PRESENTATION

 

1) GAUCHE COMMUNISTE CONTRE SOCIAL - DEMOCRATIE

Nous avons présenté à différentes reprises, dans le cadre de cette rubri­que, des textes affirmant les positions des gauches communistes durant la période de lutte de classe intense de 1917-1923 et montré en quoi l'élan révolutionnaire aboutissait presque systématiquement à l'organisation de noyaux communistes déve­loppant des positions en dehors et contre les multiples tentatives d'aménagement et de réforme du Capital mises en oeuvre par les différentes fractions bourgeoises et portées plus particulièrement par les sociaux-démocrates.  Mais cette rupture d'avec les positions et la pratique des partis socialistes s'est effectuée de façon très inégale et à des niveaux très variables: ainsi, si la constitution de l'Internationale Communiste (IC), portée par l'insurrection prolétarienne victori­euse en Russie, marquait la rupture d'avec ce que la IIème Internationale présentait de plus "spectaculairement" contre-révolu­tionnaire -le "retournement" des différents partis socialistes pour un soutien à leurs bourgeoisies nationales respectives durant la guerre-, le contenu de cette rupture a toujours été limité et s'est exprimé, entre autres, par l'impossibilité de jeter une fois pour toutes dans les poubelles du réformisme, le parlementarisme ("révo­lutionnaire" ou non), le syndicalisme (de "base" ou pas), le démocratisme ("ouvrier"...),...  Ce que finalement peu de révolutionnaires parviendront à faire à cette époque c'est, à partir de cette négation flagrante de l'internationalisme qu'est la participation à la guerre impé­rialiste, de dégager la cohérence d'ensem­ble qui guidait depuis le début la IIème Internationale et qui en faisait hier, comme aujourd'hui et demain, une organisa­tion internationale de la réforme et de l'aménagement des contradictions de classe.

"Le socialisme n'est socialisme qu'à la triple condition  de reconnaître la politique parlementaire, la défen­se nationale et la haute valeur du syndicalisme."

(E. Vandervelde - août 1919 - Congrès de Lucerne de la IIème Internationale]

Les socialistes ne se sont pas plus trompés qu'ils n'ont trahi en 1914 : ils n'ont fait que manifester différemment leur sou­tien aux nécessités de restructuration dictées par le Capital.  C'est toute la force de certaines fractions communistes de gauche que d'avoir tenté de préciser la frontière de classe entre la lutte pro­létarienne et le réformisme bourgeois, entre autres, par la critique du parlemen­tarisme et du syndicalisme.  La toute puissance des vagues révolutionnaires qui déferlèrent sur le monde au cours de cette période se manifeste, en effet, par l'émergence de partis Communistes exprimant dans le feu de la lutte de classe des niveaux de rupture éminemment plus consé­quents que les directives que le parti Bolchevik allait impulser au sein de l'IC où, en soumettant la tactique révolution­naire aux contingences de la défense du bastion russe et non pas au programme communiste, c'est-à-dire aux principes, aux a priori programmatiques marxistes, la majorité bolchevik, rassemblée autour de Lénine -et du prestige qui l'entourait comme chef victorieux de l'insurrection d'Octobre- allait être particulièrement active pour transformer de plus en plus ce qui se voulait le centre international de l'organisation de la révolution commu­niste mondiale en organe de défense des intérêts de l 'Etat russe à l'étranger ! La création à Amsterdam en 1920, d'un centre mondial pour la révolution en


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Europe occidentale, et autour duquel al­lait se regrouper pendant un temps les gauches" germano - hollandaises" "belges" et  "anglaises" principalement, marqua, au plus fort de la lutte de classe, la volonté de ces organisations de rompre radicale­ment avec le programme social-démocrate. En ce sens, la conférence d'Amsterdam en janvier 1920 et qui devait définir exacte­ment les tâches du Bureau, était plus représentative du mouvement révolutionnaire international et du poids global des gau­ches que le premier et surtout le second congrès de l 'I.C.  C'est ainsi qu'à l'ini­tiative de Sylvia Pankhurst, une résolution fut faite visant à préparer l'organisation d'une grève internationale au cas où la révolution éclaterait dans un pays.  Une autre résolution rejette implicitement le gradualisme de Gramsci :

"La conception que les ouvriers doivent... acquérir graduellement par leurs unions industrielles, le pouvoir sur l'industrie, se con­fond avec les propositions du socia­lisme parlementaire qui considère que les ouvriers doivent graduel­lement conquérir l'espace des affai­res d 'Etat par le contrôle de l ' Etat bourgeois. "

(Bulletin du bureau auxiliaire d'Amsterdam de l ' I.C - n°2, Mars 1920)

De même le bureau d'Amsterdam saluera la naissance en avril du KAPD et préconisera la rupture avec les organisations membres de la II ème Internationale.  Sur la ques­tion du syndicalisme et du parlementarisme, le bureau sera également plus proche des conceptions du KAPD, par exemple, que celles de l ' IC.  Cette dernière préférera casser le bureau pour l'Europe occidentale à Amsterdam et le transférer à Berlin pour neutraliser le développement de l'organi­sation de la lutte autour de positions contradictoires avec ce qui était défendu par la majorité bolchevik et donc par le Comité Exécutif de l'I.C.  Ainsi, si le mouvement prolétarien avait permis de dé­passer (ou plutôt de mettre de côté !) dans le feu de l'action révolutionnaire, toute une série d'insuffisances program­matiques encore liées à l'influence sociale - démocrate dans les rangs bolcheviks, le recul du mouvement, la réorganisation des forces  de la contre - révolution allaient faire resurgir plus intensément encore les faiblesses des communistes en Russie et transformer de plus en plus les bolcheviks en agents radicaux, facteurs actifs de la défaite ultérieure du pro­létariat.  Comme toujours, la contre révolution s'engouffre dans les moindres brèches que comporte la force révolution­naire et, parce que le programme du Capi­tal est impersonnel, elle le fera défendre demain par ceux-là même qui visaient à la détruire définitivement hier.  Au 2è

congrès de l ' I.C  ,  Lénine affirme que "le parlement est toujours l'arène de la lutte des classes", prône l'entrisme dans les syndicats et le Comité Exécutif de l ' IC pousse à ce que les fractions de gauche organisées en Partis Communistes fusionnent avec les fractions de gauche de la sociale démocratie.  La contre-révolution avance ! En France, on demandera aux PC de fusionner avec les francs-maçons "centristes" (enten­dez contre-révolutionnaires !) Cachin et Froissart.  En Italie, le Parti Communiste, à peine constitué sur base d'une rupture avec le PSI se voit intimer l'ordre de fusionner avec la fraction du PSI (Lazzari , Serrati , Maffi ) qui voulait faire entrer ce dernier dans la IIème Internationale. En Allemagne, après avoir appelé le KAPD à intégrer le KPD de Lévi (ce qui ne se fit jamais et provoqua l'exclusion du KAPD de l ' IC au 3è congrès), l'IC demande à ce dernier de fusionner avec la gauche de  l 'USPD, ce qui donnera le UKPD en décem­bre 1920.  A peine formé, et "poussant un peu plus loin la politique menée par l ' IC, le VKPD enverra en janvier 1921 à toutes les organisations, depuis les syndicats les plus réactionnaires jusqu'au KAPD, une "lettre ouverte" pour organiser l'action commune.  La thèse est trop simple : si les organisations acceptent de travailler main dans la main avec le UKPD, c'est tout le mouvement révolutionnaire qui, guidé par le "parti" se renforce; si elles refu­sent, elles se démasquent devant la classe et perdent l'influence qu'elles y avaient. Stricte application de la tactique préco­nisée par Lénine dans son livre sur "La maladie infantile..."  pour "gagner les masses", la tactique de la "lettre ouverte" de Lévi, pleinement soutenue par Lénine durant le 3è congrès de l ' IC, est le pre­mier pas qui, dans le changement d'appréciation de la nature de classe de la social-démocratie opéré entre le 2è et le 3è congrès de l ' IC, va mener au "front unique

 

ouvrier".  Le programme du prolétariat se noie dans l'opinion de la masse, le "parti" n'est plus qu'une organisation formelle additionnant les chiffres et marchandant avec le gouvernement; la logi­que de la politique de concession menée par l 'IC, la menant bientôt à préconiser -toujours "tactiquement" bien sur- l'al­liance des communistes avec les sociaux-démocrates au pouvoir (en Allemagne par exemple) pour gérer ensemble, au sein d'un "gouvernement ouvrier", les intérêts du Capital.  L'Internationale Communiste se transforme en son contraire, en une force anti -communiste et contre-révolutionnaire. En Belgique, cette même politique frontiste mènera à la fusion du groupe de War Van Overstraeten, militant communiste de gauche, et de celui des réformistes radi­caux, Jacquemotte et Wassart.  La Gauche communiste en Belgique allait, elle aussi, être confrontée aux dures réalités du frontisme préconisé par l ' IC.

 


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2) La gauche communiste en Belgique

 

Dénoncé pour leur soutien à la révo­lution russe, pour leurs contacts avec les révolutionnaires allemands, pour leurs appels à l'action directe,... un noyau de jeunes militants en rupture avec le plat réformisme des sociaux-démocrates va être expulsé des rangs de l 'organisa­tion de jeunesse du Parti Ouvrier Belge, les Jeunes Gardes Socialistes.  Regroupés principalement autour de W. Van Overstraeten et G. Vanden Borre, ils forment en janvier 1920 un groupe communiste à Bruxelles. En mars 1920, ils publient un journal in­titulé "L'Ouvrier Communiste" et prennent contact avec les autres groupes communistes existants à ce moment en Belgique -prin­cipalement en Flandre- pour appeler à la formation du Parti Communiste de Belgique. Ce dernier est crée en novembre 1920 et reconnu comme section belge de l'Interna­tionale.  Il est rejoint, un mois plus tard, par la Fédération communiste flamande regroupant depuis janvier 1920, les dif­férents noyaux révolutionnaires néerlandophones ce qui facilitera plus tard la publication d'un organe de presse en néer­landais : "De Komnunistische Arbeider".

Le Parti Communiste se retrouve alors pleinement sur la position des gauches. Van Overstraeten fustige le parlementarisme. Le congrès des communistes belges adopte une série de thèses contre le parlementa­risme démontrant en quoi ce dernier "éloi­gne les travailleurs de leurs vrais moyens de lutte et entretient la passivité des masses".  Les thèses définissent le parle­ment comme l'organe politique central de l ' Etat bourgeois issu de l'ordre économi­que capitaliste et dénoncent son utilisa­tion par les sociaux-démocrates en montrant en quoi les réformes démocratiques ont toujours été effectuées contre la lutte du prolétariat et dans la mesure des inté­rêts bourgeois.  De même, pour ce qui con­cerne les syndicats, le PCB exprime alors sa volonté de lutter contre ce qu'il com­prend être des organismes de l ' Etat bour­geois, en opposant l'action directe des ouvriers aux négociations syndicales. Les communistes dénoncent les syndicats pour ce qu'ils sont : des saboteurs de lutte, des briseurs de grève.  "La vale­taille syndicaliste a pris d'habiles dispositions pour éviter les grèves et les mouvements spontanés.  Aussitôt qu'un conflit surgit, les délégués ont pour devoir de rechercher le maximum d'entente possible avec le patronat" (Rapport de la délégation du PCB (Van Overstraeten) à l'IC - 1920).  Enfin le PC voit dans le "démocratisme" une force d'atomisation tendant continuellement à diminuer, à détruire les efforts de lutte directe ef­fectués par le prolétariat se constituant en classe.  "Le communisme moderne est né d'une action violente contre le démo­cratisme.  Cette action est une question de vie ou de mort pour le mouvement révo­lutionnaire.  Elle est la nécessité qui imposa en Belgique, la création du PC". On voit en quoi les positions des communis­tes  belges sont traversées par les néces­sités de la lutte : ce sont ces dernières qui déterminent le niveau de rupture d'avec le programme bourgeois et les amènent ainsi à rencontrer les expériences des communis­tes de gauche dans les autres pays.  Des liaisons s'effectuèrent tant avec les "tribunistes" hollandais et le KAPD, "qui avec la gauche italienne publia, entre autres, les thèses sur le parlementarisme dans "II Soviet" en 1 92O. La position politico-géographique des communistes belges les mettait en situation quelque peu "charnière" entre les deux gauches principales : italienne" et ''allemande ". Ainsi, si pour ses positions face au par­lementarisme, à la démocratie et surtout par rapport au syndicalisme et au frontisme, la gauche belge était plus proche politiquement des gauches allemandes, par contre dans l'attitude de lutte face à la dégénérescence de l'IC, à ses magouil­les bureaucratiques et par rapport au reflux de la lutte de classe et de la pra­tique révolutionnaire à adopter dans ces conditions, le groupe de Van Overstraeten eut une attitude très similaire à celle de la gauche "italienne',' avec toutes les faiblesses que cela induit.  Tout comme la fraction regroupée autour de Bordiga et qui rompit avec le PSI pour former le Pc d'I en janvier 1921, les communistes de gauche belges eurent à s'opposer aux injonctions "frontistes" de l'IC et tout comme la gauche "italienne" ils préférèrent accepter la fusion avec les sociaux-démo­crates de gauche, au prix d'énormes con­cessions programmatiques, plutôt que de se voir jeter de l'Internationale, comme ce fut le cas pour le KAPD.

 

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3) "Ce qui nous sépare"

 

Au sein du POB existait depuis no­vembre 1918, une tendance minoritaire regroupée autour de Joseph Jacquemotte et Charles Massart et qui publiait une petite revue intitulée : "L ' Exploité". Cette tendance -assimilable aux Terzinternazionalisti italiens de Serrati visait à conquérir la majorité au sein du POB afin de la convaincre de se joindre à la 3ème Internationale.  Ils opposaient à ce qu'ils dénonçaient comme étant de la collaboration de classe de la part du POB, un retour à la "lutte de classe d'avant-guerre", c'est-à-dire à la politi­que réformiste de conquête pacifique du pouvoir d'avant-guerre.  Au 3ème congrès des "Amis de l'Exploité" en mai 1921, après trois ans d'existence au sein du POB pour tenter de "redresser le cours contre-révolutionnaire" de l'organisation réformiste, se considérant exclue du POB, la Fédération Nationale des "Amis de l'Exploité" décide d'intégrer les rangs de l'IC et de porter le nom de Parti Communiste Belge.  Le "nouveau" PCB prône la présence au parlement et l'entrisme dans les syndicats : "Nous devons con­server intacte et unie la puissance de nos organisations syndicales, le devoir strict des communistes est d'y rester et d'y travailler au développement de l'idée révolutionnaire" (Manifeste du PCB (Jacquemotte) - juin 1921).  Le PCB de Jacquemotte entrera d'autant plus facile­ment dans les rangs de la 3ème Internatio­nale  que cette dernière encourage de plus en plus, par la tactique de lente conquête des masses qu'elle préconise (le mot d'ordre du 3ème congrès était : "Allez aux masses ! " ), la démagogie et l'opportu­nisme propre aux anciens "Amis de l'Exploi­té".  De retour du 3ème congrès Jacquemotte déclare que le nouveau PCB est en complet accord avec les bolchevik.  "Ils veulent comme nous un parti de masse.  La révolution ne se fera pas autour d'une table par quelques conspirateurs romantiques, mais avec la majorité des travailleurs.  Nous sommes également d'accord sur notre concep­tion de l'action syndicale : rester dans nos syndicats, dans notre commission  syndi­cale et y travailler rigoureusement (...) Le sentiment très net de la 3ème Interna­tionale est que nous devons participer aux prochaines élections législatives" (L'Exploité - 27 juillet 1921).  Face au reflux de la lutte de classe, le prolé­tariat ayant momentanément interrompu son élan vers sa constitution en classe et sa lutte pour la réalisation du programme communiste, la contre-révolution justifie les reculs et produit de nouvelles idéolo­gies, des programmes "minimum" ou "im­médiat" pour les masses, afin d'accentuer la paralysie du prolétariat.  Quand le prolétariat ne va plus au programme, on fabrique des programmes pour les masses. C'est ce dont va s'occuper le PCB. Complètement décrédibilisé par son attitude face à la guerre, par la participation des Vandervelde, Destrée, Anseele,... tous socialistes  aux gouvernements belges, il fallait aux forces d'aménagement pour le maintien du Capital, des fractions bour­geoises moins visiblement impliquées que le POB dans le sabotage des luttes, pour assurer la fonction de pacificateur social qu'il assumait auparavant.

 

S'opposant d'abord radicalement à une quelconque fusion avec les "Amis de l'Expoité", le PCB de Van Overstraeten publiera une série d'articles particuliè­rement virulents pour dénoncer son program­me démocratico-social d'organisation de l'apathie des masses.  Nous publions, ci - après, le premier d'entre eux, intitu­lé "Ce qui nous sépare", dont la parution dans "l'Ouvrier Communiste" remonte au 4 juin 1921.  Deux articles suivront sur ce sujet : "Transformation extérieure", le 25/6/1921 et "Le faux PC" le 2/7/1921. Dans tous ces articles , le PCB "reconnu" expliquait sa volonté intransigeante de ne pas accepter de fusion par formalisme disciplinaire vis-à-vis de l'IC.  "Nous n'avons pas la "maladie infantile" de l'affiliation à la 3ème Internationale (...)  C'est par l'action et dans l'action que nous rencontrerons ceux qui s'accordent avec nous", disait Vanden Borre !  Les internationalistes ne maintinrent malheu­reusement pas longtemps cette position et dès juillet, à l'approche du 3ème con­grès de l'IC, les attaques contre le PCB réformiste cessèrent.  Coenen et Van Overstraeten, représentant la déléga­tion du PCB au 3è congrès reconnurent la nécessité de la fusion malgré toutes les réserves qu'ils y mettaient dans un rap­port remis au Comité Exécutif de l'IC. Le 13 juillet, reçus en même temps que Jacquemotte, représentant de l'aile gauche du POB, par le C.E. de l'IC avec Zinoviev à sa tête, le groupe de Van Gverstraetjsn tombait d'accord sur le principe de la fusion.  L'IC, de plus en plus "bolchévisée", fait dériver les intérêts du mouvement communiste international de la probléma­tique spécifique à la gestion du bastion russe insurgé : confondant la défense intransigeante des intérêts prolétariens mondiaux avec la lutte pour préserver "à tout prix" (c'est-à-dire au prix d'une remise en question du programme communis­te) le territoire sur lequel s'est insurgé la classe ouvrière, les bolcheviks finirent par se laisser entièrement déterminer par le développement de l' Etat capitaliste en Russie.  Les répercussions au sein même

 

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du mouvement communiste international et plus particulièrement au sein de l'IC, sont énormes : cette conception du main­tien à tout prix du "bastion" prolétarien en Russie trouve un écho dans la volonté qu'ont nombre  de fractions de gauche communistes de préserver tout aussi formel­lement les "forces" du parti, comprises ici en termes quantitatifs d'addition de militants.  Face au recul de la révolution, ce volontarisme pour préserver le terri­toire russe va s'affronter à l'extension de la révolution de la même manière que les efforts démesurés pour maintenir/ créer des partis massifs vont s'opposer aux tentatives pour conserver intact, à contre courant, toute la force du program­me communiste.  La gauche belge, à l'image de ce qui se passera pour la gauche italien­ne, va céder à 1'immédiatisme en acceptant de se soumettre aux premières injonctions frontistes de l'IC, visant à regrouper sur des bases floues et formelles des groupes exprimant des désaccords program­matiques essentiels.  Les 3 et 4 septembre 1921 a lieu à Bruxelles le congrès d'uni­fication des PC "ennemis" et le groupe de Van Overstraeten y laissera les plumes de son anti- parlementarisme, de sa concep­tion anti - démocratique de la lutte, de son anti - syndicalisme, etc.

Le texte que nous publions n 'exprime qu'une toute petite partie des apports de la gauche communiste internationale; il illustre ponctuellement le fait qu'après l'insurrection d'Octobre 1917 en Russie, la plupart des PC s'étaient retrouvés sur des positions nettement plus en rupture avec la sociale-démocratie que les bolche­viks dont le prestige formel, la réputationqu'on leur faisait semblaient pourtant indiquer le contraire.  Quels que soient les problèmes de cohérence et d'explicitation -notamment lorsque pour dénoncer Levi et Serrati comme "négateurs de la révolution", "l'Ouvrier Communiste" sem­ble opposer à la révolution "d'en haut", la révolution "d'en bas" pour marquer sa volonté de marcher simplement "aux côtés" des fractions ouvrières dans leur lutte, niant ainsi quelque peu le nécessaire rôle d'organisation de l'action spontanée et directe du prolétariat et réduisant parfois la lutte à l' "illumination", à la conscientisation des "cerveaux prolé­tariens"; malgré certaines incohérences donc, le texte exprime une claire et ferme volonté d'organiser la révolution commu­niste en traçant la  frontière de classe entre organisateurs et négateurs de la révolution non pas derrière les déclara­tions formelles et les ruptures "d'opérette d'avec les partis sociaux-démocrates, alors complètement décrédibilisés auprès des prolétaires combatifs, mais bien dans la pratique d'avant-garde de défense des principes communistes, c'est-à-dire dans l'action communiste réelle.  C'était toute la force du noyau communiste regroupé autour de War Van Overstraeten que d'avoir marqué son désaccord (sans aller malheureu­sement jusqu'à un refus pur et simple !) pour une dissolution dans une fusion peu claire en réaffirmant les principes qui avaient préludé à sa constitution et qui définissaient son action dans un combat contre le parlementarisme et le syndica­lisme, contre la formation des partis de masse, contre le démocratisme, contre le frontisme.

 

 

Les   Communistes de Gauche et la question  du   fractionnisme

 

Représentant les communistes belges lors du 2è congrès de l'IC, Van Overstraeten soutiendra, avec le PC suisse et la gauche communiste "danoise" la motion anti - parle­mentaire présentée par la Fraction Commu­niste abstentionniste italienne, motion combattue avec fermeté par Lénine et la majorité bolchevik.  Mais la volonté des gauches de continuer à défendre les posi­tions au sein de l'IC ne résistera pas aux assauts de la contre-révolution.  Au fur et à mesure des concessions faites à la tactique préconisée par l'IC -parle­mentarisme révolutionnaire, entrisme dans les syndicats, fusion avec la gauche sociale - démocrate,...- les gauches "belges" et "italiennes"vont déforcer leur combati­vité initiale.  Lorsque le 1er janvier 1922, le Comité Exécutif de l'IC lance de Moscou, l'appel au front unique avec les partis sociaux-démocrates, théorisé par un soi-

disant "glissement à gauche dans tous les pays" (?), malgré l'expression de certains désaccords (les PC français, italien et espagnol refusent initialement d'appliquer les directives de l'IC), tout finira fina­lement par rentrer dans l'ordre ,   L'orage des premières "rouspétances" des gauches passé, le front unique est appliqué : les délégués italiens de retour du 4ème congrès ont beau décliner théoriquement toutes les responsabilités qu'ils veulent quant aux décisions prises par l'IC, il n'en demeure pas moins qu'ils conserveront et assumeront pratiquement les fonctions qui leurs sont imparties à la direction du Parti.  De même, si Van Overstraeten publia plusieurs articles dans le "Drapeau Rouge", organe du Parti Communiste unifié, pour s'ériger contre le front unique, il n'en appliquera pas moins toutes les direc­tives de l'IC au sein du PCB dont il restalongtemps le secrétaire général.  Cette situation contradictoire se retrouve dans le fait de lutter contre la formation de partis de masse et d'admettre en même temps  les pires concessions programmati­ques, "par discipline", "par dévouement à la cause de parti", dans le but de con­server jusqu'au bout une présence (de plus en plus formelle) au sein de l'Internatio­nale.  Toute l'histoire des fractions "belges"et surtout "italiennes"restera la tragique histoire du ménagement de l'IC par ces mêmes fractions, celles-ci subsis­tant jusqu 'en 1926 (1927 pour Van Overstraeten) au sein de l'Internatio­nale !  Par peur de se retrouver isolées, les fractions de gauche "italienne"et"belge" préféreront attendre de se faire exclure de l'IC plutôt que de rompre d'elles-mêmes. Attendre (même "activement" !) jusqu'au bout  l'exclusion d'un organisme dont la fonction contre-révolutionnaire devient de plus en plus évidente, c'est admettre de se laisser déterminer par cette même contre-révolution, et lui laisser les mains libres pour décider elle-même du moment qu'elle estimera le plus opportun pour rejeter des fractions qui à un autre moment ont pu lui donner la caution "de gauche" nécessaire au contrôle des masses de prolétaires combatifs.  Autant il pou­vait être important de lutter à l'intérieur de l'IC pour tenter de maintenir politi­quement l'organisation internationale du prolétariat sur le terrain de la lutte de classe, autant lorsque pour toute une série de raisons, la contre-révolution devint dominante au sein de l'IC, il demeurait vital pour la clarification des projets de la quitter et de lutter contre ! Accepter "tactiquement" de rester au sein d'organismes où se développe la contre-révolution, c'est encore accepter d'effacer les caractères distinctifs de l'organisa­tion en force de la classe, c'est admettre la contre-révolution au sein du parti ! La gauche "italienne" regroupée autour de Bordiga  a une lourde responsabilité dans le retard de rupture avec l'IC.  Pour rester présente au sein de l'IC et du PC d'I de plus en plus "stalinisé", la fraction italienne va proposer dès 1923, c'est-à-dire à la suite du 5ème congrès de l'IC de renoncer à toute oeuvre d'op­position et, demande en contre partie qu'on n ' exige pas d'eux qu'ils participent à la direction du parti (cf. Thèses de Lyon - 1926) et qu'on arrête de réprimer ses militants.  Une pareille proposition ne signifiait plus rien d'autre que de lais­ser subsister un cadre mort de positions de gauche, porté par des militants dont le prestige pouvait être un moyen de ré­cupérer des forces (pour la contre-révolu­tion !).  L'IC alla jusqu'à proposer à Bordiga la vice-présidence de l'Interna­tionale pour le "récupérer" (ce qu'il refusa !).

"Si les pires conséquences ont été évitées, c'est à la modération des camarades de la Gauche qu'on le doit; mais s'ils ont subi sans broncher un tel martèlement, c'est uniquement par dévouement à la cause du parti et non parce qu'ils le croyaient le moins du monde justifié". (Thèses de Lyon - 1926)

La Gauche ne voit pas que c'est justement à cause de sa modération que les pires conséquences -la confusion programmatique, la dissolution des frontières de classe, la caution apportée à un organisme devenu contre-révolutionnaire, l'abandon des principes,...- n'ont pu être évitées. De plus, "ne pas broncher" ne pouvait que signifier une répression accrue, une ac­centuation des manoeuvres bureaucratiques pour accélérer le processus de "dégauchisation" entrepris contre les PC dont la majorité appuyait une direction de gauche. En respectant le mot d'ordre d'unité mar­telé à tout bout de champs par les stali­niens pour éliminer les tendances de gauche, la fraction italienne ne fera que sacrifier sur l'autel de la réorganisation de la contre-révolution, les acquis  d'une série de ruptures qui leur avait permis de dégager et de défendre des positions essentielles pour l'avenir du mouvement communiste.  Ici intervient la question de la tactique sur laquelle la fraction de gauche a toujours eu beaucoup de peine à maintenir une position claire : déjà dans ses thèses sur la tactique du PC d'I (Thèses de Rome - 1922), elle sépare l'action tactique "directe"  désignant l'action du parti quand la situation l'in­cite à prendre, indépendamment de tous, l'initiative d'attaquer le pouvoir bour­geois afin de l'abattre ou de lui porter un coup grave", de l'action tactique "indirecte" désignant les moments où "il faut examiner sans apriorisme faussement doctrinal ou sottement sentimental et puritain, le" problème de l'opportunité tactique des coalitions avec les éléments politiques de gauche".  Ici est déjà con­tenue l'incompréhension de l'unité dia­lectique entre les principes et la tacti­que où, si cette dernière exprime effecti­vement l'organisation de l'action communis­te correspondant à un niveau de lutte donné, elle ne signifie jamais la conces­sion d'un aspect programmatique; la tacti­que communiste nécessite -à des multiples et toujours différents niveaux- le main­tien clair et net des frontières de classe. Jamais les communistes ne se mouillent dans un soutien, même partiel, à des forces politiques qui n'existent que pour s'op­poser au développement de la lutte.  A aucun moment le prolétariat n'a de chemin à faire avec la bourgeoisie.  Le seul point de contact est la rupture, l'antagonisme ouvert, l'affrontement, ce dernier se situant à tout moment en dehors et contre toute organisation, toute idéologie, toute force bourgeoise.  Comme soixante ans de

 

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franche contre-révolution l'ont prouvé, la bourgeoisie est prête à se  parer des "rouges" les plus éclatants pour casser la combativité prolétarienne et réorgani­ser la contre-révolution.  Notre seule "garantie", face aux multiples formes que peuvent recouvrir la contre-révolution, ne peut résider que dans la perpétuelle référence au but qui nous relie dans et par la lutte : le communisme.  Mais  le communisme n'existe pas simplement comme revendication de la révolution, il se manifeste comme contenu de la révolution, c'est-à-dire comme contenu dans le mouve­ment communiste, dans la lutte pour imposer le communisme.  C'est ce qui permet de comprendre l'indissociable unité du pro­gramme communiste -comme invariance principielle- et de la tactique utilisée pour l'affirmer.  En exemplifiant avec la ques­tion du frontisme, nous définissons principiellement le communisme comme affirma­tion d'un projet intrinsèquement et exclu­sivement lié à la lutte du prolétariat pour s'ériger en classe et détruire la bourgeoisie afin de se dissoudre elle-même comme classe; ce principe programmatique induit l'impossibilité d'une quelconque tactique -aussi "révolutionnaire", aussi "temporaire", aussi "indirecte" soit-elle fondée sur un accord, un front avec toute fraction de la bourgeoisie.  C'est donc bien le programme qui détermine à tout moment la tactique, quelle que soit la période.  La tactique n'est jamais neutre; elle intègre un contenu de classe.  C'est ce qui fait que si les mots d'ordre varient effectivement selon l'état de la lutte de classe, ils ne font en définitive qu'exprimer "différemment", c'est-à-dire, à des niveaux différents une même perspec­tive, une même tension vers un même but. L'action révolutionnaire est continuelle­ment soumise aux contingences des différents niveaux de force en présence et se doit d'en tenir compte dans la façon dont elle centralise et dirige la lutte, dans ce qu'il y a à mettre en avant comme mot d'ordre à tel moment donné, dans la néces­sité de formaliser une structure organisationnelle correspondant au niveau de la lutte, dans le fait d'évaluer le moment adéquat pour appeler à la constitution d'une organisation de lutte à un niveau supérieur,... mais à aucun moment, les communistes ne se fourvoient dans des projets de confusion propres aux fractions "gauchistes" de la bourgeoisie, -même pour les dénoncer ! (cf. les thèses de Lyon 1926)-C 'est la limite des gauches italiennes et belges que de n'avoir pu s'accrocher aux mâts des acquis  programmatiques issus de leurs ruptures successives avec la social - démocratie, pour rompre avec l ' IC quand les vents de la contre-révolution ont commencé à souffler en son sein.

Entre le contenu de lutte exprimé dans le texte de Vandenborre que nous publions, entre la lutte intransigeante contre le bluff et la démagogie social-démocrate et la lutte d'arguments à laquelle aboutissent momentanément les gau­ches italiennes et belges en 1926, quand il s'agit de convaincre la direction du PC d'I (alors de droite) de tout faire pour "éviter d'envenimer l'atmosphère du parti", passe une ligne déterminant deux attitudes opposées - la première, en refu­sant de céder au chantage de l'isolement, en refusant de se soumettre aux discours sur l'unité à n'importe quel prix, exprime la nécessité de maintenir la lutte pour le communisme dans le champs bien délimite des ruptures prolétariennes, et cela, malgré la succession des marées révolution­naires et contre-révolutionnaires; l ' attitudede conciliation qu'adoptera par la suite la gauche tout au long de sa présence au sein de l'IC manifestera par contre sa faiblesse face à l'involution de l'organisme dont la fonction était le développement mondial de la révolution. Mais l'histoire ne s'est heureusement pas arrêtée aux thèses de Lyon, tristes propositions pour concilier l'inconcilia­ble.  La gauche italienne est exclue du PC d'Italie et de l'Internationale, peu après le 3ème congrès de PC d'I qui se tint à Lyon en 1926 et, sur cette base, elle va petit à petit se transformer dès 1928 en organisation centralisée et tota­lement indépendante du PC.  Bien qu'encais­sant encore programmatiquement le contre­coup des années "silencieuses", elle par­viendra, au fur et à mesure de son évolu­tion, à remettre suffisamment en cause son expérience que pour aboutir à la com­préhension de la nécessité de tirer (sur base des acquis  de classe) un "bilan" de la plus formidable vague de lutte que le monde ait jamais connu.  En novembre 1933 paraissait le premier numéro du Bulletin théorique de la Fraction de gau­che du PCI en français : "Bilan" se pro­posait de "passer au crible de la critique, et à la lumière des événements, les con­grès de l ' IC et des différents partis". Là commence un autre temps important dans l'histoire de la gauche"italienne" sur lequel nous nous proposons de revenir ultérieurement.  Nous reviendrons également plus longuement sur tout ce qui concerne les rapports entre la gauche italienne et l'IC, compte tenu du fait que les dif­férents points abordés dans ce texte con­cernent les aspects prédominants, les positions de surface des gauches, sans entrer véritablement dans l'examen des différentes tendances, scissions,... qui l'ont animé tout au long de son histoire.

 

Texte: "Ce  qui   nous  sépare"

 

Au lieu de sortir de la confusion dans laquelle ils se sont complus durant toute leur opposition de gauche au sein du POB, les "Amis de l'Exploité" viennent, au congrès de dimanche dernier, de couron­ner leur action informe du passé, par la création inconsidérée d'un parti soi-disant communiste .

Nous avons été forcés de nous dresser à tout moment contre les Jacquemotte et les Massart.  Jamais, "L'Exploité", l'orga­ne officiel des anciens socialistes révo­lutionnaires, n'a pu indiquer au proléta­riat de ce pays le caractère de la véritable lutte à mener contre sa bourgeoisie.  Il s'est toujours contenté de teinter d'un faux rouge les pâles propositions démocra­tiques des social-patriotes.  Dans les organisations comme dans les masses, ses chefs longuettistes   n'ont pas su tenir le langage clair qu'il faut aux travail­leurs asservis et amollis par le régime de pourriture bourgeoise qu'ils soutien­nent par leur travail.  Leurs vieilles formules de "lutte de classe d'avant-guerre" résumaient toutes leurs conceptions sur l'action révolutionnaire imposée aux masses dans les conditions actuelles de l'écono­mie capitaliste, conditions si différentes pourtant de celles qui précédèrent le conflit de 1914.

Dans aucune occasion, nous n'avons vu se produire chez les "Amis de l'Exploité" la volonté d'action qui aurait pu démontrer leur détachement des formes de lutte ré­formistes sur lesquelles se construit la social-démocratie.  Leur opposition dans les assemblées du PO, leurs attaques contre ses leaders embourgeoisés, restaient tellement vagues, si dépourvues de base théorique que, même dans les rangs des travailleurs hostiles à la collaboration ministérielle, elles glissaient la confu­sion et l'incertitude.

Au lieu de montrer à la classe ouvrière que seul un âpre combat peut l'affranchir et qu'elle aura à supporter, dans cette lutte, les plus durs sacrifices, qu'elle doit constamment s'insurger contre l'op­pression bourgeoise et contre la tyrannie de la bureaucratie syndicale; qu'elle ne doit compter que sur elle-même pour atta­quer le patronat et pour forger les armes nécessaires à l'instauration de la dicta­ture prolétarienne, les chefs extrémistes limitèrent leur propagande à la conquête de quelques réformes "révolutionnaires" et à l'opposition à la collaboration ministérielle .

Faut-il rappeler le Wilsonisme dont certains numéros de "L'Exploité" d'après-guerre étaient imprégnés ?  Faut-il rappeler le longuettisme et les envies de reconstruction centriste qui animèrentsi longtemps beaucoup de ses meilleurs rédacteurs ?  Faut-il rappeler l'accord des chefs socialistes- révolutionnaires de la gauche avec les chefs réformistes de la droite du PDB, sur le programme dans la crise du chômage ?  Tous n'acceptèrent-ils pas les revendications éminemment com­munistes de la réquisition, par le Gouver­nement, des matières premières et des usines ?  Et, faut-il rappeler aussi les déclarations contre l'impôt sur les salai­res, pour l'impôt sur le revenu, contre la guerre, etc., etc.  Manifestations, les unes plus platoniques que les autres, et imbibées de la plus pure démagogie ?

Certes, nous le ferons et nous rap­pellerons au nouveau parti plus que tout cela.  Avec la plus vigoureuse critique nous analyserons son action passée et démontrerons clairement son impuissance.

Les paroles prononcées par Jacquemotte et Massart, si elle ne constituent par une déclaration de guerre au Parti existant, la chose serait plaisante, nécessiteront de notre part une attitude sans faiblesses. Nous sommes bien décidés à ne pas nous placer sur le terrain des formalités. Nous n'avons pas la "maladie infantile" de l'affiliation à la Ille Internationale. Cette affiliation s'impose par le besoin d'accord dans l'action révolutionnaire internationale.

Depuis un an, l'âpre lutte que nous menons tend à faire de cette affiliation un lien vivant, nous attachant aux autres Partis communistes du monde par une activi­té révolutionnaire consciente des néces­sités de la lutte internationale.

Lentement, à travers de grandes dif­ficultés, nous sommes parvenus à grouper une fraction de prolétaires dévoués à la propagande communiste.  Cette fraction ne s'est pas contentée d'accepter platoniquement les thèses de la IIIème Internationa­le; elle s'est donnée la base théorique nécessaire à son action d'avant-garde révolutionnaire agissant en Belgique.  Elle a aidé à construire les thèses de la IIIème Internationale et elle essaie de les appliquer, dans les formes de la vie éco­nomique existant dans notre pays.

Par l'examen du passé de la lutte ouvrière, par l'étude constante des évé­nements qui se passent sous nos yeux, par l'enseignement résultant de notre propre action, nous tâchons de déterminer les directives de notre lutte sur la base des principes de l'Internationale com­muniste . 4

Nous rejetons le parlementarisme, parce que ne pouvant que nuire à l'actionrévolutionnaire; nous combattons la forma­tion des Partis de masses, parce que, inévitablement, ils sont condamnés tout comme la social-démocratie, au réformisme et à la trahison.

Nous appelons la masse  à l'action contre la bourgeoisie mais aussi contre les chefs syndicaux et contre tout ce qui empêche l'action spontanée et directe des travailleurs.

Nous n'avons pas la prétention d'or­ganiser la révolution.  Celle-ci ne s'orga­nise pas d'en haut.  Massart peut s'accor­der, à ce sujet, avec Serrati et Lévi   , nous nous marchons aux côtés des fractions ouvrières dans toutes les luttes pénibles et meurtrières contre la réaction, même lorsque le mouvement va à la défaite mo­mentanée lorsque faibles, abandonnées par les chefs, elles se lancent à l'assaut du capital, parce que sentant vibrer en elles ce qu'aucune bureaucratie, fut-elle communiste, ne saurait leur donner : la volonté d'attaquer.

Un Lévi, un Serrati, organisateurs de la révolution, adversaires de l'action spontanée des travailleurs, furent dans les luttes du prolétariat d'Italie et d'Allemagne, les négateurs de la révolution. Aussi bien à l'intérieur de nos organisations que dans les rangs des tra­vailleurs, nous luttons pour faire disparaître du cerveau prolétarien l'idéologie petite-bourgeoise qui l'attache encore psychologiquement à la société présente.

Les communistes ont à s'affranchir des vaines conceptions humanitaristes ei doivent apprendre aux prolétaires à ne pas affaiblir leur force qu'ils puisent dans leur violence par des considérations trompeuses et sentimentales.

Et c'est pour cela que nous ne vou­lons avoir à nos côtés que les éléments les plus fermes.  Trop de faiblesses social - démocrates se retrouvent dans les rangs des avant-gardes révolutionnaires pour que nous ne soyons pas impitoyables à l'égard de tous ceux qui restent plongés dans des contemplations stériles.

Quels que soient les résultats des pourparlers éventuels, nous continuerons à combattre avec la plus grande âpreté, avec la plus ferme intransigeance le bluff et la démagogie.

Par l'action et dans l'action nous rencontrerons ceux qui s'accordent avec nous.

 

V.G.

 

 

"Le socialisme, au lieu de faire des rebelles indomptables à partir des con­ditions actuelles, finirait par en faire de dociles moutons, domestiqués et "cul­tivés" pour être tout prêts à être tondus."

Le problème de la culture L'avanti - 1913


CE23.5 MEMOIRE OUVRIERE:

CE QUI NOUS SEPARE

L'OUVRIER COMMUNISTE – 4 JUIN 1921