Introduction:

     Nous publions ici un texte fondamental, dense et difficile, produit du travail révolutionnaire d'une période difficile : Août 1939.

Ce texte signé par Verseci (pseudonyme d ' Otto Perrone, principal dirigeant de la fraction de la gauche communiste d ' Italie, décédé en 1957 à Bruxelles) a été publié dans le numéro 5 de la revue "Octobre"

-organe mensuel du Bureau International des fractions de la gauche communiste - qui faisait suite à la revue BILAN dont nous avons déjà publié un certain nombre de textes. Le texte de Verseci touche de nombreuses questions essentielles pour le mouvement révolutionnaire d'hier comme d ' aujourd ' hui:

- la critique de la démocratie jusque dans ses ultimes retranchements : la démocratie ouvrière

- la question de la violence conçue non comme une question en soi mais comme "subsidiaire", comme déterminée par la classe qui l ' utilise

- la problématique de la période de transition

-         la problématique de la restauration " de l'intérieur" du capitalisme en URSS

-         la définition dynamique, non sociologique de la classe ouvrière, …

Sur chacune de ces questions clés, Verseci trace des pistes, tire des leçons des expériences ouvrières, critique les idées dominantes au sein même du mouvement communiste pour affirmer toujours plus clairement le programme révolutionnaire du prolétariat.

 

         De la leçon fondamentale de la défaite des mouvements révolutionnaires des années 1917 - 1923 :

             "Le capitalisme ne put sauver son régime que par le plein épanouissement du mécanisme démocratique (…) . Aux masses qui envahissaient les rues, la bourgeoisie offrit en pâture la revendication de la démocratie qui était d ' autant plus alléchante pour les prolétaires que toute une époque du mouvement ouvrier s ' était déroulée sous le signe d ' une identification de la démocratie et du socialisme"

Verseci tire la conséquence programmatique fondamentale :

              " L ' idée de la dictature prolétarienne s ' altère dans sa substance si elle se conjugue directement ou indirectement avec le principe démocratique"

et de critiquer Lénine :

                " L ' idée de dictature, contrairement à ce que pensait Lénine, ne s ' oppose nullement à l ' idée de démocratie. Il y a par contre

 

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une concordance absolue entre les deux termes".

Déjà au sein de BILAN de nombreuses contributions avaient poursuivi la critique impitoyable du " principe démocratique" commencée dès les années 192O par Bordiga (1) mais avec le texte que nous republions ici, cette critique se prolonge par la liquidation du trop fameux mythe de la démocratie ouvrière. Si il semble relativement acquis parmi les "révolutionnaires" qu'il nous faut détruire la démocratie "bourgeoise" la substance même de la démocratie - l ' unification des hommes atomisés soumis au capital et à son Etat, au sein d ' une communauté non - humaine ; impliquant la négation des classes et donc de leur antagonisme - assimilée à la dictature du prolétariat ( dictature du prolétariat = démocratie ouvrière ) entraîne irrésistiblement non pas la constitution de la communauté humaine mondiale mais la restauration du capitalisme sous un couvert " ouvrier" ou " socialiste".

        "Staline a pu (…) remporter son triomphe en faisant fonctionner en plein la démocratie au sein du parti lors des luttes contre l ' opposition en 1926 / 1928" ( Octobre )

La démocratie " ouvrière " ne fait en effet que poursuivre, que prolonger toutes les médiations du capital ( entre la politique et l ' économie, l ' homme et la société… ) en remplaçant le culte du parlement, des libertés des individus atomisés, par celui , identique quant au fond, des " soviets démocratiques ", des " syndicats libres ", de " l ' ouvrier atomisé ", etc. Au mythe a - classiste du peuple, de la nation, version démocratique " bourgeoise" correspond celui tout autant a - classiste  des "ouvriers sociologiques", de la "majorité exploitée" etc. version démocratie "ouvrière". L' addition de l ' adjectif " ouvrière" à la réalité de la démocratie, à sa liaison historique à la marchandise, à la production marchande et donc à la loi de la valeur, ne change pas d ' un iota la substance de la démocratie ; cette addition ne sert en fait qu ' à essayer, une fois de plus de faire passer la réalité capitaliste sous un vocable " ouvrier" de nous faire avaler le plat bourgeois avec une sauce " ouvrière ".

      " La démocratie apparaît donc comme un moyen de concilier les contraires, comme la force politique la plus apte à unir ce qui a été divisé. Elle représente la conciliation entre la vieille communauté disparue et la société nouvelle. La mystification réside dans l ' apparente reconstruction d ' une unité perdue " ( Le Communiste n° 9)

 

cette définition reste entièrement valable, même pour la démocratie " ouvrière". La dictature du prolétariat aura, au contraire, comme tâche et comme moteur l ' émergence d ' une réelle communauté humaine d ' une force totalisante et totalitaire, rejetant donc toute médiation et qui, en s ' affirmant toujours plus fortement, fera de plus en plus dépérir le semi - état ouvrier.  (2)

De même qu ' il entame l ' attaque du concept de démocratie " ouvrière ", Verseci développe, dans ce texte, même embryonnairement, une définition fondamentale non - sociologique et non  - statique

de la classe ouvrière :

         " L ' idée de la classe est, par sa nature même, dynamique et non statique : l ' origine ne préjugeant nullement de l ' évolution ultérieure quant aux individualistes qui la composent "

Comme nous l ' avons développé dans d ' autres textes , la caractéristique fondamentale de la définition de la classe ouvrière, du prolétariat est son projet politique, son programme révolutionnaire.

 

( 1) cf. notamment le texte " L 'Etat démocratique" republié dans le Communiste n° 12. Nous renvoyons également le lecteur intéressé à cette question centrale de la critique de la démocratie à nos textes : Fasciste ou antifasciste : la dictature du capital c ' est la démocratie" dans Le Communiste n° 9 ainsi que " Contre le mythe des droits et des libertés démocratiques" dans Le Communiste n° 10 / 11.       

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   " La détermination essentielle à la lutte du prolétariat pour détruire le capitalisme est son programme révolutionnaire, c' est le communisme." ( " Communisme et parti" dans le Communiste n° 15)

 

C' est cette définition fondamentale, en rupture avec l ' ouvriérisme, avec l ' économisme et en liaison avec la nécessaire constitution en parti que Verseci défend.

      " La définition de la classe ouvrière, la seule valable à notre avis, porte donc sur les éléments idéologiques ( nous utiliserions le terme politique NDLR) qui en forment l ' ossature constitutive et qui, jaillissant de l ' évolution historique, ne peuvent être qu ' en voie de constante progression."

 

De cette définition politique  de la classe ouvrière ( le prolétariat est révolutionnaire ou il n ' est rien ! ) , Verseci attaque à juste titre l ' usage en soi de la violence, la violence non - définie préalablement d ' un point de vue de classe, la violence vue comme unique délimitation entre bourgeoisie et prolétariat. Dans leur polémique contre le social - pacifisme de Kautsky, Lénine et Trotsky ont, comme le dit Verseci, tordu la barre, en faisant de la violence ( comme plus tard des socialisations) l ' élément distinctif entre révolution et contre - révolution. Or, si le marxisme a toujours revendiqué ouvertement l ' usage de la violence, de la terreur et même du terrorisme, cet usage n ' est jamais conçu comme une "garantie en soi" comme la panacée; au contraire l ' usage de la violence est une conséquence imposée par notre ennemi et est " subsidiaire"( comme le dit le texte) à notre projet social , à notre programme qui lui seul, dans sa totale application peut nous garantir la victoire. (cf. notre texte : " Critique du réformisme armé" dans cette revue). Cette critique de Verseci aux pratiques des bolcheviks dépasse de loin la question même de la violence et touche une question essentielle de méthode, à savoir qu ' aucune mesure tant économique que politique ou juridique… ne peut être conçue en soi comme révolutionnaire et pire encore comme "socialiste". C' est là l ' origine même de la conception de la " construction du socialisme en un seul pays" chère à Staline ( mais commune à beaucoup de bolcheviks !). Comme l ' explique le texte, le fondement de la dictature du prolétariat est bien plutôt sa capacité à détruire dans tous les domaines le capitalisme, la loi de la valeur tout en développant de façon "constante les conditions de vie des travailleurs". C ' est ce qui amène Verseci à envisager la problématique de la période de transition d ' une manière fort intéressante. Il ne s ' agit en effet pas pour lui de chercher les garanties du triomphe de la révolution dans le principe démocratique, dans l ' usage en soi de la violence ni dans telle ou telle mesure de socialisation car le capitalisme peut lui aussi, évidemment très bien s ' accomoder du principe démocratique ( et pour cause !), de la violence ( anti - ouvrière ) et même nous l ' avons vu dans de multiples exemples, des socialisations, étatisations, nationalisations ( c 'est bien en effet là sa tendance historique) . C' est pourquoi le texte d ' Octobre insiste très justement sur la nécessité à tout moment de poursuivre exclusivement des objectifs prolétariens antagoniques aux

 

(2) Nous reviendrons prochainement dans le cadre de la critique de la démocratie , à cette question de la démocratie " ouvrière" point culminant de tout le mythe démocratique. Ses défenseurs présentent la démocratie " ouvrière " comme un concept pur, comme la démocratie idéale , comme la démocratie "bourgeoise" moins ses aspects terroristes, dictatoriaux…En ce sens, la démocratie " ouvrière " représente le pôle le plus positif de la dictature capitaliste ( de la même manière que le pôle richesse s ' oppose à celui pauvreté ) niant en cela la totalité que représente cette dictature, à savoir la production / reproduction de la valeur sur base de l ' esclavage salarié. Dès que le mouvement communiste commence à détruire la loi de la valeur ( période de la dictature prolétarienne), il commence à détruire le fondement même de la démocratie ( y compris celle "ouvrière" ) : la séparation entre l ' homme et sa production, entre l ' homme et lui - même.

  

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lois de l ' accumulation capitaliste. La défense de cette perspective passe, pour Verseci, par la nécessaire autonomie d ' action des organes prolétariens ( tant du parti que de ceux qu ' il appelle " syndicats" ) afin de maintenir la perspective communiste. Cette position provient en droite ligne de l ' analyse qu ' il effectue de la " dégénérescence du pouvoir prolétarien en URSS" où le capital a pu se redévelopper " sans que pour cela l ' assiette juridique et économique ait été modifiée ". Et si aujourd ' hui, nous considérons son analyse de la "dégénérescence" et des conséquences pour la période de transition comme faible et limitée ( par exemple il voit la réapparition du capital en URSS -a- t - il jamais disparu ! ? - sans celle de sa personnification : la bourgeoisie. Ce qui matérialise encore une concession à l ' idéologie trotskyste de la "bureaucratie") il n' empêche que  l ' ensemble des questions posées dans cette contribution, même sous leur forme " d' idées lancées" , "de thèses" touchent d ' un juste point de vue de classe toute la problématique complexe de la dictature du prolétariat pour l ' abolition du travail salarié ( 3 ) . C' est cette immense richesse de contenu que nous voulons mettre ici à la portée de nos lecteurs alors que trop souvent ce type de texte reste soumis à la critique rongeuse des souris.

 

( 3 ) Nous comptons prochainement toucher, par une série de textes , l ' ensemble de ces questions au départ d ' une analyse critique de la non - destruction des rapports de production capitalistes en URSS malgré la victoire de l ' insurrection prolétarienne d ' octobre 1917.

 

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LA DICTATURE DU PROLETARIAT

ET

LA QUESTION DE LA VIOLENCE

Les situations régissent non seulement l'évolution de la lutte entre les classes, mais conditionnent aussi le degré de maturation idéo­logique du prolétariat et l'inventaire qu'en font nos maîtres. Cette loi ne connaît pas d'exception et ainsi que nous avons déjà eu l'oc­casion de le mettre en évidence, le génie prolétarien est celui qui, en cristallisant la position centrale autour de laquelle les situations évoluent, permet au prolétariat de révéler à lui‑même l'objectif de la lutte à mener et l'organisme pouvant le conduire à la victoire.

Lors de la première vague révolutionnaire qui déferla dans le monde, immédiatement après la guerre de 1914/1918, le Capitalisme ne put sauver son régime que par le plein épanouissement du mécanisme démocratique. Il se garda bien de recourir à la violence bien que d'un point de vue technique, cette possibilité ne faisait nullement défaut, la guerre ayant laissé un héritage précieux d'entraînement militaire. Aux masses qui envahissaient les rues, la Bourgeoisie of­frit en pâture la revendication de la démocratie qui était d ' autant plus alléchante pour les prolétaires que toute une époque du mouvement ouvrier s'était déroulée sous le signe d'une identification de la démo­cratie et du socialisme.

L ' oeuvre de falsification de la pensée de Marx que développent Kautsky et, à sa suite, les social ‑ démocrates de tous les pays, pou­vait bien s'alimenter de nombreuses citations de Marx et d'Engels qui, en faisant la critique du régime capitaliste, avaient souvent mis en évidence que ce dernier sert les intérêts de l'infime minorité de la classe des capitalistes au détriment de ceux de l'immense majorité des travailleurs.

La réponse que Lénine fit à Kautsky ne pouvait pas dépasser les cadres de la maturation idéologique du prolétariat, ce qui apparut clairement dans les problèmes fondamentaux autour desquels la polémi­que se centralisa. Voici la définition que Kautsky donnait de la dictature : "Littéralement le mot dictature signifie suppression de la démocratie". A quoi Lénine ripostait , "La dictature est un pou­voir qui s'appuie directement sur la force et qui n'est soumis à au­cune loi". Et, examinant la différence existant entre la dictature capitaliste et la dictature prolétarienne, Lénine montrait que la der­nière représente un progrès gigantesque par rapport à la démocratie bourgeoise car elle détermine les conditions pouvant épanouir la démo­cratie des travailleurs. Le livre de Lénine : "La révolution proléta­rienne et le renégat Kautsky" s'inspire entièrement de l'idée que la démocratie bourgeoise est une mystification, alors que la démocratie prolétarienne est la seule réelle. L'opposition elle‑même entre l'as­semblée constituante et les soviets est toujours placée sur le terrain de la démocratie dont les soviets seraient une incarnation bien plus avancée.

 

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Nous trouvons aussi des pages magistrales destinées à réfuter "la phrase hypocrite" sur la démocratie pure. Mais cela n'empêche que le périmètre au sein duquel se déroule le débat théorique reste celui qui avait contenu l'évolution de la pensée socialiste jusqu' à la guerre de 1914 . Kautsky disant que les bolcheviks avaient porté atteinte à la démocratie, Lénine répondant qu'ils avaient réalisé, par contre, les conditions pouvant en assurer l'épanouissement.

Pour Kautsky, il ne s'agissait évidemment pas de devenir l'a­pôtre de la démocratie en général, mais surtout de prouver que les bolcheviks, en recourant à la violence, avaient commis un sacrilège contre la doctrine marxiste, la violence étant en opposition irréduc­tible avec l'idée de la démocratie.

Quand on songe qu'en 1918/1920, le Capitalisme put sauver son régime en ouvrant toutes les écluses de l'appareil étatique pour y faire pénétrer les flots de l'indignation ouvrière et que les sentinelles avancées de la contre‑révolution ne furent pas fournies par les  droites bourgeoises mais par les gauches social ‑ démocrates, l'on com­prendra facilement que Lénine fut amené à axer sa réponse à Kautsky sur l ' inévitabilité et la nécessité de l'exercice de la violence pro­létarienne. La doctrine sur l ' Etat devait s'en ressentir. De l'in­discutable nécessité de la violence allait résulter l'idée que cette violence pouvait devenir un procédé normal de la gestion de l ' Etat prolétarien puisqu'elle était mise au service de la classe ouvrière.

Lénine cite le passage suivant d ' Engels : "Puisque l ' Etat n'est qu'une institution transitoire dont il faut se servir dans la lutte, dans la révolution, pour abattre ses adversaires, c'est un pur non‑sens que de parler d ' Etat populaire libre : tant que le prolétariat a be­soin de l ' Etat, il en a besoin non pas pour sauvegarder la liberté, mais pour écraser ses adversaires; lorsque le moment est venu de par­ler de liberté, l 'Etat comme tel cesse d'exister". Mais Lénine ne mettra pas l'accent sur le fait qu ' Engels délimite les fonctions dites dictatoriales à la lutte contre les adversaires et ira jusqu'à nier qu'elles soient nécessaires pour la sauvegarde de la liberté des pro­létaires. On sait que même à l'époque de Lénine, l'identification fut souvent faite entre l'adversaire et la position adoptée par tel ou tel autre courant agissant au sein du mouvement ouvrier. D'où il résultait que la sauvegarde de la liberté des prolétaires ne pouvait être assurée que par l'exercice de la violence répressive.

 

Nous avons indiqué en quels termes centraux se déroulait la polémique Kautsky ‑ Lénine, quant à la dictature et à l'intromission de l'idée de démocratie et de socialisme, ce qui représentait d ' ail­leurs l'héritage de la phase précédente du mouvement ouvrier.

Nous pensons que les événements ultérieurs et surtout l'involu­tion de l ' Etat soviétique ‑qui a pu devenir l'un des maillons de la domination capitaliste ‑ involution qui n'a même pas nécessité une res­tauration bourgeoise, permettent de gravir un nouvel échelon de la doctrine prolétarienne et c'est à cela que nous nous attelons, tout en étant convaincus de l'insuffisance de notre apport en un domaine si ardu.

Au‑delà de l'opposition entre dictature bourgeoise ‑mensonge démocratique‑ et dictature prolétarienne ‑démocratie réelle, nous pen­sons que l'idée de la dictature prolétarienne s'altère dans sa subs­tance si elle se conjugue directement ou indirectement avec le principe

 

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démocratique. N'insistons pas sur le fait que même dans un régime prolétarien, la démocratie ne  peut être qu'une fiction : la prétendue volonté de la majorité étant viciée par l ' impossibilité absolue, où se trouve la généralité des ouvriers d'assimiler les fruits de travaux d'analyse faits par les dirigeants discutant au sein des assemblées. Afin d'attaquer le problème de front, voyons comment l'idée de dicta­ture se pose  à la lumière des événements survenus et après les travaux scientifiques de Lénine sur ce sujet.

Nous estimons que la définition donnée par Lénine ‑et que nous avons citée plus haut‑ ne peut plus suffire aujourd'hui. Ses éléments constitutifs sont ‑ 1° la justification de la force employée contre la bourgeoisie; 2° l'inexistence de toute loi dans l'exercice de cette force; 3° la filiation nécessairement prolétarienne de la dictature puisque la nature le l ' Etat est prolétarienne.

Pour ce qui est des deux premiers points, il est évident qu'ils ne peuvent se rapporter qu'à la phase limitée de l'éruption révolution­naire et toutes les considérations de Lénine sont pleinement valables, non seulement pour les situations actuelles, mais elles gardent aussi une valeur générale puisqu'elles découlent en ligne droite des princi­pes ayant régi les révolutions de tout temps.

C'est sur le troisième point que portera notre étude.

L'enchaînement : classe prolétarienne ‑ Etat prolétarien (dic­tature du prolétariat) sera parfaitement capable de dégager la voie que le prolétariat doit emprunter si, dans chaque situation, la classe pouvait être représentée en des termes scientifiquement exacts. Par contre, nous nous trouvons devant le fait que s'il est extrêmement facile d'arriver à une définition impeccable quant aux éléments ori­ginaires de la classe, il en est tout autrement en ce qui concerne la configuration de la classe au travers de tous les moments de l'évolu­tion historique.

En effet, si nous savons que la classe prolétarienne surgit d'un mécanisme économique où le producteur est privé d'une partie croissante de la valeur de son travail, nous savons aussi que l'énorme majorité des ouvriers ne se trouve pas ‑ suite à cette situation au sein du mécanisme économique ‑ dans la situation de pouvoir engendrer l'ensemble des positions politiques pouvant les conduire sur le che­min du socialisme. Par contre, le capitalisme peut parvenir à se ser­vir de la majorité des ouvriers qu'il jettera même dans l'extermination de la guerre, sauvegardant ainsi son régime.

Si, au point de vue économique, l'idée de la classe n'est défi­nissable que par ses éléments originaires, il en est de même de l'as­pect juridique du problème. En effet, s'il suffit d'être dépossédé des moyens de production pour ne plus être un capitaliste, cette con­dition ne suffit nullement pour devenir un prolétaire luttant pour le socialisme. La pire racaille contre‑révolutionnaire est justement fournie par les éléments privés non seulement de moyens de production mais encore de la possibilité de travailler (lumpen ‑ prolétariat).

D'ailleurs, si ces deux critères, l'économique et le juridique, avaient vraiment la puissance génératrice qui inspirait le mouvement ouvrier, sous l'effet de la victoire révolutionnaire en Russie, point ne serait besoin d'une dictature prolétarienne ou, tout au moins, elle aurait le simple objectif indiqué par Engels (écraser ses adversaires, non sauvegarder la liberté prolétarienne de briser les manoeuvres visant à rétablir la propriété privée provenant de l'accumulation ca­pitaliste.

L'idée de la classe est, par sa nature même, dynamique et non

 

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statique : l'origine ne préjugeant nullement de l'évolution ultérieure quant aux individualités qui la composent. Rares sont les trahisons du côté de la bourgeoisie et le prolétariat ne peut compter dans ses rangs qu'un nombre infime de déserteurs de la classe capitaliste. Par contre, les traîtres de la classe ouvrière pullulent et ses pires bour­reaux sont justement ceux qui proviennent de ses rangs.

Personnifier la classe ouvrière, c'est identifier la tendance au travers de laquelle elle évolue au cours des différentes situations. Cette recherche est l ' oeuvre du parti de la classe ouvrière, lequel ne fait d'ailleurs qu'exprimer la mission historique du prolétariat visant non à ériger un système social correspondant aux intérêts ex­clusifs de sa classe, mais à la destruction de la société en classes et à la construction de la société socialiste.

La définition de la classe ouvrière, la seule valable à notre avis, porte donc sur les éléments idéologiques qui en forment l'os­sature constitutive et qui, jaillissant de l'évolution historique, ne peuvent être qu'en voie de constante progression. Les éléments économique et juridique ne sont qu'une base de départ; ils représent­ent l'échafaudage de l'édifice que le prolétariat construit pour l'ex­ercice de sa dictature révolutionnaire, la condition sine qua non à réaliser. La socialisation des moyens de production (accomplissement de la tâche économique et juridique du prolétariat) acquiert sa valeur dans le domaine politique, non dans le sens qu'elle légitimera la na­ture prolétarienne de la gestion de l'Etat, mais dans le sens, bien plus limité, qu'elle signifie la destruction de l'appareil de domina­tion de la bourgeoisie. C'est ici que gît la notion centrale de la doctrine de l'Etat, la socialisation pouvant représenter la négation de la classe bourgeoise mais ne suffisant pas à affirmer la classe prolétarienne. Au surplus, c'est uniquement dans le domaine politi­que que nous pouvons trouver les éléments qui nous permettront d'évi­ter que la négation de la classe bourgeoise, réalisée au travers de la socialisation, ne se transforme en une affirmation nouvelle du ca­pitalisme se reconstituant, sans que sa restauration se manifeste nécessairement au travers de la reconstruction de la société sur le principe de la propriété privée des moyens de productions.

On sait que l'idée centrale des bolcheviks sur la gestion de l'Etat partait de la prémisse que la base économique et juridique de l'institution détermine la nature de sa gestion et que, par conséquent le succès de l'édification socialiste dépendait de la victoire constante de l'industrie d'Etat (secteur prolétarien) par rapport à l'écono­mie capitaliste (secteur privé). Mais l'industrie étatique peut fort bien se métamorphoser en capitalisme d'Etat, en une négation brutale de la classe ouvrière, sans que pour cela il soit nécessaire de réaf­firmer le régime bourgeois de la propriété privée. Cette métamorphose se réalise au cours d'une évolution dont le processus s'agence non dans le domaine économique et juridique, mais dans le domaine politi­que et idéologique. Elle découle directement de la thèse qui, person­nifiant le prolétariat en l'Etat, en déduit qu'il faut rendre ce der­nier aussi fort que les circonstances l'imposent pour faire front au secteur privé à l'intérieur et aux impérialismes des autres pays.

La poursuite de l'objectif prolétarien dans le domaine économi­que consiste en une adaptation du rythme de l'accumulation à la pro­gression constante des conditions de vie des travailleurs. La réalisation de cet objectif se heurte cependant à la tendance naturelle de l'Etat à obéir aux lois de l'accumulation capitaliste dont le rythme dépend de la loi de la plus value et de la baisse du capital variable. Il apparaît que nous ne pourrons jamais trouver, au sein du mécanisme, économique, les garanties pour en sauvegarder la gestion prolétarien­ne de l'Etat et qu'il faudra s'en rapporter à l'intervention des

 

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organismes scientifiques de classe des travailleurs, en l'espèce les syndicats.

Par contre, la thèse qui personnifie le prolétariat en l'Etat, comporte, comme conséquence inéluctable, l'idée que la violence acquer­ra la vertu messianique de tout résoudre puisque la compétition se déroulera désormais sur le terrain d'un rapport de force entre les deux classes antagoniques. Lénine en arriva même à considérer que les concessions faites avec la NEP, en 1920, ne pouvaient représenter un danger, car le prolétariat détenait, dans l'Etat, l'instrument pou­vant à tout moment briser le développement de l'adversaire. Bien sûr, cette possibilité existait et elle a pu pleinement se confirmer dans les événements qui ont vu la dégénérescence de l'Etat prolétarien s'ac­compagner non d'atteintes aux socialisations, ni d'une restauration de la propriété privée, mais des succès grandissants des plans quin­quennaux et la disparition, presque totale, du secteur privé dans le domaine économique.

Ce processus de dégénérescence s'est d'ailleurs pleinement accom­modé d'un respect du principe démocratique, car Staline a pu en sui­vant les traces du capitalisme qui, en 1918/1920, uniquement grâce aux forces démocratiques et ultra ‑ démocratiques sauve son régime de l'as­saut révolutionnaire, remporter son triomphe en faisant fonctionner en plein la démocratie au sein du parti lors des luttes contre l'op­position en 1926/1928.

L'enchaînement : classe prolétarienne ‑ Etat prolétarien, dépend de la perméabilité de ce dernier, de la méthode et de la substance propre à la classe ouvrière. Ici, le principe démocratique, qui peut fort bien se concilier avec l'emploi de la violence (comme nous le montrerons par la suite), ne permet nullement de garantir la nature prolétarienne de l'exercice de la dictature. La violence perd ses vertus messianiques et c'est uniquement dans le domaine politique qu'il nous sera possible d'étançonner l'édifice prolétarien créé après la destruction du régime bourgeois.

Centrifuger la classe dans le domaine politique (après en avoir établi les assises dans l'ordre économique et juridique) c'est aussi proclamer d'avance qu'il n'existe aucune matérialisation de l'idée de la classe en formules susceptibles de guider l'exercice de la dicta­ture; c'est aussi affirmer que nous ne pouvons avoir en vue que la tendance au travers de laquelle elle s'épanouit. Contre la configu­ration extérieure du problème, nous ne pouvons avoir en vue que sa substance, les éléments chimiques de la constitution.

 

L'idée de dictature ‑ contrairement à ce que pensait Lénine ‑ne s'oppose nullement à l'idée de la démocratie. Il y a par contre une concordance absolue entre les deux termes. Le principe que la majorité décide comporte, en effet, comme conséquence que si la mino­rité ne s'exécute pas, la violence est parfaitement admise pour faire respecter les décisions démocratiquement arrêtées. De plus, la démo­cratie peut arriver jusqu'à rendre superflu l ' emploi de la violence brutale, la minorité pouvant être dissoute par les procédés de la vio­lence "blanche". Il suffit, à cet effet, que la classe, se servant de toutes les autres institutions à sa disposition (partis, presse, écoles, plaines de jeux, camping,... etc.) parvienne à éliminer l'anta­goniste pour que la dictature existe. Le capitalisme exerce sa dictature du moment qu'il parvient à éliminer le parti de la classe ouvrière. La dictature actuelle de la bourgeoisie des pays démocratiques

 

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peut parfaitement se manifester sous la forme de la plus éhontée exploitation ouvrière ( économie de guerre ) sans que pour cela il y ait un seul prolétaire en prison.

 

  La définition de Lénine de la dictature ( emploi de la force sans loi ) définition qui , au point de vue scientifique est purement instrumentale car elle n ' en indique pas la nature mais l ' expression, se trouve par surcroît incapable d ' expliquer les événements.

 

  Nous pensons que la définition suivante est bien plus appropriée au point de vue scientifique et au point de vue politique : la dictature d ' une classe est la négation de la classe antagonique, qu ' elle se réalise par les procédés de la violence brutale ou par ceux de la violence démocratique.

Le capitalisme réalise sa dictature sur le prolétariat en refoulant la tendance vers la construction du parti de classe. Le prolétariat réalise sa dictature, en dégageant, au cours de toutes les situations, la tendance faisant progresser la constitution du parti de classe, celui - ci étant toujours en voie de constitution et s ' achevant uniquement à l ' aube de la société socialiste. La dictature bourgeoise peut s ' exercer malgré l ' absorption constante de la propriété privée et le triomphe du capitalisme d ' Etat - ou même avec la socialisation des moyens de production.

 

  Le principe démocratique que l ' on voit souvent associé à celui de la liberté, s ' y oppose, par contre, irréductiblement, le premier contenant d ' ailleurs, dans son essence, celui de l ' obéissance et de la contrainte de la minorité. Une des phrases à l ' emporte - pièce qui a cours dans les milieux révolutionnaires, est que la minorité n ' a qu ' à devenir majorité, rien ne l ' en empêchant. Pour que cette phrase ne soit pas une tromperie, il faudrait que les conditions où se trouvent majorité et minorité soient égales, alors que, justement, le vote intervenu consacre l ' inégalité des conditions et entraîne directement l ' emploi de la violence brutale ou de cette autre, bien plus pernicieuse, qu ' est la violence indirecte ou "blanche". Au critère très séduisant - parce qu ' extérieurement matérialisable - du vote, il faut opposer le critère bien plus abstrait que nous retrouvons dans la formule de Rosa Luxembourg: " La liberté, c' est toujours la liberté de celui qui pense autrement". L' expérience nous prouve qu ' au critère démocratique de la solution par vote, l ' on pourrait opposer que ce ne sont jamais les majorités qui ont eu raison, mais les minorités et bien souvent des minorités numériquement insignifiantes.

 

    Nous avons vu que la souche prolétarienne peut engendrer le capitalisme et son triomphe sans que pour cela l ' assiette juridique et économique ait été modifiée. Venons - en maintenant à préciser la notion de la gestion de la dictature où se situe aussi le problème de la violence.

Qu ' il se détrompe immédiatement celui qui escompterait pouvoir appliquer une solution, logiquement impeccable, à une situation forcément contradictoire. " L ' Etat prolétarien est un fléau " disait Engels. Ce fléau nous a portés à la situation actuelle en Russie et, comme conséquence, dans le monde entier au triomphe de la plus abominable exploitation ouvrière au travers de l ' économie de guerre. Dans la période transitoire, la coexistence du prolétariat et du capitalisme rend inévitable la présence, à chaque étape ,du danger que l ' un ou l ' autre groupe agissant au sein du prolétariat , par la parole, la presse ou les armes, devienne le porteur des intérêts de l ' ennemi. Nous avons déjà traité, au point de vue théorique, de l ' erreur consistant à croire que ce " porteur " doive s ' assigner comme but la suppression de la socialisation. Nous avons aussi expliqué que la dictature

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s'affirme et se réalise dans la mesure où elle nie et refoule la clas­se adverse. Il nous sera facile d ' en déduire les conséquences prati­ques. Mais, avant cela, il faut mettre en évidence que si la dicta­ture de la classe capitaliste peut se borner à nier l ' affirmation de la classe ouvrière, (fourvoyer le processus de la formation de son parti) , la dictature prolétarienne ‑ par contre ‑ ne parvient à nier le capitalisme que dans la mesure où elle affirme le prolétariat. Le processus dialectique fait refluer vers la classe conservatrice tout ce qui n'engendre pas la classe révolutionnaire. Celle‑ci, par contre, de par sa nature même de classe révolutionnaire, ne peut pas se borner à  repousser la tendance pouvant manifester le capitalisme. Elle doit se féconder elle ‑ même pour pouvoir être victorieuse. Dans l'évolution sociale de la phase transitoire, le pôle existe pour l'ef­fort de survivance du capitalisme et trouve seulement ses bases pour le prolétariat (évolution de la technique de production permettant la socialisation). Or, la fécondation de la classe prolétarienne signifie aussi épanouissement complet des organismes qui la manifest­ent : syndicats, parti. La condition de leur plein épanouissement réside non seulement dans le fait que mille interdictions ne s'oppose­raient à leur fonctionnement (droit de grève pour les syndicats, liberté de fraction pour le parti), mais aussi que les moyens leur soient octroy­és pour résister à l'inévitable action surgissant du "fléau" qu'est l ' Etat et pouvant conduire à sa métamorphose non vers le dépérissement mais vers le triomphe de son despotisme.

 

Pour ce qui est de la violence, plus particulièrement, si nous ne nous arrêtons pas un instant sur les jérémiades des traîtres au prolétariat ‑ qui, du postulat que la mission de ce dernier est de construire une société d'où la violence sera défïnitivement bannie, tirent la conclusion que le prolétariat doit répondre en offrant sa joue droite au capitalisme qui lui frappe la gauche ‑ si nous reven­diquons hautement le droit pour le prolétariat de recourir à la vio­lence la plus impitoyable dans les moments d ' éruption révolutionnaire où la lutte des classes se manifeste et  se résout par l'emploi des armes, nous affirmons, avec la même énergie, que le rôle de la violence ne peut être que subsidiaire et jamais fondamental.

Ici encore, la substance du problème ne se prête pas à son ex­pression en une formule susceptible de nous guider. En   effet, il est indiscutable que, pour ce qui est de la composition sociale des armées contre ‑ révolutionnaires, nous y trouvons des travailleurs et Lénine avait mille fois raison de rappeler à Kautsky que des ouvriers se trouvaient également dans les hordes versaillaises. Mais le principe marxiste n ' est - il pas le suivant : l ' armée ne comporte - t   ‑elle pas, tout autant que les autres institutions de la bourgeoisie, un antago­nisme de classe qui, lorsque la situation révolutionnaire se présente, est appelé à éclater ? D ' autre part, la position centrale prolétarien­ne n ' est‑elle pas celle qui, à la devise de l ' extermination des tra­vailleurs, oppose celle de leur fraternisation ?

Au point de vue marxiste, le recours à la violence n'obéit évi­demment pas au critère de  la défensive, alors que celui de l'agression devrait être repoussé, mais il dépend des considérations principielles que nous avons indiquées et qui confient à la violence un rôle subsi­diaire. Le degré inférieur de la maturation politique du prolétariat, permettant à un impérialisme de recruter des travailleurs et de les armer, peut évoluer vers la phase supérieure se concluant par la fra­ternisation, non sur la base des énonciations mensongères de la fra­ternité que l ' ennemi mettrait immédiatement à profit pour s'assurer la victoire, mais grâce à la propagande révolutionnaire que les mino­rités au sein de l'armée capitaliste auront la possibilité de dévelop­per à la seule condition que, du dehors, le prolétariat agira dans le sens non de considérer l ' armée  blanche comme un bloc, mais comme un rassemblement de forces antagoniques destiné à se dissocier suivant les deux classes opposées. Voulons nous dire par là que la violence

 

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est à exercer uniquement contre les chefs et que c'est donc la "main tendue" qu ' il faudra présenter au soldat,qui braque   le revolver et ce, parce qu'il s'agit d ' un prolétaire ?

Nous ne songeons nullement à semblable baliverne et considérons l ' inévitabilité que la  première phase de la lutte révolutionnaire, sur le terrain des armes, s ' accompagne d'un heurt qui ne peut être fonction que d'une seule considération marxiste : briser les anneaux qui enchaînent au capitalisme ces travailleurs inconscients ce qui comporte l ' inévitabilité de ''tirer dans le tas''. Mais cette prise de contact violente terminée, c'est uniquement contre la hiérarchie commandant l'armée que le prolétariat peut et doit exercer la violence.

 

D'ailleurs l'histoire de la révolution russe nous prouve que les véritables victoires révolutionnaires, sur le terrain des armes, ont été obtenues en adjoignant au soldat rouge  armé de son fusil, le

propagandiste  révolutionnaire armé de l' explosif représenté par les mots d'ordre que la supérieure évolution politique aura permis au prolétariat russe de formuler pour la lutte tendant à la destruction du régime capitaliste. Cette directive représente à notre avis, la critique que les événements ont fait de la formule bolchevique, suivant­laquelle la nature prolétarienne de l ' Etat conditionnerait la nature prolétarienne de sa gestion.

Nous traiterons, dans un prochain article, de la question de la dictature par rapport aux syndicats, aux soviets et au parti de classe.

Vercesi

 

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"Le capital

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ne produit donc pas seulement du capital, il produit une masse ouvrière croissante, la subs­tance grâce à laquelle il peut seul fonctionner comme capital additionnel. Par conséquent, le tra­vail ne produit pas seulement, sur une échelle sans cesse élargie et en opposition à lui‑même, les con­ditions de travail sous forme de capital, mais le

capital produit sur une échelle toujours croissante les travailleurs salariés productifs dont il a be­soin. Le travail produit ses conditions de produc­tion comme capital, et le capital produit le travail comme moyen de réaliser le capital, comme travail salarié. La production capitaliste est non seulement reproduction du rapport tout court, il en est la reproduction sur une échelle sans cesse croissantes, et, dans la mesure même où, avec le mode de produc­tion capitaliste, se développe la productivité so­ciale du travail, la richesse amoncelée en face de l'ouvrier s'accroît et le domine en tant que capital.

En face de lui s'étend le monde de la richesse, ce monde qui lui est étranger et qui l'opprime, et dans

la même proportion se développent sa pauvreté, sa gêne et sa sujétion personnelles. Son dénuement

correspond à cette plénitude, et l'un va de pair avec l'autre. En même temps augmente la masse de ces

moyens de production vivants du capital : le prolé­tariat laborieux.

Bien qu'elles soient des produits situés aux pôles opposés du même processus, croissance du capital et augmentation du prolétariat constituent un tout."

(Marx ‑ Grundrisse )

 

 

 

 

COUVERTURE DOS:

 

" Bien loin de s ' opposer aux prétendus excès, aux représailles de la vengeance populaire sur des individus haïs ou des édifices auxquels ne sont liés que des souvenirs odieux, il ne faut pas seulement tolérer ces représailles, mais prendre directement en main leur direction."

           (Adresse du comité central de la Ligue des Communistes - 1850)

 

 

" Les communistes savent que ces attentats sont le produit de la lutte des classes et s ' attachent à établir les causes politiques de l ' attentat individuel. Leur attitude politique envers ces derniers ne les amènera jamais à encourager l ' œuvre répressive contre les terroristes, mais à développer la conscience politique des masses, car c ' est dans l ' épanouissement d ' un mouvement prolétarien qu ' il est possible de coordonner l ' éclosion de ces gestes de violence individuelle."

          ( Bilan - bulletin de la Gauche Communiste d ' Italie -1934)


CE17.5 MEMOIRE OUVRIERE : LA DICTATURE DU PROLETARIAT ET LA QUESTION DE LA VIOLENCE - OCTOBRE (1939)