1. Introduction

Nous avons déjà largement critiqué une série de concepts tels le "tiers monde"; le capitalisme "d'Etat"; la société de "consommation"... comme étant non seulement des concepts ambigus et faux mais, directement des armes pratiques de la contre-révolution dans sa lutte pour détruire, détourner, piller... le programme révolutionnaire. Il en va de même pour le concept de "bureaucratie" qui, au "mieux" est une nette altération de l'affrontement polaire fondamental entre prolétariat et bourgeoisie et au "pire" signifie la défense, même critique, d'une "forme" de dictature mondiale du capital. Le concept de "bureaucratie" rejoint et complète ainsi dans une certaine mesure celui du capitalisme "d'Etat" que nous avons déjà critiqué (1). ce petit texte peut donc être compris comme un complément à celui contre le mythe du capitalisme "d'Etat" d'autant plus que la plupart du temps les tenants du capitalisme "d'Etat" sont les mêmes que ceux qui défendent le concept de société "bureaucratique".
 
 
 
 

2. Aux origines des conceptions de la "bureaucratie"

La conception de la "bureaucratie", et pour nous "conception" signifie directement pratique sociale, prise de positions politiques, trouve essentiellement son origine dans la tentative de Trotsky (et à sa suite des multiples variantes trotskistes et conseillistes) (2) de définir et d'expliquer la nature sociale de l'URSS à la fois comme "toujours" socialiste et prolétarienne mais en "dégénérescence" (et cela depuis plus de 70 ans!). De là est née la caractérisation de l'URSS comme "bureaucratiquement dégénérée" c'est-à-dire comme "socialiste" mais malade de la "bureaucratie". Dans la conception de Trotsky, la "bureaucratie" est un épiphénomène, une maladie superstructurelle n'entachant en rien la nature sociale des rapports de production "socialistes" en URSS. La lutte "anti-bureaucratique" signifie donc uniquement la liquidation du "parasite bureaucratique" par une "révolution politique" au sommet; pour parler crûment le remplacement de Staline par Trotsky moyennant quelques réformes plus ou moins démocratiques. En ce sens, le trotskisme n'a rien à envier ni du point de vue des méthodes, ni de celui du programme au stalinisme. Une bonne partie des capitulations des différentes "oppositions trotskistes" trouvent d'ailleurs une de leur raison dans la compréhension par les protagonistes de l'identité fondamentale entre le programme de Trotsky et celui de Staline. Il est de notoriété publique que ce dernier appliqua les principales propositions de Trotsky (militarisation du travail, liquidation des "koulaks"; répression anti-ouvrière, développement de l'industrie lourde, entrisme dans les fronts nationalistes (cf. Kuomintang)...). Staline pouvait ainsi cyniquement rappeler: Trotsky est donc bien: "un Staline manqué!"

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Il est également vrai que le "phénomène bureaucratique" a toujours existé comme produit des différents Etats comme production plus ou moins développée par l'appareil d'Etat d'individus représentant le mieux l'intérêt collectif et impersonnel de la classe dominante. En ce sens le "phénomène bureaucratique" a été toujours la mise en avant de caractères techniques des qualités de gestion et de direction propres aux différents modes de production. C'est cette réalité qui a permis d'élaborer l'idéologie d'une "couche particulière" voire même d'une "nouvelle classe" ayant donc des besoins et intérêts spécifiques qui détermineraient un projet social propre (lequel?!), la différenciant de toutes les autres classes. Or, l'intérêt particulier qui "différencierait" le mieux "la bureaucratie" est la défense globale du système dominant et de son garant: l'Etat. Les "bureaucrates" sont ainsi les "meilleurs" défenseurs de l'Etat et ce, au même titre que les appareils centraux de ce dernier: l'armée et la police. Ce sont eux et la "bureaucratie" qui maintiennent en dernière instance la pérennité et la continuité de l'Etat et donc du système dans son ensemble. Si dans la définition marxiste l'Etat est: l'organisation de la classe dominante en force; les "bureaucrates" représentent au sein de cette organisation, comme l'exprimait déjà Marx: La "bureaucratie" n'a donc pas d'intérêts et de besoins particuliers qui la différencieraient, au sein du mode de production capitaliste, du reste de la bourgeoisie. Mais, au sein de la bourgeoisie organisée en tant que classe dominante, en tant qu'Etat, elle représente au mieux par la sélection (purification) des éléments les plus adéquates, la défense de la globalité du système indépendamment à la fois de leurs intérêts individuels (qui comme l'explique Marx "fusionnent" avec ceux de l'Etat. C'était déjà l'aliénation institutionnelle!!) et des luttes fractionnelles inter-bourgeoises. En ce sens, quelle que soit la fraction bourgeoise au gouvernement c'est toujours les appareils centraux de l'Etat (armée - police - syndicats - églises - "bureaucrates"...) qui, dans la réalité pratique maintiennent et garantissent le bon fonctionnement du système en tant que totalité. De là, découle d'ailleurs le caractère quasi inamovible de la "bureaucratie".

La "sociologie de la bureaucratisation", fortement à la mode dans les années 50 (Max Weber, les "Argumentistes", Egber Morin, Lapassade, le groupe Socialisme ou Barbarie jusqu'aux situationnistes) n'est en fait que l'expression de la spécialisation d'une partie de l'appareil d'Etat qui, du fait de cette spécialisation technique représente de plus en plus le caractère impersonnel du capital, indépendamment de la lutte entre les différentes fractions inter-bourgeoises. La "bureaucratie" n'est donc surtout pas ni un "nouveau phénomène" (tout Etat développe sa bureaucratie propre) ni une "nouvelle classe" mais la purification et la sélection au sein de la classe dominante, de représentants de plus en plus désignés en fonction de leurs qualités propres de défenseurs impersonnels des rapports de production dominants. En ce sens, de plus en plus ce n'est plus le sang, l'origine sociologique, la famille qui détermine la fonction dirigeante mais la capacité à défendre la globalité des intérêts du mode de production dominant. Le caractère impersonnel de la défense du mode de production capitaliste (qui de par son essence propre - généralisation de l'échange sous la forme marchande) est d'autant plus développé que celui-ci induit plus que tous les modes de production qui l'ont précédé la dépersonnalisation des rapports sociaux; chaque individu n'est plus qu'une marchandise, et le monde des marchandises se personnifie - en tant que rapport entre choses mortes au travers des rapports entre prolétaires et bourgeois (3). Le fameux "caractère fétiche de la marchandise et son secret" (Le Capital - chapitre Premier) est bien l'expression générale du caractère "objectivé"; réifié des rapports entre "hommes".

La réification liquide ainsi du point de vue capitaliste par la déshumanisation généralisée ce qui restait encore d'humain dans les rapports entre les hommes des modes de production précédant le capitalisme. Le seigneur féodal avait encore une perception et une connaissance de ses serfs attachés à sa terre; pour le bourgeois qui achète la force de travail du prolétaire, la seule chose qui l'intéresse c'est la marchandise force de travail (et sa qualité propre de création de survaleur) indépendamment de "l'homme" qui la lui vend; ce dernier peut d'ailleurs crever car il sera remplacé immédiatement par un autre prolétaire toujours en surnombre par rapport aux capacités mêmes du système capitaliste. C'est en ce sens que "l'égalité démocratique" est pleinement réalisée par le capitalisme; au sein du monde des marchandises chaque marchandise est réellement égale et échangée équivalent contre équivalent. (4)

Le capitalisme développe donc plus que tout autre mode de production la caractère impersonnel de sa domination; impersonnalité représentée par des hommes choisis pour leur qualité à défendre l'intérêt global du système et non pour leur intérêt personnel voire même l'intérêt de telle ou telle fraction bourgeoise.

Le phénomène "bureaucratique" (avec sa connotation "bureau") n'est donc absolument pas réductible à la vision anti-paperasserie et parasitaire du bon peuple; au contraire il s'agit, au sein de l'appareil d'Etat (et encore une fois, pour nous, il s'agit de l'Etat capitaliste mondial) de la sélection de gestionnaires (et non de propriétaires privés au sens juridique) pleinement capables de maintenir et de garantir la continuité de la dictature capitaliste indépendamment des aléas et des changements circonstanciels dans la forme de cette dictature. Ce phénomène qui n'est donc que la purification et la plus grande adaptation de l'Etat aux besoins globaux de la valorisation est un phénomène universel, des USA à la Chine populaire; de l'URSS à la Patagonie. C'est toujours plus et partout que le renforcement de l'appareil d'Etat (renforcement face à la menace prolétarienne) implique de développement de représentants les plus adéquats des intérêts, globaux, mondiaux et impersonnels du système d'esclavage salarié. En rien, il ne s'agit d'une couche "parasitaire" ayant des intérêts propres; d'une nouvelle "classe de gestionnaires - technocrates" au contraire, il s'agit toujours plus et partout du développement au sein de l'appareil d'Etat et donc au sein de la classe bourgeoise dominante de sa capacité à défendre et à organiser la société dans l'intérêt global des rapports de production capitaliste.

La mise en avant, par tous les "socialo-gauchistes", du "phénomène bureaucratique" comme une "excroissance parasitaire" comme un développement délirant à la Kafka - Orwel, ne sert, en la caricaturant, qu'à obturer le sens réel du développement de la force de l'Etat bourgeois. A force de voir les "bureaucrates en lustrine" courant dans tous les sens pour surtout ne rien faire de "productif" on se refuse - de voir la réalité du renforcement de l'appareil d'Etat, de sa réelle préparation à la guerre civile qui se profile de plus en plus à l'horizon social. La lutte contre la bureaucratie qui comiquement unifie les trotskistes jusqu'aux fascistes n'est donc, qu'un écran de fumée visant à camoufler partout dans le monde le renforcement de l'appareil d'Etat; le renforcement de la terreur étatique (complémentarité entre terreur potentielle et cinétique).

Il n'y a donc pas l'apparition d'une "nouvelle maladie" (le "SIDA bureaucratique") produite de la "décadence" du système bourgeois (5) d'une pathologie déforçant la fonction centrale de l'Etat; il s'agit au contraire du renforcement de cette fonction centrale: l'organisation et la défense terroriste du système mondial d'esclavage salarié, et de ce point de vue bourgeois le plus impersonnellement global. Il n'y a donc en rien "bureaucratisation du monde" (au sens qu'en donne l'ex-trotskiste B. Rizzi dans son livre paru aux éditions Champ Libre: "l'URSS: collectivisme bureaucratique: La bureaucratisation du monde") ni dans l'apparition d'un "nouveau phénomène" (il n'y a que toujours plus renforcement de l'Etat bourgeois), ni à plus forte raison comme une dégénérescence de l'Etat dans l'acception marxiste à savoir: l'organisation en force de la classe dominante afin de maintenir la pérennité de son système. A ce niveau, "le mythe de la bureaucratie" signifie essentiellement le camouflage sociologique à la fois du développement des antagonismes de classe (bourgeoisie contre prolétariat) et, dans le développement de cet antagonisme; le renforcement global de l'Etat capitaliste mondial.
 
 
 
 

3. L'URSS: soi-disant archétype de la "bureaucratisation du monde"

Enormément de "théoriciens" de la "bureaucratie" basent leurs analyses sur l'apparition d'un "nouveau" phénomène: le stalinisme qui développerait une "nouvelle" classe (ou couche) soi-disant non propriétaire des moyens de production (juridiquement mais en fait réellement gérante de l'appropriation privative collective effectuée par la bourgeoisie dans son ensemble). Et, d'essayer ainsi de maintenir le mythe du "socialisme en un seul pays" même si ce "socialisme" est analysé comme "bureaucratiquement dégénéré". La fonction essentielle de ces théories est de ne surtout pas analyser les rapports de production capitaliste comme un système mondial dévoilant l'idée même "du socialisme en un seul pays" comme l'un des plus grands délires contre-révolutionnaires. Il s'agit dans la tête de tous ces idéologues du capital de démontrer une "spécificité soviétique" même s'ils se situent toujours critiquement face à l'évident maintien de l'exploitation de l'homme par l'homme. Le corollaire de la "nouveauté stalinienne". "Le capitalisme d'Etat" ayant à sa tête une "nouvelle classe": la "bureaucratie"; est bien entendu l'altération de la contradiction fondamentale du capital: l'antagonisme toujours plus développé entre prolétariat et bourgeoisie. En effet, à l'atténuation de la force bourgeoise -organisée en Etat- par l'apparition de la "nouvelle classe bureaucratico-parasitaire" (les "apparatchiks"; la "nomenklatura") correspond l'atténuation, la dissolution du prolétariat au sein d'un nouveau conglomérat populiste: les "exécutants". Il n'y aurait ainsi plus de contradiction prolétariat/bourgeoisie (et donc plus de capitalisme!) mais une nouvelle contradiction entre "dirigeants" et "dirigés" entre "gestionnaires bureaucratiques" et "exécutants" au sein d'un "nouveau capitalisme" appelé "Etat ouvrier dégénéré" (pour les trotskistes les plus bêtement orthodoxes) ou plus couramment "capitalisme d'Etat" (pour les trotskistes plus radicaux et les différentes variantes conseillisto-anarchistes). Tous sont pourtant d'accord de partir du "phénomène Russe" de "l'archétype stalinien" pour "démontrer" la "nouveauté" des rapports sociaux en URSS ("ni socialiste, ni capitaliste" entre les deux,...) et ainsi renforcer même critiquement le mythe du "socialisme réel" pour ensuite généraliser les "pseudo-nouvelles tendances nées" en URSS au reste du monde. Le "phénomène bureaucratique", mis en avant par Trotsky et ses épigones pour ne surtout pas reconnaître le caractère bourgeois de l'URSS (et à plus forte raison ne pas reconnaître que le capitalisme n'a pas été détruit en URSS = pas de destruction en un seul pays!), est généralisé au reste du monde assimilant au passage ainsi le mythe du néo-capitalisme (le capitalisme qui aurait résolu ses crises et donc dépassé sa contradiction fondamentale bourgeoisie/prolétariat tant vantée dans les années 60) à la "bureaucratisation du monde" (6). Le mythe bureaucratique correspondant ainsi bien à la dénaturation profonde de la domination mondiale du capital et de sa loi: la loi de la valeur, au profit d'une "nouvelle" vision, (dépassement du capital par lui-même et/ou "nouvelles formes" produites de sa pseudo-décadence) d'un "monde bureaucratisé" où donc les vieilles méthodes de lutte prolétarienne, l'action directe; la lutte classe contre classe, l'insurrection armée, la dictature du prolétariat pour l'abolition du travail salarié... ne seraient plus valables. Il ne reste plus alors qu'à faire que les "exécutants" participent plus consciemment au système et que les "dirigeants" soient plus démocratiquement désignés... En bref, le retour de la vieille soupe démocratico-proudhonienne de l'autogestion même "généralisée". Partir donc du "cas soviétique" pour ne pas voir en quoi il ne s'agit surtout pas d'un "cas à part", d'une "nouveauté" mais au contraire de la continuité de la dictature mondiale du capital, c'est inévitablement en arriver à nier la réalité même de cette dictature. La force de l'analyse marxiste réside justement dans la compréhension de l'invariance tant du programme révolutionnaire que celui de la contre-révolution. La révolution mondiale n'a pu vaincre dans les années 17-23; c'est donc mondialement et indépendamment des formes phénoménologiques: staliniennes, fascistes, nazies, fronts populaires, parlementarismes,... que la contre-révolution impose la loi de la valeur et la dictature capitaliste. C'est déjà ce qu'avait compris la gauche dite italienne lorsqu'elle notait: Il n'y a donc pas de "cas soviétique" généralisable au reste du monde; il y a la réalité mondiale du capital qui s'exprime au-travers du renforcement de son organisation en force et donc en Etat par la mise en avant de plus en plus marquée des meilleurs défenseurs -collectifs et impersonnels- des rapports de production capitaliste. La bourgeoisie est mondiale. Il n'y a donc, pour nous, aucun problème à ne voir aucune différence fondamentale entre un "manager" de Boston et son confrère de Shangai; au-delà des couvertures idéologiques, le maintien de leur place individuelle au sein de l'appareil d'Etat dépendra en dernière instance dans les deux cas de leur capacité à faire toujours plus cracher de la survaleur aux prolétaires qu'ils ont comme fonction d'exploiter; même s'ils ne sont pas eux-mêmes à titre personnel et juridique: "propriétaires des moyens de production". (8) Ils ne sont que les représentants physiques du système d'esclavage salarié; (et ne sont pas plus ou moins envahis par la paperasserie); ils sont avant tout: des bourgeois défendant au mieux les intérêts globaux de leur classe.
 
 
 
 

4. Anti-bureaucratisme = anti-autoritarisme

Comme nous l'avons vu, le "phénomène bureaucratique" est essentiellement la cooptation au sein de l'Etat des éléments les plus adéquats à la défense globale du système, indépendamment (en tout cas le plus possible) des luttes inter-bourgeoises. Ce processus a, par ailleurs, toujours existé dans tous les Etats des modes de production précédant le mode de production capitaliste même en opposition formelle à l'idéologie de la classe dominante. Nous avons pu ainsi voir la mise en avant d'individus (et/ou de groupes d'individus) n'appartenant pas "formellement" à la classe dominante mais là représentant en tant que classe; en tant que collectivité d'intérêts jusqu'à fonder dans le mode de production asiatique, par exemple, de nouvelles dynasties (cf. l'unification de la Chine par Qinshi Huangdi - IIIème siècle avant J.C. puis les multiples successions de "Jacqueries" portant à la tête de l'Etat de "nouveaux empereurs" n'appartenant pas "directement" à la classe dominante; les Hans, les Suis, les Songs, les Mongols (les Khans)...) (9). De la même manière le développement du capitalisme contre notamment la féodalité se traduisit par la cooptation de bourgeois seuls réellement capables d'épauler la royauté dans sa lutte contre les nobles (cf. Louis XIV et Colbert,...).

Ainsi le phénomène de cooptation au sein de la classe dominante, d'individus n'appartenant pas "originellement" à cette dernière est également un phénomène permanent des sociétés de classe. L'origine sociologique étant bien entendu moins importante que la réelle capacité 'à assumer des fonctions au sein de l'appareil d'Etat. Les exemples foisonnent ainsi d'individus et de groupes cooptés pour leurs capacités techniques (et formellement en contradiction avec leur origine sociologique) au sein de la classe dominante et représentant même mieux les intérêts collectifs et globaux de cette dernière que tel ou tel rejeton d'une vieille famille dominante. Ce processus évidemment ultra-valorisé au sein de la démocratie -règne de la dictature capitaliste- s'exprime pleinement au travers de la cooptation de pseudo-chefs ouvriers mis en avant pour assumer les tâches d'avant-garde de la contre-révolution (et leur pseudo-qualité "d'ouvrier" n'est pas pour rien dans leur capacité technique à écraser le prolétariat). L'exemple de "l'ouvrier Noske" massacreur en chef du mouvement communiste en Allemagne parle de lui-même. Evidemment la mise en avant d'un Noske ou aujourd'hui d'un Walesa par la bourgeoisie signifie essentiellement que cette dernière a bien compris la nature contre-révolutionnaire non seulement des individus mais des organismes dont ils sont les chefs (en l'occurrence de la social-démocratie pour le premier et du syndicalisme pour le second). L'existence d'un Noske ou d'un Walesa matérialise la réalité de l'essence bourgeoise tant de la social-démocratie, que du syndicat "Solidarité". Et c'est justement parce que ces organismes sont intégrés ouvertement aux appareils d'Etat que certains de leurs représentants les plus en vues se retrouvent promotionnés à des postes clés de la répression contre-révolutionnaire. Il ne s'agit donc pas de la "trahison" de tel ou tel ("trahison" qui proviendrait de leur position de "bureaucrate ouvrier") mais de l'expression au travers d'un tel ou un tel de la nature et de la fonction bourgeoise des organismes qu'ils dirigent. Contrairement aux mythes "anti-bureaucratiques" qui n'en reviennent qu'au plus plat "anti-autoritarisme"; ce n'est pas parce qu'ils sont "bureaucrates" (et/ou chefs) qu'ils sont "cooptés" et intégrés directement à l'Etat bourgeois, c'est au contraire parce que les organismes qu'ils dirigent ont démontré pratiquement qu'ils défendaient essentiellement les intérêts bourgeois; les intérêts de la classe dominante. La lutte "anti-bureaucratique" chère à tous les gauchistes (trotskistes, M-L, anars jusqu'aux conseillistes) au sein d'organismes tels les syndicats voire les partis pseudo-ouvriers (PS, PC,...) n'en revient en fait qu'à camoufler la nature contre-révolutionnaire de la totalité de ces organismes en focalisant l'attention sur les "méchants bureaucrates" comme hier d'autres focalisaient l'attention des prolétaires contre les "mauvais chefs". Ce mécanisme est particulièrement pernicieux, il s'agit d'empêcher la lutte pratique contre par exemple le syndicalisme (en tant que totalité pratico-idéologique) en détournant toutes tentatives des prolétaires en lutte pour s'organiser en dehors et contre les syndicats en "lutte" interne à ces organismes (partie intégrante et active de l'Etat capitaliste) contre les "chefs bureaucrates" contre "les bonzes". La lutte "anti-bonzes" (fusion de l'anti-bureaucratisme et de l'anti-autoritarisme) ne sert qu'à désigner un bouc émissaire aux pratiques contre-révolutionnaires des syndicats pour surtout défendre l'essence même de ces pratiques contre-révolutionnaires le syndicalisme sous toutes ses multiples formes! (assembléisme, gestionisme, démocratisme "ouvrier",... scission entre luttes dites politiques et dites économiques,...). Focaliser les critiques contre les "bonzes" en revient exactement à la vieille tactique stalinienne d'attaquer les "120 familles" capitalistes (ou tel ou tel individu) pour essentiellement défendre le capitalisme en tant que rapport social mondial. C'est le propre même du gauchisme (dans son acception actuelle) que d'attaquer telle ou telle expression phénoménologique (et donc aussi réelle) pour ne pas attaquer la globalité du système. A l'inverse, la méthodologie marxiste parce qu'elle s'attaque à l'essence même du système peut intégrer la destruction de toutes les expressions phénoménologiques dans sa lutte contre la totalité du système. En ce sens la liquidation des "bonzes syndicaux" est conditionnée (même si parfois simultanée) par la réelle organisation des prolétaires en lutte en dehors et contre les syndicats et non, le contraire la lutte "anti-bonzes" n'est en rien la garantie de la lutte contre le syndicalisme. La plupart du temps, la lutte "anti-bonzes" est la couverture du "syndicalisme de base" et autres formes radicalisées de l'idéologie syndicaliste. La liquidation des "bonzes" comme des autres "bureaucrates" n'est donc pour nous qu'un élément conditionné par la constitution du prolétariat en classe organisée en parti et s'affrontant violemment à l'ensemble de l'Etat bourgeois. Désigner au sein de cet Etat des ennemis "uniques et privilégiés": les "bureaucrates", en revient inévitablement à détourner la lutte prolétarienne pour la destruction de l'ensemble du système vers quelques unes des personnifications des rapports sociaux capitalistes permettant ainsi le maintien de ces derniers! (10).

C'est en ce sens que la plupart du temps, la lutte "anti-bureaucratique" ne signifie rien d'autre que le renforcement radical des structures d'encadrement anti-prolétariennes; la critique anti-autoritaire (anti-chef et "anti-bureaucrate") ne servant qu'à détourner le prolétariat en lutte de sa réelle tâche: la destruction de fond en comble de l'ensemble de l'Etat bourgeois pour imposer sa propre dictature: la dictature du prolétariat pour l'abolition du travail salarié!
 
 
 
 

5. Dictature du prolétariat centre bureaucratie

Avec la définition que nous avons développé du "phénomène bureaucratique", en opposition à toutes les théories sociologiques de la "bureaucratisation du monde": la spécialisation/purification au sein de l'Etat d'individus/groupes d'individus représentants le plus adéquatement les intérêts globaux et impersonnels de la classe dominante organisée en Etat; le lecteur pourrait croire qu'au sein de l'Etat ouvrier mondial (période de la dictature mondiale du prolétariat pour l'abolition du travail salarié), le même processus bureaucratique se développerait comme dans tous les autres Etats. Or, il n'en est rien!

La première raison essentielle est que l'Etat ouvrier est fondamentalement un Etat de nature différente de tous les Etats qui l'ont précédé; à la fois il est Etat dans le sens où il est l'organisation de la classe ouvrière en classe dominante et il est anti-Etat (le fameux "semi-Etat") dans le sens où l'organisation et le renforcement du prolétariat en classe dominante (le renforcement de l'Etat ouvrier) signifie directement la tendance à son extinction; la tendance à l'auto-négation du prolétariat. Le processus transitoire peut donc s'exprimer schématiquement ainsi: au plus le prolétariat se renforce en tant que classe dominante, en tant qu'Etat (de la même manière que le pôle révolutionnaire du prolétariat, son auto-négation se généralise à l'ensemble de la société) au plus que s'éteignent les fonctions centrales de l'Etat, s'éteint la nécessité même d'un Etat. C'est déjà la problématique de cette dynamique fondamentale qui a séparé originellement les marxistes des bakouninistes au sein de l'AIT.

Chaque renforcement de l'Etat ouvrier (c'est-à-dire chaque mesure qui va à l'encontre de la loi de la valeur, qui permet la généralisation du pôle révolutionnaire du prolétariat: la négation du prolétariat par lui-même) se traduit, paradoxalement pour la logique vulgaire, par son dépérissement. Et, au contraire, chaque phase/moment de recul, de réémergence du capitalisme (et donc de ses représentants physiques: les bourgeois) se traduit par la consolidation de l'Etat en tant qu'expression, non plus de la dynamique transitoire, mais en tant qu'expression du ralentissement du processus révolutionnaire; ralentissement de la destruction de la valeur et donc ralentissement de la négation du prolétariat en tant que "classe" toujours plus exploitée même si révolutionnaire et dominante. Toutes les faiblesses du prolétariat dans sa dictature, dans son caractère révolutionnaire et organique s'exprimeront ainsi notamment par des "crispations étatiques" ou, plus exactement au plus le rapport de force sera en sa défaveur, au plus le prolétariat se verra encore contraint de se maintenir en tant qu'Etat matérialisant ainsi le ralentissement du processus d'unification, d'extension de l'organicité révolutionnaire du prolétariat (la constitution d'une communauté humaine). Alors que, ce qui matérialisera, au plus haut point la force prolétarienne sera la destruction de toutes les médiations/séparations, sera son auto-négation, son extinction en tant qu'Etat par la liquidation de la valeur. La force prolétarienne réside essentiellement dans sa capacité à développer la dynamique -le mouvement- de la période de transition; la faiblesse sera exprimée par tout ce qui entravera cette dynamique d'unification/généralisation de la "Gemeinwesen".

Deuxièmement, la période de transition (dictature révolutionnaire du prolétariat) qui va du capitalisme (nous dirions plus exactement "contre") au communisme se différencie également de toutes les autre "périodes de transition" que l'histoire des sociétés de classe a connu. En effet, toutes les autres "périodes de transition" de l'esclavagisme à la féodalité; du "despotisme asiatique" et autres modes de production au capitalisme; des communautés primitives aux premières sociétés de classe,... sont des "transitions" aux sein du même cycle de la valeur qui partent de la dissolution du communisme primitif par l'échange jusqu'à l'aboutissement universel de la domination de la valeur; le capitalisme. En ce sens s'il y a "transition" c'est au sein d'un même processus (continuité et toujours plus grande affirmation de la valeur comme sujet de la préhistoire humaine). C'est la raison essentielle qui explique à chaque fois la non-destruction, par la classe révolutionnaire prenant le pouvoir, de l'Etat de la classe battue mais son occupation et ré-utilisation dans l'intérêt de la nouvelle classe dominante.

Or, pour le prolétariat, encore une fois, la question de sa période de transition se pose fondamentalement différemment car il s'agit de la transition entre la totalité que représente le cycle de la valeur (cycle des sociétés de classe - préhistoire de l'humanité) et un tout autre processus; l'ouverture de l'histoire consciente de l'humanité: le communisme. C'est pourquoi, le prolétariat doit lui, détruire de fond en comble l'Etat bourgeois et non, l'occuper. A la destruction de l'Etat bourgeois correspond l'émergence de l'Etat ouvrier qui n'a rien à voir avec tous les Etats qui l'ont précédé. C'est une contingence imposée par le passé (maintien des antagonismes de classe) mais qui contient déjà en lui (pôle révolutionnaire) le futur de l'humanité. Contrairement à tous les autres Etats, l'Etat ouvrier contient en lui sa propre destruction, sa propre extinction et ce parce que la classe ouvrière, organisée en Etat et dirigée par le Parti Communiste Mondial a comme besoin, intérêt et projet: l'abolition de toutes les classes (et donc de l'Etat). C'est, en fait, à un autre niveau, la même problématique qu'exprime le fait -comme nous l'avons vu- que l'Etat Ouvrier est à la fois Etat et anti-Etat.

La spécificité de la dictature ouvrière s'explique donc parce qu'elle est transition et rupture radicale avec des siècles de domination de l'homme par l'homme; qu'elle est la dernière dictature de l'histoire et en même temps la réalisation en acte de la négation de toute dictature (11). La période de transition du capitalisme au communisme est donc fondamentalement mouvement; dynamique dont l'Etat ouvrier est à la fois produit et agent; est à la fois Etat dans le sens de la domination exclusive d'une classe sur la société et anti-Etat dans le sens de l'extension de ses fonctions à l'ensemble de la société et donc de son extinction progressive. Cette double réalité qui n'est en fait que l'expression du fait que le projet de la classe dominante (le prolétariat) est l'abolition de toutes les classes et donc d'elle-même, peut paraître paradoxale, contradictoire aux yeux tant des idéalistes anarchistes qu'à ceux matérialistes vulgaires des sociaux-démocrates; mais, comme le notait déjà Bilan:

C'est donc dans le cadre, schématiquement tracé ici, de la dynamique de la période de transition qu'il nous faut situer la question de la "bureaucratie".

A tous les niveaux de l'organisation, de la centralisation du prolétariat révolutionnaire; en classe; en classe dominante (Etat); en parti mondial, peut exister; apparaître; se développer une "bureaucratie" dans le sens de la prédominance des caractères "techniques" sur le programme communiste. En ce sens, cette "bureaucratie" n'est rien d'autre qu'une des expressions de la réappropriation (= non disparition) de la loi de la valeur, du capital et donc de leur personnification: la bourgeoisie. Cette bureaucratie n'est donc pas neutre mais exprime fondamentalement les faiblesses programmatiques du prolétariat, le ralentissement de la lutte contre la valeur; exprime les entraves à la dynamique transitoire; exprime la force toujours présente (puisque la loi de la valeur n'est pas détruite en un seul jour!) du capital et donc de la bourgeoisie. Il n'y a donc pas de "bureaucratie ouvrière" dans le sens où la "maladie a-classiste de la bureaucratie" attaquerait aussi le "corps sain du prolétariat". Au contraire, l'apparition de tels phénomènes, au sein de TOUS LES organes que se donne le prolétariat dans sa lutte (depuis ses plus petits comités de lutte jusqu'au parti mondial) n'est rien d'autre que l'expression de la classe ennemie; de la bourgeoisie au sein de ces organes. Elle doit donc être impitoyablement combattue, non pas comme une "maladie en soi" mais comme moment de la totalité de notre lutte contre le capital. Si en d'autres termes, la dynamique révolutionnaire de la période de transition peut se définir par de plus en plus la "gestion des choses en fonction des besoins humains" (organicité du développement de la "Gemeinwesen") contre la valorisation (production pour la valeur induisant toutes les séparations/médiations) l'apparition du phénomène bureaucratique dans n'importe quel organe prolétarien signifie au "mieux" le ralentissement du processus de gestion des choses dans l'intérêt de l'humanité au profit du maintien du processus bourgeois de valorisation (gestion des hommes/spécialisations, séparations, médiations,...). Tout ralentissement, toute entrave au processus transitoire (ralentissement dans la lutte contre la valeur) signifie donc directement l'affaiblissement de l'organicité communiste en développement, le ralentissement du processus unique d'extension révolutionnaire et d'extinction étatique. Sans tomber donc dans la "lutte anti-bureaucratique" (dans le sens anti-autoritaire et parcellaire que nous avons critiqué au chapitre 4.); la dictature du prolétariat, dans sa lutte globale contre la valeur, se devra donc d'attaquer avec la plus grande fermeté toute entrave bourgeoise à son mouvement d'affirmation de généralisation organique de la communauté humaine mondiale. Contrairement à la fonction de la "bureaucratie" au sein de tous les Etats des sociétés de classe (du cycle de la valeur!): spécialisation/purification des représentants les plus adéquats de la classe dominante, au sein du "semi-Etat ouvrier" la problématique est directement inverse: à savoir la tendance à la non-spécialisation (rotation des tâches...); à la généralisation des tâches étatiques à l'ensemble de la classe ouvrière qui elle-même généralise à l'ensemble de la société son pôle révolutionnaire, généralise de plus en plus son contenu organique humain ("gemeinwesen") signifient directement l'extinction de l'Etat. L'axe central de la période révolutionnaire de transition est donc bien le processus d'extension/extinction en tant que processus unique d'émergence (impliquant concomitamment la destruction de la valeur, du salariat, des classes, de l'Etat, de la famille,...) de la société communiste. Ce processus fondamental est celui de l'auto-négation du prolétariat; l'expression superstructurelle de cette auto-négation est l'extinction de l'Etat ouvrier par la disparition des antagonismes de classe. C'est parce qu'il y a ce processus fondamental de dépérissement de l'Etat ouvrier qu'il ne peut aucunement exister de "bureaucratie ouvrière"; s'il y a renaissance d'un phénomène "bureaucratique" dans quelque organe ouvrier que ce soit c'est directement l'expression de la classe ennemie, de la bourgeoisie. La force même de la dictature du prolétariat pour l'abolition du travail salarié se matérialisera dans sa lutte globale contre la valeur et donc aussi par la lutte/destruction de tout phénomène "bureaucratique"; de tout blocage d'où qu'il vienne de la dynamique transitoire. (12)
 
 
 
 

6. Conclusion

Nous avons essayé dans ce petit texte de détruire les plus grandes mystifications à propos du concept de "bureaucratie"; à savoir son contenu prétendument a-classiste, neutre voire de "nouvelle classe" ("ni bourgeoise, ni prolétarienne") provenant essentiellement du courant trotskiste comme paravent à la nature capitaliste de l'URSS. Si la "bureaucratie" est un phénomène permanent des sociétés de classe et donc des Etats, il s'agit avant tout d'un processus de purification interne à la classe dominante (même lors de la cooptation) et certainement pas; ni d'une "rajoute parasitaire" aux autres appareils d'Etat, ni encore moins d'une nouvelle classe (qui correspondrait à quel "nouveau" mode de production?) produite du pseudo-"néo-capitalisme en décadence ou pas". La fonction centrale de la mise en avant de la "bureaucratie" (et de sa "nouvelle" contradiction "dirigeants/dirigés") est ainsi le camouflage (dissolution) de la contradiction fondamentale du mode de production entre prolétariat/classe révolutionnaire et bourgeoisie/classe réactionnaire. Tout phénomène bureaucratique, même au sein des organes dont se dote le prolétariat en lutte, est donc directement l'expression de la bourgeoisie; la force de la contre-révolution. Il doit donc être détruit dans l'affrontement violent qui opposera toujours plus fortement le prolétariat en lutte à l'Etat capitaliste mondial.
 



 
 

NOTES :

1. cf. "Contre le mythe du 'capitalisme d'Etat'" in Le Communiste No.22.

2. Pour une analyse plus détaillée de la nature contre-révolutionnaire du Trotskisme nous renvoyons le lecteur à notre texte: "Trotskisme: produit et agent de la contre-révolution" in Le communiste No.8.

3. Sur cette question fondamentale nous renvoyons nos lecteurs à notre texte: "De l'Aliénation de l'homme à la communauté humaine" in Le Communiste No.14.

4. Sur cette question voir nos textes: "Contre le mythe des droits et libertés démocratiques" in Le Communiste No.10/11 ainsi que "Communisme contre démocratie" dans Le Communiste No.19.

5. Sur cette question voir notre texte: "Théorie de la décadence: décadence de la théorie" dans Le Communiste No.23.

6. Ce n'est évidemment pas par hasard que presque tous les théoriciens de "la bureaucratisation du monde" proviennent en droite ligne du trotskisme, que cela soit B.Rizzi ou Castoriadis, Le Fort; sans parler des Tony Cliff ou autre Mandel, jusqu'au trotsko-conseillistes à la Mattick-Rubel.

7. Si évidemment sur cette question, comme sur d'autres la gauche communiste dite italienne et notamment certains de ses dirigeants tel Bordiga ou Vercesi ont eu des contributions fondamentales - au plus exactement des intuitions essentielles il n'empêche que globalement ce qui ressort du courant tant "bordigiste" (Programme Communiste...) que "Battagliste" (Damen et son flirt d'hier avec Socialisme ou Barbarie et d'aujourd'hui avec la CWO) est l'oscillation sur le caractère mondial du capitalisme avec régulièrement des rechutes dans les conceptions trotskistes tant de "l'Etat ouvrier dégénéré"; que du "capitalisme d'Etat". Encore une fois la revue Bilan fait, sur ces questions, exception par la mise en avant fondamentale du caractère mondial du capitalisme et par son rejet de la notion même de "capitalisme d'Etat".

8. Nous rejoignons ici, une autre question fondamentale; celle de la tentative de la bourgeoisie d'atténuer et de camoufler l'antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat, en noyant d'une part la bourgeoisie dans la masse des "salariés" et d'autre part en diminuant la force du prolétariat par sa réduction aux seuls ouvriers d'usines à l'exclusion du prolétariat agricole, des chômeurs et autres sans réserves, Il n'y a plus ainsi, du point de vue bourgeois qu'un peuple salarié, des citoyens démocrates et fiers de l'être. Il n'y a plus (ou presque) de prolétariat et dans le même temps son ennemi historique, la bourgeoisie est rendue diffuse par sa fusion dans la masse des "salariés". Comme le disent les sociologues appointés du capital: il n'y a plus alors deux classes antagoniques mais une multitude de couches et de strates formant le "peuple souverain". C'est cela la démocratie! Négation en acte de la classe révolutionnaire.

9. Sur cette question importante du mode de production asiatique nous renvoyons le lecteur au livre de Karl Wittfogel "Le despotisme oriental" ed. Minuit qui à notre connaissance est l'un des seuls ouvrages à approfondir cette question en opposition à la falsification stalinienne de la prétendue non-existence du mode de production asiatique (rectification au nom du dogme "marxiste-léniniste" effectuée en 1931!).

10. Et évidemment, dialectiquement s'attaquer pratiquement au syndicalisme signifie inévitablement s'affronter aussi aux "bonzes syndicaux" de la même manière que s'affronter à l'Etat bourgeois signifie inévitablement s'affronter aux "bureaucrates" et autres flics. Mais cela dans le cadre global de la lutte en-dehors et contre toutes les structures étatiques.

11. Encore une fois, sur cette question idéologie anarchiste et idéologie sociale-démocrate se complètent dans leur commune vision bourgeoise. Pour les premiers il suffit de nier idéellement l'évidence du processus transitoire par rejet viscéral des tâches élémentaires de direction de ce processus; pour les seconds il s'agit comme peur les transitions "internes" au cycle de la valeur, de tout simplement occuper l'Etat bourgeois et donc de poursuivre le renforcement du système d'esclavage salarié.

12. Nous sommes bien conscients que dans ce chapitre nous n'avons fait qu'effleurer la problématique fondamentale et complexe de la période de transition du capitalisme au communisme en sachant qu'il est pour le moins difficile d'exprimer par quelques mots (figés comme le reste par le capital) le processus, la dynamique sociale et révolutionnaire unique du passage de la préhistoire à l'histoire humaine consciente. Nous reviendrons prochainement à ces questions qui contiennent tout l'avenir de notre mouvement.
 



 
 
"La suppression de la bureaucratie n'est possible que si l'intérêt général devient réellement l'intérêt particulier et non, comme chez Hegel, uniquement en pensée, dans l'abstraction. Cela n'est possible que si l'intérêt particulier devient réellement l'intérêt général."  

(Marx: Critique de la philosophie politique de Hegel - 1843 - Bibliothèque de la Pléiade - Oeuvre III - p.922-923). 

 

CE24.2 A propos du concept de bureaucratie