Le peu d'information arrivant en Europe sur l'Afrique du Sud ne fait en général état que de l'opposition démocratique au gouverne­ment et déguise toute lutte en lutte anti-apartheid.

Les informations que nous donnons ci- dessous tendent à mettre en lumière ceci : le prolétariat en Afrique du Sud est évidemment composé presque exclusivement de noirs et de métis (28 millions sur 35 millions d'habitants); la domination du capital prend la forme du "développement séparé des races"; l'opinion publique, personnifica­tion de la démocratie mondiale, trouve scandaleux le régime d'apartheid (scandale relatif d'ailleurs, qui touche les "Springbok" (équipe natio­nale de rugby), mais surtout pas la fructueuse vente d'armes par la France socialiste), y préférant bien sûr une exploitation plus harmo­nieuse, des droits démocratiques, etc.

Nous y opposons ceci : l'Afrique du Sud est un des centres mon­diaux de la lutte de classe, pas de la lutte démocratique; le prolé­tariat y tend à rejeter l'opposition démocratique et s'oppose à la réforme du capital -attaque contre des représentants de l'Etat, qu'ils soient noirs, blancs, métis ou indiens; lutte pour les conditions de vie, contre les syndicats-. La lutte actuelle ne vise pas seulement l'apartheid, mais aussi la timide tentative de démocratisation de l'Etat sud africain : les élections du 22 et du 29 août dernier ont connu une participation de 27% et 17%, malgré le déploiement policier et les rafles (les plus importantes depuis 1977), les affrontements furent nombreux.

Au début de l'été, la situation se caractérisait par des grèves dures mais localisées et des manifs dans les townships suite aux augmentations de loyer. Après les rafles précédant les élections de la chambre métisse, les prolétaires de la cité métis d'Eldorado Park se révoltent pendant que des manifestations violentes ont lieu dans les villes noires de Soweto et de Longloate. Un candidat aux élections voit sa maison attaquée au cocktail Molotov. Les communautés noires et métis descendant ensemble dans la rue, fait relativement nouveau; 630000 écoliers et étudiants boycottent les cours pendant de longues semaines. Quelques jours plus tard, le 4 septembre, les ghettos se soulèvent dans de sanglantes émeutes. La région de Johannesburg s'embrase, les habitants affrontant flics et militaires, brûlant magasins et bâtiments administratifs; deux représentants noirs de l'Etat sont tués.  A Shaperville, une vingtaine d'émeutiers sont tués, le maire adjoint est tué à coup de hache devant chez lui. Les ghettos de Sebokeng et d'Evaton se soulèvent aussi; à Lekoa, le président du conseil municipal est exécuté; les émeutes se succèdent dans le trian­gle du Vaal. Le 9 à 20 km de Johannesburg, à Katlehong, une manif se rend chez le maire qui était absent, les manifestants attaquent le flic en faction à la machette et incendient la maison. Le même jour, des cocktails volent contre la maison d'un maire de Soweto, la police réplique en tirant.  Le 9 septembre le bilan des affrontements s'élève à 32 morts.

Le 18 septembre, saut qualitatif ; sept mines d'or se mettent en grève pour les salaires. Le NUM (syndicat de-mineurs noirs) a bien fait les choses : préavis déposé, grève autorisée, négociations, accords, mais... pas de reprise du travail, piquets de grève maintenus et extension de la grève à d'autres mines d'or : Western Areas, plusieurs milliers de mineurs non seulement font grève, mais refusent d’élire des représentants pour négocier. La direction fait intervenir les flics, les mineurs s!en prennent aux installations, la police tire pour protéger le matériel : 8 morts, 140 blessés. D'autres grèves sont réprimées à Durban Deep (100 blessés), Hartebeefsfontein, Krugersdorp (2 mineurs tués et 104 blessés lors de la tentative d’envahir les bâtiments administratifs).  Ainsi la révolte du prolétariat touche les ghettos et les centres de production. Le pouvoir renforce sa capacité de répression en affectant l'armée (21e bataillon d’infanterie) au maintien de l'ordre à Soweto, suite au lynchage d'un conseiller municipal. Le 23 octobre, 7000 flics et militaires envahissent la cité de Sebokeng avec des blindés pour renvoyer les dizaines de milliers d'étudiants et écoliers à leurs études, écoliers qui occupent leurs loisirs à attaquer les flics et à attaquer les bus pour empêcher les prolétaires de se rendre au travail. Le 5 novembre, grève générale de 48 heures, suivie à 90% dans la région de Johannesburg. La majorité des 6500 employés des usines Sasol sont licenciés pour refus de reprise du travail pourtant réclamé par le syndicat.

Globalement un syndicat comme le FOSATU et une organisation bureaucratique comme l'UDF semblent pouvoir utiliser cette grève pour se propulser au pouvoir. Un des membres du comité organisateur de la grève, dirigeant de l'UDF, Mali, annonce ouvertement de faire déclarer certaines zones libérées, à l'image des tristement célèbres bantoustans.

Malgré la massivité du mouvement de classe, sa radicalité, les organisations démocratiques peuvent encore le canaliser vers une réforme du capital, nouveaux bantoustans ou atténuation de l'apartheid dans un contexte d'isolement de la lutte dans cette région du monde.

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CE21.5.2 Nous soulignons: Classe contre classe en Afrique du sud