Du terroriste Carlos à l'étrangleur de Boston en passant par le monstre du Loch Ness et Hitler les journaux nous saturent d'images d'êtres méchants fauteurs de guerres, grands responsables des cataclysmes et de toutes les misères devant l'éternel! Les journalistes (ces suceurs de cerveau!) renforcent ainsi auprès des
crétins crédules l'explication dominante (c'est- à- dire fourniepar la classe dominante!) en ce qui concerne l'état de chaos dans lequel se trouve le monde. Et, à ce niveau d'explication, il n'est bien entendu pas question de crise de surproduction de marchandises pas plus qu'il n'est question de la nécessité de
détruire les forces productives pour valoriser le capital. On ne parle pas ici des infernales contradictions qu'engendre la ruée vers la valeur pour expliquer les convulsions dans lesquelles se tord le capitalisme. Non! Si le capital offre effectivement l'image d'une ahurissante confusion, il vaut mieux renvoyer à ses
assujettis une aussi fantastique confusion des images où le monde apparaît dès lors incompréhensible et non maîtrisable. Pas de lutte de classes dans les journaux, pas plus que de bourgeois ou de prolétaires. Seulement, la masse des citoyens libres et égaux.

Parmi eux, nous dit- on, il s'en trouve malheureusement un certain nombre qui, par pure malveillance, ont décidé de mener le monde à sa perte. Et de nous renvoyer sans cesse, à longueur d'année, les reflets d'une société "mauvaise" parce
qu'existeraient quelques êtres fondamentalement "pourris". Alors, qu'est- ce que la guerre? L'expression de la nécessité pour le capital de détruire les richesses accumulées et de relancer chaque fois plus fort son processus d'accumulation, destruction des richesses qui inclut la liquidation physique d'une partie de la
marchandise force de travail devenue inutile, à sa valorisation, destruction systématique dans laquelle tout l'anti- communisme est fondamentalement contenu! La réponse est mauvaise citoyen! La presse bourgeoise ne rendra jamais la guerre que comme le fait d'hommes rendus fous par le goût du pouvoir!

La bourgeoisie est ainsi continuellement à la recherche de ses propres monstres. Accrochez- vous! Elle vient d'un retrouver un, et un beau: Barbie! Le criminel nazi! Le boucher de Lyon! Un officier SS de la pire espèce! Cette vieille crapule n'aurait pas pu tomber mieux.

Oubliée la crise, oubliées les guerres actuelles, le chômage, les assassinats de travail. Tout disparaît derrière l'abominable homme des croix (gammées!). Les médias se déchaînent: pleines pages de journaux, déclarations de hauts responsables de l'Etat, projet de retransmission télévisée du procès,... Rien n'est de
trop. Les démocrates de tout poil (des curés aux gauchistes) entendent montrer aux jeunes générations en quoi le sadisme pervers et criminel des fascistes fut seul responsable du massacre organisé en 1940- 1945. "Seule la méchanceté pouvait d'ailleurs être moteur de cette guerre". Tout s'explique avec Barbie!
Finalement, à lui tout seul, il est déjà responsable d'au moins 4.000 morts et 7.500 déportations: il suffirait de trouver quelques autres monstres et on arriverait ainsi à impartir entre une série de "coupables" le chiffre total des morts causés par la
seconde guerre mondiale! De toute cette mise en scène, ce qu'on nous demande de retenir comme accusation, c'est celle de la violence et de la brutalité de semblables bouchers pour dissimuler derrière ces vieux monstres moribonds en quoi la guerre,
incessamment menée par le capital, est en elle- même, aujourd'hui comme hier, la plus immonde des boucheries!!!

Derrière les camps de concentration, la torture, les abat- jours en peau humaine, les fours crématoires, derrière l'atrocité fasciste, on pense faire disparaître le fondement même de l'atroce. La cause, la raison des guerres se dissout dans
l'irrationnel de la cruauté. Mais cette "incompréhensible" cruauté, cet acharnement brutal d'hommes sur d'autres hommes, tout entraînés dans les tourbillons de l'horreur qu'ils soient, n'est rien d'autre que la continuation, l'application systématisée de la logique fondamentale de la guerre: la nécessité pour le capital
d'exterminer un maximum de marchandise humaine! La bourgeoisie, toutes fractions confondues, sort ainsi seule victorieuse des champs de bataille. Après être parvenue à écraser le prolétariat international, elle permet au capital de se redévelopper, à la valeur d'exercer sa terreur, plus fort encore, en France comme en Allemagne, chez les "vainqueurs" alliés comme chez les "vaincus" fascistes. Et, de fait, lorsque les humanistes "vainqueurs" exigent que le procès de Barbie soit également le procès de la machine qui a fabriqué ces bourreaux sanguinaires, ils entendent bien s'arrêter au nazisme, au fascisme, c'est- à- dire à une des
formes qu'a pris la démocratie bourgeoise. Quant au procès de la "machine" qui a fabriqué (et fabrique toujours!) les guerres, cela n'est plus du ressort des démocrates! Et pour cause! Car qui s'en trouverait exclu? Il vaut mieux dissoudre ces questions sans réponse dans le procès des "vaincus" (vae victis, dit lui- même
l'immonde Barbie!). Qu'on n'aie crainte! Le prolétariat se chargera de faire le "procès" des "vainqueurs", comme celui des "vaincus", celui de tous ses assassins. Il faudra alors aussi parler des bourreaux d'Hiroshima et de Nagasaki, des bouchers
créateurs de charniers en Pologne, des villes allemandes et françaises rasées (après la victoire!) de peur que le prolétariat ne se réveille, des 45.000 Algériens assassinés au même moment (1945),... du sang que partout, de tout temps, ces cyniques exploiteurs, de gauche comme de droite, fascistes ou antifascistes, ont fait coulé.

Le procès de Barbie se veut l'énième procès d'un "méchant", d'un capitaliste brutal. Et de tels procès spectaculaires sont nécessaires à la bourgeoisie pour qu'elle puisse fournir l'illusion d'une différence entre un capitalisme dur et la face de
"tendre exploitation" qu'elle aimerait présenter à des ouvriers dociles et travailleurs. Les antifascistes entretiennent ainsi le "grand alibi" du fascisme pour exploiter! Mais ces procès sont également l'occasion d'appeler un renforcement de la démocratie:
la masse des citoyens atomisés doit soutenir l'Etat, s'organiser en son sein. C'est sur cette question, entr'autres, que les prétendus contraires fasciste et antifasciste apparaissent pour ce qu'ils sont, deux faces d'une seule et même monnaie. Humanistes et nazis se rejoignent effectivement dans le fait que tous deux
visent à réaliser l'idéal démocratique, l'unification (évidemment violente) de tous les citoyens dans l'Etat. Cet appel commun à une démocratie pure est la claire expression qu'aucune de ces deux formes que prend la dictature du capital ne tend à remettre en question le système de production marchande. Fasciste ou
antifasciste, purifiée ou non, l'essence de la domination démocratique reste l'esclavage salarié. Barbie, Mitterand, Andropov, Reagan ou Deng Xiao ont invariablement la même perspective à nous offrir: bosse ou "Arbeit macht frei", devise des camps nazis, ou "tu veux travailler, tu as raison", slogan du PCF, quelle différence pour les exploités? La démocratie n'est jamais qu'un vaste camp de travaux forcés.

Mais, quels qu'ils soient, pour que la classe qu'ils exploitent accepte de cracher de la valeur, ils sont tous bien "obligés" de s'appuyer sur une même organisation systématique de la violence, sur une même force. Et cette force, "composée de
détachements spéciaux d'hommes armés disposant de prisons", n'est pas l'apanage des seuls fascistes! Ces forces du chaos restent nécessaires à la démocratie antifasciste également. Ouverte ou potentielle, l'exercice de la terreur est indispensable à la bourgeoisie. Mais avec Barbie, les antifascistes aimeraient
marquer la différence de terreur qu'est censée exister entre un fusil braqué dans le dos et l'attribution d'un "baxter- salaire".

Partout, que l'on actionne le premier ou que l'on coupe le second, les deux sont mortels! Est- il nécessaire de rappeler les milliers de prolétaires que le capital massacre de faim chaque jour! Le monde n'est qu'un gigantesque camp de travail et, pour soumettre ceux qui y travaillent, la bourgeoisie, partout, de tout temps, et
sous toutes ses formes, a emprisonné, torturé, tué,...

Le prolétariat vainqueur ne se contentera pas de juger ses bourreaux vêtus de brun, il se chargera de régler également leur compte à ses sanglants affameurs, car pour lui, mourir de faim ou sous les coups, ne constituent pas vraiment deux échelles de
souffrances distinctes!!! Le cirque autour de Barbie a quelque chose d'écoeurant comme une odeur de cadavre que quarante ans de contre- révolution ne sont pas parvenus à refouler. Fascistes et antifascistes en ont plein les narines, mais les "vainqueurs" voudraient laver tout cela sur le dos des "vaincus", après s'être
eux- mêmes parfumés d'humanisme. Bien essayé, les monstres! De Thiers à Mitterrand, de Barbie à H.Schmidt c'est tous ensemble que le prolétariat les enverra dans les catacombes renifler une dernière fois l'odeur des suppliciés dont ils ont parsemé la préhistoire humaine.


France

LUTTES OUVRIERES CONTRE "LIBERTE DU TRAVAIL"

Pour entamer ses grandes manoeuvres contre le prolétariat, le capital a placé la social- démocratie au gouvernement en France. Pour les prolétaires, ce socialisme bourgeois équivaut à un plus grand nombre de CRS, une plus grande diminution des salaires, une plus forte intensification du travail, un plus stricte bouclage
des frontières, une plus systématique expulsion des prolétaires immigrés, une plus dure chasse aux chômeurs,... En résistant à ces attaques, quelques secteurs du prolétariat ont montré que, quels que soient les gouvernements, il ne faut pas abandonner la lutte contre tout le système d'exploitation de la bourgeoisie. Après la
lutte des sidérurgistes de la Chiers, c'est toute l'industrie automobile qui est secouée par une vague de luttes (depuis avril 1982 jusqu'à fin 1983), des usines Renault, bastion de la CGT, à Citroën, encadré par le syndicat patronal CSL, en passant par Peugeot- Talbot. Durant plusieurs mois, les chaînes ont été arrêtées, des incidents entre grévistes et la "maîtrise" ont émaillé la paix sociale. Déclenchées en dehors et contre le syndicat maison à Citroën, ces grèves ont d'abord été facilement encadrées par le syndicat concurrent, le syndicat "libre" CGT.
Même ce gouvernement de crapules socialo- stalinienne a cru pouvoir utiliser la combativité des O.S. pour appuyer la propagande pour le "nouveau code du travail". La CGT, la CFDT, le ministre du travail se sont confondus en discours sur la "dignité du travailleur", les "nouveaux droits des travailleurs", la "fin du servage à Citroën",... Malheureusement pour la CGT et les socialistes, les "pauvres O.S. immigrés" engagés massivement dans l'industrie automobile, "sont trop ignorants, trop incultes, trop peu français" pour goûter aux joies subtiles des "droits
démocratiques conquis à l'usine". Contre les cadences trop élevées, les salaires trop bas, les congés trop brefs, le pointage et la discipline du travail, la grève a repris plus radicale à l'usine Citroën d'Aulnoy, faisant s'affirmer jour après jour la
démarcation de classe qui existe entre les partisans de la "liberté du travail" et les prolétaires en lutte. Chaque jour, des groupes défilent dans les ateliers pour débaucher les récalcitrants, pour faire le poids face aux jaunes encadrés par la
maîtrise,... La paix sociale est brisée dans l'usine par la détermination des grévistes à imposer leur force de classe, les cadres sont terrorisés, l'autorité et la discipline du travail sont balayées, la production est sabotée. Le "CLS- poubelle"
scandé par les ouvriers prend comme signification "Citroën- poubelle"; des symboles les plus puissants de l'ordre bourgeois en France vacille sous les coups de la lutte ouvrière. Ni la CGT, ni les socialistes, ni aucune autre force de la bourgeoisie ne peut tolérer de voir s'émanciper la force des prolétaires et, après de
violents affrontements entre grévistes et jaunes, le front bourgeois de l'ordre, de la discipline du travail, s'est soudé au nom de la "liberté du travail", de "l'intérêt de l'industrie automobile française", pour briser la montée des luttes ouvrières.
Le ministre Auroux, les patrons, les syndicats répriment en licenciant massivement les prolétaires et en les poursuivant devant la justice bourgeoise.

"Utiliser la violence pour obliger les travailleurs à faire grève n'est pas pour la CFDT dans l'action syndicale"... "De tels agissements conduisent leurs auteurs à être exclus de leur communauté de travail (Auroux)... "Nous avons prouvé une
fois de plus que la violence n'est pas de notre côté. Les huissiers ont pu constater que nous avons repris le travail, c'est ce que nous avons toujours souhaité... vive la loi française dans les ateliers de la peur" (CGT).

Avec leur immonde et dévouée presse, c'est un premier appel au pogrom contre les immigrés en lutte, dépeints comme de la racaille intégriste, des fanatiques musulmans,... que les ministres Mauroy et Déferre lancent aux français.

Sachons rendre à ces luttes, malgré leur grand isolement, toute leur importance. Défendons la lutte de classe, ne laissons pas condamner les camarades; les mesures de licenciement menacent tous les prolétaires combatifs d'être livrés aux mains des flics de l'Etat. C'est dans l'optique de tenter de répondre aux
nécessités des luttes que nos camarades de Paris ont diffusé le tract que nous reproduisons ci- dessous, à Citroën. Ce n'est là qu'un premier pas qui doit nous engager à étendre le champ de l'action communiste.

Vive la lutte révolutionnaire!




CE16.2.1 Nous soulignons: Mitterand juge Barbie: Les nouveau monstres se cachent derrière les anciens