogérer; mais les difficultés du capital à gérer sa crise (et nous pensons ici à la question de la catastrophe du système financier international, comme aux mouvements de grèves et de désobéissance dûs aux bas salaires et aux "conditions de travail" dangereuses qui, à plusieurs reprises ces dernières années, se sont développées au sein même et jusqu'à paralyser les corps de répression de l'Etat !) constituent une détermination indispensable (mais non suffisante) de la crise révolutionnaire. Nous savons que l'action volontaire des prolétaires n'est pas le fruit d'une soudaine prise de conscience métaphysique (pourquoi la révolution ne surgirait-elle pas alors en pleine phase d'accumulation de capital ?) mais est le résultat d'un ensemble de déterminations tant historiques que politiques (bilan des périodes de révolution et de contre-révolution du passé - facteur de la révolution à venir !) et économiques : c'est parce que la classe ouvrière se retrouve à chaque fois plus dans la misère, contrainte de bosser chaque fois plus pour moins de salaire, parce que les prolétaires n'arrivent plus à nourrir leurs gosses, parce que le travail est de plus en plus abrutissant... que les prolétaires s'organisent en classe et donc en parti. Ce n'est pas parce que les gauchistes considèrent vulgairement et mécaniquement le passage de la crise "économique" à la "révolution" (en fait à leur gestion du capital !) que les communistes nient les ruptures qui surgissent des désillusions des ouvriers face au poids de plus en plus lourd de la crise. Ainsi, tout le monde se rend compte que les tentatives des mineurs au Limbourg (Belgique) comme ailleurs (!) pour s'organiser en dehors des syndicats viennent tout droit de l'impossibilité dans laquelle se trouvent toutes les forces bourgeoises d'assurer le maintien en activité des puits condamnés; et nous savons de plus en plus que toutes les forces ouvrières vont devoir -pouvoir- s'affronter à cette réalité !

Les communistes agissent évidemment dans le cadre de cette réalité : la crise et la guerre, du point de vue de l'économie capitaliste, ne produisent pas mécaniquement la révolution mais il est indéniable qu'elles constituent le terrain sur lequel se développe la subversion en ce qu'elles poussent chaque fois plus les prolétaires à choisir entre la soumission aux creuses promesses des capitalistes et la lutte (qu'ils en soient conscients ou non) !

En conclusion, on voit donc en quoi l'éditorial de notre revue précédente est à lui seul une parfaite petite recette pour faire une soupe idéaliste. Dans la crise, on n'y voit plus que la contre-révolution; le prolétariat n'y est défini que par la non lutte; le Parti y est seul porteur du communisme; la lutte de classe n'existe plus (en Europe...). Dès lors, il ne suffit plus qu'à s'en remettre à ceux qui ont "compris" (la Conscience) ou qui en "veulent" (la Volonté). Défini à partir de ces pures catégories de la Pensée, le Parti n'est plus alors qu'une structure à construire brique après brique et qui débarquera tel un nouveau sauveur quand, enfin, les ouvriers se décideront à bouger ! En niant les déterminations qui font spontanément surgir cette force centralisatrice, unique et mondiale, "du sol même de la société" et en la ramenant à des faits de conscience et de volonté, on aboutit, d'une façon ou d'une autre, à l'idée d'un Parti construit de toutes pièces et où l'individu se présente, en dernière instance, comme le seul garant de la révolution. C'est une des caractéristiques de la contre-révolution que de présenter l'individu, en période de paix sociale, comme l'unique garantie de vérité.

"C'est dans ces moments (...) que la froide et inerte molécule qu'est l'individu se recouvre d'une espèce de croûte qu'on appelle conscience et se met à jacasser en affirmant qu'elle ira où elle voudra, quand elle voudra, en élevant son incommensurable nullité et stupidité à la hauteur de moteur, du sujet causal de l'Histoire."

-Bordiga-

IV. Erreurs et garantie contre les erreurs.

Nous entendons d'ici nos ennemis crier au scandale et chanter que nous ne sommes pas sérieux; qu'un groupe qui sort une position pour ensuite la critiquer, n'offre pas de garanties pour la lutte. Et il y aura aussi, certainement, des militants, des groupes... qui luttent avec nous contre le capital, des sympathisants, des contacts, des lecteurs, en un mot : des camarades, qui se poseront des questions est-ce qu'avec ce type d'erreur, on peut vraiment avoir confiance ? Est-ce qu'un groupe qui se trompe ainsi pourra diriger la lutte prolétarienne, demain ?

La réponse qui suit n'est adressée qu'aux camarades. Ce n'est pas aux autres que notre presse est adressée et nous n'avons aucun intérêt à justifier notre pratique à leurs yeux. D'autre part, face à une erreur telle que la publication de l'éditorial que nous critiquons ci-dessus, nous constatons toujours deux types de réactions globalement opposées : une première, pédante et livresque, en provenance directe de ce type d'intellectuels bourgeois qui, depuis des siècles, tentent d'introduire leur conscience auprès des prolétaires et n'ont d'autre souci que la disqualification et la cohérence de leur propre idéologie; et une autre, prolétaire, exprimant la solidarité de ces camarades qui voient dans ce type de faiblesse, notre faiblesse, la faiblesse de notre classe, celle de nos actuelles expressions théoriques, celles de nos actuelles tentatives de centralisation internationale.

Entrons donc dans le centre de la question : les garanties passées, présentes et futures. Nous l'avons dit plus d'une fois : aucun statut, aucun règlement formel, aucune procédure administrative, aucun dirigeant, aussi génial soit-il, n'est une garantie contre des erreurs. C'est seulement dans la cohérence programmatique que peut se trouver une garantie. Mais cette affirmation fondamentale n'est pas suffisante pour trancher, dans chaque cas, à l'intérieur d'une organisation communiste, quel texte (par exemple) doit être publié et quel autre ne doit pas.

Il y a deux manières de ne jamais s'autocritiquer, de ne jamais critiquer un texte : l'adoption à l'unanimité de chaque chose à publier et la non remise en question, de la part d'un groupe, de quelque chose d'écrit par quelqu'un parce que cela serait sacré. Il existe encore une troisième formule plus caricaturale, celle de "Programme" dont les changements à 180° de ses positions sont expliqués... par une erreur du lecteur (cf. "le lecteur aurait pu comprendre que... mais nous avons voulu affirmer que...) !!! Dans tous ces cas, on est en plein dans la démocratie.

Contre tout cela, nous avons organisé, à l'intérieur du groupe, la discussion et la critique de l'ensemble du matériel publié. Et nous ne parlons pas ici d'une critique formelle qui consisterait à définir à chaque fois les "pas en avant que fait le groupe", mais bien d'une discussion, d'une critique qui vise à relever les faiblesses, à les reconnaître sans peur, et plus encore, à les rectifier si nécessaire.

Il s'agit évidemment d'améliorer le plus possible la qualité de nos matériaux. Pour accomplir cela, la seule solution que nous ayons trouvée est la formation programmatique, la discussion et l'homogénéisation théorique, dans un cadre et des limites précis, décidés par les structures centrales internationales du groupe et appliqués dans chaque cas et dans chaque publication, par un responsable dictatorial. Et nous voulons souligner ici le fait que pour nous, un responsable n'est jamais un délégué de la base ou d'un groupe local comme c'est le cas pour les groupes fédéralistes et démocrates, mais par contre, le garant de la cohérence centrale et du programme communiste. En ce qui concerne l'application des directives centrales par un responsable dictatorial, nous reconnaissons avoir été fortement inspirés par l'assumation explicite et ouverte de la dictature revendiquée par Marx et Engels comme étant la seule manière de faire fonctionner un journal. Pour rappel, citons ici ce que disait Engels. quelques années après, sur Marx et la Nouvelle Gazette rhénane :

"La rédaction était organisée purement et simplement par Marx. Un grand journal quotidien qui doit être terminé à heure fixe, ne peut avoir de positions suivies et conséquentes sans une telle organisation. Mais en plus, en notre cas, la dictature de Marx s'imposait d'elle-même, incontestablement, et elle était volontiers reconnue par tous."

Il est vrai qu'en entamant la publication de nos revues centrales, nous

ne nous confrontions pas aux exigences d'un journal quotidien; nous étions

face à la responsabilité de faire différentes revues dans différentes langues,

réalisées par des camarades de différents pays entre lesquels la communication

est très difficile et lente. Nous considérons en tout cas, qu'il n'y a qu'une seule manière d'assumer ce type de tâche : répondre à 1a nécessité d'une responsabilité décisionnelle qui doit être concentrée, centralisée. Sans doute la terminologie "dictatoriale" rebutera-t-elle. Mais c'est la force la plus puissante des dictatures – celle de la Démocratie, de la Marchandise, du Capital, de la Valeur, de l'Argent-

que d'avoir réussi à se présenter comme l'expression de la volonté des hommes !

C'est ainsi qu'aujourd'hui "dictature", "dictatorial»... sont des mots que

l'humanisme bourgeois a rejeté pour mieux camoufler l'essence de sa domination, basée pourtant clairement sur la loi dictatoriale qui veut que qui

ne travaille pas, qui n'accepte pas de se laisser exploiter par les bourgeois,

se voit irrémédiablement condamné à crever. Pour nous, en tout cas, indépendamment des titres qu'elle se confère pour mieux camoufler ce caractère bourgeois mondial, la dictature capitaliste recouvre la domination sanglante de

l'Argent qui, comme communauté, s'exerce aujourd'hui violemment sur les hommes à l'encontre de leur véritable Gemeinwesen.

Quand nous faisons donc référence à la responsabilité dictatoriale de tel ou tel camarade ou d'une équipe de camarades concernant telle ou telle tâche, nous ne nous référons évidemment pas à un quelconque "chef" bourgeois qu'il faut craindre et respecter sous peine de terribles colères, mais bien à un membre de notre classe qui, parce qu'il fait continuellement ses preuves dans le combat que nous livrons de façon permanente face à la bourgeoisie, a acquis (mais jamais de façon définitive !) notre confiance dans sa capacité à garantir, en dernière instance, l'adéquation de telle ou telle publication, mesure, directive... et d'exprimer ainsi les résultats de notre activité, de notre lutte. Il ne peut en aucun cas s'agir d'aduler les chefs prolétariens, pas plus que leurs formulations ! La capacité à donner une direction au prolétariat s'exprime même, tout au contraire, dans le fait de parvenir à remettre en question des formulations qui s'avèrent, dans le courant de la marche révolutionnaire, encore empreintes de concessions à l'idéologie bourgeoise. C'est toute la force de Marx que de remettre en question ses formules sur la bourgeoisie "progressiste" de 1848; c'est toute la force de Lénine que de rejeter ses propres formules sur la possibilité d'une révolution pacifique en septembre 1917 !

Que l'éditorial intitulé « L'Europe des Versaillais » ait pu sortir dans notre revue est lié au fonctionnement même du groupe basé sur la confiance et la responsabilité. Nos revues sont des moments de la centralisation de notre activité, mais ce nécessaire centralisme ne se complète pas de l'imbécile démocratisme paralysant, propre aux groupes gauchistes et dont les organisations centristes du petit milieu "révolutionnaire" ne sont qu'une triste copie bureaucratique. Notre centralisme est organique, c'est-à-dire que les nécessités mêmes de la lutte, de notre programme, de l'associationnisme ouvrier impliquent un niveau de confiance entre révolutionnaires, basé non pas sur la croyance en l’"individu génial" et qui serait a priori garant de la continuité programmatique, mais bien sur une pratique militante commune qui, parce que continuellement renforcée par la critique, permet la prise en charge de responsabilités. Ces responsabilités qui vont de la rédaction d'un texte au contrôle dictatorial global pour chaque publication, permettent de centraliser notre activité sans avoir à contrôler de façon permanente ce que chacun fait. A chaque fois qu'un camarade écrit un texte résultant par exemple d'un ensemble de discussions à l'intérieur de l'organisation, nous ne le faisons pas passer devant un tribunal démocratique réunissant l'ensemble du groupe ! Non ! Nous faisons globalement confiance en la capacité du camarade de synthétiser l'ensemble des acquis dégagés des discussions et de l'ensemble de l'activité du groupe et nous laissons au responsable de "dernière instance" de la revue dans laquelle sortira l’article, le soin de trancher s’il pose ou non des problèmes pour être publié. Si ce dernier laisse passer un texte qui va globalement à l’encontre de nos acquis programmatiques, il est évident qu’il sera critiqué voir sanctionné, ce qui fut le cas pour l’éditorial mis en question dans cette même revue. Nous visons donc à ce que, de plus en plus, l’ensemble des militants se reconnaisse dans les initiatives des autres camarades et cela peut passer par des décisions très dures à l’encontre de ceux qui rompent cette confiance par leur irresponsabilité. Sans doute notre pratique centraliste organique complique-t-elle quelques fois notre effort organisationnel et permet des dérapages tels que ceux que nous critiquons ici : il nous serait bien plus facile de réduire notre activité à la traduction des textes d’un « chef » et jouer ainsi, à peu de frais, le spectacle d’une organisation internationaliste, à l’image de groupes staliniens et autres. Nous préférons le « risque » de l’organicité, non parce que nous aurions le choix entre différentes conceptions de la lutte, mais parce que le mouvement communiste implique, des ses buts, dans son programme, ses moyens, ses méthodes… un contenu où les rapports entre les hommes ne sont plus basés sur l’obéissance servile aux chefs, sur le suivisme du directeur du cirque par ses singes ou encore, sur la division du travail entre penseurs, nègres et traducteurs, entre intellectuels et manuels, etc. Nous visons à ce que chaque militant soit porteur de la totalité, ce qui signifie à la fois qu’il tend à être capable d’assumer toute fonction et que, d’un autre côté, puisqu’il est bien entendu impossible de tout faire, chaque moment de son activité contienne la totalité du projet d’abolition des classes qui nous anime.

C’est en ce sens que tend à se résoudre pour nous, cette terrible contradiction que la bourgeoisie, dans son effort pour « raisonner » le monde (c’est-à-dire pour lui imposer sa Raison) n’a de cesse de mettre en avant ; nous voulons parler ici de la contradiction entre « liberté » et « nécessité » à laquelle Marx règle définitivement le compte en lui donnant comme cadre, non pas cet individu enchaîné par la marchandise et qui chante sa liberté, mais bien ce que le prolétariat a été, est et sera historiquement contraint de faire conformément à son être. Nos décisions ne découlent donc pas plus d’une consultation démocratique que d’une obéissance tout aussi démocratique au « guide », mais bien de l’histoire de notre classe et de notre expérience propre de cette même histoire.

Nous ne pouvons donc qu’insister auprès des camarades qui nous lisent sur la nécessité de comprendre que la seule et unique manière de concrétiser notre cohérence programmatique, est la critique et centralisation de cette critique. Dans un célèbre texte contre la religion, Marx définit la puissance de l’attitude et l’activité critiques. Mais ceux qui pensent que cette définition de la critique n’est valable que pour les curés oublient que tout ce qui tend à se figer se transforme en religion. Il est normal que des groupes comme le PCI ou le CCI se transforment en sectes quand l’activité du premier a été définie pendant des années à partir d’une date fatidique –1975- qui se devait de sonner le glas de la révolution mondiale, et que le second se masturbe à longueur de congrès sur la perpétuelle confirmation de «la juste ligne développée par le Xème congrès » à propos de la quatrième vague de luttes, etc.

Que les prolétaires trompés par les histoires faciles de ces groupes et qui se laissent impressionner par leurs balivernes scientifiques se penchent de façon critique sur la réalité et ils se rendront vite compte qu’au-delà de la difficulté à arracher les « fleurs-illusions » de l’idée de la révolution imminente avec laquelle ces gauchistes embrigadent les ouvriers, se prépare la plus grande déflagration que le monde a connu et que pour nous préparer à cela, nous n’avons pas besoin qu’on nous gonfle continuellement avec « l’idée » du communisme; nous avons besoin de révolutionnaires trempés au feu de la critique, capables de maintenir à contre-courant l’organisation des ruptures d’avec ce monde et donc capables aussi de critiques envers eux-mêmes.

"La critique (...) dépouille les fleurs imaginaires qui les recouvre, non pas pour que l'homme porte des chaînes sans fantaisies, des chaînes désespérantes, mais pour qu'il casse la chaîne et cueille la fleur vivante."

Marx - Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel

La critique et l'autocritique permanentes sont des démonstrations de force de notre classe. Elles ne visent pas à opposer des arguments à d'autres arguments comme le proposent les différentes théorisations propres au "petit milieu révolutionnaire"; la critique est le mouvement réel de destruction du vieux monde. Cela n'a donc rien à voir avec les différents débats d'idées proposés par tout gauchiste qui se respecte. Toute l'histoire des ruptures du prolétariat est basée sur les leçons qu'il a pu tirer lui-même des erreurs du passé; c'est en cela que la critique communiste n'est pas basée sur l'idée qu'il y aurait un monde à convaincre à coups d'arguments, mais bien sur la destruction du capital par l'organisation du mouvement d'abolition des classes "qui se déroule sous nos yeux". La critique est une arme :

"La critique n'est pas une passion de la tête mais la tête de la passion. Elle n'est pas un bistouri mais une arme. Son objet, c'est son ennemi qu'elle veut non pas réfuter mais anéantir."

Marx - ibid

En conclusion donc, nous appelons les camarades qui nous lisent, à améliorer nos publications, à participer à une véritable critique entre membres d'une même classe, animés par le même mouvement pour mettre à bas ce vieux

monde. A différentes reprises, nous avons reçu des critiques de cet ordre émanant de prolétaires dont le souci réel était de faire avancer notre regroupement, et par là même, l'ensemble de nos ruptures. Nous ne pouvons qu'insister pour que nous parviennent d'autres critiques. Face à des prises de position erronées, les camarades qui nous ont envoyés ces excellentes critiques sont l'expression vivante que nos publications ne sont pas privées mais, tout au

contraire, le produit collectif d'une classe qui vit, qui lutte... et dont le GCI n'est qu'un organe de centralisation.

V. Prolétariat contre individu (6)

La caractéristique centrale et invariante de l'idéalisme est de définir la réalité par la pureté et la perfection.

Quelle que soit la forme qu'il prend (conseilliste, bordiguiste, léniniste...)

l'idéalisme ne conçoit jamais la "solution" révolutionnaire à partir du mouvement même de décomposition du capital (et dont l'action révolutionnaire du prolétariat est cette même décomposition devenue négation positive). L'idéalisme se révèle incapable de saisir la limite du Capital dans le Capital lui-même. Il s'agit dès lors, pour tous ces réformateurs du monde, de définir le pur

être sauveur qui viendra de l'extérieur du monde réel, de l'extérieur de la

merde capitaliste même, dicter sa conduite aux ouvriers. Pour Lénine, les

intellectuels bourgeois composeront la force -le Parti- qui importera de

l'extérieur la conscience aux prolétaires. La déviation idéaliste s'exprimait

chez les blanquistes en ce qu'ils pensaient eux aussi intervenir de l'extérieur sur le développement de la lutte en constituant un corps de combattants

bien décidés qui par leurs coups de force réaliseraient la révolution pour

le compte du prolétariat. Dans l'éditorial critiqué dans le chapitre précédent,

on voit clairement les sauveurs apparaître sous la forme de communistes "purs et

durs", définis comme seule source révolutionnaire. Quelles que soient donc leurs

variantes, en faisant surgir la révolution de l'extérieur du mouvement même

de décomposition de la société, les idéalistes conçoivent et définissent,

la fonction des communistes à partir des seules déterminations de la volonté

et de la conscience. Mais, puisqu'il s'agit, pour eux, de se relier aux

ouvriers, puisqu'il faut convaincre et enseigner la révolution, ils créent

alors des structures pour eux, ils définissent une politique "pour les

masses", font des discours à la mesure de ce que peuvent "entendre" les prolétaires, publient des "lettres ouvertes" pour les indécis, utilisent les structures "où se trouvent les ouvriers" pour leur apporter la conscience... et,

en dernière instance, réforment !

Il est logique, pour toux ceux pour qui le prolétariat n'existe plus comme classe historiquement déterminée à imposer violemment le communisme, que les seuls sujets de la révolution soient ces êtres purs, définis par leur conscience et leur volonté, agissant chez les uns pour "indiquer le chemin pour la révolution" et chez les autres, pour "renforcer -graduellement- le communisme là il où existe déjà"! Vision idéaliste et volontariste !! Ici, les militants communistes sont identifiés à la classe et sont devenus à eux seuls le mouvement. Mais réduire la classe aux personnes qui veulent lutter (conscience!) trahit une conception individualiste --a-sociale, a historique-- de la lutte de classe. Depuis le début de l'existence de notre groupe, nous n'avons cessé d'affirmer que la classe ne se définit pas statiquement par la place qu'occupent les individus dans le processus immédiat de production (cf. les chômeurs et autres déracinés sur tous les continents qui, tout en étant exclus du processus immédiat de production, sont, on ne peut plus clairement des prolétaires : ceux qui n'ont que leurs chaînes à perdre) ni par l'idée que les individus se font d'eux-mêmes, par ce qu'ils pensent ou imaginent être, mais se définit par les conditions sociales et historiques qui la déterminent à imposer son projet social.

Le prolétariat, tout en étant complètement exclu de la société où il n'a que sa force de travail à monnayer, est au cœur même de la production matérielle de la société et c'est cette situation contradictoire qui le pousse à devenir le négateur en acte du rapport social capitaliste. C'est dans la condition prolétarienne que se trouvent justement concentrés à la fois le caractère capitaliste de déshumanisation totale et le caractère révolutionnaire de lutte contre cette déshumanisation. L'être qui porte cette immense détermination historique et sociale, c'est le prolétariat. Pour le prolétariat, la nécessité et la possibilité de renverser ce système et d'établir une société enfin humaine ne font qu'une !

Notre position sur ce point aussi tranche radicalement tant avec les partisans et apologistes de la condition ouvrière qu'avec ceux qui tout en critiquant l'ouvriérisme, ne font que reproduire la même merde en tombant dans l'anti-thèse pure, à savoir, l'apologie de l 'individu abstrait ("le combattant", "le communiste»...) et de sa liberté, ses choix, où toute référence aux conditions matérielles, historiques qui déterminent notre classe à s'insurger, aura été gommée. L'anti-thèse simple de la position mécanico-économiste de la définition du prolétariat tombe ainsi dans son contraire qui lui est symétrique : la définition immédiatiste et subjectiviste de "l`individu qui lutte" sans comprendre les déterminations matérielles et objectives de cette lutte. Même si pour nous, les individus plus "révoltés", plus "volontaires" (tels que les définit l'idéalisme classique) font partie de la classe révolutionnaire, ils n'en sont qu'une partie, qu'une contingence et ils ne sont pas le prolétariat constitué en classe révolutionnaire. Certes, la révolte, le refus de la soumission sont à la base de toute lutte, mais il est néfaste de vouloir restreindre le mouvement communiste à une simple "révolte" (à plus forte raison à une "révolte" morale et consciente). Comme nous l'avons indiqué, le communisme est un mouvement dont les déterminations remontent loin dans le temps, dans l'histoire des sociétés de classes. Et ces déterminations historiques (par exemple, l'attitude face à l'Etat, organisation en force de la classe dominante !) dépassent largement le cadre de la lutte contre l'ignominie de notre situation de "classe immédiate".

Les communistes s'organisent et dirigent leur classe et leurs luttes non pour défendre les intérêts partiels de telle ou telle frange de prolétaires, mais pour mettre en avant les intérêts généraux du prolétariat, le but général de son mouvement; toutes leurs activités (et ceux à qui ils s'adressent donc) sont fonction de ce but. De telles activités nécessitent une rupture volontaire, consciente, organisée, pratique avec tout immédiatisme, avec tout volontarisme -- "faire bouger le prolétariat", "s'organiser à tout prix, peu importent les perspectives"!!! En ce sens, notre activité n'a pas plus à voir avec ceux "qui veulent" ou qui "savent" qu'avec ceux "qui refusent". Car il s'agit là d'une appréciation on ne peut plus volontariste (en période de paix sociale, par exemple, ne peuvent refuser que ceux qui en ont les moyens matériels, culturels, intellectuels, etc.) qui, en tant que telle ne constitue aucune force sociale. Le "refus" est contingent, lié beaucoup plus aux particularités des conditions de vie des individus qu'à l'essence universelle de la condition prolétarienne. La situation de classe du prolétariat est une situation contradictoire qui pousse le prolétariat, souvent bien malgré lui et malgré sa conscience immédiate du combat qu'il engage (d'où l'importance de l'activité dirigeante, organisée, consciente, volontaire des minorités communistes oeuvrant à la centralisation internationaliste de la lutte) à s'insurger contre sa situation de classe exploitée. Ce combat est un premier pas vers un renversement de la situation, vers la négation des conditions contradictoires qui déterminent le prolétariat. Mais ce renversement est dialectique et pas statique ni linéaire. La vision positiviste voit le communisme comme une excroissance positive ayant ses racines au sein du mode de production capitaliste, s'y développant pour, finalement le supplanter.

C'est toute la question de la réification, de la dynamique de la lutte, du renversement de la praxis et donc, de la question du parti qui se trouve escamotée par la théorie de la révolte. C'est l'idéologie anarchiste avec sa logique de la lutte individuelle (cf. Bonnot, Ravachol...) qui correspond à ce culte de la révolte (idéologie s'inspirant en grande partie du radicalisme individualiste de Max Stirner : "L'individu et sa propriété"). Pour les communistes, même dans l'absence de révolte, quand les prolétaires abandonnent la lutte ouverte et quand ils réintègrent la démocratie, l'antagonisme fondamental au capital ne disparaît pas : nous ne nions pas le mouvement de classe, nous ne renvoyons pas dos à dos les prolétaires et l'Etat, les prolétaires et les représentants de l'Etat (ainsi, nous ne mettons pas sur le même pied les ouvriers en Pologne quand ceux-ci arrêtent la grève et les Walesa ou les mineurs en Angleterre et les Scargill). Toute l'activité militante du Parti-Marx (contre les proudhoniens, contre les lassalliens, contre Bakounine...) pour mettre en lumière "les conditions sociales réelles du prolétariat", "les causes fondamentales qui ont provoqué la misère et l'oppression du prolétariat", toute la critique de l'économie politique qui permettra au Parti de démontrer pratiquement "(...) que la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat, que cette dictature n'est elle-même que la transition à la suppression de toutes les classes et à la société sans classes", se trouve niée par la conception anarchiste individualiste qui place non pas une classe sociale mais l'individu, le Moi, l'Unique, face à la société qui l'écrase. Nous sommes ici au cœur de la critique marxiste de la société marchande et du cycle des sociétés de classes, telle qu'elle s'est historiquement opposée aux courants "utopistes" et idéalistes.

L'individualisme est beaucoup plus qu'un poison théorique produit de la période de repli que nous vivons. L'individualisme est une pratique. Et cette pratique contre-révolutionnaire investit également le mouvement communiste. Les organisations révolutionnaires ne sont pas à l'abri de cette terrible réalité. Il faudrait même plutôt dire qu'un regroupement révolutionnaire est une lutte permanente contre la confiance bornée que chacun investit trop facilement en soi-même. Face aux autres, le réflexe est trop facile que de croire à la vérité de son nombril. Plus d'une fois au sein du groupe, nous avons rencontré des camarades pour qui la difficulté de vivre un débat contradictoire se concluait en termes d'une rupture visant à retrouver la sacro-sainte liberté de pensée et de mouvement du citoyen. Ruptures justifiées bien évidemment à chaque fois sur base de "divergences de vues" mais dont le contenu commun s'exprime dans le refus d'être contredit plus longtemps et dans la volonté de se retrouver enfin seul avec sa conscience, sans plus de compte à rendre à personne qu'à soi-même ou, éventuellement, à quelques singes qui jouent à faire le spectacle de la contradiction.

L'idéologie de l'Individu, du Moi, de l'Unique, se retrouve dans la théorie bakouniniste de l'organisation dans l'organisation (7). Nous avons eu à souffrir de ce prolongement organisé et désorganisateur au sein du GCI. Cette théorie se base sur l'idée que la lutte de Parti, la lutte pour centraliser nos forces internationalement, sur base de toute l'histoire des ruptures de notre classe, serait une lutte permanente "de fraction". Sont confondus ici le travail historique de fraction entrepris par les gauches communistes pour rompre avec des organisations contre-révolutionnaires... et la pratique de merde qui consiste, dans une organisation communiste, à partir de ses propres idées (et tant pis si ce sont des délires) comme à priori idéologique, avec comme but de rassembler des "masses" autour de soi !

Le cœur de la contradiction qui, de ruptures en ruptures, fait avancer une organisation communiste, n'est pas, en dernière instance, le débat d'idées, mais bien l'affrontement de différentes pratiques. On ne peut donc pas d'un côté, se revendiquer du centralisme organique et d'un autre, créer une structure dans la structure pour lutter contre les centres que l'organisation se donne en théorisant qu'il s'agit là de la pratique historique des fractions ouvrières! Il faut clairement dénoncer qu'il s'agit là de la théorie bakouniniste de l'organisation contre laquelle Marx a toujours lutté en soulignant que la tactique des différents niveaux internes (c'est-à-dire la tactique de l'organisation dans l'organisation), l'autoritarisme non public, la direction occulte, mène au fédéralisme comme conception politique et ce, quel que soit le discours idéologique qui le justifie. Marx a ainsi toujours dénoncé cette prétention idéaliste classique de préétablir une élite formelle qui garantirait la révolution, conception qu'on retrouve explicitement chez Kautsky, chez Lénine et, plus fort encore, chez Staline, Zinoviev et Bordiga. Le postulat individualiste qui part de l'idée que SES idées sont les bonnes et que donc tous les moyens sont permis pour les imposer - fractions, fédéralisme, magouilles.. est un postulat de sectarisme et de politique de la différence ! Cela n'a plus rien à voir avec la conception centraliste organique de l'organisation. Même si celle-ci ne cesse d'être revendiquée -formellement- cela ne change rien ! Il faudrait plutôt répéter mille fois à ces pédants et orgueilleux, que la pratique seule permet de vérifier le programme que l'on défend. Contre tous les individualistes, il faut réaffirmer qu'il n'y a pas plus de "liberté" de circulation d'idées, qu'il y a de liberté de fraction !!! La constitution d'une fraction au sein d'une organisation et qui mène, à terme, à une rupture et à la constitution d'une nouvelle organisation, n'est pas une question de "liberté" mais de nécessité qui ne se justifie qu'en terme de rupture d'avec la contre-révolution ! Mais le fractionnisme, la pratique anti-organisationnelle, le fédéralisme, l'organisation dans l'organisation... au sein d'une organisation communiste, n'a pas pour but de faire mûrir les débats ou les contradictions mais bien de les faire mourir en noyant l'affrontement de pratiques opposées dans et derrière le débat d'idées.

En ce sens, il ne s'agit pas de rupture avec la contre-révolution mais

bien d'une lutte ouverte CONTRE la révolution ! Cette logique sectaire et

individualiste qui submerge bien des tentatives de regroupement et de centralisation révolutionnaires aujourd'hui, ne peut aboutir qu'au mythe de l'individu génial. La logique est simple : à partir de la théorie de la fraction dans

l'organisation, on arrive à la théorie de la fraction dans la fraction (puisque

d'après cette thèse, c'est le rôle invariant des communistes !) et de fractions

dans des fractions... à des fractions dans d'autres fractions... on en

arrive à l'Individu Génial, au Chef, à la Personnalité !!! I1 est clair que

tout ce boxon idéologique ne mène qu'à une seule chose : la reproduction de

la démocratie avec son cortège de suivistes et de bureaucrates. Comme on part de l'Individu Génial et de sa juste Raison, il n'y a plus aucun problème dans les

moyens à utiliser pour arriver à ses fins: les magouilles, les doubles discours,

les décisions «antidémocratiques»... se justifient puisque, a priori, cela rapproche du "Programme"' dont on est "intimement convaincu" qu'il est "communiste".

Face à toutes ces bêtises, il est clair, pour nous, que seul le travail collectif, l'organisation et le respect d'une discipline programmatique cristallisée aussi dans une discipline organisationnelle (8), la confrontation dans la lutte commune, sont les termes qui nous permettent de vérifier de façon permanente l'avancée dans nos ruptures avec le monde du citoyen, de l'individu, du "je fais ce qui me plaît»... avec le monde du bourgeois ! Le sectarisme et l'individualisme comme politique au sein même d'une organisation révolutionnaire doivent être combattus avec la plus grande énergie parce qu'ils détruisent la confiance et l'union grandissante entre militants, confiance et union produites de la critique permanente du travail que nous menons en commun. Il est évidemment plus facile de mettre un désaccord en avant et de rassembler un ou deux mécontents autour. (S'il fallait, sur base du relevé des multiples et nécessaires désaccords qui animent la vie d'une organisation révolutionnaire, constituer une fraction pour chaque désaccord, il y aurait au moins dix fractions par militant !)

Le sectarisme à l'intérieur d'une organisation reproduit inéluctablement la libre pensée, l'individu, la division du travail entre ceux qui ont compris et les autres, bref... la Démocratie. Plus complexe mais plus riche est d'affirmer nos contradictions tout en mettant en avant ce qui nous unit comme membres d'une même communauté d'affrontement à l'Etat. Les révolutionnaires ne constituent pas des groupes de penseurs qui concourent dans le trophée du Génie ou la médaille de Chef ! Le communisme surgit des déterminations matérielles historiques réelles; la conscience n'est qu'un produit nécessaire d'un mouvement, d'une force qui surgit spontanément de et dans l'histoire, du sol de la société capitaliste. La conscience n'est pas le moteur de l'Histoire, n'en déplaise aux idéalistes! Le prolétariat seul, en affrontant son ennemi, en s'organisant en force unique, internationale et centralisée, en se constituant donc en parti, se manifeste comme sujet de l'histoire.

Il nous faudra encore une fois terminer ce chapitre en exprimant notre haine de l'Individu démocratique, notre haine, face à cette misérable chimère bourgeoise qui ressurgit à tout moment et en tous lieux pour, à partir de sa prétention à la Science et la Raison, détruire les liens forgés par une pratique de lutte et de critique collective sous prétexte de Libre Pensée, de Libre Arbitre, de Libre Circulation.

A l'individu et au culte de la Conscience, nous opposons notre certitude de la révolution, notre détermination à lutter et nos efforts pour, dès aujourd'hui, agir dans le sens de l'affirmation de ce qui nous unit, nous prolétaires, en tant qu'organe d'une communauté de lutte, partie intégrante d'un large mouvement historique qui nous englobe, nous dépasse.

Libre de tout, c'est-à-dire ne possédant rien, libre même de croire qu'il fait ce qu'il veut; 1'Individu n'est, en définitive, qu'une marchandise qui se sublime en présentant les lois de la libre circulation auxquelles il est soumis comme le cadre de ses propres choix délibérés et personnels sans voir en quoi ces lois lui ont été imposées par les bourgeois pour réaliser le marché de la force de travail.

Libre de se faire exploiter par qui bon lui semble, l'Individu en "oublie" que cette liberté n'est synonyme que de son exploitation et de rien d'autre.

Laissons donc cet égoïste se parer des plus beaux atours pour le

spectacle de la Conscience qu'il nous joue ! Pour nous, prolétaires, qui savons que nous n'avons rien à gagner de ce monde, comme marchandise, l'Individu est et reste un traître à notre classe, un ennemi : un Vendu !

CONCLUSION

Ce n'est qu'envers nous-mêmes et envers notre classe et ses combattants que nous avons des comptes à rendre. En faisant ici des clarifications, nous ne nous adressons à aucun "milieu révolutionnaire" (9). Que les choses soient claires nous dénonçons ce fameux "milieu" pour le rôle néfaste qu'il joue dans la période actuelle. Nous le méprisons et plus particulièrement son démocratisme et son pacifisme (dont la base est une non-rupture avec la tradition social-démocrate) comme cela s'est encore illustré récemment par l'initiative de la part du BIPR et d'autres... de vouloir créer une collaboration, un front, une publication car "... il s'agit de réagir de façon plus unitaire face à la répression dont les composantes du milieu font de plus en plus l'objet" alors qu'il est clair -depuis toujours que des dizaines et des dizaines de milliers de militants communistes (ne faisant pas partie du "milieu", il est vrai) sont massacrées, torturés, emprisonnés de par le monde; que "Battaglia Comunísta" n'a, à ce sujet, aucune honte à proclamer "qu'il n'y a pas de prisonniers communistes en Italie", par exemple ! Cela fait sans doute partie de la barbarie capitaliste propre aux pays du "tiers-monde" ! Nous considérons pour notre part qu'il n'y a pas deux programmes, un pour les communistes et un autre pour les prolétaires ! Nous ne collaborons pas avec l'ennemi -et ce sont bien des ennemis de classe, ceux qui, d'un côté, crachent sur les milliers de prolétaires que le capital garde en otage dans ses sinistres cages, et proposent, d'un autre... la résistance commune des "noyaux communistes" face à l'Etat ! Misère de l'idéalisme ! C'est-à-dire que ces groupes sont disposés à "offrir" leur misérable "solidarité" seulement à ceux qu'ils considèrent comme "communistes". La mise en avant d'une catégorie tout à fait idéologique contraste avec l'attitude invariante des communistes et qui a consisté, par exemple, pour la gauche communiste en Italie, à manifester sa solidarité avec des anarchistes "terroristes" persécutés, tout comme elle manifesta sa solidarité avec tous ceux qui se battaient contre l'Etat.

Comme nous avons essayé de le démontrer tout au long de ce premier article de notre revue, à la base de toutes les distorsions de nos positions, véhiculées à différents moments par différents militants ayant un jour ou l'autre lutté au sein du GCI et s'étant soldées un moment ou l'autre, par la rupture/exclusion de notre cadre organisationnel à la base de toutes ces distorsions donc, se trouve la démarche idéaliste qui considère la Pensée,

la Conscience, comme détermination première, comme dominant de l'Etre

et qui fait primer l'idée du communisme sur le mouvement communiste réel. Or, pour nous, il ne s'agit pas là d'une simple erreur théorique, mais bien d'une pratique, d'une totalité qui est entièrement contraire à la démarche militante. La conception idéaliste qui sous-tend l'ensemble des déviations auxquelles nous avons dû nous affronter au cours de notre -pourtant encore petite- histoire, ne fait que consacrer et, du même coup, renforcer une pratique anti-organisationnelle. Et c'est avant tout cette pratique, cette force antimilitante, qui dépasse de loin le cadre de notre propre réalité de groupe, que nous devons combattre. Cet éditorial-ci s'est voulu, par la définition et la globalisation de la fin d'une étape déjà longue de huit années d'existences, un maillon de cette lutte.

Les luttes internes pour combattre l'ensemble de ces pratiques anti-militantes ont évidemment à chaque fois ralenti le travail du groupe. Durant cette dernière année plus particulièrement, nous sommes passés par une phase réelle de difficulté de centralisation qui nous a freinés dans le développement de nos axes centraux. Pendant plus d'une année, nous avons dû nous battre contre cette pratique imbécile qui consiste à ne saisir le communisme qu'à partir de l'idée qu'on en a et qui menait à chaque fois aux pires aberrations programmatiques, visant d'une manière ou d'une autre à définir de toutes pièces un "Parti" issu de l'idée que ces camarades en avaient : l'association de tous les révoltés de la terre, le regroupement des intellectuels qui "veulent" la révolution... C'est ainsi qu'autant les "Thèses d'orientation" que nous voulions publier, que la sortie de nos revues centrales en espagnol et en français ont été retardées. Cette décentralisation effective de notre activité est une faiblesse que nous comptons transformer en force, notamment en utilisant, sous forme de textes publics, les leçons des débats qui ont animé le groupe ces dernières années. Pour nous, en tout cas, la lutte continue et la ligne idéaliste dont les porteurs viennent d'être sanctionnés d'exclusion de notre groupe nous aura tout de même permis de faire un pas supplémentaire dans le nécessaire travail de rupture d'avec le centrisme, cette force de la contre-révolution qui porte tous les atours des ouvriers, mais qui n'est que l'énième tentative de détruire de l'intérieur, par une activité anti-parti, la nécessaire centralisation révolutionnaire.

Une expression de la ligne idéaliste exclue par l'organisation s'est matérialisée par la publication de l'éditorial intitulé "l'Europe des Versaillais" dans "Le Communiste" n°25 et que nous avons critiqué dans un des chapitres de cette introduction. Nos lecteurs trouveront une expression de cette même ligne idéaliste dans la prochaine publication d'une "Brochure de scission avec le GCI" publiée, avec notre aide, par une autre série de militants exclus de notre groupe et dont nous ne pouvons que conseiller la lecture, tant elle exprime à merveille, l'ensemble de la déviation idéaliste critiquée dans ce texte. Les premiers nous traitent de bureaucrates et de léninistes; les seconds nous dénoncent comme anarchistes et modernistes. Nous leur proposons d'aller jouer ensemble leur

Ping-pong idéologique. Il y a plein de tables libres dans le dit "petit

milieu révolutionnaire".

-         Février 1987 –

(1) "En réalité, pour le matérialiste pratique, c'est-à-dire pour le communiste, il s'agit de révolutionner le monde existant, d'attaquer et de transformer pratiquement l'état de choses qu'il a trouvé." Marx - L'idéologie allemande

Il nous semble indispensable de souligner ici, les mêmes expressions que Marx a utilisées contre la plus subtile et la plus développée des expressions

de l'idéalisme : le "matérialisme" humaniste des jeunes hégéliens. Il constitue encore aujourd'hui l'expression philosophique la plus développée --que

ses expressions actuelles en soient ou non conscientes-- de l'apologie de

l'Homme (avec un grand H !) et de l'individu, de Feuerbach à Stirner.

(2) Nous employons ici le mot "sectaire" non pas dans le sens de la totale opposition, de l'entière indépendance du prolétariat face à toute la société actuelle, mais bien en référence au sens traditionnel du mot et qui renvoie à la secte religieuse. Le sectarisme est la pratique des groupes qui font de "la politique de la différence" la clé de leur activité et se limitent à défendre le système social imaginé dans la tête de leurs chefs.

(3) Sur cette question, nous renvoyons le lecteur à l'article publié dans cette même revue, qui exemplifie le processus général de cítoyennisation : "Cítoyennisatíon de la vie. Un exemple. 1a France de "1984, 1985, 1986, 1987... pire que prévu".

(4) Nous voulons nous limiter ici à la critique d'une expression particulière de l'idéalisme, sans ignorer que l'idéalisme est la religion dominante, qui donne corps, en tant qu'idéologie bourgeoise, à toutes les théorisations tant léninistes qu'anti-léninistes qui pullulent encore aujourd'hui parmi la plupart des dits groupes révolutionnaires.

(5) Ainsi, le texte est directement en contradiction avec la citation de couverture de la même revue, qui disait : "Pour nous le communisme n'est ni un état qui doit être créé, ni un idéal selon lequel la réalité devrait s'adapter, nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'ordre établi. Les conditions de ce mouvement résultent des facteurs qui existent dans le présent."

(6) Nous utilisons ici le terme individu dans le sens d'atome de la société bourgeoise, composant indispensable de la démocratie. C'est-à-dire dans le sens d'individu contingent subsumé par une simple classe –classification de la société et en opposition à la personne humaine, à l'individu personnel, composant d'une communauté de lutte et d'intérêts. La distinction est très importante, et comme le dit Marx :

"La différence entre l'individu personnel et l'individu contingent n'est pas une distinction de concept mais un fait historique." Ainsi,"il découle de tout le développement historique jusqu'à nos jours, que les rapports collectifs dans lesquels entrent les individus d'une classe et qui étaient toujours conditionnés par leurs intérêts communs vis-à-vis d'un tiers furent toujours une communauté qui englobait ces individus uniquement en tant qu'individus moyens (contingents -ndl) dans la mesure où ils vivaient dans les conditions d'existence de leur classe; c'était donc là, en somme, des rapports auxquels ils participaient non pas en tant qu'individus, mais en tant que membres d'une classe. Par contre, dans la communauté des prolétaires révolutionnaires qui mettent sous leur contrôle toutes leurs propres conditions d'existence et celles de tous les membres de la société, c'est l'inverse qui se produit : les individus y participent en tant qu'individus (personnels - ndl)".

Marx - L'idéologie allemande.

(7) Cf. le "Programme de la fraternité internationale" de 1872 écrit par Bakounine. C'est un des textes où Bakounine définit sa stratégie fédéraliste de l'organisation dans l'organisation direction occulte, construction du Parti par en haut, autoritarisme caché, non public ("plus puissant" donc) et double discours en conséquence, tactique des différents niveaux internes, internationalisme assumé et assuré par le haut de la pyramide, etc.

(8) Nous insistons sur l'aspect organisationnel parce que dans la période actuelle, toutes les théories anti-organisationnelles étant plus que jamais à la mode, la pratique anti-organisationnelle a aussi trouvé sa justification idéologique dans une mystique discipline envers le "programme historique" et le "cadre historique" ne se concrétisant pas dans une pratique organisationnelle et centralisatrice précise, mais dans l'idée pure, propre à la philosophie spéculative (hégélienne).

(9) Dans le cadre de la continuité de notre travail sur les perspectives de lutte pour la centralisation internationale de la communauté de lutte du prolétariat, nous développerons prochainement en quoi cette perspective s'oppose et s'affronte à celle du milieu pseudo révolutíonnaíre et nous reviendrons sur la globalité de notre critique vis-à-vis d'eux.


CE26.1 En guise d'éditorial