INTRODUCTION

Le renforcement des antagonismes sociaux entre prolétariat et bourgeoisie projette à l'avant- plan des préoccupations des deux classes, le renforcement des mesures de répression d'une part et les réponses prolétariennes à ces mesures d'autre part. Partout, dans tous les Etats, la bourgeoisie réajuste ses mesures de coercition contre la "délinquance", la "criminalité", les "troubles des moeurs"...  Des mesures de répression visent toutes les personnes, tous les phénomènes sociaux qui troublent la "sécurité publique", c'est-à-dire le cours normal de la production et de la circulation des marchandises.  Des millions de prolétaires emprisonnés croupissent dans les geôles de l'Etat comme otages de l'ordre bourgeois, subissent l'incarcération dans les antichambres des décharges publiques, des fosses communes où la bourgeoisie élimine ses rebuts. Dans le cadre d'une récente campagne d'assainissement de "l'ordre public", l'Etat bourgeois en Chine réinstaure les grands procès, les exécutions publiques des "criminels" (condamnés à mort pour vol de voiture !) et organise des rafles gigantesques de "délinquants" et autres "asociaux". En Pologne, à Cuba, les "parasites sociaux", les chômeurs et les éléments perturbateurs sont condamnés aux travaux forcés"; en Indonésie, l'armée élimine sans autre forme les ex-détenus qui ont le malheur de rencontrer une patrouille; en Europe, les campagnes de dénonciation et de délation anti-terroriste en collaboration avec les forces de l'ordre, les extraditions, expulsions,... deviennent monnaie courante, notamment par voie de presse et n'importe quelle mesure de "sécurité sociale" n'est que le prétexte à l'exercice et au déploie-ment des forces de l'ordre, du terrorisme d'Etat (cf. les opérations "coup de poing", le bouclage de quartiers pour le contrôle des identités, etc...) Mais le Parti de l'Ordre réserve surtout sa puissance répressive aux mouvements subversifs des prolétaires.  Le crime le plus grave pour la bourgeoisie est depuis toujours l'atteinte à la sécurité de l'Etat, l'insurrection contre l'Etat.  En Turquie, en Iran, c'est par dizaines de milliers que se comptent les incarcérations et les exécutions de prolétaires ayant participé aux importants mouvements de lutte déstabilisant l'Etat dans les années 77‑78; au Chili, au Brésil, les grévistes et les manifestants sont chargés à coup de fusils, les "favelas" (les quartiers ouvriers) sont quadrillés par l'armée et soumis aux rafles massives. Si en Belgique, en France, en Italie, en Angleterre, en Pologne, en Allemagne etc... l'Etat bourgeois n'a pas du recourir aux exécutions et aux emprisonnements massifs (en Pologne, en Italie, en Angleterre des milliers de prolétaires ont quand même été arrêtés suite aux mouvements de lutte), celui- ci n'en mène pas moins une chasse de plus en plus sévère aux ouvriers combatifs et aux militants communistes. Les piquets de grèves "volants", les grèves "sauvages", les actions de sabotage... toutes les manifestations de la force de classe prolétarienne sont condamnées par les réglementations du "droit de grève", du "droit au travail", comme des actes de "banditisme", l'oeuvre de "provocateurs"; les associations ouvrières sont toutes à la merci des nouvelles mesures "anti-terroristes", qui accroissent l'arsenal juridique renforçant le monopole de la violence par l'Etat bourgeois.  Si la crise mondiale du capitalisme exacerbe la concurrence entre les diverses fractions de la bourgeoisie, il est un domaine où toutes se mettent d'accord : la répression de ce qui sera son fossoyeur, le prolétariat. "L'Espace judiciaire européen" et ses contrôles policiers, ses fichiers sur ordinateurs, ses coopérations des polices, ses tribunaux exceptionnels, n'est rien d'autre que le perfectionnement de la terreur d'Etat à l'échelle européenne! Au travers de ses incessantes campagnes de moralité publique, d'assainissement du climat social, de lutte "anti-terroriste", de "sécurisation de la population", le Parti de l'Ordre désigne ainsi son ennemi mortel : le mouvement de lutte révolutionnaire du prolétariat. C'est essentiellement contre le prolétariat que l'Etat bourgeois développe ses armes répressives, sa terreur de classe. Face à ces campagnes terroristes de la bourgeoisie, quelles sont les orientations que doivent prendre les mesures de contre-répression et les solidarités avec/entre les prolétaires emprisonnés? Telles sont les questions qu'il nous semble crucial d'éclaircir.

1. DETRUISONS TOUTES LES PRISONS, SOLIDARITE AVEC LES PRISONNIERS EN LUTTE CONTRE L'ETAT.

Le marxisme passe la société au crible de la lutte de classe. Les "individus" et les institutions sociales sont à la fois produits et agents souvent inconscients des rapports sociaux déterminés historiquement. Les prisons et l'emprisonnement apparaissent avec la dislocation des communautés primitives et le surgissement des sociétés de classes liées au développement des échanges marchands et de la propriété privée. Les premiers prisonniers étaient les prisonniers de guerre destinés à devenir esclaves.  Le prisonnier ne devait de rester en vie qu'au travail gratuit qu'il effectuait, qu'à l'utilité de sa force de travail qui appartenait à ses maîtres mais aussi, en tant qu'il contribuait directement à l'institution d'une nouvelle "communauté", à la création d'un Etat libre, d'une communauté des citoyens, d'une cité d'Hommes Libres dont l'exclusion des esclaves, -classe exploitée-, était le fondement. (cf. les cités antiques de la Grèce, d'Italie...) En transformant l'esclave, le serf en prolétaire "libre", le capitalisme n'a pas aboli le travail forcé, il n'a fait que généraliser et renforcer l'exploitation ancestrale.  Au sein de la Démocratie Sociale réalisée, la "communauté des citoyens" ne s'élève plus comme l'organisation sociale des privilégiés, au contraire, la servitude de tous apparaît comme la véritable condition de la "Liberté des hommes" : il n'y a plus de privilèges au départ, chacun possède des chances égales, la compétition est ouverte et accorde à chacun et dans l'intérêt de tous, la liberté à laquelle sa volonté, son courage, ses efforts, ses capacités lui donnent droit !   L'obligation faite au prolétaire "libre" de vendre sa force de travail pour survivre et ne pas crever, perfectionne l'exploitation de l'homme par l'homme en ce que chaque prolétaire semble responsable de ses conditions sociales de vie, alors qu'il en est totalement privé, mais aussi qu'en se présentant comme travailleur salarié, vendeur individuel de sa force de travail, contraint d'aliéner celle- ci jour après jour au propriétaire des moyens de production -la classe bourgeoise- il doit continuellement concurrencer les autres vendeurs de force de travail.  C'est sur base de cette concurrence forcenée entre vendeurs de la marchandise "force de travail", de cette subsomption des prolétaires aux intérêts bourgeois que s'est perpétuée et s'effectue encore, dans des proportions jadis inimaginables par les maîtres d'esclaves grecs, romains ou chinois, l'extorsion  du travail gratuit et sa transformation en survaleur capitalisée  (par la différence sans cesse croissante entre le salaire, prix de la force de travail et la survaleur reproduite et  créée dans le procès de travail). Malgré les apparences trompeuses (même Andropov, Reagan,... le patron de l'usine, les généraux, etc... prétendent être "des travailleurs salariés" et en ce sens des représentants des "hommes libres"), le capitalisme n'a donc libéré la société que des entraves qui empêchaient la bourgeoisie de développer l'exploitation de la classe ouvrière et par ce fait même, il a perpétué et perfectionné les institutions que les classes exploiteuses précédentes lui ont léguées : les prisons, les bagnes du travail forcé. La bourgeoisie n'a retiré les lourdes et encombrantes chaînes des esclaves que parce qu'elle a soumis l'humanité entière aux mailles de la production de capital et avec elle, l'enfermement, l'emprisonnement, l'exclusion sociale ont acquis leur ultime développement. La répression étatique est rendue institutionnelle, permanente, normale grâce au jeu subtil de son apparente extériorité, exclusivité, ségrégation que lui fournit la justice; la répression qui s'exerce à tous les degrés dans les prisons (isolement, garde à vue, internement au secret, brimades, tortures) est devenue la garantie de la sécurité et de la liberté de la majorité de la société, de l'intérêt général! La moralité de "l'homme libre", les "droits du citoyen", la "justice sociale", sont les valeurs inhumaines d'une société bourgeoise qui force le prolétaire , dans le marchandage de soi-même, à s'identifier à la marchandise, aux nécessités de sa production et de sa circulation.  Le citoyen, individu intègre, honnête, est la réalisation de l'idéal de l'homme bourgeois, qui n'a en vue que d'obtenir son dû, qui ne traite que des affaires, qui n'a pas d'autre rôle que celui d'être acheteur et vendeur, qui n'a pas de sentiments ni d'intérêts excepté ceux qu'il porte sur son coeur, dans son portefeuille. Le citoyen de droit, votant (à gauche ou à droite), est le membre de la société bourgeoise idéale, qui revendique la liberté de se faire concurrence  sur le marché de la force de travail, qui réclame l'égalité des chances pour accéder à la place de prolétaire qu'on lui a préparée, qui aspire à la fraternité générale entre les vendeurs et acheteurs de la force de travail.

Pour s'imposer comme règle de conduite aux citoyens, aux "hommes libres", la société des marchandises a besoin des discours des curés, des démocrates, des humanistes, mais aussi d'espaces et de lieux spéciaux d'apprentissage de la "liberté", de rééducation aux "valeurs civiques", d'intimidation et d'exclusion des éléments "malsains", des "inadaptés", des "asociaux"... de tous ceux qui troublent l'Ordre Public .  Les prisons ne servent pas seulement à extraire les éléments perturbateurs engendrés par la société, mais aussi de persuader les "gens sains", de "bonnes vies et moeurs", les "honnêtes gens" du privilège qu'ils possèdent de vivre dans le meilleur des mondes possibles... Les prisons sont la condition de l'existence du meilleur des mondes possibles; le prisonnier n'est rien d'autre que le reflet inverse de l'homme libre; sans lui, celui-ci ne connaîtrait pas le prix de sa liberté, les vertus de sa Morale, l'équité de la Justice sociale ! Tous les membres de la société (majoritairement, des prolétaires) sont à tout moment susceptibles d'être envoyés au "trou" pour le bien de la sécurité publique.  A travers une frange de ses membres "défaillants", "révoltés", "inadaptés", qui sont emprisonnés, c'est l'ensemble des "citoyens" suspects de" ne plus respecter les lois et droits de la société marchande, du "travail libre", qui sont soumis, intimidés, conditionnés par les peines de rachat de sa liberté, de travail à perpétuité. Les gardiens de la paix ne peuvent être que des gens- d'armes ; la garantie de la "Liberté" dépend de l'efficacité des lieux de réclusion... telle est la réalité contradictoire et insupportable de la société civile bourgeoise, codifiée dans le droit pénal et exécutée par la Justice, ses tribunaux et ses prisons.  Et le cortège carnavalesque des juges, des avocats et autres officiers de justice, hommes de loi, de servir et de rédiger ce code civil, qui se réfère non à l'homme réel, mais à l'image idéale et pure de cet homme, à l'idéal du citoyen bourgeois.  Ceux- là exercent à l'égard de la justice "scientifique", "objective", "éternelle" ce que leurs compères les curés, les évèques, les imans, les ayatollahs font à l'égard de l'Etre divin.  Ce n'est pas au nom de "Dieu le veut", mais au nom de "c'est la Loi" qu'ils font subir aux sujets de l'Etat les mesures que réclame le fonctionnement de leur société civilisée qu'ils voudraient bien rendre parfaite, quitte à condamner des millions de prolétaires au principe de la Justice, de l'exorcisme du mal (cf. la sinistre et célèbre parade de la Justice victorieuse aux procès de Nuremberg, point final des campagnes idéologiques de l'antifascisme, justifiant le massacre de dizaines de millions de prolétaires dans la guerre impérialiste de 1940- 1945). Si la Justice et ses prisons représentent l'image de l'humanité bourgeoise où chacun occupe la place auquel il a droit, dans la prosaïque réalité, les critères soi- disant a-classistes de l'"innocence" et de la "culpabilité", de "l'honnêteté" ou de la  "criminalité" (chacun sait que "le Milieu" est organisé selon un code d'honneur très strict), de "l'équité" ou de "l'arbitraire", ne servent qu'à faire oublier la fonction, le rôle, le contenu essentiel de répression anti- prolétarien que remplissent toutes les prisons.  De fait, 80% des "délinquants", des "asociaux", des "parasites", en détention (du moins en Europe occidentale) sont des prolétaires contraints et amenés par les conditions sociales à commettre des délits "mineurs" divers. Cette fonction essentielle des prisons et de la justice, apparaît clairement en période d'affrontements ouverts entre les classes, lorsque la bourgeoisie se montre toujours prête a incorporer et à passer au moule de ses pénitenciers, des masses de prolétaires insoumis, révoltés. Mais que ce soit vis-à-vis des "droits communs", des "politiques" et autres catégories bourgeoises, les prisons dispensent à tous, à des degrés divers, le même traitement destiné à préserver et reproduire cet individu bourgeois, soumis à sa Liberté et prêt à servir les intérêts de l'Etat démocratique (la torture faisant partie de l'arsenal des moyens de répression). Tous les prolétaires jetés dans les cellules, sont soumis à la prolétarisation la plus extrême et subissent le joug des intérêts de la reproduction du Capital dans des conditions d'intense oppression sociale : enfermement, brimades (alimentaires, sexuelles...), isolement politique et social, soumission objectivante totale, etc...  Tous servent d'otages de la bourgeoisie, chargés de servir d'exemple, d'intimider et de terroriser les prolétaires qui ont encore le "privilège" de jouir de la liberté de choisir où ils vont vendre leur force de travail. La généralisation et le développement à tous les degrés de la répression étatique, à travers les institutions carcérales et judiciaires, émane et est motivée par une politique de défense des intérêts de la classe bourgeoise et attaque la force de classe de tout le mouvement prolétarien ! Situer de manière globale la question des prisonniers hors du cadre de référence bourgeois, contre les critères de définition de culpabilité ou d'innocence, de justice ou d'injustice donnés par la bourgeoisie elle-même, ce n'est en rien faire l'apologie des prisonniers, des "délinquants" pour leur trouver une place de choix comme "prolétaires radicaux et spécialement révolutionnaires", mais c'est donner à la lutte, l'axe fondamental sur lequel bâtir la riposte ouvrière à la répression, sur lequel doit s'organiser la lutte de tous les prolétaires emprisonnés. Alors que pour la bourgeoisie il n'y a dans ses prisons que des individus à la moralité et au sens civique douteux, nous dénonçons l'enfermement des prolétaires et nous crachons sur cet institution d'isolement, d'écrasement où se forge à coups de barre de fer et d'enceinte barbelée, la pratique égoïste et conformiste du citoyen bourgeois, du "taulard" et de son idéologie machiste, du "repenti" et de son sentiment de culpabilité et d'adhésion au monopole de la violence étatique.

Jamais nous ne situons nos critères de solidarité avec les prisonniers selon les degrés de criminalité, de culpabilité, qui sont les critères instaurés par les tortionnaires. Ce qui nous importe, c'est d'établir une démarcation de classe entre les prisonniers, les gardiens... sur base d'une pratique de riposte commune à la répression, aux brimades, aux ségrégations.

La nature du délit pour  lequel  ils sont emprisonnés n'est pas un critère de regroupement des prisonniers.  Nous n'autorisons pas plus les voleurs à l'étalage ou de caisses de super-marchés que nous n'interdisons les meurtriers, violeurs ou proxénètes à constituer des associations de prisonniers.  Nous pensons que certains actes plus fortement marqués du sceau de l'aliénation sociale peuvent limiter les possibilités, capacités, volontés des individus qui les ont accomplis à soutenir un effort de lutte, de solidarisation, d'adhésion à la défense des intérêts prolétariens contre les prisons du capital, et par là de rupture avec leur propre conditionnement social et politique. D'autres actes pour lesquels des prolétaires sont incarcérés, expriment au contraire directement un engagement dans la lutte contre la répression bourgeoise.  Le poids de l'oppression sociale se charge ainsi d'effectuer une sélection "naturelle" que les communistes n'ont aucune raison de cautionner ou d'approfondir en adoptant des critères de la morale, de la sécurité bourgeoise mais dont ils ont intérêt à clarifier, pour tous les prisonniers, l'origine, le fondement et les aboutissements en mettant la solidarité des prisonniers en rapport direct avec la prise en charge, la participation, la collaboration aux nécessités et exigences de la lutte contre la répression qui s'abat sur tous. ("Une manière de marquer ces exigences politiques s'est affirmée et s'affirme toujours dans les prisons, par la lutte contre les dénonciateurs "repentis", les pressions effectuées à l'égard des prisonniers "jaunes", des gardiens trop zélés, pour des meilleures conditions de "vie", etc.). Pour les communistes il ne s'agit donc pas de mettre indifféremment tous les prisonniers dans le même sac, mais de marquer la frontière de classe qui s'établit de par la lutte contre l'oppression permanente de l'Etat.  Ainsi, c'est essentiellement en soutenant la libération des prolétaires emprisonnés pour avoir défendu, par leur pratique d'avant-garde de la classe ouvrière, la lutte contre la répression étatique des militants communistes comme par exemple les militants de la gauche communiste, séquestrés et assassinés dans les prisons de "l'Etat ouvrier russe" déjà dés les années 1920: notamment les partisans de Miasnikov; les innombrables et peu célèbres militants prolétariens assassinés par les bourreaux sociaux- démocrates après les défaites des insurrections en 1918- 1919 et 1921 en Allemagne, et plus prés de nous, un militant comme Puig Antich, garotté dans sa prison espagnole en 1973, etc.), que les communistes tendent à diriger la lutte contre la répression en lui donnant une ampleur révolutionnaire, car ce n'est que la force du programme communiste de la révolution sociale qui fera libérer tous les otages ouvriers des prisons bourgeoises. A travers toutes les campagnes bourgeoises de renforcement de la répression, c'est le mouvement communiste, le mouvement révolutionnaire du prolétariat qui est la cible essentielle.  Ce sont les cadres révolutionnaires et de manière plus générale, tous les prolétaires n'ayant pas accepté d'une manière ou d'une autre le "travaille ou crève" qui font l'objet de la répression sélective et/ou massive de l'Etat. Organiser la solidarité des prolétaires avec les camarades emprisonnés, donner comme perspective de lutte, déterminer comme terrain où se renforce le mouvement révolutionnaire, la libération des militants communistes et prolétaires combatifs emprisonnés, c'est alors montrer clairement que les détenus (nous nous référons à tous les détenus) ne sont pas "l'exception qui confirme la règle", et dénoncer par la pratique de classe, la règle permanente qui opprime et écrase les prolétaires. De cette manière s'affirme un des aspects de la lutte incessante des communistes contre la dictature du capital. C'est sur ces bases, rejetant et détruisant les critères bourgeois du prisonnier, que la lutte dans les prisons et à l'extérieur contre la répression, contre l'exploitation forcenée, s'attaque à l'emprisonnement en tant qu'institution de l'Etat bourgeois, chargée de réprimer le prolétariat, s'attaque aux prisons pour ce qu'elles sont et non pas pour ce que la bourgeoisie les représente être, ni pour ce que peut en dire la majorité des détenus eux- mêmes.

2. AMNISTIE ET STATUT POLITIQUE CONTRE LA CONSTITUTION D'UNE FORCE DE CLASSE, CONTRE LA LIBERATION DES PROLETAIRES.

En attribuant la cause des emprisonnements, des camps de détentions, des massacres, ... à des excès de tel type de gouvernement ou telle clique politique ou encore à des abus de pouvoir de tel dirigeant, ... cas d'immoralité ou de déséquilibre individuel, ... la bourgeoisie blanchit sa dictature, la dictature des rapports sociaux capitalistes, la démocratie. Là où l'Etat emprisonne, torture, assassine systématiquement, les bourgeois n'y dénoncent que des erreurs de gestion, l'illégitimité d'un gouvernement, la main mise d'une clique "fasciste", "militariste", "bureaucratique", ...; là où des prolétaires "terroristes rouges", "hooligans", "autonomes", subversifs sont emprisonnés, torturés, assassinés, ils n'y voient jamais que des dérapages de la démocratie produits par les imperfections du système et l'inconscience de quelques "provocateurs". Dans cet esprit, la bourgeoisie s'accommode formellement de la revendication prolétarienne de libérer les militants ouvriers prisonniers en en récupérant et falsifiant totalement le sens et la portée. En réclamant un "statut pour les prisonniers politiques", en défendant les "droits des prisonniers politiques", la bourgeoisie érige des prisonniers "politiques" en une catégorie à part, aux intérêts et à la pratique sociale opposés aux autres prisonniers, en une catégorie dont la défense n'a plus rien à voir avec celle des intérêts prolétariens. L'oppression que les uns et les autres subissent change ainsi miraculeusement de nature. Les "droit commun" appartiendraient à ce "lumpen-prolétariat" entièrement dominé et déterminé par son besoin économique "égoïste", par la recherche du gain facile, par la débrouille individuelle, les combines grâce auxquelles ils profiteraient du travail des autres sans en connaître les désagréments. Les "politiques" appartiendraient à l'élite des travailleurs c'est-à-dire à des socialistes bourgeois syndicalistes, curés sociaux, patrons de gauche, avocats et médecins engagés, intellectuels et poètes militants, ... qui ont choisi comme métier d'améliorer le sort du "peuple travailleur", qui ont voué corps et âme à l'idéal de la Justice sociale proposant et/ou en organisant des réformes humanitaires. Les "droit commun" sont ainsi considérés (quand ils ne sont pas traités comme la pire racaille) au mieux comme des victimes du vice, de la perversion, de l'égoîsme qui les dominent. Les "politiques", à défaut d'être les victimes des victimes dont ils cherchent à remédier les maux, sont quant à eux, considérés comme des victimes de l'autoritarisme, de l'absence de tolérance, du manque de démocratie, de la rigueur et de la lourdeur de l'appareil d'Etat. Les premiers méritent leur peine et n'ont comme perspective que d'expier et de vénérer le courage, la loyauté de leurs grands frères "politiques"; les seconds sont les boucs-émissaires, les martyrs de la "libre-pensée" et méritent, en attendant l'amnistie, un sort privilégié.

C'est en effet une nécessité pour la survie de la classe bourgeoise, pour maintenir la coexistence pacifique entre fractions bourgeoises et entre bourgeois et prolétaires, d'admettre la "contestation" philosophique, religieuse, politique, économique et sociale dans  sa société en proie à une réforme permanente et dont les contradictions font sans cesse resurgir la lutte des classes. Les prisonniers "politiques" que reconnaissent les Etats et leurs organisations humanitaires sont des victimes de ce bouleversement permanent, victimes des fractions "rétrogrades", incapables d'appliquer les sacro- saints droits de l'homme ... bourgeois, victimes des limites de la tolérance des Etats à l'égard de leurs réformateurs "dissidents" qui n'ont, eux, pour fonction que de récupérer, d'occulter et réprimer le mouvement social non pas réformateur mais destructeur de l'ordre établi, le mouvement révolutionnaire du prolétariat, qui n'ont pour fonction que d'envoyer dans les geôles de l'Etat tout prolétaire se définissant par ce mouvement de classe. Le statut politique des prisonniers a comme fonction directe de fournir aux prolétaires des martyrs de la foi "révolutionnaire", de la  "cause du peuple", de la "lutte pour le travail, la paix et la liberté", des figures représentant l'injustice qui frappe en ce bas monde les défenseurs de l'opprimé, les hommes de bonne volonté qui n'aspirent qu'au paisible développement du progrès, qui, face aux difficultés des capitalistes face à la crise, proposent des remèdes, des nouveaux gouvernements, des plans d'assainissement, ... qui puissent concilier les conflits de classe, réunir la nation, etc., tant il est vrai qu'il vaut mieux, pour la bourgeoisie, présenter le mouvement communiste, la révolution prolétarienne, comme une religion, un idéal,  que de la voir surgir comme mouvement réel, comme pratique consciente d'association des prolétaires et de destruction violente de la société bourgeoise. Rien de plus normal que, pour toutes les organisations bourgeoises qui s'occupent du droit des prisonniers --Amnesty International en tête--, il faille faire appel à la "conscience humaine", aux "valeurs morales et spirituelles", à la mobilisation de l'opinion publique, contre les incarnations du "mal" dans quelques figures "de tyrans et tortionnaires plus ou moins pervers, tandis que, par ces mêmes prières, les prolétaires défendant l'intérêt de classe, sont condamnés aux pires ordures, dénoncés comme des "provocateurs" faisant le jeu de la violence, désarmés face à leur besoin d'association, de solidarisation, d'organisation contre tout droit, pour la violence de classe contre la dictature du capital. "Lorsque la social- démocratie engage les ouvriers à ne plus se défendre par la violence, à laisser l'initiative de la 'violence criminelle' au fascisme, à laisser même se perpétrer les crimes des bandes fascistes, elle reste parfaitement logique avec la fonction historique qui lui revient. Suivant la haute sagesse du social-démocrate, les ouvriers n'auraient par conséquent aucune goutte de sang sur la conscience et pourraient rappeler les gouvernements bourgeois 'au sens de leurs responsabilités'. Le capitalisme libéral et démocratique entendant les 'voix' prolétariennes, parviendrait ainsi, grâce à une investiture divine, à 'retrouver son 'âme' malheureusement égarée. Et, en définitive, les prolétaires redeviendraient ces brebis du fidèle troupeau, rappellent leur gardien à l'ordre, pendant que le capitalisme continuerait à administrer les pilules de la liberté et de la démocratie. Cependant, l'histoire n'est pas faite de rencontres paisibles entre brebis sortant ou rentrant le troupeau et des gardiens, propriétaires immuables ce dernier. Mais l'histoire, et l'histoire du capital est celle des bouleversements économiques et de classe; et si faute d'un parti de classe, la crise économique sans issue se rencontre avec une crise sans issue de la révolution, l'organisme social qui n'a pu se reconstituer sur une base prolétarienne au travers de l'insurrection victorieuse du prolétariat, se  reconstitue, réorganise, relancé qu'il se trouve être dans une direction opposée, sur une base capitaliste, pour apparaître désormais au travers du bourreau fasciste." (Bilan n°3, "Van der Lubbe - Les fascistes exécutent, socialistes et centristes applaudissent")

En donnant des martyrs aux prolétaires (tel dirigeant syndical, tel leader religieux, tel chef de parti de "l'opposition", ...) la bourgeoisie accentue les délimitations entre prisonniers politiques et droits communs, la distinction entre les défendables et les indéfendables. Relèvent incontestablement du "droit commun" non seulement les actes, mais aussi les appels, les intentions qui de près ou de loin sont liés à l'usage de la force, de la violence de classe! c'est-à-dire tout ce qui s'éloigne de l'idéal humanitaire. La lutte ouvrière, les organisations prolétariennes, le terrorisme ouvrier - sabotage de la production, piquets de grève, milices ouvrières, etc.- sont criminalises, réduits à la rubrique des faits divers, assimilés au banditisme, aux associations de malfaiteurs, ... Les "provocateurs", les "vandales", les "voyous", les "casseurs", ... tels sont les  termes utilisés pour désigner les prolétaires pris en "flagrant délit" de lutte, "d'atteinte à la sécurité et aux biens publics", coupables de "rébellion à agents", de "port d'armes prohibées", et de "constitution de bandes armées", ... que les crapules, porte-parole de "la conscience et de la responsabilité politique", bourreaux du prolétariat, n'hésitent pas une seconde à condamner. (Quand un Walesa exige la libération des prisonniers politiques, il entend uniquement libérer les bonzes et leurs sous-fifres qui, à ses côtés, n'ont jamais rien fait d'autre que de lancer des appels au calme, à la grève passive, à l'entente et à la réconciliation nationales, à l'abandon de la lutte). Il n'existe donc pas de statut politique pour les prolétaires combatifs et militants communistes condamnés pour leur appartenance et leur action de classe. Seuls ceux qui renient ce pour quoi ils ont été condamnés ont droit à ce statut. Ainsi, la bourgeoisie ne reconnaît comme prisonniers politiques que les prolétaires repentis et évidemment toutes les racailles démocrates, syndicalistes et autres qui ne prêchent que la liberté de se faire exploiter. L'octroi du statut politique représente donc une victoire de l'Etat bourgeois en ce qu'il développe la division des prisonniers prolétaires entre "droit commun" et "politique".

Le champion des organisations de défense des  statuts politiques des prisonniers, la célèbre "Amnésie Internationale", fournit à elle seule tout le contenu anti-prolétarien du statut politique des prisonniers. Pour bénéficier du soutien, de l'amnistie de cette organisation, il ne faut avoir rien fait contre la sécurité de l'Etat et n'avoir jamais recouru à la violence. Se rangeant du côté de la défense des droits de l'homme bourgeois, et donc invariablement du côté de l'Etat bourgeois, cette organisation participe directement à la très démocratique répression du prolétariat. En organisant la défense spectaculaire des "innocentes" victimes de l'injustice sociale, elle collabore à l'assassinat des milliers de prolétaires "coupables" d'avoir violemment lutté contre l'immonde exploitation capitaliste tortionnaire du prolétariat. En organisant des campagnes pour sensibiliser l'opinion publique au secours des "prisonniers d'opinion", ces âmes soeurs soutiennent dans le "monde libre" la politique appliquée par nos tortionnaires dans les quartiers de haute sécurité, dans les blocs spéciaux: la torture blanche qui supprime toute confrontation des idées avec la réalité par la suppression de toute activité pratico-critique, qui enferme le prisonnier "libre-penseur" seul avec ses idées, ses opinions qui ne semblent plus émaner ni avoir aucun lien avec la réalité sociale, mais glissent imperturbablement sur les murs uniformes d'un univers clos, fermé et immaculé, d'une cellule isolée, véritable antichambre de la mort. Et si ce prisonnier "d'opinion" veut conserver l'appui et le réconfort des "hommes libres", c'est en se désolidarisant des luttes ouvrières au sein des prisons, des résistances à l'oppression qui ne se satisfont nullement, de "l'opinion" de tel ou tel prisonnier, mais nécessitent une pratique réelle de solidarité, de résistance commune, d'affrontements aux brimades et persécutions diverses et qui trouvent leur prolongement dans l'organisation de la rébellion, des mutineries, des évasions massives avec leurs actions violentes, leurs prises d'otage, etc. Dans la lutte pour la vie, pour survivre, qui est la première réponse à l'oppression des prisons, de l'enfermement, les délateurs, repentis convertis en prisonniers "politiques", sont des ennemis avoués tandis que des "criminels" peuvent s'avérer être des compagnons de lutte. C'est non seulement la division entre "droit commun" et "politique", "coupable" et "innocent", "défendable" et "indéfendable" que les avocats du statut politique des prisonniers revendiquent, et organisent, mais encore la division entre "prisonniers" et "hommes libres". L'amnistie politique consacre le privilège qu'aurait le citoyen libre dont l'intérêt  serait de préserver son statut d'honnêteté et de bon respect à l'égard de l'Etat. L'amnistie ne signifie pas uniquement le pardon mais aussi le renoncement à lutter, l'oubli de la lutte dont il faut faire acte pour enfin redevenir un "homme libre". La bourgeoisie n'accorde l'amnistie, n'octroie son pardon au citoyen que pour autant qu'il sache rendre à l'Etat sa gratitude de la liberté retrouvée. Cette faveur individuelle qui sélectionne les prisonniers à libérer n'est rien d'autre que le produit d'un rapport social. Ainsi, dans un rapport de forces défavorable à la bourgeoisie, lors d'importants mouvements de classe, l'amnistie politique n'est rien d'autre qu'une manoeuvre juridique de la bourgeoisie qui tente d'intégrer dans la légalité, dans le cadre de l'Etat démocratique, de la politique bourgeoise, ce qui se déroule dans la rue et qu'elle ne peut éviter (cf. les dernières luttes en Bolivie et la libération de centaines d'ouvriers emprisonnés). Son objectif est clair: transformer un rapport de forces conjoncturellement favorable à son ennemi historique en son contraire, en reprenant le contrôle de la situation. La formulation juridique permet de déguiser la sortie, de force, des prisonniers en amnistie légale, (la gauche et la droite, la recouvrant de divers costumes: un pas vers le socialisme ou "la" preuve du libéralisme de l'Etat) et de cacher derrière la liberté des citoyens tout ce qui peut sembler sympatique à l'ensemble des prolétaires (pour approfondir cette question, lisez "Contre le mythe des droits et libertés démocratiques" dans Le Communiste 10/11). L'amnistie peut aussi parachever un renversement du rapport de forces en faveur de la bourgeoisie. L'amnistie de certains prisonniers en Pologne récompense le "peuple polonais" du relatif rétablissement de la paix sociale ainsi que le travail efficace de "Solidarité" dans la remise au travail des prolétaires. L'amnistie fait partie intégrante de la politique de prise d'otages de la bourgeoisie. Une fois que l'Etat a réussi à imposer sa force, sa terreur, les otages sont libérés et cette amnistie lui procure une nouvelle crédibilité, une nouvelle puissance.

C'est par une action réelle contre l'Etat, par l'application de la terreur ouvrière, que les prolétaires emprisonnés et libres défendent et soutiennent les luttes dans les prisons. Qu'est-ce qui peut fournir aux prisonniers la force de tenir, c'est-à-dire de ne pas se laisser casser, détruire, écraser, sinon toute manifestation de l'extérieur démontrant qu'ils n'ont pas perdu la liberté de "l'Homme Libre" mais que cet homme libre rejette ses soi-disant privilèges individuels et privatifs, en se révoltant et en luttant contre l'Etat, son système d'esclavage salarié, d'austérité et de rigueur, ... ce même Etat qui emprisonne. Quand les prolétaires envahissent les rues, prennent d'assaut les commissariats, assiègent les prisons, paralysent la production, sabotent l'économie national, le travail des tortionnaires est entravé ... la force du mouvement et les perspectives révolutionnaires qui s'expriment à travers l'action directe des prolétaires et la direction communiste des luttes, est l'unique raison qui fasse reculer les forces répressives jusqu'à ce qu'elles en perdent leurs moyens... Dans quelles prisons du monde les tortionnaires ne sont-ils à l'écoute des mouvements de classe dont ils craignent les retombées et les représailles?

En conclusion :

Nous dénonçons toutes les méthodes des humanistes, hommes d'Etat glorifiant le citoyen libre- penseur, antagoniques à la constitution d'une force de classe dont la puissance destructrice imposera aux bourgeois de liberer les prolétaires qu'ils ont pris en otage. Nous dénonçons l'organisation/déviation de la lutte autour des revendications des droits et du statut politique des prisonniers qui condamne encore plus sûrement tous ceux qui se réapproprient ou qui auraient tendance à se réapproprier les méthodes de lutte de classe.

3. NOS TACHES

Tenir et propager des perspectives communistes pour la lutte n'a rien à voir avec le fait de se retrancher dans une tour d'ivoire en adoptant une position indifférentiste du style : il n'y a pas de prisonniers prolétariens à défendre parce qu'aucun militant de son organisation n'est emprisonné; ou encore : nous ne pouvons rien faire tant qu'une force sociale n'est pas capable de libérer nos camarades emprisonnés !   Le mouvement révolutionnaire n'est pas une fabrique de martyrs: son développement dépend notamment de la capacité qu'il a à préserver ses forces, ses cadres, les militants communistes, de la répression. La force de l'Etat est de parvenir à faire passer les réactions ouvrières dans la rubrique des faits divers, de la criminalité, L'Etat cherche à banaliser la répression des organisations prolétariennes, militants communistes, prolétaires combatifs, en en faisant un règlement de compte entre gens du "milieu", une séquence parmi d'autres de la violence quotidienne, une affaire de spectacle. Sur ce terrain- là, où il arrive à piéger de nombreuses pratiques (cf. le fétichisme des armes des groupes militaristes, les attentats symboliques, etc.) l'Etat peut exercer toute sa puissance répressive car la séparation entre les "subversifs", "terroristes", ... entre les acteurs et les masses ... spectatrices exclut toute solidarité de classe. L'Etat s'appuie sur cette représentation permanente de la lutte en une course entre gendarmes et voleurs pour isoler les militants emprisonnés. Précisément parce que la violence ouvrière surgit à travers l'action de petits groupes, de minorités, d'individus militants, parce qu'elle n'acquiert jamais un caractère légal, parce qu'elle ne prend jamais la forme d'une institution, agence de mercenaires au profit d'intérêts privés, ni la forme d'une armée de soldats soumis au service d'intérêts qui ne sont pas les leurs, parce qu'elle n'est pas une fin en soi mais surgit spontanément comme nécessité vitale de la lutte pour le communisme, composante de l'expérience prolétarienne, de l'incessant mouvement de

confrontation/élaboration/critique par lequel le prolétariat se réapproprie et affirme tendanciellement son programme de lutte; précisément par ce fait que la violence de classe est minoritairement soutenue, organisée, centralisée, dirigée dans le sens du communisme, la répression de l'Etat est sélective (même dans sa massivité), elle tente d'isoler cette avant-garde de la classe, d'enfermer les uns et les autres dans un rôle respectif --les actifs immanquablement réprimés et les passifs éternellement opprimés--.

Quand elle le peut, quand acteurs et spectateurs respectent le rôle dans lequel elle les a confinés, la bourgeoisie peut se permettre d'attendre au tournant tel militant, tel prolétaire pris en "flagrant délit", d'attaquer de front telle organisation révolutionnaire, tel bastion prolétarien, ... Quand les flics liquident des militants, quand ils en envoient des centaines d'autres moisir en prison, ... le plus souvent dans l'anonymat le plus complet, l'Etat bourgeois marque des points. Les morts sont la preuve de sa détermination, les prisonniers sont ses otages et surtout, il démontre à la classe médusée l'impuissance et l'isolement, ou pire, l'incohérence et l'irresponsabilité de toute perspective révolutionnaire. En emprisonnant des militants communistes, des prolétaires combatifs, l'Etat bourgeois mène la guerre au mouvement révolutionnaire sur le terrain qu'il a choisi. Mais s'il est évident que les militants communistes, de par leur activité, courent le risque de la répression, nous devons nous attacher à ne pas laisser à l'Etat la faculté de restreindre notre terrain de lutte, ni l'initiative de nous étouffer sur son terrain en limitant l'activité des révolutionnaires  à la libération et au soutien de leurs camarades emprisonnés (cf. les B.R. en Italie) et/ou pire, a disloquer les organisations prolétariennes. Combien d'organisations "révolutionnaires" n'abandonnent-elles pas la lutte en rejoignant des fronts d'organisations bourgeoises, en intégrant et cautionnant des campagnes de l'Etat démocratique, sous prétexte de se solidariser, de libérer leurs militants, ... Combien d'organisations trouvent dans la force de l'Etat un encouragement à se préserver en virant au pacifisme et donc en dénonçant le terrorisme ouvrier, ou inversement, à croire se solidariser avec leurs camarades emprisonnés en passant inadéquâtement à la lutte armée? Pour toutes ces raisons, nous devons tout faire pour qu'un minimum de militants soient emprisonnés, pour qu'un maximum échappent à la répression, pour que l'Etat ne puisse isoler et prendre en otage l'avant-garde ouvrière. Il nous faut critiquer l'irresponsabilité des organisations qui ne prennent pas, à l'égard de leurs militants  et de tous les militants de classe, certaines mesures de précaution élémentaire, qui ne préparent pas des moyens d'action concrets permettant aux militants d'échapper à la justice et de continuer les activités révolutionnaires. (Lisez à ce sujet nos propositions d'établir une communauté de travail dans Le Communiste n°7). Corollairement, nous devons critiquer sans faiblesse les errements de l'action directe, de la violence ouvrière, en clarifiant les méthodes de lutte prolétariennes et en les inscrivant dans une vision d'ensemble de l'évolution du rapport de forces entre les classes.

"De par nos prises de position explicites de soutien direct aux actions et aux groupes prolétariens assumant les tâches militaires dans la mesure où celles-ci correspondent clairement à la défense des intérêts ouvriers, nous sommes particulièrement bien placés pour critiquer le réformisme armé sous toutes ses formes, non pas du point de vue pacifiste (qui peut être plus ou moins radical) mais de celui de la défense de l'organisation d'une réelle lutte, évidemment armée contre le capital"  (Le Communiste n°17) afin que les actes de violence prolétarienne, des pratiques isolées ne soient pas récupérées par l'Etat et ne débouchent pas sur une nouvelle défaite du prolétariat, sur l'emprisonnement de milliers de prolétaires combatifs et de militants communistes (comme en Italie et en Turquie). "S'il est faux que l'on puisse changer ou faire changer la nature de l'Etat, il est encore plus faux et nuisible d'en conclure qu'on ne peut ni doit tenter de limiter sa marge manouvre. Le niveau de terreur que l'Etat a la capacité d'organiser est une composante de la lutte des classes. Dans ce cas précis, il n'était bien sûr pas question de la force, mais de montrer -entre autres - que nous ne sommes pas une force qui se laisse liquider sans réaction. Un révolutionnaire n'est pas un membre de la grande infanterie du prolétariat. On ne sacrifie la vie de personne à la révolution. La défense absolument nécessaire des principes n'est jamais la préservation d'un héritage, mais une pratique, même très limitée, en rapport avec des êtres réels et leur situation concrète."

"Aider les espagnols était un besoin révolutionnaire, non pas par générosité, mais parce que nous avons besoin qu'il y ait des révolutionnaires en Espagne." (Barrot : Violence et solidarité révolutionnaires.  Parue aux Editions de l'oubli, cette brochure introduit la question de la solidarité révolutionnaire à travers l'exemple du procès des communistes de Barcelone et l'exemple de l'exécution de Puig Antich. Témoignage précieux sur l'indifférence avec laquelle les organisations dites révolutionnaires ont laissé exécuter un militant communiste et sur leur incapacité à poser la question de la violence). Une "affaire Puig Antich", c'est déjà trop; organisons les tâches de solidarité active entre militants avant qu'il ne soit trop tard.

En dehors des mouvements révolutionnaires où la force de classe impose la libération des camarades emprisonnés et où ceux- ci ont intérêt à revendiquer leurs actions (cf. l'exemple historique du procès de Trotsky à la suite des luttes de 1905), nous savons qu'un prisonnier prolétarien est seul ou presque face à l'Etat. Dans ces conditions que nous vivons aujourd'hui partout dans le monde, un militant prisonnier se retrouve dans une situation analogue à celle d'un prolétaire révolutionnaire -seul à poursuivre la lutte dans un secteur écrasé (usine calme, régiment discipliné, ...). Son atomisation n'est alors que l'expression de l'atomisation de la classe en général et le place sur le terrain du capital. Ainsi, lorsqu'un camarade tombe, dans un tel rapport de forces, il n'a pas intérêt à jouer au martyr, à revendiquer son action, mais à la nier. Il a intérêt à utiliser toutes les combines possibles pour sortir au plus vite de la détention: maladies, vices de procédure, utilisation des aides humanitaires, des statuts de "réfugié ONU", "politique", des octrois d'amnistie, ...

Cela ne signifie en rien cautionner politiquement ces institutions bourgeoises, ces campagnes démocratiques, ces reformes de la Justice ni, pire encore, faire front avec celles-ci.  Nous devons évidemment aider les militants qui sont emprisonnés, tout en sachant et en disant que ce n'est pas là le terrain de la lutte, que c'est là le terrain du capital et non celui du prolétariat; tout en ne faisant pas passer pour la lutte de classe ce qui est l'extrême faiblesse de la classe. Ainsi, bien que nous soyons obligés, pour survivre, de travailler, de nous débrouiller individuellement, de s'entr'aider en se refilant des boulots, nous ne crions pas pour autant ; vive la combine ou, pire, encore, vive le travail. De la même manière, nous ne condamnons pas et nous aiderons même le prisonnier qui, pour améliorer son sort, demande la statut de réfugié politique, fait la grève de la faim ou profite d'une amnistie. Nous nous en prenons par contre à ceux qui tentent de généraliser, qui font l'apologie de ces méthodes, qui revendiquent une meilleure justice et qui pour recrédibiliser leur démocratie façonnent les prisonniers en martyrs dont le courage et l'abnégation sont à la hauteur de "La Cause" pour laquelle ils donnent leur vie (cf. l'agonie de Boby Sand et de ses compagnons mise en scène par et pour l'IRA, et tous les mouvements de libération nationale.) Une organisation révolutionnaire n'organise pas la lutte autour de la revendication de la défense légale des prolétaires combatifs et des militants communistes qui croupissent dans les prisons. Si nous faisons un maximum pour aider les militants condamnés et leur famille, il ne faut cependant pas se faire d'illusions sur l'efficacité de tels recours qui se limitent plus ou moins à courir d'avocat  en avocat, d'organisation humanitaire en organisation humanitaire, ... Notre principal soutien est l'organisation de la lutte contre la répression sur base des méthodes de lutte de classe. La libération n'est jamais en soi une victoire pour le prolétariat, tout dépend du renforcement de la classe qu'elle concrétise. On ne peut séparer la libération de la méthode utilisée. Le résultat est déterminé par la pratique utilisée qui donne toute son ampleur à la libération des prisonniers. La libération n'est pas le but ultime de la lutte, mais n'en constitue qu'un jalon, qu'une concrétisation, à un moment donné, de la solidarité de classe (qui, du reste, peut être récupérée par la bourgeoisie, cf. l'amnistie, si le prolétariat ne reste pas vigilant). Concrètement, la première tâche est de briser le mur du silence de la bourgeoisie, casser les mensonges étatiques et la propagande "anti-terroriste" qui assimilent les actions de classe à du gangstérisme. Cela signifie faire circuler entre les groupes, par la presse révolutionnaire, les informations, les manifestes, les appels à la solidarité concernant les militants prolétariens emprisonnés; appuyer les actions de résistance des détenus contre la répression en organisant la solidarité avec les mouvements se déroulant à l'extérieur. La moindre des choses, alors que les prisonniers doivent se taire et se nier face à leurs juges et bourreaux, est que l'organisation révolutionnaire défende leurs actions devant la classe. C'est parce que les organes prolétariens soutiennent les actions de classe des prisonniers que ces derniers peuvent se taire devant la justice, encourir moins de risque et garder la confiance dans la lutte pour la destruction de toute violence de classe.

La quasi- inexistence d'une vie de classe contre la répression en période de calme social, ne peut en aucun cas servir de prétexte pour soutenir des campagnes démocratiques ou constituer des front avec des organisations bourgeoises qui revendiquent la défense légale des prisonniers. Ce serait condamner toute perspective future à la lutte. En période d'affrontement social ouvert, des organes de lutte contre la répression surgiront dans lesquels les communistes agiront pour y développer les méthodes de lutte propres au prolétariat --action directe, terrorisme vis-à-vis des tortionnaires, ...--. Pour exemples, les résistances, luttes des détenus dans plusieurs prisons au cours de ces dernières années: occupations successives des toits des prisons en France, grèves de la propreté et de la bouffe en Espagne et Italie, émeutes, grèves, affrontements et chahuts généraux contre la torture et les conditions de détention en Italie, sièges des prisons et libérations par la force, contre l'amnistie, des prisonniers en Argentine (en 1966 à la prison Villa Devoto) et dernièrement en Bolivie, au Pérou, au Pakistan, ..., libération par la force de prolétaires à Naples, qui, emprisonnés pour avoir participé activement aux importants mouvements de lutte consécutifs au tremblement de terre, ont été libérés par une mobilisation dont le mot d'ordre central, anti- démocratique, était : "Nous sommes tous subversifs", et encore de nombreuses luttes dans les prisons en Turquie, en Iran et en Irak dont nous n'avons eu que de faibles échos, ... Qu'à titre personnel, des militants communistes soient contraints d'entretenir des liens avec des instances de l'Etat et/ou que des démocrates bourgeois se chargent de sauver la vie de tel ou tel militant, nul révolutionnaire ne peut s'y opposer; mais que des "révolutionnaires" paient le prix de leur libération en abandonnant la lutte et en rejoignant les rangs de leurs tortionnaires, cela est inadmissible et établit une limite au-delà de laquelle parler de lutte de classe et de solidarité signifie : solidarité bourgeoise, défense de l'intérêt de la classe bourgeoise. Si nous devons avoir recours à la démerde individuelle pour nous sortir de certains guêpiers, nous ne sommes pas moins militants et nous ne nous organisons pas pour prôner la démerde individuelle comme méthode de lutte; au contraire, cela reviendrait à briser toute la pratique de solidarité de classe. Le fait d'agir ensemble, consciemment et volontairement dans une même perspective sociale, contient par essence l'affermissement de liens de solidarité entre ceux qui agissent dans ce mouvement: la solidarité de classe est le lien propre autour duquel les prolétaires s'associent et s'unissent. Notre solidarité n'a rien à voir avec cet apostolat, cet idéal bourgeois où la manne du dieu Capital réunirait toutes les choses. La solidarité est le rapport dialectique du militant communiste avec le mouvement révolutionnaire. Un militant emprisonné qui ne donne pas d'informations à ses bourreaux sur ses camarades le fait par solidarité avec la lutte qui dépasse son existence personnelle; nous qui, du dehors, organisons la solidarité avec ce camarade, nous le faisons parce que sa vie porte le mouvement plus loin, parce que le mouvement qui se développe signifie pour ce camarade, la vie. Si des milliers de kilomètres nous séparent, si nos appels ne peuvent traverser les murs des prisons, c'est une tâche vitale de soutenir, de défendre, en tant qu'expressions de la vie de la classe, les moindres résistances des prolétaires au sein des prisons. Si, pour les bourgeois, le refus de collaborer, de passer dans le camp des délateurs, des flics, équivaut à du fanatisme et/ ou de l'héroïsme, notre tâche est de briser le mensonge, de soutenir nos camarades que les tortionnaires apprêtent en martyrs, en dénonçant l'oppression de classe qui s'abat sur tout le prolétariat à travers les persécutions de certains de ses membres, en revendiquant la résistance des prisonniers comme une contribution de classe pour la réalisation du programme impersonnel de la révolution. "Il y a évidemment deux versions du héros, la nôtre et la leur. Le combattant de la masse, anonyme et oublié par l'histoire, s'engage dans la guerre civile pour des revendications de sa classe, étant mû par l'égoïsme collectif, c'est-à-dire le besoin de promouvoir de façon utilitaire ses propres conditions économiques. Il arrive avant d'avoir adhéré à une école philosophique et sans avoir passé son examen de licence, c'est-à-dire avant d'avoir été baptisé dans la nouvelle confession, à dépasser son instinct de conservation, en risquant sa peau. Ce n'est pas un soldat, mais un volontaire inconnu de la révolution. Ce manieur de trique ou de fusil est entraîné dans l'action commune avant d'avoir eu connaissance des règles d'attribution des pensions aux orphelins des tués et de la médaille commémorative; oublieux de lui-même d'abord, il sera ensuite oublié de tous en tant que personne." (Fantômes à la caryle - Il Programma Communista - 1953)

Des exemples de la solidarité organique qui est forgée dans le mouvement communiste, abondent, notamment dans l'histoire de la fraction de la gauche italienne (cf. Bilan). Sans les actions de solidarité que des "Calligaris", militants communistes persécutés et enfermés dans les goulags de l'Etat russe pendant l'entre- deux-guerres, faisaient au mouvement révolutionnaire, en refusant de dénoncer des camarades aux policiers de Mussolini, prix de leur libération exigé par les staliniens (qui voulaient faire passer les opposants communistes à "l'Etat ouvrier" pour des collaborateurs avec les fascistes), c'est tout l'héritage fondamental transmis grâce au travail des fractions de la gauche communiste qui, sinon, aurait été amoindri, compromis. C'est cette communauté d'intérêts historiques qui unit les communistes par delà les murs des prisons, les frontières et les générations, qui fonde la solidarité de classe qu'aucune force étatique ne parviendra jamais à totalement détruire. C'est l'existence de cette force unique, notre volonté de la développer, qui nous permet de rejeter toutes les contrefaçons que nous présentent l'Etat et ses fronts démocratiques "contre" la répression. Sur le terrain de la démocratie, aucune solidarité prolétarienne ne peut prendre racine. L'Etat ne tolère aucune autre communauté que la sienne où l'homme n'est que ce qu'il apporte, que comme valeur à échanger et les prisonniers qu'il se charge de libérer, que ces statuts protègent, ne comptent que comme monnaie d'échange, que comme faire- valoir. L'exemple de P"C" marxistes- léninistes dénonçant aux flics, les "terroristes", les "insoumis", ... pour payer leurs militants, est une pratique courante et ce sont les mêmes progressistes qui, corollairement, organisent et soutiennent les fronts démocratiques "contre" la répression où le comble est qu'ils receuillent parfois l'appui de ceux qu'ils ont contribués à enfermer. Ce terrain, où les comptes de la "solidarité" se règlent avec du plomb et de la mitraille (cf. les règlements de compte qui jalonnent l'histoire des fronts de libération nationale, de résistance, ... qui n'ont rien à apprendre des fascistes qu'ils combattent, des tortionnaires qu'ils remplacent en ce qui concerne les méthodes de torture, d'emprisonnement, de liquidation, d'assassinat, ...) nous le laissons entièrement au capital, aux charognes progressistes qui ne se serrent les coudes que pour détruire, isoler les militants prolétariens qui dénoncent leur collusion avec l'Etat bourgeois. La prison est un outil de destruction et de dislocation du mouvement révolutionnaire. Nous devons nous organiser pour y échapper mais aussi pour y soutenir toute expression de la vie de la classe ouvrière. En dehors et contre les campagnes des fronts démocratiques, renforçons, diffusons, préservons, développons toutes les contributions théoriques, organisationnelles, pratiques qui enracinent la solidarité de classe. Dès à présent des prolétaires combatifs et des militants sont emprisonnés: notre tâche est d'organiser la solidarité, nos tâches sont de préparer la riposte ouvrière aux  attaques de la répression.

"Proudhon puise son idéal de 'justice éternelle' dans les rapports juridiques qui ont leur origine dans la société basée sur la production marchande, ce qui, soit dit en passant, fournit agréablement à tous ces petits-bourgeois la preuve que ce genre de production durera aussi longtemps que la justice elle-même. Ensuite, dans cet idéal, il prend son point d'appui pour réformer cette société et son droit. Que penserait-on d'un chimiste qui, au lieu d'étudier les lois des combinaisons moléculaires et de résoudre sur cette base des problèmes déterminés, voudrait transformer ces combinaisons d'après les 'idées éternelles' de 'l'affinité' et de la 'naturalité'?" Marx - Le Capital.


CE18.2 Les prisons contre le prolétariat