Après Begin, Kissinger, Sadate, couronnés pour leurs signatures de paix... après avoir mené la guerre pendant plusieurs années, bien sûr !, après les humanistes gestionnaires de viande humaine d'Amnesty International et du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations‑Unies, après bien d'autres encore, la bourgeoisie mondiale vient de décerner son "prix de la paix" à un de ses plus acharnés défenseurs : le curé Walesa ! A grandes pompes, le "monde ‑ libre ‑ d'exploiter ‑ qui ‑ bon ‑ lui ‑ semble" célèbre l'événement et salue son dernier "Top 1" au hit‑ parade à l'écrasement des luttes !  Du pape à Chine Nouvelle, de Helmut Kohl à Crasci, de Mauroy à Reagan, les grandes vedettes et combattants pour le respect des droits de l'homme inondent le marché journalistique de leurs congratulations, très cyniquement résumées par la bouche de Reagan : "C'est une victoire pour la paix".  Mais quelle paix?!! Walesa a lui‑même synthétisé à merveille le programme pour lequel il vient d'être porté en triomphe par toute la racaille capitaliste : "Pas de bagarres, mais de la pondération, de la raison.  Le compromis arrivera tôt ou tard, car c'est inévitable (...)  Pour y parvenir il nous faut uniquement des méthodes pacifiques."  Soyons en sûrs, le patriote et nationaliste convaincu qu'est Walesa continuera à assumer à fond le rôle que l'internationale capitaliste lui a attribué : désarmer le prolétariat dans ses affrontements avec la classe qui l'exploite!

Les bourgeois "rouges" et en premier lieu la fraction au pouvoir en Pologne, ne pouvaient évidemment pas saluer ouvertement la crédibilisation que ses "rivaux" occidentaux tentent de fournir au chef de "Solidarnosc" en lui attribuant ce prix.  Si l'Etat polonais a voulu momentanément légaliser le syndicat, c'était parce qu'il 'espérait trouver dans l'encadrement/étouffement des luttes prolétariennes au sein d'une structure tampon, la possibilité de négocier pacifiquement ‑ et à son seul avantage bien entendu! ‑ les conditions d'exploitation de la classe ouvrière.  Mais le pouvoir en place n'a pas pu payer, pour toutes sortes de raisons (1), le prix élevé que fournissent ses concurrents occidentaux pour la mise en place d'une telle structure de pacification sociale.  D'où la nécéssité pour la bourgeoisie mondiale ‑ de l'état russe aux banques occidentales‑ d'écraser au plus vite le mouvement avant qu'il n'embrase les pays voisins tant de l'Est, que de l'Ouest. Le Capital a donc ‑ par la force armée‑ momentanément ramené l'ordre en Pologne et mis en poche le pion "Solidarnosc". Bien évidemment, la campagne idéologique lancée par le "comité d'Oslo" est là pour nous le rappeler! ‑ si les gestionnaires de notre force de travail gardent au frais la carte "Solidarnosc", ce n'est que pour mieux la ressortir au moment où la fraction actuellement en place en Pologne, n'aura plus de crédibilité suffisante! Alors ressortiront des tombes dans lesquelles ils se terrent, fantômes bien vivants, les militants du syndicat aujourd'hui illégal pour "présenter à la société un programme cohérent" (2), entendez: pour "offrir au prolétariat, sous des couleurs rafraîchies, la liberté de se faire exploiter par de "nouveaux" patrons" ! "II est ainsi particulièrement important que la clandestinité soit à même de proposer un vaste programme et de le réaliser, c'est‑à‑dire de lui trouver une assise sociale, de mener une politique décidée et cohérente, mais une politique d'apaisement" (2).

Jaruzelski, Bujak, Walesa ont le même programme: convaincre le prolétariat ‑ par les armes et les somnifères!‑ d'aller docilement cracher la valeur et la sueur dans les camps de travail. "Prix Nobel" à l'Ouest, "Médailles de l'ordre de Lénine" à l'Est: les récompenses que la bourgeoisie s'attribue régulièrement, à coups de campagnes idéologiques dans les médias, visent à convaincre les abrutis que ceux qui les exploitent forment un cercle averti de philanthropes ayant comme seul souci, la satisfaction générale! Derrière l'attribution du prix Nobel  à Walesa, ce que la bourgeoisie reconnaît c'est le cynisme de son discours patriotique et de ses appels en faveur d'une réconciliation nationale: "Nous sommes condamnés à nous entendre et à agir pour le bien du pays"! (Walesa). Le prolétariat, en Pologne comme ailleurs, se rappellera qu'il n'a pas de patrie et sur base de ce qui le relie par delà les frontières ‑ la lutte pour l'abolition du travail salarié!‑ il enverra tous ses exploiteurs au pilori, qu'ils portent le marteau et la faucille sur leurs drapeaux ou qu'ils brandissent les photos du pape. Walesa s'est vu décerner un prix pour avoir, lui et ses collègues, systématiquement saboté, récupéré, détourné, freiné... pacifié la lutte des classes en Pologne.  Ses appels bêlants à la pondération, au compromis, à la raison, au calme doivent être pris pour ce qu'ils sont: des ordres de désarmement du prolétariat en vue de laisser à la bourgeoisie le monopole de la violence. Derrière l'octroi du prix Nobel, les exploiteurs ont rappelé que Walesa figurait en tête sur la liste capitaliste des marionnettes de rechange toujours prêtes à jouer une "autre" version de leur sempiternelle scènette sur l'exploitation! Mais que l'on ne s'y trompe pas, les contradictions inhérentes au Capital se font chaque jour plus fortes et, pour les prolétaires, l'insupportable devient de moins en moins supportable. Ces contradictions se sont manifestées avec force et acuité en Pologne ces dernières années et si "Solid‑ arnac" a réussi à calmer les ouvriers, avec l'aide complaisante et toute complémentaire de Jaruzelski  et du pape (sabre et goupillon !), cette situation n'est que momentanée: prix Nobel ou non, le fervent croyant qu'est Walesa, au lieu de nous emmerder avec ses discours catholico‑ démocratiques, ferait mieux d'aller déjà se recueillir sur sa propre tombe en prévision du jour où les prolétaires auront découvert derrière ses angéliques moustaches, son véritable visage: celui d'un patriote convaincu, d'un calotin cynique et pompier social de la pire espèce, carte de rechange de la bourgeoisie mondiale pour le cas où la bande à Jaruzelski  ne parviendrait plus à assurer l'ordre capitaliste en Pologne!

Notes :

(1)  cf. l'article "Leçon des événements en Pologne" dans la revue "Le Communiste" n°13.

(2) Extrait d'une interview du journal "Libération" (6/10/1983) de Z. Bujak, ancien président de Solidarité‑ Varsovie devenu l'un des principaux dirigeants de la clandestinité.


CE18.3.3 Nous soulignons: Walesa: prix nobel de la paix... sociale.