Les bourgeois sont satisfaits des gigantesques vagues humaines qui ont déferlé sur les centres des plus grandes villes de toute l'Europe.  Ces vagues étaient pacifistes en Allemagne, en Italie, en Belgique, en Angleterre, anti‑terroristes en Espagne. Elles se sont propagées au moment même où naissaient des campagnes, militariste aux USA, démocratique en Argentine et où la France moins perméable au courant pacifiste se regroupe, se presse autour de son "courageux chef d'Etat" pour pleurer "ses morts tombés pour la paix à Beyrouth". La parfaite concordance des campagnes pacifistes et du développement de la guerre permettent d'accentuer la polarisation et de créer l'union sacrée. Et pourtant, partout ce sont les mêmes ordures bourgeoises qui sont charriées par ces marées.  Elles ont pour nom a‑classisme, front national, union sacrée!!

Pour la bourgeoisie que cela soit:

‑ par le militarisme (la bourgeoisie aux USA qui parvient à faire remonter son prestige et le sentiment d'appartenance nationale par Reagan interposé en faisant envahir Grenade par ses assassins professionnels, deux jours après que certains de leurs collègues se soient fait assassiner à Beyrouth),

‑ grâce à l'anti‑ terrorisme (la bourgeoisie en Espagne qui parvient à faire manifester plus d'un demi‑ million de gens pour "exprimer leur rejet du terrorisme et leur attachement au système démocratique"),

‑ ou encore au nom du pacifisme (la bourgeoisie en Europe qui par PC interposés parvient à encadrer une juste crainte de la guerre dans des fronts unis pour la préparation de celle‑ ci),

‑ ou encore au nom de la démocratie (la bourgeoisie en Argentine qui parvient à faire marcher, plus d'un million de personnes pour ses élections) l'important est avant tout de noyer le prolétariat dans une marée démocratique et nationaliste!

Que les prolétaires crient à bas les "communistes", vivent les marines et la démocratie ou à bas les terroristes et vive la démocratie ou à bas la guerre (sauf si c'est chez les autres et/ou qu'elle est juste défensive) et vive la démocratie ou encore vive la démocratie tout court, importe peu.  Ce qu'il faut c'est que les ouvriers ne prennent pas conscience qu'ils forment une classe par essence anti‑ démocratique, qu'ils ne voient pas que seule la terreur rouge peut empêcher le terrorisme bourgeois (qu'il soit de gauche ou de droite) que nous subissons quotidiennement, que seule la guerre de classe peut empêcher la guerre impérialiste. Ce n'est pas le refus d'un Pershing ou d'un SS 20 qui empêchera notre atomisation nucléaire dans la guerre impérialiste, mais seulement le refus aujourd'hui de l'atomisation du prolétariat dans les unions sacrées! La lutte du prolétariat contre l'austérité, la guerre contre la démocratie renaît peu à peu de ses cendres après plus de 60 ans de contre‑ révolution. Elle s'exprime à des degrés divers au Pérou, au Chili, au Brésil, en Belgique, aux Pays‑bas, en Pologne etc. et fait déjà, malgré sa faiblesse, juste en ranimant le spectre du communisme, trembler la bourgeoisie. Et dans la guerre de classe qui se développe, la bourgeoisie essaye de prendre les devants, d'écraser préventivement le prolétariat en l'annihilant.  Pour nous, toutes les unions nationales ne sont que le rassemblement d'imbéciles aujourd'hui soumis à l'idéologie bourgeoise, elles ne représentent avant tout qu'un épisode de la guerre de classe dont la bourgeoisie sort grand vainqueur.

La presse bourgeoise se fait plus clair‑ voyante que les masses ouvrières lorsque parlant de la "manifestation" anti‑ terroriste en Espagne elle dit: "La place de ces personnalités qui avait été soigneusement étudiée, avait pour but de refléter le caractère unitaire de la manifestation et de renforcer l'image d'union sacrée pour la démocratie que les organisateurs souhaitaient projeter dans tout le pays". Carillo défilait coude à coude avec le n°2 de l'alliance populaire "jeune loup" de la droite, C. Ferrer le "patron des patrons" espagnol, défilait entre le secrétaire général du syndicat socialiste et l'un des principaux responsables des CCOO, centrale pro‑ "communiste". Cette union nationale encore plus caricaturale que partout ailleurs, bien loin de n'être qu'une "image", est avant tout une force matérielle destinée à écraser le prolétariat.

Les bourgeois trouvent toujours des prétendus intérêts communs entre les citoyens, entre les "gens raisonnables", que se soit une soi‑ disant lutte contre le capitalisme ou une lutte contre le soi‑ disant communisme, contre ou pour la guerre, cela est secondaire. Ce qu'il leur faut c'est  empêcher que la classe ouvrière prenne conscience d'elle‑même de ses intérêts de classe, de sa force, c'est de la noyer dans ces vagues, ces marées démocratiques. Mais le prolétariat dans sa lutte contre le capitalisme, sous sa cagoule "libérale" ou "communiste", contre la guerre et contre la paix du capital doit et va s'extraire de cette fange puante dans laquelle on essaye de le noyer! Il n'y a aucun intérêt commun entre bourgeoisie et prolétariat et les "gens raisonnables" sont avant tout des prolétaires soumis au capital et qui en acceptant cette soumission creusent leur tombe avec leurs dents. Mais que la bourgeoisie ne s'y trompe pas, les prolétaires d'Argentine, du Maroc ou de Pologne et d'ailleurs ont montré que l'union nationale, si elle pouvait être un frein aux luttes ouvrières ne parvient pas encore à les empêcher et que par et pour celles‑ci le prolétariat brisera celle‑là.


CE18.3.1 Nous soulignons: Pacifisme/militarisme, terrorisme/antiterrorisme: tout pour l'union sacré