LUTTES EN BELGIQUE.

Par deux fois, en février/mars 1982 puis en septembre 1983, le prolétariat a violemment réagi pour défendre ses intérêts de classe, et refuser les attaques incessantes dont il est la cible. Par deux fois, des grèves massives éclatèrent spontanément, sans préavis ni limitation, en dehors des syndicats.  Ceux‑ ci, pris au dépourvu, mirent quelques jours avant d'avaliser le mouvement puis le récupérer. Si en 1982 le prolétariat réagissait contre des mesures d'austérité concernant plus spécifiquement la sidérurgie, les grèves de septembre 1983 exprimaient un sentiment beaucoup plus général de ras‑le‑bol, de refus catégorique de tout sacrifice quel qu'il soit. Pour la première fois, le prolétariat luttait non pas contre telle mesure ou tel projet de loi, mais contre toutes les attaques, toutes les restrictions que la bourgeoisie lui impose depuis plus de dix ans. La rapidité avec laquelle les grèves s'étendirent et le nombre d'ouvriers qui débrayèrent furent à la mesure du ras‑le‑bol de devoir la boucler et de se serrer la ceinture qu'elles exprimaient. Depuis la "grande grève" de 1960‑ 1961 (1) aucune lutte n'avait atteint une telle ampleur. En effet, le mouvement de 1983 quoique moins violent que le précédent (2), s'étendit à tout le pays, dépassant la frontière linguistique. De réels efforts de généralisation au secteur privé furent mis en ouvre sur base du même ras‑le‑bol exprimé par un seul et même mot d'ordre: AUCUN SACRIFICE. Pourtant la "généralisation" effective du mouvement fut réalisée par les syndicats qui, vidant la lutte de sa substance, la détournèrent en désignant le gouvernement Martens‑ Gol comme responsable de tous nos malheurs.                              

D'un mouvement de ras‑le‑bol général les syndicats firent une grève "politique" pour un changement de gouvernement, révélant une fois de plus leur caractère intrinsèque de briseurs de grèves (3). Or, pour nous, il est clair que quelque soit la marionnette qui nous gouverne, c'est le théâtre qu'il faut brûler!!

(1) Lire à ce sujet "1960‑ 1961... le prolétariat affronte l'Etat bourgeois, son armée, ses partis, ses syndicats." dans "Le Communiste" n°9.

(2)  Cf. à ce sujet "Leçons des grèves de février/mars, une fois de plus les syndicats sabotent la lutte." dans "Action Communiste" n°6.

(3)  Cf. "Syndicats : briseurs de grèves!" dans "Action Communiste" n°10.

Ce gouvernement n'est ni pire ni meilleur qu'un autre et lutter pour remplacer les libéraux (Martens‑ Gol) par les socialos (Spitaels) nous a mené au cul‑de‑sac. Quelques semaines après l'écrasement du mouvement en Belgique, les ouvriers hollandais, étroitement encadrés par le syndicat FNV (plus de 80% des syndiqués), déclenchèrent une grève du zèle en réaction aux mesures d'austérité que le gouvernement des Pays‑Bas annonçait pour 1984. Ce mouvement de grèves ne fut révélé par la presse qu'une semaine après son déclenchement par crainte de voir le prolétariat belge et hollandais unir leurs efforts et ainsi internationaliser la lutte. Il fallait "(...) éteindre l'incendie qui menaçait de tout embraser" déclara un syndicaliste belge. "Il n'y a pas question aux Pays‑Bas d'action spontanées comparables à celles constatées (...) en Belgique. Le syndicat FNV (socialiste‑ catholique) a mis en garde ses plus d'un million de membres contre la désorganisation." "Les syndicats demandent de faire supporter les sacrifices par la totalité de la population active." Le Soir du 20/10/83.

Que ce soit en Belgique, en Hollande ou ailleurs les syndicats remplissent toujours la même fonction: protéger l'Etat bourgeois, ses partis, son économie. Qu'ils s'habillent de gauchisme ou de chrétienté, ils n'en demeurent pas moins les flics du patronat, les garants de la paix sociale. Lors des dernières grèves en Belgique, en septembre 1983, les syndicats vinrent à bout du mouvement, en 48h. Ceci est une preuve non seulement de leurs forces mais surtout de notre faiblesse, dont la plus criante reste le manque de rupture d'avec ces organisations bourgeoises, le manque de direction prolétarienne du mouvement. Rompre avec les syndicats signifie les affronter pour ce qu'ils sont: des briseurs de grèves, des saboteurs du mouvement ouvrier, les défenseurs des intérêts de la bourgeoisie. Ainsi, faire la grève passive, les bras croisés, en restant chez soi ne suffit pas et nous en avons eu la preuve (à nos dépens) en septembre.  De même la grève "politique" même générale et réussie (changement de gouvernement) n'amène aucune transformation fondamentale dans la lutte de classe: c'est une autre fraction de la bourgeoisie qui s'occupera de gérer le Capital et d'exploiter le prolétariat. Durant les grèves de 1983 il n'y eut presque aucun affrontement aux syndicats, même lorsqu'ils décrétèrent la reprise du travail. Seules quelques actions de sabotage (voies ferées...) matérialisèrent la volonté de lutte et indiquèrent la voie à suivre pour le futur: être encore plus intransigeant, encore plus violent, encore plus incivique... encore plus dur. Il faut s'organiser non seulement en dehors des structures bourgeoises mais aussi contre elles, se donner une direction claire et solide défendant nos intérêts de classe. Telle est la condition indispensable de notre réussite. 29/10/83


CE18.3.2 Nous soulignons: Luttes en Belgique