"Patrie, donne-moi un président comme Alan Garcia" imploraient les affiches de plusieurs pays d'Amérique Latine. Alan Garcia, premier président de l'APRA - l'APRA, parti qui pendant des décennies avait représenté l'anti-impérialisme bourgeois latino-américain, qui s'était frayé son passage au travers des conférences internationales avec des progressistes et des trotskistes de tous bords (il ne faut pas oublier le flirt entre Haya de la Torre et Trotsky lui-même), et apparut ainsi comme une carte importante de tout le nationalisme de la grande patrie et de tout l'anti-impérialisme social-démocrate en Amérique latine. Mais, la social-démocratie internationale (comme nous avons pu le constater dans des milliers de faits de la lutte ouvrière) ne peut offrir autre chose aux prolétaires en lutte que le terrorisme d'Etat, la répression, la torture, les fusillades, les massacres. Et on peut dire la même chose de tout projet nationaliste anti-impérialiste et de toutes les variantes du nationalisme de la grande patrie qui sont toujours essentiellement bourgeoises. Monsieur Garcia ne pouvait être et n'a jamais été une exception. Applaudi par la social-démocratie internationale et tous les bourgeois progressistes, Monsieur Garcia sut, à partir du moment où il assuma sa présidence, faire le jeu cynique du duel mensongeux et politicard, typique de tous les bourgeois anti-impérialistes et de tout nationalisme populiste. Il fit sa renommée parmi ses partenaires internationaux, par un ou deux nettoyages de l'appareil répressif (pour parfaire la répression évidemment), par des vantardises anti-impérialistes, annonçant par exemple qu'il ne consacrerait pas plus de 10% des devises rentrant dans le pays au paiement de la dette extérieure (1). On parle même de la "doctrine Garcia" quant au paiement de la dette! Il est clair que ce bavardage n'a jamais exclu les excellentes relations de son régime avec les principaux milieux financiers internationaux, ni avec les grands organismes internationaux comme le FMI, la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement... Dans tous ces organismes, il y eut une certaine complaisance unanime envers ce Monsieur qui faisait tout son possible pour tromper les prolétaires du Pérou et d'Amérique Latine avec la question du versement de la dette et lorsqu'il y eut des tensions entre les endettés et les créanciers (tous bourgeois, cela va de soi!), tous furent d'accord pour que Alan Garcia paye une quantité beaucoup plus grande sous la table. Dans le fond, ils savaient tous que l'histoire des 10% leur convenait très bien mais il fallait surtout maintenir le mythe. Comme il ne pouvait faire autre chose face à un prolétariat qui s'était mis en marche, ils firent la même chose concernant la répression. On caqueta, on trancha quelques têtes de turc parmi les hauts fonctionnaires de l'Etat et évidemment on continua à réprimer. Le nombre de torture, de prisonniers, d'assassinés dans les prisons (le 4 octobre 1985 eut lieu l'impressionnant massacre à Lurigancho où des dizaines de prisonniers furent brûlés vifs et fusillés), de disparus, non seulement ne diminua pas mais continua à augmenter.

Comme de juste, les Willy Brandt, Mitterand, Guillermo Ungo, Felipe Gonzalez, Olof Palme,... participèrent et se firent complice de tout cela. Ils ont d'ailleurs continué à accueillir et rendre hommage à leur semblable Alan Garcia, comme le véritable progressiste, le véritable anti-impérialiste. En fait, Alan est le type même du progressisme international, de l'anti-impérialisme nationaliste et du social-démocratisme: sanguinaire contre le prolétariat combatif, mille fois assassin de toutes les luttes sociales. La presse internationale, cette répugnante entreprise de dissimulation du crime organisé par l'Etat, faisait le reste: Alan était le "Felipe Gonzalez" d'Amérique, le beau et le plus jeune des présidents de la démocratie latino-américaine, il était même photogénique et son image pouvait être vendue comme celle d'un "bon père de famille". Images et spectacles. Et pendant ce temps, la répression continua plus sanguinaire que jamais, mais internationalement on en parla le moins possible ou quand on en parlait celle-ci était justifiée par la droite ou la gauche de la bourgeoisie mondiale comme suit: "en fait il s'agit de réprimer un groupuscule de fanatiques, de polpotiens", etc. L'impressionnant et sanguinaire massacre de prisonniers subversifs, le 18 juin 1986 à "El Fronton", "Lurigancho" et "Santa Barbara" au Pérou est une conséquence logique de toute cette préparation internationale. Il est la médaille d'or du progressisme anti-impérialiste. En même temps, se tenait, à Lima, avec comme thème principal celui de la paix, le congrès de l'Internationale socialiste (comme le déclarait d'ailleurs Willy Brandt lorsqu'il arriva à Lima: "Nous sommes disposés à apporter notre aide pour la paix et à solutionner les problèmes économiques qui afflige le monde"). Cette coïncidence pourra être considérée par certains comme étant le fruit du hasard, ou encore comme étant le résultat du soulèvement des sentiéristes (qui avaient alors réduit leurs positions à combattre le terrorisme d'Etat, croyant ainsi le rendre plus difficile). Pour nous, au-delà de ces interprétations il y a une unité évidente entre le projet de la paix social-démocrate et le massacre des prolétaires emprisonnés. Reagan ayant à diverses reprises souligné que la guérilla péruvienne était la plus dangereuse du monde, les social-démocrates devaient donc montrer une fois de plus que lorsque le système est en danger, il peut être plus sanguinaire que tous les sanguinaires du monde. La concurrence entre la droite et la gauche, au-delà des divers intérêts économiques qu'elles représentent, se retrouvent ainsi dans le mécanisme de contrôle de répression du prolétariat. Peu importe qu'après, ils créent une ou mille commissions d'enquête pour incriminer les responsables des "excès" (!), ce jeu cynique fait partie des mécanismes normaux de domination et d'oppression bourgeoise. Même si les opérations militaires se décident et se planifient, ils trouvent toujours des alibis, et, pour garder la crédibilité de l'Etat, ils sacrifient tel ou tel de leurs collègues en le désignant "coupables" de ces "excès", de ces "violations des droits de l'homme"! Même au sujet du Viet-Nam, l'Etat Yankee qui considérait le napalm et la guerre chimique comme faisant partie des règles du jeu, a, malgré cela, préféré condamner quelques têtes de turc pour "excès". Et, de voir Mitterrand dont on oublie habilement qu'il était un des chefs protagonistes des massacres d'Algérie, se payer le luxe d'ordonner une enquête pour "retrouver" les mandataires des poseurs de bombes dans le Rainbow-Warrior alors que c'est lui-même qui l'avait commandité. Et c'est à la même fin que servent toutes les enquêtes menées par Monsieur Alan Garcia de l'Internationale socialiste au sujet de l'imposant massacre de prisonniers au Pérou: gueuler contre quelques "excès" pour banaliser la terreur quotidienne.

* * *

La position du prolétariat international ne peut être autre que la solidarité internationale avec les prolétaires du Pérou, parce que dans cette attaque, ce sont ses propres intérêts qui sont attaqués, parce que des femmes, des hommes, des adolescents, des enfants... qui appartiennent à sa propre classe et qui ont les mêmes intérêts sont tués et terrorisés, et cela, quel que soit le drapeau sous lequel ceux-ci ont lutté. Son attitude ne peut être autre chose que de redoubler son action contre toutes les fractions du capital qui a en face de lui, qu'elles soient impérialistes ou anti-impérialistes, conservatrices ou progressistes, populistes ou élitistes, qu'elles soient ouvertement complices ou qu'elles se cachent (voyez là ceux qui pleureront la mort au nom des démocratiques droits de l'"homme"); contre toute la bourgeoisie que nous avons face à nous dans toutes les parties du monde. Mais cette solidarité internationale s'organise et se dirige, c'est là la tâche des militants révolutionnaires et celle-ci ne peut, sous aucun prétexte, être dépendante d'un accord ou non à l'idéologie d'un groupe comme "Sentier Lumineux". Autrement dit, ceux qui, par leur désaccord ou leur opposition à l'idéologie de ce groupe, restent indifférents, ne reconnaissent pas dans les faits une brutale attaque contre la lutte du prolétariat et agissent en conséquence, ne sont ni internationalistes, ni révolutionnaires. Dans le fond, ils deviennent chaque fois plus complice de ce qui se passe au Pérou, de la vision policière de l'histoire ou de la version plus générale qui assimile tout ce qui bouge contre l'Etat au Pérou comme étant le fait de ce groupe qui, lui, s'affiche internationalement comme "marxiste-léniniste-maoïste". Contre cette position, nous affirmons que la résistance prolétarienne (urbaine et rurale) contre la misère extrême est très grande et que depuis des dizaines d'années, le prolétariat de ce pays a mené une lutte très importante qui l'a opposé à toutes les fractions du capital, avec des moments forts et exemplaires au niveau mondial, comme à l'époque de Velasco (qui appelait Fidel Castro pour briser les grèves que ne pouvait briser ni la bourgeoisie de droite ni celle de gauche en présence au Pérou). Nous affirmons aussi que, comme dans d'autres situations similaires sur le continent, la répression sanguinaire (il y a plus de 6.000 disparus) s'organise en conséquence et accuse tout prolétaire de faire partie de tel ou tel groupe militaire désigné comme ennemi public numéro un. Dans ce processus complexe, des milliers de prolétaires ne répondent pas à l'organisation de "Sentier Lumineux". Et même au sein de celle-ci et de la mosaïque confuse de ses diverses positions, il ne manque pas d'expressions qui rejettent totalement son idéologie dominante.

Toutes ces affirmations, nous les faisons sans ignorer que "Sentier Lumineux" à un grand prestige auprès des prolétaires qui luttent et que les mensonges véhiculés à leur sujet (complices du narco-trafic, coupeurs de mains des paysans pauvres, etc.) ne sont crus au Pérou uniquement par ceux qui sont intéressés à maintenir le statu quo. Contrairement à d'autres groupes qui ont mené la lutte armée au Pérou ou dans d'autres pays d'Amérique Latine, comme les Monteneros, les Tupamaros, le MIR chilien, le ELN bolivien, les sandinistes, etc. et qui ont toujours eu une idéologie ouvertement nationaliste et en conséquence une pratique légaliste et réformiste (les Tupamaros découvraient les escroqueries et portaient les preuves aux juges!), de défense des institutions nationales, etc. et qui ont toujours été les ailes armées des grands carnavals électoraux et démocratiques et qui, de plus, se sont pliés à tous les mythes populistes tel l'allendisme, le péronisme, le sandinisme, le gouvernement de Torres en Bolivie, etc. le groupe "Sentier Lumineux" a gardé une position intransigeante, particulièrement vis-à-vis du vélasquisme qui fut considéré, par presque tous les guérilleros du continent, comme quelque chose à soutenir, mais que le "Sentier Lumineux" a, lui, définit comme le pire ennemi, comme un gouvernement réactionnaire, grand bourgeois et fasciste. Alors que les autres groupes étaient l'aile armée d'une gauche bourgeoise classique à laquelle ils ne se sont d'ailleurs jamais affronté mais au contraire, qu'ils flattaient et avec laquelle ils ont toujours flirté, leur permettant ainsi d'être une expression apparemment plus conséquente du vieux populisme national, "Sentier Lumineux" est apparu comme quelque chose de totalement différent, affrontant et la droite et la gauche. Alors que toutes les fractions populistes ou de gauche en général, une fois arrivées au gouvernement, ont continué à affamer et à réprimer le prolétariat, sans que les guerilléristes n'offrent en quoi que ce soit aucune alternative (aussi militaristes soient-ils, leur programme est le même), au Pérou, même dans les périodes où prédominaient les grands mythes populistes nationaux, "Sentier Lumineux" ne se fit pas complice du pouvoir, même si évidemment ce n'est pas suffisant pour pouvoir considérer ce groupe comme organisation d'avant-garde prolétarienne (ce qui, pour nous est impossible d'une organisation "marxiste-léniniste à pensée Mao") ou plus modestement comme une simple organisation prolétarienne. Elle n'a fait que coïncider avec ce qu'étaient les principales luttes prolétariennes en opposition intransigeante à l'Etat.

Il y eut deux moments décisifs dans cette histoire. Le premier sous Velasco alors que "Sentier Lumineux" en était à ses débuts (2). Le second après la chute de Morales Bermudez: c'est alors que commence le processus de démocratisation qui culmina avec le retour de Belande Terry et ensuite d'Alan Garcia, et c'est à ce moment que "Sentier Lumineux", noyau consolidé, pris le chemin de la lutte armée.

La période de Velasco est décisive parce qu'elle exprime plus fortement la tentative des dernières décades d'instaurer un réformisme bourgeois radical (les réelles réformes de ce gouvernement militaire progressiste vont beaucoup plus loin que celle d'Allende), tentative à laquelle, de diverses manières, se sont pliés tout le stalinisme, la social-démocratie et le trotskisme (Hugo Blanco lui-même). "Sentier Lumineux" est alors un des seuls groupes qui dénoncent et luttent contre le régime. Après la mort de Velasco, le régime subit un "tournant à droite"; le bonapartisme de gauche se transforme en bonapartiste de droite, suivant la très connue catégorisation faite par Trotsky. C'est l'ouverture d'une période où toute la gauche passe dans l'opposition et qui lui permet de recrédibiliser et de préparer les conditions nécessaires à l'ouverture d'une nouvelle période de "démocratisation". Quand s'ouvre cette période, s'ouvre aussi un processus général d'unification nationale. Le carnaval électoral se prépare et se concrétise par l'assemblée constituante de 1978 et par les élections de 1980. Ce fut là une nouvelle attaque, sous une autre forme, contre le prolétariat: les mêmes vieux mensonges mais avec une nouvelle tête: les trotskistes et autres réformistes de gauche forment alors une coalition qui obtient la majorité aux urnes. Les consignes de la gauche devenaient une réalité: l'assemblée constituante devenait effective et les trotskistes présenteront des "motions rouges" et autres clowneries sans précédent. Le carnaval électoral arrivait à son apogée tandis que la situation du prolétariat continuait à empirer.

Nous aurions pu penser qu'une l'idéologie manifestement staliniste comme celle de "Sentier Lumineux" les aurait conduit à participer à ce carnaval. Mais non, il y a d'autres raisons qui pesaient plus dans la balance (les intérêts matériels des hommes et des femmes qui le composent) et ici non plus "Sentier Lumineux" ne s'est pas rendu complice du pouvoir; au contraire, il a déclaré la guerre aux élections: le 17 mai 1980 "Sentier Lumineux" brûle les urnes à plusieurs endroits du département de Ayacucho. Tous ces faits ont amené "Sentier Lumineux", non pas à être d'accord avec le peuple qui s'oppose à tel ou tel régime répressif comme c'est le cas pour les autres guérilleros, mais à se ranger aux côtés du prolétariat face au grand moment d'unité nationale. Et c'est pour cela que Reagan considère la guérilla au Pérou comme la plus dangereuse du monde. Dans le développement de ce processus qui ne laisse au prolétariat d'autres moyens que de développer encore plus sa lutte violente contre la bourgeoisie et son Etat, "Sentier Lumineux" continue à coïncider dans l'action avec d'importantes luttes ouvrières, à absorber les militants qui rompent avec toutes les autres organisations. "Sentier Lumineux" apparaît de plus en plus comme l'unique structure capable de donner une cohérence au nombre toujours croissant d'actions directes du prolétariat, dans les villes et les campagnes, alors que tous les autres groupes de gauche s'unissent objectivement contre tous les intérêts ouvriers au nom de la condamnation du terrorisme en général et de la défense de démocratie.

Ce que nous disons à propos de "Sentier Lumineux" n'est pas une opinion subjective, nous ne pensons pas confondre la réalité objective et éventuellement le fait de prendre nos désirs pour la réalité. Nous ne faisons pas ici l'apologie de "Sentier Lumineux", au contraire, nous considérons le surgissement de ce type de groupes comme un danger pour l'autonomie classiste, comme un danger pour le développement des positions prolétariennes et l'organisation d'une véritable avant-garde communiste (il existe bien quelques camarades et groupes qui ont des positions internationalistes mais dont la pratique sociale est, pour le moment, très peu conséquente), mais nous devons la reconnaître comme une réalité sociale objective.

Nous n'avons pas d'éléments pour considérer "Sentier Lumineux" (ou le PCP comme il s'autodéfinit) comme une organisation bourgeoise au service de la contre-révolution. De ce que nous connaissons de sa pratique au feu de la lutte (contrairement à tous les groupes marxistes-léninistes-maoïstes partout dans le monde) nous ne pouvons pas plus dire qu'il ait été directement de l'autre côté de la barrière. Cependant nous soutenons que leurs conceptions sont néfastes pour la lutte du prolétariat et que, loin de le préparer à l'insurrection, il l'entraîne dans le cul de sac de la "guerre populaire prolongée", sans perspective prolétarienne, révolutionnaire. Tous les documents que "Sentier Lumineux" a rédigés sont basés sur le plus stricte stalino-maoïsme. Nous rejetons globalement son idéologie "mariateguiste", sa non-rupture programmatique avec le vieux PCP en droite lignée de Mariategui (malgré les innombrables divisions organisationnelles) qui parlent d'elles-mêmes, dont sa caractérisation de la société péruvienne comme "semi-féodale et semi-coloniale". Nous considérons son idéologie comme absurde et seulement utile à la confusion contre-révolutionnaire. Sa conception de la guerre sociale comme populaire et allant de la campagne vers la ville est contraire aux intérêts de la révolution prolétarienne; sa vision de la paysannerie comme une classe distincte du prolétariat est ouvertement contre-révolutionnaire et divise le prolétariat. Nous rejetons comme contre-révolutionnaire aussi la position qui considère la lutte comme moment d'une révolution "dans l'étape actuelle anti-impérialiste et anti-féodale", ainsi que sa vision considérant que la contradiction principale se situe au sein du "peuple", entre la "démocratie" et la "réaction", de même que le concept de "bureaucratie" qui sont la falsification, négation totale et générale de l'opposition effective entre capital et communisme. Nous rejetons aussi son projet réformiste de constituer une république de nouvelles démocraties... et la liste est encore longue. Pour ceux pour qui tout ceci ne serait pas suffisant, sur le terrain international, le PCP "Sentier Lumineux" apparaît comme une partie intégrante de la constitution du "Mouvement Révolutionnaire Internationaliste", mélange de plusieurs organisations stalinistes et maoïstes de tous les continents avec un document qui, du début à la fin, est une grossière falsification du mouvement communiste international, de tout ce qui se passe et s'est passé dans le monde entier. Nous devons cependant dire que certains militants au Pérou, lié à "Sentier Lumineux", affirment que cette organisation ne reconnaît pas comme militants ceux qui sont hors du pays ni ceux qui auraient participé aux conférences internationales de ce nid de contre-révolutionnaires. Mais même à ce sujet, les informations sont contradictoires. Ce qui reflète d'ailleurs les divergences réelles et profondes qui existent au sein de "Sentier Lumineux". Cette hypothèse nous paraît la plus plausible étant donné les informations que nous avons et qui proviennent de divers endroits, non pas tant au sujet des divergences internes propres à ce groupe (3) mais bien plutôt sujet de l'hétérogénéité réelle d'un mouvement social qui ne correspond absolument pas avec les frontières qu'en donne "Sentier Lumineux". En effet, nous sommes sûrs qu'il y a des camarades internationalistes qui n'ont jamais été stalinistes ou qui ont rompu avec le trotskisme et toute l'idéologie de la gauche bourgeoise et qui, malgré des difficultés de contact, continuent, comme nous, à rejeter toute l'idéologie de "Sentier Lumineux", avec cependant d'énormes difficultés à apparaître comme alternative au sein du réel mouvement social de lutte contre le capital et l'Etat, au Pérou, étant donné l'identification opérée par la droite, par la gauche, par tous les moyens de diffusion, de répression... ainsi que par beaucoup de prolétaires... entre toute action violente contre les régimes et les sentiéristes. Dans tous ces cas, et surtout dans les actions comme la lutte dans les prisons (où, même la presse officielle reconnaît qu'il y en a beaucoup qui n'appartiennent pas à "Sentier Lumineux") (4) il y a toujours le risque que la coïncidence en action et la répression fassent perdre aux groupes révolutionnaires leur autonomie organisative et programmatique. Nous n'avons pas suffisamment d'informations pour pouvoir affirmer clairement jusqu'à quel point, dans ce processus, un ensemble de luttes et d'actions ne sont pas dirigées par le groupe central de "Sentier Lumineux" et préservent une autonomie programmatique et organisative vis-à-vis de ce groupe (ou d'autres qui ont une idéologie similaire) ou encore, si celles-ci sont dirigées indirectement par "Sentier Lumineux". De toute façon, nous croyons que se désolidariser des réprimés sous prétexte qu'ils sont des staliniens, maoïstes ou autres, c'est se faire complice de l'Etat et de toute la presse internationale qui identifie "Sentier Lumineux" et son idéologie au prolétariat qui est, et de manière sanguinaire, réprimé aujourd'hui au Pérou.

Redoublons notre lutte sociale contre le capital partout où nous le pouvons; soyons solidaires avec le prolétariat au Pérou.

Et n'oublions pas que cette solidarité effective est aussi la critique impitoyable de tous les culs-de-sac, de toutes les alternatives bourgeoises telles que la guerre populaire ou la guerre paysanne.

Une fois de plus, les faits appellent tragiquement à constituer une véritable internationale révolutionnaire, une seule force organique au niveau mondial, contre toutes les alternatives populistes "marxistes-léninistes" et démocratiques, pour la révolution communiste partout, pour la destruction du système capitaliste dans le monde entier!

* 30/6/1986 *

* * *

"Le prolétariat revendique une seule guerre: la guerre civile contre toutes les bourgeoisies."
Communisme - 1937

* * *

Notes :

1. Au sujet de la "dette extérieure", voir Comunismo No.19 et 21.

2. Ceci n'est pas un texte sur ce groupe ni une définition complète de leurs contradictions; ce qui requerrait un travail spécifique sérieux. Mais il nous paraît important d'expliquer en quelques mots les origines de ce groupe. Le parti stalinien classique du Pérou se scinde en 1964 au sujet de la question agraire. A partir de ce moment, les pro-russes se feront connaître au travers de leur revue Unidad, PCP "Unidad" pendant que les pro-chinois s'identifieront comme PCP "Drapeau rouge". Ceux-ci se scinderont a leur tour en divers courants. En 1965, se dégagent deux groupes: le PCP marxiste-léniniste et le FALM. En 1968, se produit une scission très importante qui donnera naissance à une importante organisation de masse réformiste: le PCP "Patrie rouge". Cependant, la lutte au sein du PCP "Drapeau rouge" continue et dirige, à partir du secteur de Aji Prop Abimal Guzman (l'actuel président Gonzalo) la lutte contre la direction de fer, jusqu'à ce qu'en 1970 se produise formellement la scission. Les deux fractions continuent à publier une revue appelée "Drapeau rouge". Si le secteur de Guzman a commencé à se faire connaître comme "Sentier Lumineux", cela est dû au fait qu'une de ces organisations de base très importante s'appelait "Front révolutionnaire estudiantin pour le sentier lumineux de Mariategui". Après presque une décade de travail quasi exclusivement théorique, même si on y faisait toujours référence à une phase de "reconstruction du parti", se constitue, en 1980, la ligne de la "lutte armée". Il faut signaler que ce sont intégrés à ce groupe, différents groupes et individus provenant de "Avantgardes Politico-Militaire", de "Patrie rouge" et du groupe majoritaire "Avant-garde Prolétarienne Communiste".

3. Le maoïsme non formellement stalinien est la ligne la plus officielle mais il existe aussi des positions plus ouvertement staliniennes comme, par exemple, certains tendances pro-Enver Hoxha.

4. Par exemple, le Directeur de "Equis X", Juleo Cabrera Moreno, un bon et bien pourri démocrate journaliste dit cela à sa manière: "Il s'est avéré que, dès le début, une grande quantité s'était retrouvée là sans rien à voir avec le Parti Communiste du Pérou (Sentier Lumineux). Mais déjà dans les prisons, poussés par les tortures et maltraitements continus, ils ont repris à leur compte les dogmes des sentiéristes."


CE25.5 Solidarité internationale avec le prolétariat et ses prisonniers au Pérou