Face au déboussolement quasi généralisé qui règne aujourd'hui dans ce qui s'affirme formellement "avant-garde communiste", il nous paraît opportun de repréciser quelques "banalités de base". Encore une fois il ne s'agit pas d'innover, d'inventer de "nouvelles" tâches ou d'en rejeter de "vieilles" sous quelque prétexte que ce soit. Si quelques individus cherchent dans ces lignes des nouvelles formules, des solutions pour les marmites du futur, ils seront pour le moins déçus de voir "une fois de plus" ressassé l'ABC "doctrinaire et sectaire" de ce que ces nouveaux prophètes appellent "le vieux mouvement ouvrier". Dans l'état de démembrement du mouvement révo­lutionnaire il nous semble fondamental de repréciser la méthodologie invariante qui caractérise notre mouvement en opposition à toutes les idéologies (dont celle libre exaministe du "rejet" de toute idéologie).

Notre point de départ est exclusivement l'intérêt historique du prolétariat; ce qui nous détermine, en dernière instance, c'est le communisme c'est-à-dire le mouvement de rupture, de dissolution, de destruction de tout l'ordre capitaliste dominant. Ce mouvement séculaire s'est affirmé comme réalité (comme un fait déjà advenu) depuis que le mode de production capitaliste s'est imposé, c'est-à-dire depuis que sur base du marché mondial, la valeur est devenue, sous sa forme argent, le but ultime de la production (A-M-A’). Ce communisme révolutionnaire -tourné vers l'avenir et non vers le passé comme celui utopique des millénaristes, de Campanella ou de Thomas More- existe donc depuis que le prolétariat s'affirme comme classe autonome c'est-à-dire antagonique à la bourgeoisie ; négation vivante des rapports de production capitalistes. Et si, comme le dit Marx :

"L'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que làles conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir".

(Préface à la Critique de l'économie politique).

C'est bien le mode de production capitaliste qui dès son apparition rend possible le communisme comme la "vraie solution" :

"Il est la vraie solution de l'antagonisme entre l'homme et la nature, entre 1'existence et l'essence, entre l'objectivation et l'affirmation de soi, entre la liberté et la nécessité, entre l'individu et l'espèce. Il est l'énigme résolue del'histoire et il en est conscient".

(Marx : "Manuscrits de 1844 »)

Babeuf, Buonarroti et les Egaux n'étaient pas des utopistes lorsqu'ils affirmaient la nécessité de la dictature révolutionnaire et de la terreur rouge et qu'en corollaire à leur manifeste -qui n'était qu'une des premières formulations du programme révolutionnaire inva­riant- ils organisaient pratiquement la conjuration de 1796.

Depuis toujours le mouvement communiste s'affirme comme une unité indissociable entre "théorie et pratique" entre "être et cons­cience"...; comme une totalité en mouvement. La seule différence dans le temps et dans l'espace est l'intensité de son affirmation, l'intensité de sa force. Si, la plupart du temps, la révolution est une « vieille taupe » qui creuse sans que la grande majorité des citoyens ne se doute de rien, sa réalité apparaît toujours plus forte lors des moments de crise, lors des moments d'affrontement direct pour la destruction de l'Etat bourgeois. Mais là où l'"homo démocraticus" ne voit que feu de paille au milieu d'un océan de paix sociale; les communistes voient la confirmation répétée de la victoire de la société sans classe. Chacune de nos défaites 1796, 1848, 1871, 1905, 1917-1923, 1937, 1968-1973 est un maillon de la longue chaîne nous orientant vers le dénouement final, vers la résolution de l'éni­gme de l'histoire par la victoire de la révolution communiste et nous en sommes conscients. Notre mouvement ne progresse donc pas tel un ascenseur ou pire encore selon la stupide courbe ascendance-décadence mais par bonds chaque fois plus forts; à chaque fois suivis de longues périodes où la contre- révolution domine sans partage, aussi longue en durée et en profondeur que la force révolutionnaire a manifesté brièvement toute l'intensité de sa force. Et si Marx pouvait prévoir des cycles de contre-révolution de cinq, voire dix années, le développement chaque fois plus catastrophique du capital nous fait vivre après les vingt années de contre-révolution de "l'entre-deux-guerres" plus de quarante années de domination quasi ininterrompue. Autant donc qu'à chaque fois les crises du capital sont plus catastrophiques, plus destructrices (et plus civilisatrices); à chaque fois le communisme est encore plus inévitable, encore plus nécessaire, encore plus un fait déjà advenu; à chaque fois le danger communiste écarté (c'est-à-dire physiquement et idéologiquement écrasé) la contre-révolution domine plus fortement et plus longtemps. Telle est la spirale infernale du capital, posant à chaque tour l'exacerbation de toutes ses contradictions, le renforcement de tous les pôles de sa contradiction et donc l'approfondissement de la perspec­tive révolutionnaire. C'est cette certitude de l'avènement du com­munisme (qui n'est donc pas une hypothèse parmi une série de varia­bles plus ou moins "scientifiquement" déterminées) qui nous caracté­rise et ce comme préalable à notre compréhension du monde.

"La connaissance de l'histoire commence pour le prolétariat avec la connaissance du présent, avec la connaissance de sa propre situation sociale et le dévoilement de sa nécessité (au sens de genèse)"

(Lukacs - La réification et la conscience du prolétariat)

C'est en se situant du point de vue de la classe révolutionnaire et donc du point de vue du parti (et non de la situation immédiate, sociologique du prolétariat) que l'on parvient à se hisser au-delà et contre toutes les catégories du capital. Cette détermination qu'est le communisme n'a rien à voir avec la conversion à un idéal, en l'adhésion en une école de pensée; c'est, avant toute réflexion et théorisation, la lutte contre l'exploitation, l'affrontement per­manent, quotidien au capital qui détermine l’émergence du prolétariat comme classe. Et encore une fois, quitte à faire rugir les "nouveaux" philosophes de l'ultra-gauche démocratique, ce qui différencie prolé­tariat et bourgeoisie, c'est justement la volonté de lutter contre l'aliénation et toute la merde capitaliste; c’est ce que Marx expri­mait déjà dans "La Sainte famille" :

"La classe possédante et la classe du prolétariat présentent la même aliénation de soi de l'homme. La première classe se sent cependant à l'aise dans cette aliénation de soi et s'y sent confirmée, elle sait que l'aliénation est sa propre puissance et possède en celle-ci l’apparence d'une existence humaine; la seconde se sent anéantie par l'aliénation, y aperçoit son impuissance et la réalité d'une existence in­humaine."

La première détermination est donc, en dernière instance, le pôle collectif qu'occupe le prolétariat dans la société -au sein des rapports sociaux de production-, négateur du capital et, cette réalité de lutte, d'affrontement à tout l'ordre établi produit pour une extrême minorité de prolétaires la possibilité de se hisser à la compréhension de la globalité du processus. En ce sens, si l'immense majorité des prolétaires agit d'abord contre le capital avant même de savoir prononcer le mot communisme, pour une extrême minorité d'entre eux -les communistes-, c'est directement la néces­sité du communisme qui les fait agir. C'est seule la compréhension de ce double mouvement qui nous permet d'appréhender le processus "permanent et par bond" qui part de l'inexistence tendancielle du prolétariat comme classe à son érection en force, à sa centralisation mondiale, à sa constitution en parti. Les minorités communistes n'existent donc (ne sont produites de la lutte ouvrière) que pour agir dans la globalité du processus comme l'élément fondamental, et indispensable, permettant la transformation qualitative, le renver­sement de la praxis se matérialisant dans : 1'organisation et la conscience. C'est pourquoi, si dans la majorité des cas, sans mouvement révolutionnaire il n'y a pas de théorie révolutionnaire; en dernière instance: "Sans théorie révolutionnaire il n'y a pas de mouvement révolutionnaire". La globalité du processus s'articule autour de ce double mouvement où, plus exactement une détermination, celle du communisme, donne, à un moment donné, la qualité à l'ensemble du mouvement.

"Nous n'aurions pas compris que le militant marxiste n'est pas celui qui sait convaincre et enseigner, mais celui qui sait tirer les leçons des faits - de ces faits qui vont plus vite que le cerveau de l'homme et que, vacillant, celui-ci cherche depuis des millénaires à rattraper. Le déterminisme n'a, dans son acceptation la plus mûrie, rien à voir avec la passivité. Il montre seulement que l'homme agit avant d'avoir voulu agir et veut avant de savoir pourquoi il veut, son cer­veau étant encore le moins sûr de ses organes. Aussi, le meilleur usage qu'un groupe d'hommes puisse faire de son cer­veau, est-il encore de prévoir le moment historique où (rien à voir, donc, avec la passivité !) il sera catapulté dans le tourbillon de l'action et de la lutte - la tête en avant, pour une fois !". (A. Bordiga : "Dialogue avec les morts" 1956)

Du point de vue le plus global, celui du communisme, le prolé­tariat se définit par son programme c'est-à-dire par sa constitution en classe dominante pour abolir toutes les classes mais cette cons­titution du prolétariat en classe révolutionnaire, en parti n'est possible que du fait du pôle social (et donc non- individuel) occupé par le prolétariat; pôle négatif en contradiction avec les rapportsde production capitaliste (1). Ne pas comprendre cette double réali­té entraîne deux déviations complémentaires -soit nier la détermina­tion programmatique, communiste (2) ce qui entraîne une vision sociologique, économiciste de la classe (c'est-à-dire des individus) qui ouvre la voie aux déviations matérialistes vulgaires de l'ouvriéris­me, de l'importation de la conscience, du léninisme..., -soit nier la détermination matérielle de pôle producteur social de valeur au sein des rapports de production capitalistes ce qui entraîne une vision idéaliste, moderniste, anti-prolétarienne à la recherche de nouveaux sujets historiques : de la classe universelle (chère a Camatte) aux loubards de la banlieue parisienne. A ce sujet Lukacs précisait :

"II ne faut pas oublier non plus cependant que tout effort pour conserver le "but final" ou "l'essence" du prolétariat pur de la souillure dans et par les rapports avec l'existence -capitaliste- conduit en dernière analyse à s’éloigner de l'appréhension de la réalité, de "l'activité critique pratique", à retomber dans la dualité utopique du sujet et de l'objet, de la théorie et de la praxis, aussi sûrement que le révision­nisme y avait conduit"

(G. Lukacs : "Qu'est-ce que le marxisme orthodoxe"- in "Histoire et conscience de classe")

En fait, cette double caractérisation du prolétariat par sa place sociale et par son programme révolutionnaire (inter-agissante l'une sur l'autre) n'est que l'explicitation du double caractère du pro­létariat: "classe" exploitée (nous dirions "non-classe" NDLR) -objet du capital- et classe révolutionnaire -sujet de l'histoire-. Il est clair également que ces caractéristiques n'existent jamais "en soi" (selon l'aristotélicien soit-soit) mais sont au contraire fonction l'une de l'autre au sein de la globalité contradictoire qu’est le prolétariat. De la même manière qu'au sein de l'unité marchandise la valeur d'échange ne peut exister sans son support la valeur d’usage qui, elle-même n'existe conceptuellement que pour exprimer le pôle négateur dans la contradiction valeur d'échange-valeur d'usage. Les minorités communistes ne sont donc ni un produit immédiat de telle ou telle lutte anti-capitaliste, ni les descendants de la planète Vénus à la recherche de leur "origine" (les modernistes descendraient-ils des pingouins ?). Le débat on ne peut plus creux chez les pseudo-révolutionnaires pour savoir : "A quoi servons-nous ?" en revient aux vieilles masturbations philo­sophiques sur le "qui suis-je, d'où je viens et où vais-je ?"... c’est du nombrilisme, apologie partielle de l'individu tant vanté par la bourgeoisie depuis des siècles.

Il n'y a donc qu'un mouvement (tout comme celui-ci ne possède qu'un et un seul programme) qui, partant de prolétaires atomisés, extraénisés par le capital, affirme, au travers des luttes, de l'associationnisme ouvrier, des actions de classe,... de plus en plus nettement son caractère communiste. Et, au sein de ce mouvement, les communistes qui n'ont aucun intérêt qui les sépare de l'ensem­ble des prolétaires (c'est-à-dire qu'ils ont les mêmes besoins et donc les mêmes tâches que n'importe quel prolétaire on lutte) se distinguent uniquement par le fait de leur défense intransigeante et permanente des intérêts historiques du mouvement et par leur point de vue internationaliste c'est-à-dire anti-nationaliste. Sur cette question non plus nous n'avons rien à ajouter à Marx lorsque dans le célèbre chapitre du Manifeste du Parti communiste intitulé : "Prolétaires et communistes" (tiens, tiens, déjà !) il donnait l'essentiel de notre position, que nous ne résistons pas au plaisir de  rappeler dans sa formulation classique (moderni­stes et autres défenseurs du progrès en auront sûrement mal au ventre) :

"Ils n'établissent aucun principe particulier sur lequel ils voudraient modeler le mouvement ouvrier".

(Bonjour, les propagandistes et autres tenants de "l'éducation" des prolétaires !)

"Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat et dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans son ensemble."

(Frontistes, syndicalistes, populistes,... qu'avez-vous à répondre ?!)

"Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui entraîne toutes les autres : théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien."

(Alors là, une relecture quasi quotidienne s'impose !)

"Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat."

(Si tous les prétentieux pseudo-révolutionnaires pouvaient de temps en temps, se rappeler ceci !)

"Les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde. Elles ne sont que l'ex­pression générale des conditions réelles d'une lutte de classes existante, d'un mouvement historique qui se déroule sous nos yeux."

(Fétichistes de la forme comme novateurs en quête du Saint- Graal, pour percevoir ce mouvement qui se déroule sous nos yeux, encore faut-il ne pas être aveugles et sourds !)

Il ne nous reste plus qu'à tirer un certain nombre de conséquences de la répétition de ces fondements qui, hier, aujourd'hui et demain déterminent la pratique des communistes.

II.                 LE MILITANTISME COMMUNISTE

Avec le contre-coup des premières réémergences des luttes ouvrières fin des années 60 (en tout cas pour l'Europe, 1968 France,1969-1970 Italie, Espagne, 1970 Pologne,...) le militantisme gauchiste(trotskiste, maoïste, anar,...) s'est largement développé donnant très rapidement les pathologies propres à tous les néophytes entrant en religion... et de voir : l'hystérique de la ronéo, le petit chef bureaucrate, le sacrifié à la cause, le macho de la discipline formelle, le suicidaire des manifs, le parano de l'infiltration, le mora­liste donneur de leçons,... Tout le monde a en mémoire (il en reste encore quelques spécimens) ces zombies attendant la rédemption finale et nous ne voulons pas nous appesantir plus longtemps sur ces cada­vres, Lénine ou Bakounine aux petits pieds. Nous citerons comme unique exemple une perle de la bêtise contre- révolutionnaire extraite d'un recueil particulièrement puant s'intitulant "La morale révolu­tionnaire" et publié par le "Parti du Travail de Belgique" (ex- AMADA) :

"L'amour du travail est un des éléments principaux de la morale communiste. Mais c'est seulement avec la victoire de la classe ouvrière que le travail -cette condition indispensable de la vie humaine- cesse d'être un fardeau lourd et déshonorant et devient une affaire de dignité et d'héroïsme"

(Kalinine, L'Education communiste- 1949 !)

Mais, aussi rapidement que se développait ce militantisme gauchiste, produit essentiellement du programme contre-révolutionnaire défendu par ces derniers (gauche et extrême gauche du capital), se dévelop­pait en contre-pied l'anti-militantisme individualiste théorisé prin­cipalement par le courant situationniste (péri-situs et autres adora­teurs de leur nombril).

"La révolution cesse dès l'instant où il faut se sacrifier pour elle (...) Les moments révolutionnaires sont des fêtes où la vie individuelle célèbre son union avec la société régénérée."

(R. Vaneigem - "Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations")

Aux militants curés, sacrifiés, châtrés,... des gauchistes correspon­daient ainsi les "anti-militants", "libérés" "fêtards", individuali­stes (et fiers de l'être!). A l'aliénation sous la forme militan­tisme capitaliste s'opposait une autre forme d'aliénation pour le moins aussi pernicieuse le mythe de "la libération" du "changer la vie" n'en revenant en fait qu’à l'autogestion de la survie, le misé­rabilisme avec le sourire, la débrouille individuelle, le chacun pour soi,… le "Moi l'Unique" cher à Stirner. Pour parodier ces mêmes "situationnistes" nous dirions que la misère des militants n'est que l'autre face des militants de la misère quotidienne. Et comme par hasard (pour exemplifier la complémentarité de ces deux formes de l'aliénation capitaliste) ces dix dernières années ont vu des mil­liers de militants gauchistes qui, après s'être sacrifiés des années en usines, après avoir avalé toutes les couleuvres des "tactiquessouples", après avoir été exclus, intégrés, digérés, fusionnés,... se sont instantanément transformés en éleveurs de moutons (dans les Cévennes), en adeptes de Krishna, en zonards, en rockys alcoolos,... ou plus simplement tristes, en cyniques découragés ne cherchant plus qu'à aménager leur petite survie merdique au sein du système. Ce retour massif au sauvetage de l’Individu correspond bien actuellement aux besoins du capital de toujours plus fortement atomiser les pro­létaires, les maintenir en permanence isolés face au monstre imperson­nel qu’est l'Etat bourgeois- C'est là l'essence de la démocratie (3). Et si, le début des années 70 a connu la mode de 1'atomisation (du dévoiement des ouvriers combatifs) dans l'ornière du militantisme gauchiste, nous connaissons aujourd'hui plus nettement la prédominance de l'idéologie du sauvetage individuel (quitte à écraser quel­ques copains moins chanceux), du repli sur sa petite famille voire sur sa petite secte.

Le militantisme communiste s'affirme au contraire comme une négation tant du sacrifice rédempteur de la tradition judéo-chrétien­ne qu'au retour aux vieilleries de l'individu-citoyen opposé à l'espèce, ou aux nouveaux délires humanistes et pleurnichards. Le militantisme communiste n'est que l'expression consciente et volontaire du programme communiste. Et celui-ci ne peut exister dans la réalité que parce qu'une minorité de prolétaires -les communistes- défendent dans tous les aspects de la "vie" la perspec­tive révolutionnaire. Etre communiste ne signifie pas avoir telle ou telle activité en plus (ou en moins) mais tout déterminer par ce qui est notre globalité; le communisme. Pour nous, il y a à chaque instant une liaison organique entre le moment présent -le hic et le nunc- et le communisme entre le passé, le présent et le, futur entre le mouvement et le but.

"Le but final n'est pas un état qui attend le prolétariat au bout du mouvement, indépendamment de ce mouvement et du chemin "qu'il parcourt, un "Etat de l'avenir"; ce n'est pas un état que l'on peut par conséquent, tranquillement oublier dans les luttes quotidiennes et invoquer tout au plus dans les sermons du dimanche, comme un moment d'élévation opposé aux soucis quotidiens; ce n'est pas un "devoir", une "idée" qui jouerait un rôle régulateur par rapport au processus "réel". Le but final est bien plutôt cette relation à la totalité (à la tota­lité de la société considérée comme un processus), par laquel­le chaque moment de la lutte acquiert son sens révolutionnaire; une relation qui est inhérente à chaque moment précisément dans son aspect quotidien, son aspect le plus simple, et le plus prosaïque, mais qui ne devient réel que dans la mesure où on en prend conscience et où on confère ainsi la réalité au moment de la lutte quotidienne, en manifestant sa relation à la tota­lité; par là, ce moment de la lutte quotidienne est élevé du niveau de la facticité, de la simple existence, à celui de la réalité."

(Lukacs -"Qu'est-ce que le Marxisme Orthodoxe")

II n'y a donc pas d'une part une "vie quotidienne", individuelle, "privée" (ce qui veut bien dire séparée des autres, de soi et donc de l'espèce humaine) et une "vie militante" (les "militants" du samedi soir que critiquait Lénine) mais bien une totalité militante qui s'affirme au travers de la lutte permanente contre tous les aspects de la domination capitaliste.

Les militants communistes ne sont ni des dieux, ni des saints encore moins de petits fonctionnaires de la "militance" venant régu­lièrement pointer à leur réunion de section ou de cercle. Ils sont "les bras, les jambes, les yeux, le cerveau,..." d'une totalité (supérieure donc à la somme de ses parties constitutives) centralisée, organisée et en tant que tels ils sont une partie de cette totalité qui justement exprime qualitativement cette totalité. C'est ainsi que dialectiquement chaque partie du mouvement, chaque camarade est poussé à exprimer la totalité; chaque cellule du parti exprime en tendance la réappropriation de l'ensemble du programme. C'est cette dynamique qui matérialise au plus haut point le centralisme organique; le tout déterminant qualitativement chacune de ses parties et celles-ci contenant potentiellement tous les éléments qualitatifs pour restituer la totalité. Comme le disait déjà le vieux Hegel :

"Le tout est un équilibre stable de toutes les parties et chaque partie est un esprit dans son élément natif qui ne cherche plus sa satisfaction au-delà de soi, mais la possède au-dedans de soi-même, parce qu'il se trouve lui-même dans cet équilibre avec le tout."

(G.W.F. Hegel - "La phénoménologie de l’esprit" T. III)

C'est pourquoi il n'y a pas de militants communistes sans organi­sation communiste, ou plus exactement tout militant quelle que soit sa réalité immédiate (qui peut varier fortement du fait de la répression, de l'isolement, de l'exil,...) se doit d’être un pôle d'organisation, de centralisation, se doit de reproduire la totalité (et donc l'organisation de cette totalité). Contrairement aux légendes léninistes (et anti- léninistes) sur cette question de la liaison organique entre les militants et leur organisation, sur leur fonction de dirigeants effectifs des luttes ouvrières, c'est certaine­ment le K.A.P.D. qui a le plus exactement exprimé notre position :

"Le prolétariat a besoin d'un parti-noyau ultra-formé. Il doit en être ainsi. Chaque communiste doit être individuel­lement un communiste irrécusable –que cela soit notre but- Il doit pouvoir être un. dirigeant sur place. Dans ses rapports dans les luttes où il est plongé, il doit pouvoir tenir bon et, ce qui le tient, ce qui l'attache, c'est son programme. Ce qui le contraint à agir, ce sont les décisions que les communistes ont prises. Et là, règne la plus stricte discipline. Là, on ne peut rien changer, ou bien on sera exclu ou sanctionné. II s'agit donc d'un parti qui est un noyau, sachant ce qu'il veut, qui est solidement établi et a fait ses preuves au combat, qui ne négocie plus, mais se trouve continuellement en lutte. Un tel parti ne peut naître que lorsqu'il s'est réellement jeté dans la lutte, quand il a rompu avec les vieilles traditions du mouvement des syndi­cats et des partis, avec les méthodes réformistes dont fait partie le mouvement syndical, avec le parlementarisme."

(Intervention de Jan Appel, délégué du K.A.P.D. au 3ème congrès de l'I.C. - 1921)

Les militants communistes n'ont donc rien à voir avec ces gauchistes "infiltrant" les syndicats ou les "grands partis ouvriers"; en y faisant le plus sale boulot anti-prolétarien, y "conquérant la direc­tion" à coup de magouilles et d'aplatissement complet devant la "bureaucratie" (qu'ils critiquent complémentairement face à "leur base"); gauchistes qui, à l'image de leur confrère Stakanov, essay­ent d'être les meilleurs travailleurs pour donner l'exemple (de la plus grande aliénation). Là aussi, le patriotisme de leur programme bourgeois rejoint directement leur patriotisme de l'usine, leur nationalisme du quotidien. (Cf. le célèbre "Produisons français !" du P."C".F.)

Les communistes sont, au contraire, dans tous les moments de leur activité ceux qui renforcent les ruptures (même les plus faibles, les plus élémentaires) d’avec la paix sociale, d'avec le boulot (ou le chômage) d'avec la terreur démocratique, d'avec la misère quotidienne,... d'avec le capital. Plus que tout autre prolétaire ils manifestent pratiquement (en tenant bien entendu compte du rap­port de force déterminant les plus ou moins grandes possibilités d'action) leur volonté combative. Dès que possible, ils organisent les prolétaires luttant contre le capital, même si ceux- ci ne sont pas (ou pas encore) en accord avec la globalité des positions révo­lutionnaires et ils les organisent, en dehors et contre toutes les structures de l'Etat bourgeois. Contrairement au manoeuvrisme prôné par les gauchistes (se retranchant derrière le funeste et particulièrement infecte opuscule de Lénine : "La maladie infantile") :

"Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé."

(K. Marx - "Manifeste du Parti communiste)

C'est ce travail permanent de propagande, d'agitation, d'organisation... qui différencie dans la réalité les militants communistes tant des curés gauchistes que des "nouveaux" prophètes d'ultra-gauche.

Comme sur chaque question, touchée "séparément" il s'agit de voir justement en quoi cette question fait partie intrinsèque de la totalité, en quoi même vu sous l'angle de la militance, il s'agit moins d'un problème d'individu (quoi qu'il soit clair pour nous que n'importe qui n'est pas capable (= déterminé) d'être un militant) que celui d'une collectivité organique -l'organisation des communi­stes- donnant à chaque militant la force, la cohérence, la direction pour être un cadre, un dirigeant de la révolution. C'est en ce sens, qu’au-delà de ce que la contre-révolution a fait de l'expression "révolutionnaires professionnels" (utilisée à juste titre par Lénine contre le dilettantisme social-démocrate) il s'agit, aujourd'hui plus que jamais de revaloriser la professionnalisation, la rigueur, la constance, l'auto-discipline dans l'activité des communistes; il s'agit de critiquer impitoyablement le dilettantisme, l'indivi­dualisme, le laisser-aller,... qui en fin de compte ne sont que des expressions de l'incompréhension fondamentale du programme révolution­naire; des matérialisations de la force de notre ennemi, la bourgeoi­sie. L'ABC de la contre-révolution est 1'atomisation, l'individualisation de sa domination (sous couvert antithétique de la domination, de la supériorité de l'Individu) faisant de chacun de nous des "homo- démocraticus", des citoyens- électeurs- vendeurs de leur force de travail, notre force réside dialectiquement dans la négation de cette atomisation, dans notre association pour la lutte, dans la centralisation de notre combat sur des bases communistes toujours plus claires et plus précises. C'est dans cette dynamique d'associa­tion que naît l'organisation des communistes; c'est comme moment de la centralisation mondiale du prolétariat que les communistes s'organisent distinctement justement pour pouvoir diriger cette centralisation pleinement dans le sens du communisme, dans le sens de l’abolition du travail salarié. C'est parce qu'ils sont ainsi déterminés de manière non-circonstancielle et non-immédiate (leur détermination fondamentale n'étant pas leur petite histoire indivi­duelle mais la lutte historique du prolétariat produisant depuis qu'il existe et sous toutes les latitudes des révolutionnaires) que les communistes sont collectivement à même de lutter àcontre-courant, de constituer un corps unique alors qu'ils sont séparés dans le temps et dans l'espace. C'est cela le centralisme organique unifiant dans un même processus les communistes et l'ensem­ble des prolétaires en lutte contre le capital. C'est cette compréhension (et pour nous compréhension implique pratique) qui permet aux communistes de dépasser les contingences et les multiples merdes que nous impose le capital. C’est de cette compréhension que naît tant la discipline que la solidarité unifiant réellement les militants au-delà de leur propre faiblesse et "individualité».

Cette revalorisation de la militance communiste est, comme le reste de notre programme : anti-démocratique; c'est-à-dire qu'elle part de la réalité de l’hétérogénéité du prolétariat, de l'inégalité des individus, et donc des prolétaires (puisque c'est la concurrence que les ouvriers se font entre eux qui détruit à chaque fois l'organisation du prolétariat en classe et donc en parti. Cf. Le Manifeste) pour constater strictement que les communistes sont et resteront une minorité, une extrême minorité s'affirmant comme "un parti-noyau, ultra-formé" (Cf. K.A.P.D.). En ce sens, notre conception de l'organisation des communistes tourne radicalement le dos aux sinistres conceptions du "parti de masse" à la fois dans sa version léniniste -parti de masse réalisé grâce à l'alliance avec la "gauche social-démocrate" et ses «doublures » que sont les syndicats et les fronts; et à la fois dans sa version anti-léniniste (conseilliste) -des soviets de masse, de la "grève de masse" directement "révolutionnaire". Pour notre part, nous affirmons, contre le succès éphémère de la popularité, le travail minoritaire, impersonnel de la minorité communiste, qui même à la tête de larges mouvements de masse resteront strictement organisé distinctement et nécessairement minoritairement, parce que communistes. Nous entendons déjà les démocrates de tout poil crier à "l’élitisme" qui, dans leur bouche ne signifie que l'aveu de leur propre disqualification face à l'Histoire, alors que pour nous, il s'agit juste (sans aucune innovation) de réaffirmer la qualité d'avant-garde, des minorités communistes. Et c'est évidem­ment contre cette conception fondamentale de l'avant-garde, d'une fraction qui s'organise distinctement pour jouer pleinement sa fonc­tion d'organe dirigeant que tous les coups sont portés afin d'en faire disparaître sous prétexte "d'anti- élitisme" les fermes con­tours programmatiques afin de la dissoudre dans la masse du peuple, afin de la noyer. Face au système capitaliste dont le fondement est justement la déshumanisation par atomisation (et en corollaire la reconstitution d'une communauté fictive additionnant les indi­vidus pour le capital), il est toujours plus vrai d'insister sur la qualité supérieure que constituent les fractions communistes, sur le fait que la seule réelle et durable matérialisation de la lutte anti-capitaliste est l'association, l'organisation, la centralisation organique unifiant toujours plus fortement et plus consciemment, sous la direction communiste, les prolétaires en lutte.

En ce sens, le militant communiste est aussi celui qui sait se sacrifier quand il le faut et ce non pas dans le sens chrétien d'un suicide ouvrant les portes du paradis mais dans le sens du "héros prolétarien" dont parlait Bordiga (Cf. Fantômes à la Caryle -1953- II programma comunista n°9); du "volontaire inconnu de la révolution" qui sait consciemment ou non, faire prévaloir les inté­rêts historiques de sa classe (et en dernière instance de l'espèce humaine) face à ceux mesquins et bourgeois de "sa" petite individualité. Quelle misère sordide que de voir ces "intellectuels" (ex- gauchistes) cracher sur le militantisme en général (ce qui leur permet surtout de cracher préventivement contre le militantisme communiste) essayant ainsi péniblement de trouver un petit strapontin sur la grande scène du spectacle bourgeois... Ces Gluckmann, B.H. Levi, July, Weber… et autres crevures reconverties à la respectabilité post-gauchiste ne méritent même pas les balles qui régleront pourtant une fois pour toute leur traumatisme intellectuel. Et, face à ces anti-militants promotionnés aux avant-postes de l'idéologie dominantese dressent les générations de militants ouvriers, les centaines de milliers de camarades qui au péril de leur vie, partout dans le monde s'affrontent à l'Etat bourgeois. D'Afrique du Sud à la Chine, de la Pologne à la Bolivie,... renaît chaque fois plus fort la force ouvrière, la volonté et la conscience de la nécessaire destruction de fond en comble du système capitaliste mondial.

La vieille taupe creuse, creuse... le tombeau du vieux monde qui entraînera avec lui dans sa perte tant les cyniques dilettantes que les anti-militants actifs qui nous empêchent de respirer.

« Dans les symptômes qui déconcertent la bourgeoisie, l'aristo­cratie et les piètres prophètes de la régression, nous retrou­vons notre brave ami, Robin Goodfellow, la vieille taupe capable de travailler si vite sous terre, l'excellent mineur, - la révolution. »

(K. Marx - Discours à l'occasion de l'anniversaire du People's Paper - avril 1856)

III.               PERIODISATION DU CAPITAL ET ACTION DES COMMUNISTES

Comme nous l'avons affirmé dans les premières parties de ce texte, les tâches des communistes ne varient pas, ne changent pas du tout au tout suivant le fallacieux prétexte, utilisé par tous les révisionnistes, du "changement de période " qui devrait trans­former les déterminations fondamentales de l'activité des communistes à savoir : la contradiction prolétariat/bourgeoisie, communisme/capitalisme». Or, ces tâches sont définies une fois pour toute depuis l'apparition du prolétariat et ce jusqu'à sa disparition au sein de la communauté humaine mondiale. Et contrairement à ce que tous les décadentistes prétendent, si Marx a effectivement défini des "périodes", il s'agit fondamentalement de périodes de contre-révolution auxquelles succèdent celles révolutionnaires. Cette succession de périodes de contre-révolution de plus en plus longues, interrompues par de brèves et intenses périodes révolutionnaires, rythme tout le cycle de la domination capitaliste. Ce qui peut donc être amené à "varier" du fait du passage de périodes où la contre-révolution domine à celle d'affrontement révolutionnaire c'est le rapport relatif entre les différentes tâches communistes au sein de cette globalité invariante produite à chaque moment par la lutte anti-capitaliste. Si par exemple, la nécessité de la vio­lence révolutionnaire est une constance de tous les instants dans l'affrontement entre prolétaires et bourgeoisie, il est clair qu'en période révolutionnaire, cette nécessité, ce besoin permanent de la lutte ouvrière prend une importance telle qu'elle concentre en elle (lors de la préparation et de la réalisation militaire de l'insurrection) énormément plus d'énergie que dans les périodes de contre- révolution caractérisées par une apathie généralisée. Nous pourrions même dire que lors des mouvements insurrectionnels, la question militaire -toujours présente dans toutes les autres périodes- en arrive à synthétiser, à concentrer en elle toutes les autres tâches (théoriques, propagandistes, agitatoires, organisatives,...) qui, pour un laps de temps lui deviennent subordonnées. C'est cette réalité de la préparation révolutionnaire qui empêcha Lénine de terminer son ouvrage le plus fondamental : "L'Etat et la révolution" car, comme il l'expliquait lui-même :

"II est plus agréable et plus utile de faire l'expérience d'une révolution que d'écrire à son sujet" (Postface à la première édition)

Il n’en reste pas moins vrai que la globalité des tâches communistes reste inchangée. De la même manière dans les périodes les plus noires de la domination contre- révolutionnaire (comme par exemple les années 1930 ou pire encore les années 1940-1950) l’état d’atomisation (de non-existence relative) est tel que les tâches organisatives, agitatoires, voire propagandistes... sont terriblement limitées et rétrécies à l'image de la combativité ouvrière et des groupes com­munistes. Dans ces périodes, il s’agit plus de "préparer le futur", de tirer le bilan des vagues révolutionnaires passées, de "comprendre la contre-révolution" condition de la victoire future. C'est, dans ces moments-là, ce type de tâches plus "théoriques" qui deviennent prédominantes, afin de "bâtir" un pont entre les générations des communistes battues et celles, futures, qui nous mèneront à la victoire. Bilan, l’organe théorique de la fraction du P.C.I. en exil, définissait très clairement, cette prédominance :

« Les cadres pour les nouveaux partis du prolétariat ne peuvent sortir que de la connaissance, profonde des causes des défaites. Et cette connaissance ne peut supporter aucun interdit non plus qu'aucun ostracisme. Tirer le bilan des événements de l'après-guerre, c'est donc établir les conditions pour la victoire du. prolétariat, dans tous les pays ».

(Bilan n°1 - novembre 1933)

II n'empêche que même dans ces sinistres périodes, il s'agissait de défendre le communisme non seulement dans des revues et des petits cercles militants, mais aussi au sein des luttes existantes (notamment les grandes grèves du début des années ‘30 en Belgique, celles de '36 en France ou encore au sein des importants mouvements qui ont secoué l'Espagne de 1936 à 37) par la propagande, l'agitation, l'organisation des prolétaires en lutte, le développement de réseaux internationaux, etc. C'est toujours cette réalité multiple de l'activité des communistes (même si la prépondérance de telle ou telle tâche est déterminée par la période ou plus exactement par le rapport de force entre prolétariat et bourgeoisie) qui s'est démontrée au travers de l'histoire, réglait, une fois pour toute les fausses oppositions entre théorie et pratique, entre réflexion et action. En ce sens même dans les périodes "défavorables" :

"Nous ne pouvons pour autant dresser une barrière entre théorie et action pratique, parce que, au-delà d'une certaine limite, ce serait nous détruire nous-mêmes ainsi que toutes nos bases de principe. Nous revendiquons donc toutes les formes d’activité propres aux moments favorables, dans la mesure où les rapports de force réels nous le permettent". (Considérations sur l’activité organique du parti quand la situation générale est historiquement défavorable - 1965)

Aucun révolutionnaire sérieux -au plein sens militant de ce terme- n'oserait même au sein des périodes de contre-révolution les plus profondes, limiter volontairement son activité au seul travail "théorique" car il se couperait inévitablement de toute possibilité, même réduite, d'agir sur la réalité (retour à l'interprétation philosophique du monde et non à sa transformation révolutionnaire) ce qui, autant que pour la "théorie" est une tâche préparatoire formative... condition de la future reprise prolétarienne. De la même manière aucun communiste, à commencer par Marx, n'a limité son activité à la seule "théorie" qui, sinon ne parvient jamais à assumer sa réelle fonction d'être : "un guide pour l'action".

La réelle restauration programmatique n’a donc rien à voir, même dans les "situations historiquement défavorables", avec un tra­vail exclusif de bibliothécaire ou d'archiviste du mouvement ouvrier, au contraire elle s'effectue au travers de la liaison permanente entre l'activité même très réduite des fractions communistes et les luttes ouvrières même fortement encadrées et soumises aux structures de l'Etat bourgeois (syndicales, policières, idéologiques,...). Ce travail de fraction (dans le sens donné par Bilan), de préparation, de formation des cadres (théoriques, physiques,…) du parti de demain prend dans ces périodes une importance capitale. Comme nous le disions déjà dans notre texte "Communisme et parti" :

"Dans ces périodes les plus noires du mouvement ouvrier, les tâches des groupes, noyaux, fractions communistes ne varient pas non plus, seul évolue le rapport entre les différentes tâches -théorie, action directe, propagande, agitation, cen­tralisation internationale, etc. vu l'extrême faiblesse de ces groupes, il faut alors faire primer les tâches les plus cen­trales, les plus directement historiques (...) La réelle acti­vité de parti, dans son acceptation historique, est donc l'assumation de la globalité des tâches de toujours, le rapport entre elles étant déterminé par notre force relative : plus les forces communistes sont concentrées, puissantes au niveau mondial, plus l'ensemble des tâches se trouve renforcé à tous les niveaux de l'action communiste. C'est seulement notre capacité, même très limitée, à répondre à cette globalité, à apporter des réponses programmatiques à tous les niveaux de la lutte ouvrière qui nous situera dans la ligne historique du parti. Ce travail de toujours des communistes est le seul réel travail préparatoire au surgissement "spontané" du parti. En ce sens, casser la totalité que constitue l'activité, la pratique communiste sous prétexte d'assumer "mieux", plus "à fond" l'une ou l'autre de ces tâches (soit celles "théori­ques", "militaires" ou "d'action dans les luttes aujourd'hui") signifie en fait détruire l'activité de parti au profit du résultat immédiat, au profit de l'un ou l'autre aspect devenant nécessairement hypertrophié et dégénérant rapidement vers l'activité en soi, vers l'apologie de telle forme devenue pri­vilégiée par rapport au tout, cette tâche perd son caractère communiste. Encore une fois, c'est retomber dans les aspects contingents et limités au détriment de l'aspect global, l’aspect historique."

(Le Communiste n°15)

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Or aujourd'hui, au niveau mondial, nous nous trouvons dans une période charnière; la contre-révolution, consécutive à la défai­te des mouvements révolutionnaires des années 1917- 1923 et à la seconde guerre impérialiste mondiale, domine encore largement. Mais en vrais communistes nous percevons de plus en plus des fissures au sein de sa "chape de plomb". Ces "fissures" sont encore énormément décalées dans le temps et dans l'espace. Apparues, selon les aires géographi­ques, depuis les années ‘50 (Amérique Latine), fin des années ‘60 (Europe, Chine,...) elles tendent chaque jour à se généraliser, à se succéder à un rythme de plus en plus rapide, rapprochant ainsi les combattants de tous les continents. Nous nous trouvons donc en quelque sorte dans une "période transitoire" entre la contre-révolution qui nous domine encore et l'ouverture mondiale d'une vague révolutionnaire. Cette "transition" s'explique par l'approfondis­sement toujours plus effectif de la crise socio-économique du sys­tème qui ne parvient pas encore à se transformer qualitativementen crise révolutionnaire. Comme Lénine l'explique clairement pour qu'il y ait période révolutionnaire, il ne suffit pas qu'il y ait "crise" (la crise de 1929 nous l'a entre autre confirmé) ou même qu'il y ait de fortes luttes de classe : "Pour que la révolution ait lieu il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l'impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque "ceux d'en bas" ne veulent plus et que "ceux d'en haut ne peuvent plus continuer de vivre à l'ancien­ne manière, c'est alors seulement que la révolution peut triompher" (Lénine : "La maladie infantile du communisme").

L'ouverture d'une vague révolutionnaire à l'échelle mondiale, caractérisée non seulement par la crise socio-économique mais égale­ment par une crise politique au sein de la classe dominante -son incapacité croissante à gérer la crise, son déboussolement de plus en plus marqué s'exprimant par le fait ouvertement évident que toutes les fractions bourgeoises, de l'extrême droite a l'extrême gauche, sont contraintes d'appliquer les mêmes mesures d'austérité, le même programme anti- prolétarien- est donc de plus en plus nettement à l'ordre du jour. L'incompréhension de la période révolutionnaire comme n'étant pas identifiable à la crise socio-économique du capi­tal (qui est certes une condition indispensable mais non suffisante) est la même incompréhension que celle de la nature catastrophique de la crise historique du système d'esclavage salarié. Le catastrophisme, contrairement à ce qu'en disent toutes les écoles économico-décadentistes, ne signifie nullement l’écroulement « objectif », « auto­matique », « économique » du capital, (ce qui est la base de toutes les conceptions réformistes anti-insurrectionnalistes) mais signifie, au contraire, comme Marx l’a développé, nécessairement l'intervention active du prolétariat constitué en classe, assumant sa mission histo­rique de fossoyeur du vieux monde, d'agent actif permettant la des­truction du capital. "Le juge c'est l'Histoire - l'exécuteur du verdict, c'est le prolétariat" (K- Marx - "Appel au prolétariat anglais"). (Nous reviendrons prochainement sur ce sujet dans l'une de nos contributions). La période de crise révolutionnaire (expres­sion de la crise historico-catastrophique du système) est donc précédée d'une période plus ou moins longue (+ de 15 ans pour le cycle que nous connaissons aujourd'hui) de développement quantitatif et qualitatif des luttes ouvrières, d'ouverture à l'échelle mondiale d'une réémergence prolétarienne alors que la contre-révolution domine encore formellement.

Cette nouvelle vague révolutionnaire n'apparaîtra donc pas "petit à petit" mais éclatera (changement qualitatif provoqué par l'amas quantitatif des multiples luttes) brutalement et se caractérisera par une spontanéité tout azimut, un apolitisme géné­ralisé (positif dans le sens du rejet de toutes les alternatives politiques de la bourgeoisie et négatif dans le sens d'un apolitisme, d'un indifférentisme même pour les positions réellement révolution­naires) nécessitant plus que jamais une ferme direction communiste capable d'encadrer et de diriger cette spontanéité pour ne pas -faute d'avoir assimilé les leçons du passé- recommencer à chaque fois les mêmes erreurs. Les années 1980 sont donc comme la gauche communiste l'avait par ailleurs prévu, celles de cette "charnière" de ce passage qualitatif de la contre-révolution dominante à l'ouver­ture de la période révolutionnaire. C'est cette compréhension que nous sommes à la veille d'un changement qualitatif de période qui doit donc déterminer le rapport entre les différentes tâches consti­tuant l'activité des communistes. Et, évidemment deux déviations guettent le mouvement en cette période, soit nier les transformations lentes mais régulières se déroulant sous nos yeux et préférer se recroqueviller dans le bien-être sûr du train-train quotidien sous prétexte que la contre-révolution domine encore (ou sous prétexte que le programme n'est pas entièrement restauré !), soit surestimer la situation présente (apologie des luttes encore largement encadrées et partielles) et se lancer, corps (et tête) perdu dans l'activisme sans principe, sous prétexte de l'imminence de la révolution. Or, c'est justement dans ces périodes "charnières" que le développement général de toutes les activités des communistes peut devenir un facteur fondamental (mais non suffisant) de la transformation qualitative, du passage des multiples conflits partiels à une vague révolutionnaire mondiale porteuse de la solution communiste. Et, si comme l'expliquait Marx, la contre-révolution s'exprimait par la domination des morts sur le cerveau des vivants, il s'agit aujourd'hui d'utiliser collectivement nos cerveaux (comme tous nos autres organes) afin de débarrasser le mouvement ouvrier de tous les poids morts qui pèsent encore lourdement sur son devenir afin de préparer pleinement la renaissance révolutionnaire.

*****

Lorsque nous parlons d'un développement général de toutes les activités communistes, il s'agit bien du développement d'une globa­lité (dans le sens prioritaire des tâches les plus fondamentales, les plus centrales) et non d'un développement hypertrophié de telle ou telle tâche prise séparément. Ces tâches fondamentales sont le développement quantitatif et qualitatif de nos revues centrales (impliquant donc la multiplication des langues dans lesquelles nous produisons ces revues) autour desquelles nous devons construire des cercles concentriques de militants, sympathisants, contacts,... tissant toujours plus largement les réseaux de camarades organisés en notre sein et autour de nous. Il s'agit d'une tâche directement internationale donnant ainsi corps à la réalité mondiale de l'activi­té des communistes. Le corollaire de ce développement organisationnel est l'action organisée, au sein des luttes se déclenchant dans les zones où nous avons la force d'intervenir et lorsque la radicalisation des luttes le permet, 1’organisation de noyaux ouvriers sur des bases classistes, en embryons des futures organisations massives d'ouvriers en lutte, dans lesquelles les communistes agissent en toute indépendance politique- afin de diriger toujours plus clairement ces associations dans le sens révolutionnaire (les communistes agissent toujours en tant que fraction organisationnellement et politiquement indépendante des organisations de masse). La compréhension fondamentale de cette « intervention »(terme problématique puisqu'il induit une extériorité méthodologiquement incorrecte) est la vision à long terme; le rejet de toute croyance en la possibilité d'un succès immédiat (et ce de quelque ordre soit-il, prosélytisme, influence, publicité,...). En ce sens, ce type de travail s'inscrit pleinement dans nos tâches prépa­ratoires, dans nos tâches de formation des cadres politiques, organisationnels, militants,... du futur parti révolutionnaire.

La réelle formation des cadres est donc formation à la totalitéque constitue l'action communiste, totalité qui se forge, s'affirme, se matérialise au travers de l'activité quotidienne des militants communistes. C'est dans chaque aspect de la réalité (conçue du point de vue non-immédiatiste) que doit s'exprimer la défense intégrale du programme révolutionnaire. Le programme révolutionnaire n'existe qu'en tant que globalité théorico-pratique, qu'en tant que praxis consciente :

"L'unité de la théorie et de la praxis n'est donc que l'autre face de la situation sociale et historique du prolétariat; du point de vue du prolétariat, connaissance de soi- même et connaissance de la totalité coïncident, il est en même temps sujet et objet de sa propre connaissance."

(Lukacs - Qu'est-ce que le marxisme orthodoxe ?)

Comme nous l’avons vu (cf. le chapitre : Le militantisme communiste) de plus en plus la force de la bourgeoisie, la force de la contre-révolution se matérialise par sa capacité à diviser, à atomiser le prolétariat. C'est cela la purification toujours plus achevée, de la démocratie s'exprimant au niveau super-structurel par le retour en force des idéologies individualistes par le "chacun pour soi" généralisé. La plus grande misère se retrouve toujours promotionnée dans le grand mythe bourgeois de l'Individu libre. De plus en plus de prolétaires se retrouvent sans travail (et voient donc leur salaire diminuer en flèche jusqu'au niveau zéro) et le capital retourne cette réalité pour faire l'apologie du travail et de la liberté : "Je suis libre, je travaille quand je veux" (publicité pour les boîtes d'intérim, marchandes de viande humaine). C'est, plus que jamais, le règne bourgeois du "tous contre tous",alors que les idéologues n'ont jamais eu autant à la bouche lesmots de "solidarité", "d'entraide",... La déshumanisation touche à son comble car l'homme est plus que jamais coupé de l'espèce, coupé du genre humain; il n'est plus qu'homme pour le capital et donc individu libre et égal. La démocratisation de la société en arrive à un point tel que chaque citoyen se retrouve seul et égoïste dans l'Etat omniprésent. Et, si aux origines du développementcapitaliste, la démocratie (surgie du règne généralisé de la marchandise) n'occupait que la sphère politique, aujourd'hui elle est pleinement démocratie sociale s'étendant et imprégnant chaque secondede la survie individuelle : bébés éprouvettes, crèches casernes,écoles prisons, boulots mouroirs,... pour en arriver même à détruire (du point de vue capitaliste) la famille, afin de faire assumer à l'Etat toutes les fonctions productives (et donc la reproduction de la "vie"). Cette atomisation dévastatrice n'épargne aucunement les groupes, qui tant bien que mal essayent de se situer dans la ligne historique du parti. L'idéologie de l'individualisme, du "bougnat maître chez soi" se traduit ainsi dans ce qui apparaît formellement comme le mouvement communiste d'aujourd'hui par le sectarisme (au sens marxien du terme) complété par la remise en question des tâches fondamentales des communistes. En ce sens nous revivons aujourd'hui une "nouvelle phase sectaire" comme au siècle dernier complétée en plus par le doute bourgeois régnant en maître. Et de voir réapparaître les vieilleries utopistes sous la forme des "éternelles questions philosophiques" : "Pourquoi s'organiser ?" ("on n'est pas contre, on n'est pas pour" !?), "pourquoi publier une revue ?", "quel type d'action",... Pour répondre, la plupart du temps, par des "réponses" nombrilistes du type "parce que cela nous intéresse" ou pire "pour nous faire plaisir". La désorgani­sation est à son comble, 1'immédiatisme domine totalement et aucun de ces "nouveaux philosophes de l'ultra-gauche" ne songe aux déter­minations historiques du programme, à l'activité communiste conçue comme un tout organique invariant, ne songent qu’être communiste signifie avant tout agir et être déterminé par le communisme, signifie défendre contre l'immédiat, le localisme, l'individualisme… la globalité du programme, le devenir du mouvement.

"Est révolutionnaire -selon nous- celui pour qui la révolu­tion est tout aussi certaine qu'un fait déjà advenu ."

(Bordiga)

Or aujourd'hui tous ces "néo-utopistes" réessayent d'imaginer le communisme sur base de la réalité immédiate, essayent de "réinventer" un "nouveau mouvement" alors que notre mouvement "n'est que" la lutte du prolétariat contre l'exploitation, "n'est que" mondialement ces centaines de milliers d'ouvriers s'affrontant chaque jour à l'Etat capitaliste.

"Par communisme, on n'entendait plus la construction, par un effort d’imagination, d'un idéal social aussi parfait que possible, mais la compréhension de la nature, des conditions et des buts généraux adéquats de la lutte menée par le prolé­tariat".

(Engels - Quelques mots sur l'Histoire de la ligue des communi­stes - 1885)

Le sectarisme quant à lui se matérialise le plus, non pas dans le refus (souvent justifié) des polémiques stériles, des atta­ques pathlogiques contre tel ou tel groupe, des falsifications des positions, mais essentiellement dans le refus d'assumer pratiquement les tâches du mouvement, l'échange d'informations, la solidarité élémentaire contre la répression, les actions communes, le débat programmatique,... C'est seulement en commençant, dans la réalité à assumer cet ensemble de tâches que les groupes, aujourd'hui sépa­rés pourront soit clairement savoir pourquoi ils ne travaillent pas ensemble soit se centraliser, s'organiser à un niveau supérieur à la triste réalité actuelle. Comme l'expliquait Marx, le vrai secta­risme signifie mettre toujours en avant ce qui nous sépare pour ne jamais devoir assumer réellement et dans la pratique, la lutte anti capitaliste. Les idéologies anti-organisationnelles, l'individualisme, l'immédiatisme,... faisant toujours primer méthodologiquement le doute bourgeois (la prostituée libre-exaministe) sur la certitude révolutionnaire sont aujourd'hui les maladies gangre­nant le plus gravement les quelques tentatives pour organiser l'action communiste. Ce sont elles que nous devons impitoyablement combattre.

C’est dès la création de notre groupe que nous avons ressenti au plus haut point cette nécessité et la seule voie pour y répondre (4) : tendre à constituer avec tous les groupes, noyaux, individus lut­tant effectivement contre le capital une communauté de travail c'est-à-dire l'assumation en commun d'un ensemble de tâches s'inscri­vant à différents niveaux dans l'activité invariante des communistes. C'est au travers de ce travail élémentaire de lutte commune que pourront (et devront) se développer les débats programmatiques comme formalisation des divergences et des convergences. Et non l'inverse, faisant à chaque coup prévaloir les divergences "théoriques" au détriment de l'assignation des tâches pour lesquelles nous existons. C'est cela le sectarisme ! Or, l'état de délabrement de ce qui se présente formellement comme le mouvement communiste est tel que chacun préfère rester enfermé dans sa routine théoriciste pour les uns, activistes pour les autres, reportant toujours à plus tard le travail de centralisation internationale des forces révolutionnaires passant inévitablement par le soutien aux camarades réprimés, emprisonnés, pourchassés, exilés,... le travail d'information sur les actions révolutionnaires de notre classe qui se passent quotidienne­ment (5) (ce qui évite de produire des masses de textes insipides n'étant que des simples copies de la presse bourgeoise avec en plus quelques voeux pieux et incantations platoniques), le travail d'orga­nisation à différents niveaux des groupes et individus en rupture avec la contre-révolution, le travail de propagande au-delà des pays et régions où nous sommes directement présents, la diffusion de contributions théoriques, patrimoine collectif et impersonnel de notre classe, l'échange et la discussion de matériaux s'inscri­vant dans le travail permanent de restauration du programme révo­lutionnaire, l'élaboration et la réalisation d'actions communes allant effectivement dans le sens d'un développement, d'une généralisation de la perspective communiste, etc.

Encore une fois, "nous appelons tous les groupes de militants à centraliser leurs efforts avec nous, en dépit des divergences, en dépit des insuffisances et faiblesses de part et d'autre (que nous ne saurons réellement dépasser, ni par notre volonté, ni par notre intelligence mais à la lumière d'une pratique révolutionnaire consé­quente), pour répondre pratiquement à tous les niveaux et sur tous les plans (organisationnel, théorique et propagandiste, agitatoire,...) aux attaques du capital." (G.C.I. - Thèses de travail).

Tels étaient, sont et seront nos perspectives d'action.

*****

"Les révolutionnaires communistes doivent être ceux qui, trempés collectivement par les expériences de la lutte contre les dégénérescences du mouvement prolétarien, croient ferme­ment dans la révolution, veulent fermement la révolution, mais qui n'ont pas tiré sur elle une traite dont ils attendraient le paiement, et qui ne céderont pas au désespoir et au découra­gement si l'échéance est retardée d’un seul jour."

(Bordiga : Parti et action de classe - 1921)

NOTES :

(1) Lorsque nous explicitons ici les déterminations fondamenta­les du prolétariat, il est important de souligner, en opposi­tion à toutes les écoles stalino-économicistes, que lorsque nous parlons de "production capitaliste" il s'agit d'abord -comme pour Marx- de production et reproduction de la "vie" et ce avant même que l'ouvrier se déplace pour aller bosser. La "production capita­liste" n'est pas d'abord production de choses mais production d'un certain type de rapport social; l’esclavage salarié qui fait de cha­que prolétaire (ou plus exactement de sa force de travail) une simple marchandise à échanger contre les éléments de sa survie. Avant même de vendre sa force de travail (ou même s'il ne parvient pas à la vendre) le prolétariat est collectivement déterminé par le rapport social capitaliste à lutter, à affirmer son être historique révolution­naire. "Selon la conception matérialiste de l'histoire, l'élément déterminant dans l'histoire est la production et la reproduction de la vie immédiate," (F. Engels : "Origine de la famille et de la propriété privée et de l'Etat - 1889)

(2) Marx disait déjà "Le prolétariat est révolutionnaire ou il n'est rien" c'est-à-dire qu'il n'existe pas comme sujet de l'histoire comme classe autonome sinon uniquement comme objet du capital comme "capital variable".

(3)   Sur cette question nous renvoyons les lecteurs à notre texte "Communisme contre Démocratie" in Le Communiste n°19.

(4) Cette position a été développée en français dans notre texte :

"Contribution au regroupement des révolutionnaires" in L.C. n°7

(5) A ce sujet il nous semble fondamental d'insister sur les actions assumées dernièrement par un groupe de camarades en Argentine qui déjà lors de la guerre des Malouines était intervenu pour défendre la perspective défaitiste révolutionnaire et qui aujourd'hui affronte les mystifications du retour de la "démocratie" dans la tradition révolutionnaire de la gauche communiste. De la même manière nous avons déjà à différentes reprises souligné les importants mouvements défaitistes se déroulant sur le front irano-irakien alors que l'ensemble de la presse (pseudo-révolutionnaire y compris !) maintient un véritable blocus de l'information sur ces mouvements. Mais peut- être que ces actions sont trop éloignées des "salons parisiens" fréquentés par les "nouveaux philosophes d'ultra-gauche"… (Sur ces questions : cf. Iran-Irak : Guerre de classe contre guerre impérialiste - in Le Communiste n°20


CE21.1 Hier, aujourd'hui, demain: les tâches des communistes