Cette dernière partie de notre long travail se veut tentative d'exposition des luttes ouvrières post- insurrectionnelles sur le logement. C'est donc la période qui court de l'insurrection en un endroit jusqu'au communisme intégral (dixit Marx) en passant par la dictature du prolétariat sur l'ensemble de la planète, qui nous intéresse dans cette partie.

Commencer à traiter de ces questions nous semble très important pour plusieurs raisons :

1° rien ou presque rien n'a, à notre connaissance, été écrit du point de vue prolétarien, à ce sujet,

cette période de lutte est, pour le prolétariat plus riche d'écueils multiformes que celle qui le mène vers l'insurrection,

3° l'analyse de cette période et du communisme éclaire non seulement les luttes de ce moment-là mais aussi les luttes actuelles et le chemin qui mène de celles-ci à celles-là.

Les deux premiers points, le nombre d'écueils et la rareté des textes révolutionnaires sur cette question, s'expliquent par une raison commune : la facilité avec laquelle on tombe, à partir de cette question, dans le réformisme, fut-il radical.

En effet, la majorité de ceux qui ont voulu décrire le communisme comme une société meilleure (et c'est déjà l'avilir que de le compa­rer à cette société de mort dont il est la négation... de la néga­tion) partaient non pas de la critique de la société bourgeoise, mais de la société bourgeoise même pour tenter, chose qui n'est possible que dans leur petite tête, d'en gommer les aspects "négatifs" pour garder ceux soi-disant positifs (mais que pour nous ils peuvent se garder avec les autres). Puisque les dits aspects négatifs et les dits aspects positifs font partie de la même totalité contradictoire et qu'ils sont à ce titre indissociables, la disparition des uns implique la disparition des autres par la destruction de la totalité qu'est le système capitaliste. Toute autre compréhension revient à idéaliser systématiquement le monde bourgeois, c'est-à-dire à défendre certaines tendances réelles mais irréalisables de celui-ci pour en fait le consolider avec ces contradictions, renforçant aussi bien les aspects "négatifs" que ceux dits positifs et encadrant derrière les drapeaux bourgeois les luttes ouvrières pour ainsi les détruire.

Les quelques- autres, plus rares, qui, partant des mêmes prémisses, mais en se maintenant sur le terrain ouvrier en corrigeant leurs propres faiblesses théoriques par une réelle volonté non pas d'améliorer le sort de l'ouvrier mais de détruire ce sort détestable entre tous, furent les utopistes. Bien que ces derniers nous soient plus sympathiques parce que ne tentant pas d'encadrer le prolétariat sur le terrain bourgeois, ils rejoignent souvent, par leurs méthodes de pensée, les bourgeois, les réformistes. Ils tentèrent et tentent encore de décrire positivement la société communiste en projetant dans l’avenir un shème d'organisation de la société faisant abstraction (au moins conceptuellement) du mouvement réel, de la lutte qui mène à ce futur. Or, en dehors de la lutte et de la compréhension de l'unité de chaque moment de celle-ci avec son but -totalité du communisme comme société et comme mouvement réel qui mène à cette société- on ne peut partir que d'idées individuelles (c'est-à-dire d'individus atomisés) fussent- elles partagées par presque tous, les­quelles ne sauraient être qu'un reflet plus ou moins critique de la réalité qui nous façonne, de la société bourgeoise.

Réformisme et utopisme se rejoignent donc par la "positivation" de la sociétébourgeoise et, dans notre lutte théorique/ pratique, nous avons à éviter ces deux dangers en évitant de décrire "positi­vement" la société communiste sans passer par l'indispensable stade de critique/ destruction du vieux monde. S'il est possible méthodologiquement de séparer ces deux moments et de prendre d'abord l'as­pect destruction, voyant ainsi ce que le communisme n'est pas pour ensuite essayer, sur cette base, de déterminer ce qu'il sera, il ne faut pas oublier que pratiquement il en va autrement. Pratiquement, chaque aspect de destruction contient des aspects positifs comme l'érection du prolétariat en classe contient la destruction de la démocratie et le développement de la solidarité ouvrière, préfigura­tion « positive » de l'amour de l'espèce !

Comme c'est le but, le communisme, qui permet de percevoir le mouvement qui y mène (comme dans toute activité humaine, c'est la finalité d'un mouvement qui dirige celui- ci, fût- ce inconsciemment, sauf pour le prolétariat dont la compréhension, la conscience de sa lutte (laquelle n'est jamais achevée) est une condition de celle- ci), ce type de travail doit nous permettre d'affiner notre compréhension du communisme et de la lutte pour y arriver. Le communisme étant négation des sociétés de classes dont le capitalisme concentre, uni­versalise toutes les tares en une synthèse "supérieure", pour le comprendre, il faut partir de la critique, de la négation du système bourgeois (en tenant compte de ce que l'apparence de ce dernier -les phénomènes- est à la fois un aspect de la réalité mais aussi un cache- sexe servant à occulter les aspects les plus abstraits, les plus essentiels de cette société. La liberté de vendre ou non sa force de travail est une réalité qui cache la réalité plus essentielle de la privatisation qui nous a été faite par le capital de tout moyen de reproduire notre vie, cette privatisation nous contraignant à être libre de vendre notre force de travail ou libre de crever de faim).

Méthodologiquement, nous partons donc du camp que nous avons choisi dans la lutte de classe, de l'unique possibilité positive pour l'humanité, du communisme. Nous déterminons ensuite ce qu'il sera par la critique, la destruction du monde bourgeois. Mais cette critique, cette destruction ne saurait se réaliser n'importe comment, elle est soumise à des lois qui ont pour base les intérêts de la classe ouvrière. Non parce que cette dernière nous semble audépart plus communiste, moins atomisée, mais parce que sa place particulière dans la société qui est de concentrer en elle toute l'inhumanité du système bourgeois et de toutes les sociétés de classes, met cette inhumanité clairement à jour et que, portant en elle la question de la destruction de la société bourgeoise pour échapper à son sort inhumain, elle porte aussi en elle la réponse à cette question : la société communiste et le mouvement qui y mène, c'est-à-dire l'instauration du prolétariat en classe puis en classe dominante puis son autodissolution dans l'humanité devenue communiste. En luttant contre son sort, elle lutte contre toute la société et pour sa propre disparition en tant que classe. Chaque fois qu'elle détruit ce qui l'asservit, elle détruit ce qui sépare l'homme de lui- même et c'est pourquoi on lit plus clairement qu'ailleurs dans le sort de la classe ouvrière ce que l'on pourrait lire dans n'importe quelle expression de cette société pourrie :ce que ne sera pas le communisme.

     Mais, dans la lutte ouvrière, ses avancées et ses échecs, dans le mouvement donc, se sont chaque fois plus clairement dévoilés tous nos ennemis et tous les pièges que nous tend le vieux monde, cogestion, écologie, gouvernement ouvrier, démocratie…, où chaque « défaite » ouvrière est ou devrait être éclaircissement de la voie qui mène au communisme. On peut alors, sur base de cette destruction dirigée, sur base des mines théoriques de la société bourgeoise, sur base de ce qui a surgi de positif dans la lutte et qui sont des préfigurations du communisme, solidarité ouvrière, parti communiste, etc., négations de la société bourgeoise qui devront être niées à leur tour, et sur base de notre connaissance du communisme primitif, essayer de positiver, de concrétiser ce que sera le communisme. L’éclaircissement de ce que sera le communisme éclaircit alors l’inhumanité de notre sort dans cette société et donc, à la fois ce contre quoi il faut lutter et ce vers quoi il faut lutter, c’est-à-dire le chemin de la lutte contre la société bourgeoise et toutes les sociétés de classe ; cette plus grande détermination nous permettant de dire plus précisément ce que sera / ne sera pas le communisme. Hors de cette voie point de salut, mais la rechute systématique dans le réformisme et l’utopie, dans la compréhension bourgeoise de l’humanité, vue comme l’humanité bourgeoise !

     Dans un premier temps, nous précisons que le communisme se développe contre toutes les séparations (mais, vu les limites de ce travail, nous n’en traiterons que trois) :

1° entre les hommes ; le communisme détruisant l’homme séparé, de tout et aussi de lui- même, au profit de  l’Etre humain, humanité pensante, être dans la société,

2° entre travail et loisir ; détruisant ainsi les deux termes au profit de l’activité humaine contre la prétendue « société des loisirs »,

3° entre ville et campagne ; détruisant les deux termes au profit de la répartition harmonieuse et multiforme de l’homme sur la terre.

     Dans un second temps, nous voyons comment la lutte contre ces séparations se développe et s’articule dans chaque moment révolutionnaire, et, sur cette base de critique théorique/ pratique, comment affirmer les conséquences de ces luttes dans la vie sous le communisme. LA LUTTE, LA CRITIQUE, EST NOTRE METHODE !

     Nous savons donc que rien de ce qui existe n’est neutre, que tout ce que le capital a produit sert le capital et, en tant que tel, ne peut servir que le capital : les hommes, eux, sont « déterminés par les circonstances » et en tant que tels, des produits du rapport social capitaliste ; ils sont citoyens individus atomisés, forces de travail. Pourtant, en même temps qu’il produit l’unique réel facteur de sa valorisation -les prolétaires- le capital produit son propre fossoyeur, le prolétariat, négation, en acte des prolétaires atomisés et de toute la société bourgeoise. Ces deux réalités antagoniques traversent, selon les circonstances, les mêmes choses selon l'acception matérialiste vulgaire du terme, le "même" homme peut être en fonction du rapport de force entre les classes, facteur de dévelop­pement du capital ou facteur de sa destruction. Parmi les prolétaires, malgré la subsomption toujours plus forte du capital, reste toujours présente la potentialité de la révolution. Le capital est incapable de détruire dans tous les hommes ce qui reste d'humain, notre soli­darité de classe, reste de l'humanité de la communauté primitive et préfiguration de l'amour de l'espèce du communisme intégral. Pour détruire cela, le capital se verrait contraint de détruire l'espècehumaine tout entière parce que celle- ci, en tant que totalité, porte en elle l'amour d’elle- même; cela le contraindrait donc à se détruire lui- même.

Pour d'autres marchandises, nous croyons pouvoir dire que le même phénomène se pose. Bien qu’elles soient produites par et pour le capital, il existe en elles des réalités qui les dépassent. Un certain nombre de nécessités étaient remplies avant le capital et même avant toutes les sociétés de classe et le seront encore après lui. C’est ainsi que l'homme a toujours dû se reproduire, se nourrir, se vêtir, se loger... Ce sont ces réalités humaines qui dépassent les sociétés de classes et qui devront donc être maintenues après l'effondrement violent du capitalisme et cela à l'inverse d'un ensemble de réalités qui disparaîtront avec les sociétés de classes.Les chars d'assaut, par exemple, servent avant tout à imposer le travail salarié aux exploités et à détruire les forces productives excédentaires (principalement la force de travail càd les prolétaires) en cas de crise. Le fait qu’ils puissent servir à la révolution n'empêchera pas qu'ils disparaîtront avec les sociétés de classes; il n'y a donc jamais lieu de chercher le caractère « humain » qui pour­rait rester des chars pour le développer durant la dictature du pro­létariat en détruisant son contenu et sa forme capitalistes. Pour les marchandises qui permettent la reproduction immédiate de la vie (fût- elle inhumaine), il reste en elles ce caractère essentiel qu'en reproduisant la force de travail et donc la vie inhumaine, elles reproduisent aussi les potentialités révolutionnaires qui existent au sein du prolétariat, les prémisses à surgir de la préfiguration du communisme, les potentialités de solidarité, etc. Ces mar­chandises devenant choses resteront utiles à tous les stades de la dictature du prolétariat, localisée puis généralisée, jusqu'au com­munisme et pendant celui-ci alors que même les chars d'assaut ne pourront jamais être utiles que jusqu'à l'instauration de la dicta­ture du prolétariat généralisée pendant laquelle toutes les armes seront détruites.

Bien sur, le capital nécessite de nier ces « caractères humains »des marchandises et de la marchandise force de travail. Bien plus, dans ce dernier cas, sa survie est lutte contre ce caractère humain, est destruction, toujours momentanée, des conditions du communisme, de la solidarité,... au profit de la concurrence, de la lutte de tous contre tous, de l'atomisation. De même, la bouffe capitaliste ne sert pas à nourrir les hommes, la meilleure preuve étant le nombre de crève- la- faim dans le monde, mais bien à permettre le cycle de valorisation en reproduisant la marchandise force de travail non- excédentaire.

Si on prend l'exemple des logements, on peut montrer, par au moins trois biais différents en quoi ceux-ci sont totalement déterminés par le capital :

1° parce que la force de travail excédentaire peut/ doit être (selon les périodes) détruite : aucune raison donc de la protéger des intempéries, du froid, etc., d’où pas de logement pour bon nombre de prolétaires,

2° les besoins de la valorisation font qu’il faut toujours diminuer le travail nécessaire face au surtravail d’où exploitation accrue, baisse du salaire relatif déterminant nos conditions de vie et de logement pourries, entassement ou, même dans les pôle de concentration du capital, absence de logement,

3° ce qui existe dans l’usage des logements ce n’est pas de loger des êtres humains mais bien de reproduire la force de travail (non excédentaire), d’où logements familiaux pour maintenir et développer l’atomisation contre la communauté de lutte, etc.

Ces critères peuvent être reproduits pour toutes les marchandises entrant dans la reproduction de la force de travail : la bouffe qui est toujours plus dégueulasse et malnutrissante, juste nécessaire pour retourner bosser, fût- ce avec un cancer et un taux de cholestérol qui fera crever le plus vite possible après le début de leur pension les rares qui y auront droit ; la boisson pour oublier sans lutter, la baise pour calmer les nerfs, etc.

Le logement comme toute chose nécessaire pour la valorisation du capital, est totalement, dans sa forme et son contenu, capitaliste. Le contenu réel des logements c’est la nécessité pour le capital de reproduire une force de travail efficace et donc docile ; leur forme, la cellule unifamiliale atomisatrice. C’est donc, pour trouver rune façon communiste de se loger, contre cette forme et ce contenu qu’il faut et faudra lutter.

     Avec le développement du capital, se développe l’autonomie de la valeur d’échange faisant que la valeur d’usage qu’il détermine à toujours moins d’importance même si elle lui résistera, tant qu’il existera, indispensable parce qu’une marchandise ne saurait être vendue sans valeur d’usage. La subsompsion se fait donc toujours plus forte, plus profonde ; ce qui reste d’humain dans l’homme et dans les choses pour lui indispensable, est ramené à une portion toujours plus congrue. De plus, au travers des crises, cette déshumanisation s’accélère encore parce que le mouvement du capital, lui- même confronté à l’exacerbation de ses propres contradictions, doit s’accélérer sous peine de s’arrêter. En détruisant d’immenses quantités de forces productives, avant tout de prolétaires, le capital démontre plus clairement que jamais qu’il n’en a rien à cirer de l’homme, que seul le préoccupe sa valorisation. Mais cette même accélération de l’histoire du capital, accélération de l’approfondissement de l’inhumanité, ouvre la porte à une accélération de l’histoire en général car ouvrant la voie à la possibilité de la révolution communiste. Si le prolétariat n’a pas suffisamment été encadré, si la bourgeoisie ne parvient pas à trouver un dérivatif à la colère ouvrière attisée par ce brutal développement de l’inhumanité (dont la guerre est l’une des plus fortes expressions), la résistance du prolétariat se développe et se transforme de plus en plus rapidement en révolution communiste ; cette possibilité ouverte avec chaque crise étant historiquement une certitude.

     Le prolétariat, par et pour sa lutte, développe ce qu’il reste d’humain dans l’homme, sa solidarité de classe et ce parce qu’on lui interdit de la reproduire ne fût-ce que comme potentialité en lui interdisant de reproduire sa vie.

La lutte ouvrière qui se développe alors est développement des aspects humains contre ceux capitalistes: développement de la solidarité sur base d'intérêts réels convergents, contre l'atomisation; développement de la reproduction/ réappropriation de la vie immédiate en suspens contre la valorisation.

Tous les différents moments que constitue la totalité révolu­tionnaire comporte le "double" aspect de la réappropriation ouvrière la réappropriation et développement de ce qui est humain en nous et dans les choses dans et par le même mouvement de destruction des aspects capitalistes, valorisateurs, atomiseurs de nous et des choses ce qui signifie à terme, et à terme seulement, la destruction de toutes les choses existant sous le capital tant dans leur forme que dans leur contenu. De nouveau, pour exemplifier, fût- ce caricaturellement : l'homme pour se retrouver, pour accéder à l'humanité, doit se réapproprier lui- même, c'est-à-dire, à la fois se détruire en tant que force de travail, citoyen, atome de valeur en procès, et dévelop­per ses aspects humains:la lutte, la solidarité, l'amour de l'es­pèce. L'homme capitaliste détruit, il disparaît et apparaît un autre homme.

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Cette trop longue introduction se justifie par le fait qu’il n'y a qu'au travers de ce type d'explication que l'on peut, à notre avis, appréhender comment le prolétariat en lutte se réapproprie le monde, à la fois en expropriant les expropriateurs, en détruisant le vieux monde de fond en comble et en développant déjà dans ces deux actions, mais en plus de manière volontaire et consciente, le nouveau monde qui est à naître.

Nous illustrerons le mieux possible cette réalité pour la question du logement à travers trois périodes faisant partie de la même unité que nous ne divisons que pour la clarté de l'exposition. Ces trois périodes sont:

1° la prise du pouvoir en un endroit par la classe ouvrière,

2° l'extension de la dictature du prolétariat au reste de la planète,

3° le communisme.

Et, pour appréhender clairement cette destruction/ réappropriation, nous insisterons sur la lutte contre trois aspects plus particuliers au logement car ils s'avèrent résumer la forme/ contenu des logements capitalistes:

1° l'entassement des prolétaires (lequel comprend la séparation ville et campagne),

2° la famille, c'est-à-dire l'aspect de séparation de tous avec tous, l'atomisation,

3° la séparation entre travail et loisir.

Nous tenterons de montrer le mouvement unique de lutte contre ces aspects et de développement des aspects humains du logement: protection contre les intempéries, le froid, etc., confort et développement d'une vie sans séparation ni entre les hommes ni entre leurs activités.

     DICTATURE DU PROLETARIAT EN UN ENDROIT ET LOGEMENT

Pour analyser cette période (et toutes les autres d'ailleurs) nous avons, jusqu'ici uniquement le cadre conceptuel, le communisme, à là fois purement abstrait et relativement précis. Ce cadre, comme nous l'avons dit, nous a été donné par la négation du système bourgeois complétée de ce que l'on sait du communisme primitif et des préfigurations du communisme intégral que sont la solidarité et le parti. Nous savons que c'est toujours sur base du but qu'il faut déterminer chaque instant du mouvement qui y mène, lesquels, pour le communisme et son mouvement, y sont toujours d'une façon ou autre intégré. Toutes les exigences de cette lutte, négation théorique/ pratique de la société bourgeoise, sont des préfigurations du communisme, solidarité, internationalisme, etc., qui, à leur tour, devront être niées.

Pour déterminer les luttes à mener sous la dictature du prolétariat sur la question du logement, nous partons de ce que nous sa­vons déjà du communisme: destruction du travail, de la séparation entre ville et campagne, de la famille. Il  est regrettable, mais cela nous apparaît seulement maintenant, que cette méthode ne fut pas appliquée avec toute sa rigueur pour les luttes ouvrièressur le logement avant la dictature du prolétariat, c'est-à-dire dans le texte précédent où on a donné une plus grande place aux luttes pour les loyers gratuits et aux occupations qu'à l'aspect lutte contre la famille, l'atomisation, proportionnellement aussi présent dans cette période de la lutte ouvrière que dans les périodes ultérieures Nous avons par là chassé avec trop peu de rigueur la séparation social- démocrate entre "économie" -grèves des loyers,  occupations- et "politique" -famille et atomisation contre union grandissante-.

Cependant, nous ne sommes ni anarchistes, ni modernistes, ni politicistes, aussi nous ne croyons pas plus au fait que par le seul acte "magique" de l'insurrection, la nature du monde, les rapports sociaux  dans lesquels les hommes évoluent, changent du jour au lendemain, qu'au fait que nous puissions nous passer de tout ce qui existe du jour au lendemain, pour construire le communisme "ailleurs". Cet "ailleurs- là" se trouve uniquement dans la tête de ceux  qui ne voient pas plus la double réalité du prolétariat -force de travail exploitée et en même temps (hé oui, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité) force révolutionnaire- et qui sont donc incapables de voir le chemin qui, par la négation, mène de l'un à l'autre, tout comme, croyant voir surgir le communisme d'un ailleurs idéaliste et mythique, ils sont incapables de voir le chemin qui mène du capitalisme au communisme, par la double négation dont la dictature du prolétariat est un moment.

Nous savons, quant à nous, que le communisme est l'unique réel sujet de l'histoire, sujet aussi de la destruction du vieux monde qui a créé la force capable de l'imposer, mais que ce surgissement sera l'oeuvre d'hommes réels agissant parmi d'autres hommes réels ayant tous besoin, pour pouvoir continuer à vivre et continuer ou commencer à lutter contre le vieux monde, de manger, se loger, se vêtir. Les seules forces productives existantes à ce moment seront celles créées par le capital pour exploiter la force de travail, pour produire de la valeur par le biais de la production de marchandises et rien ne permet de croire que ces forces productives seront surabondantes dans l'immédiat, l'addition des destructions causées par la très probable guerre impérialiste qui aura précédé la guerre civile etpar cette dernière, rendra déjà suffisamment délicat le problème de pouvoir reproduire la vie des hommes dans cette période pour ne pas l'aggraver par des destructions peut-être justes dans le fond (toutes les usines du capital devront disparaître) mais dont l'application irraisonnée peut en faire une arme contre le communisme.

Il faut bien comprendre que cette différence entre le communisme et les mesures à prendre lorsque le prolétariat n'a réalisé l'insurrection qu'en certains endroits, sont des expressions de la faiblesse du mouvement; faiblesse produite de la contradiction qui se maintient encore pendant la dictature du prolétariat, entre le prolétariat, classe encore exploitée (bien que détruisant son exploitation), et classe révolutionnaire. Et c'est le fait d'être toujours exploité qui le contraint à accentuer son processus de destruction de la vieille société et de généraliser le communisme. C'est parce qu'il est faible et isolé qu'il sera contraint de prendre des mesu­res pour étendre la révolution en profondeur —lutte contre la va­leur— et en superficie —lutte politico- militaire pour faire l'in­surrection là où ce n'est pas encore le cas— plutôt que de pouvoir d'emblée, sur toute la surface de la terre, se consacrer à la des­truction "politico- économique" du vieux monde. (Nous faisons ces distinctions pour bien éclairer les différentes phases entre les­quelles des bonds de quantité- qualité introduisent, malgré la direc­tion générale constante, des changements; au moment d'une insurrec­tion, il faudra surtout s'occuper de la question militaire même si celle-ci est aussi économico- politique). De même, c'est cet isole­ment qui nous poussera peut-être à produire des armes (hypothèse peu probable vu que la bourgeoisie en produit tant et tant) alors que sous le communisme et même à un stade donné de la dictature du prolétariat, elles seront toutes détruites. On voit qu'un certain nombre de mesures peuvent être prises en parfaite corrélation avec le mouvement communiste tout en étant "contradictoires" avec le communisme vu  que c'est la globalité, la direction, qui va déterminer le réel caractère de classe de ces mesures. Tout comme c'est la globalité du processus de lutte/ destruction de la valeur, extension de l'insurrection qui va déterminer le caractère ouvrier ou non des zones où l'insurrection aura d'abord eu lieu. Feront partie du mouvement mondial et en tant que tels seront dictature du prolétariat, les bastions soumis à la direction du Parti Communiste internationaliste et mondial répondant aux nécessités de la révolution mondiale, faute de quoi ils ne peuvent que retomber dans le développement de la valeur, la défense de leur "révolution" dans leur patrie et la tentative de construire le "socialisme en un seul pays" et de fait, faire partie du parti de l'ordre contre le Parti Communiste. Ces mesures sont des médiations indispensables, produites en vérité, par les sociétés de classes et par lesquelles il nous faut passer pour en arriver au communisme: la violence, la terreur rouge en étant un autre exemple clair.

Pour la question des logements, la faiblesse de la classe ouvrière qui vient entre autre de ce qu'elle est produite du capital, le fait qu'elle ne peut pas être d'emblée communiste ni même imposer enmême temps sa dictature sur l'ensemble du monde, limite très fortement les mesures que le prolétariat qui a pris le pouvoir en un endroit peut prendre.

Nous avons vu que le prolétariat sera contraint d'utiliser certaines des forces productives mises en place par le capital pour simplement pouvoir bouffer. Mais cette utilisation ne saurait pas plus que les forces productives elles-mêmes, être neutres; les forces productives et leur utilisation sont toutes deux un moment de la lutte qui oppose les classes. Aussi lorsque le prolétariat se voit contraint d'utiliser ces forces productives qui sont ce "monstre" qu'il a produit et qui se dresse menaçant face à lui "pour lui sucer sa "vitalité", c'est en luttant contre elles et leur caractère essentiel pour le capital qui est d'être un moment de la production de valeur, le meilleur moyen de pomper toujours plus de survaleur au prolétariat. C'est en ce sens que cette réappropriation est d'emblée destruction, destruction du processus de valorisation et réappropriation de ce qui nous permet de survivre (caractère "humain" qui existe en elles). Les moyens de cette réappopriation/ destruction ne manquent pas même dans le cadre de cette dictature du prolétariat limité géographiquement: arrêt de toutes les entreprises ne présentant de l'intérêt que pour le capital -banques, assurances, ministères, etc.- repartage du travail entre tous, augmentation générale des salaires, destruction des chaînes, diminution brutale des cadences, discussions, formation politique sur les lieux de production, etc.  c'est de cette façon que le travail qui continue à exister sous la dictature du prolétariat comme sphère séparée, n'est plus travail salarié puisque la caractéristique essentielle de ce dernier, c'est-à-dire son mouvement, sa totalité, sa réalité, n'est plus de s'échanger contre un salaire, quantité de marchandises, mais d'être producteur de survaleur grâce au travail non payé. Contrainte à produire la "même chose" au même endroit, la classe ouvrière peut, par la direction réelle qu'elle donne à cette production, satisfaire les besoins humains et à ce moment principalement les besoins de la lutte plutôt que d'accumuler de la valeur, attaquer le système bourgeois et faire surgir les préfigurations du communisme, travail non salarié, production de choses nécessaires aux besoins humains, (lesquelles devront à leur tour être niées).

N'étant pas matérialistes vulgaires, nous ne voyons pas dans la marchandise ou l'usine, la chose, l'objet, mais bien avant tout, le rapport social qui s'y cache, qui lui donne son mouvement propre, sa finalité, son contenu et qui détermine sa forme. De la même façon pour les logements, nous ne nous intéressons pas avant tout à la matière dans laquelle ils sont construits, leur hauteur, leur couleur, mais avant tout à leur rôle social et de ce point de vue, ils sont outils de la reproduction d'une force de travail la plus docile et atomisée possible; ils sont source d'isolement et d'enfermement dans la famille. Cependant, ce que nous avons dit sur les limites imposées par la faiblesse du prolétariat, par la situation grave dans il aurait à construire son semi- Etat, est évidemment aussi vrai pour les logements.

Bien que ceux-ci soient entièrement capitalistes, il faudra, vu leur rareté due à la non- satisfaction des besoins ouvriers par le capital et aux destructions consécutives à la guerre et à la révolution, vu que la situation de guerre de classes à l'échelle mondiale imposera évidemment d'autres mesures bien plus urgentes de soutien aux prolétaires d'autres endroits et de défense des insurgés, il faudra, disions- nous, employer les logements mais en luttant contre leurs aspects capitalistes, contre l'expression, dans les logements, de l'odieuse loi de la valeur. Encore une fois, utilisation de la vieille forme capitaliste, les logements unifamiliaux, en luttant contre son contenu, impliquant des transformations et ensuite (et ensuite seulement) la destruction de cette forme. D'un côté, produire dans les vieilles usines de quoi satisfaire les besoins humains sans valoriser le capital/ exploiter la classe ouvrière, de l'autre, se loger dans les vieux bâtiments pour reproduire sa force de lutte en étant le moins entassé possible et sans reproduire sa force de travail, sans atomisation, sans famille, mais en développant la solidarité, préfiguration de l'amour de l'espèce!!

On voit donc à la fois la tendance la plus générale, ses limi­tes et les moyens de repousser ces limites vers le but, à chaque moment.  Le simple fait de maintenir l'emploi de certaines cellules de production mises en place par le capitalisme explique l'incapacité à ce moment-là de détruire la séparation entre ville et campagne qui surgit de la séparation entre production agricole et production in­dustrielle, elle-même produite de la nécessité pour la société bourgeoise de faire produire toujours plus aux exploités des campagnes et des villes.

Nous avons vu que l'aspect de séparation travail et loisir et de séparation ville et campagne sont à peu près insolubles dans ce type de période. L'axe le plus important pour les luttes sur la question du logement après les insurrections à venir reste donc la diminution de l'exploitation par la lutte contre l'entassement au sein même des villes et la lutte contre la famille.

Pour lutter contre l'exploitation du prolétariat par l'augmentation de la part du produit social qui lui échoit comme pour lutter contre l'entassement, la solution est et reste le repartage des logements et autres bâtiments existant entre l'ensemble de la population, cela signifiant en fait l'installation de prolétaires dans les loge­ments des bourgeois sans que le contraire ne soit vrai. En amenant les prolétaires dans les logements bourgeois, non seulement on amé­liore directement leur situation de prolétaires, brisant l'entassement dont notre classe est victime, mais de plus, on brise tendanciellement les séparations entre les classes, on mélange ces dernières sur les lieux de logement (mais aussi par le repartage du travail) mesures unifiant le sort de l'ensemble de la société. De plus cela rend la propagande et la surveillance effectuée par le prolétariat beaucoup plus efficace; enfin, c'est une façon de prendre les bourgeois de cette région en otage par rapport aux bourgeois d'autres villes ou pays, dans la mesure où les désormais traditionnels bombardements de quartiers ouvriers signifient aussi le bombardement des bourgeois. (Il est évident que cette mesure à elle seule ne saurait suffire, elle doit s'accompagner de toute une politique de terreur à l'égard de la bourgeoisie, effectuée notamment par les ouvriers se trouvant dans les endroits d'où la bourgeoisie est susceptible d'or­ganiser des bombardements).

Si nous insistons sur la nécessité d'améliorer la situation sociale du prolétariat, ce n'est pas tellement pour "convaincre les ouvriers que le socialisme est bon pour eux", ce qui ne serait qu'un remake de l'éducationisme ouvrier mais bien parce qu'amélioration du sort du prolétariat et bonne marche de la valorisation sont antagoniques. Le capital ne se développe qu'en appauvrissant relativement le prolétariat. Lutter contre la valeur, seule voie menant au communisme implique la diminution de l'exploitation, l'amélioration du sort ouvrier.

De fait s'il s'agissait de "distribuer plus aux ouvriers" pour les convaincre, les difficultés seraient grandes puisqu'il est probable qu'il y aura guerre impérialiste puis guerre de classe dans la plupart des endroits et que les destructions feront qu'il n'y aura pas grand chose à distribuer! Il y aura surtout amélioration dans le fait que, pour la première fois, les aspects humains de l'homme auront un beaucoup plus grand champ où s'exprimer. C'est la richesse humaine ou tendanciellement humaine de la lutte, seul moyen de vivre plus humainement, la lutte qui, vu le changement dans le rapport de force entre les classes qu'implique l'insurrection, peut enfin s'étendre à tous les aspects de la vie, qui représentera la plus grande amélioration du sort de la classe ouvrière.

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En ce qui concerne la lutte contre la  famille il ne saurait s'agir d'édicter de grands décrets annonçant la fin de la famille -de l'atomisation- et de son mode de logement d'autant plus que, comme nous l'avons dit dans d'autres textes, la famille reste la seule chose que les prolétaires possèdent sous le capital, ce qui la rend particulièrement tabou. C'est l'exacerbation pratique de la lutte de classe qui remet en question cette dépendance énorme de la famille parce que lorsque les oppositions en classe se font plus violentes, elles brisent, quand il le faut, les cellules familiales opposant le frère qui a choisi de défendre le capital à celui qui lutte pour le communisme et attachant par un lien bien plus fort que celui des gènes, et ce sans distinction d'âge, de race, de sexe ou de famille, tous ceux qui luttent contre l'inhumanité.

Bien sûr, cette lutte, comme la lutte sur n'importe quel aspect est plus difficile en période de paix sociale, comme toutes les luttes, elle implique le danger de la répression bourgeoise et de l'introduction du réformisme au sein de la lutte ouvrière d'autant plus grand que l'isolement qui règne en ces périodes est plus grand et que le poids de l'idéologie bourgeoise est lourd.

Le risque de réformisme s'exprime principalement par la possibilité de reconstruire une famille "autre" plus "radicale". Le capital lui-même a déjà lourdement ébranlé la vieille conception familiale qui garde principalement son auréole mystique dans les pays européens et catholiques; partout ailleurs le capital a pu développer des formes de famille légèrement différente bien qu'ayant un contenu semblable. Les "communautés" à un pôle ou le célibat à un autre ou les différentes formes de mariage, la polygamie ou polyandrie et leurs restes, en ce qu'elles donnent toute la primauté à la survie de l'individu atomisé, séparé de la classe reconstituant sa force de travail, survivant dans ce monde sans tendre à le détruire, ne sont rien de plus que la famille bourgeoise traditionnelle plus ou moins remodelée et sous un vocable "prolétarien" dans le pire des cas.

Comme nous l'avons vu la seule chose qui tranche avec cela, c'est la communauté de lutte qui s'élabore dans et pour celui-ci. Alors qu'en période de paix sociale, rares sont ceux qui vivent cette communauté, réelle préfiguration du communisme, avec l'essor d'un puissant mouvement prolétarien, apparaissent l'enthousiasme et les nécessités de développer cette communauté tant en profondeur en resserrant encore les liens entre tous ceux qui luttent, qu'en extension avec le développement numérique de ceux qui, à différents niveaux, prennent faits et causes pour le prolétariat.

Au cours de la plus importante insurrection que le prolétariat ait organisée, celle de 1917 en Russie, cette lutte contre l'atomisation et la famille connut différentes expressions. Parmi celles-ci, les communautés de lutte et de vie (puisque pour les communistes, la vie c'est avant tout la lutte et dans ces périodes, cette vérité de toujours prend plus de poids que jamais) que créèrent d'emblée différentes fractions de l'avant- garde ouvrière, membres ou non des bolchéviks. Bolchéviks qui, lorsque l'écrasement de la vague de lutte et le renouveau capitaliste en Russie même (et dans le monde) les auront transformés en gestionnaires serviles du capital, se chargeront de réprimer ces expressions que cela soit en interdisant toutes les façons de vivre qui ne correspondent pas aux intérêts du capital ou en changeant le contenu grâce au réformisme. C'est ainsi que si la vie en commun, la pratique libre de la sexualité furent directement réprimées, de façon apparemment contradictoire, certains des différents et parfois géniaux projets architecturaux qui jaillirent du formidable enthousiasme révolutionnaire des années 1917- 1918 furent quant à eux réalisés. Mais la situation du prolétariat en Russie dans ces années et notamment la pénurie de tout ne permit pas de les réaliser immédiatement et ce n'est qu'en 1925 longtemps après l'écrasement de la révolution mondiale qu'ils virent le jour. Mais si la forme fut gardée, le contenu en fut tout autre. Dans certains cas, les plans furent respectés tout en rejetant la cuisine et le salon familial au profit du réfectoire et du salon commun et la cham­bre à coucher au profit du dortoir. Pendant ces sept années, tout ce qui pouvait y avoir de communiste dans ces projets fut détruit et des projets postérieurs à 1924 établissaient les lieux de telle sorte que non seulement il fallait dormir en dortoirs non mixtes mais en plus, que les nuits passées avec quelqu'un étaient strictement programmées et limitées. C'est parfois l'ensemble de la journée qui fut ainsi minuté pour l'ensemble de la "communauté": réveil à 6 h, 5 mn de gym, 10 de toilette et 5 de douche (facultative), 5 mn pour l'habillement, 3 mn de trajet vers la salle à manger, 15 mn de déjeu­ner, etc., tout au long de la journée et ce jusqu'à la "préparation au sommeil" de 10 mn avec précision, dans le règlement, que même pour ceux qui ont le droit de dormir avec leur ancien(ne) époux(se), "les chambres ne sont prévues que pour dormir" (projet super- collectiviste de Koutsmine dans "Ville et révolution" de Akopp). L'unique façon de disposer de 5 mn non- surveillées et programmées consistant à ne pas prendre de douche matinale.

Des projets plus ou moins géniaux pour lutter contre l'atomisation et la famille, la contre- révolution avait fait la recréation d'une super famille parfois divisée en plus petites avec comme axe du projet le développement monstrueux du contrôle sur la force de travail, une surveillance de tous les instants, la survie à la chaîne, l'introduction à un niveau encore supérieur du taylorisme dans la reproduction de la marchandise force de travail. On comprend alors que ces projets connurent un rejet massif de la part du prolétariat qui les considéra très vite pour ce qu'ils étaient devenus : l'intro­duction plus poussée, plus violente de l'Etat bourgeois, de sa ré­pression et de ses valeurs dans la vie quotidienne de la classe ouvrière.

La lutte pour le développement de la solidarité contre la pri­vatisation amoureuse fut brisée avec l’écrasement de la vague de lutte parce qu'elle ne peut se développer que par et pour la lutte. Mais lorsqu'une nouvelle vague mondiale de lutte surgira, surgira avec elle tout ce type de projets d'une vie enfin humaine.

Ces projets consistent avant tout à lutter contre les sépara­tions et les privatisations. Les privatisations dans les relations humaines et partant dans les relations sexuelles, l'enfermement sur sa famille (qu'elle soit grande ou petite) sont une des expressions du règne de la propriété privée, de la privatisation des moyens de reproduire sa vie. Les relations humaines sans entraves permettent à l'être humain de se reproduire comme totalité dans et avec les autres où chaque relation devient moment d'affirmation des protago­nistes comme être humain dans l'humanité et expression ponctuelle de l'amour de l'espèce, lequel signifie l'acceptation de la prédominance de l'espèce sur les individus, la fin de la séparation entre l'espèce humaine et les êtres qui la composent. Les individus non- séparés (les termes restent impropres pour qualifier l'être humain càd l'être-dans-et-par-l'humanité) qui produisent pour l'espèce et donc pour eux et non pas pour eux et donc contre l'espèce, ne connaîtront évi­demment plus séparations ni privatisations dans les relations.

Cependant, il nous semble adéquat de déterminer plus clairement la lutte "spécifique" sur cette question, ce qui signifie plutôt comprendre comment, à l'intérieur de la totalité qu'est le mouvement communiste, s'articule cette lutte, et cela pour deux raisons:

- la première, que dans tous les moments de la lutte, l'enfermement familial constitue un frein à celle-ci,

-         la seconde étant que la famille et la lutte pour sa défense peut, dans les périodes de lutte intense et même après l'insurrection,devenir une des bases de regroupement de la contre- révolution, d'autant plus facilement que la famille a un caractère quasi tabou!

C'est pourquoi bien que la destruction de la propriété privéesignifie la destruction de la famille, bien que la lutte ouvrière détruise déjà la famille par sa pratique, les communistes auront comme tâche de centraliser, généraliser, rendre conscientes les luttes et tendances ouvrières qui s'exprimeront dans le sens de la fin de la famille et ce à l1instar de n'importe quelle lutte ouvrière. Si au début nombreux seront ceux qui voudront défendre leur "chez eux", leur famille, très vite, plusnombreux encore seront ceux qui portés par le formidable enthousiasme révolutionnaire expérimenteront les relations nouvelles et de nouvelles façons de vivre. Ce type de lutte qui ne peut être que moment, c'est-à-dire condition, renforce­ment de la lutté ouvrière générale, faute de quoi on retombe dans le réformisme plus ou moins radical, c'est-à-dire dans la création d'autres formes de famille qui s'opposèrent toujours à la communauté de lutte, ce type de lutte (disions- nous) connaîtra un formidable développement parce que lutter c'est déjà refaire une totalité de sa vie, cette totalité étant la lutte précisément et c'est une première négation du découpage de la vie de l'homme et des hommes entre eux, négation qui devra à son tour être niée!

Le fait de faire de sa vie une totalité signifie inféoder tous les moments à cette totalité prendre toutes les décisions en fonction de cette totalité et comprendre que chaque fois que l'on ne le fait pas, où on estpar exemple obligé de faire primer à cause de la période, le boulot salarié sur l’activité révolutionnaire, c’est une preuve de la faiblesse du prolétariat, c’est une défaite ! Cette primauté de la lutte qui peut redonner un caractère total à notre vie s’exprime de façon toujours plus totalisatrice parce qu’avec le développement de la lutte, c’est celui-ci qui déterminera où l’on habite, tant au niveau international qu’à l’intérieur d’un pays, avec qui habiter, quand déménager, etc., chaque moment vécu, repas, sommeil…, et chaque personne rencontrée devenant déterminé par la lutte, et de ce fait, l’amour de l’espèce qui, sous forme de la préfiguration qu’est la solidarité ouvrière, traverse tous ceux qui luttent, devient condition indispensable de la lutte, ne serait- ce que sous l’aspect de la confiance ! !

Aussi, lorsque la dictature du prolétariat se développant, les prolétaires par milliers exprimeront leur volonté de vivre autre chose il faudra chaque fois plus insister sur le fait qu’il s'agit d'un moment de la lutte ouvrière qui ne saurait se régler de façon prolétarienne individuellement, mais qui doit être traité politiquement comme n'importe quel problème surgissant de la lutte de classe. Alors plus que jamais, chacun de ceux qui tenteront de s’enfermer ou d'enfermer d'autres dans la coquille contre-  révolutionnaire de la famille, sera un frein à la centralisation ouvrière, au développement de l'amour de l’espèce au développement de l'organicité communiste. Dans la réappropriation de sa vie par l'homme, la conscience joue un rôle primordial; le communisme est un "plan de vie pour l'espèce", « l’humanité enfin retrouvée et consciente de l'être », "la fin de la préhistoire de l'humanité et le début de l'histoire consciente", etc.

          *****

C'est pourquoi il faudra toujours plus pousser chaque homme et d'abord chaque communiste» chaque militant ouvrier, à être cons­cient de ce qu'il fait, de pourquoi il fait ou ne fait pas et de ses envies ! C'est pourquoi il faudra discuter toujours de comment chaque individu assume la reproduction de la vie humaine et ses différents moments; pourquoi des moments particuliers de cette reproduction tel le sexe sont tabous, pourquoi un tel accepte de manger avec xautres personnes mais refuse d'avoir des relations sexuelles avec quiconque d'autre qu'y, pourquoi il a peut-être envie d'avoir des relations avec z mais n'ose même pas y penser consciemment, pourquoi en retour z ne veut pas avoir de relation avec lui et comment faire pour que ça change; ce type de conscientisation devant être réalisé pour tous les types de relations possibles (et elles sont nombreuses) puisque rien, à priori, n’empêche que des relations autres que diadiques, se nouent, bien au contraire. Avec la compréhension toujours plus rapide que rien ni sur terre ni au ciel ne peut nous punir d'avoir réalisé nos envies humaines, avec la disparition des bases matérielles innombrables de tous les interdits -propriété privée, travail salarié, division du travail, toutes les divisions qui se répercutent toujours plus profondément dans nos têtes— et avec la vertu puissante de l’exemple laquelle ne peut jouer que si elle n’a pas à montrer toute la puissance de l'idéologie bourgeoise c'est-à­-dire parmi les ouvriers en lutte, nul ne doute que ce type d’expérience puisse se développer très rapidement.

Au niveau du logement, différentes mesures devront être prises pour que les aspects formels de la façon de vivre puissent correspondre au développement réel de la lutte. Cela signifie qu’il faudra éviter de se faire enfermer dans les cellules familiales qui sont en soi des entraves au développement de la lutte. Dans la mesure ou nous serons contraints d'employer les vieux bâtiments, il faudra au moins :

1° développer l'emploi comme habitations de bâtiments  due la bourgeoisie avait fait construire à d'autres fins mais dont la taille et l’architecture disposent plus que d'autres à une collectivisation de la vie et de tous ses instants,

2° le plus souvent possible, abattre les murs séparateurs, transformer les lieux d’entassement de la force de travail en véritables ruches humaines où tous pourront vivre avec tous ! De toute façon, il importe peu de donner des recettes; par, pour et dans la lutte, la collectivisation de la vie se fera et l'extraordinaire créativité ouvrière pliera la réalité contingente à ses envies ! ! !

ELARGISSEMENT DE LA DICTATURE  DU PROLETARIAT A L’ENSEMBLE DUMONDE

Le développement de la dictature du prolétariat ne change évidemment pas les axes de la lutte de classe et notamment des luttes de classe axées sur le logement, il ouvre "juste" un ensemble de possibilités nouvel|es par le renforcement du prolétariat et par la perte d’importance rapide de ses anciennes activités.

La question militaire perd pratiquement toute son importance et se limite, à partir de ce moment surtout, à surveiller et réprimer toute tentative bourgeoise de réinstaurer le vieil ordre des choses. La destruction des bases matérielles de la contre-révolution, c’est-à-dire la destruction de la valeur elle- même devient pratiquement l'unique préoccupation des prolétaires puisque toutes les institutions bourgeoise permettant aux bourgeois de fonctionner sont détruites. Cette avancée permet aussi de commencer à détruire de vieilles forces productives, de vieilles habitations et d'en faire surgir des nouvelles mieux adaptées à la vie nouvelle qui, depuis le début de la vague de lutte ne cesse de se développer.

La destruction du travail, fut-il non salarié, et de toutes les séparations, devient tâche prépondérante. C'est ainsi que si jusque là il aura fallu employer certaines des vieilles usines, on sait :

1°que celles-ci sont de dégueulasses hangars à machines,

2° que le développement de réelles possibilités de produire sans travail, sans même la présence de l’homme, fut tout le temps freiné parce que seul l’homme exploité produit le survaleur qui nourrit le monstre capital.

Sous la dictature du prolétariat, l’automation pourra enfin se généraliser de telle sorte que toutes les activités chiantes seront de plus en plus prises en charge par des machines et que celles-ci ne nécessitant plus la présence de l’homme elles pourront :

1° disparaître de la surface de la terre,

2° être dispersé dans son sous- sol.

C’est en effet, comme nous l’avons analysé dans une précédente partie de ce texte, la nécessité de valoriser le plus possible la valeur qui contraint les capitalistes à toujours plus centraliser certaines des industries et dès lors à entasser les prolétaires tout autour. Nombreuses sont les contraintes « naturelles » dont la disparition de la loi de la valeur nous débarrassera à tout jamais ! ! ! Il n’y a donc plus de nécessité de concentrer la force de travail autour de grands centres industriels, les raisons d’être de l’un et l’autre étant en voie de destruction.

Ce dont le communisme hérite, c'est de gigantesques forces sociales aujourd’hui utilisées à la valorisation, mais qui peuvent servir à répondre aux besoins et qui, transformées feront que pour faire émerger le communisme il ne faut pas retourner à l’âge de la pierre ! Si l’électricité sert aujourd’hui à faire tourner les chaînes de montage et à faire fonctionner la machine à atomiser et à rendre con, autrement nommé la TV, si aujourd’hui l’énergie atomique sert à faire des bombes ou à polluer, c’est bien pour les besoins du capital et non en soi. Sous la dictature du prolétariat, énergie atomique et électricité, en attendant de nouvelles sources d’énergie plus efficaces, serviront à diminuer le temps consacré à la production et à la rendre humaine en réintégrant celle-ci dans l’activité humaine ! Il ne s'agit pas de retourner au communisme primitif; la négation de la négation intègre aussi le fait que le résultat de la deuxième négation, bien que revenant à la chose niée au premier stade, lui est supérieure. Le communisme est nié par les sociétés de classe lesquelles sont à leur tour niées par le communisme mais intégral cette fois, c'est-à-dire non limité par la nature, non inféodé à des mythes, etc. Le formidable développement de forces productives ne s'est pas fait pour qu'une fois que l'homme arrive à diriger consciemment sa destinée, il retourne crever de froid dans des grottes. Le développement des forces productives ne pouvait que passer par des sociétés de classes; celles-ci ne sont qu'une parenthèse historique nécessaire au développement de l'unique sujet de l'histoire, le communisme qui, de primitif devient intégral grâce au développement des forces productives, grâce à la conscience de soi, d'être dans, par et pour l'humanité que ce développement à permis ; l'intégration du développement des forces de la nature par les sociétés de classes étant une intégration consciente de l’homme dans la nature et de la nature dans l'homme, qui ne peut donc être réalisé que dans une société consciente d'elle-même et donc de ses liens avec la terre et jamais dans une société où le profit dirige tout et où la nature, sa défense ou sa destruction, sont fonctions des possibilités de bénéfice !

Mais ces formidables forces sociales ne peuvent plus être mises en branle par un individu -ce qui  explique que les révoltes individuelles n’ont plus aucun sens sous le capitalisme. Si, sous de vieux modes de production il pouvait exister un individu voulant avoir la propriété de ses outils pour s’émanciper (le serf devenant compagnon, le compagnon devenant maître), aujourd’hui, seule la société toute entière peut s’emparer des outils pour les détruire et utiliser les forces sociales existantes pour en façonner de nouvelles. Aussi le repli sur soi- même, la production autonome et privée (qui ne fait que relancer le cycle maudit : production privée- échange et qui dit échange dit vente et achat de la force de travail- exploitation- Etat- etc.) sont-il impossibles. Ces forces productives exigent que les hommes produisent et donc vivent, puisque la séparation disparaît, produisent pour vivre et produisent leur vie, vivent pour produire et reproduire leur vie, etc.

     Il faut donc à la fois lutter contre l’entassement mais sans disperser les hommes (d’ailleurs un homme seul est incapable de reproduire sa vie) que cela soit physiquement ou intellectuellement. Le niveau de concentration des hommes sera donné, à la fois par la nécessité de la production, mais surtout par les envies humaines qui s’exprimeront toujours plus clairement.

     En ce qui concerne le logement, les hommes peuvent commencer à construire de nouveaux logements adaptés au développement de la communauté humaine. Déjà les différentes architectures qui travaillaient à l’élaboration d’un « nouvel urbanisme » en 1917 parlaient la nécessaire construction de « condensateurs sociaux, créateurs de l’homme nouveau luttant contre le repli sur lui-même et sa famille ». Cela signifie clairement que les bâtiments doivent être construits de façon à permettre et à induire une assumation collective de la vie et de sa reproduction ouvrant la porte aux multiples possibilités dont l’existence d’endroits où les enfants(qui sont les enfants de tout le monde)puissent être élevés collectivement tout en ayant la possibilité de se retrouver seul. De même, il faut qu’existent différents endroits de différentes tailles pour pouvoir manger, dormir, lire, étudier, faire l’amour, avec le nombre de gens et les gens avec qui cela se joue à ce moment-là. Mais, sachons que cette vision reste encore entachée de toutes les séparations : l’activité productive et les différentes autres activités restant toutes séparées ne fut-ce que géographiquement. Nous verrons, dans la dernière partie de ce texte, comment, même ces séparations, peuvent être et seront abolies sous le communisme !

     Pour la construction et la destruction, dans un premier temps, le simple fait de détruire tous les bâtiments qui ne peuvent avoir que de l’utilité sous le capitalisme, usines, HLM, bidon- villes, et de remplacer ceux-ci qui auront été détruits dans la très probable guerre impérialiste transformée en guerre révolutionnaire, par différents lieux de vie, verdure, espaces de jeux…, additionnés de la construction des nouveaux bâtiments à la périphérie des anciennes villes en dislocation, permettra de briser l’entassement anti- communiste.

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     LOGEMENT ET COMMUNISME

Tout au long de ce texte nous avons montré que dans la lutte à mort entre communisme et capital (contre le capital) s'affrontaient deux réalités contradictoires s'excluant. D'une part un ensemble de besoins humains, lesquels nient le capital et sont niés par lui, que cela se fasse par la simple négation de ses besoins (laisser des millions d'êtres humains crever de faim) ou en les remplissant d’un contenu qui n'intéresse que lui (donner à bouffer juste ce qu'il faut pour reconstituer la force de travail nécessaire pourvu que cela cristallise le moins de temps de travail possible pour faire baisser le temps de travail nécessaire), les deux étant liés. D'autre part à cela s'affrontent les besoins de la valorisation qui sont en contradiction totale avec ces besoins. Du point de vue ouvrier, point de vue des besoins humains, cette lutte passe par la négation/ destruction de toutes les contradictions surgies du processus de valorisation. Le communisme est donc la négation positive de toutes les contradictions et l’opposition de nouvelles contradictions enfin (après des millénaires de sociétés de classes) humaines que nous pouvons même pas définir, l'humanité ne se posant que les problèmes qu'elle peut résoudre ; ceci pour dire que c'est une société gui vit, en mouvement, grâce à ses propres contradictions, le début de l'histoire consciente de l'humanité, répondant à la fois à la satisfaction des besoins humains existant et ayant la possibilité de satisfaire et de lutter consciemment pour tous ceux avenir,... bref, la fin du règne de la nécessité.

Pour terminer ce texte nous allons reprendre les trois contradictions/ séparations mises en avant :

1° entre l'homme et l'homme qui se "résout" dans les sociétés de classe par la formalisation/ développement/ cristallisation de cette contradiction dans la famille,

2° entre toutes les activités humaines qui se "résout" dans les sociétés de classes par la division entre travail et loisirs gui signifie pour la majorité : attendre en crevant de faim et de froid,

3° entre production agricole et industrielle (où le développement et l'intensité du travail dans les campagnes, donne les gigantesques troupeaux et champs, et dans les villes, les chaînes) qui se « résout » dans les sociétés de classes par l’opposition entre ville et campagne. Pour décrire critiquement et non utopiquement la société communiste, nous reprenons ces contradictions et nous voyons comment, dans la lutte, au travers de la double négation, elles sont combattues pour ensuite essayer de positiver ce que sera le communisme.

La fin de la séparation entre ville et campagne passe par le refus de la division du travail, de la spécialisation uniquement nécessaire au développement de l'intensité du travail, càd du travail arraché à l'homme et non de la productivité du travail, résultat de l'activité des machines. La lutte contre le travail, son intensité, passe par la destruction de la spécialisation bêtifiante qui fait voir le monde à travers l’un de ses aspects tout à fait réduits, à savoir son propre travail qui, en deux mots, rend bête. Cette volonté de toucher autant à l'aspect agricole qu’à l'aspect industriel de la production pour toujours découvrir, apprendre et créer -inventer de nouvelles méthodes de production, de culture, etc.- et la conjonction des formidables forces productives qui se développeront une fois disparues les nécessités de valorisation, permettront de créer des unités de production mises en branle par des groupes d’hommes de différentes importances médiatisant toute la société. On pourra éviter de trop grosses concentrations prenant un caractère inhumain parce que la production ne sera plus guidée par aucun critère de valorisation mais par le confort humain. Aussi, si le fait de créer des unités de production plus réduitesdemande un peu plus de temps, on s'en foutra parce que le confort humain sera le critère unique et déterminant. Chaque homme prendre là où il se trouve, où qu’il se trouve, toutes les décisions nécessaires pour l'amélioration du sort de l'espèce, lequel tient compte d'un ensemble de déterminants : le temps consacré aux activités directement productives, l’espace nécessaire à la vie, etc. il défendra continuellement, sans besoin de médiation, puisqu’il sera conscient de l’intérêt de l’espèce, parce qu’il est l’espèce !

     La séparation entre travail et loisir disparaît de la même façon : si aujourd’hui l’homme est d’une part valeur d’usage et d’autre part valeur d’échange, s’il existe donc un moment et lieu où sa valeur d’usage est mise en branle –moment de production pour la société, la valeur- un autre où il reproduit cette valeur d’usage grâce à la consommation de sa valeur d’échange –moment où il se reproduit comme force de travail pour la société, la valeur- avec le communisme, cette séparation au sein de l’homme disparaît. Aujourd’hui existe donc le moment de dépense de la force de travail et le moment de reconstitution de celle-ci et ces salopards osent, pour glorifier leur système de merde, essayer de valoriser certains moments de ce qui est une des conditions indispensables au fonctionnement de leur société, sous le nom des loisirs. Avec le communisme, tout cela disparaît : l’homme, être- dans-l’espèce, produit pour reproduire la vie de l’espèce et donc la sienne propre ; chaque moment de production est les deux à la fois. Que ce soit manger ou faire pousser des radis pour l’espèce, ou faire de la musique, ou faire l’amour, ou éduquer les enfants, il s’agit toujours, par son activité, de reproduire la vie humaine. De plus, avec le développement de la robotique, l’informatique, etc., très vite, les tâches « productives » de l’homme se borneront à des tâches de surveillance et de créativité. Ces dernières n’exigeront ni lieux ni moments séparés et cela parce que c’est la collectivité qui assure la continuité ou la régularité de la prise en charge  de ces tâches, chacun sachant qu’elles doivent être assurées, pouvant voir si c’est lui ou un autre qui, dans l’intérêt de l’espèce, donc le sien propre, est ou n’est pas le plus adéquat pour les remplir à ce moment, etc.

     L’aboutissement des luttes contre la famille est la retrouvaille du « commerce sexuel sans entrave », du communisme primitif (comme le disait très mal Engels et qu'il faudrait mieux appeler : relations sans entraves, lesquelles comprennent aussi, mais de manière non séparée les relations sexuelles.) Ces retrouvailles passant par la double négation, se feront selon le schéma matérialiste de cette légation : les relations sans entraves du communisme intégral seront supérieures à celles du communisme primitif et cela parce que le cadre borné de celui-ci, les limites de son mode de reproduction, auront disparu et que les possibilités de relations, seront multipliées à l'infini.

En effet, sous le communisme primitif, les dites relations étaient limitées au groupe, lequel était suffisamment restreint pour, à ce qu’il semble, que le risque de tares produites par la succession de mariages consanguins en son sein, deviennent entraves à ce fonctionnement. Face à plus ou moins quatre milliard d’hommes vivant en communauté, ce risque se présente peu et les possibilités de relations sont bien plus larges. On pourrait imaginer que ce type de relations sans entraves posent ce problème à certains moments, par des relations diadiques plus ou moins prolongées. Nous ne le croyons pas au simple vu de ce que nous vivons aujourd'hui alors que quotidiennement le capital nous châtre. Tous les êtres humains ont eu envie d'établir des relations avec d'autres que ceux que la loi de l'offre et de la demande lui ont attribuées. Cela illustre combien ces envies se développeront lorsque cette castration se terminera. Mais ce qui  importe avant tout, c'est que ni la société, ni les êtres qui la composent ne pourront empêcher des relations de s'établir et que celles-ci seront juste dirigées par nos enviés humaines, lesquelles, à notre sens, engloberont toute l’espèce. Les relations, quelles qu’elles soient, seront réintégrées dans la totalité qu’est la vie, comme moment indispensable à la reproduction, non seulement biologique, mais aussi affective, intellectuelle, etc., de la vie. L'homme s'affirme par ses rapports avec les autres hommes, rapports qui passent par tous les aspects de la reproduction de la vie. C’est pour l'espèce qu'on produit aussi bien des chaussettes que des relations  enrichissantes, etc. Les enfants, moments indispensables de cycle de la vie, seront donc les enfants de l’espèce, non privatisés, appartenant à tous, pris en charge, "éduqués" par tous.

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Tout cela nous donne suffisamment d'indications pour décrire le logement sous le communisme.

Au niveau le plus global, l'homme vivra en groupe, l’isolement rendant con et triste. Il existera donc des agglomérations mais celles-ci ne seront pas des villes, parce qu'elles intégreront en leur sein la production agricole, donc des espace aérés au sein et autour de ces agglomérations. Ensuite, parce que, même celles qui seront importantes, et il en existera de toutes tailles pour que chacun puisse trouver un environnement au gré de ses besoins au moment qui lui convient, exclueront tout entassement. L'homme pourra concentrer ses forces, son intelligence, ses envies relationnelles sans jamais s’entasser. L'emplacement de ces concentrations sera déterminé non plus par des besoins de valorisation qui ont nié l'aspect vie humaine, faisant survivre des prolétaires sous n'importe quelle latitude et climat du moment qu'ils crachaient de la survaleur, mais par les besoins humains. Cela faisant qu'un certain nombre d!endroits de là planète seront abandonnés et d'autres transformés pour être vivables. C'est en effet le capital qui, toujours en fonction du processus de valorisation, crée des déserts et transforme des déserts en pôles de concentration, en dehors de ce processus, les possibilités des forces productives permettent de rendre fertile la plus grande partie des déserts. Leplan de vie pour l'espèce humaine comprend l’aménagement de la planète au niveau le plus général. Jamais ces concentrations d'hommes qui se développeront partout ne pourront être trop grandes puisque quelle que soit leur taille, elles intégreront sous ses différents aspects, « production agricole", forêts, lacs, etc., la "nature" dont l’unité avec l'homme sera enfin retrouvée et mise en ayant parce que la "nature", la terre et ses productions pour être plus exact, sont conditions premières de la reproduction de la vie humaine.

Au niveau moins général, au niveau de l'architecture, la disparition du travail et de toute sphère séparée entre les hommes et la terre, entre les hommes eux-mêmes, entre toutes les activités des hommes, s'exprimera directement dans les bâtiments. Toutes les activités pourront être réalisées dans tous les bâtiments ; il n’y à pas besoin de lieuxparticuliers pour inventer et surveiller les machines : déjà aujourd'hui un simple terminal d'ordinateur peut se placer n’import où et permettre, alors que ce n’est qu’une machine stupide, de surveiller plein d'opérations de production. Demain, c’est de tous les bâtiments où les hommes vivent que ceux-ci pourront participer au monde. La fin des séparations entre les hommes brisera les tabous et les enfermements de certaines activités, déprivatisées, celles-ci pourront être assumées avec tous et aux yeux de tous, nul besoin donc de locaux particuliers prévus pour dormir à deux ou manger "en famille". Mais le besoin d'un ensemble de pièces, de grandeurs différentes, permettant d’assumer avec qui on veut et quand on veut n'importe quel aspect de la vie et cela où l’on veut, y compris dehors. Nier la privatisation de la vie et se rassembler là où le climat est le plus clément (quitte dans un deuxième temps, quand les forces productives le permettront, à aménager le climat – c’est pas un rêve) permet de lutter contre la séparation entre les bâtiments et l'extérieur et d’intégrer l'un à l'autre faisant que les activités humaines peuvent se dérouler à l'intérieur ou à l’extérieur. La communauté humaine implique que partout chaque être est chezlui, permettant ainsi pour la première fois, les voyages sans limites. Partout il est chez lui, partout il peut se rendre utile à la communauté en prenant en charge la reproduction de la vie. Mais partant aussi, les bâtiments devront permettre d'accueillir l'arrivée soudaine d'un groupe d'hommes. D'où l'espace, l'espace enfin retrouvé, doit être partout logements suffisants pour permettre toutes les fantaisies du désir humain.

Rappel des sujets déjà étudiés sur la question du logement :

1. INTRODUCTION HISTORIQUE – DIFFERENTS MODES DE   PRODUCTION, DIFFERENTS MODES DE LOGEMENT (Le Communiste n°15)

A) La fin de la communauté humaine : apparition des classes, apparition des villes.

B) Apparition du capitalisme : des villes en dehors et contre les modes de production.

C) Le capitalisme : entassement des prolétaires dans les villes et les campagnes.

2. CAPITALISME ET LOGEMENT OUVRIER (Le Communiste n°17)

A) Comment envisager la question du logement ?

B) La classe ouvrière, une classe toujours plus exploitée.

C) Toujours plus de taudis.

D) La classe ouvrière, une classe toujours plus entassée.

E) Le rejet de la classe ouvrière du centre vers la périphérie des villes.

F) Paupérisme relatif et paupérisme absolu.

3. REFORMISME ET REPRESSION (Le Communiste n°18°)

A) Le logement, facteur de socialisation.

B) « Propriété" et négation des classes.

C) Logements "gratuits" et augmentation de l'exploitation.

D) Logement et Etat bourgeois.

4. LUTTE DE CLASSE ET LOGEMENT (Le Communiste n°20)

a) Réappropriation et logement.

B) Occupation et contre- révolution - L'air de la rénovation !

La grève des loyers dans les "foyers" Sonacotra

A Naples et dans toute l'Italie.


CE21.4 Quelques aspects de la question du logement (5)