De tous côtés, l'on voit apparaître les rapaces se ruant pour une fois de plus piller, dévorer, dénaturer, falsifier, ... le pro­gramme révolutionnaire, pour en faire une bouillie contre ‑ révolutionnaire infecte qu'ils dénomment "marxisme" : des trotskistes faisant un pèlerinage à travers toute l'Europe (de Trèves à Londres) pour aller porter sur la tombe de Marx quelques ex‑voto en forme de "programmes de transition" jusqu'aux journaux ouvertement bourgeois qui saluent la mémoire de ce "génial penseur", de cet "économiste", "sociologue", "historien", "journaliste", ... dont certaines parties de l ' oeuvre seraient "aujourd'hui encore d'actualité". La palme de la crapulerie récupératrice revient néanmoins à tous les régimes (les deux tiers de l'humanité pourrie) qui se proclament "marxistes", "marxistes‑léninistes", "socialistes" voire "communistes" et qui, du centenaire de la mort de Marx (1883), font un spectacle morbide de plus à la gloire du capitalisme, à la gloire de ce contre quoi Marx a lutté toute sa vie.

De même qu'il se définit par la dictature impitoyable du travail mort, objectivé, sur le travail vivant, par la vampirisation de la vie humaine au profit de la valeur se valorisant, le rapport capitaliste s'exprime aussi au niveau superstructurel par la dictature infâme de cadavres ambulants, momifiés, d'icônes inoffensives présentées aux yeux des masses afin d' exorciser cyniquement leur non - vie, pour encore un peu plus les river au rocher de l'exploitation capitaliste. Au plus le capitalisme s'enfonce (et donc se développe!) dans ses contradictions mortelles, au plus il se représente caricaturalement, affir­mant son image "communiste", "ouvrière", ... qui n'est en fait que la transformation en son contraire du communisme dont le mouvement lui déchire de plus en plus les entrailles, le menaçant toujours plus mortellement. Si, au début de son règne, le simple mot de "communisme" le faisait trembler de peur, au fur et à mesure de son développement, le capital a exorcisé cette peur en se présentant lui ‑ même comme étant non seulement le bonheur incarné, la liberté en acte, ... mais également, la "société enfin humaine", le "communisme réalisé". Le mythe suprême du capital est sa prétention d'avoir, au travers de sa communauté

fictive, la démocratie, réalisé le communisme. Ce mythe est sous ‑ tendu par le fait que c'est le capital lui ‑ même qui a socialisé intégralement la production (et donc la production/reproduction de la vie immédiate en suspens) et qui a donc réalisé le programme du socialisme bourgeois que cela soit sous la forme fasciste, stalinienne ou parlementaire (1). C'est ce capitalisme mondial toujours plus développé, toujours plus contradictoire qui rend chaque fois plus le communisme comme une nécessité historique inéluctable, comme un fait déjà advenu.

 

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Le mouvement du capital voudrait réaliser le communisme (Comme la valeur d ' échange "voudrait" s ' autonomiser totalement de la valeur d'usage) sans se détruire; c'est là son utopie. Seul le prolétariat organisé en classe et donc en parti peut imposer le communisme à  l '  hu­manité en détruisant le capital de fond en comble et en se niant comme classe exploitée ; telle est l'utopie réalisée; tel est le programme du communisme révolutionnaire. C'est seulement le prolétariat consti­tué en classe autonome c'est-à-dire organisé et dirigé par son parti qui est à même de faire basculer la pourriture capitaliste gangrénant toujours plus ce qu'il y a d ' humain dans l'homme, qui est à même de réaliser la communauté humaine mondiale (négation de la négation). L'utopie du capital est donc d'exister sans contradictions, d'exister uniquement en tant que pôle positif, d ' exister sans le parti de sa négation, le parti de sa destruction ,le parti prolétarien (2 ). C'est au nom de cette utopie que le capital va jusqu"à s'approprier privati­vement le cadavre de Marx, rongé depuis longtemps déjà, par tous les vers du réformisme social. Dans le spectacle du capital, la momie de Marx se trouve sur le même autel que Jésus‑Christ ou Gandhi. Tout com­me en Chine où, sur les innombrables affiches Marx a les yeux bridés, la bourgeoise mondiale ne représente Marx que comme une tentative parmi d'autres de réformer  le monde, c 'est ‑ à ‑ dire de le  rendre à la fois plus inhumain et plus acceptable à tous les exploités. A ce Marx, vedette posthume, bien placé dans le hit - parade des idéologies, nous opposons envers et contre tous, le Marx militant, le Marx incarnation modeste et géniale du programme révolutionnaire existant impersonnel­lement avant comme après sa mort.

 

"Le communisme est une force sociale matérielle qui subjugue notre intelligence, capte nos sentiments, et réalise l'union de notre conscience et de notre raison. C'est une chaîne dont on ne peut nous délivrer sans nous briser le coeur. C'est un démon, dont l'homme ne peut triompher qu'en se soumettant à lui." (K. Marx)

 

(1) En ce sens, toutes les variétés de gauchisme qui prétendent réali­ser "les tâches démocratiques bourgeoises", "la socialisation de l'économie", "les nationalisations". etc. sont en retard sur le mouve­ment même du capital. C'est le capital par son mouvement qui a réalisé les programmes réformistes les plus radicaux de ceux des trotskystes aux rêveries gestionnistes les plus osés (cf. Castoriadis, Gramsci, ... jusqu'à Ratgeb/ Vaneigem). Le gauchisme est donc non seulement réactionnaire par rapport au communisme mais en plus, il est rétrograde par rapport au mouvement de la valeur, au mouvement du capital !

(2) Sur la question du parti, nous renvoyons nos lecteurs à notre tex­te "Communisme et Parti" paru dans Le Communiste n°15.

(3) Bien entendu, ce sont des textes aussi fondamentaux que "La ques­tion juive", "Les manuscrits parisiens", 'L'idéologie allemande", "les thèses sur Feuerbach" "Les Grundrisse", "Le 6 ème chapitre", ... qui ont du attendre des décennies pour être enfin publiés, et encore, souvent partiellement et trafiqués. Il a notamment fallu attendre le travail essentiel de republication intégrale des oeuvres de Marx par Riazanov pour voir apparaître ces textes essentiels (travail qui lui valut d'ailleurs de disparaître dans les années 1930, liquidé par Sta­line). A titre d'exemple, les "Grundrisse" ont dû attendre 1939 pour être publiés en allemand, révélant de manière irréfutable la totalité indissociable que constitue l ' oeuvre de Marx alors que tous les marxo­logues d'hier et d'aujourd'hui s'acharnent à la disloquer, la découper, à opposer une partie à une ou plusieurs autres (cf. développement dans la suite du texte).

 

 

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‑‑‑‑‑MARX ET LE POINT DE VUE DU COMMUNISME‑‑‑‑

Tous les thuriféraires de la cause capitaliste présentent et pré­senteront toujours l ' "individu" Marx comme un "penseur" plus ou moins intelligent, comme un "philosophe", un "sociologue", .., casé dans l'une ou l'autre de ces petites catégories bornées appelées sciences. Pour nous Marx est avant tout un militant ouvrier, un combattant acharné et non dénué de critique , de la cause de la libération de l'humanité. Si, au début de son action, Marx passa par le libéralisme démocratique (période du "Rheinische Zeitung" 1842‑1843) et par les grou­pes de la gauche hégélienne (B. Bauer et consorts), il rompit très rapidement avec ces courants de la bourgeoisie radicale pour pleinement adhérer à la cause du communisme, à la cause de la destruction de fond en comble de la "société civile", de la société bourgeoise. C'est au travers de textes fondamentaux tels "La Question Juive" et "Les Manuscrits de 1844" que Marx rompt définitivement avec le point de vue bourgeois de la démocratie et prend entièrement un point de vue prolé­tarien du communisme (3).

"En vérité, l'Etat chrétien parfait ce n'est pas le soi‑disant Etat chrétien qui reconnaît le christianisme comme son fondement, comme religion d ' Etat prenant une attitude exclusive envers les autres religions : c'est plutôt l 'Etat athée   démocratique, l ' Etat qui relègue la religion parmi les autres éléments de la société bourgeoise."

"Chrétienne, la démocratie politique l'est en ce que l'homme, chaque homme y passe pour être souverain, l'être suprême; mais cet homme est le type humain inculte, anti ‑ social, c'est l'homme dans son existence accidentelle, l'homme quotidien, l'homme tel qu'il a été abîmé par toute l'organisation de la société, tel qu'il s'est perdu, aliéné lui ‑ même, c'est l'homme tel qu'il s'est livré au règne des conditions et des éléments inhumains, en un mot, l'homme qui n'est pas encore un être générique réel. La chimère, le rêve, le postulat du christianisme, la souverai­neté de l'homme dont l'être est différent de l'homme réel, tout cela prend dans la démocratie figure de réalité concrète et présente, tout cela y est une maxime profane."(…)

"L'homme ne fut donc pas émancipé de la religion; il reçut la liberté religieuse. Il ne fut pas émancipé de la propriété; il reçut la liberté de la propriété. Il ne fut pas émancipé de l'égoïsme de l'industrie; il reçut la liberté de l'industrie" (La question juive ‑ 1843)

   C' est dans ce texte que Marx jette magistralement, polémiquant contre Bauer, les bases programmatiques de la lutte à mort contre l ' état bourgeois et donc contre la démocratie, position que lui et

Engels , maintiendront durant toute leur vie: "Notre but final est la suppression de tout Etat et par  conséquent de la démocratie"(Engels‑‑­1894 ) . Et, de manière concomitante à ces aphorismes anti ‑ étatiques

et anti- démocratiques, Marx définissait la solution à l'aliénation (extraénisation) humaine (4), la solution à toutes les contradictions qui ébranlent le monde dans lequel nous vivons : le communisme.

 

(4) Sur cette question, nous renvoyons nos lecteurs au texte qui re­place la problématique marxiste de l'aliénation au centre même du programme révolutionnaire : "De l'aliénation de l'homme à la commu­nauté humaine" paru dans Le Communiste n°14.

 

 

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"Il est la vraie solution de l'antagonisme entre l'homme et la nature, entre l'homme et l'homme, la vraie solution du conflit entre l'existence et l'essence, entre l'objectivation et l'affir­mation de soi, entre la liberté et la nécessité, entre l'individu et l'espèce. Il est l'énigme résolue de l'histoire et il en est conscient " (Manuscrits de 1844)

 

Dès cette adhésion au point de vue communiste, l ' oeuvre de Marx s'affirmera toujours plus comme une totalité, comme un tout critique où, s'il développe telle ou telle question, à tel ou tel niveau d'abs­traction, c'est toujours du point de vue de la globalité (dont il fit de multiples plans et ne parvint en fin de compte à produire qu'une infime partie de ce qu'il prévoyait). Le point de vue et la méthode sont les axes centraux que Marx maintint tout au long de son existence. Toute la force de son oeuvre réside donc dans cette totalité, dans l'invariance de sa méthode critique d'investigation (5) toujours mise au service de la dénonciation du caractère transitoire du capitalisme et donc de la venue inéluctable du communisme.

Ce n'est donc pas par "hasard" que toutes les crapules stalinien­nes, démocrates ou autres ont toujours essayé de détruire scientifique­ment la globalité de l ' oeuvre de Marx, d'y voir des contradictions là où n'existent que différents niveaux d'abstraction ou carrément d'op­poser certains passages extraits de leur contexte avec la totalité du travail militant. Telle est entre autres la "fameuse" et fausse "con­tradiction" entre la théorie de la valeur développée notamment dans le livre I du Capital et celle dite des "prix de production" du livre III (publié en fin de compte par Engels‑Kaustky). Encore plus "célèbre" est la polémique au sujet de la pseudo "coupure épistémologique" entre le jeune Marx hégélien utopiste et le Marx mûr sérieux, scientifique et "non ‑ révolutionnaire" (!) ... théorie puante qui valut la notoriété au néo ‑ stalinien Althusser et à toute sa clique de marxologues payés pour découper Marx comme un vulgaire saucisson et pour surtout, faire disparaître de son oeuvre tout contenu subversif ne laissant plus que des "analyses objectives et scientifiques et donc bourgeoises (cf. également les Poulantzas, Mandel, Harnecker, Ellenstein,...) .

L' oeuvre de Marx ne peut être comprise que comme une attaque, une critique de toute la société bourgeoise, ainsi que Marx le disait lui‑même de la publication du Capital, "le plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois" (Marx à J. Ph. Becker ‑ 1867). Et, lorsque Marx prend ainsi pleinement le parti du communisme, c'est également en définissant socialement les hommes qui sont les seuls à même de le réaliser : les prolétaires modernes. C'est donc en concevant le communisme non pas comme l'idéal à atteindre mais comme le mouvement de dissolution de l'ordre établi, mouvement qui se déroule sous nos yeux et en déterminant les hommes contraints de l'im­poser, que Marx effectue la rupture avec les socialistes utopistes (Fourier, Owen, ...) créateurs de systèmes ne parvenant pas à voir le communisme comme un mouvement réel, une force sociale agissante dans la réalité. La définition essentielle de ces hommes, déterminés histo­riquement à imposer par leur violence de classe, le communisme, Marx ne la cherche ni dans la philosophie, ni dans la science, encore moins dans l'économie; il définit le prolétariat par sa fonction historique; il définit le prolétariat comme le fossoyeur du vieux monde, comme la classe qui n'a rien à perdre et tout à gagner. Contrairement aux déli­res ouvriéristes, Marx définit la classe révolutionnaire comme celle qui, dans la réalité est la dissolution de l'ordre établi, qui, par son affrontement toujours plus fort à l'Etat bourgeois, affirme tou­jours plus nettement son caractère subversif et révolutionnaire.

 

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"Une classe aux chaînes radicales, une classe de la société civile, un ordre qui est la dissolution de tous les ordres, une sphère qui possède par ses souffrances universelles un caractère universel, qui ne revendique pas un droit particulier parce qu'on n'a pas commis envers elle une injustice particulière mais l'injustice pure et simple qui ne peut en appeler à un titre historique, mais seulement à un titre humain, qui ne soit pas en opposition unilatérale avec les conséquences mais en opposition globale avec les présuppositions de la forme de l'Etat, une sphère enfin qui ne peut s'émanciper sans s'émanci­per de toutes les autres sphères et par là les émanciper toutes qui, en un mot est la perte totale de l'homme et ne peut se reconquérir qu'à travers la réacquisition complète de l'homme. La dissolution de la société en tant qu'état particulier, c'est le prolétariat." (Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel 1844 )

 

L'adhésion de Marx au communisme n'est donc en rien adhésion à une nouvelle école de pensée, philosophie, religion ou secte. Lors­qu'il adopte le point de vue communiste, et ce jusqu'à sa mort, c'est en comprenant en quoi le communisme est un mouvement existant porté par le prolétariat révolutionnaire (épisode de la révolte des ouvriers silésiens), mouvement qu'il va toujours s'efforcer de diriger, d'orga­niser, de rendre plus fort tant organisationnellement que programmati­quement. En ce sens, l ' oeuvre de Marx est bien avant tout oeuvre de parti, oeuvre de la collectivité impersonnelle qui imposera le commu­nisme. Une fois clairement situé dans le camp prolétarien, Marx va s'attacher à toujours plus nettement préciser ses thèses de départ à les rendre plus solides, plus opérationnelles, et ce, en critiquant impitoyablement tous les éléments qui entravaient la compréhension du monde du point de vue communiste et en premier lieu, les idéologies que s'était forgées la bourgeoisie pour justifier sa domination de classe, qu'elles s'appellent philosophie, religion, histoire ou écono­mie, ... Marx n'est donc pas devenu communiste parce qu'il aurait étudié "scientifiquement et objectivement" les différents aspects de la connaissance humaine mais au contraire, c'est parce qu'il était déjà communiste qu'il a pu démolir de fond en comble toutes les diffé­rentes sciences bourgeoises, qu'il a pu, en démontrant leur caractère borné et transitoire, prévoir la venue d'un monde sans classes, sans Etat, sans argent, ...

"Toute méthode est nécessairement liée à l'être de la classe correspondante."  (Lukacs)

"Le seul point qui distingue vraiment la théorie marxiste, c'est qu'elle représente les intérêts d'une autre classe,

qu'elle a de son caractère de classe une conscience ration­nelle (et non mythologisée sur le mode national‑socialiste

ou fasciste) et le proclame hautement." (K. Korsch) (6)

 

(5) Sur la question essentielle de la méthode nous renvoyons le lec­teur à notre texte "Notes critiques sur le matérialisme dialecti­que" paru dans Le Communiste n°13.

 

(6) Les nombreux ouvrages publiés ou republiés qui prétendent présen­ter la vie et l ' oeuvre de Marx sont pour la plupart vulgarisations, déformations, falsifications ou même des plagiats à la solde de tel ou tel courant bourgeois. Nous retenons néanmoins les ouvrages sui­vants qui se démarquent de la masse de ces productions idéologiques: ‑ "Karl Marx" de Karl Korsch ‑ éditions Champ libre

 

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--- MARX : MILITANT DU PARTI COMMUNISTE ‑‑-

Dans toute l'activité de Marx, théorie et pratique n'ont jamais été que deux expressions à des niveaux d'abstraction différents, d'un même tout organique. Ainsi Marx lui ‑ même est l'expression de cette

totalité que signifie le mot praxis, totalité où l'on ne peut jamais dissocier la théorie de l'action sans dénaturer l'unité que ces diffé­rents termes ne parviennent pas à faire sentir. C'est en ce sens que Marx est avant tout un militant communiste qui appliqua dans tous les aspects de son activité la même méthode pour atteindre le même but:

la libération de l'homme. Comme Marx le dit lui même dans ses thèses sur Feuerbach, rédigées à Bruxelles au printemps 1845 : "La coïnci­dence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou de l ' autotransformation, ne peut être conçue et comprise rationnellement qu ' en tant que pratique révolutionnaire". De la même manière, la vie et l ' oeuvre de Marx, ne peuvent être comprises qu ' en tant que pratique révolutionnaire. Et cette compréhension ne peut être que l ' oeuvre d'individus, groupes, … se situant dans la même ligne que Marx : la

ligne du communisme, la ligne du parti communiste.

 

C'est à cette même période, après avoir constitué avec quelques camarades un "comité de correspondance communiste" (1846) que Marx et Engels adhèrent à la Ligue des communistes. Cette adhésion à la

Ligue est en même temps un combat contre toutes les formes archaïques du communisme (Weitling) et contre les influences des socialistes bourgeois (Proudhon à qui Marx règle le compte dans  "Misère de la phi­losophie" écrit dans cette même période bruxelloise). Très vite, Marx assume au sein de la Ligue une fonction dirigeante, chargé d'en rédi­ger les statuts, le nouveau programme et de complètement la réorgani­ser.

 

Dès l'article 1 de ces nouveaux statuts, Marx affirme clairement le but de toujours des communistes : "Le but de la Ligue est le renver­sement de la bourgeoisie; la domination du prolétariat, l'abolition de la vieille société bourgeoise fondée sur les antagonismes de classe et l'instauration d'une société nouvelle sans classes et sans propriété privée". L'article 2 insiste sur les exigences militantes: "Les condi­tions d'adhésion sont : a) un mode de vie et une activité conformes à ce but; b) une énergie révolutionnaire et un zèle propagandiste; c) faire profession de communisme (…)" (cité dans Le parti de Classe, anthologie de textes de Marx et Engels faite par Dangeville et publiée aux éditions Maspero). Tout le travail de Marx au sein de la Ligue, comme plus tard au sein de l'Association Internationale des Travail­leurs, va donc être de transformer cette organisation "contingente et limitée" en une réelle organisation mondiale de combat pour le commu­nisme impliquant à la fois une rupture avec les vieilles pratiques de secte et avec les conceptions utopistes qui régnaient encore largement

 

-          "Marx et Engels" de D. Riazanov ‑ éditions Anthropos

-          "Karl Marx" essai de biographie intellectuelle de Maximilien Rubel ‑

éditions Marcel Rivière

‑ "Karl Marx" histoire de sa vie de Franz Mehring ‑ éditions sociales. Mais rien ne peut égaler l'étude inlassable des oeuvres complètes de Marx et Engels qui possèdent une telle richesse intrinsèque qu'aucun "résumé", qu'aucune "synthèse", ne parvient à restituer la totalité, que constitue le point de vue marxien sur le monde. Nous ne répétons jamais assez l'importance de l'étude militante régulière des oeuvres  de Marx, chaque jour plus opérationnelles, plus vivantes dans notre lutte contre le capital.

 

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au sein du mouvement ouvrier. C'est afin de mener à bien ces tâches que Marx, après un premier projet d'Engels (cf. le projet de profession de foi communiste rédigé par Engels encore largement emprunt de vieilles formulations utopistes, réédité dans "La Ligue des Communistes", documents constitutifs rassemblés par B. Andréas, publié aux éditions Aubier) accepte de rédiger un nouveau programme pour la Ligue en lui donnant directement un contenu historique d'une importance tel­le que ce texte portera non pas le titre de "Manifeste de la Ligue" mais bien celui éminemment plus fondamental de Manifeste du Parti Communiste (rédigé en 1847 et publié en 1848). En effet, comme nous l'avons déjà souligné dans d'autres articles (7), le manifeste et bien d'autres textes de Marx‑Engels sont directement des textes de parti, des expressions essentielles du programme communiste.

 

Ce programme de la classe révolutionnaire n'est nullement réduc­tible à tel ou tel texte, encore moins à telle ou telle "plate‑forme" d'organisation formelle. Au contraire, le programme communiste vit et s'affirme d'abord en tant que praxis, en tant que mouvement s'affron­tant violemment à l ' Etat bourgeois et dont certains textes expriment de manière plus synthétique et plus totale le but et le mouvement com­munistes. Le programme en tant que totalité invariante ne peut donc aucunement être identifié à ses expressions "théoriques" ou pire enco­re, "écrites". Il forme un tout indissociable et ne peut être compris que comme tel. Le Manifeste du Parti Communiste est en ce sens un  exemple éclatant car il s'affirme directement au‑delà des contingences temporelles et géographiques; il est directement, dans sa globalité, une des meilleures synthèses du programme invariant du mouvement ou­vrier. Mais nul, sauf les idiots, n'oserait limiter les expressions du programme révolutionnaire au seul manifeste de 1847. Encore une fois ici, nous pouvons opposer la praxis de Marx à tous ses épigones forma­listes pour qui, sans un texte appelé "programme" ou pire encore "plate‑‑forme", le mouvement communiste et son organisation en parti ne pourrait exister. Des trois textes fondamentaux "Le Manifeste", "Le Capital", ou "Les Grundrisse", il n'en est pas un qui soit une meilleu­re ou plus complète expression du programme communiste. Chacun de ces textes, comme tous les textes communistes passés et à venir, expriment un certain niveau d'abstraction, un certain niveau de compréhension de la globalité programmatique et sont des expressions plus ou moins dé­veloppées du programme invariant. Ces textes, oeuvres impersonnelles du parti, ont certes des fonctions différentes, "Le Manifeste" étant plus la présentation des positions fondamentales des communistes face à la bourgeoisie alors que "Le Capital", par exemple, est plus la démonstration implacable de la fin catastrophique du mode de production capitaliste et donc de la venue inévitable du communisme, mais tous deux sont d'abord des expressions essentielles et incomparables d'un seul et même programme: celui du communisme.

 

Toute l'histoire du mouvement communiste nous démontre que cer­tains textes, certains individus ou certaines actions... considérés par les marxologues et autres universitaires comme mineurs voire insi­gnifiants recèlent en fait un niveau supérieur de synthèse et de com­préhension tandis que de nombreuses fois, la production de textes se voulant le résumé ou la codification définitive du communisme ne re­présentaient en fait que la formalisation du repli du mouvement ouvri­er, que la cristallisation de positions contre ‑ révolutionnaires. C'est Kautsky (et ses disciples Plékanov,...) qui était considéré comme le "marxiste" orthodoxe, comme le seul dépositaire de la "vérité marxis­te", alors que toutes les expressions authentiquement révolutionnaires étaient dénaturées et rejetées pour "radicalisme", "anarchisme", ... (cf. par exemple, les dénonciations de D. Nieuwenhuis contre la "se­conde internationale" dans "Le socialisme en danger", aux éditions Payot). Plus clair encore sont la chape de plomb qui cache les expé­riences et l'histoire des qauches communistes tant allemande qu ' ita‑

 

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lienne, belge, mexicaine ou indoue ... ou encore les interdits, blâmes et calomnies qui circulent autour de militants communistes, de chefs ouvriers aussi importants, à des titres différents, que Blanqui, Gorter, Miasnikov, Vercesi ou Korsch. Qui oserait prétendre que l'In­ternationale Communiste n'existait pas avant 1928 ! Or, l'I.C. n'a adopté de programme, rédigé par Boukharine pour le VIème congrès mon­dial le 1 er septembre 1928, que lorsqu'il ne fut plus que la formali­sation de toute la dégénérescence de l'I.C., que la cristallisation de toutes les positions contre‑révolutionnaires qui se sont affirmées de plus en plus nettement au fil des congrès.

 

Notre souci ici, n'est pas de négliger à certains moments, l' importance de produire des documents de type "positions fondamentales des communistes" ou de type d'orientation générale; nous voulons sur­tout dénoncer le mythe très répandu qu'une organisation communiste, n'existerait, n'aurait une cohérence et ne s'inscrirait dans la ligne historique du parti que si elle avait (et de préférence préalablement à toute autre activité) un texte sacré appelé "plate‑forme" ou "pro­gramme" essayant ainsi, au passage, d ' assimiler, volontairement ou non, ses positions organisationnelles au programme historique du proléta­riat. Nous, communistes, nous ne nous référons pas exclusivement à tel ou tel texte décrété sacré et devant lequel le prolétariat révolution­naire devrait s'agenouiller, que cela soit le Manifeste, les thèses de Rome ou la plate ‑ forme de l'un ou l'autre groupe formel. Nous nous référons à une totalité organique où chaque expression du mouvement communiste trouve une place en fonction de la manière où elle parvient le mieux à incarner l'arc historique de la communauté naturelle au communisme intégral et ce indépendamment de toute vision immédiatiste, contingente et limitée. C'est parce que ce sont de réels textes de parti, que les écrits de Marx dont le Manifeste sont aujourd'hui tou­jours plus un Guide pour notre action. Mais déjà Engels mettait les lecteurs en garde contre les insuffisances du Manifeste et il est de notoriété publique que Marx, après l'expérience de la Commune de Paris, indiqua la nécessité de changer la formulation de "conquérir l'Etat démocratique" par l'exigence de la destruction de fond en comble.

 

"La Commune a démontré que la classe ouvrière ne peut se conten­ter de prendre la machine de l'Etat et de la faire fonctionner pour son propre compte (...) De même, si les remarques sur la position des communistes en face des autres partis. d'opposition (chapitre IV) sont encore aujourd'hui exactes dans leur principe leur exposé est aujourd'hui vieilli parce que la situation po­litique s'est totalement modifiée, et que l ' évolution historique a fait disparaître la plupart des partis qui s'y trouvent énumé­rés. Cependant le Manifeste reste un document historique que nous ne nous sentons plus le droit de modifier." (Engels ‑ préface de 1888 à l'édition anglaise du Manifeste)

Ainsi, avec le Manifeste, se trouvent pour la première fois ex­posées de manière globale et synthétique, les positions fondamentales des communistes. Marx ‑ Engels ne feront durant toute leur vie non seu­lement qu'approfondir, expliciter, développer, ... les lignes de force

 

(7)"De la même manière, Marx et Engels ont synthétisé magistralement le programme communiste dans le célèbre Manifeste de 1847 qui, s'il était commandé par un "parti" formel ‑‑la Ligue des Communistes‑‑, a une validité, un contenu qui dépasse tellement largement le cadre restreint du petit groupe de militants communistes, que personne au­jourd'hui n'oserait réduire la portée universelle du Manifeste au sim­ple programme de la Ligue. Le Manifeste est directement oeuvre de parti "dans sa large acception historique" (repris de "Communisme et Parti" dans Le Communiste N°1S).

 

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tracées dans ce texte, mais à tout moment, ils essayeront, dans la mesure du possible, de diriger les forces qui pratiquement sont historiquement déterminées à réaliser la révolution communiste. Comme le

dit le Manifeste: "Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier leurs conceptions, leurs buts, leurs tendances et qu ' ils opposent aux légendes du spectre communiste un manifeste

du parti lui‑même." 

Chaque fois que s'ouvrait une période révolutionnaire, Marx essaya d'organiser, de diriger le mouvement que cela soit lors des mouvements de 1848 (cf. Les luttes de classe en France) où Marx paya à plusieurs reprises de sa personne ou plus tard lors de la fondation en 1864 de l'Association Internationale des Travailleurs plus connue sous le nom de  1 ère Internationale qui reprit comme mot d'ordre cen­tral la sentence du Manifeste: "Prolétaires de tous les pays, unissez - vous!" et qui fut considérée à juste titre comme l'instigatrice, la direction politique réelle de la Commune de Paris de 1871 (alors que sa direction formelle ‑‑le comité central de la Commune‑‑ louvoyait, oscillait entre les intérêts ouvriers et la capitulation face à l'ennemi; cf. notre texte "Quelques leçons de la Commune de Paris" dans Le Communiste n°15). Par contre, Marx profita chaque fois des périodes de recul, des périodes où la contre ‑ révolution dominait totalement (par exemple de 1850 à 1864) pour approfondir les bases programmati­ques du mouvement quitte à se retrouver à contre‑courant des organisations formelles encore existantes. C'est cette position à contre ­courant qu' Engels exprime violemment dans une lettre à Marx:

"Comment pourrions nous être d'un "parti" nous qui fuyons comme la peste les postes officiels ? Que nous chaut un "parti" à nous qui crachons sur la popularité, à nous qui doutons de nous -­ mêmes dès que nous commençons à devenir populaires ? Que nous chaut un "parti" c'est‑à‑dire une bande d'ânes qui ne jurent que par nous„parce qu'ils nous tiennent pour leurs semblables ? En fait, ce ne sera pas une perte, lorsque nous ne passerons plus pour être "l'expression exacte et conforme" de cette meute bor­née à laquelle on nous a associés toutes ces dernières années." (Engels ‑ cité dans Le Parti de Classe ‑ Tome II)

 

Quelle saine vigueur classiste que ce passage, crachat à la gueu­le de tous les pseudo ‑ partitistes, défenseurs avant tout du fétichisme de l'organisation formelle et quelle affirmation du nécessaire travail de parti, travail obscur et impopulaire, le plus souvent parsemé de critiques et de calomnies lancées par tous ces messieurs qui cherchent avant  tout à se faire une place. Dans la pratique de Marx se trouve intimement inscrite sa compréhension fondamentale des tâches que doi­vent assumer en permanence les  communistes : à la fois les tâches d'affirmation / approfondissement du programme révolutionnaire et à la fois,«lorsque les conditions matérielles le permettent, les tâches d'organisation, de direction des mouvements qui se déroulent sous nos yeux. C'est pourquoi, lorsque le mouvement battu, règne la contre - ­révolution, Marx a chaque foi  été moteur de la dissolution des orga­nisations formelles (La Ligue, l'A.I.T.) avant que celles‑ci ne pas­sent à la contre ‑ révolution et ce, sans pour cela abandonner en aucu­ne manière le travail de parti. Alors que lorsque se développait une vague révolutionnaire, Marx, tout en maintenant ses autres tâches, chaque fois essaye de donner une direction au mouvement, essayé de l'organiser dans le sens de son unification internationale, dans le sens du communisme. C'est pourquoi, indépendamment de son adhésion à tel ou tel groupe, Marx a toujours travaillé dans la ligne historique du parti, a toujours été un militant du parti communiste.

"Marx était avant tout un révolutionnaire." (Enqels,‑ 17 mars 1888 ‑ discours sur la tombe de Marx)

 

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‑‑‑ MARX ET L' INVARIANCE DU MARXISME ‑‑‑

Comme nous l'avons déjà vu dans ce texte, la contre‑révolution va s'attacher à dénaturer, à piller le Marx révolutionnaire, à lui enlever son contenu subversif pour ne retenir de lui qu'un réformateur utopique, plein de bonnes intentions. Mais cette dénaturation, cet avilissement, peut prendre non seulement la forme du rejet explicite; des conclusions révolutionnaires de Marx, de sa nécrologie du capital pour n'en retenir qu'une simple biologie (tradition social ‑ démocrate réformiste, social chrétienne, ...) mais peut également complémentai­rement prendre la forme de la revendication formelle du "marxisme orthodoxe", de la mise en exergue de restrictions contingentes pour nier en fait la validité des principes fondamentaux. Telle est  l ' oeuvre de l ' "orthodoxie" à la Kautsky, de l "'invariance formelle" (tradi­tion stalinienne, trotskiste, "bordiguiste", ...) contre laquelle la liberté de critique n'apporte aucune solution sinon l'abandon des prin­cipes au profit d'innovations et autres dépassements" se situant en dehors de la ligne historique du programme communiste et à laquelle nous ne pouvons opposer que la réelle invariance, que la réelle ortho­doxie :celle de point de vue de classe et de sa méthode propre :

"Le chemin de la conscience dans le processus historique ne s'aplanit pas, au contraire, il devient de plus en plus ardu et fait appel à une toujours plus grande responsabilité. La fonction du marxisme orthodoxe ‑‑dépassement du révisionnisme et de l ' utopisme ‑‑ n'est donc pas une liquidation, une fois pour

toutes, des fausses tendances, c'est une lutte sans cesse renou­velée contre l'influence pervertissante des formes de la pensée bourgeoise sur la pensée du prolétariat. Cette orthodoxie n'est point la gardienne des traditions, mais l'annonciatrice toujours en éveil de la relation entre l'instant présent et ses tâches par rapport à la totalité du processus historique."

("Qu'est‑ce que le marxisme orthodoxe" ‑ Lukacs ‑ 1919)

 

Cette problématique fondamentale de l'invariance réelle peut s ' exemplifier au travers de toutes les positions qui démarquent les communistes. Le Manifeste du Parti Communiste proclame hautement : "En outre, on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité." Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ôter ce qu'ils n'ont pas". Telle est  l ' affirmation de l ' invariance réelle du mouvement ouvrier : jamais, à aucun moment, le prolétariat révolution­naire n'a de patrie, n'a de nationalité. Son caractère internationa­liste est directement contenu dans son essence même. Le prolétariat se constitue en classe c'est‑à‑dire comme totalité historique et mondiale ‑‑centralisme organique, centralisation dans le temps et dans l'espa­ce‑‑.

 

Et lorsque des ouvriers luttent pour une patrie, pour une natio­nalité, cela signifie essentiellement que le prolétariat n'existe plus en tant que classe (cf. les situations de guerres impérialistes dans leur première phase), que si des prolétaires atomisés ont "une patrie" c'est en tant que citoyens, en tant que membres de la société bour­geoise et non en tant que fossoyeurs du vieux monde. Le point de vue du communisme est invariant : soit le prolétariat, par sa constitution tendancielle en classe et donc en parti réalise son essence universelle et internationaliste ‑‑Le prolétariat n'a pas de patrie‑‑; soit il est battu, défait par la contre ‑ révolution, il n'existe plus en tant que classe; seuls restent des individus atomisés, soumis totale­ment à l'idéologie bourgeoise de la nation, de la patrie (8). Mais, cela, tous les "orthodoxes", les "invariants", ... vont, tout en affir­mant formellement l'aphorisme "Le prolétariat n'a pas de patrie", le

 

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nier tout de suite après en introduisant une multitude de restric­tions : "la période", "les cas particuliers", "les conditions spécifiques", ... qui rendent en fait l'affirmation communiste caduque tout en respectant la lettre du texte devenu en cela sacré, sanctifié.

Ce processus d ' "aspiration" du contenu subversif pour ne garder que la phrase trouve évidemment une base matérielle dans les textes et les confusions de Marx lui ‑ même. C'est pourquoi, après avoir dit que "les ouvriers n'ont pas de patrie", tous ses épigones vont large­ment disserter sur la phrase suivante, à savoir : "Comme le proléta­riat de chaque pays doit d'abord conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui ‑ même la nation, il est encore par là national; mais ce n'est pas au sens bourgeois du mot". Cette phrase est évidemment une contradiction, contingente, à l'affirmation programmatique qui la précède; de même que se trouve encore dans cette dernière, la compréhension confuse de la "conquête du pouvoir politique" remplacée par Marx lui ‑ même par la vision de la nécessaire destruction de l ' Etat bourgeois. Deux attitudes erronées vont donc se développer sur base de cette "contradiction" de Marx : d'une part l'attitude moderniste/novatrice de rejet de ces expressions programmatiques sous prétexte que certaines formulations sont confuses, (voire totalement fausses), encore marquées par les visions de l'enne­mi, et d'autre part, l'adhésion à toutes les phrases signifiant une addition simple de positions contradictoires ce qui revient à adopter la position contre ‑ révolutionnaire. Après avoir rejeté le nationalisme par la porte on s'efforce de le faire rentrer par la fenêtre. C'est en cela que même le Manifeste a pu servir et servira peut‑être encore à justifier les pires guerres capitalistes, les pires délires nationa­listes et patriotiques.

 

Or, toute l'histoire de notre classe (1789, 1848, 1871, 1905, 1917, 1927, 1936, .... 1983, ...) démontre à chaque fois plus fortement depuis son origine jusqu'à nos jours, la validité de la seule position internationaliste, anti -nationaliste, anti ‑ patriotique de principe.

 

"Il ressort de cette expérience désastreuse que quand le prolé­tariat se met à défendre "sa patrie", "la nation opprimée", il atteint un seul résultat, c'est ‑ à ‑ dire de renforcer sa propre bourgeoisie:(...) Le prolétariat développe son mouvement, fait sa révolution comme classe et non comme nation." (L'Ouvrier Communiste ‑ n°2‑3 ‑ Octobre 1929)

Encore une fois, cette position historique des communistes avait été limpidement affirmée par Marx (même si cette fois encore nos "or­thodoxes", "invariants", ... utilisent d'autres phrases ou textes qui circonstanciellement affirment le contraire).

 

"La nationalité de l'ouvrier n'est pas française ni anglaise ni allemande, c'est le travail, l'esclavage libre, le marchandage de soi ‑ même. Son gouvernement n'est pas français ni anglais ni allemand, c'est le capital. Son atmosphère natale n'est pas française ni anglaise ni allemande, c'est l'atmosphère de l'usi­ne. Le sol qui lui appartient en propre n'est pas le sol fran­çais ni anglais ni allemand, il se trouve quelques pieds sous terre." Marx ‑ Critique de l'économie nationale ‑1845)

 

(8).Bien entendu, les deux termes de cette contradiction classe/non‑ classe ne doivent pas être conçus comme des abstractions pures s'excluant automatiquement mais comme un mouvement tendanciel d'affrontement jusqu'à la victoire ‑‑résolution de la contradiction par l'af­firmation du pôle révolutionnaire‑‑ c'est‑à‑dire affirmation de la

 

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‑ 32 ‑ L' oeuvre de Marx (et c'est en cela qu'elle nous intéresse) est ainsi une fantastique synthèse des positions qui, historiquement, démarquent le prolétariat de la bourgeoisie. Cette synthèse reste, sur de nombreuses questions, inégalée, Marx ayant une fois pour toutes tracé les grandes lignes du programme communiste. Nous avons vu com­ment s'affirmait clairement le caractère directement international et internationaliste du prolétariat, pierre angulaire de la compréhension que la révolution sera mondiale ou ne sera pas. Nous pouvons ainsi prendre toutes les questions fondamentales du programme révolutionnai­re, toutes les questions qui aujourd'hui encore constituent la fron­tière entre les intérêts prolétariens et ceux de la bourgeoisie et voir en quoi Marx a défini magistralement les "conditions de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien" (Manifeste).

 

Sur la question centrale de l'Etat, Marx, tout comme son ami Engels, a défini, on ne peut plus clairement, la nécessité impérieuse de détruire de fond en comble l'Etat bourgeois et non de le conquérir ou de l'occuper (cf. également l'Etat et la Révolution de Lénine).

Une fois cette destruction de l'Etat bourgeois accomplie, se situe une période de transition où le prolétariat organisé en classe dominante impose sa dictature de classe pour l'abolition du salariat!

 

" Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de celle ‑ là en celle ‑ ci. A quoi correspond une période de transition politique où l'Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolu­tionnaire du prolétariat." (Marx ‑ Critique du programme de Gotha ‑ 1875)

 

C'est au contraire la tradition lassallienne (reprise partiel­lement par Kautsky et la social‑démocratie) qui, abusivement assimilée à la position de Marx, insiste sur la nécessité éternelle de l'Etat, sur sa conquête, sur le règne divin de la démocratie et donc de la bourgeoisie :

 

"D'ailleurs, tout le programme, en dépit de tout son drelin drelin démocratique, est d'un bout à l'autre infecté par la servile croyance de la secte lassallienne à l'Etat ou, ce qui ne vaut pas mieux, par la croyance au miracle démocratique‑, ou plutôt c'est un compromis entre ces deux sortes de foi ou mira­cle, également éloignées du socialisme." (Marx ‑ Critique du programme de Gotha ‑ 1875)

 

Ainsi, la polémique qui sépare les "marxistes" des "anarchistes"' au sein de l'A.I.T. n'est pas de savoir si oui ou non il nous faut détruire l'Etat bourgeois (à cette époque ces deux courants sont d'accord sur les tâches destructrices de la révolution) mais bien de savoir si, une fois l'Etat bourgeois détruit, existerait immédiatement et automatiquement, la société sans classes et sans Etat. Ce qui dif­férencie donc essentiellement le courant bakouniniste (9) des posi­tions de Marx n'est pas la lutte à mort contre l'Etat ni même les questions d'organisation (les réformistes ont toujours reproché à Lénine de reprendre la conception du parti de Bakounine : la dictature du parti de l'anarchie) mais bien la compréhension essentielle de la période de transition, de la période où le prolétariat organisé en classe dominante c'est‑à‑dire en Etat impose par la force des armes la destruction de la valeur, la destruction des classes et donc sa propre négation en tant qu'Etat. C'est pourquoi, de l'Etat ouvrier, Marx disait toujours qu'il s'agissait d'un semi  ‑ Etat, d'un Etat en voie d'extinction.

 

classe révolutionnaire comme classe dominante et négation du proléta­riat ‑‑négation de la négation‑‑.

 

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"Il conviendrait d'abandonner tout ce bavardage sur l'Etat, surtout après la Commune qui n était plus un Etat au sens propre. Les anarchistes nous ont assez jeté à la tête l'Etat populaire, bien que déjà le livre de Marx contre Proudhon et puis le Mani­feste Communiste disent explicitement qu'avec l'instauration du régime social ,socialiste l  'Etat se dissout de lui‑même et disparaît. L' Etat n ' étant qu ' une institution temporaire dont on est obligé de se servir dans la lutte, dans la révolution pour ré­primer par la force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler d'un Etat populaire libre : tant que le prolétariat a encore besoin de l'Etat, ce n'est point pour la liberté, mais pour réprimer ses adversaires. Et le jour où il devient possible de parler de liberté, l' Etat cesse d'exister comme tel. Aussi, proposerions ‑ nous de mettre partout à la place du mot Etat le mot "Gemeinwesen", excellent vieux mot allemand, répondant au mot français "Commune."(F. Engels ‑ lettre à Bebel ‑ 1875)

 

La position de Marx est donc bien anti - étatique.

 

"L'abolition de l ' Etat n'a de sens que chez les communistes comme résultat nécessaire de la suppression des classes dont la disparition entraîne automatiquement la disparition du besoin d'un pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une autre." (Marx ‑ La nouvelle gazette rhénane ‑ 1850)

 

L' affirmation même de la dictature du prolétariat comme "transi­tion vers l'abolition ‑de toutes les classes cf. lettre à J. Weyde­meyer, 1852) implique la compréhension du nécessaire terrorisme révolutionnaire

 

"Les massacres sans résultats depuis les journées de juin et d'octobre, la fastidieuse fête expiatoire depuis février et mars ,le cannibalisme de la contre ‑ révolution elle‑même convaincront les peuples que pour abréger, pour simplifier, pour concentrer l'agonie meurtrière de la vieille société et les souffrances sanglantes de l'enfantement de la nouvelle société, il n'existe qu'un moyen : le terrorisme révolutionnaire." (Marx ‑ La nouvelle gazette rhénane ‑ 184

 

Et c'est dans cette même perspective que Marx critiqua durement la Commune pour ne pas avoir pris l'initiative dans la lutte, de l'ap­plication de mesures terroristes visant à sauver des vies ouvrières quitte à liquider quelques généraux et curés.

 

"Toutefois, pendant quelques temps, les exécutions de prison­niers furent suspendues. Mais à peine Thiers et ses généraux décembriseurs furent‑ils avisés que même leurs espions de la gendarmerie pris dans Paris sous le déquisement de gardes na‑

 

(9) Bakounine et ses amis au sein de l'A.I.T. (James Guillaume, ...) n'ont évidemment rien à voir avec ce que nous connaissons aujour­d'hui en Europe occidentale comme "anarchiste". De la F.A.F. (françai­se franc‑maçonne) à la C.M.T. gouvernementale, de l' "anarchiste" Babar soutenant le syndicat papal "Solidarnosk" ... aux pacifistes -­écolos, toute cette merde libertaire est aussi éloignée de Bakounine que les "m‑l" staliniens" le sont de Marx. Si Bakounine développait des positions erronées notamment sur la dictature du prolétariat, c'était incontestablement du point de vue prolétarien, du point de vue révo­lutionnaire alors qu'aujourd'hui, ses "petits‑fils" pataugent ouverte­ment dans la contre ‑ révolution.

 

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tionaux, même les sergents de ville avec des bombes incendiaires sur eux, étaient épargnés, à peine s'aperçurent ‑ ils que le dé­cret de la Commune sur les représailles n'était qu'une menace vaine, que les exécutions en masse de prisonniers furent repri­ses et poursuivies sans interruption jusqu'à la fin." (Marx ‑‑ La guerre civile en France ‑ 1871)

 

Et, si sur ces questions, les positions de Marx sont relativement connues, leur liaison avec la destruction de toute aliénation/ extraénisation (cf.4). est la plupart du temps occultée. En effet, ex­cepté ses moutons pacifistes la bourgeoisie reconnaît elle ‑ même dans sa frayeur que les positions de Marx impliquent la révolution violente (n'appelait‑elle pas Marx le "red terror doctor"!) , impliquent une dictature ouvrière terroriste et donc anti démocratique comprise comme étant la force détruisant l ' extraénisation de l '' homme, la force détrui­sant l'esclavage salarié et donc le travail. Même les courants bour­geois se revendiquant de Marx‑‑staliniens, trotskystes, ...‑‑ conser­vent évidemment cet aspect violent et dictatorial. Ce qui les diffé­rencie fondamentalement d'avec les positions de Marx n'est pas la non - ­violence ou l ' anti - terrorisme, mais le fait que cette violence, cette terreur vise le prolétariat révolutionnaire et non la bourgeoisie contre ‑ révolutionnaire. Face à ces racailles pseudo - marxistes, nous ne discutons pas de l'usage approprié ou non de la violence; contre eux parce qu'ils défendent l 'esclavage salarié, ce sont nos armes que nous retournons. Le problème n'est pas de savoir si oui ou non il faut être terroriste, mais bien contre qui orienter notre violence de clas­se pour imposer notre dictature de classe. Ce qui tranche la nature de classe de la violence, c'est le but dans lequel est appliquée cette terreur, ce sont les intérêts historiques de classe qu'elle défend. Tout autre débat tombe immédiatement dans la métaphysique, la philoso­phie, . . . posant les questions de ''violence", "terreur", "Etat", en soi, en dehors de la lutte de classes, façon de faire qu'Engels a de­puis longtemps démolie dans l ' Anti ‑ Dürhing.

 

Ce qui nous importe donc est de replacer au centre de toute la compréhension marxiste la question essentielle  de la lutte ouvrière pour l'abolition du travail salarié et par conséquent de tout travail. C'est pour imposer son "mot d'ordre révolutionnaire : "Abolition du salariat," ( Marx ‑ Salaire, prix et profit) que le prolétariat lutte et vaincra. C'est Marx plus que tout autre qui mit en avant cette question essentielle de l'abolition du travail salarié, qui défendit le premier notre mot d'ordre : "A bas le travail, vive le communisme".

 

"Il ne faut pas simplement attaquer la  propriété privée comme 'état de chose', mais l'attaquer comme activité, comme travail, si l'on veut lui porter un coup mortel.

C'est une des méprises les plus graves que de parler de travail libre, humain, social, de travail sans propriété privée. Le travail est de par son essence même l'activité non - libre, inhumaine, associale, conditionnée par la propriété privée et la créant à son tour .L'abolition de la propriété privée ne deviendra donc réalité que si elle est conçue comme abolition du 'travail'."

(Marx : Critique de l'économie nationale - 1845).

 

 

La lutte prolétarienne contre le capital ne peut se concevoir que comme lutte contre le travail salarié (forme que prend le travail c'est ‑ à ‑ dire l'activité aliénée, inhumaine, sous le capitalisme) impli­quant donc l ' abolition de tout travail.

 

"Dans son travail, l'ouvrier ne s'affirme pas mais se nie; il ne s'y sent pas à l'aise mais malheureux;  il n'y déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. "

 

 

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"Il ne s'agit pas d'affranchir le travail, mais de le supprimer." (Marx ‑ L'Idéologie Allemande ‑ 1845)

 

Bien d'autres questions encore pourraient faire l'objet d'une réaffirmation des positions fondamentales de Marx, tranchant radicale­ment avec ce qui se dit (ce qui est dit par l'ennemi de classe et qu'à certains moments Marx reprit lui ‑ même) de ses positions, de ce qui se retient sous le vocable "marxisme". Nous avons déjà souligné à diffé­rentes reprises que l'ensemble du vocabulaire exprimant le projet com­muniste, le programme révolutionnaire a été intégralement pillé, a été opposé à son sens premier, sens qu'il possédait clairement aux origi­nes mêmes du mouvement ouvrier. Si, à l'époque de Marx, la qualité de communiste tranchait sur tout ce qui existait, signifiait immédiate­ment : ennemi irréductible de l ' Etat bourgeois; aujourd'hui, pour la plupart des prolétaires, le mot communiste recouvre la triste réalité de l'esclavage salarié dans les pays de l'est, en Chine ou à Cuba, ou encore, les sinistres mimiques du clown Marchais.

 

Face à ces déformations, il ne s'agit pas de capituler, de lais­ser ces expressions chargées d'histoire à l'ennemi, en réinventant tous les concepts, en réinventant à la limite une nouvelle langue pro­létarienne (que la bourgeoisie aurait aussi tôt fait de récupérer). Au contraire, il s'agit de redonner à ces mots leur sens premier, de réactiver, dans la mémoire collective de notre classe les expériences fondamentales qui donnent à ces expressions leur vie réelle, il s'agit de refaire trembler la bourgeoisie à la seule évocation du "spectre communiste". Il en va de même du terme "marxiste" généralisé à la mort de Marx par Engels qui cautionna de ce fait l'amorce on ne peut plus nuisible du culte de la "personnalité géniale" au détriment de l'appro­priation du programme. Dans la mesure où le terme "marxiste" possède exactement la même signification que celui de "communiste", nous nous revendiquons pleinement de ce marxisme, de ce communisme révolution­naire tout en sachant qu'il nous faut chaque fois plus insister sur le caractère impersonnel, anonyme de notre programme.

 

"La révolution se relèvera terrible, mais anonyme." (Fantômes à la caryle ‑ Il programma comunista ‑ 1953)

 

C'est en ce sens que la sentence de Marx trouve sa pleine compréhension marxiste: "tout ce que je sais, c'est que moi je ne suis pas 'marxiste'." (K. Marx). Il n'y a qu'au sein du mouvement communiste que nous pouvons comprendre pourquoi Marx, et lui seul, n'était pas marxiste. Ici, pas plus qu'ailleurs, il ne s'agit de "dépassement", de "rejet" du marxisme, il s'agit de réaffirmer l'invariance de la subversion, l'invariance du communisme et donc du marxisme comme négation violente de d'ordre établi.

 

"Dans tous ces écrits, je ne me qualifie jamais de social ‑ démo­crate, mais de communiste. Pour Marx, comme pour moi, il est absolument impossible d'employer une expression aussi élastique pour désigner notre conception propre." (F. Engels ‑ Préface à la brochure du Volksstaat de 1871‑1875)

 

"Tous, vous flattez de la façon la plus grossière le sentiment national et les préjugés corporatifs des artisans allemands, ce qui est évidemment plus populaire. De même que les démocrates ont fait du mot peuple une formule sacrée, vous faites, vous, une formule sacrée du mot prolétariat. Tout comme les démocrates vous substituez au développement révolutionnaire, la phraséolo­gie révolutionnaire." (Marx ‑ Procès verbal du Conseil central de Londres ‑ 1850).

 

 

 


CE17.2 EN MARGE D'UN ANNIVRSAIRE… MARX ENVERS ET CONTRE TOUS