Pratiqués depuis des dizaines d'années, les pillages des grands magasins sont devenus une tradition au Brésil. Les prolétaires expropriés de leurs champs, … privés de tout moyen de survie, la plupart du temps parqués dans les "favelas" s'organisent pour subvenir à leurs besoins en expropriant les principaux centres du capital commercial. Malgré les affrontements avec les forces de l'ordre bourgeois, les résultats directs tels que se procurer de quoi se nourrir et se vêtir et encore d'autres choses nécessaires à la subsistance sont souvent atteints. Auparavant, ces pratiques de réappropriation se limitaient au prolétariat du nord-est frappé de la misère absolue la plus forte de tout le continent. Mais avec le développement de la misère capitaliste, ces expropriations se sont généralisées à tout le pays, gagnant même les grandes métropoles (Rio de Janeiro, Sao Paulo, . ..). Le succès le plus important de ce type de mouvement réside dans son organisation et sa massivité croissantes qui ont, peu à peu, terrorisé tout le monde bourgeois, à commencer par les différents corps répressifs attachés aux commerces mêmes, jusqu'à atteindre les plus hautes sphères de l'Etat.
Comme toujours, face à cette évidente lutte prolétarienne pour ses propres intérêts de classe, les bourgeois, ces fils de pute du capital, recherchent les "provocateurs", les "fomentateurs" qui manipuleraient de "pauvres gens", " innocents". Comme si le communisme, en tant qu'action du prolétariat, avait besoin de quelque chose d'autre que les prolétaires luttant pour leur propre nécessité ! Comme si l'organisation en force de ces nécessités avait besoin d'une instigation étrangère ! Ainsi, le gouverneur de l'Etat de Rio, le socialiste Brizola, dit être convaincu "qu'il y a un effort, un travail organisé qui fomente ces mouvements de pillage des supermarchés. Je ne doute pas qu'il existe une action systématique. Soyons attentifs et nous découvrirons d'où partent ces manifestations". Il n'y a rien à découvrir, M. Brizola, ces manifestations naissent du plus profond du système que vous défendez, de la misère toujours croissante des prolétaires en opposition flagrante avec la "richesse" qu'ils créent. Ils disent que pullulent les dirigeants, agitateurs étrangers, professionnels de la subversion, ... A-t-il seulement existé un mouvement prolétarien sans agitateurs, sans dirigeants "étrangers", sans militants internationalistes… sans organisateurs ? Vivent tous ces agitateurs, ces dirigeants, ces subversifs, ces anti-nationalistes, ... concentrons ces capacités en vue des inévitables nouvelles phases de lutte qui se développeront et dont les objectifs seront non seulement les supermarchés, mais, et en dernière instance, l'insurrection, l'imposition de la dictature de ceux qui n'ont rien, et donc rien à perdre. Qu'est-ce que la dictature du prolétariat sinon la dictature des nécessités de l'humanité dépossédée de tout contre tous les critères de valorisation du capital !
Le fait le plus important, c'est que non seulement ces actions d'expropriation commencées par le prolétariat dans une partie du Brésil se soient généralisées à tout le pays mais que des mouvements fort semblables se développent dans d'autres Etats du cône sud. Ainsi par exemple, au Chili, les "journées de protestation" contre le régime débordent chaque fois les objectifs de l'opposition bourgeoise et tendent souvent à se donner des objectifs contraires, s'opposant à tous les partis de la propriété privée (de la démocratie chrétienne à tous les héritiers de l'Unité Populaire) qui les encadraient. (1) Ainsi, au mois de septembre '83, lors du 10ème anniversaire du régime de Pinochet, la "protestation" se transforma directement en ce que les chefs bourgeois, tout comme la presse internationale qualifièrent de "rébellion des oisifs", de "révolte des cordons ouvriers" des "journées de terreur", de "dévastations des rues de Santiago par des bandes d'affamés", . . . Les caractéristiques générales de ces journées furent très similaires au mouvement du Brésil : organisation en groupes assez nombreux pour L'expropriation de supermarchés, pillages généralisés des commerces et des boulangeries, des péages sur les autoroutes…
La terreur de la bourgeoisie devient générale comme le montrent les réactions et les déclarations des politiciens et des journalistes. Comme au Brésil, tous parlent de "vandalisme" et le ministre de la présidence, le marquis del Plata, affirma que "les actes de vandalisme sont condamnés et sont l'oeuvre d'anti-patriotes dont la preuve est l'invitation faite à des correspondants étrangers à être les témoins des désordres" (1). De son côté, Herman Vodanoviz, un des plus hauts dirigeants de l'Allendisme, répondit : "le chômage qui touche un tiers des forces du pays, a provoqué un phénomène inédit au Chili. Nous autres dirigeants politiques, nous en sommes déconcertés (sic). En ce moment, la révolte n'est pas l'oeuvre des travailleurs (sic) ni des étudiants, mais le fait des chômeurs, des cordons ouvriers d'oisifs"qui entourent Santiago. Si cette ville possède quatre millions d'habitants, le cordon regroupe:environ un million et demi d'habitants ou même lus. C'est la révolte du désespoir et de la faim qui met en doute tout le système politique du pays et bouleverse tout le monde".
Oui monsieur Vodanoviz, le prolétariat, le véritable prolétariat et non le candide et timoré travailleur que l'Unité Populaire applaudit et sur lequel la bourgeoisie base son système de domination, met en doute tout votre système politique et tourmente tous les politiciens du Chili, d'Amérique et du monde.


Vive la lutte pour les besoins et nécessités du prolétariat !
Vive la lutte pour la dictature de ces nécessités contre le capital !

(1) De notre point de vue, ce fait signalé par le ministre, peut montrer la volonté des prolétaires de casser la barrière du silence imposée par la presse internationale sur l'ampleur de telles manifestation et de montrer l'exemple aux camarades du monde entier.


CE19.6.1 L'expropriation des grands magasins, l'action direct des prolétaires au Brésil s'étend aux autres pays du cône sud